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On the brinks

Publié le par Yv

On the brinks, Sam Millar, Seuil, 2013 (traduit par Patrick Raynal)

Sam Millar a dix-sept ans lorsqu'il est enfermé dans la prison de Long Kesh, l’enfer pour le militants de l'IRA, torturés, humiliés, battus quotidiennement. Il fait partie des blanket men, ceux qui refusent de porter l'uniforme de l'établissement et de travailler, ce qui leur vaut la haine et les châtiments évoqués. Ils sont nus dans leurs cellules nues elles aussi. Rien, un simple matelas et une couverture pour se couvrir. Huit années de sévices, de violences subies, d'humiliations physiques et verbales. Puis la sortie, et Sam tente sa chance aux États-Unis. Il y sera croupier illégal, puis tentera un gros coup, le cambriolage du dépôt de la Brinks à Rochester. Un gros coup, plus de 7 millions de dollars. Et un autre séjour en prison...

Quel bouquin ! Quelle vie ! Puisque c'est sa vie que Sam Millar raconte, ses huit années de détention en tant que militant de l'IRA, mais aussi la vie à Belfast dans les années 60/70 et la violence omniprésente, la vexations envers les catholiques qui ne peuvent pas prétendre à des emplois en vue. L'humiliation et le pouvoir exacerbé de l'Angleterre dans les rues, et encore davantage dans les murs de Long Kesh. Les matons sadiques qui inventent mille et un moyen de rabaisser les Irlandais emprisonnés, de nier leur condition humaine, de les traiter encore pire que des animaux. "Les cellules étaient désormais privées de tout mobilier en châtiment de notre comportement non civilisé. La peinture d'un blanc écœurant avait été remplacée par un marron encore plus écœurant, qui, malheureusement, n'était pas de la peinture vu que les matons, avec leurs gants de caoutchouc épais -les mêmes que ceux dont ils se servaient pour nous donner notre bouffe- avaient rejeté nos excréments dans les cellules, nous forçant à les étaler sur les murs." (p.96)

C'est glaçant, certains passages m'ont pétrifié. Lorsque l'on croit que le pire est atteint, les matons inventent une torture encore plus redoutable. Mais comment ces hommes ont pu tenir ? Huit ans pour Sam Millar.

J'ai découvert Sam Millar il y a quelques années et approfondi la connaissance de son œuvre plus récemment, et je retrouve dans ce roman autobiographique pas mal de situations décrites par l'auteur dans ses polars, souvent durs. Ce n'est pas l'histoire d'un surhomme, mais celle d'un homme qui ne veut pas plier devant l'injustice, l'autoritarisme, qui ne veut pas renier ses valeurs. C'est une lecture forte, puissante, dérangeante car elle fait frissonner de peur qui même si depuis des années le conflit nord-irlandais semble apaisé montre qu'il est loin d'être fini. Le Sinn Fein est au pouvoir depuis peu, mais a laissé un peu de côté les revendications d'indépendance ou d'unification de l'Irlande. Affaire à suivre.

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Les musiques de l'âme

Publié le par Yv

Les musiques de l'âme, Annie Cohen, Des femmes-Antoinette Fouque, 2022

"Nous ne sommes qu'un, acharné à rendre droit ce qui ne demande que cela. Le silence additionné à la quête d'exprimer l'inexprimable. C'est la gouache qui connaît le chemin, qui se fait plus que je ne la fais. Elle soulève des mystères, elle dévoile des formes inédites, elle prend tournure, elle s'impose au point d'éliminer tout geste supplémentaire. L'écriture n'est jamais loin du poignet de celle qui peint. Toujours le noir et le blanc. [...] Avec des pinceaux extrêmement fins, comme des plumes. On n'attend rien, on se laisse faire, on jubile à la montée d'une apparence, on voit qu'elles sont solidaires et actives dans la construction d'un dessin autonome toujours prêt à accueillir d'autres apparences." (4ème de couverture, extrait du livre)

C'est un long monologue intérieur que livre Annie Cohen. Elle va d'idée en idée, de réflexion en réflexion, l'une chassant l'autre et y revenant ensuite, pas pour nous perdre, mais pour suivre son cheminement. Elle évoque son enfance en Algérie, ses souvenirs, ses parents, sa mère surtout, sa création qu'elle soit picturale, la gouache, ou littéraire. Les deux se confondent dans les mêmes gestes, se nourrissent, s'entremêlent. Elle parle librement de la maladie qui l'entrave : physiquement avec des jambes qui ne répondent plus aussi bien qu'avant et psychiquement : sa bipolarité et ses séjours réguliers à Sainte Anne.

