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Rouge macralle

Publié le par Yv

Rouge macralle, Christian Joosten, Weyrich, 2023

"Aux premières heures de la nuit, faites disparaître un convoyeur.

Aux premières lueurs de l'aube, faites revenir un ancien flic.

Ajoutez alors un soupçon de truand, un entrefilet de journaliste et une pincée de violence.

Laissez reposer quelques jours, le temps que les éléments décantent.

Places alors les rancœurs de côté pour ne garder que les bons morceaux.

Mélangez fort jusqu'à obtenir une réaction en chaîne.

Dans le chaudron de Stavelot ou frémit le Laetare, toujours la macralle ensorcelle." (4ème de couverture)

Pourquoi s'embêter à écrire un résumé lorsque la quatrième de couverture est aussi bien ? Pour information, pour les non-Belges -dont moi, je suis Breton, on ne peut pas avoir tous les défauts-, Stavelot est une petite ville, dans la province de Liège, en région wallonne, et la Laetare est une fête traditionnelle avec défilé dans toute la ville. Et pour la macralle, eh bien, je vous laisse la signification découvrir dans le livre..

Livre qui est le troisième de la série avec Guillaume Lavallée, un ex-flic, au passé trouble, toujours à la limite de la loi, pas toujours du bon côté de cette limite. Ses deux premières enquêtes, Le roi de la forêt et Le jugement de Dieu étaient de très belles surprises, et ce troisième opus s'il n'est plus une surprise est également excellent. En fait, tout me plaît. L'intrigue d'abord que Christian Joosten sait rendre captivante jusqu'au bout, sans aucun temps mort. Puis les personnages, entre un Guillaume Lavallée hanté par ses fantômes, une journaliste prête à tout pour un scoop, une commissaire et une libraire qui ne laissent pas les hommes et Lavallée en tête, indifférents, des ex(?)-truands, des flics qui n'aiment pas voir revenir un ex-flic radié de la maison... Cette brochette participe à la tension, à la noirceur du roman. L'ambiance est tendue parce que personne ne se fait confiance, que tout le monde doute de tout le monde.

Puis il y a le pays, la région de Liège entre le 4 et le 13 mars, à une saison où il fait encore froid et humide : "En ce mois de mars, le parc qui cercle l'abbaye de Stavelot est d'une tristesse morne. Les bourgeons hésitent à s'ouvrir et les maigres fleurs n'en sont encore qu'à vainement sortir de terre. Seuls les buis acceptent d'être la caution verte de cet espace. Même l'herbe rase, humide et couchée par le froid et l'hiver récent, fait pâle figure." (p.140) Au contraire de pas mal de polars où les descriptions des lieux et des paysages ne servent qu'à remplir des pages pour donner un gros volume, celles de Christian Joosten augmentent encore la noirceur, poissent davantage le roman. Elles ne sont pas là pour faire joli, elles servent l'atmosphère, l'embrument, la refroidissent.

En outre, avec des formules bien trouvées "Mes yeux cherchent sa photo, cerclée de noir sur le frigo. Avec son Alzheimer, je ne sais même pas s'il sait qu'il est mort." (p.32/33) et une écriture particulièrement soignée, on entre dans la catégorie des polars ou des romans noirs littéraires. Littéraire parce que le style n'est pas banal, passe-partout. Il est bien sûr accessible à tous, mais travaillé, cherche la bonne formule, le bon mot au bon endroit, évite les expressions toutes faites. Du polar. Du noir. Du bon. Du très bon !

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Victor Hugo vient de mourir

Publié le par Yv

Victor Hugo vient de mourir, Judith Perrignon, L'iconoclaste, 2015

Mai 1885, Victor Hugo vit ses derniers jours, alité, malade, ses petits-enfants Jeanne et Georges à son chevet, ainsi que ses autres proches, sa belle-fille, Alice et son nouveau mari Édouard Lockroy. Et d'autres encore, et des médecins, des sommités de l'époque qui diffusent régulièrement l'état de santé de l'écrivain. 

La police, la préfecture et le ministère de l'intérieur commencent à craindre des débordements lors de l'enterrement du grand homme : les révolutionnaires, les anarchistes et les petites gens indépendamment, tous veulent y être, les premiers avec des revendications, des drapeaux, les autres, pour remercier le défunt d'avoir parlé d'eux dans ses livres mais aussi à l'Assemblée. C'est un casse-tête pour les officiels qui veulent éviter les débordements certes, mais surtout que l'enterrement devienne une  vraie manifestation. Et l’Église qui s'en mêle, qui ne supporte pas qu'Hugo ait refusé de voir un prêtre, qu'il ne veuille pas de cérémonie religieuse et qu'il aille au Panthéon redevenu église sainte Geneviève et qui à partir de 1885 perdra définitivement son statut religieux, la croix surmontant l'édifice sera même ôtée à cette occasion.

