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L'inspecteur Dalil à Beyrouth

Publié le par Yv

L'inspecteur Dalil à Beyrouth, Soufiane Chakkouche, Jigal polar, 2022

A peine rentré de Paris d'une mission périlleuse, l'inspecteur Dalil est convoqué au ministère et envoyé à Beyrouth enquêter, officiellement sur le meurtre d'une chanteuse marocaine et officieusement il doit localiser des missiles iraniens aux mains du Hezbollah qui pourrait bien les lancer vers le Maroc.

Arrivé à Beyrouth, il rencontre son contact, la charmante Nabila l’Égyptienne, connue sous le nom de la Chatte. Comme à son habitude, Dalil n'en fait qu'à sa tête et selon ses méthodes, poussé par la Petite voix que lui seul entend et à laquelle, à la surprise de beaucoup, il répond.

L'inspecteur Dalil, à la retraite est souvent sollicité pour son expérience pour des missions périlleuses qui demandent dextérité et efficacité. La soixantaine débutante, les quelques soucis de santé ou d'endurance qui vont avec, une inélégance vestimentaire presque recherchée, un franc-parler et une solidité à toute épreuve font de lui un adversaire redoutable. Incorruptible, inatteignable, incorrigible, ingérable, c'est le type même de celui qu'aucun malfrat ne veut avoir contre lui et parfois aucun flic avec lui tant il est solitaire et imprévisible.

Créé et soutenu par les mots admirables, les tournures de phrases, le style flamboyant à la fois fleuri et châtié de Soufiane Chakkouche qui ne recule devant rien pour faire de son héros un personnage inoubliable. L'ironie ou l'auto-dérision en permanence : "Mais pas le temps de sortir les violons, Dalil devait à nouveau sauver son pays et ses dirigeants, on l'aurait presque oublié." (p.124) Une description de la Chatte à faire de chaque lecteur un loup texaveryen à la langue pendante : "Un quart de siècle fourré dans une robe fourreau foncée et nouée à la taille de façon à souligner un corps impoli, une poitrine arrogante, une chute de reins vertigineuse et un derrière probablement galbé." (p.33)

Puis, il y a tout le reste, Beyrouth, les terroristes, un jeune garçon qui sert de guide à Dalil, un flic trop propre sur lui, des missiles à localiser... Et Dalil qui semble partir dans tous les sens, emmagasinant tant et tant d'indices, d'informations qu'elles lui serviront pour tout dénouer à la fin... s'il survit, car péril et danger -n'ayons point crainte des répétitions- il y a.

Dalil est un héros de roman noir atypique à la fois discret et grande gueule, sérieux et loufoque, grivois, qui préfère les gens qu'il côtoie tous les jours aux grands du monde : "Dans tous les pays du monde, en guerre ou en paix, peu importe, vivent des familles au-dessus de la loi, de toutes les lois. Officieusement, on appelle cette dérogation : le pouvoir et/ou l'argent. Officiellement : l'immunité." (p.109)

Soufiane Chakkouche en est à son troisième roman avec Dalil (L'inspecteur Dalil à Paris) et cette série est originale et addictive, j'attends la suite avec impatience.

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Asphalte

Publié le par Yv

Asphalte, Matthieu Zaccagna, Noir sur blanc, 2022

"Courir déterminé, en un bloc solide, résistant. Sa faire violence, serrer les dents, plisser les yeux, broyer l'asphalte. Courir vite, sentir la vie, maintenir l'urgence, ne jamais ralentir, jamais faiblir. Respirer fort, mécaniquement, trois inspirations, trois expirations, toujours, même dans les montées. Sentir qu'on brûle, qu'on arrache cette chose, qu'on tient bien là, doigts moites, mains tremblantes. Cette chose qu'on serre, qu'on use, qu'on épuise, ce corps qu'on purge, que diable peut-il contenir pour qu'on l'éprouve ainsi ?" (4ème de couverture)

Victor, à peine majeur, court dans les rues de Paris. Il a passé son enfance en Normandie et est venu avec son père depuis peu à Pantin.  On sent, on sait que quelque chose s'est passé, on le comprendra, on le devinera au fil des pages, d'abord par petites touches, puis plus clairement, lorsque toutes ces petites touches se rejoindront.