Lire Annie Cohen n'est pas de tout repos. Son écriture est abstraite, elle fait penser à de l'écriture automatique et penche vers le surréalisme. : "Et les mots se présentent comme les aplats du blanc de Titane sur le papier ton ficelle. L'expérience de la peinture ouvre les portes pour une écriture abstraite et profonde." (p.18/19) Le texte est parfois tortueux, difficile à comprendre et plusieurs fois, je me suis dit que j'allais l'abandonner, mais non, chaque fois j'y revenais comme happé, fasciné par son rythme, sa beauté, sa poésie. J'ai mis un peu de temps à le finir, l'ai entrecoupé avec d'autres lectures plus linéaires, plus prosaïques. Alterner, découvrir des livres et des lectures très différentes les unes des autres, voilà ce que j'aime. Rien ne me déplairait davantage que d'avoir la sensation de toujours lire la même chose. Écueil largement évité avec Annie Cohen.

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Mémoires d'un gros mytho

Publié le par Yv

Mémoires d'un gros mytho, François Rollin, Hugo Desinge, 2022 (illustré par Stéphane Trapier)

François Rollin, le génial acteur, le maître de l'humour absurde, le dieu du décalage et du non-sens -on ne sait, jamais s'il me lit, il faut que je sois à la hauteur et digne d'au moins un smiley ou un pouce levé, si tant est que Sa Grandeur daigne intervenir sur un blog somme toute modeste-, François Rollin disais-je, écrit un livre de mémoires, de ses rencontres avec les plus grandes personnalités françaises, puisque, humble et pas du genre à se faire mousser, il ne fait que citer ses amis-stars internationales qui ont intercédé auprès de lui pour qu'il trouve un moment dans son agenda surchargé pour discuter avec Sophie Marceau, Gad Elmaleh, Catherine Deneuve, Dany Boon, Isabelle Adjani, Laurent Ruquier, Fanny Ardant, Jean Gabin, Vanessa Paradis, Jean Dujardin, Florence Foresti, Christian Clavier, Carole Bouquet, Gérard Depardieu, Nathalie Baye, Arnaud Tsamère, Sophie Davant, Alain Delon, Emmanuelle Béart, Daniel Auteuil, Isabelle Huppert, Omar Sy, Marion Cotillard, Philippe Etchebest, Juliette Binoche, Fabrice Luchini et Sarah Bernhardt.

Écrire que ce livre est drôle est un euphémisme, il est hilarant, d'une hilaration -je néologise-, qui ne fait point s'esclaffer bruyamment -quoique parfois, je n'en fusse pas loin-, mais bien se tordre les boyaux, se dilater la rate, se froisser la luette -je néologise également dans les expressions. Absurde, mythomane et mégalomane, François Rollin est tout cela et l'assume. Je ne dévoilerai rien des turpitudes, étranges hobbies ou manies, des passions et des bassesses qu'il prête à ses collègues et admirateurs de sa personne, encore que je pourrais dire des trucs sur la mégalomanie de Dany Boon qui bien que maltraité, écrit la préface. Un petit truc : si vous lisez lentement, vous pourrez entendre la voix de l'auteur vous raconter ses histoires, son ton sarcastique et décalé.

Pour conclure, citons l'illustre illustrateur, Stéphane Trapier, auteur également de l'excellent Mes plus grands succès, qui illustre donc -c'est son job- magnifiquement ce délire délirant de gros mytho.

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La dame blanche

Publié le par Yv

La dame blanche, Quentin Zuttion, Le Lombard, 2021

Estelle est infirmière dans un EHPAD. Tous les jours, elle est confrontée à la fin de vie, à la mort de résidents auxquels elle s'est attachée. Ce lien dont les personnes âgées ont besoin, n'est pas toujours du goût des familles, et il pourrait bien faire perdre pied à Estelle.

Heureusement, son amie Sonia est très présente, elle aussi infirmière dans le même établissement, et Estelle a trouvé un moyen de se souvenir de chacun des résidents dont elle s'est occupé.

