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Au piano

Publié le par Yv

Au piano, Jean Echenoz, Minuit, 2003.....

Max Delmarc est un pianiste classique très connu, ses concerts sont courus, salles pleines et public enchanté. Mais Max est anxieux, pétri de trac et alcoolique. Aussi, son producteur l'a-t-il fait suivre et accompagner par Bernie, qui l'empêche de boire avant les concerts et le pousse littéralement sur la scène de ses concerts. Max ne le sait pas encore, mais il vit ses trois dernières semaines, vingt-deux jours après l'ouverture de ce roman, il mourra violemment.

Rangé dans les rayons de la bibliothèque, un Jean Echenoz que je n'ai pas lu, donc ni une ni deux, aucune hésitation, je le prends et m'en retourne à la maison, le poser sur la table de chevet, puis laisser quelques jours passer avant de l'ouvrir... faire durer les préliminaires, l'attente. Après cette mise en condition, le plaisir n'en sera qu'augmenté pensé-je. En fait, je n'en sais rien, peut-être aurais-je eu la même sensation si je m'étais jeté dès mon arrivée à la maison dans ce roman ? Parce que, comme d'habitude avec les romans de Jean Echenoz, je me suis régalé.

Une première partie sur la vie de pianiste de Max très détaillée, minutieuse et tellement bien écrite. Un personnage dont on sent les failles, les peurs, les angoisses et les manques bien qu'il soit assez pâle subissant plus qu'il ne vit sa vie. Bernie, son aide de vie semble plus dense, plus intéressant. De belles images naissent sous la plume de l'auteur : "Mais qu'est-ce que c'est que ces fleurs, s'énerva-t-il, tu sais bien que je ne supporte pas, bazarde-moi tout ça. Oui oui, dit Bernie qui ramassa prestement les bouquets puis fila surchargé comme un corbillard pendant que Max tombait sur sa chaise, devant une console désormais surmontée d'un miroir au fond duquel, dans l'ombre, Parisy s'épongeait le cou à l'aide d'un Kleenex en boule." (p.18/19)

Une deuxième partie qui commence très bien, traîne un tout petit peu en son mitan puis redémarre et fait la place à une troisième et ultime partie réjouissante. Très équilibré, Au piano est un roman qui se lit le sourire en coin, qui détaille chaque paysage, chaque personnage et chaque situation. Je ne peux m'étendre que sur le vrai bonheur qu'il y a à lire les phrases, les paragraphes de Jean Echenoz, parce que je ne veux rien dire de cette histoire pour en laisser la surprise aux futurs lecteurs qui seraient passés par le blog. Les joies des longues phrases virgulées, dans lesquelles plusieurs idées cohabitent, s'entrechoquent et se mêlent. Il faut aimer. Echenoz, c'est avant tout un style, une exigence littéraire, un beau travail avec la langue. 

D'aucuns pourront dire que les rebondissements n'en sont pas, que les personnages manquent de profondeur, ... Peut-être. Mais lire Echenoz c'est aussi lire ce qu'il n'a pas écrit mais qu'il sous-entend, lire entre ses lignes. Pas toujours évident, c'est la raison pour laquelle il faut prendre son temps et se préparer en retardant de quelques jours la lecture dès lors qu'on l'a entre les mains.

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Le capitaine Fracasse

Publié le par Yv

Le capitaine Fracasse, Théophile Gautier, Archipoche, 2016....,(première édition 1863)

Le baron de Sigognac est un jeune homme qui vit dans la misère. Son château tombe en ruine, il mange peu, et est obligé de se vêtir avec les habits de son père, décédé quelques années auparavant. Le baron vit au milieu du XVIIème siècle, isolé, par peur de croiser d'autres nobles de la région dont la belle Yolande de Foix qui ne manque jamais une occasion de le croiser de son mépris. Lorsqu'un soir on frappe à la porte, le baron est surpris, il ouvre et offre l'hospitalité à une troupe ambulante de comédiens dont le chariot est embourbé. Voyant l'état de dénuement du jeune homme, les comédiens lui proposent de se joindre à eux pour aller à Paris. D'abord réticent, le baron de Sigognac accepte lorsqu'Isabelle, la belle jeune actrice à laquelle il n'est pas insensible, insiste auprès de lui.

