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Lloyd Singer, cycle 1

Publié le par Yv

Lloyd Singer, cycle 1, Luc Brunschwig et Olivier Neuray, Bamboo, 2011

Zéna a quitté la Russie pour arriver aux États-Unis et trouver du travail et l'amour. Elle  déchanta bien vite et ne connut que la prostitution. Puis elle s'enfuit avec sa fille. La voici maintenant témoin protégée, celle qui, par son témoignage peut faire tomber tout le réseau. C'est Lloyd Singer, comptable du FBI qui est chargé de la cacher, d'abord parce qu'il est insignifiant et que des truands ne peuvent pas penser à lui et aussi parce que fils d'émigrés russes, il parle la langue couramment. La protection de Zéna ne sera pas une mince affaire, heureusement, le double de Lloyd, son alter-ego, Makabi, veille.

Cycle 1 de la série avec Lloyd Singer, sous titré Dossier Zéna et comprenant trois volumes : Poupées russes, Appleton Street et Voir le diable.

Si le scénario de départ : la protection d'un témoin du FBI, n'est pas très original, tous les à-côtés le sont : la double personnalité du héros, son appartenance à une communauté singulière de la Little Jerusalem le quartier juif de Richmond, le fait qu'il ait dû s'occuper de ses jeunes frère et sœurs au décès brutal de leurs parents, son appartenance en tant que comptable au FBI et non pas en tant qu'agent, son humanité et son empathie et pas mal de détails qui font que cette histoire est tout à fait intéressante et que j'ai lu les trois tomes rapidement avec grand plaisir. Dessin classique, efficace.

Il existe d'autres cycles et je vais m'empresser d'aller les emprunter à la bibliothèque.

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Jeu de peaux

Publié le par Yv

Jeu de peaux, Anouk Shutterberg, Plon, 2021

2019, Juliano Rizzoni est le peintre le plus en vue. Ses toiles se vendent à des prix incroyables, des millions de dollars qui viennent enrichir son portefeuille déjà très conséquent, lui, le jeune héritier d'un empire international. Quelques années plus tôt, recherchant un peu de sérénité, il s'est initié au tatouage irezumi, technique ancestrale japonaise. Puis, il a signé dix tatouages sur les corps de ses amant(e)s. Lorsque ces dix peaux tatouées sont déposées chez Sotheby's à Paris pour une vente aux enchères et que les personnes qui se sont fait tatouer ont disparu, le commissaire Stéphane Jourdain et l'inspectrice Lucie Bunevial, saisis de l'enquête sont très suspicieux envers Juliano Rizzoni.

Le thriller n'est pas un genre après lequel je cours, mais je dois dire que je me suis fait prendre de bout en bout. Bon, quelques longueurs, notamment dans les briefings entre policiers qui rappellent des faits qu'on connaît et une volonté de tout expliquer, parfois une ou deux phrases auraient pu suffire plutôt qu'une ou deux pages. Je me suis retrouvé embarqué dans une histoire originale qui ne lésine pas sur les surprises, les retournements de situation et drôlement bien documentée sur le tatouage irezumi et l'art contemporain en général. Une énigme alambiquée qu'Anouk Shutterberg, pour son premier thriller, maîtrise ; elle nous balade, nous emmène pile où elle veut sans que nous puissions nous douter du final.

Thriller oblige, il y a pas mal de violence, de descriptions pas ragoûtantes, des trucs qui font un peu froid dans le dos et ailleurs. Mais même dans les scènes macabres, l'auteure a le bon goût de ne pas en rajouter avec un vocabulaire trash. Le ton du roman est moderne, la langue vive qui participe à la rapidité générale. Cependant, elle ne cède pas à certaines facilités d'écriture courantes dans le genre. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'on est dans un thriller littéraire, mais on sent qu'Anouk Shutterberg a pris soin de son scénario et de son écriture. L'histoire qu'elle bâtit suffirait à faire un bon roman, mais la touche personnelle de l'auteure le hisse un peu au-dessus. Du très bon.

