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La Colombienne

Publié le par Yv

La Colombienne, Wojciech Chmielarz, Agullo, 2019 (traduit par Erik Veaux).....

Un trafic de drogue entre la Colombie et la Pologne implique des jeunes gens recrutés pour tourner une publicité et manipulés pour passer de la cocaïne aux frontières.

A Varsovie, le corps d'un homme est retrouvé pendu et éventré sur le pont de Gdansk. Deux clochards qui vivent dans le coin ont appelé les secours. A la tête de l'enquête l'inspecteur Jakub Mortka dit Le Kub, de retour à Varsovie, asisté de Anna Suchocka, dite La Sèche (Sucho = sèche en polonais). Leur première mission sera de trouver l'identité du mort, puis, il faudra s'entendre et travailler ensemble, car Le Kub n'est pas simple et La Sèche non plus.

Troisième enquête du Kub et dépaysement polonais. L'inspecteur semble un peu assagi, canalise mieux ses colères et n'en veut plus à sa femme de l'avoir quitté. Il reprend le travail un peu plus tôt que prévu, un bras dans le plâtre, mais cette enquête paraît tortueuse et c'est l'homme de la situation.

La Pologne change en ce début de siècle -l'action se déroule en 2010-, et pas toujours pour le mieux : la drogue envahit les rues, les riches s'enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. La société est conservatrice qui a, par exemple, un rapport daté avec l'homosexualité, décrite comme taboue, Wojciech Chmielarz en parle comme on n'en parle plus dans un roman français ou alors dans certains types d'écrits, machistes voire homophobes. Depuis, la Pologne a élu un président très conservateur, Andrzej Duda. Wojciech Chmielarz décrit son pays comme un observateur, il ne prend pas position et ses personnages ont des avis variés qui englobent la société polonaise.

Pour ce qui est de l'enquête, Le Kub avance doucement, aucun indice, aucune piste, le travail de fourmi des policiers devra donc payer. A force de petites avancées, un profil du coupable va se dessiner, et j'ai bien aimé le détail, l'élément anodin qui va relancer l'enquête, faire rebondir les flics et accélérer l'action jusqu'à la fin.

Quatre cents pages qui passent vite, pointilleuses sur l'enquête, qui parlent de la Pologne et s'intéressent aux personnages, à leurs vies, notamment celle du Kub. Je me suis fait une joie de le retrouver et comme un quatrième tome est sorti, mon petit doigt me dit que je vais vous en parler très vite.

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La science de l'esquive

Publié le par Yv

La science de l'esquive, Nicolas Maleski, Harper Collins, 2020....

Qui est Kamel Wozniak, cet homme qui se retire volontairement dans un meublé, loin de tout, loin de la ville, un paquet de fric dans les mains bientôt planqué dans la maison ? Et pourquoi, ne cherchant que la solitude, il attire à lui les locaux : son logeur, mais aussi une bande de jeunes gens après qu'il a sauvé l'un d'eux d'une noyade certaine et même une gendarme, Soraya, et sa voisine Laure ?

Quel(s) secret(s) cache-t-il pour fuir ainsi la compagnie d'autrui ? Kamel est un dur, un taiseux qui accepte de se faire envahir sans se dévoiler pour autant.

Deuxième roman de Nicolas Maleski après Sous le compost. On y retrouve des thèmes qui lui semblent chers : l'éloignement, la vie à la campagne, le changement voire le bouleversement de vie, les questionnements, lorsqu'on arrive à la moitié -ou presque- de sa vie, sur le sens à donner à la seconde moitié, sur l'envie de tout envoyer balader. Toutes ces questions, et d'autres, sont abordées dans ce roman que j'ai hésité à placer dans la catégorie polar, mais qui en a tous les ingrédients, notamment la tension palpable dès le départ et qui ne cesse de monter et les personnages troubles qui ont tous un truc à cacher, qui ne semblent pas aussi blancs qu'ils voudraient le faire croire. C'est très bien fait et Nicolas Maleski, habilement, simplement, nous emmène avec lui et Kamel jusqu'à se poser nous-mêmes de bonnes questions. D'abord les mêmes que Kamel et les autres personnages du roman, sur les choix de vie et de société, mais aussi sur celles qui concernent l'énigmatique Kamel : la raison de son éloignement, est-il un tueur, un malfrat, que fuit-il ?

