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Je suis un guépard

Publié le par Yv

Je suis un guépard, Philippe Hauret, Jigal polar, 2018....

Lino, au service militaire, assiste à un tragique accident qui coûte la vie à Tony avec qui il avait créé des liens amicaux. Vingt années plus tard, Lino végète dans son boulot, au 37ème étage d'une tour, classant et rangeant de la paperasse dans une sale ambiance. Lino est un solitaire, il n'a pas d'amis, rentre chez lui après son taf, picole le ouiquende et repart le lundi matin à peine remis de sa gueule de bois.  Lorsque Jessica vient squatter devant sa porte pour se réchauffer un peu et éviter de se faire agresser dans les rues où elle dort et fait la manche, Lino ne peut s'empêcher de lui filer un coup de main.

Après Je vis, je meurs un peu plat et Que Dieu me pardonne, nettement plus convaincant, retour de Philippe Hauret, toujours chez Jigal polar, pour un troisième titre qui serait un peu le mélange des deux précédents mais un mélange riche qui puiserait dans ce qu'ils ont de meilleur. Lino et Jessica sont des personnes cassées par des événements qui les ont détruits et qu'ils ne parviennent pas à surmonter. Leur drôle de rencontre leur fera connaître des gens de la bonne société, des gens riches qui n'ont que la préoccupation de dépenser leur argent alors qu'eux peinent à en gagner.

Philippe Hauret écrit un roman sur notre société qui ne va pas bien, qui laisse se paupériser un tas de travailleurs et de gens qui vivent avec très peu d'argent pendant que d'autres se goinfrent. Il bâtit son histoire à partir de petits faits qui semblent des détails et qui peuvent devenir importants quelques pages plus loin. Ils s'imbriquent, se jouent des hommes et des femmes, des destins, pour arriver au pire, bien que le meilleur ne soit pas si inaccessible. Ce pire qui n'est jamais loin et qui, souvent lorsqu'il advient, aurait pu être évité de très peu. La vie des personnages de Philippe Hauret se joue à un cheveu, à une seconde près.

Dans ce roman noir l'auteur évite les stéréotypes des riches méchants et pauvres gentils. Tous, qu'ils aient du pognon ou non ont des failles, des fêlures, et subiront les conséquences de leurs actes ou de ceux d'autrui ou de leur inertie. C'est bien vu, bien fait. De la belle ouvrage qui se lit d'une traite tant on se sent happé par ces personnages, leurs vies et la crainte de ce qu'il vont faire. On aimerait leur dire de ne pas se lancer dans telle ou telle entreprise vouée à l'échec et aux terribles conséquences comme on le fait à des gens qu'on aime bien. Parce qu'on les aime bien Lino et Jessica, et Melvin et Charlène aussi -mais comme je ne vous ai pas dit qui étaient ces deux derniers, à vous de les découvrir dans ce très bon roman noir, qui, comme dans les précédents livres de Philippe Hauret recèle néanmoins une once, et même un peu plus, d'espoir. C'est du noir, certes, mais avec des touches de couleurs plus chaudes.

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Les adultes n'existent pas

Publié le par Yv

Les adultes n'existent pas, Sylvia Hansel, Intervalles, 2018....

Julie, trentenaire, célibataire depuis peu, elle vient de quitter Milan mais continue à habiter avec lui -les logements pas cher ne pullulent pas à Paris- est hôtesse d'accueil. Un pis aller. Son rêve est de faire de la photographie mais malgré quelques tentatives assez réussies, elle sait que cette activité ne nourrit pas son homme ni sa femme. Résignée, Julie, tous les jours rejoint son poste d'accueil. Un jour, Joël, un photo-reporter passe la porte, elle tombe sous son charme et sans doute vice-versa, elle n'en sait trop rien. Alors, sans prévenir, les grands moments d'interrogations, d'introspection naissent en Julie. Toutes ses copines et copains commencent à se ranger, à ne plus boire, à manger équilibré et faire des enfants, pourquoi n'en a-t-elle pas envie ? A trente ans est-on adulte ?

Sylvia Hansel a déjà écrit un roman, Noël en février. Celui-ci est son deuxième. Elle est aussi journaliste, chanteuse et bassiste dans un groupe de rock indé et a publié des albums solo on peut se faire un idée et se renseigner ici)

C'est sur un ton résolument libre, je ne dirais pas féministe que Julie s'exprime : elle dit qu'elle vit comme elle le veut et que les opinions et regards des autres ne l'intéressent pas, elle pratique l'égalité des sexes comme si ce n'était même pas une question, car ça ne devrait pas l'être.

