Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Bogue (Y2K)

Publié le par Yv

Bogue (Y2K), Eric de Haldat, 2021

"Le réveillon du deuxième millénaire bat son plein dans les rues de Paris. On ne craint plus le fameux bogue tant annoncé. Et pourtant… Au petit matin, Thomas et sa femme Lucie quittent une soirée pour regagner leur domicile en voiture. Mais des dysfonctionnements dans l’éclairage public ainsi qu’une météo peu clémente, perturbent la conduite et Thomas ne peut éviter la rencontre avec une benne à ordures. Le choc est violent et leur réveil à l’Hôpital américain de Neuilly laisse augurer un incroyable bouleversement pour ces deux êtres profondément attachés l’un à l’autre. Cobayes d’une expérience sur les univers parallèles fomentée par un mystérieux conglomérat bélizien où des ingénieurs travaillent délibérément à mettre la planète sens dessus dessous, les deux tourtereaux vont être séparés le temps du projet "Bogue Y2K", version hybride et farfelue des théories spatio-temporelles, truffée de trous noirs – sorte de points de passage entre les univers – que ces têtes bien faites auront toutes les peines du monde à maitriser." (résumé de l'auteur)

Courez sur le site de la FNAC -de la pub, une fois n'est pas coutume- car ce livre y est gratuit en version e-book. Et c'est une bonne idée pour se faire une idée de l'inventivité de Eric de Haldat, son goût pour les histoires rocambolesques, les personnages décalés, hauts en couleurs et les intrigues d'une société mystérieuse la BCWC, puissante et ambitieuse dirigée par un sexagénaire afro-inuit peu versé dans la magnanimité.

J'ai beaucoup aimé cette histoire fantastique et scientifique qui voit les deux jeunes gens évoluer dans deux mondes fictifs aux antipodes : une sorte de paradis pour Thomas et un enfer pour Lucie. Eric de Haldat a un talent certain pour écrire des romans dans lesquels l'humour est très présent, pas forcément celui qui fait s'esclaffer, plutôt celui qui laisse le sourire aux lèvres longtemps, dans lesquels les situations sont toutes plus incroyables les unes que les autres. Et lorsque l'on croit qu'il a poussé le bouchon, il le repousse encore un peu dans des délires futuristes pas toujours tentants, surtout si nous continuons à polluer et consommer autant.

Franchement, j'aime beaucoup ses trois livres (La roue (crevée) de la fortune, Eteignez la lumière en partant) qui font passer de délicieux moments sans se prendre la tête. Juste une bonne histoire avec des héros ou anti-héros attachants, agaçants, pitoyables parfois mais aussi courageux et téméraires. Les agents de la fameuse BCWC ne sont pas tous des flèches, ils pensent parfois davantage à boire ou manger qu'à bosser. Et nous de passer de bons moments. Que demander de plus ?

Voir les commentaires

La bicyclette rouge

Publié le par Yv

La bicyclette rouge (tome 2), Kim Dong Hwa, Paquet, 2022 (traduit par Kette Amoruso)

Le facteur à bicyclette rouge sillone le village de Yahwari en Corée. Il est parfois le seul lien des habitants vieillissants avec autrui. Au fil des quatre saisons, il voit les champs, jardins, arbres changer, et les hommes et les femmes vaquer à leurs occupations.

La bicyclette rouge est un recueil d'histoires courtes, des nouvelles dessinées, qui racontent la vie dans la campagne de Corée, loin des villes vers lesquelles les jeunes se tournent pour trouver du travail mais aussi pour leur attrait. Tout est doux, légèrement suranné, le mot le plus violent du livre doit être "ringard" adressé à une vieille femme pour la décoration intérieure de sa maison. tou est tranquillité, calme et bienveillance pour reprendre un terme tellement à la mode qu'il en est galvaudé. Un pur moment de poésie, autant par les situations, que les textes que les dessins empreints eux aussi d'une grande douceur, dans les traits, les couleurs, les paysages. Même l'hiver qui peut être rude dans le village est d'humeur joyeuse. Les habitants sont farceurs, taquins, solidaires même si l'individualisme commence à poindre avec les enfants et petits-enfants des villes qui viennent rendre visite à leurs parents ou grands-parents, apportant cadeaux, montrant leur réussite sociale vec les voitures...

