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Le Ministre et La Joconde

Publié le par Yv

Le Ministre et La Joconde, Hervé Bourhis, Franck Bourgeron, Hervé Tanquerelle, Isabelle Merlet, Casterman, 2022

En 1962, parce qu'il a promis un peu vite aux Américains le prêt de La Joconde pour une exposition, André Malraux se voit contraint par Le Général, de la convoyer lui-même de Paris à New York, sur Le France. Ce prêt pourrait renforcer les liens entre les deux pays, liens qui se sont distendus après guerre, de Gaulle n'étant pas un farouche américanophile. Flanqué d'une conservatrice de musée et d'un spécialiste de la sécurité, voici le Ministre d’État en partance vers le nouveau monde.

Irrévérencieux ? Oui, André Malraux est malmené, mais garde néanmoins sa prestance de Ministre d’État -il paraît qu'il tenait à cette distinction honorifique, comme d'ailleurs à tout ce qui l'honorait de manière générale.

Drôle ? Oui et re-oui. J'ai beaucoup ri aux aventure de Malraux, à son envie de toujours briller un peu plus que les autres, de se mettre en avant, même si parfois, il se prend les pieds dans le tapis et se ridiculise quelque peu. A ses angoisses, ses peurs devant l'ampleur de la tâche.

Cette histoire basée sur une vérité historique est conçue par Hervé Bourhis et Franck Bourgeron qui ont dû bien se marrer en l'écrivant. Il faut malmener le personnage historique sans lui manquer de respect, inventer des situations décalées, saupoudrer d'anecdotes réelles. Bref, c'est très réussi, à tel point qu'une autre aventure du Ministre serait très tentante. Pour le dessin, c'est Hervé Tanquerelle -couleurs d'Isabelle Merlet- et là encore, c'est très bon. On ne peut s'empêcher de penser à Tintin, dans le trait et une croisière en bateau en plus -même si le capitaine n'est point Haddock. La référence est voulue, mais le dessinateur s'en affranchit très vite et imprègne son style qui colle parfaitement au texte.

Vous l'avez compris, j'ai beaucoup aimé, et je ne doute pas que ce sera le cas de beaucoup de lecteurs.

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A short story. La véritable histoire du dahlia noir

Publié le par Yv

A short story. La véritable histoire du dahlia noir, Run, Florent Maudoux, Label 619, 2022

Le 15 janvier 1947, le corps d'Elizabeth Short, atrocement mutilé est retrouvé dans un quartier en construction de Los Angeles. La jeune femme de 22 ans, née dans une famille aisée ruinée par la Grande Dépression de 1929, rêve de cinéma, de gloire, de célébrité. Elle quitte son Massachussetts natal pour Los Angeles. Elle se lie à des militaires, à des filles qui comme elle, rêvent d'une carrière. Elle sort beaucoup, s'invente des vies dans les lettres qu'elle envoie à sa famille et à ses amis.

Le meurtre d'Elizabeth, surnommée le Dahlia noir est toujours non élucidé à ce jour, il a été le sujet de livres et de films qui se sont intéressés au tueur, mais assez peu à la victime. C'est sur elle que Run et Florent Maudoux ont mené une véritable enquête qui fourmille de détails, de points encore jamais mis à jour. La très jolie jeune femme, brune -en fait, châtain aux cheveux teints- aux yeux verts a fait tourner beaucoup de têtes mâles. Elle a subi des avances, des agressions, n'a jamais versé dans la prostitution, comme certains l'ont prétendu. Elle sortait beaucoup, dépensait l'argent de ses accompagnateurs d'un ou plusieurs soirs. Sa fragilité et son inconstance en ont fatigué plus d'un qui, cependant ont gardé des relations amicales avec elle.

Le travail des deux auteurs est remarquable, documents à l'appui. L'ouvrage est d'une grande beauté, les pages sont épaisses, mates, le dessin aux couleurs qui rappellent les années 40 -tendance sépia ou pastels- est somptueux. Il commence par des pages écrites et illustrées qui présentent le début de vie d'Elizabeth, puis enchaînent sur des planches de BD ; puis d'autres pages écrites et illustrées s'intercalent entre les planches et pour finir, un dossier dense et complet sur les nombreux suspects et témoignages, des coupures de presse de l'époque... Les 2ème et 3ème de couverture ainsi que les premières et dernières pages sont des reproductions de cartes postales des années 40, de Los Angeles. Le tout plonge dans l'ambiance dès le début. C'est passionnant, très beau. Le portrait d'Elizabeth Short est très réussi, cette jeune femme qui écrivait dans une de ses lettres : "Je ne serais jamais heureuse, à vivre toute seule dans une maison." Son besoin d'être connue, reconnue, entourée, admirée, aimée est peut-être ce qui l'a poussée vers son assassin ?

