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Les fronts renversés

Publié le par Yv

Les fronts renversés, Corbel et Launais, Y.I.L, 2021

Serge Derain, inspecteur de police, ancien résistant, est appelé en 1955 pour intégrer la DST et tenter de déstabiliser le FLN par une action en Kabylie : l'opération L'oiseau bleu.

1968, Derain, devenu commissaire est affecté à Rennes pour aider à arrêter les attentats commis par le Front de Libération de la Bretagne. Persuadé qu'il a déjà croisé l'un des responsables FLB du temps de son travail en Algérie, Derain tente de le confondre. Il doit aussi faire face à une séparation d'avec sa femme.

Pas très facile au départ cette bande dessinée qui gagne à ce qu'on s'y accroche, car c'est un tome 1 et j'aimerais connaître la suite. Pas très facile car les intervenants sont assez nombreux, et il faut bien le dire, j'ai commencé par me perdre un peu, notamment sur la partie algérienne, puis petit-à-petit à m'y retrouver. La partie bretonne est moins complexe et tout aussi intéressante. Basée sur des faits réels, l'opération L'oiseau bleu ainsi que les attentats du FLB, elle met en scène des personnages ayant existé et semble assez fidèle à ce que j'ai pu lire sur ces deux histoires -parce que l'un de ses intérêts est que je suis allé creuser, voir ce qui était réel ou fictif, elle pousse donc à s'instruire, ce qui est une excellente chose.

Scénario qui gagne donc à ce qu'on s'accroche au départ et dessin que j'aime beaucoup, tout concourt à rendre prometteur le prochain tome de cette série de Marek Corbel et Cyrille Launais.

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Idiss

Publié le par Yv

Idiss, Richard Malka, Fred Bernard, Rue de Sèvres, 2021

Idiss naît en Bessarabie en 1863. Mariée à Schulim, ils vivent dans un shtetel (bourgade juive d'Europe centrale), ils ont deux garçons. Cette province est russe et Schulim sert dans l'armée du tsar depuis plusieurs années, laissant Idiss seule avec ses deux enfants et ses parents ne parvenant qu'à peine à les nourrir. Il en faudra du temps, de l'énergie et du travail pour que la famille vienne s'installer à Paris.

Tirée du livre de Robert Badinter du même titre paru chez Fayard, la bande dessinée raconte l'histoire d'Idiss la grand-mère de l'auteur. C'est bien sûr, à travers l’histoire de cette femme et de sa famille, toute celle des juifs qui ont émigré en France dans l'espoir d'échapper aux pogroms en Russie et à la misère, croyant aux valeurs de la République inscrites en gros aux frontons des mairies. Mais s'il est moins violent en France, l'antisémitisme y est bien présent et il s'installera durablement jusqu'à la seconde guerre et le régime de Vichy.

Richard Malka a scénarisé l'album qui n'est évidemment pas une suite de gags mais n'est pas pour autant lourd. Certes, certains passages sont durs parce qu'ils narrent la véritable histoire des juifs harcelés, poursuivis, massacrés. Mais il montre aussi le travail et la réussite, le besoin de montrer et rendre au pays qui accueille, la famille de Robert Badinter ayant eu de la chance et des opportunités qu'elle a su saisir, davantage que d'autres familles issues de la même communauté.

Fred Bernard dessine et colorise et le tout donne un aspect moins dur à l'histoire. Là où il aurait pu faire trash, il fait dans la couleur et le trait doux, presqu'enfantin ce qui, à mon sens, est une excellente idée, car l'album s'adresse de fait à des plus jeunes et non pas simplement à des adultes. Il est un très bon vecteur pour parler de l'histoire, de l’antisémitisme, du racisme en général et remettre de nouveau une couche sur le respect des valeurs essentielles à la vie en commun, celles qui  nous rapprochent, pas celles qui nous divisent.