Les coureurs -dont je fus brièvement et toute performance très éloignée de mes objectifs- courent souvent pour évacuer le trop-plein. De stress, d'angoisse, de travail, les deux premières souvent causées par le troisième. Courir pour oublier. Pour avoir quelques minutes de tranquillité. Pour mettre le cerveau au repos. Et si pour Victor, c'était le contraire. Courir pour sentir, pour se souvenir, pour faire le point sur son histoire et puis, pouvoir passer à autre chose. Et il court, Victor. Il rencontre Rachid, et Justine, et Azzedine et Kadidja qui l'aident, le maintiennent.

Ce court texte de Matthieu Zaccagna, son premier roman, est haché, tendu, à vif. Il suit la course de Victor, ses prises de risque. Il raconte le pire, l'indicible et le narre pourtant. C'est puissant, rapide. Un rythme et un style qu'on peut ne pas aimer. Personnellement, j'aime beaucoup lorsqu'ils collent parfaitement à l'histoire. Saccadé, comme les pas de course, les sauts. J'avais noté quelques extraits à citer, mais ils disent trop de ce qui se passe dans le roman et je n'ai pas envie de le déflorer, je ne cite donc pas, je laisse le plaisir de la découverte.

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Un papa, une maman, une famille formidable (la mienne !)

Publié le par Yv

Un papa, une maman, une famille formidable (la mienne !), Florence Cestac, Dargaud, 2021

Florence Cestac naît après-guerre dans une famille de la bourgeoisie normande. Papa, Jacques, belle situation et maman, Camille, fille de fermier, reste à la maison, s'occupe des trois enfants et du mari qui pouvait s'exclamer "Si je me suis marié, c'est pour me faire servir !" (p.5)

Les trois enfants ne manquent de rien, comme on dit couramment, sauf de reconnaissance et d'amour de leur père trop occupé à briller en société et à diriger la maison parce que "C'est moi le chef de famille et je m'occupe de tout ! Je rapporte l'argent donc c'est moi qui commande ! Normal !" (p.5) Et les remarques, plus vicieuses que des coups sur l'absence de talent, le physique... Heureusement, les moments avec la mère sont différents : de la complicité, de l'amour, du partage et Camille laisse de la liberté aux enfants, notamment pendant les vacances au Cap-Ferret, lorsque le père est remonté à Rouen travailler.

Avec beaucoup de tendresse, d'émotion et bien sûr d'humour autant dans les textes que dans les dessins, Florence Cestac narre son enfance, dessine sa famille avec son trait caractéristique et reconnaissable, les fameux gros nez. En 52 pages, elle en dit davantage que certains en un gros bouquin. Son humour, son décalage, son pas de côté permettent de ne pas trop charger tout en racontant fidèlement son éducation et, plus largement l'époque et la génération de ses parents.

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Les sentiers obscurs de Karachi

Publié le par Yv

Les sentiers obscurs de Karachi, Olivier Truc, Métailié, 2022

Jef Kerral est journaliste localier à Cherbourg. Proche d'un des rescapés de l'attentat de Karachi en 2002 qui a coûté la vie à 14 personnes dont 11 ingénieurs français travaillant à la mise au point de sous-marins achetés par le gouvernement pakistanais. L'enquête sur cet attentat mettra à jour des rétro-commissions qui auraient financé la campagne d’Édouard Balladur en 1995. Toutes les victimes françaises sont de Cherbourg. Entre son ami victime, Marc Dacian, et son père qui n'a jamais contredit la version de l'entreprise la DCN, Jef est tiraillé. Aussi décide-t-il de partir à Karachi se faire sa propre idée et écrire des articles sur la vie au Pakistan. Il reçoit sur place, l'aide d'une lieutenante de l'armée pakistanaise.

