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chroniques

Lettres d'acandidatures

Publié le par Yv

Lettres d'acandidatures et de démotivation à l'usage des naïfs et des bien "antis" du travail, Christophe Kauffman, Ed. du Basson, 2021

La lettre d'acandidature est une lettre faite pour "ne pas postuler à un emploi qu'on ne vous a jamais proposé." Ce sont vingt-neuf lettres pour vingt-neuf postes aussi variés que footballeur, Miss Belgique, pape ou carrément Dieu en passant par chauffeur de bus, roi des Belges ou gagnant de l'Eurovision... qui nous sont présentées dans cet ouvrage qui, dès son titre à rallonge, fait référence à l'une des oeuvres de Pierre Desproges (Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien-nantis) et qui continue dans les textes l'inspiration desprogienne au risque parfois d'en faire trop dans les tournures et les thèmes choisis (cf. la haine de Desproges pour les coiffeurs, ces "merlans embagousés", détestation reprise par C. Kauffman, qui en se référant à sa photo et son crâne un peu plus capillairement vide que le mien, ne doit pas les fréquenter beaucoup).

C'est souvent drôle, toujours de mauvaise foi assumée voire méchant. Mais c'est aussi souvent frappé au coin du bon sens comme disait je-ne-sais-plus-qui. Disons que dans l'outrance et l'irrévérence, Christophe Kauffman met le doigt là où ça gène. Sur les conditions de travail des boulots mal considérés -ça c'est pour ne pas dire boulots à la con- donc mal payés et dont à propos desquels il s'est pourtant dit lors des confinements qu'ils étaient utiles voire indispensables avant d'oublier aussitôt ce qu'il s'était dit dont à propos d'iceux. Sur les dépenses des collectivités, sur l'insécurité de certains jobs, sur leur inutilité voire leur nuisance -et là, je ne parle pas forcément du pape, bande de mécréants, ni du roi des Belges, bandes de révolutionnaires, mais davantage des vendeurs au porte-à-porte.

C'est aussi parfois un peu long ou répétitif s'il nous prend l'idée farfelue de lire ce livre d'un bloc, il vaut mieux donc piocher une ou deux chroniques, puis laisser reposer, et reprendre tranquillement une ou deux autres chroniques et ainsi de suite jusqu'à épuisement du stock et non pas du lecteur, qui épuisé, ne le sera point.

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Oxymore mon amour !

Publié le par Yv

Oxymore mon amour ! Dictionnaire inattendu de la langue française, Jean-Loup Chiflet, Éditions retrouvées, 2021 (Chiflet et Cie, 2011)

Si vous aimez la langue française, ses mots rares, inusités parfois désuets, ses accords pas aisés, ses figures de style, ses particularités, ses spécificités, anagrammes, pléonasmes dont il fait si souvent mention dans les médias et dans notre langage habituel... eh bien, ne cherchez plus l'ouvrage qui les répertorie, il est là, aujourd'hui -tiens pléonasme autorisé, alors que penser de "au jour d'aujourd'hui", double pléonasme- présenté sous vos yeux ébahis.

Les éditions retrouvées ont la joie et la bonne idée de rééditer ce dictionnaire qui, comme ses homologues, est instructif, mais à l'inverse d'iceux est très drôle. Et apprendre en s'amusant, y-a-t'il meilleure pédagogie ?

Je pourrais citer des pages et des pages : savez-vous que l'alouette ainsi que la mésange zinzinulent ? Que le rhinocéros barète ? Que "tranchecouiller" signifie châtrer -celui-ci, je vous l'accorde, on peut le deviner-, mais "patrociner" auriez-vous pensé que c'est défendre son point de vue ? Que l'épitochrasme est une figure qui consiste à accumuler des mots courts et expressifs "Son esprit, strict, droit, bref, sec et lourd" (Alfred de Vigny). Que certains mots n'existent qu'au pluriel... ? J'en passe et des meilleures pour user d'une expression toute faite, genre que n'aime pas l'auteur du dictionnaire -ni moi d'ailleurs-, alors que nous aimons tous deux, mais lui d'abord, parce que c'est quand même l'auteur, l'oxymore -ou oxymoron- qui donne son titre à l'ouvrage et qui consiste à coordonner deux termes contraires : "Un silence assourdissant" (Albert Camus), "l'obscure clarté" (Pierre Corneille)...