Un moment de lecture qui fait beaucoup de bien, qui donne le sourire et incite à regarder le monde différemment, positivement.

Voir les commentaires

Stuck rubber baby

Publié le par Yv

Stuck rubber baby, Howard Cruse, Casterman, 2021 (traduit par Jean-Paul Jennequin)

La première édition de ce livre en français date de 2001, chez Vertige Graphic sous le titre Un monde de différence. Le titre original gardé pour cette nouvelle édition peut se traduire littéralement par "Le bébé de la capote collée".

Dans les années 60, à Clayfield, une petite ville du sud des États-Unis vit une communauté noire et une communauté homosexuelle, qui sont toutes les deux victimes des violences policières et de celles des suprémacistes blancs. Toland Polk est un jeune homme blanc, réservé qui prend conscience du racisme très présent dans la société et qui ne parvient pas à s'avouer son homosexualité et encore moins à l'assumer.

Prix de la critique à Angoulême en 2002, il est obtient le Prix Fauve Patrimoine pour sa réédition en 2022.

Ce roman graphique paru en 1995 aux États-Unis est dense. Deux cents pages de cases assez petites, de textes et de dessins minutieux en noir et blanc avec des ombres, des détails et un réalisme bluffants. On est là dans le top du roman graphique, de ceux qui racontent des histoires fortes et inoubliables. Toland Polk est davantage un observateur qu'un militant pour la cause des noirs et des homosexuels. Même s'il est très mal vu à l'époque de soutenir ces deux communautés lorsqu'on est blanc élevé dans un milieu dit conventionnel. Il se découvre des amis dans les deux mondes qui se côtoient et se croisent puisqu'il fera la connaissance et se liera avec des noirs hétéros, des blancs homos et des noirs homos. Howard Cruse raconte d'une manière originale la lutte pour les droits civiques des noirs qui complète l’œuvre de John Lewis et Andrew Aydin (Wake up America et Get up America). Le sud des années 60 est toujours aussi raciste et violent, les traditions ancrées et les garants d'icelles butés, intolérants et ultra-violents. Il s'inspire de sa vie, jeune homme homosexuel dans les années 60 qui vit dans le sud du pays mais aussi des gens qu'il a rencontrés.

Ce roman graphique, il ne faut pas l'ouvrir en se disant qu'on le finit dans l'heure, cela prendra beaucoup plus de temps si l'on veut ne pas passer à côté. Il faut le prendre comme un roman qui raconte la vie d'un jeune homme qui vit dans un monde qu'il ne comprend pas et qui vit des choses qu'il ne comprend pas non plus. La découverte de sa sexualité à une période où elle est jugée comme déviante, immorale, contraire aux principes de l'église et du droit.

C'est malheureusement un ouvrage qui reste d'actualité puisque les homosexuels et les noirs sont toujours discriminés, victimes de violences racistes et/ou homophobes. Et certains propos tenus désormais publiquement n'incitent pas à davantage de tolérance et de compréhension voire de rencontre mais au contraire à un repli sur soi et sur des valeurs dites traditionnelles qui rejettent autrui s'il ne les respecte pas.

Howard Cruse est décédé en 2019.

Voir les commentaires

Le bal des cendres

Publié le par Yv

Le bal des cendres, Gilles Paris, Plon, 2022

Un été à Stromboli à l'hôtel Strongyle tenu par Guillaume et Giulia sa fille adolescente. Il y a là Lior océanologue, Anton chirurgien dans les zones de conflits et Sevda sa femme qui bien que très attachée à lui supporte ses fréquentations, Abigale et Eytan, Ethel et Sebastian le frère et la sœur longtemps séparés, une famille française avec trois enfants dont Tom, Elena comtesse italienne, Thomas photographe allemand, Gaetano, Pippa... Tous passent leurs vacances ou habitent l'île. Ils viennent oublier leurs soucis, attendre un amant, visiter le volcan. Ils vont se rapprocher, s'éloigner. Et toujours ce volcan qui surplombe, fascine et attire.