Après le froid des enquêtes de la police des rennes et son formidable Le cartographe des Indes boréales, plutôt basé dans des régions frisquettes elles-aussi, Olivier Truc change de climat et nous emmène au Pakistan, en avril/mai, en pleine chaleur à peine supportable. C'est l'occasion pour lui d'aborder cet attentat contre les ingénieurs français de la DCN et de parler des victimes oubliées et d'une enquête qui n'avance pas, qui n'a toujours pas de réponses claires à leur apporter. Le versant politique sera une condamnation pour François Léotard et une relaxe pour Balladur. "Quelle mascarade ! Quand tu penses que tout le monde ressort libre... Quelle claque pour pour ceux qui sont morts, pour les blessés, pour les familles !" (p.67)

A Karachi, Jef est très surveillé notamment par un colonel des services secrets, et Sara la lieutenante ne peut pas l'aider comme il le voudrait : être une femme libre au Pakistan qui rencontre un étranger est très mal vu. Néanmoins, et en prenant des risques Jef avance et Olivier Truc nous enfonce dans les ruelles de Karachi, parle du quotidien des habitants qui vivent dans ce "pays de mollah et de militaires aux pouvoirs exorbitants, mais aussi un pays qui nourrit des Habib Jalib." (p.212) Habib Jalib, poète ourdou, dissident et vagabond cité par l'auteur comme d'autres poètes ourdous qui servent de moyen de communication à Jef et Sara. Olivier Truc raconte ce pays à la fois violent, dur et dans lequel la poésie est très présente, qui repousse par sa violence autant qu'il attire par sa culture.

C'est donc un roman noir dans lequel on ne verra pas l'auteur sortir une résolution de son chapeau. Il échafaude, il récapitule, il relate et décrit le contexte de l'attentat et des lieux vingt ans plus tard. En cela, il est assez original, se démarquant des romans avec crime, enquête et arrestation des coupables. Il faut y ajouter le Pakistan qui est un pays que j'ai peu souvent rencontré dans mes lectures et le talent de l'auteur pour raconter des histoires, pour insérer de la fiction dans la réalité pour qu'icelle soit davantage diffusée, notamment si elle se déroule loin de chez nous... "La loi du mort-kilomètre... [...] Une espèce de loi non écrite du journalisme. On écrit d'abord sur ce qui se passe devant sa porte. Un attentat à Karachi avec 50 morts aura autant de place qu'une agression au couteau à Heidelberg que la voisine qui se tord le pied en traversant la route à cause d'un trou pas réparé par la voirie." (p.229)

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Factotum

Publié le par Yv

Factotum, Charles Bukowski, 10/18, 2020 (Grasset Fasquelle, 1984, traduit par Brice Mattieussent)

Henry Chinaski, pendant la Seconde Guerre Mondiale, traîne de ville en ville aux États-Unis. De La Nouvelle-Orléans à New York, en passant par Philadelphie, Miami, jusqu'à Los Angeles. A chaque fois, il cherche une piaule, un petit boulot pas trop fatigant. Puis il écume les bars, dragouille et revient avec des filles, fait de drôles de rencontres qui le mènent une fois sur un yacht. Il parie aux courses, picole, erre dans les rues, picole encore...

Henri Chinaski dit Hank, l'alter ego de l'auteur bâtit ainsi sa légende qu'il se plaira à confirmer sur certains plateaux de télé.

Mon dernier Bukowski date de mes années de jeune adulte. Je l'ai beaucoup lu, je trouvais cela transgressif, violent, décadent, dans les années 1980/1990. Et puis, je me suis lassé, parce que je trouvais qu'il tournait en rond, que ses délires d'alcoolique queutard, vaguement écrivain, ça ne m'apportait pas grand chose. J'avais surtout l'impression de toujours lire le même livre, qu'il n'y avait que le titre qui changeait. Dans le genre, je préférais Henry Miller.

Et voilà-t-y-pas qu'en allant acheter un dictionnaire anti faute d'orthographe -si si ça existe-, je déambulais dans les travées de la librairie et je tombai sur cette réédition avec cette couverture très réussie. Bon, me dis-je in petto, c'est peut-être le moment de relire Bukowski ? Je relis donc, trouve quelques phrases pas mal du tout : "Le boulot était simple et crétin, mais les employés trouvaient toujours un sujet d'agitation. Ils s'en faisaient pour leur boulot. [...] C'est là que j'appris pour la première fois qu'il ne suffisait pas de faire son boulot, mais qu'il fallait aussi y trouver de l'intérêt, voire une passion." (p.12/13) Et d'autres disséminées ici et là, entre les beuveries, les coucheries, le travail alimentaire en attendant que la littérature paie.