Empli de citations, de références, d'extraits des plus grands auteurs français, classiques et modernes, ce dictionnaire de JL Chiflet est un trésor à garder pas loin de soi, à ne surtout pas remiser dans une bibliothèque où il serait oublier. Il faut l'ouvrir de temps en temps, y piocher une ou deux idées, le prêter, le récupérer pour le ré-ouvrir et le laisser à la portée de tous, chacun y trouvera son bonheur

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Les villes émotionnelles

Publié le par Yv

Les villes émotionnelles, Julie Andrade et Audrey Zeilas, Intervalles, 2021

Et si l'avenir était gouverné par nos émotions ? Et si, tout, de notre vie la plus quotidienne, à nos rencontres était géré par des applications, des réseaux qui nous connaissent mieux que quiconque et qui pourraient anticiper le moindre de nos désirs ainsi que nous éviter les désagréments voire provoquer notre bonheur ?

Julie Andrade et Audrey Zeilas imaginent un catalogue de diverses utopies, parfois enviables, d'autres fois beaucoup moins qui pourraient arriver dans les mille ans à venir.

Voici un ouvrage original, qui alterne les textes courts, les images, les dessins, les études scientifiques vulgarisées, les photographies... Beaucoup de domaines sont abordés par le biais des émotions : l'art, l'architecture (les deux auteures sont architectes), notre vie quotidienne, le travail, les rencontres, notre mode de vie...

C'est un livre à feuilleter, à lire comme on veut, linéairement ou en commençant par la fin ou encore en piquant des petits bouts au hasard. C'est le lecteur qui décide au fil de ses émotions et de ses envies. Tout ne m'a pas parlé, mais des pages m'ont touché et il y a une inventivité folle. Les deux auteures semblent s'être totalement lâchées. Un peu comme quand on refait le monde après un verre ou deux, mais là tout est passé par le prisme des émotions et s'appuie sur des études sérieuses et des délires qui le sont beaucoup moins.

Un livre qui sort des habitudes et qui surprend. Une vraie bonne idée qui mérite qu'on s'y arrête quelques instants.

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Tiroir central

Publié le par Yv

Tiroir central, Sophie Coiffier, L'attente, 2021

"Comment atteindre le fondamental en partant du dérisoire, d'un fouillis inquiétant et familier ? [...] Les chapitres-dossiers de ce tiroir central exposent des repères qui font signe : découvrir un certain sens au désordre, s'y reconnaître, retrouver un passage, un endroit déjà connu et de là, enfin, tracer son chemin, singulier et multiple." (4ème de couverture)

Recueil de chroniques, de nouvelles ou de courts textes, liés plus ou moins au rangement, au déménagement et à son corollaire l'emménagement.

J'aime beaucoup. Tout. L'idée d'aller fouiller dans les espaces, les endroits dans lesquels on entrepose, on amasse et en ressortir la photo ou le texte qui fait remonter des souvenirs, des sensations, des réflexions : "Tu feuillètes l'album renfermant la collection des images Nestlé de ton grand-père Jean, datant de 1927, avec un brin de nostalgie : la moitié des animaux répertoriés sont en syncope mais Nestlé est toujours debout. C'est même une des plus grosses industries agroalimentaires du monde. Et devine quoi ? Son logo est un nid. What else ?" (p.14). L'écriture parfois poétique, directe, sans fioriture et très belle. Parfois des textes rapides aux phrases courtes, sèches et d'autres qui prennent leur temps au fil de longues phrases, très ponctuées, avec des jeux de répétitions, d'allitérations...

Je ne sais plus qui disait que l'écrivaine n'a pas forcément une vie plus riche qu'un autre, mais qu'elle a le talent de la raconter. Ces textes de Sophie Coiffier en sont l'exemple parfait. Quasiment rien de ce qu'elle raconte n'est extraordinaire, je me suis même remémoré quelques souvenirs personnels très proches. Mais les ressemblances s'arrêtent ici, là où moi, je serais plat et sans saveur, elle sait intéresser et procurer un réel plaisir de lecture. Très beau texte d'une écrivaine que je découvre dans une maison d'édition découverte avec Le syndrome Shéhérazade de Eric Pessan et que je surveille depuis...