Très beau roman graphique bleuté, avec ça et là, des touches d'autres couleurs, lorsque la vie se déroule en extérieur ou hors de l'EHPAD. Même si Quentin Zuttion romance son histoire, il met en avant l'implication des soignants auprès des personnes âgées, le soin qu'ils apportent à la fin de vie, à tenter de pallier aux absences des familles qui s'éloignent par manque de temps, par peur de voir son parent veillir et mourir... Estelle est sans doute très -trop- impliquée, qui ne parvient qu'à peine à se sortir de son travail lorsqu'elle est en repos. Mais ce travail est tellement prenant qu'on le comprend aisément.

Quentin Zuttion raconte le quotidien des soigants, à l'encontre de ce que l'on peut entendre sur les maltraitances qui ont cours dans certains établissements, mais il décrit néanmoins les conditions de travail, les sous-effectifs, le manque de temps et la pression des familles qui peuvent mener vers ces dérives.

C'est extrêmement bien fait, et le dessin et les couleurs sont magnifiques. Parfois,  le bédéiste suggére davantage les formes qu'il ne les dessine de manière réaliste, c'est très beau. Un hommage au personnel des EHPAD dont le travail est mal reconnu, et pourtant éprouvant physiquement et émotionnellement.

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Bestial

Publié le par Yv

Bestial, Anouk Shutterberg, Plon, 2022

"2007. Cinq pré-adolescentes disparaissent subitement en plein jour dans un quartier touristique de la capitale. Les "disparues du 9". Même profil : jolies et toutes âgées de douze ans. Malgré l'acharnement du commandant Ribault et de son équipe en charge de l'affaire, aucune piste sérieuse n'émerge. Mis à part, peut-être, ces mystérieux colis reçus par les familles de victimes dont le contenu laisse les policiers sans voix.

2019. L'affaire classée refait surface : cinq autres jeunes filles se sont volatilisées selon le même modus operandi. Le commandant Stéphane Jourdain et le capitaine Lucie Bunevial reprennent le dossier." (4ème de couverture)

Âmes sensibles s'abstenir. Vraiment. A part cela et une violence parfois insoutenable parce que, notamment, ce sont des jeunes filles qui en sont les victimes, ce thriller est inlâchable et deux jours m'ont suffit -avec des coupures quand même, je bosse un peu, le minimum quoi- pour tourner la page 424, la dernière. Ah si, un autre truc, l'ultime rebondissement, bon, je le sentais venir depuis un moment, donc de mon côté, il fait un peu pschitt, mais ça n'altère aucunement mon avis positif.

Anouk Shutterberg écrit bien et sait y faire pour tenir ses lecteurs au bout de sa plume. La tension est extrême et ne descend jamais, on lit presque en apnée -et deux jours, c'est long ! Son imagination est débordante et macabre, elle construit une intrigue dont on pense qu'elle part dans tous les sens, mais lorsque tout s'explique, toutes les pièces semées auparavant prennent leur place et l'on est scié devant tant de cynisme et de manque d'humanité de la part des criminels, mais l'on est rassuré, c'est de la fiction. Son duo de flics déjà rencontré dans Jeu de peaux, son premier roman, remet le couvert et est particulièrement malmené.

Cette lecture est passionnante, haletante et éprouvante -mais pourquoi aime-t-on se faire du mal docteur ?-, elle ne peut laisser indifférent et marque durablement les esprits. Anouk Shutterberg qui m'avait déjà bluffé avec son premier roman, confirme avec son deuxième qu'elle est une autrice de thriller avec laquelle il faut compter. Sûr que ses prochains romans seront attendus, espérés et largement diffusés.

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Les Vous

Publié le par Yv

Les Vous, Nicolas Pitz, Davide Morosinotto, Rue de Sèvres, 2022

Le rocher de la Main de Main de pierre qui surplombe le village de Montemorso s'effondre dans le lac et tue un pêcheur. Puis d’étranges phénomènes ont lieu dans les jours qui suivent, jusqu'à ce que Blue, une jeune fille entende des voix, celles d'un peuple invisible qui a trouvé refuge au village, les Vous. Puis les camarades de Blue entendent également leurs voix. Ensemble, ils décident de venir en aide aux Vous.