Il me souvient d'avoir lu Le capitaine Fracasse, enfant, mais dans une version de 200 pages. Ce livre édité dans la collection La bibliothèque des Classiques d'Archipoche en compte 700. Certes, l'ouvrage est de petit format, mais je me rends compte que je n'avais lu qu'une version condensée. Ce qui est très compréhensible, car Théophile Gautier décrit, décrit et décrit encore. On ne rencontre le premier humain qu'après avoir lu une vingtaine de pages décrivant le château et les alentours. Puis, à chaque fois qu'un personnage entre en scène, l'auteur fait de lui un portrait détaillé, de pied en cap, vêtements inclus. Pareil pour tous les lieux traversés, si bien que l'on peut se faire une idée très précise du voyage de Sigognac et de ses rencontres. Cela peut parfois paraître long, mais la langue est belle et les mots tombés en désuétude voire totalement oubliés ajoutent un charme suranné oh combien irrésistible : "... le gros homme, étendu à jambes rebindaines...", "... un bélître parvenu, concussionnaire et simoniaque...", "Le beau Léandre, pensant toujours à la châtelaine, s'adonisait de son mieux...", ... Voilà un très court échantillon des joyeusetés que l'on trouve dans l'écriture de Théophile Gautier. Pour le reste, eh bien, nous sommes dans un roman d'aventures historique, tous les ingrédients sont là : le jeune homme désargenté, la belle jeune fille, l'amour, la trahison, les bagarres, ... un roman qui fera les belles heures du cinéma dit de cape et d'épée (je me souviens de la version de Pierre Gaspard-Huit avec Jean Marais), il y eut aussi des séries animées, et même du théâtre. Je ne suis pas sûr que ce roman fera les délices des adolescents de maintenant, parce que sans doute pas assez actif, nerveux, mais il fera sans nul doute celui de leurs parents-ex-adolescents qui en plus de trouver une histoire romanesque à souhait, emplie des codes du genre auront un réel plaisir de lecture dans les descriptions, le vocabulaire et les envolées lyriques du Pédant, l'un des personnages de la troupe de comédiens qui ne peut s'exprimer que dans l'outrance et l'emphase. 

Très belle idée de réédition. Très belle collection, même si les -très- petits caractères peuvent gêner la lecture des ex-adolescents dont la vue baisse.

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Balthazar Grimod de la Reynière. Un gastronome à la table des Lumières

Publié le par Yv

Balthazar Grimod de la Reynière. Un gastronome à la table des Lumières, Jean Haechler, Séguier, 2016...

Alexandre Balthazar Laurent Grimod de la Reynière, né en 1758 sera tour à tour et parfois simultanément homme de lettres, philosophe, avocat, épicier, duelliste, critique de théâtre et de littérature, gastronome. Né dans une famille de la bourgeoisie parisienne, riche, mal aimé de sa mère parce qu'infirme, sans main, il portera toute sa vie des prothèses recouvertes de gants blancs, il peinera à se faire reconnaître et multipliera les excentricités, les mystifications. Son père, Laurent renflouera toujours ses caisses souvent vides, et Balthazar profitera de la vie. Très tôt républicain, il passe la Révolution sans souci, sans vraiment se préoccuper de la terreur bien que son père, en tant que fermier général aurait pu être décapité -comme les autres fermiers généraux-  s'il n'eût fait preuve de précocité en mourant juste avant.

