Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Violence d'état

Publié le par Yv

Violence d'état, André Blanc, Jigal polar 2015....

Carambolage sur une autoroute lyonnaise. Dans l'amas de tôle, un corbillard avec quatre hommes à l'intérieur morts carbonisés. Mais le plus étrange, c'est que le cercueil est vide de tout défunt et que le fourgon mortuaire est plein d'armes et de drogue désormais envolée en fumée. Le commandant Farel de la PJ lyonnaise est sur les lieux. Lui et son équipe vont bientôt flairer l'affaire d'état. Ils se dépêchent de verrouiller le dossier pour ne pas le perdre et vont remonter vers des hommes qui profitent de leur pouvoir et de leur réseau pour gagner encore plus d'argent dans des affaires louches.

J'ai déjà rencontré l'équipe du commandant Farel dans le roman précédent d'André Blanc, sobrement intitulé Farel. J'avais alors été surpris par le réalisme et la minutie des descriptions de l'auteur. C'est toujours le cas avec Violence d'état. L'intrigue est totalement crédible, elle serait l'une des nombreuses affaires politico-financières dont on a vent depuis une quarantaine d'années. Ce qui m'étonnera toujours, ce n'est pas qu'il y ait des gens de pouvoir tentés par des malversations de tout ordre, mais plutôt qu'ils osent franchir le pas, sachant qu'à un moment ou un autre, ils vont se faire gauler. Ils sont tellement nombreux nos politiques à avoir eu affaire à la justice -et de tous les partis, même ceux du FN qui prétendent être plus blancs que blancs- que le "tous pourris" -que je déteste car je reste persuadé que beaucoup sont honnêtes- devient un leitmotiv que je n'ose plus qu'à peine contredire.

Mais bon, revenons à nos flics lyonnais qui enquêtent sur le trafic d'armes et de drogue. Il n'est pas toujours très simple de s'y retrouver, il faut s'accrocher un peu, parce que l'affaire est complexe, les meneurs sont roués et de peur de fouineurs ou de juges et de flics trop zélés, ils font des montages abscons. André Blanc nous donne des indices à petites doses, pas suffisamment pour que l'on puisse seul, comprendre la totalité de l'affaire. Mais patience, Farel et son équipe nous expliquerons tout à la fin. Belle équipe d'ailleurs que celle de Farel, soudée, une confiance absolue les uns dans les autres, de forts caractères, notamment ceux de Farel et de Lucchini son second, les plus présents dans le roman, avec Jimmy, le nouvel arrivant, as de l'informatique. Et puis, il y a Maud. Maud, c'est l'amie de Farel. Flic à Interpol, elle était déjà là sur le premier tome et se remet très douloureusement d'une agression.

Pour revenir un instant à la construction du livre, j'ai eu la sensation étrange tout au long d'icelui de ne pas tout comprendre, de me dire qu'il valait mieux avoir lu Farel avant de lire Violence d'état, notamment pour les relations entre les personnages. Et puis finalement, non, pas du tout. C'est André Blanc qui construit un puzzle, nous donnant des pièces de temps en temps, mais évidemment jamais trop proches les unes des autres. Il nous oblige à réfléchir, à faire une partie du travail de regroupement nous-mêmes, c'est du grand art. Ce n'est qu'à la fin que tout s'emboîte parfaitement. Ça peut paraître assez classique ce que j'écris là, mais le classique lorsque c'est bien fait et maîtrisé, ça a du bon. La preuve !

Voir les commentaires

Le guide et la danseuse

Publié le par Yv

Le guide et la danseuse, R. K. Narayan, Zulma, (version poche) 2015, (traduit par Anne-Cécile Padoux).....

Raju est libéré de prison après deux années d'enfermement. Il se repose au bord d'une rivière dans un vieux temple. Velan, un habitant du village voisin vient lui parler et prend Raju pour un saint, un swami, un sage qui avec ses sentences peut faire le bien autour de lui. Raju d'abord décontenancé, profite de ce nouveau statut qui lui permet de manger sans effort et des longs moments de solitude pour revisiter sa vie de son enfance en passant par la rencontre avec Rosie, belle jeune femme mariée et danseuse jusqu'à son emprisonnement.