Un bel album de Nicolas Pitz qui nous habitue à cela, avec notamment La bobine d'Alfred et Sombres citrouilles. Cette fois-ci c'est le roman de Davide Morosinotto qu'il met en image. L'histoire est belle, avec ces extras-terrestres pacifiques qui cherchent de l'aide et à vivre tranquillement et qui, bien entendu, se heurtent à l'incompréhension et à l'hostilité de certains. Ce sont les jeunes gens du village qui vont se lier aux Vous, les accepter et tout faire pour que les autres villageois les acceptent.

Difficile de ne pas y avoir une ode à la différence et une histoire en faveur de la curiosité, de l'envie de connaître autrui pour s'enrichir. Aux moments où la France comme d'autres pays a tendance à sombrer dans un pessimisme et un communautarisme tout aussi délétères l'un que l'autre, ce livre est une bouffée d'optimisme bienvenue, qui montre que nos enfants pour peu qu'on leur laisse les moyens d'agir sont capables de grandes choses.

J'aime beaucoup le dessin de Nicolas Pitz, aux lignes claires, réaliste. J'aime aussi beaucoup les scènes de nuits sur un fond totalement noir, les silhouettes se dessinent à l'aide de traits fins et lumineux. Les dernières pages sont superbes, pour cela mais aussi pour la tournure que prend cette histoire.

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Rien dans mon enfance

Publié le par Yv

Rien dans mon enfance ne laissait présager bon sang que tout serait toujours si compliqué, Eric Pessan, L'œil ébloui, 2022

Anaphore : une figure de style par laquelle on répète un mot ou un groupe de mots en début d'une phrase, rendue populaire en 2012 par le candidat François Hollande : "Moi Président...". Eric Pessan choisit lui-aussi l'anaphore pour son livre de réflexions, celles-ci débutent par : "Rien dans mon enfance".

Grâce à ce procédé, l'auteur, sans être nostalgique ou passéiste du genre "c'était mieux avant", évoque son enfance dans une HLM de Bordeaux et les changements voire les bouleversements que le monde à subis ou opérés depuis cinquante ans. Et effectivement, force est de constater que rien dans notre enfance dans les années 60/70 ne nous a préparé à de telles secousses. L'Internet, les guerres incessantes partout dans le monde, le dérèglement climatique, l'extrême-droite aux deuxièmes tours des élections présidentielles, les communautarismes, les toujours-plus-riches et les toujours-plus-pauvres... Enfin, ce qui fait parfois que l'on marche sur la tête, mais aussi ce qui a progressé, avancé mais qui pose question : "Rien dans mon enfance n'annonçait que le progrès qui allongeait nos espérances de vie rallongeait également nos inquiétudes." (p.10)

C'est aussi le moment pour l'auteur de se questionner sur l'âge qui avance, la création littéraire, la littérature, les grandes idées humanistes, la culture, le travail, la productivité...

"Rien dans mon enfance ne m'a préparé à l'étonnement d'avoir un jour plus de cinquante ans."

"Rien dans mon enfance ne m'a carapacé pour que j'accepte sans être affecté d'écouter chaque matin dans le poste le décompte des noyades en Méditerranée ou dans la Manche."

"Rien dans mon enfance où l'on louait la force, la combativité et l'esprit de compétition ne m'a laissé entrevoir que j'irais puiser du côté de mes faiblesses pour devenir écrivain."

"Rien dans mon enfance -Chut, Il nous entend, tu comprends, quoi que tu fasses, Il le sait, Il voit tout, Il sait tout de toi- ne m'a fait croire à l'existence d'un dieu espion de nos actes et nos pensées."

"Rien dans mon enfance ne dessinait qu'il serait dans la norme de protester confortablement assis dans son salon ou sa chambre en tapant des # sur un clavier."

Voilà pour quelques citations. Rares sont celles qui ne m'ont pas parlé ou touché, je les ai annotées, cochées, relues. Décidément, ce qu'écrit Eric Pessan me va parfaitement, en plus d'être original dans la forme. Quant au fond, je l'ai dit, c'est divers, profond, beaucoup de doutes, de questionnements, de ceux qui nous obligent à nous-mêmes nous interroger si tant est que ce ne soit pas commencé. Très bien écrit, comme d'habitude, Eric Pessan est un écrivain qui construit une œuvre littéraire variée et riche et qui raconte ses histoires, dit ses réflexions et parfois hurle ses colères, ses emportements sur ce monde qui ne va pas bien.

