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Le message

Publié le par Yv

Le message, Andrée Chedid, Flammarion, 2000 (J'ai lu, 2002)

Dans un pays en guerre, Marie et Steph qui se connaissent depuis qu'ils ont dix ans vivent une relation faite de séparations et de réconciliation. Car s'ils sont sûrs d'une chose, c'est qu'ils s'aiment et qu'ils ne peuvent vivre l'un sans l'autre.

Leur dernière querelle, un peu vive, les a empêchés de se voir depuis plusieurs jours. Marie a reçu une lettre de Steph qui lui donne rendez vous entre midi et treize heures dans un lieu symbolique pour eux. Passée cette heure, si elle ne vient pas, il saura qu'elle le quitte. Mais Marie est victime sur le chemin d'un franc-tireur et elle s'écroule sur la route, agonisante.

Quel grand texte encore une fois d'Andrée Chedid. C'est beau, fort, puissant, poétique, violent parce que la ville dans laquelle vivent les deux amoureux est violente, quasi vidée de ses habitants qui fuient les combats et les balles. "Pour lui parler, il faut utiliser peu de mots, des mots simples, des mots essentiels, qui vont du cœur au cœur. Des mots qui se glissent, petit à petit, avec leurs consonnes, leurs voyelles dans le corps et la pensée de Marie. Des mots qui deviendront la matière de ce corps, le ferment de cette pensée, des mots à lents parcours qui traverseront le conduit auditif, atteindront la caisse du tympan, percuteront les osselets, ensuite le rocher ; des mots qui se frayeront lentement passage dans le labyrinthe de l'oreille. Des mots aimés, des mots aimants, ressentis, agrippés à l'espérance. Des mots vrais, même s'ils mentent. Des mots forgés d'amour et de promesse, même s'ils simulent. Des mots réels et fictifs. Des mots pour vivre et pour rêver." (p. 81)

Tout le texte de l'autrice est un texte qui glorifie l'amour, qui sait que c'est cela qui pourra sauver les hommes et non pas ce qu'ils produisent de pire : "Depuis l'aube des temps, les violences ne cessent de se chevaucher, la terreur de régner, l'horreur de recouvrir l'horreur. Visages en sang, visages exsangues. Hémorragies d'hommes, de femmes, d'enfants... Qu'importe le lieu ! Partout l'humanité est en cause, et ce sombre cortège n'a pas de fin." (p. 18)

Et Marie s'accroche à cette pensée que Steph va comprendre et venir la rejoindre. Elle ne veut expirer avant de le revoir, s'accroche. Toutes ses pensées vont vers lui. Et lui qui l'attend et ne comprend pas son absence, ses pensées allant vers elle. Et ce couple d'octogénaires qui préfère assister Marie plutôt que de fuir comme tous les autres, emplis d'un amour fort, toujours aussi fort qu'au début.

Un roman formidable, dans une langue tellement belle qu'il est impossible de passer à côté, comme il est impossible de ne pas lire Andrée Chedid en général. Et pour finir, cette phrase en guise d'aphorisme, tirée de la page 111 : "Comment peut-on se prendre au sérieux quand l'existence est si éphémère et qu'elle ne cesse de courir vers sa fin ?"

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Les âmes noires de Saint-Malo

Publié le par Yv

Les âmes noires de Saint-Malo, Hugo Buan, Palémon, 2021

1794, aux pires moments de la Terreur à Saint-Malo, le jeune Louis Hervelin est obligé de se réfugier, ses parents ont été fusillés pour avoir recueilli un prêtre et sa petit sœur a disparu. Dix ans plus tard, sous le Consulat, Louis, devenu le commissaire Darcourt est envoyé à Saint-Malo avec pour mission de restaurer l'ordre et d'espionner des Bretons récalcitrants soupçonnés de vouloir attenter à la vie de Napoléon. A peine arrivé, il est contraint d'enquêter sur la mort d'un homme dont il est très vite convaincu qu'elle est liée à la période de la Terreur. Ses méthodes passent assez mal auprès des autorités locales.