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L'épouse d'Amman

Publié le par Yv

L'épouse d'Amman, Fadi Zaghmout, L'Asiathèque, 2021 (traduit par Davide Knecht assisté de Thomas Scolari)

Amman, Jordanie, de nos jours, cinq personnes, quatre femmes et un homme prennent la parole.

Leïla, tout juste diplômée, la meilleure de son école, mais ça ne suffit pas aux yeux de sa famille, il lui faut un mari.

Salma, sa sœur, trente ans et toujours célibataire, un sacré calvaire dans ce pays.

Hayat, jeune femme amie de Leïla qui ose une relation, certes encore chaste, mais avec un homme marié.

Rana, étudiante, chrétienne, qui n'a d'yeux que pour Jantay, musulman, ce qui n'est pas du goût des hommes de la famille.

Ali, homosexuel dans un pays où cette sexualité lui fait risquer le pire.

Excellent et terrible ce roman qui parle de la condition féminine en Jordanie, de l'éducation des filles préparées à être de bonnes épouses soumises et dévouées -ce qui est un pléonasme- : "On considère comme un bon parti un homme avec un travail et un revenu stable. Par contre, pour être "épousable", une femme se doit d'être belle, d'un âge convenable, moralement irréprochable, bonne cuisinière et fée du logis. Et pourvue de surcroît d'un diplôme et d'un travail. Ces exigences rendent les conditions d'une union honorable difficiles à remplir." (p.32)

Fadi Zaghmout écrit la souffrance des femmes de ne pas pouvoir s'épanouir par et pour elles-mêmes. Elles doivent d'abord faire plaisir et obéir au père, puis aux autres hommes de la famille si elles transgressent les règles par eux édictées, puis enfin à un mari. Vierges au mariage -la femme, pas l'homme, non pas lui. Il parle aussi de la vie cachée des homosexuels, de ceux obligés de se marier pour la façade rendant leur femme et eux-mêmes malheureux, de ceux qui ne cèdent pas aux exigences de la société mais qui doivent vivre leurs amours clandestinement.

C'est un roman à cinq voix qui se lit facilement malgré les thèmes abordés. Non dénué de touches d'humour qui l'allègent un peu, on suit horrifié la difficile vie de Leïla, Hayat, Salma, Rana et Ali et l'on se dit que l'on est bien heureux de vivre en France même si les questions des droits des femmes, de l'égalité avec les hommes, des violences commises contre elles sont encore loin d'être réglées et qu'il faut continuer de revendiquer jusqu'à ce qu'elles le soient.

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Larmes de crocodile

Publié le par Yv

Larmes de crocodile, Fidéline Dujeu, Weyrich, 2021

Larmes de crocodile, c'est une voix d'enfant. Un enfant qui change, petite fille puis adolescente.

Siamoise, c'est la seconde nouvelle du livre, c'est la voix d'une femme. D'une femme qui n'en peut plus. Son couple se délite. Elle et lui autrefois de vrais siamois ne s'entendent plus.

Autant j'ai eu un peu de mal à m'accrocher à Larmes de crocodile, le style sans doute, le parti pris des comptes de fées, des deux voix, l'une en italique et l'autre non, autant j'ai été scotché par Siamoise. Ce récit d'un couple autrefois fusionnel qui se sépare, qui se brise et qui fait des dégâts. Cette sensation irrépressible de ressentir l'autre, même lorsqu'il est loin, même lorsqu'il est craint : "Il y a encore des lambeaux de ta peau qui s'accrochent à la mienne, je les arrache un à un. Je nous libère." (p.136)

L'écriture est sèche et poétique. Des phrases très courtes -ou longues mais multi-ponctuées. Parfois nominales. Uni-nominales. Un rythme prenant, saccadé qui a tendance à se ralentir sur la fin même s'il y a quelques soubresauts, pour bien marquer le changement survenu, une sorte de quiétude retrouvée.

Bilan mitigé donc pour ce livre qui contient deux grandes nouvelles ou courts romans. Siamoise vaut le coup de s'arrêter dessus et de tenter la lecture de Larmes de crocodile qui a les moyens de vous plaire.