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Hercule Poirot joue le jeu

Publié le par Yv

Hercule Poirot joue le jeu, Marek, Paquet, 2022

Hercule Poirot est invité par une amie qui organise une course à l'assassin lors d'une kermesse, car elle sent qu'un crime pourrait être commis pendant du jeu. Poirot fait la connaissance de tout le beau monde réuni dans la résidence de Sir Stubbs, s'imprègne des lieux, observe les personnes et les liens qu'ils tissent. Et le jour de la kermesse, que croyez-vous qu'il arrivât ? Un meurtre. Celui de la jeune fille censée jouer le rôle de la victime qui fut donc à son insu parfaitement dans son rôle.

Évidemment tirée de l’œuvre d'Agatha Christie, cette enquête va bien embêter le célèbre détective belge qui sent qu'elle lui échappe.

Même lorsqu'on connaît l'intrigue, lire un Poirot, c'est toujours un bon moment et le lire en bande dessinée est un régal. J'aime beaucoup le trait de Marek, la ligne claire, décors et personnages identifiables aisément, leurs expressions, celles qui n'échappent pas à Hercule Poirot ne nous échappent pas à nous non plus. Et la galerie de personnages qui ont tous une bonne raison de se trouver là et peut-être d'avoir tué la jeune fille est croquignolesque, absurde ; la bourgeoisie anglaise des années 40 ou 50 (livre écrit en 1956) qui parle encore de l'Inde comme appartenant au royaume et qui aime faire la charité, engoncée dans ses stéréotypes. Agatha Christie aimait faire évoluer son détective dans cette société, dans laquelle il se coulait parfaitement.

Et bien sûr, Poirot arrivera à décortiquer cette énigme et à s'en sortir encore une fois brillamment.

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Atom Agency. Petit Hanneton

Publié le par Yv

Atom Agency. Petit Hanneton, Yann, Olivier Schwartz, Dupuis, 2020

Hiver 1950, la police parisienne est aux abois, l'ennemi public numéro 1, René la Canne a été repéré et ce n'est qu'une question de temps pour l'attraper. L'inspecteur Roger Borniche est bien placé pour être celui qui lui mettra la main dessus, mais le commissaire Tigran Vercorian veut le devancer. Alors, lorsqu'un ami arménien lui demande de retrouver Petit Hanneton, une héroïque ambulancière pendant la guerre, Tigran le renvoie vers son fils Atom et son agence de détectives. Atom, Mimi et Jojo, très occupés ne s'intéressent pas davantage à cette disparition. Il faut que Jean Gabin et Jean Marais qui ont connu Petit Hanneton sur le front -elle n'était pas insensible au charme de Jean Marais- fassent le déplacement pour qu'enfin, les détectives se lancent à sa recherche.

Tome 2 aussi bon que le tome 1, hier chroniqué. Ah, le charme des comédies policières des années cinquante avec, en prime, les deux Jean célèbres du cinéma ! Plus les coups bas, le chef de Tigran Vercorian qui veut le virer lui et tous les flics à l'ancienne pour une police moderne, et qui devant les stars joue les carpettes. N'oublions pas, comme dans le tome 1, les mandales, les poursuites... Et toujours, cette amitié embarrassante du commissaire Vercorian avec Paulo Leca un caïd du milieu, et les conséquences de ce qu'ils ont fait pendant la guerre qui pourrait bien les envoyer "à Cayenne" -dixit Paulo. Le père veille sur son fils à la manière d'un père possessif qui veut qu'il épouse une fille arménienne, et le fils tente de protéger son père car il sait par Paulo qu'il est en mauvaise posture.

Je n'ai pas vu qu'il était paru de tome 3, c'est fort dommage, car la série est vraiment distrayante, drôle et bien menée et ce fil rouge, commun à chaque tome, le lien entre le commissaire Vercorian et Paulo Leca m'intrigue.

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Atom Agency. Les bijoux de la Bégum

Publié le par Yv

Atom Agency. Les bijoux de la Bégum, Yann, Olivier Schwartz, Dupuis, 2018

Août 1949, La Bégum, la femme de l'Aga Khan se fait dérober ses bijoux en sortant de sa villa du Cannet.