C'est la vie de cet homme peu connu du grand public que Jean Haechler décide de raconter. Ami de Retif de la Bretonne, c'est souvent grâce à lui que le biographe a pu reconstituer le parcours de Grimod de la Reynière. Les premières parties concernant la jeunesse de Balthazar sont enlevées, parfois très drôles parce que très tôt le jeune homme fait parler de lui en explosant littéralement les codes de l'époque mors des réceptions que donnent ses parents, mais pas seulement : "Facétieux, il en rajoute, et pour s'amuser, il envoie à telle relation de sa mère, et de sa part, des poudres qui occasionnent des démangeaisons irrépressibles voire qui rougissent ou noircissent la peau, et de la part de son père des sucreries purgatives, des confitures à la coloquinte mélangée d'ingrédients narcotiques ou aphrodisiaques." (p.47) Puis Balthazar écrit sur le théâtre et la littérature en égratignant autant les acteurs que les auteurs voire les critiques : "Il ne faut pas s'imaginer que MM. les journalistes lisent tous les Ouvrages dont ils ont à rendre compte ; ce serait une erreur grossière. Copier fidèlement le Titre, parcourir la Préface, lire attentivement la Table..." (p.50)

Jean Haechler restitue agréablement et minutieusement autant que faire se peut la vie de Grimod de la Reynière, ses amours difficiles dues à son handicap et la misogynie qui en découle, voire plutôt sa misanthropie, car il dut aussi supporter les remarques blessantes d'hommes. Ses frasques qui pousseront ses parents à le faire voyager, ses amitiés avec Retif de la Bretonne, ... Tout cela est intéressant, son passage dans les années révolutionnaire itou, comment cet homme s'est passionné pour la critique culturelle en oubliant ou pour oublier la période violente.

Puis, l'auteur aborde la période Almanach des gourmands, publié en 1803 et les repas et festins auxquels Balthazar participe. C'est un peu plus long, mais l'on a plaisir à lire sa prose longuement citée, fine et délicate mais toujours vache lorsqu'il le faut.

Vous ne connaissez pas encore Alexandre Balthazar Laurent Grimod de la Reynière ? Jean Haechler vous le fait découvrir.

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Du vent

Publié le par Yv

Du vent, Xavier Hanotte, Belfond, 2016 …..

Jérôme, correcteur dans une maison d’édition juridique grise et terne est aussi écrivain. Un écrivain exigeant et reconnu par sa belle maîtrise de la langue et de l’écriture, ses sujets pas faciles, son amour des détails et sa minutie. De fait il ne publie pas beaucoup.

Jérémie est son ami, lui aussi écrivain. Tout le contraire : une sorte d’Alexandre Dumas, toujours à fuir les créanciers, à écrire deux ou trois romans en même temps pour tenter de rembourser ses dettes. Lorsqu’il demande à son ami de le couvrir auprès d’un éditeur, Jérôme se sent alors obligé de se lancer dans l’écriture d’un roman commandé sur les mésaventures d’une jeune lieutenant de l’armée, mais dans le même temps, il n’abandonne pas son idée d’un roman sur Lépide, l’un du triumvirat formé avec Octave et Antoine, du temps de l’empire romain.

Xavier Hanotte est généreux, il écrit, non pas un, ni même deux, mais trois romans en un. Le premier, celui qui ouvre Du vent, est celui du lieutenant Bénédicte Gardier qui arrive dans sa nouvelle affectation et qui, avant de prendre ses fonctions descend dans un hôtel dans lequel elle est immobilisée et ficelée pendant que son agresseur, Sophie Opalka prend sa place.

Le deuxième est celui de Lépide qui contre la volonté d’Octave entre en Sicile et avance en gagnant ses batailles. Il sait qu’Octave lui en voudra, d’autant plus que Lépide a la fâcheuse tendance à ne pas exécuter ses adversaires.

Enfin, le troisième roman est celui de Jérôme et Jérémie.

Ces trois histoires forment un roman profond et léger, d’un humour à la Devos, absurde et érudit, intelligent quoi. A l’instar de son personnage Xavier Hanotte est minutieux et si le diable n’est pas forcément dans ses détails, l’humour lui, y est,  d’abord parce qu’il s’amuse à nous raconter comment il a récolté tel ou tel particularité de telle ou telle corde, son immersion au sein d’un magasin de bricolage est une scène joyeuse, et ensuite parce qu’une fois qu’il a les informations, on les attend dans le récit, et lorsqu’on les lit, c’est la récompense ultime. Ce qui, pour certains, pourrait paraître comme des digressions oiseuses, des divagations ou des danseuses d’auteur intellectuel est ce qui m’a fait le plus d’effet, j’ai ri, souri (un peu moins sur le roman sur Lépide, moins drôle et un peu plus long). Mais franchement, avez-vous lu des lignes plus belles et plus drôle bien qu’inutiles au déroulement de l’histoire que celles-ci :