Judith Perrignon décrit cette ambiance, dans une République encore jeune et fragile, la Commune de Paris n'a pas quinze ans. Elle écrit également les ambiguïtés du poète, qui défendit les plus faibles tout en ne dédaignant point les honneurs voire les flatteries : "Déjà son anniversaire, il  a quatre ans, fut fête nationale, on célébra ses soixante-dix-neuf ans en grande pompe, on baptisa l'avenue qu'il habitait de son nom, six cent mille personnes défilèrent sous les fenêtres de cette maison blanche où il vient de mourir. [...] ... et lui qui saluait, pas mécontent du tout, vieil Hugo populaire, ami de la pompe, des parades et des défilés, immortel avant d'être mort, grand-père de tous, dieu du siècle des grands hommes, jusqu'au grotesque parfois." (p.66)

De grandes phrases, élégantes, gracieuses qui font parfois, comme celle de l'extrait dans le grandiloquent pour mieux décrire ce qui se passait ces jours de mai 1885, pour représenter ce qu'était Hugo pour les Français : adulé, adoré, jalousé, détesté, envié... C'est un très beau texte, un peu long parfois, mais on suit ces jours de préparation de la fête nationale que furent l'enterrement et la panthéonisation de cet homme avec ceux qui les vécurent au plus près des événements. Victor Hugo est mort un 22 mai, il y a 138 ans.

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L'ombre des pins

Publié le par Yv

L'ombre des pins, Cécile Dupuis, Valérian Guillaume, Virages graphiques, 2022

"Un été, une rencontre, deux cœurs qui battent plus fort." (4ème de couverture)

Lu dans le cadre du Prix Orange de la BD, cet album fait partie des 6 sélectionnés pour la lutte finale avec De sel et de sang, Hoka hey !, Majnoun et Leïli, Derrière le rideau, Nettoyage à sec.

C'est un bel album sur une rencontre de deux adolescents un été. Lui, Pablo, est venu chez sa grand-mère pour le week-end et décide d'y rester parce qu'il a croisé Clara qui vient régulièrement en vacances dans le coin, avec son père, en camping. Elle prend des photos pour un concours. Il va l'aider. Ils vont surtout passer de longs moments à arpenter les sentiers, à se baigner à prendre le soleil.

Je disais, c'est un bel album, très peu dialogué, il laisse la place à de beaux dessins, ocre et verts. De grandes cases, d'autres plus petites. Une rencontre avec deux jeunes gens dont on ne sait que peu de choses et qui ne se dévoileront pas. C'est une tranche de vie, un moment partagé entre eux deux. Nonobstant ces qualités, je ne suis pas vraiment enthousiaste. Ça ressemble à du déjà-lu, déjà-vu. Rien de bien nouveau. Un album qui se lit vite très agréablement mais qui peut s'oublier assez vite également. A l'occasion, si vous le voyez, ouvrez-le, le dessin est vraiment très beau.

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Nous dînerons en français

Publié le par Yv

Nous dînerons en français, Albena Dimitrova, Intervalles, 2023 (Galaade, 2015)

Alors qu'elle est soignée dans un hôpital généralement réservé aux dignitaires du gouvernement bulgare, pour une paralysie galopante d'une jambe, la jeune Alba rencontre Guéo, la cinquantaine bien entamée, membre du comité central du parti qui dirige encore le pays dans le courant des années 80. Tout en lui réapprenant la marche, Guéo tombe amoureux d'Alba et Alba de Guéo. La différence d'âge, la différence de milieu, la femme de Guéo, la "gentille fille du général", le rapport qu'il doit rédiger et présenter censé prolonger la vie du régime en sursis, qui n'avance pas... tout cela commence à sentir mauvais pour les deux amants qui se donnent rendez-vous à Paris.

