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Dicorona

Publié le par Yv

Dicorona, Olivier Auroy, Intervalles, 2020

Olivier Auroy est onomaturge depuis 25 ans. C'est-à-dire qu'il invente des mots. Au début du confinement, il est entré dans un supermarché et a vu deux personnes qui "se disputaient le dernier paquet de spaghettis bio. Moi qui croyais ce genre de scène réservées aux réseaux sociaux du bout de la terre ! Je me suis dit : "ce sont vraiment des psychopathes". Eurêka ! PSYCHO-PÂTE, le premier mot du Dicorona était né" (p.3/4)

Je m'étais promis à moi-même de ne pas parler de livre traitant de la COVID, du confinement et de tout ce qui a trait au Coronavirus. Mais celui-ci m'a fait de l’œil. Sa couverture vermillon et son sous-titre : Pour que l'humour ait le dernier mot.

Et c'est un festival à l'intérieur. A chaque mot inventé, page paire, une courte définition et sur la page impaire, en face donc, une mise en situation signée d'une initiale et d'un nom, en rapport. C'est drôle mais pas seulement, c'est assez fin -bon, pas toujours- et bien vu et ça peut même renvoyer à certains comportements observés ou vécus. Mes mots préférés :

- "Musculaxisme : entraînement basé sur le couché couché plutôt que sur le développé couché"

- "Procrastiquer : remettre le ménage au lendemain" (deux activités que je pratique depuis longtemps même hors confinement)

- "Pénurixe : pugilat ayant pour objet le dernier rouleau de papier toilette"

- "Scolarisquer : rendre l'école obligatoire en dépit de l'épidémie"

- "Trumpoline : discipline consistant à rebondir sur n'importe quelle ineptie"

A citer ces mots, le correcteur d'orthographe s'affole, et pourtant ils sont clairs, la définition est presque superfétatoire. Il y a 120 mots, j'aurais pu en citer plein d'autres : "Autruisme : tendance à stigmatiser les autres en les qualifiant de "les gens". Covip : célébrité testée positive. Ibuprophète : charlatan qui ne soulage que les plus crédules."

J'ajoute que les joueurs vont inévitablement tenter leur chance à la création de nouveaux mots. Onomaturges avérés ou en herbe, à vos crayons ! Ce second confinement qui en est un sans en être un sera propice aux nouvelles inventions.

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Poissons rouges et autres bêtes aussi féroces

Publié le par Yv

Poissons rouges et autres bêtes aussi féroces, Ella Balaert, Des femmes-Antoinette Fouque, 2020

Recueil de nouvelles, en forme de bestiaire fantastique, surnaturel. L'onirisme flirte avec l'irrationnel, le rire -noir- avec la profondeur et la peur, le crime avec l'amour, à la manière de ou en hommage à ou en simple admiration d'Edgar Allan Poe maître du genre.

Dix-sept nouvelles qui nous font pénétrer une autre dimension. Une dimension dans laquelle tout serait possible, les plus belles histoires comme les pires. La naissance, la vie, l'amour, la mort. Les relations homme-animal, l'hybridation... Une pirouette ou un changement d'axe de perception peut faire varier les plaisirs et surtout amène une fin inattendue.

L'ouvrage est homogène, aucune nouvelle ne prend l'ascendance sur l'autre, elles sont toutes excellentes avec néanmoins des petites, toutes petites, préférences pour :

- Le faucon, troublante

- Les inséparables, un poil flippante

- Le cygne, vous n'irez plus jamais au musée Grévin sans y penser

- Le matou, où l'accueil de l'autre malgré ses différences et ses difficultés indispose les bien-pensants

- Le chien, lorsque l'animal sert de passeur intergénérationnel

Ella Balaert -dont j'aime beaucoup le travail, j'ai chroniqué pas mal de ses livres- a la bonne idée et le talent pour ne point se répéter et changer de style à chaque histoire. C'est tantôt un dialogue, tantôt un questionnement intérieur, tantôt des descriptions. Elle change aussi de registre de langue, du langage courant au style châtié qui use de pas mal de mots rares qui, contrairement à d'autres écrivains, ne font pas pédants. Ils servent le texte et l'histoire, ajoutent au fantastique et à la complexité des personnages. On peut chercher leurs sens ou s'en passer en comprenant.

C'est un recueil que l'on peut lire d'une traite ou bien y piocher de temps en temps. Je l'ai lu d'une traite et je reviendrai y piocher de temps en temps, pourquoi se priver d'un tel plaisir ? En outre, je trouve le titre bath.

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Tentative d'épuisement d'un lieu parisien

Publié le par Yv

Tentative d'épuisement d'un lieu parisien, Georges Perec, Christian Bourgois, 1975, 2020

Les vendredi 18, samedi 19 et dimanche 20 octobre 1974, Georges Perec s'installe place Saint-Sulpice à Paris. Il note tous les événements a priori anodins qu'il voit. Des gens, des voitures, des bus, le temps, ce qu'il mange et boit... Cette place d'une grand ville devient pour trois jours un lieu d'observation privilégié du rien ou du presque rien.