"Le soir tombait avec nonchalance. Dans les coulisses du firmament, le soleil invisible pliait bagage à l’anglaise, trop honteux de sa prestation du jour pour conférer à son coucher une quelconque solennité. Profitant de sa dérobade, le ciel et la terre essayaient des cocktails variés de gris qui, avec la lenteur propre aux crépuscules, teintaient indifféremment les campagnes rases, les bois dévêtus et les bourgs engourdis."(p.325) ?

Xavier Hanotte aborde pas mal de thèmes dans son roman, mais l’essentiel est celui de l’écriture, du travail de l’écrivain et surtout la littérature. Comment naît-elle ? Commente et qui décide de ce qui est littérature ou pas ? L’éternelle question sur la bonne ou la mauvaise littérature : les livres de Jérémie sont-ils moins nobles que ceux de Jérôme ? Il est un fait que certains sont plus exigeants à lire et à écrire car écrits dans un langage plus soutenu et demandant une documentation importante. Du vent est un pur plaisir à lire, on croise les histoires sans se perdre, mais au contraire avec l'envie de retrouver chaque héros. Malgré un fond sérieux et cartésien, au départ au moins, le livre part et se déconnecte de la réalité, l’auteur n’hésite pas à recourir à des explications ou des personnages étonnants et barrés. 

Décidément, j'aime celle collection chez Belfond grâce à laquelle je découvre un auteur belge qui écrit depuis une vingtaine d'années. Franchement -si je suis les conseils de l'éditeur, je devrais arrêter adverbes et adjectifs... j'essaie- n'hésitez pas à lire Du vent, je me suis régalé de bout en bout. Lu et approuvé.

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L'affaire de l'homme à l'escarpin

Publié le par Yv

L'affaire de l'homme à l'escarpin, Jean-Christophe Portes, City éditions, 2016...,

Paris, juillet 1791, les partisans du retour du roi, ceux qui veulent mettre à sa place le duc d'Orléans, régent de son fils et enfin les républicains s'affrontent. La tension monte jusqu'à ce qu'on appellera plus tard La fusillade du Champ de Mars.

Dans le même temps un jeune homme est assassiné ; son corps est retrouvé, nu à l'exception d'un escarpin. Ce jeune homme était homosexuel et fréquentait beaucoup ce milieu, mais il travaillait aussi pour un journal politique. Victor Dauterive, sous-lieutenant de la gendarmerie est convaincu que son meurtre est lié à une manœuvre politique. Le jeune gendarme, protégé de Lafayette, accepte une mission d'infiltration dans un groupe de révolutionnaires très actifs. 

Deuxième tome des aventures de Victor Dauterive, agréablement lancées avec L’affaire des corps sans tête.  Dans ma recension de ce premier opus, j’avais évoqué quelques minimes réserves, notamment l’une sur la mise en page, corrigée sur le deuxième ; aussi je me permets de réitérer celle concernant la longueur de l’ouvrage, toujours un peu trop mou à certains moments –cela n’engage que moi-, comme s’il fallait atteindre 400 pages à tout prix. Je ne résiste pas non plus à la vacherie de signaler pas mal de coquilles jusque dans la note au lecteur précisant le travail d’écriture et de documentation. Documentation justement, importante et nécessaire : le livre fourmille de détails, de pans de l’histoire par moi oubliés. Je dois dire que je connais assez succinctement l’histoire de la Révolution et je sais gré à JC Portes de m’instruire. Parce que c’est vraiment le cas, il m’apprend plein de choses sur cette période et sur certains personnages de l’époque tels Danton qui fut longtemps rémunéré par le roi pour un éventuel retour au pouvoir, ou Olympe de Gouges, ou encore Choderlos de Laclos plus connu maintenant pour son roman Les liaisons dangereuses que pour ses activités politiques… J’adore cela, apprendre dans une forme de légèreté qu’est le roman populaire. Parce que je viens de finir un vrai roman populaire : un livre qui devrait plaire au plus grand nombre et qui parle des gens et de notre histoire. Il est bâti comme les modèles du genre : contexte fort, personnages archétypaux –ce n’est pas une critique négative, l’archétype est nécessaire dans ce genre-, relations entre la fiction et le réel, intrigue, suspense, ...