Paris, même date, Atom Vercorian, fils du commissaire Tigran Vercorian, qui souhaite développer une agence de détectives, tente d'obtenir des renseignements sur ce vol, car la récompense substantielle lui permettrait de se faire connaître. Mais papa Vercorian n'est pas de cet avis et veut que son fils fasse du droit et se marie avec une Arménienne qu'on lui a choisie, Sandouie, fille de bonne famille. Atom, veut s'émanciper et aime davantage la compagnie de Mimi, son associée dans l'agence, gouailleuse, futée, débrouillarde.

Une belle et heureuse surprise cette bande dessinée de comédie policière, très fidèle aux années 50, aux films de l'époque. On ne s'étonne pas d'ailleurs de trouver des personnages qui ressemblent à des acteurs : Jojo la Toupie, ex-catcheur et futur associé de l'agence Atom Agency ressemble beaucoup à Jean Gabin, Mimi a des traits le langage et la voix -je l'entends parler- de Danny Carrel... La référence à Tintin est manifeste, dans le titre Les bijoux de la Bégum, ou l'une des premières phrases criée par la Bégum : "Ciel ! Mes bijoux !" : ajoutons les bas de pantalon d'Atom, à la Tintin et le trait du dessin d'Olivier Schwartz.

Tout cela est bien agréable, mené tambour battant, entre mandales, poursuites, coups de feu, méchants très méchants, une famille arménienne très présente et pesante et les conséquences des actes posés et des rencontres faites pendant la guerre qui pourraient bien gêner certains.

Il existe un tome 2, j'en parle demain.

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Triptyque en ré mineur

Publié le par Yv

Triptyque en ré mineur, Sonia Ristić, Intervalles, 2022

Il y a d'abord, dans le Belgrade des années 70, Milena, jeune scénariste qui rêve d'écrire son premier roman et qui correspond avec Sam, l'un des deux étasuniens qu'elle a rencontrés à Paris.

Il y a ensuite, Clara, que Milena a rencontrée dans l'hôpital psychiatrique où son père est soigné. Clara qui lui raconte son histoire par bribes : la jeune fille de la bourgeoisie juive berlinoise, pendant la guerre et son amour pour Lily, la fille d'ouvriers.

Et puis, il y a Ana, belgradoise d'origine, qui vit à Paris en plein confinement et qui un jour, reçoit par colis, les lettres que Milena a envoyées à Sam.

Triptyque donc, sur les musiques de Rachmaninov (concerto pour piano n°3), Mahler (symphonie n°3), Brahms (concerto pour piano n°1). Trois femmes à des époques différentes, trois types de récit : épistolaire, souvenirs et courts fragments. Le procédé n'est pas neuf, mais le classique c'est bien si c'est bien fait, et là Sonia Ristić fait cela admirablement. J'ai dévoré son livre en deux jours sans pouvoir le lâcher.

C'est d'abord la relation épistolaire entre Milena et Sam, qui évolue durant les années. Eux deux se veulent écrivains et les réflexions tournent beaucoup autour de l'écriture. Comment on en vient à écrire et qu'écrit-on ? Où trouver la matière ? Écrire de la fiction ou de la réalité ? Le roman doit-il se nourrir de la réalité, mais ne le fait-il pas intrinsèquement ? D'autres thèmes sont abordés, comme l'amour, la mort, la maladie notamment psychiatrique, la vie à Belgrade dans ces années-là...

Ces réflexions sont poussées dans la dernière partie, Cinquante ans plus tard : Ana veut elle aussi écrire un roman et se pose beaucoup de questions : "Je sais que la bonne littérature et la littérature qui marche sont deux choses distinctes souvent. La première n'est que subjectivité, une histoire de goût ; la seconde s'inscrit dans un paysage économique et obéit au fonctionnement d'un système. Des fois il arrive que goûts et loi du marché se rejoignent." (p.223)

Milena et Ana se ressemblent, à la différence que l'une a vécu sous Tito, finalement pas si mal que cela et que l'autre a vu son pays se déchirer, et Sonia Ristić écrit des pages bouleversantes sur la guerre : "La guerre dure. Un an, deux trois, pas loin de dix en tout. Les premiers morts sont des visages aux traits nets, mais lorsque les centaines, puis les milliers commencent à s'additionner, tenir les comptes devient de plus en plus insoutenable. Les vies de toutes celles et ceux que je connais basculent. Il y a ceux qui meurent sous les bombes, les balles perdues, les tirs des snipers. Il y a celles et ceux qui partent, émigrent, se réfugient ailleurs, se trouvent parfois, reconstruisent autre chose, rarement, la plupart continuent à errer jusqu'à ce jour. Il y a ceux qui perdent leur boulot, leur maison, leurs économies, leurs amis, dont les familles éclatent." (p.193)