Roman choral construit avec de courts chapitres aux noms des différents personnages qui interviennent donc à tour de rôle. Ce procédé permet de ne pas se perdre et si tant est que cela puisse arriver, de se retrouver aisément, la preuve j'y suis parvenu. Ils sont réalistes, très différents les uns des autres, chacun avec ses qualités et ses défauts. "Ils sont sensibles, lâches, infidèles, égoïstes, enfantins. Elles sont fortes, résilientes, légères, amoureuses." (4ème de couverture) Et chacun vient avec des secrets, des choses à cacher dont il n'est pas fier. La mort, souvent de parents ou de proches est présente en chacun d'eux, comme en chacun de nous et j'aime beaucoup les phrases suivantes de l'auteur : "On ne fait jamais le deuil de ceux qu'on aime. Ils vivent à jamais en nous, dans le souvenir, et pas seulement." (p.54) Et Giulia la lumineuse d'éclairer tout cela.

Et il y a le contexte géographique, cette île de Stromboli et le volcan éternel, puissant, omniprésent en visuel et dans les pensées, qui est le fil rouge du livre, inoubliable, et qui obligera les intervenants à se révéler, à cesser de se mentir, à prendre des décisions parfois douloureuses, parfois salvatrices, parfois les deux. Et au jeu des confessions et des révélations, les apparences sont souvent trompeuses. Gilles Paris sait y faire, Le bal des cendres est son dixième livre. Dans tous, ces héros sont dans des moments de leurs vies où ils se posent beaucoup de questions et se remettent en cause, mais il ne se répète pas, surprend et change d'angle, de construction, de lieu. Et même s'il reprend ici des personnages de son recueil de nouvelles La lumière est à moi pour leur donner plus de corps, plus de temps pour s'exprimer, pour vivre il n'écrit pas le même livre. Tant mieux, il n'y a rien qui m'ennuie plus que de lire les mêmes choses.

L'écriture de Gilles Paris est sensible, on sent qu'il aime ses personnages. Il leur imprime une réalité et une humanité qui font d'eux des voisins, des amis, des gens que l'on croise quotidiennement. C'est un très beau texte dont on sent qu'il a longtemps mûri. S'il se laisse aborder aisément, il n'use pas pour autant de facilités. Son roman donne envie de visiter Stromboli et pourquoi pas d'y rencontrer certains habitants fictifs et réels.

Voir les commentaires

Moon

Publié le par Yv

Moon, Cyrille Pomès, Rue de Sèvres (couleurs Isabelle Merlet)

En saison, cette petite ville du bord de la Méditerrannée attire beaucoup de touristes. Hors saison, la vie y est calme, très calme, trop calme pour les ados qui y vivent. Accros aux réseaux sociaux, ils trompent l'ennui et comblent les vides entre les cours et parfois pendant, en s'envoyant des messages sur tous les réseaux imaginés. Cela crée des tensions sur le nombre de like, sur ceux qui sont amis virtuels ou pas, tout en se côtoyant en réel. Que dire de celui qui n'a pas de portable, quasi seul ?

Mais un jour l'antenne relais grille sous la foudre et tout se tait : plus de réseaux, ni d'Internet et même pas de télé.

Très bien cette bande dessinée qui, je trouve, dépeint justement et finement les ados, leurs relations, leur rejet du monde adulte, les tensions qu'ils ont entre eux, les amours naissantes, le besoin de reconnaissance, d'appartenance au groupe. Cyrille Pomès fait ça sans être lourd. Il suggère plus qu'il ne montre et pourtant tout est très clair : le harcèlement physique ou moral, la violence parentale, le machisme... Il travaille surtout sur le lien social : doit-il passer nécessairement par un téléphone comme semble le laisser paraître nos usages et particulièrement celui des adolescents ? Les relations se coupent elles dès lors qu'on se retrouve en face à face, ce qui, juste après l'arrêt de l'antenne est une vraie question ?

J'aime bien le dessin de Cyrille Pomès, vif, clair et expressif. Beaucoup de petites cases pour les personnages, mais aussi des plus grandes jusqu'aux doubles pages pour des paysages ou des vues en grand angle. Les couleurs sont chaudes, station balnéaire oblige. Le tout donne un très bel album, qui, encore, une fois chez Rue de Sèvres, parle à plusieurs générations, en abordant des sujets graves et sérieux, des sujets d'actualité mais sans être ni moralisateur ni austère ni angoissant.