Cette passion entre deux êtres qui n'auraient jamais dû se rencontrer : l'un est un dignitaire du parti, l'autre une jeune fille du peuple et ils ont presque quarante ans d'écart, se déroule dans un moment historique crucial pour le pays et pour cette région du monde et même pour le monde entier. L'on commence à entendre le mot de perestroïka : la reconstruction vers une certaine démocratisation lancée par Mikhaïl Gorbatchev et les régimes autoritaires, sous la coupe de l'ex-URSS commencent à penser à l'avenir et à leur survie, d'où le rapport demandé à Guéo. Les deux histoires, celle de Guéo et Alba, la naissance d'un amour et celle du pays, la fin d'un monde, s’entremêlent parfaitement. Elles sont totalement liées. Et même si la vie d'avant perdure, Guéo sait qu'elle est en sursis et qu'elle va disparaître. "Au sanatorium, la seule liberté de manœuvre de nos braves nutritionnistes était la liberté de la peur. La peur qu'ils pouvaient eux-mêmes inculquer aux pontes en leur prédisant les conséquences désastreuses sur leur propre personne s'ils ne se soumettaient pas aux restrictions. Cette peur croisait la courbe d'une autre peur qui partait en sens inverse : celle des nutritionnistes eux-mêmes, qui craignaient pour leur propre peau de nutritionnistes attitrés à une élite de vergogne variable." (p.66)

Ce premier roman, paru en 2015 et judicieusement réédité par Intervalles est formidablement construit, je l'écrivais plus haut, imbriquant l'histoire d'amour et la grande Histoire, les mêlant au point que l'une ne peut vivre sans l'autre. Albena Dimitrova qui a vécu en Bulgarie à l'époque qu'elle décrit avant de venir en France, juste avant la chute du Mur de Berlin, raconte l'histoire du pays avec des anecdotes, des faits vécus par Guéo, ses interrogations quant à la pérennité du pouvoir communiste, ses doutes et ses souvenirs. Elle n'écrit pas un manuel historique, mais l'on ressent la pression, la vie difficile pour les gens du peuple en opposition aux dignitaires qui profitent, la surveillance permanente, tout ce qui fait que la vie sous ces régimes communistes n'était pas aisée. Elle évoque aussi, d'autres aspects, un peu cachés à l'ouest, comme la vraie place des femmes dans la société, plus avancée que chez nous, même si aucune femme n'était dirigeante.

Et puis, il y a cette passion entre Alba et Guéo. Improbable. Sensuelle. Elle la jeune femme émerveillée par l'aura de son amant, par ses attentions et lui, l'homme aux nombreuses maîtresses qui ne veut plus vivre que pour Alba au point d'en oublier son devoir. Je le disais plus haut, tout est mêlé, très joliment écrit, assez enjoué, Alba, la narratrice, voit la vie par ses dix-sept ans, pas totalement insouciante, mais assez légère, un brin frivole. Le roman oscille donc entre la jeunesse enjouée, le ton léger d'Alba et la noirceur et la lourdeur que fait régner le régime sur le pays et ses habitants. Très bien vu. Très belle découverte. Très bonne idée que cette réédition.

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Majnoun et Leïli

Publié le par Yv

Majnoun et Leïli, chants d'outre-tombe, Yann Damezin, La boîte à bulles, 2022

"Leïli et Majnoun, tenus loin l'un de l'autre ne purent plus se voir ni même s'entrevoir. On sépare du grain la balle de l'épeautre, mais désunir l'amour ne se peut concevoir."

Le plus célèbre conte amoureux d'Orient mis en poème graphique." (4ème de couverture)

Yann Damezin reproduit fidèlement le poème qui naît chez les bédouins du VII° siècle et qui se perpétue dans le monde arabe depuis. Qaïs est amoureux de Leïli, mais au temps des mariages arrangés, les familles ne sont pas d'accord. Qais le poète sombre alors dans une sorte de folie.

C'est un album qui concourt pour le Prix orange de la BD, il fait partie de la sélection finale avec Derrière le rideau, L'ombre des pins, Hoka hey !, Nettoyage à sec et De sel et de sang. sa lecture n'est pas aisée, on est davantage dans un poème illustré que dans une bande dessinée, et ce n'est pas vraiment ma tasse de thé, fut-il à la menthe. Les dessins sont très beaux, mais ils ne me touchent pas, j'ai l'impression d'ouvrir un album de mandalas aux couleurs très vives. J'ai ouï qu'il a beaucoup plu. Je suis donc à contre courant, je m'y suis ennuyé et chose rare pour une bande dessinée, je ne suis pas allé jusqu'au bout.