Publié en 1975 et réédité cette année par le même éditeur Christian Bourgois, ce très court livre pourrait paraître anodin voire insignifiant, oui mais c'est écrit par Georges Perec et ça change tout. Ça change tout parce que l'écrivain y imprime sa patte, son style inimitable pour parler du quotidien. Grâce à cela ce qui pouvait inspirer la crainte de l'ennui résonne comme un poème à la Prévert, une sorte de carnet d'idées et de personnages de romans. Un plan détaillé d'un futur roman. Tout cela en même temps et un vrai livre à part entière qui, dans le style Perec, joue avec les mots et leurs sons, les phrases. Le premier chapitre, le premier jour, est assez long plus long que les suivants moins rythmés ouiquende oblige.

Là où n'importe qui aurait écrit une litanie, Georges Perec qui n'est pas n'importe qui et qui excelle dans l'écriture avec contrainte offre une variété de styles incroyables dans un si petit bouquin. Pour ceux qui hésitent encore à entrer dans le monde de l'écrivain, c'est une porte qui me semble toute indiquée. Et pour finir un extrait de la page 29 :

"J'ai revu des autobus, des taxis, des voitures particulières, des cars de touristes, des camions et des camionnettes, des vélos, des vélomoteurs, des vespas, des motos, un triporteur des postes, une moto-école, une auto-école, des élégantes, des vieux beaux, des vieux couples, des bandes d'enfants, des gens à sacs, à sacoches, à valises, à chiens, à pipes, à parapluies, à bedaines, des vieilles peaux, des vieux cons, des jeunes cons, des flâneurs, des livreurs, des renfrognés, des discoureurs. J'ai aussi vu Jean-Paul Aron, et le patron du restaurant "Les Trois canettes" que j'avais déjà aperçu le matin."

Excellente idée de Christian Bourgois de rééditer ce texte qui est mon Perec de l'année.

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Perles

Publié le par Yv

Perles, Chi Ta-wei, L'asiathèque, (traduit par Olivier Bialais, Gwennaël Gaffric, Coraline Jortay, Pierrick Rivet) 2020

Chi Ta-wei est docteur en littérature comparée à l'université de Californie et enseigne la littérature à l'université de Taïwan. Il est l'auteur de romans et nouvelles de science fiction. Ce recueil, Perles, regroupe six nouvelles du genre. Chi Ta-wei est aussi un défenseur de la cause homosexuelle.

Je ne suis pas un fanatique de la science fiction ni n'y suis totalement rétif. Entre les deux. Un bon texte -ou de bons textes- peut me plaire quel que soit le genre. Ce que j'aime bien dans les nouvelles de Chi Ta-wei, ce sont les nombreuses références à la culture, notamment française, deux nouvelles ont des titres originaux en français : L'après-midi d'un faune (hommage à Debussy) et La guerre est finie (hommage à Alain Resnais) : "Les Taïwanais d'après la levée de loi martiale [1987] se sont cherchés des modèles internationaux hors de leurs frontières, et certains d'entre nous étions fascinés par la France, connue pour sa littérature et son cinéma qui savent susciter la réflexion." (p.88/89) et les images et allusions à peine dissimulées très fréquentes. Il s'amuse également avec la langue et la bonne idée de l'éditeur est de faire intervenir plusieurs traducteurs, chacun apportant son originalité, procédé qui montre l'étendue du travail d'écriture de Chi Ta-wei. Une autre bonne idée est qu'à la suite de chaque nouvelle, l'auteur, dans un court texte, explique sa genèse et son propos.

Toutes les nouvelles ne m'ont pas plu au même degré, j'ai beaucoup aimé les trois premières, les deux aux titres en français et Perles qui donne son nom au recueil, avec une préférence pour La guerre est finie. Toutes les histoires de Chi Ta-wei sont inventives, profondes et abordent des thèmes pas évidents, comme l'homosexualité et la clandestinité qu'elle implique dans certains endroits et la place de la femme.

Les nouvelles sont un bon moyen de découvrir un auteur inconnu qui souvent montre dans cet espace beaucoup plus de diversité que dans un roman. Chi Ta-wei le montre ici et est un auteur à découvrir.

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La rumba du chat

Publié le par Yv

La rumba du chat, Philippe Geluck, Casterman, 2019

L'autre jour, je vis passer, sur facebook je crois, un post vantant la sortie du Tome 23 du Chat de Geluck. Vérification effectuée, chez, moi, je me suis arrêté au numéro 21. Serait-il possible et envisageable que j'aie raté un épisode, le 22, vous aviez deviné même si comme moi, les maths ne sont pas votre point fort ?

Ressentant presque les tremblements du manque, je fonçai à la librairie m'enquérir du fameux tome manquant et revins vite le lire confortablement assis-avachi sur mon canapé.