C'est aussi sur ce ton résolument libre, moderne, léger et assez drôle que l'auteure bâtit son roman. Je ne sais pas pourquoi, je pensais au départ à un roman de souvenirs d'enfance. Mais que nenni ! On est en pleine introspection et interrogations existentielles comme je l'écrivais plus haut. Entre Bridget Jones et Joséphine et son chat Bradpitt, mais beaucoup plus française que la première -et c'est un compliment- et beaucoup plus sexe alcool et rock'n'roll que les deux précédentes, et son chat à Julie se nomme Pablo Escobar (et le chien de sa copine c'est Alain Prost). Ce serait un mélange des deux filles précédentes, mais beaucoup moins bru idéale. 

Entre deux bières, elle réfléchit, se pose des questions : "Le concept d'adulte serait-il monté de toutes pièces pour impressionner les enfants, comme le Père Noël ? Adulte, on n'est jamais qu'un gamin à qui on a confié des responsabilités, avec lesquelles on se démerde comme on peut." (p.106)

Plutôt et enlevé ce roman. J'ai aimé passer ces moments en compagnie de Julie, même si sa vie est loin de la mienne, j'ai aimé la voir avancer, se poser des questions trouver ses réponses. Sylvia Hansel mène son propos joliment et sans ennui pour le lecteur plus vraiment trentenaire que je suis. Désinvolte, pas politiquement correct, effronté, en même temps que facétieux, pétillant et volontiers goguenard, c'est un roman très agréable qui m'a fait passer de très bons moments.

PS : j'écoute ses albums solo en écrivant ce billet, bon choix, très bonne BO. 

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Au pays des barbares

Publié le par Yv

Au pays des barbares, Fabrice David, sang neuf, 2018...,

Awoise-Gelle dans les Ardennes, le club de foot local qui joue en cinquième division est avant-dernier et menacé de descendre, ce qui signifierait sa fin. Moïse, supporter assidu ne peut se résoudre à cette option et est prêt à tout pour faire mentir les pronostics. Mais son projet mal ficelé risque bien de lui attirer de très gros ennuis... dans le meilleur des cas.

Magguy et Annie vivent ensemble à plusieurs centaines de kilomètres d'Awoise-Gelle. Un traumatisme subit par Magguy remonte à la surface et pourrait bien lui faire croiser la route de Moïse.

Mises à part quelques maladresses et erreurs, je dois dire que ce polar ne laisse pas insensible. Évacuons les erreurs : la nourrice d'un garçonnet qui va jouer un rôle important est une fois asiatique et quelques pages plus loin antillaise..., la voiture du papa est lorsqu'il arrive à un rendez-vous une Mercedes et deux pages plus loin, lorsqu'il repart, une Audi. Les maladresses, maintenant ou plutôt la maladresse qui est de parler dans le couple lesbien d'une des deux qui fait l'homme, ou alors c'est moi qui suis trop politiquement correct.

Ces réserves dites, j'ai passé un moment particulier avec ce roman qui met mal à l'aise tant les personnages décrits et les situations sont réalistes et glauques. Fabrice David parle d'arnaques de pauvres types, prêts à tout pour sauver un obscur club de foot d'une obscure petite ville sinistrée. De l'arnaque à la petite semaine où l'on craint pour sa vie pour moins de cent euros et où 500€ représentent une somme impossible à réunir, même à plusieurs. On est loin des polars qui brassent des centaines de milliers d’euros et des joueurs de foot stars qui empilent les millions pour taper dans la baballe (et non, je n'aime ni le foot ni surtout le fric qui corrompt tout et notamment le sport et qui est désormais un but à atteindre pour beaucoup de jeunes qui voient ces "stars" comme des héros et des modèles).

Le polar de Fabrice David est rural -Awoise-Gelle est une petite ville-, humide, froid, pisseux. On y ressent et/ou sent et/ou voit la crasse, les odeurs, les taudis, les gens à 50€ près pour qui la grande Histoire de France n'est pas la préoccupation principale -cf notre Président méprisant les petites gens- leur souci quotidien est de pouvoir se nourrir et trouver de quoi tenir jusqu'à la fin du mois.

Le romancier est journaliste sportif, travaille pour "Téléfoot", bon, personne n'est parfait. Il bâtit un roman avec différents narrateurs, seul Moïse dit "je", alterne les chapitres avant que tous ne se mêlent très adroitement je dois dire. La tension est nette et monte au point de ne pas se coucher tôt pour connaître le dénouement.