Rasipuram Krishnaswami Narayanswami de son vrai nom est né en 1906 et mort en 2001 à Madras. Ce roman, intitulé The guide en anglais, la langue d'écriture de RK Narayan, est publié en 1958, puis en 1990 en français chez Belfond, repris en 2012 chez Zulma puis en poche cette année.

Quel beau roman les amis, quel beau roman ! RK Narayan sait se faire caustique, drôle, tendre, critique, joyeux, sérieux tout cela par l'intermédiaire de son personnage principal Raju. C'est un jeune homme qui n'aime pas l'école qui préfère aider son père dans sa boutique. Il a des rêves, agrandit le magasin, rencontre Rosie et fait d'elle une danseuse reconnue. Bourré d'amour et d'ambition, il ne fait pas attention aux pièges et pêche autant par cupidité que naïveté. Il est à la fois agaçant et attachant. Peut-on lui reprocher de vouloir accéder à des richesses jusque là rêvées ? Non bien sûr. Peut-on lui reprocher de les vouloir en profitant des autres ? Sans doute un peu... Il devient gourou sans le vouloir, parce que la situation le sert, il a ainsi gîte et couvert sans se donner de mal. C'est une méprise qui lui offre ce rôle, puis la supercherie devient difficile à dévoiler : tout révéler signifie tout perdre et retourner dans sa petite ville d'origine où il sera moqué et regardé comme celui qui sort de prison.

On peut voir dans ce roman -et l'on doit y voir- une critique des sectes et des gourous de tout poil, ceux qui bâtissent une religion ou qui sont adorés par des illuminés ou des gens en plein désarroi. C'est même assez fou de voir qu'il faut peu d'ingrédients pour que Raju soit vite pris pour un prophète alors que sa vie passée est tout l'inverse de cela, il est très loin de Gandhi ! Mais on peut voir aussi la vie d'un homme amoureux qui se laisse déborder par ses rêves de gloire, de vie facile. La jalousie est aussi l'un de ses défauts, il ne supporte pas que Rosie soit heureuse avec d'autres que lui. Rosie est celle qui le révèlera à lui-même, celle qui à son insu fera naître ou grandir ses mauvais côtés.

C'est vraiment un pur plaisir que de se plonger dans ce roman indien des années 50. C'est drôle, léger et sérieux, simple à lire, RK Narayan ne nous noie pas sous des déluges de détails typiquement indiens, même s'il est bien ancré dans la société du pays. Phrases simples, rythme assez soutenu pour ne pas perdre le lecteur, et la magie opère sur les à peine 270 pages. Je l'ai commencé un peu dubitatif mais confiant quand même, Zulma me décevant rarement, et dois-je vous préciser que je ne l'ai pas lâché, c'est typiquement le genre de bouquins qui vous font passer un après-midi pluvieux sur le canapé avec d'abord un café (ils en boivent beaucoup dans le roman), puis avec un thé, sans oublier les éventuels gâteaux et verres d'eau entre... (pensez aux pauses-toilettes, parce qu'avec tout ça, elles seront nombreuses et nécessaires, mais en format poche, le livre se trimbale partout, quand je vous disais qu'on ne peut plus le quitter...)

Voir les commentaires

Je n'ai jamais eu de petite robe noire

Publié le par Yv

Je n'ai jamais eu de petite robe noire, Roselyne Madelénat, Hugo & Cie, 2015...

Florence, la cinquantaine juste dépassée est journaliste dans la presse féminine. Toujours entre deux amants, sans vraiment d'histoire sérieuse, elle vit loin de sa famille. Elle a coupé les ponts avec ses parents à peine adulte à cause notamment de la violence et de la bipolarité de son père. Lorsque sa mère meurt, Florence renoue avec lui et tente de tisser un lien qu'elle n'a jamais eu avec cet homme devenu vieux. Elle le visite beaucoup à la maison de retraite et le questionne sur sa vie, elle veut faire la lumière sur ce qu'elle a appris par bribes et fort récemment, un secret de famille bien gardé que seul Georges, son père pourra lui confirmer ou lui infirmer.