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Vivre sans amis

Publié le par Yv

Vivre sans amis. Ou comment j'ai (temporairement) quitté Facebook, Arnaud Genon, Rémanence, 2020

Un matin, Arnaud Genon ressent la lassitude à surfer sur Facebook. Il décide de supprimer l'application de son mobile, de rédiger un post signifiant sa mise en veille pendant au moins un mois. Puis, il profite de ce temps pour écrire, pour dire ce qui l'a amené à ce choix, ce qui l'énerve et ce qui lui plaît dans ce réseau social.

J'ai vu ce livre quelque temps après avoir suspendu mon propre compte Facebook et je me suis dit que la coïncidence était évidente. Et effectivement, je me retrouve dans tous les doutes et les questionnements d'Arnaud Genon quant à l'usage de Facebook. Mais lui, en bon lettré cultivé, contrairement à moi, en appelle aux plus grands avec des citations qui résonnent étonnamment de nos jours : Flaubert, Chédid, Aristote, Camus, Proust... qui parlent de l'amitié et des liens sociaux.

Il aborde l'ennui qu'on éprouve adolescent et celui qu'on éprouve beaucoup moins adulte, faisant un parallèle avec des dérivatifs : "Je me souviens m'être ennuyé, quand j'étais enfant, adolescent. Et puis il y a eu le travail, les enfants, les réseaux sociaux. Aujourd'hui, je ne m'ennuie plus. Je n'en ai plus le temps. Les rares moments où cela serait possible, lors de mes surveillances au travail, pendant les pauses, je navigue sur facebook." (p.37) Cet ennui si nécessaire à l'imagination, à la réflexion qui n'existe quasiment plus.

Il évoque également les amis, les vrais et les virtuels, la surenchère des "like", ceux qui, à partir d'un post se fendent d'un commentaire auquel d'autres amis en désaccord vont répondre de manière vive, faisant parfois se répondre voire s'insulter, sur notre mur, des gens qu'on ne connaît pas vraiment. Facebook, comme sans doute d'autres réseaux sociaux que je ne connais pas, grossit tout : les haines et les amitiés, les morts de gens oubliés qui deviennent des stars le jour de leur trépas, les animaux vedettes d'Internet, ...

C'est tout cela et la prise de conscience de la vacuité du réseau sur lequel je restais uniquement pour quelques belles rencontres virtuelles -les intéresse(e)s se reconnaîtront- et la diffusion de mes articles de blog qui m'ont fait prendre la décision de suspendre mon compte. Et si je ne l'ai pas -encore- supprimé définitivement, c'est uniquement pour profiter encore de la messagerie... mais ça risque de ne pas durer non plus, ou alors, j'y reviendrai... peut-être... un jour... si je m'ennuie.

Alors n'hésitez pas à liker ma page -et mon blog- et à la diffuser largement... Ils sont forts chez Facebook, même quand on dit qu'on arrête, on ne peut s'empêcher d'en parler.

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Tous nos corps

Publié le par Yv

Tous nos corps, Guéorgui Gospodinov, Intervalles, 2020 (traduit par Marie Vrinat)

Le sous-titre du livre, Histoires ultra-courtes, le résume parfaitement. Guéorgui Gospodinov, écrivain bulgare déplore dans la post-face la prépondérance du roman dans la littérature et le peu de place laissée aux autres genres. "Et pourtant, en ce qui me concerne, c'est ce potentiel subversif des petites histoires, leur capacité à échapper au joug du roman qui me plaisent. [...] Je veux dire qu'à une époque comme la nôtre, où l'on parle beaucoup et au hasard, comme au bistro, la bonne histoire courte vient nous donner la mesure de chaque mot. Et de chaque minute." (p. 139/141)

J'aime beaucoup ce genre de recueils, mais il faut bien avouer que l'exercice est casse-gueule, l'auteur peut vite tomber dans l'historiette sans intérêt, ce qui est loin d'être le cas avec Guéorgui Gospodinov. Il y parle littérature, travail de l'écrivain. La nostalgie est également très présente ainsi que la Bulgarie, l'amour, la mort, Dieu, l'athéisme. Les gens que l'auteur a rencontrés ou inventés sont décrits dans leur quotidien, mais aussi leurs pensées, leurs questionnements, leurs peurs, angoisses, joies, bonheurs... Des histoires courtes voire très très courtes qui vont au plus direct et parfois, une phrase explose, ça peut-être la chute, mais pas toujours :

"L'être humain n'est pas fait pour manger seul."