Sonia Ristić sait faire vivre ses personnages, on croit en eux, on se demande souvent s'il y a en eux une partie d'elle ou de ses amis, preuve s'il en est qu'ils sont réalistes. Elle les fait vivre dans des contextes géographiques, géopolitiques différents qui sont très bien dressés, mais tous, à toutes les époques se posent les mêmes questions sur la vie, la création, l'amour, l'amitié. Parce que sûrement, au fur et à mesure qu'on avance en âge on s'aperçoit qu'on se pose les mêmes questions que nos parents et aïeux et que nos enfants, sans doute se les poseront eux aussi.

Bref, ce roman est excellent, et j'espère que pour une fois, la bonne littérature rejoindra la littérature qui marche.

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Mohican

Publié le par Yv

Mohican, Eric Fottorino, Gallimard, 2021

Sur les terres jurassiennes, il y a Brun, le septuagénaire qui va bientôt mourir, sûrement d'avoir épandu pas mal de produits polluants sur son exploitation. Il y a aussi Mo, le fils, partisan du retour à une agriculture sans pesticide, à l'ancienne et qui montre à son père, sur une petite surface que c'est faisable. La relation entre eux deux est compliquée. On ne s'épanche pas beaucoup aux Soulaillans, le domaine familial

Avant de partir, Brun veut sauver l'exploitation de la faillite et passe un contrat pour l'installation d'éoliennes sur la colline, celle que Mo aime tant. Ce dernier ne supporte pas de voir son espace ni son paysage dévastés.

Quel beau roman que ce Mohican ! Eric Fottorino montre le monde paysan tel qu'il fut et tel qu'il devrait redevenir. A travers les différentes générations, il fait vivre l'évolution constante jusqu'à la folie de la surproduction et le nécessaire retour à des pratiques plus saines. Ce fut d'abord Léonce qui travailla la terre avec des chevaux, puis Brun qui céda aux sirènes de la mécanisation, puis, sous l'insistance nationale, déboisa et investit dans des produits censés aider à la production. "Sa croyance aveugle dans le progrès l'avait exposé plus d'une fois au danger. Dans sa tournure d'esprit, il s'était dit qu'en se camouflant sous mille protections il éveillerait la suspicion des gens. S'il s'habillait en martien, c'était bien qu'il polluait la terre, non ?" (p.36) Puis c'est maintenant Mo qui veut garder la terre saine et en vivre.

Eric Fottorino a été journaliste spécialisé dans le monde agricole, et ça se sent. Il aime les hommes qui travaillent la terre et qui ont, depuis des années, perdu leurs repères, sollicités, dragués par l'industrie chimique. "Comprends ceci, Mo. Sans la chimie, sans nos machines, jamais on n'aurait fait de notre pays une puissance agricole. C'est bien beau à présent de rêver écologie, petites fleurs et légumes bio. Mais si on était partis dans cette direction après la guerre, crois-moi, il y a longtemps qu'on aurait tous crevé de faim." (p.138)

Brun et Mo sont des taiseux, mais la maladie du premier les rapproche et chacun parle de sa vision du travail, de leurs terres, des animaux. Ces pages-là sont magnifiques, l'auteur décrit les paysages, la faune et la flore et l'on y est. C'est très beau, peut-être idéalisé, mais on y croit et l'on comprend que Mo veuille garder intact le domaine de Soulaillans. C'est un texte qui touche, qui émeut sans user de grosses ficelles. L'écriture est superbe, elle se fait très terre-à-terre par moments, plus lyrique dans certaines descriptions de lieux. Je me suis régalé de bout en bout, j'ai pris mon temps pour rester un peu aux Soulaillans.

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Crédit illimité

Publié le par Yv

Crédit illimité, Nicolas Rey, Au diable vauvert, 2022

Diego Lambert, bientôt cinquantenaire, fils d'un industriel richissime est sommé par ce dernier de licencier 15 personnes dans une usine de Saint-Omer, la condition pour recevoir cinquante mille euros et rembourser ses nombreuses dettes. Diego est un écrivain qui, après un relatif succès, n'écrit que de courts textes qui se vendent peu.

Acculé, il se rend à Saint-Omer et reçoit les futurs licenciés un par un, mais rien ne va se dérouler comme son père le prévoit.

