Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Chaplin contre John Edgar Hoover

Publié le par Yv

Chaplin contre John Edgar Hoover, Laurent Seksik, David François, Rue de Sèvres, 2022

1929, après des succès incroyables, une renommée mondiale, Charlie Chaplin n'a plus goût à faire des films. La Dépression de cette année-là, les millions de pauvres et de chômeurs ne l'incitent pas à la bonne humeur.

Puis, l'envie revient, grâce à Paulette Goddard qui jouera dans Les temps modernes et Le dictateur. Mais Chaplin s'est fait un ennemi puissant John Edgar Hoover qui essaie de l'attaquer sur son penchant pour les jeunes femmes et sur ses sympathies communistes supposées.

Dernier tome du triptyque de David François au dessin et Laurent Seksik au scénario, après, Chaplin en Amérique et Chaplin prince d'Hollywood, qui montre les attaques dont fut victime Charles Chaplin, certes, mais aussi, ses doutes et son envie de toujours se surpasser. Chaplin eut une vie mouvementée, de sa naissance dans une famille très pauvre à sa réussite. Il aima les femmes, jeunes, ce qui déplaisait. Il fut aussi interdit de rentrer aux États-Unis pendant vingt ans entre 1952 et 1972, Hoover était parvenu à ses fins.

Comme pour les deux volumes précédents, l'album est très bon. Il installe les contextes de l'entre-deux guerre, puis la guerre et le maccarthysme et y fait évoluer Chaplin et ses amis. Le dessin virevolte toujours, même si Chaplin fait des films lourds et durs, aux messages profonds. Voilà qui clôt de belle manière ce triptyque consacré à l'un des plus grands si ce n'est le plus grand du cinéma international. Charlot se regarde encore et toujours et pour l'avoir testé récemment avec des enfants, ça marche comme avec nous à leur âge.

Voir les commentaires

L'Arsène Lupin des galetas

Publié le par Yv

L'Arsène Lupin des galetas. La vie fantastique de Raoul Saccorotti cambrioleur anar en gants blancs, Phil Casoar, Ed. du Cerf, 2022

Grenoble années 30, un mystérieux cambrioleur qui ne visite que les galetas traverse la ville de part en part, monte les étages de nombreux immeuble et fait main basse sur divers objets parfois précieux, d'autres fois moins. La police ne parvient pas à arrêter celui que la presse appellera bientôt L'Arsène Lupin des galetas.

Arsène, c'est Raoul Saccorotti, réfugié italien du début de la décennie, anarchiste, antifasciste, rusé, élégant et généreux, car il redistribue ce qu'il vole aux pauvres et notamment à ses compatriotes émigrés en France : "Au pied de la Bastille de Grenoble commence la montée Chalemont qui grimpe abruptement vers l'ancien couvent de Sainte-Marie-d'en-Haut. Ce raidillon était alors flanqué de bicoques délabrées, dont les fenêtres garnies de linge à sécher donnaient un petit air de Naples à ce coin perdu de Grenoble. Derrière les façades lépreuses, des familles pauvres venues pour la plupart de la ville de Corato, au Sud de l'Italie, s’entassaient dans des taudis aux murs patinés de crasse. Dans la cour, les ménagères frottaient leur lessive dans une bassine sur une planche à linge. De gros rats couraient dans les rigoles du tout-à-l'égout qui serpentait en pleine air à travers courettes et allées nauséabondes. En haut de la montée, le couvent, dont les religieuses avaient été expulsées en 1905, abritait des familles italiennes logées par la ville, avec pour seul point d'eau la fontaine de la cour." (p.62)

Une vie pas banale que celle de Raoul Saccorotti. De sa naissance à sa mort, il vécut mille vies, plus qu'il n'en faut pour faire une série de films à succès. Et là, chacun dirait que les scénaristes ont des idées folles. Phil Casoar a fait un travail de dingue pour rassembler les documents (lettres, photos; articles de presse...), rencontrer des témoins, et condenser tout cela dans un livre -épais certes- passionnant. Et c'est la vie d'un homme "qui épouse les chaos du siècle" : "des bas-fonds de Gênes aux cimes des Alpes, des ruelles de Ménilmontant aux ramblas de Barcelone, des cachots de prison aux camps d'internement, sans oublier la colonie de confinement des îles Tremiti" (4ème de couverture) et sans oublier non plus les rues et les greniers de Grenoble, début de l'enquête de l'auteur. C'est passionnant, on lit aussi les bouleversements du siècle et les peurs, les haines resurgir lorsque la tension monte dans la société.