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Limite vide

Publié le par Yv

Limite vide. La femme du 16, Léo Betti, Ed. du basson, 2023

Vingt-quatre courtes nouvelles dans ce recueil intitulé Limite vide, suivies, d'un texte un peu plus long, La femme du 16.

Vingt-cinq textes donc, dans lesquels Léo Betti présente des personnages, des gens normaux, de ceux que l'on peut croiser quotidiennement : un pompiste, des clochards, des jeunes gens, des gens moins jeunes, des hétérosexuels, des homosexuels... bref, ceux qui font la société.

Ils ont tous ou presque tous en commun une certaine solitude, des amours contrariées, des envies ou des désirs avortés, morts avant même d'être plus que de simples pensées ou rêves. Autant dire que l'on est loin de la bagatelle et que les histoires de Léo Betti sont noires, sombres, vouées à une mélancolie certaine dans le meilleur des cas.

Tout cela pourrait détourner certains lecteurs qui auraient tort, car l'écriture de l'auteur est très belle, poétique parfois, directe, crue. La phrase en exergue du recueil est tirée d'une livre de Richard Bohringer et la première nouvelle, L'ami, est très bohringerienne, un hommage avec déjà le prénom d'un des deux personnages, Paulo et dans l'écriture également. "On piquait des trucs dans les Monoprix souvent, du saumon fumé, ce genre de trucs, des trucs chers, des trucs qu'on pouvait pas se payer. Puis on se faisait des apéros de bourges avec les trucs du Monoprix. C'est même pas vraiment volé, les deux tiers de la bouffe partent à la benne dans ce genre d'enseignes. C'est plutôt de la récup' anticipée. C'est ça qu'on se disait avec Paulo." (p.12/13)

Puis dans les nouvelles qui suivent, tout en gardant l'esprit, Léo Betti adopte un style plus cru, plus direct. Phrases courtes, voire nominales. Du rapide, de l'oralisé. Du sexe. Du cru. Du brut. Du brutal. Pas du violent dans l'écriture -rien n'est insurmontable à lire- mais du violent dans les situations, dans les vies des personnages : vies brisées par la violence des parents, physique ou orale, par un compagnon, par un abandon, celui d 'une femme, d'un homme, d'un enfant... Les gens que Léo Betti décrit vivent, douloureusement certes, mais ils vivent, dans un monde qui leur est hostile. Anonymement, loin des yeux des passants, de nos yeux. Volontairement parce qu'ils révèlent en nous ce que nous n'avons pas envie de voir. Ou involontairement, parce que nous avons tous nos soucis, nos préoccupations, nos difficultés...

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La maison

Publié le par Yv

La maison, Julien Gracq, José Corti, 2023

Alors qu'il prend le train régulièrement entre les villes de V... et de A..., du temps de l'occupation allemande, sans doute pour travailler, le narrateur, l'auteur lui-même semble-t-il, observe les paysages et notamment une maison, en assez mauvais état, pas très belle, mais qui attire son œil et occupe son esprit, à tel point, qu'un jour, il descend du train et tente de s'approcher d'elle.

Comment ? Qu'ouïs-je ? Un inédit de Julien Gracq ? Un court texte, encore mieux, car parfois sur la longueur, Gracq peut être difficile à suivre -bien que Le rivage des Syrtes soit et reste indubitablement dans mon classement de mes livres préférés. Et cette couverture verte qui attire l’œil et que j'ai vue du premier coup chez mes libraires attitrées. Et José Corti, évidemment... Tout est là pour me faire passer un délicieux moment. Il faut rechercher un endroit calme pour en profiter, pour ne pas être distrait et ne pas perdre le fil. Et le charme opère. L'écriture délicate, travaillée, élégante, faite de longues phrases aux mots méticuleusement choisis, pesés imprègne le lecteur qui se retrouve avec l'auteur dans "l'autocar fourbu" puis dans le sous-bois qui entoure la maison. De même, ses remarques sonnent juste : "D'où vient qu'à certaines minutes privilégiées de notre vie, minutes de vacuité apparente et de tension très basse où nous nous abandonnons au courant et marchons vraiment où nos pieds nous mènent, la paroi volontaire qui nous mure contre l'infini pouvoir de suggestion embusqué dans les choses soudain flotte et se dissout, -rendant à une sorte de pesanteur native et aveugle ce qu'il faudrait bien appeler notre matière mentale pour en faire la proie d'attractions sans réplique, et déchaînant en nous un sentiment confus à la fois de sommeil du vouloir et de presque scandaleuse liberté ?" (p.19) Certes, la chose eut pu être dite plus simplement, en moins de mots, mais l'élégance mon cher, l'élégance en eut été absente.