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Une femme

Publié le par Yv

Une femme, Sibilla Aleramo, Des femmes Antoinette Fouque, 2021 (1ère  édition,1974, traduit par le collectif des éditions)

Sibilla Aleramo, pseudonyme de Rina Faccio (1876-1960), née dans le Piémont déménage lorsqu'elle a onze ans pour le sud du pays où son père est nommé directeur d'une usine. Ne trouvant pas d'école, elle continue à travailler par elle-même aidée de quelques uns de ses anciens enseignants. Puis, elle entre à l'usine dirigée par son père, sympathise avec un homme qui la viole. Sibilla alors âgée d'à peine 16 ans ne dit rien et finit par épouser cet homme avec lequel elle aura un fils. Son mari est violent envers elle, elle n'a d'autre choix que de le quitter et de laisser son fils.

Sibilla écrit-là une autobiographie romancée, publiée en 1906 qui connaît un grand succès et traduit et publié en France en 1974 par les éditions Des femmes.

Particulièrement profonde et forte, cette autobiographie raconte la difficulté d'être une femme à la fin du XIXè et au début du XXè siècles. Un récit dense et sobre dans lequel l'autrice n'élude ni ses questionnements ni ses doutes ni ses peurs ni son choix -ou non-choix- de laisser son fils pour quitter la violence conjugale et vivre. Sibilla est une combattante, une femme qui veut défendre ses convictions et ses valeurs.

Texte féministe s'il en est, à considérer que le féminisme est le souhait de pouvoir simplement vivre comme les hommes : son travail, ses amours, ses désirs, ses besoins, ses combats...

Des femmes-Antoinette Fouque réédite ce titre, en version poche, donc abordable. Il débute ainsi : "J'ai eu une enfance libre et vive. La faire revivre dans mon souvenir, en faire miroiter les facettes dans mon esprit, me semble un vain effort. Je revois la petite fille que j'étais à six ans, à dix ans, mais comme en rêve ; un beau rêve que le moindre retour à la réalité ferait sombrer. Musique aussi, à l'harmonie délicate, vibrante, nimbée de lumière, et dont le souvenir éveille toujours le même plaisir." (p.7)

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Comme si de rien n'était

Publié le par Yv

Comme si de rien n'était, Alina Nelega, Des femmes-Antoinette Fouque, 2021 (traduit par Florica Courriol)

"Cristina traverse son adolescence dans les années 1980, durant la dernière décennie de la dictature roumaine. Élève dans un lycée de province, elle s'éprend d'une camarade de classe issue d'un milieu plus élevé et se découvre une passion pour l'écriture. Mais les diktats imposés par le régime lui barrent le chemin. Jeune adulte, elle s'efforce de naviguer entre les contraintes politiques, familiales et sociales qui pèsent sur les femmes. Elle essaie d'écrire, jonglant entre précarité, censure et autocensure." (4ème de couverture)

Roman très dense dont il se dit qu'il a profondément marqué les habitudes littéraires roumaines, d'abord par le sujet principal, l'homosexualité féminine, très peu abordé auparavant et ensuite parce qu'il est situé dans une époque difficile, la fin du régime dictatorial des Ceausescu. Je suis sans doute passé un peu à côté de ce texte profond et très dense, pourtant fort bien écrit -et donc traduit- qui pourrait passer au départ pour un roman de la découverte de sa sexualité pour la narratrice, mais qui, doucement et sûrement creuse à la fois ce thème -l'homosexualité est punie moralement certes, mais aussi pénalement- et celui du pouvoir autoritaire, de la police politique, de la corruption...

L'écriture est moderne, vive, fluide et fine, parfois ironique, oralisée, familière. Elle colle à Cristina et à son histoire. Voici les premières lignes : "Fin d'année scolaire, la terminale, le bac est tout proche, on va au lycée les après-midi, les cours sont affreusement barbants, surtout le dernier, l'éducation civique -qui a lieu aujourd'hui en présence d'un invité officiel, un camarade inspecteur venu tout exprès nous parler orientation professionnelle. Le matin, l'école est réservée exclusivement aux élèves les plus jeunes, ceux de terminale, eux, ils sont assez grands pour rentrer le soir à la maison. Et ça ne leur déplaît pas vraiment de se retrouver seuls dans tout le lycée ; avec deux autres terminales, les classes "parallèles", avec la vieille bâtisse en pierre rien que pour eux. Il y a davantage de mystère l'aprèm, et puis il fait moins froid, on n'est plus obligé de garder ses gants pour prendre des notes, à présent il fait même doux, dehors, une pluie se prépare, son odeur pénètre par les fenêtres entrouvertes et on a comme une sensation de clandestinité, il y a moins de brouhaha dans les couloirs, moins de profs dans l'école, on peut fumer tranquilles dans les toilettes, et si tout le monde est impatient d'arriver en terminale c'est pour pouvoir faire la grasse mat'." (p.13)