Il a de la classe Raoul. On est admiratif, on regrette presque de ne pas l'avoir connu. Phil Casoar fait vivre son héros comme personne. Une biographie originale pour un homme qui ne l'était pas moins.

Voir les commentaires

Keith Haring. Le street art ou la vie

Publié le par Yv

Keith Haring. Le street art ou la vie, Paolo Parisi, Hugo BD, 2022 (traduit par Laurent Laget)

Keith Haring naît à Kutztown en Pennsylvanie, en 1958. Il est initié au dessin par son père, très tôt. Pas très féru d'école, il quitte la Pennsylvanie pour New York à 20 ans et découvre la ville de Basquiat, Warhol... Une ville en pleine cure d'austérité pour tenter d'éviter la faillite, et une ville où la création est omniprésente. Les années 80, les années Reagan sont riches en contestations et le street art commence à fleurir. Mais ce sont aussi les années sida, maladie de laquelle Keith Haring décède en 1990.

On connaît tous les dessins de Keith Haring, ses bonshommes aux simples contours et très colorés qui dansent et son radiant baby, sa signature. Ça paraît facile, simple et très mercantile tant on les voit sur tous les supports. Cet album biographique reprend tout depuis le début, et laisse la parole à l'artiste qui s'est exprimé sur les murs et sur divers supports toujours dans l'idée que l'art soit le plus accessible possible au plus grand nombre. Pour lui, les produits dérivés, T-shirts, tasses, ... ne sont que des moyens de transmettre son art le plus largement possible.

Ce roman graphique de Paolo Parisi est explosif de couleurs : uniquement du rose, du jaune, du bleu, du noir et du blanc. Il montre les artistes au travail, la vie dans le New York des années 80, dans le monde homosexuel et la difficulté de s'exprimer sur les murs dans  l'Amérique puritaine et réactionnaire de Reagan. Très bien fait, comme le précédent sur Banksy ; une série intelligente pour tous qui permet de mieux connaître les artistes du street art.

Voir les commentaires

Looking for Banksy

Publié le par Yv

Looking for Banksy. La légende du street art, Francesco Matteuzzi, Marco Maraggi, Hugo BD, 2022 (traduit par Laurent Laget)

Claire filme Adam qui tague un mur de Londres lorsque les policiers arrivent et les arrêtent tous les deux. Ils écopent de travaux d'intérêt général : nettoyer les graffitis des murs de la ville.

Ils mettent à profit ce temps pour peaufiner l'envie de Claire de créer une chaîne sur le street art et parlent de l'un des plus célèbres artistes du genre, Banksy.

Très bien ce roman graphique qui fait remonter le street art à l'art rupestre -même s'il n'y avait pas de rue- car cet art "est un dialogue avec l'environnement immédiat. Autrement dit, l’œuvre est créée spécialement pour le lieu où elle est placée." (p.13)

Puis les auteurs expliquent la démarche de Banksy depuis sa première œuvre à Bristol en 1999. Et évoquent les diverses et nombreuses recherches pour savoir qui se cache sous ce nom. Est-ce un homme ? Une femme ? Un collectif ? Les auteurs inclinant vers cette dernière option, sans vouloir le savoir, de peur de démystification et de déception. On connaît tous une œuvre de Banksy, sans forcément connaître son parcours et en cela, la BD est intéressante, car elle replace les œuvres dans les contextes socio-politiques et leur redonnent leur sens initial.

Très bon album qui parle d'art, ce n'est pas si fréquent, et qui est à la portée de tous.

Voir les commentaires

Qui est l'extrémiste ?

Publié le par Yv

Qui est l'extrémiste ?, Pierre-André Taguieff, Intervalles, 2022

"La notion d'extrémisme est une notion confuse. Censée permettre l'élaboration d'une classification ou d'une cartographie des forces politiques, elle fonctionne surtout comme une forme de diabolisation de l'adversaire. Ceux qui recourent à ce terme polémique négligent souvent de définir précisément ce qu'ils considèrent comme l'expression du Mal absolu. Pour éviter les amalgames, il faut donc commencer par dissocier, dans le discours politique, les réflexes idéologiques des menaces objectives.