J'y retrouve les travers ci-dessus énoncés : l'auteur tourne un peu en rond : errances, picoles, baisouilles, fuites de ville en ville... Ça peut sembler répétitif, long et inutile, ça l'est parfois.

Nonobstant ces remarques, il est intéressant de (re)lire Bukowski maintenant. A l'heure où nos sociétés se puritanisent, s'offusquent du moindre débordement, ça dépote et ça va à contre-courant de ce que l'on veut nous proposer comme modèle.  Ce serait un livre de la rentrée littéraire de 2022, il faudrait sans doute y mettre des avertissements en pagaille : "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé", sur l'addiction au jeu, sur les violences faites aux femmes... Tout, il dézingue tout Bukowski, il ne passerait pas les fourches caudines de la bien-pensance actuelle.

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Sur la vie de ma mère

Publié le par Yv

Sur la vie de ma mère, Alain Gaston Rémy, La boîte à bulles, 2020

Ce n'était pas courant d'être une mère célibataire, trentenaire, avec deux enfants au début des années 70. Encore moins à Tanger. Jeanne, la mère d'Alain Rémy vient de se séparer de son mari et enseigne en tant qu'expatriée au Maroc. C'est là que sont nés Alain et Nicolas son frère.

Plutôt jolie, seule donc, et dans une époque assez libérée, Jeanne attire la convoitise des hommes. Quelques uns traversent sa vie. Puis arrive Paulo qui sera là jusqu'au bout, jusqu'à la fin de la maladie, une tumeur au cerveau qui emporte Jeanne, en 2002.

Alain Gaston Rémy, bédéiste, raconte la vie de Jeanne.

Née dans le fin fond du Jura, rien ne la destinait à voyager autant, à demander des mutations dans divers pays de l'Afrique, avec toujours le Maroc et le Jura comme repères. Les points d'ancrage. Jeanne vit une vie de femme libérée mais aussi une vie de maman de trois enfants car Nathalie naît, la fille de Paulo. Et Alain Rémy de raconter son enfance à Tanger, entre insouciance, partage avec toutes les communautés sans racisme, bagarres entre garçons, libido naissante...Et les relations familiales pas toujours simples, puis son départ post-bac vers la France, loin des siens.

C'est un très beau roman graphique qui raconte une vie de famille pas banale, faite de beaucoup de voyages, de lieux de vie, de rencontres, de départs, d'absence -celle de Jean-Claude, le père d'Alain parti en France pour chanter et qui réussira d'ailleurs avant de passer à autre chose aux Comores et à Madagascar. C'est une biographie dans laquelle, même si ce n'est pas toujours dit, on sent tous les liens familiaux, l'amour qui lie toutes les personnes qui gravitent autour de Jeanne. Le ton est grave notamment autour de la maladie, mais aussi plus léger sur l'enfance. J'aime beaucoup le dessin, libre, sans cases tracées, qui fait la part belle aux personnes, couleurs pastel et ambiances exotiques. Je me demandais à quel autre ouvrage il me faisait penser ; bon sang mais c'est bien sûr : Une histoire populaire de la France dessinée par Alain Gaston Rémy.

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Tuskegee Ghost (1/2)

Publié le par Yv

Tuskegee Ghost (1/2), Benjamin von Eckartsberg, Olivier Dauger, Paquet, 2022

Les Tuskegee Airmen furent les seuls noirs qui purent piloter des avions de chasse de l'armée américaine pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ils s’entraînaient sur de vieux avions, les seuls qu'on laissait à leur disposition, les accidents étaient fréquents. Le jeune Robert Hoffman survit à l'un d'eux et fut ensuite surnommé Ghost.

Des années plus tard, en 1969, dans l'Alabama profondément raciste, il tient un garage et n'a jamais évoqué son passé de pilote à son fils Mark qui pourtant rêve de voler. Les deux hommes ne se parlent que peu, Mark est parti étudier en Floride, mais son retour pour présenter Jenny son amie, serait peut-être le bon moment.