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Ulysse ou Colomb

Publié le par Yv

Ulysse ou Colomb. Notes sur l'amour de la littérature, Henri Raczymow, Ed. du Canoë, 2021

"Tout écrivain est d'abord un lecteur. Henri Raczymow ne déroge pas à cette règle. Comment exister, trouver sa place dans le catalogue de ces noms auréolés de gloire qui vous on fait rêver depuis l'enfance ? Où va-t-on quand on commence à écrire ? Est-ce qu'on le sait, comme Ulysse, dont le but du voyage -rejoindre Ithaque- est avoué depuis le départ ? Ou est-ce que, comme Colomb, on croit le savoir même si le lieu on on arrive n'est pas celui qu'on avait prévu de rejoindre ? Et d'ailleurs, pourquoi écrit-on ?" (4ème de couverture)

En voilà des question qu'elles sont bonnes. Et Henri Raczymow de s'y coller avec finesse, intelligence, modestie et un peu d'humour. Il en appelle aux plus grands noms : Sénèque, Proust, Chateaubriand, Dieu -qui n'est pas écrivain, mais bon, il est important quand même dans la littérature-, Kafka, son ami Nadaud -ah, quel beau livre que Le passage du col-, Freud, Sartre, Barthes...

S'il est un intellectuel qui réfléchit, qui a beaucoup lu les classiques, qui a une grande culture, il ne l'étale point ce qui est bien agréable pour le lecteur que je suis qui, jamais ne se sent perdu ou méprisé. Son livre est d'un abord simple et j'ai pu entrer dans les doutes, les interrogations de l'écrivain, parfois dans les arcanes du monde du livre et de l'édition, à coup de petite anecdote. Henri Raczymow, sans illusion ni récrimination n'est pas très élogieux sur celui-ci ni sur les écrivains obligés de se prêter au jeu de l'interviouve : "Imagine-t'on Montaigne, Racine, Voltaire, à qui l'on demanderait ce qu'ils pensent respectivement de l'amitié, de la passion, de la tolérance ? -Mais lisez-moi si vous voulez vraiment le savoir !" (p.75)

Il y a de rares livres qu'on aime à citer abondamment, qu'on conseille de lire et que je me plairais à citer quasiment en entier tant ils m'ont plu, sont intelligents et fins et apportent quelque chose : un peu de culture, de matière à réfléchir, de manière de voir l'écrivain différemment, ce qui pour un lecteur curieux est intéressant. Lorsqu'en plus l'écriture est élégante, de cette élégance discrète et permanente qui est, sans forcer, sans effets, le livre devient l'un de ceux que l'on garde pour le relire. Ulysse ou Colomb est l'un de ceux-ci.

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Le don de Rachel

Publié le par Yv

Le don de Rachel, Anne-Caroline Pandolfo, Terkel Risbjerg, Casterman, 2021

Paris 1848, Rachel a un don extraordinaire qui attire le tout-Paris qui compte : elle sait le passé de tous et prédit l'avenir, elle connaît toutes les langues, prévoit même un poème que Victor Hugo écrira dix années plus tard. On se bouscule pour la rencontrer, mais on la craint, la sorcière n'est pas loin. Un beau jour, Rachel disparaît, ne restent d'elle qu'un livre sur sa vie et un daguerréotype.

Un siècle plus tard, une chorégraphe débutante décide de mettre en scène ce livre trouvé par hasard, il lui faut trouver l'idée qui fera que son ballet sera inoubliable.

Quant au daguerréotype, il est depuis longtemps dans une famille londonienne, chez Virginia.

Je retrouve avec bonheur le duo de bédéistes, Anne-Caroline Pandolfo au scénario et Terkel Risbjerg au dessin après leur très bel album sur l'art brut, Enferme-moi si tu peux. Et tout le bien que je pense de cet album est intact à la lecture du Don de Rachel.