Les individus, les groupes ou les mouvements qu'on qualifie d'extrémistes font le plus souvent l'objet d'enquêtes idéologiquement orientées, dénuées de valeur scientifique. La volonté de stigmatiser et de dénoncer chasse alors celle de décrire, d'expliquer et de comprendre." (4ème de couverture)

J’arrive totalement vierge dans cet essai, je ne connais pas l’auteur, qui, renseignements pris, ne fait pas l’unanimité, s’est déjà retrouvé affublé de pas mal de petits noms et a suscité quelques polémiques. J’ai pris ce livre parce que l’extrémisme d’une manière générale m’intéresse, allant comme beaucoup de gauchistes taper sur l'extrême droite, mais il est vrai que depuis quelques années je me pose la question de ce qu'on peut mettre dans ces deux mots : il me semble que le RN tout repoussoir, repoussant et émétique qu'il soit n'est quand même pas tout à fait la même chose que certains groupes qui n'hésitent pas à faire le salut nazi et prônent la disparition de tous ceux qui ne sont pas blancs chrétiens hétérosexuels. Voilà donc un livre qui va venir alimenter ma réflexion.

Je ne suis pas en accord avec tout ce qu'écrit l'auteur, tapant beaucoup sur la gauche, dans un discours que l'on entend pas mal en ce moment : "le RN n'est pas vraiment d'extrême droite alors que LFI est d'extrême gauche". Néanmoins, sans avoir ni ses connaissances, ni ses capacités, en simple lecteur, j’ai trouvé ce livre intéressant parce qu'il m'oblige à réfléchir, à sortir des schémas tout tracés, de la pensée quasi-unique qu'on entend dans tous les médias. Et déjà des questions essentielles :

- Qu’est ce que l’extrême droite ou gauche ?

- Qui décide de placer untel ou untel à l’extrême, ou est la frontière entre la droite et l’extrême droite ?

L'extrémiste est défini comme quelqu'un qui peut recourir à la violence pour imposer ses idées. Est-ce que les partis politiques qu'on place chez nous aux extrêmes sont prêts à le faire ou se coulent-ils dans le moule de la démocratie, laissant aux électeurs le soin de choisir ?

Pierre-André Taguieff parle aussi beaucoup des mots que l’on entend désormais beaucoup : ultra droite, droite modérée, islam modéré, extrême droite, droite extrême, fachosphère, néonazisme, néofascisme… Ils englobent souvent des tas de choses et de pensées, mais permettent surtout de classer, de mettre des étiquettes, d'aller au plus pressé et de faire appel à une certaine paresse intellectuelle. Puis, il évoque aussi tous les extrémismes (religieux -pas mal de chapitres sur l'islam-, politiques...), et chacun doit se poser la question s’il ne l’est pas dans certains domaines.

Encore une fois, je ne suis pas en accord avec tout ce qu'écrit l'auteur -mon côté gauchiste sûrement-, mais revenir au sens des mots, à leur poids, à leurs représentations me paraît essentiel. Purger des médias des expressions qui ne signifient plus rien, dans lesquelles il faut sans cesse rajouter des superlatifs, et tant pis si le RN -pas plus que LFI- ne peut plus être qualifié de parti extrémiste, ce qu'il faut ce sont des débats d'idées et non pas des invectives.

Avec cet essai PA Taguieff pourrait soulever d'autres petits noms à son égard, il n'est pas tendre avec certains collègues, son livre est dérangeant et pose de nombreuses questions qui, je le crois, vont me titiller quelques temps.

Voir les commentaires

Tu sais qui

Publié le par Yv

Tu sais qui, Jakub Szamalek, Métailié, 2022 (traduit par Kamil Barbarski)

Julita est une jeune journaliste qui s'ennuie, contrainte d'écrire des articles trash sur des célébrités ou des placements de produits. le site pour lequel elle travaille est payé au nombre de clics des internautes.

Aussi lorsqu'une star de la télévision polonaise, un présentateur vedette, meurt dans un accident de la route qui pose question -sauf aux policiers-, Julita décide d'enquêter. Mais ses recherches dérangent, et elle est très vite la cible d'un mystérieux correspondant et par ricochet de beaucoup d'internautes sur les réseaux sociaux. Julita s'accroche et découvre la profondeur des nouvelles technologies et les risques que prennent leurs utilisateurs.

Voilà un thriller original qui se déroule dans le monde des réseaux sociaux et autres sites Internet. ce qui pourrait paraître abscons est bien expliqué et fait franchement peur. Après la lecture, on hésite à ouvrir son mobile, son ordinateur, absolument pas sécurisés. Même si l'on dit que l'on n'a rien à cacher, il n'empêche que nos coordonnées bancaires, nos historiques de recherches, parfois nos photos, nos textos, nos courriels, nos appels, tout cela est piratable, écoutable, sensible. Bref, un bon polar pour se faire peur.