Un roman qui débute bien, très bien même. Le premier chapitre est puissant et prometteur : "Accroupie et grelottante, je pisse dans la litière de mon chat. Là où il y a le plus de gravillons pour faire le moins de bruit possible, terrorisée à l'idée que mes parents pourraient se réveiller, entrer dans ma chambre et tomber sur ce spectacle navrant. "Elle est vraiment folle !", cette fois, ils en seraient convaincus." (p.7) La suite oscille entre des chapitres tout aussi forts que ce premier et d'autres moins bons, longs même et certains dont on se demande comment ils ont atterri dans ce bouquin, ce qui donne parfois à l'ensemble une construction artificielle et lui ôte une partie de sa profondeur. Plus quelques références de presse féminine que je n'ai pas, ce qui n'est que gênant parfois mais pas rédhibitoire. Voilà pour mes impressions. Pour résumer c'est un roman qui aurait pu être excellent, fort, puissant et qui est bon voire très bon dans certains passages mais qui ne passe pas la barre du livre pour lequel je m'enflamme et m'enthousiasme.

Florence est un beau personnage, cinquante-deux ans, pas de mari, pas d'enfants, tout cela à cause de son histoire personnelle. Très indépendante, elle se questionne sur sa solitude, multiplie les aventures, a une liaison depuis trois ans avec un homme marié, un écrivain, attire plutôt les hommes plus jeunes qu'elle. On sent qu'après trente ans de brouille familiale, elle aimerait renouer avec les siens : sa mère venant de mourir il lui reste son père et ses deux sœurs nettement plus âgées qu'elle. Il est temps pour elle d'éclaircir les zones sombres de sa famille pour vivre. Elle se heurte bien sûr aux silences et incompréhensions des autres.

Beaucoup de belles pages sur le passage de la cinquantaine, sur l'amour à cet âge, le désir, la séduction. Je trouve intéressant que ce soient des hommes jeunes (trentenaires) qui draguent Florence, dans les romans et les films, ce sont souvent les hommes aux tempes grises qui ont des femmes ou des amantes de trente ans... La relation père-fille telle que la traite Roselyne Madelénat me plaît moins, disons qu'elle ne me paraît pas crédible, je n'y crois pas une seconde, pas assez construite, trop soudaine... Cette soudaineté est peut-être envisageable, mais pour mon caractère un rien solitaire et peu enclin aux retrouvailles et rapprochements aussi rapides, elle est difficile à envisager. Certaines longueurs auraient pu être évitées à certains endroits pour permettre d'étayer un peu ces retrouvailles... Et ce secret de famille qui tarde à se révéler, on sent bien qu'il tourne autour des années de guerre, mais c'est confus et que de tours et détours pour y arriver.

Maladroit parfois, mais toujours sincère, c'est un roman qui gagne à être découvert, une écriture qui va au plus direct. Florence est touchante, agaçante, sympathique, chiante, obstinée et changeante, en plein désarroi, amoureuse, seule, ... tout cela à la fois. Pleine de contradictions, d'envie et de limites. Une femme qui à cinquante-deux ans veut profiter pleinement des nombreuses années qui lui reste. Tout ce qu'elle a vécu jusque là était étouffé par ses peurs, ses angoisses de petite fille. Enfin, elle peut s'ouvrir et se livrer, pour elle,la vie commence à cinquante-deux ans...

Voir les commentaires

Frères de terroirs. Carnet de croqueurs. 2

Publié le par Yv

Frères de terroirs. Carnets de croqueurs, 2. Été & Automne, Jacques Ferrandez, Yves Camdeborde, Rue de Sèvres, 2015....

Yves Camdeborde et Jacques Ferrandez poursuivent leur chemin à la rencontre des producteurs et artisans avec lesquels le cuisinier travaille, chemin entamé avec le tome 1 de Frères de terroirs, ici chroniqué. Et l'on repart nous aussi avec plaisir sur les routes de France, entre la Corse, le Béarn natal d'Yves Camdeborde, la Bretagne, le bassin d'Arcachon ... Et d'en apprendre sur le vin, les huîtres, le pain, le café, les cigares, le porc noir de Bigorre, les herbes fraîches, ...Un tour qu'on aimerait faire en vrai. En attendant, il est particulièrement conseillé d'embarquer à bord de ce reportage-bande-dessinée.