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Il est où le patron ?

Publié le par Yv

Il est où le patron ? Chroniques de paysannes, Maud Bénézit et les paysannes en polaire, Marabout, 2021

Joséphine reprend seule la ferme caprine de Georges, Anouk est apicultrice et Coline exploite une ferme ovine avec son mari. Toutes les trois reçoivent à longueur de journée des remarques sexistes parfois maladroites voulues comme un trait d'humour, parfois plus ancrées dans les mentalités, jusqu'au plus perfides. Difficile pour les hommes de croire qu'une femme peut exploiter seule une entreprise agricole.

Des paysannes qui en ont marre de la question : il est où le patron ? lancée par diverses personnes, surtout des hommes, se regroupent et se disent que faire une bande dessinée sur elles serait une bonne idée. Elles font appel à Maud Bénézit et chacune raconte sa vie quotidienne. Puis la BD imprégnée de ces témoignanges prend forme.

J'aime beaucoup le ton général qui est à la bonne humeur et à la revendication pour l'égalité. Ce n'est pas pesant, et l'on prend conscience en tant qu'homme que certaines remarques peuvent être mal vécues, mêmes si elles ne se veulent pas méchantes. Le combat des femmes est long, durable et doit être sans cesse mené. Ne rien laisser passer, même si c'est compliqué.

J'aime aussi beaucoup le dessin, libre, sans contours de cases, très bleuté. Ça donne une aisance dans la lecture, et ça renforce le côté décalé, humoristique qui allège le propos sans l'altérer, au contraire, l'humour permet souvent de faire passer les messages plus facilement.

Très bel album qui prouve s'il était encore besoin que la bande dessinée peut être un vecteur formidable pour atteindre le plus grand nombre dans tous les genres.

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Nettoyage à sec

Publié le par Yv

Nettoyage à sec, Joris Mertens, Rue de Sèvres, 2022

François est livreur pour la blanchisserie Bianca : tous les jours, il parcourt les rues de la ville encombrée. On vient de lui adjoindre un nouveau collègue, neveu de la patronne, qui ne cesse de parler et conduit la camionnette sans faire attention. François est un solitaire, exception faite de quelques bières au bar et de rencontres avec Maryvonne kiosquière et de sa fille Romy. François joue au loto, les mêmes numéros depuis des années et lorsqu'il gagnera parce qu'il en est sûr, il offrira à Maryvonne et Romy une belle maison et une vie meilleure.

Mais voilà, la routine, le boulot, le nouveau collègue bavard et le hasard, merveilleux hasard qui pourrait bien changer sa vie.

A peine ouvert l'album, je me suis dit que je connaissais ce trait, ces couleurs, et ça a fait tilt, c'est Béatrice, la bande dessinée précédente de Joris Mertens qui m'avait déjà fait de l'effet. Outre l'histoire drôle, touchante et sombre, qui décrit un homme fatigué, blasé mais qui garde en lui encore une once d'espoir d'une vie meilleure pour lui et ses proches, c'est le dessin et les couleurs qui m'attirent. Joris Mertens peut dessiner une page entière de petites cases aux teintes neutres, puis la page tournée, les rouges et jaune chauds dans de grandes cases ou une succession de petites cases muettes explosent la rétine. Il pleut beaucoup dans la ville, les dessins sont hachurés des gouttes qui tombent, les phares des voitures et les enseignes se reflètent sur le sol trempé. C'est très beau ces quelques tâches colorées dans les jours sombres.

Joris Mertens dessine la camionnette des livreurs dans le Paris de l'époque -je dirais années 80 ou fin 70-, du dedans, de face, de profil, de derrière, du dessus et même à travers une vitre d'un salon de coiffure ; j'aime beaucoup, il ne se prive d'aucun angle pour dessiner la ville, ses habitants et les deux livreurs.

Excellent album qui fait le portrait d'un homme usé que l'espoir de gagner au loto et de pouvoir aider ses amies maintient en vie. Magnifique, superbe, ceci dit, sans tomber dans les superlatifs ou le dithyrambe car ces adjectifs sont mérités.

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