Dessin original, formidable qui montre bien les différentes phases de la vie de Rachel, dans les couleurs, les traits des personnages et qui devient plus clair, plus aéré lorsque Liv, la chorégraphe intervient.

Et le scénario n'est pas en reste qui raconte la difficulté d'être une femme en vue au milieu du XIXè siècle, surtout en tant que voyante. L'accusation de sorcellerie n'est jamais loin, ni la tentation du phénomène de foire. La science et ses adeptes, des hommes, ne jurent que par ce qui peut être démontré. Or, le don de Rachel est inexplicable donc suspect. J'aime bien aussi comment la scénariste relie les trois femmes à un siècle d'intervalle.

Un très bel album, original, qui, même si on les aime aussi, change des bandes dessinées traditionnelles.

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Tempête Yonna

Publié le par Yv

Tempête Yonna, Cyril Herry, In8, 2021

Yonna c'est la tempête qui ravage le pays et isole le hameau de Braconne -une douzaine d'habitants- du reste du monde, hameau déjà loin de tout même lorsque le vent ne souffle pas.

Yonna c'est aussi le prénom d'une habitante, la compagne de Saul et mère de Nino, encore bébé.

Il y a aussi Bruno et Julia, Barbara et sa fille Lou, P'tit Léon et sa mère, puis Mélanie, des natifs. Les Herminot, un couple qui ne sort pas de chez lui. Et Frédéric et Estelle et leur fille Angeline, des Parisiens en vacances.

Préférant ne pas attendre les secours,le groupe s'organise.

Attention, roman incontournable. Certes, il n'est pas joyeux, joyeux et ne remontera sans doute pas le moral des plus dépressifs, mais il est d'une finesse et d'une profondeur rares. Tout en étant un roman grand public. Le pari de Cyril Herry est réussi et son huis clos à ciel ouvert fonctionne parfaitement. Les relations, les tensions entre les habitants se tissent, montent et l'on pressent la catastrophe, mais laquelle ? Quand ? Qui ?

La situation d'isolement fait que les failles, les peurs, angoisses, les travers voire les pulsions des un(e)e et des autres, habituellement enfouis, tant bien que mal cachés sous le vernis de la vie dans une société policée, par le quotidien, la routine qui rassure, vont se révéler, s'exacerber. Les secrets n'en sont plus. La nature, que l'homme a grandement et durablement perturbé reprend ses droits, et Yonna a mis sens dessus dessous tout un monde lisse.

Cyril Herry décrit admirablement les relations de l'homme avec la nature, ce qu'il faudrait pour vivre en harmonie, ce qui est fait contre toute logique. Le retour à la réalité est dur pour Braconne "ce trou perdu était un microcosme témoin de l'humanité". Décrire l'individuel pour toucher à l'universel, voici ce que réussit l'auteur. Ça résonne avec la pandémie actuelle qui dévoile des comportements d’entraide et d'altruisme, mais l'inverse également : "Ç’avait toujours été ainsi. Catastrophes naturelles et tragédies humaines possédaient ce don de rapprocher les individus, de mettre en sommeil l'âpreté et le fiel, de recoudre provisoirement les plaies. Mais ça ne durait jamais longtemps ; au premier geste brutal, ça se déchirait et ça se remettait à saigner, à suinter le pus et à faire mal. C'était de nouveau chacun pour soi, ici comme n'importe où ailleurs, puisqu'on avait la mémoire courte et que les mœurs individuelles avaient toujours miné l'intérêt collectif." (p.240)

Nul doute que Braconne, Yonna la tempête et la jeune femme ainsi que ses voisins restent en tête longtemps. C'est le genre de livre qui continue à s'insinuer en nous lorsqu'il est refermé.

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Gadjo Farel

Publié le par Yv

Gadjo Farel, André Blanc, Jigal polar, 2021

Un industriel très en vue est assassiné en pleine cérémonie de remise de légion d'honneur. Cet homme, issu de la communauté yéniche, des nomades venus de l'est, a attisé bien des jalousies et des haines. C'est le commandant Farel, chef de groupe à la BRB lyonnaise qui est chargé de l'enquête. Il va, comme souvent faire équipe avec la juge Fournier, ces deux-là étant redoutables pour traquer les magouilleurs et les escrocs et redoutés par ces-derniers.