Je viens de lire coup sur coup J'ai vu la fin des paysans, d'Eric Fottorino qui parle des dérives de l'agriculture intensive, du mal-être des paysans, d'un sain retour espéré à des pratiques ancestrales de qualité ; Midi noir, de Patrick Valandrin qui sous forme de polar nous plonge dans le vignoble et ses pratiques désastreuses mais aussi des viticulteurs qui veulent encore faire des vins de qualité. Ces deux ouvrages pourraient faire liste commune avec cette BD-reportage tant ils se complètent et se répondent. Avec Y. Camdeborde et J. Ferrandez, nous voici dans la France des bons produits, des pratiques saines et naturelles qui donnent l'excellence pour tout ce qui concerne la boisson et la nourriture. Une belle part est faite au pain et au vin (je reçois volontiers des colis à la maison, voire même je peux me déplacer à la poste, pour toute dégustation, parce que franchement, la seule chose qui manque à cette BD, c'est de pouvoir goûter ; on a l'eau à la bouche du début à la fin).

Ce qui me réjouit, lorsque je lis ce genre d'ouvrages c'est d'abord la diversité des supports (essais, polar, BD, ...) et donc la diffusion plus large du message d'un retour aux bonnes choses. Ensuite, c'est de constater que de plus en plus de paysans s'installent ou reviennent à l'essentiel de leur métier : "Le vrai paysan, celui qui va s'adapter à la nature et pas demander à la nature de s'adapter." (p.70). Et enfin, c'est de voir que les AMAP (Association pour le Maintien de l'Activité Paysanne) augmentent, que les marchés ne désemplissent pas et que les circuits courts recommencent à fonctionner. Certes, une énorme majorité des achats sont faits dans les grandes surfaces où l'on étrangle les producteurs, et ça ne changera sans doute pas demain, mais l'espoir est permis.

Lecture salutaire, et puis retrouver le dessin de Jacques Ferrandez, c'est toujours un grand plaisir. Il me reste maintenant à aller goûter tout cela dans les établissements d'Yves Camdeborde, je ne sais pas s'ils sont à portée de ma bourse...

PS : quelques recettes accompagnent les pérégrinations des deux hommes, recettes qui m'ont l'air parfaitement succulentes.

Voir les commentaires

Midi noir

Publié le par Yv

Midi noir, Patrick Valandrin, La Différence, 2015.....

Jean-Yves Grenier, dit Le Jygue, est commissaire de police, muté de Strasbourg à Avignon pour cause d'alcoolisme et d'indépendance d'esprit et d'initiatives. La cinquantaine désabusée, solitaire, il travaille avec la jeune Marjolaine Pamier. Tous deux se retrouvent face à un homme qui s'accuse d'un meurtre mais sans cadavre. Obligés de relâcher l'homme, celui-ci est bientôt retrouvé mort au fond d'une cuve à vin. Les deux flics vont alors mener leur enquête au cœur du vignoble local, entre jalouseries et mesquineries voire pire surtout lorsque la politique s'en mêle...