Si ce roman de Nicolas Maleski est moins ironique, moins drôle et moins original, que son précédent, il n'y en a pas moins de plaisir à le lire. Le constat sur la société actuelle et les interrogations sur ses dérives, sur l'avenir et la construction d'un monde différent sont des préoccupations très actuelles et vives.

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Onzième parano

Publié le par Yv

Onzième parano, Marie Vindy, La tengo, 2011...

Paris 11ème arrondissement, Baze Wincler, célèbre chanteur du groupe de rock Surface Noise est arrêté chez lui, suspecté du meurtre d'une jeune femme Clotilde Seger, retrouvée dans le lit du rockeur. Alcoolique, cocaïnomane et pas mal d'autres trucs, Winckler multiplie les conquêtes féminines, mais ses addictions lui ruinent la santé et la mémoire. Aussi n'est-il pas totalement sûr de n'avoir rien fait à Clotilde. Son avocat, fait appel à Mona Cabriole, journaliste et critique de rock pour mener une vraie enquête, puisque la Crime ne le fait qu'à charge du rockeur, coupable idéal.

Comme Gabriel Lecouvreur, alis Le Poulpe, Léo Tanguy ou l'Embaumeur, Mona Cabriole est une héroïne d'une série écrite par plusieurs auteurs. Ce tome écrit par MarIe Vindy est le numéro 9. Je l'aime bien Marie Vindy, j'ai lu Une femme seule et Justice soit-elle. Mais là, je ne sais pas à quoi c'est dû, peut-être une faiblesse du côté de Mona Cabriole, mais je n'ai pas vraiment accroché. Il y a de très bonnes choses, le récit est rock'n'roll mais il y a aussi pas mal de longueurs, de répétitions inutiles et de digressions qui ne servent pas vraiment le texte ni son rythme. Presque 300 pages qui auraient pu être réduites, nettement pour une enquête plus dense, plus dynamique, du vrai rock quoi ! Là, on a plutôt l'impression d'être dans un concert de variété sous couvert de pseudo-rock, genre chanteur qui pense que mettre une guitare qui sature ça fait rockeur -des noms, des noms... Marie Vindy reste un peu trop sur le coté sexe drogue et rock'n'roll sans vraiment pénétrer ce monde, on reste un peu en dehors.

Néanmoins, Mona est sympathique, Marie Vindy sait nous intéresser à son intrigue et aux tribulations de son héroïne, parce qu'elle écrit bien, mais si ce n'est pas un livre qui tombe des mains, je crois qu'il ne restera pas longtemps en mémoire, un peu comme une chanson de variété vite chantée vite écoutée vite oubliée.

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Deux balles

Publié le par Yv

Deux balles, Gérard Lecas, Jigal polar, 2020.....

Vincent Castillo caporal-chef dans l'armée française rejoint à Marseille, Willy, son frère d'armes grièvement blessé au combat après leur service en Afghanistan. Leur rêve est d'ouvrir un food-truck, mais le handicap de Willy menace leur projet. Vincent n'a d'autre perspective que de retourner chez son père qui tient un hôtel miteux, qui sert depuis quelques mois de foyer d'accueil pour migrants. Vincent retrouve ses deux frères Denis et Jordan qui œuvrent en eaux troubles et Hamid, son ami interprète afghan qu'il a connu en Afghanistan. Le retour à la vie civile ne s'annonce pas aussi bien que prévu.

Voilà un roman noir bien noir comme je les aime. Ancré dans la réalité et dans l'actualité. Syndrome post-traumatique, dur retour à la vie civile pour des hommes qui ont vécu l'horreur et dur retour particulièrement pour Vincent qui ne reconnaît plus ses frères devenus trafiquants ni son père, qui n'a certes jamais été une flèche mais qui a totalement baissé les bras.

Ce roman assez court, ramassé et dense se lit d'une traite. Il dit bien comment les soldats ont du mal à revenir à une vie normale après avoir vu et vécu des horreurs, même s'ils y sont préparés. Il dit aussi le malheur et la peur que vivent les migrants lorsqu'ils arrivent en France. Ils quittent tout pour ne pas perdre la vie et se retrouvent à vivre dans des conditions effroyables : conditions de vie sordides, trafics, rixes entre nationalités, prostitution, etc...