"Je suis conscient, sans doute comme beaucoup d'autres avant moi, que, parmi mes souvenirs personnels, il y en a un grand nombre qui sont nés de livres. Lire produit des souvenirs."

Les histoires de Guéorgui Gospodinov sont drôles, ubuesques, fantaisistes, tendres, oniriques, poétiques, réalistes, surréalistes, décalées, à chute souvent, sans chute parfois, il y a en elles un détail ou leur fond qui est à retenir, qui interroge ou simplement qui plaît. Une que j'aime beaucoup pour finir :

"L'ange des livres non lus

Ils sont là, quelque part, je les vois empilés l'un sur l'autre, tous les livres que je ne lirai pas. Le sommet de cette tour se perd dans les nuages et tout au-dessus se tient l'ange des livres non lus qui balance ses jambes.

Certains de ces livres ne sont même pas encore écrits. Cette tour de Babel de ce qui n'a pas été lu croît de jour en jour, de plus en plus imposante.

Parfois, j'ai l'impression que l'on peut atteindre Dieu par l'ignorance." (p. 134)

Le genre de livres que l'on a plaisir à lire, à offrir et faire découvrir, car chacun y trouve, sauf à être totalement obtus, des histoires qui le touchent.

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Notre humanité

Publié le par Yv

Notre humanité, Ai Weiwei, Intervalles (traduit par Olivier Colette), 2020

Ai Weiwei est un artiste qui s'illustre dans divers domaines : sculpture, installation, photographie... Figure très puissante de l'art contemporain, il fut détenu plusieurs mois en Chine en raison de ses actions et prises de position. Réalisateur d'un documentaire, Human flow sur la crise migratoire, le contenu de ce petit recueil compile des remarques, des réflexions tirées d'articles et d'entrevues d'Ai Weiwei sur ce sujet.

65 millions de réfugiés sur les routes ou dans des camps, c'est le terrible chiffre qui masque les individualités, qui fait qu'on n'entend parler que des réfugiés et beaucoup moins d'humanité. Ai Weiwei insiste sur cette idée que nous faisons tous partie de cette humanité : "N'importe qui pourrait être réfugié. Y compris vous et moi. La crise dite des réfugiés est une crise humaine." "Nous formons une seule et même humanité, telle est ma conclusion. Si l'un d'entre nous est blessé, nous sommes tous blessés. Si l'un d'entre nous est joyeux, nous sommes tous joyeux."

Tâche ardue que chroniquer ce genre de livres, qui parfois semble être empli de bons sentiments, qui d'autres fois cite une phrase frappée au coin du bon sens. Et pourtant, ce bon sens fait tellement défaut : "Nous sommes tous des êtres humains. Nous devons chercher à nous faire du bien, à nous aider les uns les autres, plutôt qu'à nourrir la haine." "L'histoire nous apprend que l'ignorance est le point de départ des plus grandes tragédies"

Ai Weiwei, réveille nos consciences un peu endormies, anesthésiées à la COVID qui est le principal sujet pour ne pas dire le seul de nos conversations et préoccupations. Ce n'est pas toujours facile à lire, car forcément, ça nous titille sur nos actions, nos propos, nos plus profonds questionnements sur l'accueil et l'aide aux plus démunis, à ceux qui ont tout quitté. Chacun se (re)mettra en question.

"Si les barrières servent à nous diviser, il est important de se rappeler que les êtres humains sont tous fondamentalement les mêmes. Certains sont plus privilégiés que d'autres, mais ce privilège s'accompagne de la responsabilité d'en faire davantage."

"Nous sommes tellement gâtés par la vie contemporaine que nous oublions ceux qui sont encore dans la souffrance et la douleur, et qui ont besoin d'aide."

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Dicorona

Publié le par Yv

Dicorona, Olivier Auroy, Intervalles, 2020

Olivier Auroy est onomaturge depuis 25 ans. C'est-à-dire qu'il invente des mots. Au début du confinement, il est entré dans un supermarché et a vu deux personnes qui "se disputaient le dernier paquet de spaghettis bio. Moi qui croyais ce genre de scène réservées aux réseaux sociaux du bout de la terre ! Je me suis dit : "ce sont vraiment des psychopathes". Eurêka ! PSYCHO-PÂTE, le premier mot du Dicorona était né" (p.3/4)

Je m'étais promis à moi-même de ne pas parler de livre traitant de la COVID, du confinement et de tout ce qui a trait au Coronavirus. Mais celui-ci m'a fait de l’œil. Sa couverture vermillon et son sous-titre : Pour que l'humour ait le dernier mot.