Hugo Buan délaisse quelques temps son commissaire Workan pour se lancer dans le roman historique avec un jeune commissaire promis à un bel avenir littéraire. Tout dans ce premier tome promet des développements passionnants dans les suivants. Je me suis régalé de bout en bout en ne reprenant qu'à peine mon souffle entre les chapitres. La période est propice aux manipulations, aux compromissions, aux jalousies, aux peurs. La Bretagne et particulièrement Saint-Malo et Saint-Sevran et leurs habitants taiseux et besogneux rajoutent une dose de tension, surtout lorsque Louis arrive accompagné de Joseph Tocagombo, mulâtre de l'île Bourbon, son ordonnance pendant la guerre, devenu lui aussi policier, et qu'il commence à fureter partout, à ne pas prendre de gants pour interroger tel ou tel habitant qu'il soit notable ou pas.

Dans le même temps qu'il poursuit son enquête sur l'assassinat, Louis tente de comprendre ce qui a pu se passer dix ans plus tôt pour ses parents et si sa sœur est toujours en vie et si oui, où. Cette partie-là ne sera pas résolue dans ce tome, d'où mon idée que la série va se continuer et j'en suis fort ravi presque impatient. L'écriture de Hugo Buan, moins drôle que dans la série avec Lucien Workan, ne se départit pas totalement de l'humour de l'auteur et reste vive, tout cela donnant un roman policier historique excellent.

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Les morts de la Saint-Jean

Publié le par Yv

Les morts de la Saint-Jean, Henning Mankell, Seuil 2001 (traduit par Anna Gibson)

Juin 1996, la nuit de la Saint-Jean, trois jeunes gens partis dans une clairière faire la fête sont tués. Leurs corps disparaissent, leurs voitures aussi. Seule la maman de l'une des jeunes femmes, inquiète, fait le siège de la police d'Ystad pour que les flics commencent des recherches.

Août 1996, Kalle Svedberg, l'un des flics de l'équipe de Wallander est retrouvé assassiné dans son appartement. C'est la stupéfaction, Svedberg, policier discret ne semblait pas avoir d'ennemis. Bientôt Wallander est persuadé que la mort de son collègue est liée à la disparition des trois jeunes gens, ce qui monterait à quatre le nombre de victimes du terrible tueur qui traîne dans les rues d'Ystad.

Depuis quelques mois, je reprends la série des enquêtes de Wallander dans l'ordre de leur écriture par Henning Mankell. Persuadé que ma relecture serait passionnante, je me trompais sur un point. Ce tome n'est pas une relecture puisque rien, contrairement aux autres ne me disait que je l'avais déjà lu. C'est donc une découverte que cette enquête éprouvante pour Wallander, son équipe et ses lecteurs. Kurt ne va pas bien, sa santé n'est pas au top, il a du mal à se remettre du décès de son père et de sa séparation d'avec Baiba et son rythme de travail, imposé par ces nouveaux meurtres ne va pas lui permettre de prendre soin de lui. Comme toujours, dans les polars d'Henning Mankell, les enquêteurs partent de rien : aucun indice, aucune trace. Ici, juste l'inquiétude d'une mère puis, évidemment, ensuite, l'assassinat de Svedberg. Le travail est harassant, long, souvent ingrat, il ne faut rien négliger, même le plus petit indice qui pourrait être important. Donc les flics contrôlent, recontrôlent, réveillent les témoins, ne dorment que peu, fouillent les vies des moindres personnes en lien avec les victimes. La pression est forte, celle de l'opinion publique, des journalistes et de la hiérarchie. Kurt Wallander n'est pas vraiment diplomate et parfois, la fatigue aidant, ses mots et ses actions le débordent.

Moi qui ne suis pas fan des gros bouquins, j'avale sans rechigner et même avec un plaisir évident les presque 600 pages de ce tome, dans lequel, Henning Mankell, parle de la société qui change à l'approche du nouveau millénaire (écrit en 1996/1997), qui devient plus individualiste, qui paupérise les plus pauvres et enrichit les plus riches, qui voit une nouvelle forme de violence apparaître contre des moyens policiers qui baissent ou qui ne sont plus adaptés. La Suède change, ce pays envié et souvent montré comme modèle ne l'est plus.