Un roman noir à lire et faire lire, un de ceux qui marquent tant dans les contextes que dans les personnages décrits. Le premier chapitre débute ainsi :

"Il est presque midi quant il quitte l'Hôtel des Trois Continents. Pourquoi trois seulement, Vincent ne l'a jamais su et le gérant des lieux l'ignore également. Par contre, l'hôtelier se souvient de lui." (p.9)

Excellent de bout en bout.

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Aldobrando

Publié le par Yv

Aldobrando, Critone et Gipi, Casterman, 2020 (traduit par Hélène Daumiol-Remaud).....

Aldobrando encore tout jeune enfant est confié à un vieil homme, sorcier, par son père qui doit aller combattre dans la fosse du royaume et sans doute y laisser sa vie.

Quelques années plus tard, Aldobrando est un jeune homme frêle et timide qui ne connaît rien qui soit éloigné de la chaumière dans laquelle le vieil homme l'a élevé. Mais Aldobrando se retrouve bientôt à parcourir les chemins à la recherche d'une herbe censée soigner son maître. Il est arrêté et pris pour l'assassin du prince du royaume.

Conte écrit par Gipi et dessiné par Luigi Critone, qui, comme beaucoup de contes est cruel et tendre à la fois. Aldobrando en jeune homme qui a tout à découvrir de la vie, en candide, est parfait. C'est son passage initiatique, il doit vivre des épreuves pour grandir et devenir adulte, si possible sans rien perdre de sa fraîcheur. Tous les personnages habituels du conte sont présents, le mage, le roi cruel, le conseiller et la cour intéressés, l'amoureux transi, la princesse ou la reine malheureuse, l'ogre et le jeune candide. Tout est donc là pour que cette belle histoire se déroule au mieux et les dessins de Luigi Critone y rajoutent du fond, du corps.

Excellente bande dessinée adolescent/adulte qui ne révolutionne pas le genre mais qui sait jouer avec les codes et les rehausser.

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Nue

Publié le par Yv

Nue, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, 2013.....

Deux mois se sont passés depuis la dernière rencontre entre le narrateur et Marie. Ils s'étaient revus après leur séparation pour le décès du père de Marie, et son enterrement à l'île d'Elbe qu'ils avaient fui lors d'un grand incendie. Depuis, lui s'est installé dans un petit deux-pièces de la rue des Filles-Saint-Thomas tandis qu'elle gardait l'appartement de la rue de La Vrillière. Deux mois sans se voir, sans se parler mais à penser sans cesse à l'autre, au moins pour lui qui raconte l'histoire. pour Marie, on ne sait pas. Lorsque Marie l'appelle et lui donne rendez-vous dans un café, c'est un peu fébrile qu'il s'y rend.

Quatrième et ultime volet de l'ensemble romanesque Marie Madeleine Marguerite de Montalte, après Faire l'amour, Fuir et La vérité sur Marie. Et comme pour les autres titres, je suis sous le charme de l'écriture de JP Toussaint. Si vous ne voulez pas relire mes trois billets précédents, ce qui, évidemment n'est pas bien, car ils sont vraiment excellents, celui-ci résumera tout le bien que je pense de la série sur Marie mais plus globalement de l’œuvre de l'auteur.

D'abord, c'est superbement écrit, assez simplement, l'art de JP Toussaint n'est pas de trouver des gros ou grands mots pour faire le pédant ou le cultivé, non, son art est de construire de belles phrases -longues-, de beaux paragraphes, de beaux livres -courts- avec un vocabulaire certes étendu mais point abscons. Marie est styliste, le point d'orgue de son défilé est une robe en miel. JP Toussaint raconte le défilé et d'autres choses que l'on connaît, très pratiques, très courantes et l'on visualise aisément sans jamais s'ennuyer aux descriptions de gestes ou actes banals. Et puis, il y a cette histoire d'amour et de rupture avec Marie. Et cette ode à la féminité et à la force de Marie, sa volonté de vivre sa vie comme elle l'entend, son indépendance, sa créativité. Lui, sans être l'amoureux transi de "Ne me quitte pas" de Jacques Brel, ne vit que par le souvenir de Marie, que par sa volonté de la revoir. Le reste du temps, il vit, certes, mais beaucoup moins sereinement.