Et c'est un festival à l'intérieur. A chaque mot inventé, page paire, une courte définition et sur la page impaire, en face donc, une mise en situation signée d'une initiale et d'un nom, en rapport. C'est drôle mais pas seulement, c'est assez fin -bon, pas toujours- et bien vu et ça peut même renvoyer à certains comportements observés ou vécus. Mes mots préférés :

- "Musculaxisme : entraînement basé sur le couché couché plutôt que sur le développé couché"

- "Procrastiquer : remettre le ménage au lendemain" (deux activités que je pratique depuis longtemps même hors confinement)

- "Pénurixe : pugilat ayant pour objet le dernier rouleau de papier toilette"

- "Scolarisquer : rendre l'école obligatoire en dépit de l'épidémie"

- "Trumpoline : discipline consistant à rebondir sur n'importe quelle ineptie"

A citer ces mots, le correcteur d'orthographe s'affole, et pourtant ils sont clairs, la définition est presque superfétatoire. Il y a 120 mots, j'aurais pu en citer plein d'autres : "Autruisme : tendance à stigmatiser les autres en les qualifiant de "les gens". Covip : célébrité testée positive. Ibuprophète : charlatan qui ne soulage que les plus crédules."

J'ajoute que les joueurs vont inévitablement tenter leur chance à la création de nouveaux mots. Onomaturges avérés ou en herbe, à vos crayons ! Ce second confinement qui en est un sans en être un sera propice aux nouvelles inventions.

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Tentative d'épuisement d'un lieu parisien

Publié le par Yv

Tentative d'épuisement d'un lieu parisien, Georges Perec, Christian Bourgois, 1975, 2020

Les vendredi 18, samedi 19 et dimanche 20 octobre 1974, Georges Perec s'installe place Saint-Sulpice à Paris. Il note tous les événements a priori anodins qu'il voit. Des gens, des voitures, des bus, le temps, ce qu'il mange et boit... Cette place d'une grand ville devient pour trois jours un lieu d'observation privilégié du rien ou du presque rien.

Publié en 1975 et réédité cette année par le même éditeur Christian Bourgois, ce très court livre pourrait paraître anodin voire insignifiant, oui mais c'est écrit par Georges Perec et ça change tout. Ça change tout parce que l'écrivain y imprime sa patte, son style inimitable pour parler du quotidien. Grâce à cela ce qui pouvait inspirer la crainte de l'ennui résonne comme un poème à la Prévert, une sorte de carnet d'idées et de personnages de romans. Un plan détaillé d'un futur roman. Tout cela en même temps et un vrai livre à part entière qui, dans le style Perec, joue avec les mots et leurs sons, les phrases. Le premier chapitre, le premier jour, est assez long plus long que les suivants moins rythmés ouiquende oblige.

Là où n'importe qui aurait écrit une litanie, Georges Perec qui n'est pas n'importe qui et qui excelle dans l'écriture avec contrainte offre une variété de styles incroyables dans un si petit bouquin. Pour ceux qui hésitent encore à entrer dans le monde de l'écrivain, c'est une porte qui me semble toute indiquée. Et pour finir un extrait de la page 29 :

"J'ai revu des autobus, des taxis, des voitures particulières, des cars de touristes, des camions et des camionnettes, des vélos, des vélomoteurs, des vespas, des motos, un triporteur des postes, une moto-école, une auto-école, des élégantes, des vieux beaux, des vieux couples, des bandes d'enfants, des gens à sacs, à sacoches, à valises, à chiens, à pipes, à parapluies, à bedaines, des vieilles peaux, des vieux cons, des jeunes cons, des flâneurs, des livreurs, des renfrognés, des discoureurs. J'ai aussi vu Jean-Paul Aron, et le patron du restaurant "Les Trois canettes" que j'avais déjà aperçu le matin."

Excellente idée de Christian Bourgois de rééditer ce texte qui est mon Perec de l'année.

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