Nouveau venu dans le polar Patrick Valandrin tient là un bon personnage, à la fois agaçant et attachant. Le Jygue est un homme qu'on plaint, victime de son alcoolisme, qu'on aimerait secouer un peu en lui disant de se bouger, de se prendre en mains et de se faire soigner, et qu'on aime bien parce qu'il est sincère, emprunté, fragile et néanmoins impossible à faire bouger de sa ligne de conduite, opiniâtre malgré les embûches et les coups bas, il ne lâche pas tant qu'il n'a pas la solution à son problème, même s'il doit se mettre les puissants locaux à dos, un orchidoclaste (comme dirait HF Thiéfaine) pour ses supérieurs. Secondé et soutenu par Marjolaine Pamier, leur équipe est performante et marche là où d'autres n'osent pas mettre les pieds : le monde des affaires et de la politique. L'intrigue est placée dans le milieu viticole en pleines élections législatives, les dernières, celles où l'on donnait le Front National vainqueur dans tout le sud. Le député sortant, de droite Emmanuel de Cluny est un type imbuvable, qui n'hésitera pas à s'allier au FN pour gagner, qui ne veut pas prononcer le nom de celui qui a osé se présenter contre lui (tiens, tiens, ce dernier point me rappelle un battu de 2012 qui au mépris de tout respect si ce n'est pour l'homme au moins pour la fonction, ne nomme notre président actuel que sous "Moi je". La défaite est encore dure à avaler...). Les protagonistes sont tellement réalistes qu'on y croit à fond. De même pour les viticulteurs : entre les gros qui veulent faire du profit à tout prix et ceux qui font du vin de qualité, parce qu'ils adorent cela et qu'ils y croient. C'est un véritable plaidoyer pour le vin bio parce que dans ce domaine aussi, certains paysans se bougent et créent des vins absolument formidables et abordables (bon, je ne suis pas très connaisseur du vin de la région d'Avignon, mais si un viticulteur -un bio, je préfère, mais je ne suis pas sectaire- me lit, je suis preneur, je donne mes coordonnées sans souci...). Je baigne actuellement dans des lectures sur ce sujet à travers plusieurs supports et je trouve cela très intéressant : l'essai avec Eric Fottorino, le polar avec Patrick Valandrin et même la BD bientôt avec Yves Camdeborde et Jacques Ferrandez.

Mais comme il s'agit d'un polar, revenons à l'intrigue qui est assez classique, mais très bien amenée, le contexte et les personnages lui donnant un intérêt supplémentaire. Magouilles, chantage, corruption, escroquerie, paysages idylliques, personnages torturés ni tout-noirs ni tout-blancs, canicule qui fait monter les températures et les tempéraments...

Une bien belle collection que celle de La Différence noire -avec en plus des couvertures très réussies- qui publie là un polar excellent ; pour un premier essai, Patrcick Valandrin, se montre très doué.

Voir les commentaires

Les âmes obscures

Publié le par Yv

Les âmes obscures, Jacques Mazeau, Presses de la cité, 2015...

Céline, la trentaine est avocate à Paris. Célibataire, elle aime flirter et plus si affinités sans s'engager. Lorsqu'on lui annonce que son père, berger près de Millau à disparu, Céline quitte Paris pour tenter d'y voir plus clair. Pierre son père est fantasque, un vieux bougon séducteur qui n'a jamais été fidèle. Elle et lui se sont un peu éloignés avec le temps. Arrivée sur place, elle demande à David l'un de ses ex, flic, de l'aider à retrouver Pierre. Les découvertes qu'ils feront mettront à jour un visage assez inattendu du père de Céline. Est-elle prête à affronter des révélations fracassantes ?

Sympathique ce polar. Pas révolutionnaire, mais agréable. Construction assez classique à plusieurs personnages, des rancœurs familiales, des haines, des jalousies, tous les ingrédients sont présents pour écrire un bon roman à suspense. Jacques Mazeau n'est pas un débutant, il sait donc y faire, nous tenir en haleine avec des révélations au compte-goutte, une histoire d'amour entre Céline et David et des secrets de famille et de villages bien cachés. Un peu bavard néanmoins, mais rien que ne soit insurmontable, disons que certains rappels, certaines répétitions, quelques descriptions auraient pu être évités, mais on les passe un peu plus rapidement et le tour est joué. Le plus de ce roman est qu'il est empli de personnages très opposés : les manipulateurs, les dévoués, les soumis, les innocents, les flics qui recherchent la vérité et se heurtent à un silence quasi général. David et Céline sont bien sympathiques, elle totalement bouleversée par ce qu'elle apprend de son père et par sa disparition et lui, troublé par son ex qui se révèle sous un autre jour et dont il est toujours amoureux. Leur histoire qui recommence est une grande partie de ce roman.