Victor Dauterive est un garçon volontaire et droit, sympathique même s’il est un peu bourru et s’emporte aisément. L’enquête qu’il doit mener n’est pas simple et les rebondissements jusqu’à la toute fin ménagent le suspense. JC Portes maîtrise son intrigue et la manière de nous la proposer, il nous balade, nous met sur de fausses pistes ou supposées telles ; à l’instar de l’enquêteur, le lecteur se trompe, mais bien mené, il revient dans le bon chemin. Peut-être aurait-ce été une bonne idée que d’aller un peu plus loin sur l’homosexualité à l’époque –pénalisée, évidemment-, car s’il en est fait pas mal mention, on reste un peu en surface ; de même pour les enfants des rues… Mais tout cela pourra sans doute faire l’objet d’un troisième ou quatrième tome ?

Mis à part mes -petits- bémols, j’ai plongé dans ce roman historico-policier comme je l’avais fait pour le premier, et comme je le ferai très volontiers pour le suivant, car je ne doute pas que suivant il y aura. La série s’annonce donc hautement addictive. 

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Candide

Publié le par Yv

Candide. Micromégas. Zadig, Voltaire, Archipoche, 2016..... (parus respectivement en 1759, 1752 et 1748)

Est-il bien nécessaire de faire un résumé des œuvres présentées dans ce livre ? Bon, on ne sait jamais, cela peut être utile.

Candide grandit dans un château en Westphalie, sans doute fils naturel de la sœur du baron de Thunder-ten-tronckh. Il suit avec les enfants du baron, Cunégonde et son frère, l'enseignement du philosophe de l'optimisme, Pangloss. Candide est brutalement mis à la porte le jour où le baron le surprend à embrasser, derrière un paravent, Cunégonde. Livré à lui-même, il vivra des aventures folles, un optimisme fermement ancré en lui. 

Micromégas est un géant savant de plusieurs kilomètres de haut qui découvre les hommes et leurs discours.

Zadig est un jeune homme philosophe qui se retrouve à vivre des aventures en Orient.

Evidemment, des trois, Candide est le plus connu, celui qui a fait une grande partie de la renommée de son auteur. Déjà lu et donc relu avec toujours autant de plaisir. C'est un conte philosophique qui s'il semble dépassé par quelques côtés, est toujours d'actualité dans ses diverses dénonciations : la religion dans ce qu'elle a de pire, c'est à dire la surveillance de l'âme et des comportements des gens, mais aussi l'esclavage, lisez ce que dit l'esclave auquel il manque une main et une jambe et que Candide rencontre au Surinam :

"On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe." (p.90)

Ce récit est une suite d'aventures rocambolesques, toutes plus folles les unes que les autres qui donnent à réfléchir sur le sens de la vie humaine, sur ce qu'en font les hommes, sur leur manie de tout salir : "Croyez-vous, dit Candide, que les hommes se soient toujours mutuellement massacrés comme ils font aujourd'hui ? qu'ils aient toujours été menteurs, fourbes, perfides, ingrats, brigands, faibles, volages, lâches, envieux, gourmands, ivrognes, avares, ambitieux, sanguinaires, calomniateurs, débauchés, fanatiques, hypocrites et sots ?" (p.102)

Il y a beaucoup à dire sur l'œuvre de Voltaire et particulièrement sur ses contes philosophiques.  Je ne m'étendrai pas sur le sujet par manque d'espace et de capacités et si je me suis un peu attardé sur Candide, c'est parce qu'il est le premier du livre, et puis c'est un tel plaisir que de le lire et le relire... Une très belle idée que cette édition dans la collection La bibliothèque des classiques. Petit ouvrage qui tient dans la poche, belle jaquette, tranches de pages dorées. Deux seuls petits bémols, ouvrage "imprimé en Chine", bon c'est sûrement pour le bas prix et police de caractère assez petite mais le format compact oblige à des choix. En tous les cas, très beaux textes à lire et faire lire et en plus beaux livres (parce que j'en ai deux autres à la maison, Dostoïevski et T. Gautier) que l'on aura plaisir à offrir. Les fêtes approchent... 