Noir, sombre, ne donne pas forcément une belle image de la région qui est un contexte fort et qui participe de cette ambiance froide et humide où les hommes font ce qu'ils peuvent pour vivre ou survivre dans des boulots mal payés, purement alimentaires et où gagner 2000€ mensuels vous fait passer dans la catégorie des riches. Très bon roman, à ouvrir si l'on n'est pas submergé par des envies suicidaires. Frissons et tension garantis.

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Le pays d'où l'on ne revient jamais

Publié le par Yv

Le pays d'où l'on ne revient jamais, Julien Thèves, Christophe Lucquin, 2018...,

Le narrateur revient à H. la ville dans laquelle il a grandi, dans le Pays Basque. Il égrène les souvenirs d'une enfance pas très heureuse dans cette petite ville dont il n'est pas originaire. Entre des parents qui semblent unis et qui se sépareront quelques années plus tard, un petit frère peu bavard contrairement à lui et le sentiment de n'être jamais à sa place. Le pays d'où l'on ne revient jamais, c'est l'enfance, celle qu'évidemment jamais aucun de nous ne revivra. 

J'ai été assez dérouté par la première partie, par sa forme faite de répétitions de bouts de phrases, comme certains poèmes, mais sans forcément retrouver la grâce d'iceux. Et puis, arrive la deuxième partie, plus linéaire qui explique  les pages précédentes et permet de se situer dans ce récit. Puis les parties qui suivent continuent sur le même mouvement. C'est donc plutôt circonspect que j'ai débuté ce livre qui m'a gardé les bonnes surprises sur la fin.

L'enfance du narrateur ne fut pas joyeuse, malgré certains moments de partage avec d'autres enfants. Le déracinement, le fait de n'être pas d'ici, qu'il ressent fortement dans les discours et les actes des autres, la séparation des parents, la ville qu'il n'aime pas. Le ton est mélancolique, nostalgique. Les souvenirs sont faits de faits réels mais aussi de choses racontées, imaginées et c'est ce mélange dont parle Julien Thèves. On sent une tristesse chez l'homme qui raconte son enfance et chez ses parents. C'est beau, un peu plombant, mais heureusement ce n'est pas un pavé. 

Une belle écriture qui joue sur les répétitions, sur les ruptures temporelles et dans l'enchaînement des faits, d'où les répétitions pour se resituer. On peut ne pas aimer. C'est un style particulier qui change des productions courantes. Un conseil : tester pour se faire sa propre idée.

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Tête en l'air

Publié le par Yv

Tête en l'air, Richard Gaitet, Paulsen, 2018...,

Motivé pour être le premier écrivain dans l'espace, projet qu'il explique aux éditrices de Paulsen, Richard Gaitet se voit proposer plutôt d'être le premier à écrire un livre sur le mont Blanc du point de vue d'un novice. Son guide sera René Ghilini, un alpiniste réputé, chasseur de cristaux. C'est l'histoire de la préparation à cette ascension que Richard Gaitet raconte, puis en apothéose, cette fameuse montée jusqu'au sommet.

Génialement sous-titré par une longue phrase qui résume fond et forme : "Récit authentique et déséquilibré d'une ascension du mont Blanc par un blanc-bec à lunettes inexpérimenté qui, au cours de son voyage, réapprit à marcher.", ce livre est aussi l'occasion pour Richard Gaitet d'en appeler aux écrivains majeurs qui ont écrit sur les grands espaces, la montagne, les voyages, les sensations fortes et aux pionniers de l'alpinisme, à ceux qui ont découvert le mont Blanc et d'autres sommets. Très documenté et très drôle l'histoire de la préparation de ce "sportif proche de zéro, bigleux comme pas deux, finaliste annuel des championnats du monde des empotés, fêtard gourmand doté d'un charmant petit ventre à bière, descendant d'une longue lignée de cardiaques et intello poli du 20e arrondissement de Paris" (p.13)

Le décor planté, je dois dire que j'ai apprécié ma lecture bien que je sois très loin de la montagne, que je n'y sois allé qu'à de très rares occasions et que l'exploit sportif est aussi loin de moi qu'un saucisson pur porc d'un musulman (très) pratiquant. Ma relation avec le sport est conflictuelle, je ne l'aime pas et il me le rend bien.