Je peux reconnaître que Julien Gracq ne s'adresse pas à tous les lecteurs, que sa lecture est parfois ardue et qu'il peut paraître abstrus, mais ce petit texte, ne fait qu'une trentaine de pages. Trente pages de Julien Gracq demandent plus d'attention que trente pages de n'importe quel autre écrivain(e), mais celles-ci offrent une entrée assez simple dans son œuvre et l'on pourra dire ensuite que l'on a lu Gracq et que pfff, finalement c'est quand même vachement bien.

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War and dreams

Publié le par Yv

War and dreams, Maryse et Jean-François Charles, Casterman, 2023

"Sur la côte d'Opale, dans un petit village situé entre les deux caps, Archie le Britannique, Joe l'Américain, Julien le Français et Erwin l'Allemand sont revenus, quarante ans après, sur les traces de leur passé. Erwin recherche Opale, une Française rencontrée en 1942. Il tenait une batterie d'observation, elle ramassait des coquillages sur la plage. Ensemble, ils avaient fait le serment de se retrouver plus tard..." (4ème de couverture)

Un Britannique, un Américain un Allemand et un Français, cela commence comme l'un de ces histoires drôles de notre enfance censées déterminer la balourdise des uns et la subtilité des autres (évidemment le Français !). Ici, que nenni ! c'est la Seconde guerre Mondiale la toile de fond, donc exit la légèreté et la gaudriole.

Cette série sortie il y a une quinzaine d'années fait l'objet d'une réédition en intégrale, soit 4 volumes, ce qui est une excellente initiative, car elle est très bien. Scénarisée par Maryse Charles et dessinée par son mari, Jean-François, elle raconte la guerre de tous les côtés et la romance entre Erwin et Opale, mais aussi entre Julien et Laure et entre Archie et Sahara. Histoires tragiques, évidemment, mais pas pour les mêmes raisons, tant le contexte historique fera basculer nombre de vies.

Les trois premiers tomes alternent les belligérants dans leurs affectations et leurs attributions mais aussi dans les époques, puisqu'ils se croisent 40 ans plus tard. C'est vraiment très bien fait : un dessin classique et très beau au service d'un scénario bien bâti et solide qui s'appuie sur la réalité historique -un dossier final donne des informations sur le Mur de l'Atlantique ; ou bien, c'est le scénario qui sert le dessin sensible et juste. L'ultime tome est différent, c'est davantage un texte illustré qui conclut de jolie et originale manière la série. Si comme moi, vous étiez passés à côté de cette bande dessinée lors de sa sortie, vous pouvez désormais la lire en intégrale et c'est une bonne idée que de le faire.

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Derrière le rideau

Publié le par Yv

Derrière le rideau, Sara del Giudice, Dargaud, 2022 (traduit par Miriam Papo)

"En 1938, dans un village provençal, Yaël et Émilie vivent une enfance comme tant d'autres. Elles commencent tout juste à entrapercevoir, sans pour autant les comprendre, des secrets que les adultes peinent à cacher. Qui se cache derrière le rideau de la chambre d'amis ? Pourquoi leur grand-père maternel traite--t-il leur père de "goy" ? Ça veut dire quoi "être juif" ? A mesure que Yaël grandit, la dure réalité de la guerre et des lois raciales antisémites la rattrape, et la jeune fille va prendre douloureusement conscience de son identité." (4ème de couverture)

Album sélectionné pour le Prix Orange de la BD, avec De sel et de sang, Hoka hey !, Majnoun et Leïli, L'ombre des pins et Nettoyage à sec. Album que je destinerais davantage à un public jeune, parce que j'avoue que pour moi, il n'apporte rien de nouveau. Pour un cinquantenaire qui lit régulièrement bande dessinée et romans, la Seconde Guerre Mondiale est forcément un événement majeur qui a donné un contexte à des œuvres importantes. Je ne peux pas les citer toutes, donc je n'en citerai aucune, sauf l'une des plus emblématiques Maus d'Art Spiegelman. Derrière le rideau, n'apporte rien de plus que les autres, il pourrait être rapproché du Journal d'Anne Franck, puisque c'est à travers les yeux de Yaël que cette histoire est racontée.

Pas désagréable, dessin et mise en scène fluides, clairs, mais pas ébouriffant non plus. Je verrai ce qu'en disent les jeunes qui fréquentent ma bibliothèque.

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