Que dire de plus si ce n'est que cet ensemble romanesque est excellent ? Si j'insiste, je vais finir dans le dithyrambe, j'aime la sobriété, je stoppe ici cette chronique.

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Le discours

Publié le par Yv

Le discours, Fabrice Caro, Folio, 2020 (Gallimard, 2018)...

Lorsque Ludo, son futur beau-frère lui demande d'écrire et prononcer le discours pour son mariage, Adrien ne sais pas refuser, mais ce n'est pas l'envie qui lui manque. Comment aborder un tel fardeau : ses souvenirs avec sa soeur Sophie ? des blagues ? du sérieux ? Autant de questions qui le taraudent durant tout un repas de famille auquel pourtant il n'est présent que distraitement frais largué par Sonia (trente-huit jours de pause) à laquelle il vient d'envoyer un texto auquel il espère une réponse.

"Si vous n'éclatez pas de rire au premier chapitre, on ne peut rien pour vous" (Olivia de Lambertie). J'opine et j'ai ri, mais le souci est que c'est à peu près le seul moment où j'ai vraiment ri. J'ai beaucoup souri ensuite, parce que Fabrice Caro use de formules ou de tournures voire de décalages pas forcément inventifs, mais efficaces. L'écriture est fraîche, légère pour un roman qui peut s'affubler des mêmes qualificatifs. Frais et léger donc et sans doute assez vite oubliable. Adrien se pose beaucoup de questions sur sa vie, la quarantaine juste entamée. Sa difficulté à vivre en couple, à nouer des relations avec autrui, à réellement dire ce qu'il veut et ce qu'il est. C'est un timide, névrosé qui n'ose pas froisser ni même déranger, son éducation et certaines conventions sociales bloquant ses envies de tout envoyer balader. Tout cela est bien vu et il est aisé de s'identifier à certains endroits avec Adrien.

Là où le bât blesse, c'est que le roman est répétitif et étiré en longueurs. Un peu comme un gag de BD qui ferait une page mais que son auteur aurait décidé de décliner en un album complet. Je me permets cette comparaison puisque Fabrice Caro est aussi connu sous l'alias de Fabcaro, bédéiste.

Malgré tout, j'ai passé un bon moment, avec quelques bonnes trouvailles de l'auteur (le chapitre, p.65/67, sur la chenille est irrésistible : "La chenille à laquelle personne ne peut échapper. On a beau faire semblant de manger, de parler, d'être au téléphone, peine perdue, la chenille est impitoyable, elle n'épargne personne, elle ne s'embarrasse pas des ego, de la timidité, elle n'a que faire de tout ça, face à la chenille nous sommes tous à la même enseigne, nous sommes là pour nous amuser, nous avons l'obligation d'être heureux, véritable machine à broyer les orgueils, et on se retrouve subitement au milieu de gens et on ne sait pas trop quoi faire de ses pieds, on tente de leur imprimer une sorte de mouvement un peu festif parce que si on marche, c'est pire que tout, marcher dans une chenille c'est être un dissident, c'est affirmer haut et fort Je ne suis pas comme vous, je vous emmerde, j'ai trop de problèmes dans ma vie pour faire la chenille, j'ai lu Le livre de l'intranquillité de Pessoa, vous imaginez quelqu'un qui a lu Le livre de l'intranquillité de Pessoa faire la chenille ?" -personnellement, lorsque j'entends les premières notes, ce qui oblige à connaître les premières notes de la chenille, je sors si le temps le permet, je vais aux toilettes, je tente désespérément de trouver un subterfuge pour y échapper), des personnages très réalistes, de ceux qu'on croise tous les jours, qui nous ressemblent, sympathiques jusque dans leurs -voire surtout dans leurs- maladresses, balourdises. Il vient de sortir en format poche, l'occasion pour chacun de se faire sa propre idée et, sans arrière pensée, de lire un roman qui détend.

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Sherlock Holmes et le complot de Mayerling

Publié le par Yv

Sherlock Holmes et le complot de Mayerling, Nicole Boeglin, City éditions, 2020..

Hiver 1889, le prince Rodolphe, fils de l'impératrice Sissi est retrouvé mort dans son lit aux côtés d'une femme de 17ans, Marie Vetsera. Officiellement, il s'est suicidé et sa jeune compagne n'a jamais été avec lui. Sherlock Holmes et le docteur Watson reçoivent la visite d'une dame de compagnie de l'impératrice qui veut faire la lumière sur la mort suspecte de son fils. Les deux hommes embarquent donc pour Mayerling.