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Optic Squad. Mission Los Angeles

Publié le par Yv

Optic Squad. Mission Los Angeles, Bervas et Runberg, Rue de Sèvres, 2021

Les États-Unis en 2098 sont coupés en trois grands pays : Western States avec Los Angeles et Seattle, Eastern Democracy, et au centre, Saint Union. Les élections approchent dans les Western States et le candidat Zak Demarest, président actuel est en bonne position pour garder son poste. Sa mesure phare est l'immunocard, une puce implantée dans chaque citoyen qui répondra en un temps rapide au moindre souci de santé par des injections à distance. Mais le test grandeur nature révèle des dysfonctionnements. Une équipe de l'Optic Squad est sur place pour tenter de faire la lumière sur ce problème.

Deuxième tome de cette série, à chaque tome, une histoire complète. L'Optic Squad, ce sont des hommes et des femmes qui ont des nano-caméras implantés dans leur cornée et qui bénéficient d'un appui à distance très solide. C'est une unité d'élite qui ne se déplace que pour des situations complexes. C'est de nouveau Valdo et Kathryn qui sont de mission qui, sans rien divulguer, ne sera pas de tout repos et réserve un lot de surprises désagréables assez conséquent.

Comme dans le premier tome, Mission Seattle, l'action prime. Les enjeux sont colossaux et les situations parfois complexes à saisir, il ne faut rien lâcher des textes, c'est une bande dessinée qui nécessite qu'on ne passe point trop vite ses cases. Sylvain Runberg scénarise cette dystopie pleine de rebondissements dans laquelle on ne s'ennuie pas et Stéphane Bervas dessine de manière vive et dynamique pour coller au tempo du scénario voire l'accélérer encore. Pas trop le temps de s'attarder sur la vie des héros, mais peu importe, on a quelques informations, disons que la vie de Kathryn Horst est le fil rouge de la série et qu'elle se dévoilera au cours de tous les épisodes.

Bonne série pour public en âge de comprendre les arcanes d'un scénario intelligent et tortueux.

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Vade retro, Félicien !

Publié le par Yv

Vade retro, Félicien !, Francis Groff, Weyrich, 2021

Stanislas Barberian bouquiniste avéré et reconnu et assistant d'enquêteurs amateur et non reconnu par la police se rend à Namur pour rencontrer un spécialiste de Félicien Rops qui affirme avoir mis la main sur un manuscrit rare et intime de l'artiste sulfureux. Ledit spécialiste ne viendra jamais au rendez-vous puisqu'il est assassiné quelques heures avant. En première ligne, Stanislas Barberian est vite convoqué par les policiers, puis convié à les aider.

Si l'intrigue n'est pas ébouriffante, la visite de Namur par le guide Francis Groff l'est davantage ainsi que la mise en avant de Félicien Rops, que personnellement je ne connaissais pas. Peintre, dessinateur, graveur et pas mal d'autres choses encore, Félicien Rops (1833-1898) fut sulfureux, scandaleux, provocateur, blasphémateur autant dans ses œuvres que dans sa vie, ce qui vaut encore de nos jours à ses admirateurs, des réflexions cinglantes des bien-pensants -du moins c'est ce que raconte Francis Groff.

L'enquête est pépère, Stanislas Barberian bien sympathique et le roman léger ce qui fait qu'on ne s'y ennuie pas. On y croise les héros d'autres auteur(e)s de la collection Noir Corbeau des éditions Weyrich que Francis Groff met en situation, c'est un clin d’œil marrant et très agréable lorsqu'on a lu ces autres auteurs. Voilà donc un petit polar qui ne prendra pas la tête et qui, au passage, instruira et donnera l'envie d'aller creuser la vie et l’œuvre de Félicien Rops. Moi, je dis bravo !