Voir les commentaires

Don Quichotte

Publié le par Yv

Don Quichotte. L'ingénieux hidalgo don Quichotte de la Manche, Miguel de Cervantes, illustré par Thomas Baas, école des loisirs, 2022 (traduit par Jean-Pierre Claris de Florian et abrégé par Marie-Hélène Sabard)

"Alonso Quijano, pauvre hidalgo ayant lu plus que de raison des romans de chevalerie, finit par se prendre pour l'un de ses héros de papier en embrassant la profession de redresseur de torts afin de protéger la veuve, l'orphelin et les nécessiteux. En compagnie de son fidèle écuyer Sancho Pança et néanmoins antithèse parfaite de sa propre personnalité, il décide de parcourir le monde en quête d'exploits et d'amour, ne cessant de voir ce qu'il croit et croire ce qu'il voit..." (4ème de couverture)

Don Quichotte, le célèbre Chevalier à la triste figure revient dans cette version abrégée et illustrée par Thomas Baas et destinée entre autres aux jeunes lecteurs. Une version abrégée qui garde donc les mots, le fil du récit, le ton, le style et le rythme de l'auteur. Même si je suis partagé sur le principe, je pense que l'on se prive d'une grande partie de ce qui fait le livre, l'histoire, c'est aussi une bonne manière de connaître les grandes œuvres littéraires. Je voyais l'autre jour, une jeune fille de ma connaissance qui lisait Les Misérables en un seul volume ; lorsque je lui dis que je l'avais lu en trois volumes de 500 pages chacun, elle  écarquilla tant les yeux que je me dis que l'abrégé était une bonne idée.

Don Quichotte je l'avais parcouru, jamais vraiment lu, j'avais, comme beaucoup retenu le combat contre les moulins et évidemment le livre est beaucoup plus que cela. C'est un roman d'aventures et philosophique, souvent drôle, on aime à se moquer des visions de Quichotte et à imaginer les scènes. Son combat est noble, son "devoir est d'aller par le monde, réparant les injustices et redressant les torts." (p.58). Et nous de rêver à un retour du chevalier à la triste figure qui pourfendrait les "méchants" d'aujourd'hui - à ce propos, penser à (re)lire Quichotte de Eric Pessan.

L'éditeur à gardé la traduction de Jean-Pierre Claris de Florian, qui date de 1798 et a confié à Thomas Baas le soin d'illustrer quelques pages, de très jolies illustrations dans des tons verts et roses des moments les plus fameux du livre.

Miguel de Cervantes (1547-1616), écrivit peu mais reste l'un des plus célèbres auteurs au monde grâce à Don Quichotte. Il fut enterré le jour de la mort d'un autre illustre William Shakespeare.

Voir les commentaires

Matos

Publié le par Yv

Matos, Stéphane Pajot, Geste éditions, 2022

Cité des Cerisiers, Nantes, années 90, Issa, surnommé Elvis parce qu'il aime le rock, surtout Jimi Hendrix, à peine adolescent, grandit auprès de Bilal son frère et de Tony l'arbitre, médiateur du lieu. C'est lui qui règle les différends avant qu'ils ne deviennent des conflits et la cité est finalement assez paisible. Un jour, le dealer local disparaît, comme son prédécesseur quatre ans plus tôt. Aucune nouvelle, aucun corps. Rien. Ce qui pourrait sembler une bonne nouvelle est le début de la fin de la tranquillité du quartier et d'Elvis.

Stéphane Pajot est journaliste à Presse Océan et auteur de pas mal de livres soit sur Nantes, sa ville natale et les figures locales, soit des polars ou romans noirs. Et souvent dans ces derniers, sa toile de fond est nantaise et peuplée des personnages et des rues et des lieux qu'il décrit dans ses autres ouvrages. Ce livre, je l'ai vu sur les rayons de la librairie, et hop dans ma besace. Puis, un jour où j'étais sur la terrasse à lézarder, la flemme de monter un étage pour aller chercher le livre commencé, j'ai attrapé Matos et n'ai pas pu m'en décrocher avant la fin. Stéphane Pajot y décrit très bien la vie des cités encore paisibles au début des années 90 -c'est personnellement le moment où je les ai quittées après presque vingt ans, pour prendre mon indépendance- et le changement qui s'opère au mitan de la décennie avec le marché parallèle qui explose, les caïds qui veulent imposer leur lois et les parents qui ne parviennent plus à empêcher leurs enfants de mettre un doigt dans le trafic. Argent facile. Chômage très présent.