L'intrigue ne fait pas tomber du placard -mais d'ailleurs que ferions-nous au-dessus du placard ?- mais elle est habilement menée pour tenir jusqu'au bout avec l'envie de connaître son dénouement. Imaginez. Imaginez un samedi soir de pluie. Vous ne voulez pas sortir, il n'y a rien d'intéressant à la télévision. Ah si, une émission d'Arthur, non j'déconne "Arthur est intéressant" est un oxymoron. Par contre, il y a un téléfilm policier sur France 3. Pourquoi pas ? Ah oui, les acteurs sont bons, vous tentez le coup. Superbes paysages, accents rocailleux, tronches de locaux, etc etc... Au contraire de vos a priori, vous passez une excellente soirée, oubliez même le mauvais temps et la fraîcheur. Eh bien, ce roman c'est tout cela, rien de plus mais rien de moins. Alors tentés par une bonne soirée ?

Voir les commentaires

J'ai vu la fin des paysans

Publié le par Yv

J'ai vu la fin des paysans, Éric Fottorino, Denoël, 2015 (photographies de Raymond Depardon) ....

Éric Fottorino, avant de devenir un écrivain connu et reconnu est journaliste, il est le cofondateur de l'hebdomadaire Le 1. Auparavant, il a travaillé au journal Le Monde, en a été le directeur de publication, mais ses débuts, au milieu des années 80 jusqu'au début de la décennie suivante, il les a faits à l'agriculture et aux matières premières. Ce livre est la publication des textes du journaliste de ces années-là, qui reviennent donc sur la crise de l'agriculture française et européenne, cette agriculture qui se modernise à outrance et perd petit à petit sa tradition, ses hommes, ses animaux et ses exploitations familiales.

Les agriculteurs vont mal. Certains qui se sont endettés pour agrandir ou moderniser leurs exploitations croulent sous les dettes. Ils ont dû investir pour s'installer, puis réinvestir pour produire plus, pour obtenir de nouvelles machines, de nouvelles technologies... c'est la course sans fin, le cercle vicieux : investir donc s'endetter pour produire plus et produire plus pour rembourser les dettes, mais comme les cours d'achat baissent, l'argent rentre moins. Il y a forcément un moment où le cercle grossit tellement qu'il éclate, et là, les éclats sont violents et directement pour le paysan. C'est le cas maintenant, ça l'était déjà il y a trente ans. Éric Fottorino, pendant une dizaine d'années a suivi l'évolution du métier et l'on voit bien dans ses chroniques naître l'angoisse du paysan de ne pas y arriver, son malheur de ne plus pouvoir céder son exploitation à ses enfants partis en ville, dans le même temps que les industriels du métier, les grands céréaliers usent de tous les moyens pour produire encore plus et moins cher. Les grandes entreprises états-uniennes sont très présentes également (Monsanto en tête) qui vendent des produits chimiques, des techniques nouvelles promettant monts et merveilles aux paysans qui se laissent convaincre et aux décideurs européens qui s'aplatissent devant les lobbyistes. Les États-Unis ont permis à l'Europe de se libérer du nazisme, mais ils ont profité de la brèche ouverte pour introduire leurs produits, leurs entreprises, leurs modèles d'exploitations agricoles gigantesques qui ne fonctionnent qu'aux engrais et hormones, taxant les produits européens et refusant d'être taxés sur les leurs. Avec tout le respect, les remerciements, la gratitude qu'on leur doit, il est temps que l'Europe se bouge un peu et revienne à des principes plus naturels. Début des années 90, Éric Fottorino parle du futur des paysans français, de leur obligation de se diversifier : agriculture bio, agrotourisme, pratiques saines et ancestrales qui entretenaient la terre (comme par exemple les élevages de moutons qui nettoyaient les sous-bois et limitaient les feux de forêt), ... Près de trente années plus tard, le mouvement a commencé, petitement, localement (au moins par chez moi) : les marchés avec des producteurs locaux renaissent ou reprennent vigueur (deux marchés hebdomadaires dans ma commune, et pas mal sur toute l'agglomération nantaise), de nombreuses AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) sont nées, les ventes directes ; l'agriculture biologique a progressé ; il me semble même que les paysans qui fonctionnent avec ces circuits courts s'en sortent correctement, ils ont retrouvé une culture ou un élevage en harmonie avec la nature et ne la forcent plus ; contrairement aux idées reçues, je le sais d'expérience, les denrées achetées par ces biais ne sont pas plus chères qu'au supermarché.