Il commence doucement, très doucement, histoire de bien placer le décor et, Jakub Szamalek qui n'hésite pas à faire des digressions, à décrire des faits qui ne sont pas directement liés aux personnages principaux et à leurs actions, le fait avec pas mal d'humour : "Le labrador fit ce qu'il avait à faire et, content de lui, se mit à gratter la pelouse déjà mal en point. Son propriétaire sortit un sac plastique de sa poche, s'accroupit, mais en voyant de près l'ampleur du défi qui se présentait à lui, il capitula. Il vérifia aux alentours que personne ne le voyait, puis il rangea le sac et tira sur la laisse, s'éloignant au plus vite des lieux du crime." (p.113)

Puis, la tension monte crescendo lorsque Julita sent que l'accident n’en est pas un et qu'après avoir publié un article, elle est menacée. Là, L'auteur mène son roman habilement, nous cachant à nous aussi lecteurs, l'identité du harceleur, peut-être coupable d'un meurtre. Il nous plonge dans les arcanes du World Wide Web, nous expliquant sa genèse et pourquoi il est dangereux de s'y promener sans sécurité. Si quelques passages peuvent sembler obscurs, il suffit de les passer un peu plus vite sans souci, mais ce serait se priver de l'explication assez claire du romancier. icelui brosse un portrait de son pays très intéressant : l'entrée dans l'Union Européenne fut un grand pas et un bouleversement, mais elle n'a pas tout réglé. Les systèmes judiciaire et politique sont corrompus, les classes moyennes ont du mal à se loger dans Varsovie et à vivre correctement. Le travail ne court pas les rues et lorsqu'on en a, il faut se contenter de bas salaires. Bref, la Pologne comme d'autres pays européens souffre.

Pour revenir à l'intrigue policière, elle est haletante et tient jusqu'au bout sans problème et il vaut mieux puisque ce tire est le premier d'une Trilogie du Dark Net prévue par Jakub Szamalek. Ça commence très bien et très fort, j'attends la suite.

Voir les commentaires

Merry men

Publié le par Yv

Merry men. Souvenirs d'une jeunesse écossaise, Chanouga, Paquet, 2022

Librement inspiré du livre Merry men de Robert Louis Stevenson, cette bande dessinée parle de la jeunesse de l'écrivain lorsque son père souhaitait qu'il fût, comme tous les hommes de la famille, bâtisseur de tours et particulièrement de phares, et que le jeune homme ne rêvait que d'écriture. Alors que Robert Louis fréquentait les bas quartiers d’Édimbourg, en 1870, son père l'envoya sur l'île d'Erraid puis sur l’Îlot de Dhu Heartach assister à la construction du phare et enfin s'intéresser au métier. Contre toute attente, le jeune homme se plaît a Erraid, et en tire un récit.

Je ne connais pas le livre de Robert Louis Stevenson, pas plus que je ne savais qu'il était issu d'une famille de bâtisseurs de phares, en fait, je ne connaissais quasiment rien sur lui. Cet album parle de sa jeunesse et de la naissance de son inspiration. Il est très beau, des pages presque muettes parfois, et des dessins sublimes qui font la part belle aux paysages sauvages de l'île d'Erraid et ces fameux Merry men, des rochers découpés proches de la côte, tranchants et qu'un bateau ne peut passer sans risque d'y échouer. Des pages aux tons ocres, d'autres tendant vers le vert montrent, outre la nature, ce que l'homme bâtit dans des conditions dantesques et ce à quoi l'écrivain pense en voyant l'un et l'autre.

La couverture représente bien ce qu'est l’ouvrage, les couleurs, la part de la nature sauvage, de l’œuvre humaine et de l'homme qui contemple. Chanouga réalise un album admirable, de ceux que l'on rouvre régulièrement, juste par plaisir.

Voir les commentaires

Les reflets du monde. En lutte

Publié le par Yv

Les reflets du monde. En lutte, Fabien Toulmé, Delcourt, 2022

Fabien Toulmé a eu l'envie de faire du reportage de terrain, d'aller à la rencontre de gens aux quatre coins du monde, pour raconter leurs parcours, qui pour être individuels parlent cependant au plus grand nombre.