Mais, malgré un travail acharné, des résultats semble-t-il rapides, la situation prend vite de l'ampleur : des hommes influents dont un ministre sont sur la sellette. Des menaces envers les policiers apparaissent.

Retour de Guillaume Farel et de son équipe efficace dans ce polar vitaminé. Pour ceux qui connaissent, ils ne seront pas déçus, cela va très vite, très fort. Pour ceux qui ne connaissent pas encore André Blanc et ses flics lyonnais, pas de crainte, l'auteur a l'intelligence et l'habileté de nous rappeler les noms, grades et fonctions de chacun des membres du groupe et des amis extérieurs de Farel et Maud sa compagne. Comme souvent avec Farel, c'est le monde politico-mafioso-financier -ou vice-versa- qui est présenté. Magouilles, prévarications, trahisons, tout est pourri dans ce monde. Néanmoins, André Blanc évite le "tous pourris" ambiant qui serait un peu facile et malvenu.

Pas le temps de s'ennuyer dans cette enquête qui va vite, très vite malgré un travail de fourmi et des investigations minutieuses. La part belle est faite aux nouvelles technologies qui permettent aux flics et juges de nous suivre quasiment au mètre et à la seconde près. Filatures par GPS, écoutes des portables, lecture des textos... C'est à la fois un très bon moyen pour les policiers d'aller plus vite au but, mais c'est franchement flippant pour nous d'être à ce point possiblement suivis.

André Blanc écrit une histoire fascinante où les hommes et les femmes se révèlent, se serrent les coudes -pour les flics au moins-, c'est d'une grande justesse on a presque l'impression d'y être même, tant le tout paraît réaliste, même si Farel est hors catégorie en matière d'encaissement des mauvais coups. J'en ressors tout ébouriffé -bon, pour qui me connaît de visu, cela paraît improbable mon ordonnancement capillaire ne s'y prêtant pas. 300 pages avalées d'un trait. Excellent !

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Jacques Prévert n'est pas un poète

Publié le par Yv

Jacques Prévert n'est pas un poète, Cailleaux et Bourhis, Dupuis, 2017

Jacques Prévert (1900-1977), on apprend ses poésies à l'école, on regarde les films qu'il a scénarisés. Mais le connaît-on si bien que cela ? Hervé Bourhis et Christian Cailleaux évoquent son existence en bande dessinée.

A l'origine, en trois volumes, mais aussi en une intégrale présentée ici. Prévert fut un libertaire, un homme aux réparties cinglantes toujours drôles, avec un sens de la formule indéniable, fidèle en amitié... Comme beaucoup, il galéra avant d'être reconnu.

L'album lui fait dire des choses incroyables, des vacheries bien senties ainsi que des fulgurances qu'il grava ensuite dans certaines de ses chansons ou certains dialogues de films : "T'as de beaux yeux tu sais", "Moi, j'ai dit bizarre, bizarre ? Comme c'est étrange ! Pourquoi aurais-je dit : bizarre, bizarre !" Il avait un langage bien à lui, de la désinvolture face aux coups durs. Tout est évoqué : son adhésion aux thèses communistes, son goût pour la bonne chère et le bon alcool, la cigarette, les femmes de sa vie et surtout les copains.

La BD montre tout cela et le dessin le surligne tant il est libre, s'affranchit des codes du genre, pas de cases, des couleurs très variées. L'album est très beau et même si j'ai décroché parfois, jamais je n'ai eu envie de ne pas le finir. Je l'ai même repris pour n'en rien rater. Et tous les gens du cinéma d'il y a un siècle que l'on croise... et des écrivains, et des poètes, des peintres... tout le Paris artistique de 1920 à 1970.

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