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Rien que des soupçons

Publié le par Yv

Rien que des soupçons, Michel Dresch, Cohen&Cohen, 2016…..

André Triton, agent de la DGSE, fasciné par l’Amérique et surnommé soit l’Américain soit Trighton -Triton à l'américaine- trouve un jour sur son bureau, en provenance de son responsable, un carton contenant des enregistrements audio et vidéos concernant Gunther Perrin, un historien et sa filleule Aurélie Perrin, elle-même historienne soupçonnés de mettre en place un réseau dormant de terroristes. Mais Aurélie est aussi en pleine écriture de sa thèse sur Mitterrand et ses relations avec les Etats-Unis. Difficile de trouver des documents dans ce sens. Trighton décide de s’intéresser de près aux travaux d’Aurélie.

Roman d’espionnage et d’histoire contemporaine absolument réjouissant. Extrêmement documenté même si je ne saurais pas dire ce qui est de la vérité ou de la fiction, il se lit sans s’arrêter, avec avidité. Michel Dresch pose des questions qui mettent le doute en nous : certes, Mitterrand a fait entrer des communistes au gouvernement au grand dam des Etats-Unis de Reagan et de l’Angleterre de Thatcher, mais il est troublant de se remettre en mémoire qu’il n’a jamais contesté une décision étasunienne, engageant même la France dans la guerre du Golfe. La thèse défendue par Aurélie est osée mais elle se tient. Elle nous replonge dans la France des années 80/90, de l’histoire contemporaine donc, ce qui, pour les lecteurs de ma génération est un vrai plaisir, né au mitan des années 60, sous de Gaulle, mon premier vote à une élection présidentielle fut pour Mitterrand, ça marque. Mais évidemment, ce roman n’est pas fait uniquement pour nous les - très récents- quinquagénaires, les plus jeunes et les plus anciens peuvent aussi s’y sentir très bien.

Michel Dresch est habile, il nous balade dans Paris et alentours et dans les services de police et d’espionnage, une dose d’espionnage ici, une de meurtre là et le tour est joué, le lecteur est ferré définitivement. Son récit est vif, construit en chapitres assez courts qui alternent les points de vue, accessible, la langue est fluide non exempte d’un certain humour :

"Emma, qui estimait que son mari était un des meilleurs experts de la place en matière de politique étrangère, l’avait interrogé sur les révolutions arabes. Trighton lui avait confié un scepticisme de bon aloi puis il était allé grignoter et siroter un verre de lait dans la cuisine. Manger du pop-corn et boire du lait avant de se mettre au lit, c’était une habitude américaine, une habitude de l’Amérique profonde." (p.29)

Le romancier sait aussi accélérer son histoire pour lui redonner de l’énergie, ménager ses effets et ne pas hésiter sur les rebondissements ; tout pour plaire et passer un excellent moment.

Cohen& Cohen ne fait pas que la série Art Noir –dans laquelle l’auteur à publié Le plasticien- Rien que des soupçons, cet excellent roman à ne pas rater fait partie de la collection Bande à part.

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Paris n'est qu'un songe

Publié le par Yv

Paris n'est qu'un songe, Nicolas d'Estienne d'Orves, François Avril (illustrations), Ed. Prisma, 2016...

Issu de la collection Incipit qui raconte les premières fois, ce court roman plonge en juillet 1900 à l'inauguration du métro parisien pour l'exposition universelle et les jeux olympiques. Sylvain Chauvier est un écrivain qui a créé une machine a remonter le temps, il s'en sert régulièrement pour empêcher Paris d'être défigurée selon ses propres critères esthétiques et décide de se rendre à l'inauguration du métro.

Cette première du métro parisien, Nicolas d'Estienne d'Orves décide de la jouer avec une machine à remonter le temps, procédé pas forcément nouveau mais qui fonctionne plutôt bien ici. Sylvain Chauvier décide donc de remonter le temps et de perturber par différentes méthodes, le futur de Paris : il rencontre Malraux jeune, Pompidou bébé,... Mais sa grande oeuvre, il la garde pour le métro.