Le plus de ce livre par rapport à tout autre, c'est évidemment le ton, entre le sérieux de la préparation et la fanfaronnade quasi permanente. Et puis un peu de lyrisme dans les descriptions des paysages et dans la fin lorsque l'objectif est atteint, sans doute le manque d'oxygène, le fameux mal des montagnes qui touche le romancier-alpiniste bien qu'il soutienne ne pas en avoir souffert, mais nous à le lire, on le ressent bien, ou alors c'est l'euphorie d'avoir réussi, c'est même sûrement cela, les deux causes ayant les mêmes conséquences.

C'est aussi une histoire de rencontres, avec René Ghilini et sa femme Petra bien sûr, mais aussi de plus éphémères avec des compagnons d'ascension ou d'entraînement, tous des gens fous de montagne, qui mesurent les risques tout en sachant que parfois, la montagne n'en fait qu'à sa tête, surtout maintenant avec le dérèglement climatique qui gêne les prévisions météorologiques et bouleverse fondamentalement la nature. 

Récit musical aussi, Richard Gaitet met en exergue -entre autres- une phrase tirée d'une chanson d'Alain Bashung, de son excellent et noir album L'imprudence. D'autres groupes et chanteurs sont cités. Personnellement, je n'ai pu me défaire, à chaque fois que je lisais le titre du livre, de la chanson de Jacques Higelin, qui porte le même nom. Allez, je suis bon, la voici.

 

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Petit bouton de nacre

Publié le par Yv

Petit bouton de nacre, Ella Balaert, Cours toujours, 2018.....

1992, Poéma assiste à un défilé de mode et s’apprête à commettre le pire lorsqu'elle tire un pistolet de son sac. 

1970, Monique-Mohéa travaille à la chaîne dans une entreprise qui fabrique des boutons de nacre, en Picardie. Purement alimentaire, son travail la mine.

1947, atoll des Tuamotu, Hérémiti attend qu'Aumoé, son mari rentre. Il est pêcheur d'huîtres, de celles qu'on envoie en métropole pour en faire des boutons de nacre.

Trois femmes liées par le sang et par la nacre, trois époques et deux univers : l'atoll des Tuamotu pour la pêche des huîtres, et la Picardie, la ville de Méru, capitale de la nacre. 

Avez-vous déjà pensé à la manière dont on fabrique les boutons de nacre ? Avez-vous même déjà réalisé que certains boutons étaient en nacre ? Moi pas. Alors, c'est dire si je rentre dans un monde inconnu duquel j'ai tout à apprendre. Et j'ai appris (rien n'empêche ensuite de pousser la recherche sur les procédés de fabrication des boutons de nacre). Même si ce court roman n'est pas un manuel de fabrication desdits boutons, ils sont en toile de fond, le contexte et les causes des enchaînements de tous les événements. Pour être complet sur ce sujet, les éditions Cours toujours ont demandé à des écrivains d'écrire sur des choses ou des objets emblématiques du nord de la France. Pour Ella Balaert c'est le bouton de nacre. Le livre est illustré d'un dossier iconographique final. 

Comme à son habitude, Ella Balert parle des femmes avec sa sensibilité, la grande tendresse qu'elle a pour ses héroïnes et que l'on ressent nous aussi lecteurs. Son écriture est à la fois directe et poétique, plonge dans les cœurs et les questionnements de ces femmes mais ne néglige pas la description des paysages, notamment ceux de l'atoll des Tuamotu.

Fin et délicat, touchant et beau tout simplement. Ce roman a fait l'objet d'une lecture au Musée de la nacre et de la tabletterie de Méru en avril de cette année. Contrairement à d'habitude, j'ai fait court, mais tout est dit en peu de mots, tout le bien que je pense de cette écrivaine et que répète de livre en livre

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Hunter

Publié le par Yv

Hunter, Roy Braverman, Hugo thriller, 2018.....

Hunter est incarcéré depuis plus de dix ans pour une série de meurtres commis à Pilgrim's Rest, une vallée perdue des Appalaches. Cinq hommes assassinés et leurs femmes disparues. Hunter s'évade et revient dans la vallée pour se venger et trouver celui pour qui il a payé, car il se dit innocent. Mais il est suivi de près par Freeman, le père de l'une des femmes disparues qui l'enlève et veut lui faire avouer ses crimes et l'emplacement du corps de sa fille. Mais une série d'événements, et parmi eux la neige qui tombe en abondance et le froid extrême, vient chambouler les plans de tous les acteurs de ce polar.