Sherlock Holmes est dans le domaine public, et dès lors, un écrivain peut s'en emparer -sans oublier Watson- pour lui écrire une nouvelle aventure. C'est ce que fait Nicole Boeglin dans cette énigme historique réelle qui a vu au fil des années plusieurs théories se succéder sans qu'aucune ne soit totalement avérée. Entre le suicide, le meurtre, le meurtre suivi d'un suicide -Rodolphe assassinant Marie et de suicidant-, le complot visant le prince ou plus globalement la famille impériale, toutes les suppositions existent. C'est donc de cette histoire mystérieuse que s'empare la romancière en y incluant le plus célèbre détective du monde.

Rien d'affolant, rien de rébarbatif. Holmes déambule dans un monde qu'il affectionne, celui des riches et des puissants et nous de subir la généalogie de la famille de Sissi, avec les enfants adultérins, et les officiels. Not really my cup of tea. Je n'irais pas jusqu'à dire que Sir Arthur Conan Doyle s'en retourne dans sa tombe, je suis loin d'être un spécialiste de son œuvre et de son dernier domicile, mais je ne suis pas certain que cette nouvelle enquête soit du niveau des originelles. Et de m'interroger sur la -bonne ?- idée de reprendre un héros mythique pur le coller dans des aventures que son créateur n'avaient pas imaginées pour lui. C'est forcément casse-gueule, car comparaison il y aura, rarement à l'avantage dernier arrivé.

Néanmoins, si l'on passe sur les débuts du livre un peu laborieux, on peut y trouver un agrément. A chacun de se faire son opinion. Ou pas. Le premier chapitre débute par ces phrases :"Un épais brouillard jaunâtre avait envahi Londres ce soir-là, je me le rappelle. Je rentrais justement de chez un malade et à peine venais-je de franchir le seuil de ma maison que ma femme me remit un mot de mon ami me mandant de le rejoindre au 221B Baker Street." (p. 13)

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Le Triskel volé

Publié le par Yv

Le Triskel volé, Miguelanxo Prado, Casterman, 2020 (traduit par Anne Cognard).....

Des lucanes cerfs-volants apparaissent en grand nombre dans une chênaie, mettant à jour, sur les écorces des arbres des runes. Artur Rego, jeune chercheur stagiaire trouve par hasard, les notes d'un vieux professeur sur un monde ancien peuplé d'êtres magiques, des anges et des démons. Le moyen pour ces êtres de renouer avec leurs pouvoirs est de mettre la main sur un Triskel disparu depuis des années mais beaucoup de personnes semblent à la recherche du talisman.

Après, entre autres, un polar Proies faciles, Miguelanxo Prado se lance dans le conte, la fable. Et après un album noir et blanc, il use d'une palette de couleurs très large et vive ainsi que la couverture le laisse imaginer. A part une toute petite réserve quant à la police de caractères choisie pour les êtres magiques un peu difficile à lire, je n'ai rien à dire, j'ai beaucoup aimé. Les dessins et la couleur d'abord, c'est souvent par cela qu'on entre ou pas dans une bande dessinée. Les visages des personnages sont enrichis de traits fins et noirs soulignant les rides, les plis, les arêtes ; je ne saurais pas dire ce que ça leur apporte, mais c'est un détail qui m'a marqué.

L'histoire puise dans les légendes et notamment celtiques puisque Triskel il y a, mais elle s'inspire surtout de l'état actuel du monde ou l'état du monde actuel, je ne sais quelle formulation choisir, donc je mets les deux. L'urgence climatique, la dégradation de la planète due aux activités humaines, on peut comprendre que certains êtres supérieurs, magiques aient des envies de génocide humain pour sauver les autres êtres vivants et la Terre. Je me demande comment certains peuvent encore nier cette urgence et l'absolue nécessité de changer de société. Le profit, la consommation, certes, mais à qui profiteront-ils puisqu'on s'approche du mur à grande vitesse ? C'est sur ces idées qu'est construite la fable de Miguelanxo Prado. Un superbe album lisible dès l'adolescence et jusqu'à un âge très avancé.

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