Et les héros de Mankell sont très humains : ils évoluent au fil des romans, ils vivent comme vous et moi. Wallander, mon flic de fiction préféré n'est pas un sur-homme, il doute, se décourage, est en proie à des soucis de santé. Il est très seul, n'a quasiment pas d'amis, absorbé par son travail. Comme toujours, bien sûr, il parviendra à trouver le coupable, mais à quel prix ?

Excellent, passionnant !

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Concupiscent

Publié le par Yv

Concupiscent, Jean-Baptiste Baronian, Lamiroy, 2021

William Rodenbach est professeur de français et chasseur de fautes en tout genre dans cette langue. C'est dire s'il a du boulot dès qu'il ouvre un journal, un livre -même s'il faut saluer ici le travail des correcteurs-, ou son poste de télévision...

Son autre chasse, c'est la drague. Il fréquente assidûment la galerie d'art Margot Marchal uniquement dans le dessein de ramener des filles. Celle pour laquelle il se damnerait c'est la propriétaire de l'endroit qui ne le calcule pas. Aussi lorsqu'il rencontre Violaine qui adore le français et particulièrement les mots désuets, il ne pense plus qu'à la mettre dans son lit ou à aller dans le sien.

Légère et humoristique, cette nouvelle parle d'art, de mots un peu oubliés, de drague et de la langue française. Les sujets sont donc intéressants et fort bien traités par un auteur qui sait se montrer ironique, drôle et se moquer des tenants d'une langue pure comme de ceux qui la tordent dans tous les sens parfois ridiculement. Comme moi, vous chercherez s'il y a des fautes qui traînent. Nada !

Très bien écrite, c'est un plaisir de lire les échanges entre Violaine et William. Et puis la chute est tellement inattendue et drôle que rien que elle, il faut courir chercher ce petit Opuscule n° 191 de chez Lamiroy et qui débute ainsi : "Je le confesse sans détour ni précaution oratoire : je suis allé ce soir-là à la galerie Margot Marchal pour draguer. Ce n'était pas la première fois et je me suis dit en arrivant dans les parages, que ce ne serait certainement la dernière."

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La prise de Constantinople

Publié le par Yv

La prise de Constantinople, Didier Poisson, Lamiroy, 2021

1933, l'achat par son père d'une Peugeot 201 met ce petit garçon dans une joie teintée d'amertume, car il signifie des trajets plus courts et des vacances désormais tous les étés chez ses grands-parents. Malgré la présence de son petit frère, il s'ennuie, Grand-Papa interdisant pas mal d'activités.

Lors d'un déjeuner interminable, le garçon se réfugie dans la contemplation d'un tableau représentant une bataille, il s'y évade totalement et s'y évadera chaque fois que la situation l'y appellera.

Très bien cette nouvelle empreinte de la nostalgie de l'enfance et particulièrement de celle se déroulant dans l'entre deux-guerres. La période est heureuse pour des enfants encore pas préoccupés par les affaires politiques. Grand-père plus que bourru, quasi reclus, qui interdit tout à ses petits-enfants, grand-mère qui ne peut pas s'affirmer et maison imposante : "Cette grosse bâtisse en retrait de la route, sans voisins ni vis-à-vis, m'impressionnait. Les pierres grises de la façade, le toit en ardoises, le vert foncé des volets, tout me semblait sombre, lourd et figé." (p.7)

Comment les deux garçons réussiront-ils à s'occuper, à illuminer ces deux semaines annuelles chez leurs grands-parents ? Didier Poisson, tout doucement lorgne vers le fantastique, l'inexpliqué car inexplicable. C'est bien fait, on ne le voit pas venir et tout fonctionne très bien jusqu'à la chute.

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Femme, je suis affamé !

Publié le par Yv

Femme, je suis affamé !, Jacques Richard, Lamiroy, 2021

Claude et Simon sont jumeaux. Ils aiment la bonne chère. Leur cuisine est un lieu que leur envierait bien des cuisiniers. Eux, ils y passent du temps à préparer des plats avec des produits frais, des produits très particuliers.