Pas ébouriffant, un peu facile parfois, mais pas inintéressant. Bon, Diego est un peu agaçant, ce presque quinquagénaire qui n'a jamais vraiment travaillé et qui a toujours bénéficié d'argent, l'avantage de la famille riche. Le voilà désargenté, en faillite et contraint de rencontrer des "vrais gens", de ceux qui doivent travailler pour manger, payer leur loyer et tout le reste. Qui sont eux-mêmes dans le rouge tous les mois, qui ont des crédits sur le dos, des enfants qui grandissent et qui rêvent de faire des études... Mais ils ne sont pas bien élégants, ni beaux, du moins dans l’œil de Diego. C'est un peu énervant ces poncifs et cette populophobie de la part d'un écrivain raté qui préfère quémander à papa-riche plutôt que de trouver un emploi. De plus, Nicolas Rey a tendance à survoler ses personnages, à ne pas leur donner de consistance.

L'histoire prend un tour plus dramatique lorsque Diego se rend compte que les travailleurs ont besoin de leur salaire. Alors, il décide de s'opposer à papa. Tuer le père enfin ! Au moins s'affirmer.

Sans avoir détesté ce livre, je n'ai pas adoré, néanmoins, je l'ai lu avec plaisir, en sautant quelques longueurs. Non dénué d'intérêt ni de facilités d'écriture : de nombreux dialogues creux, des déclamations de Diego à peine plus profondes, des expressions toutes faites en pagaille... c'est un roman qui plaira à ceux qui cherchent de la détente, à ne pas trop se prendre le chou. Et finalement, un livre qui permet de passer de bons moments, c'est bien, on n'a pas toujours besoin d'y chercher de la profondeur, du sens.

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Ajar-Paris

Publié le par Yv

Ajar-Paris, Fanta Dramé, Plon, 2022

A la mort de sa grand-mère, Fanta Dramé jeune professeure de collège se rend pour la première fois en Mauritanie, à Ajar, le village d'origine de sa famille paternelle pour la sépulture. Elle, la Parisienne jusqu'au bout des ongles est bouleversée et, à son retour, décide d'écrire le roman de son père qui a quitté Ajar pour la France en 1975 et y a construit sa vie. Yély Dramé occupa parfois plusieurs emplois, souffrit du manque de son pays, dut s'adapter aux conditions de vie parisiennes.

C'est sa vie que sa fille raconte ici, dans son premier roman, celle qu'il gardait enfouie en lui.

J'ai beaucoup aimé ce livre. Fanta Dramé a trouvé le ton juste pour raconter l'histoire de son père. Elle le bouscule jusqu'à ce qu'il cède pour répondre à ses questions, tout en gardant pour lui un respect et un amour profonds, qui, j'ai l'impression, augmentent au fur et à mesure qu'elle découvre ce que son père a enduré, ce qu'il a dû supporter pour vivre en France, un pays dont il ne connaissait presque rien, à peine la langue. Mais elle garde également une certaine insolence ou moquerie avec beaucoup de bienveillance, pour user d'un terme un peu galvaudé, sur ce père qui est parfois rigide -mais finit par céder à ses enfants ou sa femme. Il semble que chez les Dramé, la force de caractère est une qualité très largement partagée.

Et puis, plus largement que la vie de Yély Dramé, Fanta Dramé parle des gens qui quittent leurs pays pour tenter leur chance ailleurs et adopte un point de vue qui me plaît : "On a souvent tendance à décrire les gens qui partent par le résultat de leur exil, plutôt que par le point de départ, des immigrés plutôt que des émigrants, avec tout ce que le premier terme véhicule de péjoratif -ils quittent leur pays pour venir voler le travail des Français et profiter des aides sociales. On les qualifie en fonction de ce qu'ils sont en arrivant, et non pas de ce qu'ils étaient en partant. Cela permet sûrement de leur rappeler qu'ils ne sont pas d'ici, qu'ils ne le seront probablement jamais. En se gardant bien d'utiliser la même terminologie pour un Français quittant son pays pour une autre patrie." (p.74/75)

Une réussite que ce roman du père qui permet de se faire une idée "du dedans" des souffrances de l'exil, de celles d'un accueil pas toujours à la hauteur dans le pays dit des droits de l'homme, de ce sentiment difficile à surmonter de n'être plus de son pays d’origine tout en n'étant pas totalement du pays dans lequel on a fait sa vie. L'auteure raconte un peu du parcours de tous les autres, même si elle veut rester sur celui personnel et intime de son papa. Écrire sur l'un de ses parents est souvent une entrée en littérature, plus ou moins réussie ; Fanta Dramé, avec beaucoup de pudeur, de délicatesse et un brin d'humour, écrit un très bon premier roman qui donne envie de lire les prochains.

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