Roy Braverman écrit là son premier thriller sous ce nom puisqu'il est plus connu sous un autre pseudonyme, celui de Ian Manook auteur de la trilogie avec Yeruldelgger, le flic mongol. J'ai tellement aimé cette série que j'hésitais un peu avant de me lancer dans une autre, enfin pas trop longtemps et tant mieux parce que Hunter -qui devrait aussi être une trilogie- est captivant, haletant. On est loin, très loin de la série précédente, tant géographiquement que pour l'écriture et l'intrigue. 

Le lecteur est placé en connaisseur de quasi -parce qu'une surprise n'est pas à exclure- toute la situation et en sait donc plus que les policiers et que chacun des protagonistes, sans que cela ne nuise à son plaisir de voir l'intrigue se dérouler. Habilement construit, le récit alterne les narrateurs et revient sur des faits à travers différents points de vue ce qui nous permet de mieux les comprendre et d'envisager la situation globale. Courts chapitres qui permettent de souffler dans cette histoire dure, violente et froide. Tout est hostile : le climat, les habitants du coin, le flic local, les agents du FBI qui tardent à arriver, bref une ambiance délétère pour qui viendrait paisiblement en ce lieu isolé. Ce presque huis clos est oppressant, tendu de bout en bout. Une tension qui ne retombe pas, pas même à la fin, cardiaques attention exigez la pose d'un pacemaker avant d'en commencer la lecture. Roman noir, très noir, d'un noir très sombre pourrais-je écrire si je ne craignais pas les pléonasmes. 

Entre deux traques, deux engueulades entre mecs et deux rebondissements -qui ne manquent pas-, Roy Braverman en profite pour placer des banderilles contre le système étasunien qui laisse des centaines de personnes innocentes en prison et dans les couloirs de la mort, contre l'extrême violence qui règne dans les lieux de détention, la privation de liberté certes, mais aussi la privation de l'humanité. Son propos est fort et virulent, à l'image de tout son livre qui pourra peut-être gêner les plus sensibles d'entre nous, mais j'ai souvenance que Yeruldelgger n'était pas un tendre non plus. Tout le talent de l'auteur réside dans le fait de nous faire oublier la Mongolie, ses us et coutumes et de nous plonger totalement dans un thriller étasunien. Tout change, les lieux, les paysages, les personnages mais aussi l'écriture de Roy Braverman, je ne saurais dire comment, il faudrait que je relise la série précédente, mais aucun doute possible on est bien aux Etats-Unis dans un coin perdu, rural et pas très accueillant.

Est-il besoin de préciser que j'attends la suite avec impatience ?

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Le merle bleu

Publié le par Yv

Le merle bleu, Vesna Maric, Intervalles, 2018 (traduit par Marie Poix-Tétu)...,

"Elles ont passé des heures à expliquer qu'habituellement nous avions tout : des lits, des draps, du linge de rechange brodé et même amidonné dans nos armoires ; des verres en cristal, des souvenirs, de la vaisselle en porcelaine, des passeports, des aspirateurs, des animaux domestiques, des goûts de luxe, des jours fériés, des odeurs, des bruits, et surtout, surtout, que nous nous aimions les uns les autres, que nous n'avions pas passé les cinquante dernières années à nous haïr en secret en attendant la première occasion de nous étriper au grand jour de la façon la plus sauvage qui fût. Elles voulaient expliquer que la guerre était une méprise, un stratagème inventé par des politiciens diaboliques, que ça n'avait rien à voir avec nous, les individus assis devant eux" 

Cet extrait du livre qui sert de 4ème de couverture est tellement parlant qu'il m'a semblé judicieux de le copier ici.  Ce livre est l'exil raconté par Vesna. Vesna est bosniaque, elle a fui son pays en 1992, pendant la guerre, elle avait seize ans. Elle a émigré aux Royaume-Uni. Vesna est jeune et un peu insouciante, du moins le paraît-elle. Elle plaisante, sort avec des amies malgré les snipers, les rues pas sûres du tout. Puis, la guerre se durcit et il faut partir. Ce sera l'Angleterre et le voyage est presque drôle, on ne ressent pas la tension qui devrait régner dans de telles circonstances, toutes ces femmes qui quittent leur pays pour un autre. Puis Vesna s'installe et se fait très bien à la vie anglaise, à la langue.