Le récit de l'auteur est touffu, puisqu'il y fait également intervenir son journaliste récurrent Mathieu Leduc, qui enquête sur la cité des Cerisiers, puis qui s'éclipse et revient pour le final. Il y parle de la vie en cité, du trafic, de la prison, de la vengeance, des femmes battues. Tout se lie, tout s'emboîte aisément. C'est un roman noir pas commun, qui nous emmène de Nantes à Essaouira en passant par Paris et Le Havre, qui souffle les airs de Jimi Hendrix à quasiment toutes les pages, évoque sa vie, sa mort et tous les doutes qu'elle a provoqués parmi ses fans, renforcés par la mort de son ancien manager en 1973, dans un crash d'avion au-dessus de Nantes. Voilà, c'est cela ce roman de Stéphane Pajot, un amour pour Jimi Hendrix et Nantes, et une foultitude de faits avérés, d'événements qui se retrouvent dans sa fiction, l'alimentent lui donnent corps. Et tout cela tient dans un format resserré pour mon plus grand plaisir. Excellent, comme d'habitude.

Voir les commentaires

La terre en colère

Publié le par Yv

La terre en colère, Nils Barrellon, Jigal polar, 2022

Le corps d'un homme est retrouvé suspendu au dessus du périphérique parisien créant un afflux de voyeurs en tout genre. Julien Bonfils, commissaire à la brigade criminelle de Paris aperçoit dans la foule un homme qui lui paraît suspect, le prend en chasse et finit par le perdre. Le meurtre est revendiqué par un groupe jusqu'ici inconnu : Djihad Vert. Ce groupe entend mener des actions violentes contre tous ceux qui représentent les entreprises les plus polluantes de la planète et diffuse une liste de ses prochaines victimes. Une véritable course contre la montre pour éviter d'autres meurtres commence, menée par le commissaire Bonfils et le groupe Da Silva.

Quatrième roman de Nils Barrellon et quatrième changement d'univers et de style. D'un historique La lettre et le peigne, à un scientifique Le neutrino de Majorana, en passant par un huis-clos en avion Vol AF 747 pour Tokyo, le romancier tente et marque à chaque fois.

Cette fois-ci, avec de nouveaux enquêteurs -que personnellement, j'aimerais bien retrouver dans d'autres aventures, je demande, on ne sait jamais-, Nils Barrellon s'inquiète -à juste titre- de l'état de la Terre et place son intrigue au coeur d'un des thèmes majeurs de notre avenir. Celui qui devrait être numéro 1 dans les têtes et les actes de tous les dirigeants, par lequel toutes leurs décisions, leur politique devraient passer : la préservation de la planète.

Contrairement à d'autres polars, l'auteur ne s'attarde pas sur les vies de ses flics dont on ne sait pas grand chose en dehors de leur travail -d'où ma demande de les revoir, histoire d'en apprendre un peu plus. En revanche, on en sait davantage sur les suspects, leurs motivations, leurs cheminements jusqu'à leur entrée dans la liste des policiers. Roman policier classique au contexte moderne -nouveau commissariat au 36 dur du Bastion en lieu et place du 36 quai des orfèvres- où les flics creusent chaque piste, convoquent, interrogent, interpellent, croient avoir trouver le coupable puis déchantent, croisent avec le désormais inévitable geek qui sait trouver les bonnes caméras de surveillance, craquer les mots de passe des PC et téléphones. Tout cela est très bien fait et la patte de Nils Barrellon est dans un style direct aux phrases assez courtes qui parfois font sourire : "Un collègue, qui porte jaune fluo, m'aborde. Il a la trentaine et un petit air d'Alain Delon, en plus petit et en plus moche." (p.19), dans des flics bosseurs, opiniâtres qui ne cèdent jamais à la facilité et, Julien Bonfils en tête, ne s'arrêtent pas tant qu'ils n'ont pas l'intime conviction qu'ils ont le coupable. Et Nils Barrellon de nous balader, de nous surprendre. Les dialogues sont aux petits oignons, des formules qui font mouche, qui donnent un réalisme certain au roman.