Ce court roman est bien agréable et ressort de cette collection un peu décevante -à part le Jaenada, Spiridon superstar. Ce qui lui donne cet aspect, c'est l'écriture de Nicolas d'Estienne d'Orves, à la fois simple et travaillée, émaillée de quelques mots savants ou noms propres par moi inconnus et pleine de sous-entendus, de sourires. Une belle langue que j'avais déjà appréciée dans La dévoration. Rien de macabre cette fois-ci, que du léger et du divertissement instructif. Fulgence Bienvenüe est mis à l'honneur en tant qu'ingénieur co-concepteur du métro -avec Edmond Huet-, la prouesse technologique passe au second plan mais elle est bien décrite dans le petit dossier postface bien documenté avec même des photos des chantiers et de Fulgence Bienvenüe qui a donné son nom à une station dudit métro : Montparnasse-Bienvenüe. en bon provincial breton, j'ai longtemps cru que les Parisiens nous souhaitaient la bienvenue à Montparnasse -quel honneur, mais les Bretons le méritent bien- avant de savoir que c'était un nom propre, celui de Fulgence, Lorsque j'y passe -rarement, je ne "monte" pas à Paris tous les jours-, je repense toujours à cette méprise qui me fait sourire...

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Les témoins de pierre

Publié le par Yv

Les témoins de pierre, Simon Beckett, Piranha, 2016 (traduit par Isabelle Maillet).....

Sean fuit son Angleterre natale vers la France à bord d'une Audi qu'il cache dans un bois, puis il continue à pieds, sous une chaleur terrible. Il s'arrête dans une ferme isolée pour demander de l'eau. La jeune femme qui le reçoit paraît sur la défensive. Sean désaltéré, repart, mais lorsqu'une voiture de policiers s'approche, il saute les barbelés et se retrouve dans le bois de la propriété qu'il vient de quitter. En marchant il se retrouve prisonnier d'un piège. Il est secouru par la jeune femme de la ferme et sa soeur en cachette du père, et contraint au repos dans cet endroit qui abrite bien des secrets et des peurs et aussi des sanglochons, des hybrides entre sangliers et cochons domestiques.

Un beau roman d'atmosphère et d'ambiance lourdes et angoissantes. La lenteur et la monotonie des journées de Sean et des habitants de la ferme sont le contexte de ce roman qui joue sur les relations compliquées entre les filles et leur père, entre la famille en tant que groupe mais aussi ses individualités et Sean et entre la famille et les habitants de la petite ville avoisinante qui la rejettent et vice-versa. Il y a aussi les sanglochons, qui à eux-seuls forment un paysage sonore et odorant de second plan mais qui ajoute à la noirceur et la tension de l'ensemble. Un roman rural et poisseux qui se déroule en France mais qui pourrait être transplanté dans certaines campagnes étasuniennes perdues. Rusticité et violence, bestialité et force des hommes mais aussi douceur et tranquillité, beauté des paysages, de la faune et de la flore. Trois cents pages qui n'ennuient jamais le lecteur, qui avec des retours en arrière expliquent pourquoi Sean se retrouve dans cette situation et ce qu'il fuit. Sean cherchera aussi à connaître les raisons de la haine entre la famille et ses voisins.

Archétypes mais pas caricatures, Sean, Mathilde et Gretchen -les deux filles de la ferme-, Arnaud le père, évoluent et sans cesser de se chercher et de se jauger parviennent à créer des relations parfois difficiles, parfois empreintes d'une tension sexuelle, de jalousie, de désir refoulé, mais aussi de défi, d'autorité et de domination. L'ensemble est vraiment bien vu et si la "chute" n'est pas à tomber sur le cul, eh bien, elle ne déçoit pas du tout, 

Une belle réussite que ce roman français d'un écrivain anglais qui se balade très habilement et sans rougir dans le genre polar qui privilégie l'atmosphère et les personnages plutôt que la violence et l'hémoglobine. 

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