Ce sujet et ce bouquin sont passionnants, c'est une excellente idée que de ressortir ces chroniques d'Éric Fottorino, on mesure les tous petits pas faits et les grands qu'il faut encore accomplir. Le discours du journaliste est parfois technique, avec des chiffres, des noms qu'on a oubliés, mais le contenu est vraiment intéressant et je le rejoins sur beaucoup de points, je me rends même compte qu'il à dû se créer quelques inimitiés, car dans les années 80/90, parler de revenir à de saines pratiques, de renoncer aux rendements à outrance, chercher à favoriser l'agriculture bio n'était pas encore dans les mœurs et dans les discussions. Madame Yv et moi-même commencions à nous mettre aux produits bio, aux achats locaux, aux petits producteurs et notre démarche éveillait quelques remarques ironiques, condescendantes parfois, comme si cette lubie allait nous passer. Je me souviens même d'une connaissance qui m'avait dit : "Tu verras, quand tu seras allé deux ou trois fois à Auchan, tu n'iras plus au marché." Je ne vais jamais dans ce magasin, par contre, je visite toutes les semaines le marché "avec mon p'tit panier..." mais j'ai pas l'air d'un con ma mère... ou ce n'est pas dû à mon panier, mais là c'est un autre sujet...

Thème passionnant, je pourrais faire des pages, j'avais encore tellement de choses à dire... Le mieux ? Lisez ce recueil instructif, on en reparle dans vos commentaires.

PS : les photos sont toutes du photographe qui a fait de merveilleux films et photos sur le monde paysan, Raymond Depardon.

Voir les commentaires

Les jeunes mortes

Publié le par Yv

Les jeunes mortes, Selva Almada, Métailié, 2015 (traduit par Laura Alcoba)...

Dans les années 80 en Argentine, des femmes meurent assassinées. Pour trois d'entre elles au moins, les coupables ne sont pas connus. Andrea 19 ans, Maria Luisa 15 ans et Sarita 20 ans sont donc mortes sans que leurs proches n'en sachent plus. Selva Almada, trente ans après décide de se lancer dans la recherche des responsables de ces crimes. Elle rencontre les parents des victimes, leurs amis, consulte même une voyante.

Récit glaçant qui met en lumière les violences contre les femmes en Argentine. Elles sont courantes, nombreuses et souvent impunies. Des menaces aux coups en passant par les viols et les meurtres, les corps des femmes argentines ne sont pas respectés par les hommes : plus de 1800 meurtres depuis 2008 ! Et lorsque l'on parle de femmes, il faut entendre jeunes femmes, dès 12/13 ans, elles sont embêtées, harcelées. Les victimes sont pauvres, des hommes riches aux puissants soutiens en profitent en toute impunité. Mais les jeunes femmes peuvent aussi être victimes de viols de la part d'un vieil oncle ou d'un cousin libidineux et/ou alcoolisé et désinhibé. La jalousie des hommes est totalement incompréhensible, ils peuvent passer à des actes violents parce que leur amie porte des tenues qu'ils jugent sexy, mais dans le même temps regarder avec insistance voire pire une autre fille habillée de la même manière et qui aura sans doute elle-même subi les foudres de son ami ou qui aura la chance d'en avoir un plus compréhensif : "Cachito était jaloux et il insultait sa petite amie à tout bout de champ, parce qu'elle se maquillait, parce qu'elle portait des vêtements moulants ou alors parce qu'il l'avait vue parler à un autre garçon." (p.45) Tout cela est tu, reste dans les maisons, ne s'ébruite pas, même si les parents parlent à leurs filles et leur disent de se méfier. Néanmoins, tout se sait ou se devine : les viols domestiques, la protection financière d'une famille parce qu'un vieil argenté se tape l'une des filles, puis sa sœur plus jeune lorsque la grande aura passé la vingtaine, la prostitution pour subvenir aux besoins de la famille, les filles enceintes dès 14 ans, ...