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Vol AF 747 pour Tokyo

Publié le par Yv

Vol AF 747 pour Tokyo, Nils Barrellon, Jigal polar, 2021

L'heure de la retraite a sonné pour Pierre Choulot, commandant à la brigade financière, après un long passage à la criminelle. Son cadeau qu'il n'accepte que pour faire plaisir à sa femme, d'origine japonaise, est un voyage au Japon. Douze heures de vol au départ de Paris. Douze heures, qui, bien sûr, réserveront leur lot de surprises et la plus forte d'entre elle, la mort du pilote. Très vite, Pierre Choulot sent que cette mort est suspecte et il prend les choses en main, soutenu par sa femme Akiko, grande amatrice de polars à l'ancienne, et notamment des meurtres en chambre close, théorie qu'elle soumet à son mari.

Quelle bonne idée que ce roman à l'ancienne, hommage à tous les maîtres du genre, Edgar Allan Poe, Agatha Christie ou Gaston Leroux ! Et quel plaisir que de prendre l'avion, moi qui ne suis pas un adepte de ce moyen de locomotion -j'aime sentir la terre pas loin de mes pieds- en compagnie de Pierre Choulot, sorte d'Hercule Poirot en plus humble et plus sympathique et d'Akiko. Je n'ai pas vu passer les douze heures de vol et j'ai même fait traîner les derniers instants, ceux où, tout le monde réuni, le limier donne la solution de l'énigme. Ça sent bon le roman policier classique, dans un cadre moderne, avec une légèreté et un humour bienvenus.

Nils Barrellon qui jusqu'ici a fait dans des polars lourds et très documentés (Le neutrino de Majorana, La lettre et le peigne) se fait plaisir et à nous aussi en reprenant toutes les ficelles du genre meurtre en chambre close, il ose même nommer un commissaire un peu imbu, Frédéric Larsan -repris de Gaston Leroux. Ça fonctionne formidablement bien, on est happé du début à la fin et avouons-le c'est un délice, un peu régressif, qui fait un bien fou. En plus d'une énigme qui tient bien jusqu'au bout, Nils Barrellon dessine finement ses personnages, on s'y croirait. Les références y sont nombreuses : "Tout devait rester mobile, déplaçable, au gré des indices, des impressions récoltées, des témoignages. Tout devait pouvoir glisser, disparaître même. Une enquête se devait d'être prise par le bon bout de la raison. Il ne fallait pas forcer les faits à rentrer dans un cadre préconçu, il fallait trouver la version où les faits se disposaient d'eux-mêmes, harmonieusement." (p. 123)

Avec tout cela, si vous ne succombez pas à cette lecture, je n'y comprends plus rien !

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Le manoir des oubliées

Publié le par Yv

Le manoir des oubliées, Hervé Huguen, Palémon, 2021

Guy Mendel, célèbre avocat, criminaliste, désormais à la retraite s'occupe en reprenant quelques vieilles affaires irrésolues. Lorsqu'il reprend celle qui concerne le viol de deux jeunes filles et la mort de l'une d'elles, vingt-trois ans plus tôt sur la côte de granit rose, il sollicite quatre amis, anciens élèves pour l'aider. Il organise un week-end dans un manoir , ils seront onze personnes : les quatres amis et leurs femmes, Guy Mendel, leur hôtesse et la cuisinière. La tension monte et culmine lorsque le vieil avocat parle de l'affaire. Le lendemain l'un des onze est retrouvé mort. C'est Nazer Baron qui enquête.

Très solide cette intrigue et habilement construite. Un lecteur non averti, qui, comme moi, ne lit pas les quatrièmes de couverture, saura qu'il y a eu un décès mais sans connaître la victime ni les circonstances de sa mort avant la page 101 ! Dans cette première partie, Hervé Huguen alterne les chapitres : un coup dans le manoir, un coup avec Nazer Baron de sorte que tout se met en place doucement et sûrement : les lieux, magnifiques, les personnages, leurs relations, les raisons qui les amènent à Neuville Manor. Un roman qui fait inévitablement penser à Agatha Christie, ou autre Gaston Leroux, un huis clos tendu.