Vesna Maric donne une image très décalée de l'exil, pas du tout plombante, presque joyeuse, comme si la découverte d'un monde nouveau était plus forte que la perte de l'ancien, que le déracinement. Ça fait du bien de lire cela surtout lorsque c'est écrit par quelqu'un qui l'a vécu, on ne pourra pas lui reprocher de faire dans la gaudriole sur un sujet sérieux qu'elle ne connaîtrait pas. 

Je ne vais pas mentir en disant que j'ai aimé tous les chapitres du livre, des chapitres courts qui racontent la vie en ex-Yougoslavie pendant la guerre et après en Angleterre, mais même lorsqu'une ou deux fois, j'ai eu la volonté de le stopper, je n'ai jamais pu quelque chose m'y retenait, sans doute ce souhait de ne pas rater de beaux passages tel celui cité en début de recension. Alors, je l'ai posé souvent et souvent repris. Je l'ai lu comme une suite de chroniques de la vie d'une jeune femme. Et ça a marché.

Chez Intervalles, on fait rarement dans le banal, le conformisme, cette fois-ci encore, l'éditeur touche juste avec Vesna Maric. Une écriture, un point de vue qui méritent d'être découverts.

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Le salon de beauté

Publié le par Yv

Le salon de beauté, Melba Escobar, Denoël, 2018 (traduit par Margot Nguyen Béraud)..,

"La Maison de la Beauté est un luxueux institut de la Zona Rosa, l'un des quartiers animés de Bogotá, et Karen l'une de ses esthéticiennes les plus prisées. Mais son rôle dépasse largement l'art de la manucure et de la cire chaude. Ses clientes lui confient leurs secrets les plus intimes. Un petit massage avant l'épilation... et Karen apprend tout sur leurs implants mammaires, leurs week-ends à Miami, leurs divorces ou leurs amourettes.

Un après-midi pluvieux, une adolescente entre dans le salon -en uniforme d'écolière et sentant très fort l'alcool : Sabrina doit être impeccable pour une occasion très particulière. Le lendemain elle est retrouvée morte." (4ème de couverture)

Non point par l'odeur mais par le contexte fort original pour un polar, alléché, j'ai dit oui à ce partenariat avec les éditions Denoël. Et je reste sur ma faim. Si l'originalité est bien réelle quant à la localisation de l'intrigue  : un salon de beauté à Bogotá ; si elle est là également dans la manière de raconter cette histoire, en alternant les narratrices -peu d'hommes- dont seule l'une parle à la première personne, qui toutes ont à voir de plus ou moins loin avec le meurtre ou au moins avec une connaissance de la victime -parfois le fil n'est pas évident à remonter- ; si l'originalité est encore bien là pour un polar puisqu'il n'y a pas d'enquête à proprement parler, juste des femmes qui cherchent à savoir la vérité et qui nous l’apprennent par bribes ; si donc, comme je le disais l'originalité est évidente, elle n'a pas suffi pour me passionner pour ce roman. Selon El Tiempo, il est "à la fois roman social, récit urbain, roman d'apprentissage, thriller sur fond de corruption politique." Et c'est vrai qu'il prend à tous ces genres et qu'a priori, ça devrait me plaire sauf qu'à force d'être inclassable et de prendre à tous les genres, il peut finir par les rater. Je suis un peu dur car tout n'est pas raté, mais l'auteure aurait dû à mon sens se limiter pour qu'on puisse avoir le temps de s'intéresser à tous ses nombreux personnages, aux relations qu'ils entretiennent, au contexte socio-politique et/ou à l'intrigue, car finalement quel besoin de glisser un meurtre là-dedans si ce n'est pour surfer sur une vague de polar social ? Et c'est cette partie qui selon moi pêche, Melba, si je puis me permettre de vous appeler par votre prénom chère auteure (Ouh que je suis drôle, moi, un fou, je vous dis, avec ce genre de blague, bientôt, je monte un spectacle, au moins. Me croiriez-vous si je vous disais que je ne l'avais pas programmée ? Non ? Et pourtant c'est vrai, je crois que j'ai la fibre comique, même si ce genre de blagues provoque la tristesse ou la compassion chez mes proches)

Tout cela pour dire que loin d'être raté, c'est un roman qui traîne un peu en longueurs, en dialogues qui durent là où une description en quelques lignes eut été plus convaincante et qui aurait mérité d'être resserré, limité pour vraiment être efficace ; néanmoins, les alternances de narratrices, les ellipses qui obligent le lecteur à faire la liaison entre les informations sont intéressante et donnent à cette lecture un côté moderne et dynamique, preuve qu'il y a du bon en lui.

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