Volontairement court, mon résumé doit mettre à la fois en appétit et en éveil les doutes de chacun.

Jacques Richard écrit là,une nouvelle troublante et dérangeante qui m'a laissé un petit goût de "Oh non pas ça" - c'est le titre de ma sextape, comme dit Jake Peralta dans Brooklyn nine-nine (humour crétin assumé). Le titre est déjà énigmatique, un poil machiste sans doute, mais tout s'expliquera.

Bien écrit, assez classe même par moments, ce qui colle à une certaine aristocratie des jumeaux, à leur goût des belles et bonnes choses. Jacques Richard ne se prive pas de quelque bon mot : "Il faudrait à ce stade les décrire un peu, en tracer un de ces portraits balzaciens qu'on saute après trois lignes." (p.6). Il n'a pas tout à fait tort, Balzac, c'est parfois un peu long...

Même si le texte met parfois mal-à-l'aise, jamais je n'ai eu l'envie de le quitter, je voulais savoir jusqu'où l'auteur allait nous emmener et je ne suis pas déçu. Nouvelle parue dans la collection Opuscule.

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Imago

Publié le par Yv

Imago, Josiane Lion, Lamiroy, 2021

François Dubreil est un homme paisible, à la vie tranquille, marié, un travail qui l'intéresse. Sauf que depuis quelque temps, il est en proie à des cauchemars puis des visions : il voit tous les gens qui l'entourent comme des insectes. de grosses guêpes, des araignées, des cafards, ce qui lui pose un réel problème relationnel surtout lorsqu'il veut supprimer ces fameux insectes.

Étrange cette nouvelle, fantastique au titre explicite, l'imago étant la forme définitive de l'insecte adulte sexué. On connaissait le héros qui se transforme en bébête, mais pas celui qui voit tous les autres comme tels et qui s'attaque à eux. Josiane Lion décrit la folie qui prend un homme, on ne sait pourquoi. Ses délires, son internement. C'est tellement énorme que ça peut en devenir drôle.

Les nouvelles publiées par Lamiroy se suivent et ne se ressemblent pas du tout et ça c'est une excellent chose. Icelle débute ainsi : "François s'éveilla en sursaut, afin d'échapper au cauchemar épouvantable qui venait de troubler son sommeil. Couvert de sueur, il resta un long moment désorienté dans l'obcurité profonde de la chambre." (p.5)

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La littérature à l'estomac

Publié le par Yv

La littérature à l'estomac, Julien Gracq, José Corti, 1950

Dans ce pamphlet écrit en 1949 et publié l'année suivante, Julien Gracq est particulièrement féroce avec le milieu littéraire parisien, les écrivains, les éditeurs et les critiques. L'écrivain à peine "reconnu" va "donner le spectacle pénible d'une rosse efflanquée essayant de soulever lugubrement sa croupe au milieu d'une pétarade théâtrale de fouets de cirque -rien à faire ; un tour de piste suffit, il sent l'écurie comme pas un, il court maintenant à sa mangeoire ; il n'est plus bon qu'à radioter, à fourrer dans un jury littéraire où à son tour il couvera l'an prochain quelque nouveau "poulain" aux jambes molles et aux dents longues." (p.18) Il est aussi impitoyable avec les écrivains établis qui se comportent comme des "fonctionnaires" de l'écriture, produisant chaque année leur livre sans vraiment changer la formule qui les a fait connaître, sans prendre de risques que l'on finira sans doute par lire tant leurs noms sont martelés : "On y cède à la fin ; il y a des places enviables en littérature qui se distribuent comme ces portefeuilles ministériels échoués aux mains de candidats que rien ne désigne, sinon le fait qu'"ils sont toujours là" [...] De même que l'éditeur sait qu'après un premier livre, inévitablement -bon an, mal an- il en viendra un autre, lui [l'écrivain une fois édité] considère paisiblement qu'il a passé un contrat à vie avec le public..." (p.35/36/37)