Ce livre est terrible, je disais glaçant au début de ma recension, parce qu'en plus de parler de féminicide, l'auteure use d'un style froid, implacable. C'est un vrai travail de journaliste, un rapport clinique qui ne laisse pas respirer et qui enfonce le couteau bien profondément dans la plaie qu'est la violence contre les femmes en Argentine (et que l'on pourrait étendre de manière très large). Néanmoins, j'ai trouvé également ce récit un peu décousu : on passe d'une des trois jeunes filles mortes à une autre, puis à l'histoire de l'auteure, puis à d'autres jeunes filles agressées, puis à la voyante, ... c'est un peu difficile à suivre. Il faut s'accrocher tant pour le fond que pour la forme, mais c'est un livre qui laisse des traces.

Voir les commentaires

Le vol du Jocond

Publié le par Yv

Le vol du Jocond, Jean-Pierre Bernhardt, Cohen&Cohen, 2015.....

Ils sont quatre : Nicolas archéologue français obèse et plutôt bonhomme, Laura informaticienne italienne anorexique et impulsive, Chiara antiquaire italienne chic, belle et lesbienne et Giovanni radiologue italien réputé, ambitieux et détestable. Quatre à ne pas se connaître et à être convoqués de manière très étrange chez un notaire romain, chacun muni d'un demi-objet : carte de tarot, domino, pièce d'échec et dé en ivoire reçus par courrier. Leur rencontre est liée au célèbre tableau de Léonard de Vinci, La Joconde ou plutôt à son putatif pendant masculin, Le Jocond.

Vous en dire plus serait gâcher le pur plaisir de lecture qui débute dès les premières lignes et ne s'arrête qu'à la toute dernière ! Je vous conseille de courir acheter ce roman sans même le retourner et lire la quatrième de couverture, qui n'en dévoile pas beaucoup mais forcément un peu quand même ; faites-moi confiance, si vous aimez les polars et les romans d'aventure, vous reviendrez me remercier.

La gageure pour moi sera de parler de ce roman, de le conseiller très fortement sans en dévoiler trop. Bon, je me lance. Le fond d'abord : outre cette histoire totalement folle et originale, les personnages créés par Jean-Pierre Bernhardt sont très bien décrits. Tous quatre assez différents, tant dans leurs travaux que dans leurs ambitions ou leur rang social. Giovanni est riche, veut se présenter aux prochaines élections et se verrait bien le futur Président du Conseil italien. Il est sûr de lui, arrogant et vindicatif et veut ramasser un maximum d'argent avec cette histoire de Jocond. A l'inverse de Nicolas, qui n'a pas un sou de côté, est plein de bon sens et de réflexion et ne se lance jamais dans une action sans en avoir pesé le pour et le contre. Chiara présente bien, elle joue le rôle de sa condition sociale, alors qu'elle est fragile en proie aux doutes et aux questionnements. Laura est cash, elle vivote en travaillant dans une boutique de réparation informatique, elle s'emporte facilement. Laura et Nicolas n'ont que faire des conventions sociales alors que les deux autres ne vivent que par l'image qu'ils renvoient autour d'eux. JP Bernhardt oppose donc ses personnages histoire de donner à chacun d'eux de l'ampleur et que chacun puisse jouer un rôle dans cette aventure. Très bien fait, on y croit jusqu'au bout, je me suis totalement laissé embarquer dedans.

La forme maintenant : je vous ai déjà parlé de la collection Art Noir de chez Cohen&Cohen (Jean-Michel de Brooklyn), des livres tout noirs, de la couverture à la tranche des pages, ce qui en fait de très beaux objets. Si en plus, le contenant est de qualité, ce qui est largement le cas eh bien, vous avez donc ici présenté un roman que vous ne pouvez éviter. Franchement, ce serait dommage, vous rateriez de très beaux moments de lecture.

Voir les commentaires