La révolution populaire du Liban en 2019, la Thawra décidera du thème : la lutte, et plus particulièrement la lutte menée par des femmes : Nidal au Liban qui lutte entre autres pour l'égalité hommes-femmes, Rossana au brésil qui au sein d'un mouvement se bat contre un projet qui veut détruire son quartier et Chanceline au Bénin qui éduque les jeunes filles et jeunes garçons à l'éducation sexuelle, au consentement.

Excellentissime gros roman graphique d'une part parce que Fabien Toulmé est un formidable reporter qui sait intéresser ses lecteurs à son sujet par ce qu'il écrit et évidemment, sinon ce ne serait pas une bande dessinée, par son dessin, un peu naïf, coloré de cases monochromes, tantôt bleues, tantôt vertes ou roses ou ocres... et par ses touches d'humour -souvent de l'autodérision.

Et d'autre part, et surtout par les thèmes abordés et les femmes rencontrées. Nidal, dans un Liban en pleine déroute dans lequel il n'est pas simple d'être une femme qui lutte, qui milite et ose prendre la parole, qui reçoit des menaces mais persévère et ne lâche pas l'affaire. Elle veut l'égalité hommes-femmes et plus globalement, virer les élites corrompues, cesser le fonctionnement du pays qui offre les plus hauts postes en fonction de sa communauté...

Rossana à Joao Pessoa qui veut que son quartier -la communauté Porto do Capim- promis à la démolition vive et qui s'y démène : manifestations, recours à la justice. Elle veut en faire un sanctuaire écologique et il faut pour cela que la mairie assainisse, investisse...

Chanceline au Bénin qui tente d'inculquer aux jeunes les notions de consentement, de sexualité protégée, pour lutter contre les grossesses précoces et qui se heurte à des préjugés, des traditions...

Bref, c'est un excellent ouvrage, trois reportages passionnants, très bien racontés, denses, il faut prendre son temps, et c'est une bonne idée tant on a envie de rester en compagnie de Fabien Toulmé et de ces femmes.

Voir les commentaires

Terres profondes

Publié le par Yv

Terres profondes, Patrick S. Vast, Le chat moiré, 2022

1978, dans un village ardéchois, une nuit de pleine lune, des coups de feu et le lendemain, les hippies -ainsi que les appellent les villageois- ont quitté la maison qu'ils louaient.

2018, Jack Sellier, en disponibilité de la police pour se consacrer à l'écriture de thrillers, activité dans laquelle il commence à se faire un nom, arrive dans le même village. Il y a loué une maison, inoccupée depuis 40 ans et compte y faire venir sa femme et leur fille. Mais ses questions sur les anciens occupants de la maison lui attirent la suspicion des habitants et font resurgir de vieilles histoires bien enfouies.

Ce qu'il y a de bien avec les livres de Patrick S. Vast, c'est qu'on n'est jamais déçu et qu'à chaque fois, il nous plonge dans un monde différent. Cette fois-ci, c'est un polar rural qui commence doucement, pour bien installer le décor et les personnages : l'atmosphère village à l'ancienne qui n'aime pas les étrangers -surtout les policiers, des meneurs hauts en couleur, qu'on visualise sans peine, chasseurs, aimant  la compagnie virile, boire des coups et dire du mal des étrangers. Un étranger, c'est quelqu'un qui n'est pas du village. Pour peu qu'il vienne d'un autre département, c'est pire, alors un Parisien ou un non Français...

La tension s'installe durablement et monte inexorablement. Les quelques fortes têtes du village bien décidées à ce que les histoires enfouies le restent à jamais sont prêtes à tout pour stopper les recherches de Jack. Prêtes à tout, donc imprévisibles. Et armées.

Patrick S. Vast en auteur de polars éclairé et malin, distille le calme, le reposant dans les paysages et le violent dans certains intervenants. Ses personnages sont évidemment des stéréotypes, des caricatures, car dans les villages reculés, il n'existe point de gens bas de plafond qui ne reculent devant rien pour cacher leurs turpitudes, leurs crimes ou ceux de leurs ascendants. Malgré tout, s'il en existait et que par coïncidence, ils étaient chasseurs -comme ceux du roman- ils disposeraient d'armes, ce qui serait loin d'être rassurant. L'étroitesse d'esprit, le repli sur soi, la peur de la rencontre et de la différence ne rendent pas tolérant.

Les polars de Patrick S. Vast se lisent, ne se ressemblent pas ce qui est une qualité, et se conseillent fortement, parce qu'il n'y a pas de risque de déception. C'est même tout le contraire, le seul risque c'est de vouloir tous les lire.

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 200 > >>