Gracq n'égratigne pas uniquement l'écrivain, il n'est pas tendre avec la critique ni avec le public qui, en France, où il y a toujours eu des salons, parle beaucoup de littérature, s'écoute parfois parler, pérorer en société autour du dernier écrivain à la mode adoubé par le monde de la littérature. Il y est souvent plus question de parader que de parler de ses goûts, des sensations ressenties à la lecture de tel ou tel ouvrage, c'est cela que Gracq nomme "La littérature à l'estomac". Écrit en 1950, ce pamphlet peut faire un peu daté, et pourtant, il est intéressant de le lire maintenant et de tenter d'y voir en quoi il est toujours d'actualité. Il fut l'objet de pas mal de commentaires acerbes du monde littéraire, jugeant Gracq élitiste -ce qu'il est effectivement, tant dans ses goûts pas toujours les plus aisés à aborder : Lautréamont, Barbey d'Aurevilly, Robert Margerit, Ernst Jünger, mais aussi Edgar Allan Poe ou Rimbaud... que dans son écriture, pas toujours simple.

Publié chez José Corti, comme tous les livres de Gracq, il m'a fallu -quel plaisir !- couper les pages, comme je l'avais fait pour mon premier Gracq, Au château d'Argol et pour le sublime Le rivage des Syrtes pour lequel il reçut le Prix Goncourt en 1951 qu'il refusa, fidèle à ce qu'il écrivit dans ce pamphlet. Lorsqu'on voit la foire d'empoigne qu'est devenue ce prix et la course à tous les autres prix, peut-on lui donner tort ?

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La cinquième femme

Publié le par Yv

La cinquième femme, Henning Mankell, Seuil, 2000 (traduit par Anna Gibson)

Automne 1994, après une semaine passée en Italie avec son père, Kurt Wallander reprend le travail en espérant s'y remettre tranquillement. Mais il lui faut très vite faire face à un meurtre horrible : un vieil homme est retrouvé empalé dans un piège hérissé de bambous acérés. Suit la disparition inquiétante d'un fleuriste passionné d'orchidées. Les événements s'enchaînent pour que le voyage en Italie soit vite oublié. D'autant plus que le père de Kurt Wallander, atteint d'un début d'Alzheimer, meurt subitement.

Pour lire les enquêtes de Wallander, il faut être en bonne santé mentale, pas trop déprimé et prêt à encaisser, car on est loin d'une comédie policière. Particulièrement ce sixième tome, très noir, autant dans la série de meurtres et le contexte dans lesquels elle survient que dans la vie de Kurt, qui, la cinquantaine approchant, se pose pas mal de questions.

Pour moi, cette série reste ce que l'on fait de mieux dans le genre policier qui raconte également la société. Henning Mankell parle de la Suède, de son évolution et plus globalement de toute la société qui tend vers l'individualisme, la consommation sans penser aux conséquences. Lisant cela en 2021, je pourrais me dire que c'est facile à dire, sauf que Mankell a écrit ce livre en 1996, et moi de me dire qu'il a bien flairé l'évolution : haine du flic, haine de l'étranger coupable de tous les maux, individualisme, œil pour œil, changement de la violence qui s'exacerbe, des comportements inadaptés qui augmentent... C'est cela que j'aime bien dans les polars avec Kurt Wallander, c'est que l'écrivain scrute la société dans laquelle il vit, les hommes qui l'habitent ; ses personnages ne sont pas des héros, ils sont humains, fragiles et forts, en proie aux doutes, aux peurs.

Et si l'on ne s'intéresse qu'à l'intrigue -bon, d'abord ce serait une grosse erreur- mais ensuite, ce n'est pas un problème, car Henning Mankell montre le travail harassant, fastidieux et parfois peu payant des flics pour trouver un indice, un fil à tirer qui les mènera vers la solution ou vers une fausse piste. Sans doute encore davantage que dans les autres enquêtes, Kurt Wallander et son équipe piétinent, ne savent pas par quel bout commencer. Il leur faudra de la patience, du travail et un poil de l'intuition de Kurt Wallander pour trouver enfin la bonne voie, mais jusqu'au bout, le doute est permis. Presque 600 pages qui passent à une vitesse folle, passionnantes.

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