Dans ses romans, Hervé Huguen présente une Bretagne qui se mérite : crachin, vent, brumes, tous les éléments se déchaînent et rajoutent une touche d'angoisse, de tension : "Une bâtisse rescapée des siècles passés qui donnait l'impression d'avoir été plantée au milieu de nulle part, à l'extrémité d'un cul-de-sac, sur une fin de terre après laquelle il n'y avait plus rien, seulement la mer immense couleur de bronze fondu. La pluie avait cessé au matin, mais le ciel restait d'un noir de cendre, à peine brassé par un vent presque tiède." (p.98) Et Nazer Baron qui aime ces ambiances, accumule les faits avant de les assembler et d'en tirer la conclusion.

Ouvrir un roman policier de Hervé Huguen c'est la certitude d'une Bretagne omniprésente, d'une intrigue bien menée, de personnages bien campés, bref, d'excellents moments de lecture.

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Le palais des deux collines

Publié le par Yv

Le palais des deux collines, Karim Kattan, Elyzad, 2021

"Faysal, Palestinien trentenaire, reçoit un mystérieux faire-part de décès. Mais qui est donc cette tante Rita ? Intrigué, il abandonne son amant et sa vie en Europe pour retourner à Jabalayn, son village natal. Dans le palais déserté de son enfance, il erre. Le passé resurgit, fastueux et lourd de secrets. Alors que plane la menace d'une annexion imminente, qu'une famille et un pays sont au crépuscule, l'esprit de Faysal bascule." (4ème de couverture)

Écrit comme une longue lettre ou une confession à son amant délaissé, entrecoupé d'interventions de Nawal, la grand-mère de Faysal, ce très beau roman est un peu exigeant si l'on ne veut pas se perdre. Mais l'attention demandée est inhérente au texte, tant icelui est prenant, fascinant... il sera difficile d'en sortir même pour quelques minutes pour vaquer à des occupations prosaïques. "Mon village, il aurait pu surgir d'un conte de fées. Tu as vu de tes propres yeux que c'est beau et pas-tout-à-fait-comme-le-reste. Il y a quelque chose d'incongru chez moi. C'est un monde à part, une forêt perdu entre ici et demain, c'est ça, Jabalayn. Quelque chose qui cloche, on ne saurait dire quoi, c'est un monde juste un peu différent, une fourchette posée juste un peu trop à gauche de l'assiette, une qualité de l'air imperceptiblement autre." (p.24)

Les pensées de Faysal -et donc son propos- sont décousues, entre le réel, l'onirique, les souvenirs fantasmés ou pas. Puis il y a cette situation de ce village en Cisjordanie, isole, tout autour des villes et villages annexés par les colons et Jabalayn et ses deux collines qui résistent passivement. "Je vais te dire un petit secret sur eux, ils se prennent pour des cowboys de Dieu. La révolution dont ils parlent, c'est le jour  où les colons qui avaient déjà occupé une grande partie de la Cisjordanie ont décidé qu'ils en avaient assez d'attendre et que leur temps était venu. Un peu le grand soir des cowboys : ils allaient prendre, de force, tout ce qu'ils pouvaient du territoire." (p. 39)

Le texte est très beau, je le disais plus haut, fascinant, de ceux qui restent encore en tête même lorsque le livre est fermé, ce qui permet de s'y remettre aisément. Il parle de l'engagement politique et armé pour défendre sa terre, de la lâcheté ou de la peur de lutter, de la résignation. Il est troublant, tendre et violent, envoûtant : "Mourir sur cette colline : l'idée me plaît parfois. Tu l'as sentie, la volupté de Jabalayn, terre de fées où le soir les lucioles encerclent d'un halo extra-terrestre le restaurant de Jihad, désormais envahi de ronces et de digitales, dansent autour des amandiers de la maison, et nous soustraient au monde." (p.47)

Premier roman d'un jeune auteur palestinien, Karim Kattan, publié dans une belle maison, Elyzad.

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