Bref, tout est bon chez Barrellon.

Voir les commentaires

Le singe venimeux

Publié le par Yv

Le singe venimeux, Arimasa Ôsawa, Atelier Akatombo, 2022 (traduit par Jacques Lalloz)

Tokyo, années 1990, quartier de Shinjuku, le capitaine Samejima planque devant un tripot clandestin. Avec ses collègues, ils cherchent les liens entre les yakuzas japonais et la mafia taïwanaise. Il repère Kuo, un flic taïwanais à la poursuite d'une tueur à gages qui serait au Japon pour finir un contrat et se venger.

Le meurtre d'un tenancier de bar à hôtesses, puis des exactions sur des yakuzas du quartier amènent Samajima à s'intéresser à ce tueur impitoyable, surnommé Le singe venimeux, Du Yuan. Il va faire équipe avec Kuo contre l'avis de ses collègues. Encore une fois, Samejima fait preuve d'un esprit peu corporatif.

Deuxième tome des enquêtes du capitaine Samejima de la police de Tokyo, après Le Requin de Shinjuku, qui est également son surnom, parce qu'il ne laisse aucune chance à ceux qu'il combat, les yakuzas. Cette fois-ci cependant, il aura fort à faire avec le Du Yuan et sera davantage un spectateur impuissant ayant toujours un temps de retard qu'un flic qui sait déjouer les plans de ses adversaires. Mais il faut dire que Du Yuan est un tueur efficace qui cherche plus à se venger d'un parrain taïwanais qui l'a trahi qu'à accomplir un contrat.

Un peu long par moments lorsque le romancier change de narrateur : il rejoue certaines scènes mais n'y apporte pas vraiment de détails supplémentaires, ce qui ajoute des pages certes, mais délaye un peu le roman. Ce point mis à part, le voyage dans le Tokyo underground d'il y a trente ans est intéressant et Arimasa Ôsawa donne à son héros du tempérament et un vrai point de vue sur son métier, la manière de le faire : "Bien sûr, à mes yeux, il existe des policiers détestables. [...] Ceux qui jouent les cow-boys. Et puis ceux qui n'ont à la bouche que "les intérêts de la nation". j'ai pour règle de ne pas leur faire confiance? L'important c'est l'individu, pas l'organisation ni le système. Un policier se voit confier un pouvoir que n'a pas le citoyen lambda. Mais c'est pour protéger ses concitoyens, pas la Loi. Ce qu'on appelle la Loi est quelques chose d'invisible. Pour moi, le policier figure une espèce de barrière. En la franchissant, on se blesse et on blesse autrui. Chacun sait bien qu'on prend un raccourci en passant ces barrières [...] Malgré ça, certains empruntent le raccourci comme si de rien n'était et si quelqu'un s'en offusque, ils usent de la menace pour le faire taire. Eh bien si nous laissons faire ces individus, nous en encourageons immanquablement d'autres à se dire : Quoi, j'ai été bien stupide d'avoir fait le détour !""(p.102/103)

Ce sont tous ces apartés qui donnent du sens au texte, qui sans cela serait une énième aventure d'un flic solitaire qui lutte contre le crime organisé dans un pays quelconque. Amirasa Ôsawa écrit un polar sociétal ancré dans le Japon des années 90, dans une société en plein changement qui vit entre une grande modernité et une tradition très forte qui imprègne tout le pays et les habitants. Un pays qui n'est pas très accueillant, qui n'aime pas voir débarquer des étrangers fussent-ils de pays proches, très autocentré. Bref, une série de polars marquante, bien traduite par Jacques Lalloz -enfin, j'imagine, je ne parle pas japonais, mais la traduction est plaisante, fluide- et même si j'ai lu en format liseuse, j'ai trouvé qu'il y avait un réel travail de mise en page des éditions Atelier Akatombo.

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 200 > >>