Série prévue en deux tomes dont voici le premier scénarisé par Benjamin von Eckartsberg qui mêle une famille de fiction à la réalité des Tuskegee Airmen. A travers un homme, on s'intéresse donc à l'histoire de la lutte pour les droits des noirs qui espèrent après leurs faits d'armes être enfin acceptés par les blancs. Évidemment et malheureusement, on sait maintenant qu'il faudra beaucoup plus que des actes de bravoure pour poindre vers l'égalité et que même de nos jours, elle n'est pas réellement atteinte.

Le dessin est d'Olivier Dauger, très coloré, un côté cinématographique évident, un peu comics également, bref un genre très convaincant qui nous replonge aisément dans les séries et films qui parlent des années 40 à 60 aux États-Unis.

Le tout donne un album très réussi qui aborde des thèmes forts : la guerre, le racisme, les traumatismes, la transmission, la lutte pour les droits, de manière fine. Il pourra être lu par le plus grand nombre.

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L'homme qui ne disait jamais non

Publié le par Yv

L'homme qui ne disait jamais non, Olivier Balez, Didier Tronchet, Futuropolis, 2016

Violette est hôtesse de l'air et se prépare pour devenir profiler. Elle s'exerce dans l'avion à cerner tous les voyageurs jusqu'au moment où un homme qui semble perdu, l'intrigue. Puis, à l'aéroport, l'homme erre, hagard. Violette lui propose son aide. Elle retrouve ses bagages et apprend en même temps que lui qu'il s'appelle Étienne Rambert. Il est amnésique. Violette décide d'aider Étienne à retrouver sa vie.

Mis à part quelques trucs agaçants comme des remarques de Violette sur la prétendue réalité de leur situation contre la fiction, cette bande dessinée est pas mal du tout. L'amnésie n'est pas un thème nouveau, mais Didier Tronchet qui a écrit le récit sait tirer profit de ses prédécesseurs. Violette apporte de la fraîcheur, elle virevolte, secoue Etienne, le déstabilise. Étienne est davantage passif, hésite à retrouver la mémoire car il sent qu'il s'est passé un truc louche.

Les dessin d'Olivier Balez sont excellents et l'on lit les hésitations d'Étienne, l'enthousiasme de Violette. L'ensemble donne un album très agréable, une histoire que l'on suit avec grand plaisir.

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Mauvais daron

Publié le par Yv

Mauvais daron, Philippe Hauret, Jigal polar, 2022

René et Daniel, septuagénaires veufs vivent ensemble dans une vieille maison au bord de l'Yvette. Des informations de première main leur ont donné l'idée de cambrioler la maison de bourgeois partis quelques jours, pour y dérober des bijoux et pouvoir ainsi se payer le camping-car qui leur permettra de tailler la route.

Léni et Eusèbe, cinquante ans plus jeunes, zonent. Le premier orphelin va d'embrouilles en petits boulots et le second vit avec sa mère qui trime pour lui donner à manger. Quand Daniel leur propose de faire l'intermédiaire entre eux et celui qui pourra leur acheter les bijoux, ils sentent la bonne affaire.

Philippe Hauret fait dans le roman noir classique, mais du classique qu'il sait détourner avec pas mal d'humour, du décalage dans les situations et les accointances entre tel ou tel de ses personnages. L'un est fils d'un autre qui lui-même est amant d'une autre qui est la mère d'un autre qui lui-même... Si l'on rajoute que les professions des uns et des autres sont aux antipodes entre des malfrats, des complotistes, des flics, un juge, une avocate... Voilà donc un joyeux bordel vivement et rondement mené, sans temps mort. Le plaisir du lecteur est permanent, le sourire aux lèvres itou et il se prend à rêver d'un happy end multiple pour les principaux personnages, au moins les plus sympathiques d'entre eux.

Que pourrais-je dire de plus à part que, comme les romans précédents de l'auteur, il est profondément humain, les personnages de Philippe Hauret évoluent au fil des pages au hasard des rencontres, des événements souvent tragiques qui appellent à se remettre en question. Les plus convaincus d'iceux doutent, les plus obtus s'enferment. Même s'ils ne sont point expansifs, il y a de l'amour entre eux et c'est cela qui leur permet d'avancer.

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