C'est donc à la quasi-veille de la sortie du prochain que je lus le précédent. Et comme à chaque fois, je rigolai, je pouffai et remarquai aussi parfois un strip ou un gag point à la hauteur, mais le suivant l'est, je me gaussai donc en oubliant la baisse de régime très temporaire.

Philippe Geluck aborde tous les thèmes du moment : dérèglement et réchauffement climatiques, religion, sexisme, et aussi des thèmes intemporels : l'amour, le sexe, l'art, ... sans se limiter ni dans la connerie ni dans la vacherie. C'est pour cela que j'aime Le Chat et que je courrai très bientôt vers le tome 23 intitulé Le chat est parmi nous.

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La complainte de la limace

Publié le par Yv

La complainte de la limace, Zahra Abdi, Belleville (traduit par Christophe Balaÿ), 2020

Shirine presque trentenaire vit à Téhéran avec sa maman qui a gardé intacte la chambre de son fils Khosrow, disparu pendant la guerre du Golfe vingt ans plus tôt. Shirine est passionnée de cinéma et vit dans un monde imaginaire, parle avec un jeune garçon qui n'existe pas.

Un peu plus loin dans la ville, Afsoun, poétesse, maîtresse de conférences, animatrice d'une émission de télévision populaire et épouse de Vahid, président de l'université, passe une mauvaise période pleine de doutes et de questionnements, de regrets de la vie qu'elle aurait dû avoir avec Khosrow.

Roman d'une Iranienne sur des femmes iraniennes qui vivent sous le joug de la religion et des hommes. Celles qu'elle présente dans ce roman semblent assez libres, l'une parce qu'elle vit dans un monde imaginaire et l'autre parce qu'elle a tous les signes extérieurs de la réussite. Chacune à sa manière refuse de subir et s'élève contre le patriarcat religieux.

Pas forcément simple d'entrer dans la vie de ces femmes, parce que la langue de Zahra Abdi est particulière, qui convoque beaucoup d'images et qui flirte avec l'irrationnel, l'imaginaire notamment pour Shirine. Une fois la porte ouverte, on a plaisir à découvrir une écriture moderne, vive -beaucoup de phrases courtes-, à la fois directe et descriptive, et emplie d'humour et de dérision.

Belleville est une toute jeune maison qui choisit des textes d'ailleurs, des "trouvailles littéraires". Chaque couverture est illustrée par un ou une artiste du pays de l'auteur ou autrice. Ici, c'est Asma Abbasi qui l'a dessinée.

Quant à la signification du titre, en voici une partie, un passage assez significatif de ce roman à découvrir : "J'ai la sensation d'une limace froide et gluante qui enfonce ses cornes dans mon oreille. La complainte de la limace est un des sons les plus tristes que j'ai jamais entendus. C'est une plainte insistante qui se glisse lentement jusqu'au fond de l'âme. Cette viscosité ralentit la circulation du sang et lorsqu'elle atteint le cœur, c'est l'infarctus. Qu'on le veuille ou non, l'organe se paralyse." (p. 28)

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Les émotions

Publié le par Yv

Les émotions, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, 2020

Jean Detrez travaille à la Commission européenne à la prospective. Fils de commissaire européen, petit-fils d'architecte, il appartient à ce que l'on peut nommer l'élite. Travailler à la prospective, c'est échafauder des lendemains possibles, absolument pas faire de la divination. Jean Detrez est un professionnel consciencieux et averti, il s'est rendu compte que l'avenir public qu'il envisage est très loin de l'avenir privé. Lorsque le premier est une discipline scientifique, le second relève de la voyance et c'est sur ce dernier qu'il est temps pour lui de s'arrêter un moment.

Je me suis aidé de la quatrième de couverture pour ce rapide et succinct résumé, les livres de Jean-Philippe Toussaint me posent toujours un souci pour dire en quelques courtes lignes ce qu'ils contiennent et tout le bien qu'ils font.  Les émotions est le deuxième roman d'un nouveau cycle romanesque entamé avec La clé USB (relu en diagonale dans un aller Nantes-Paris, tandis que Les émotions fut très largement entamé sur le retour). Dans le premier la part belle était faite à la profession de Jean Detrez au détriment de sa vie privée. Cette fois-ci, JP Toussaint laisse davantage de place à la vie personnelle, aux désirs, amours, séparations, questionnements de son héros. Confronté à une séparation douloureuse d'avec sa seconde épouse et au décès de son père, Jean Detrez n'est pas au mieux. La période n'est pas non plus propice à la liesse, puisque nous entrons, selon lui, dans un monde populiste, un monde où chacun doute de tout et des autres et se défie des gouvernants.

La chose qui surprend -qui m'avait déjà surpris dans le roman précédent et également dans le cycle romanesque précédent consacré à Marie-, c'est que tous les personnages de JP Toussaint sont des élites, des gens vivent très bien, voyagent aisément sans se poser de questions, œuvrent aux prises de décisions en haut lieu et, pour Jean Detrez, travaillent à la Commission européenne, ce qui fait  quand même un peu double peine pour intéresser un lectorat assez large. Et c'est une gageure que l'auteur dépasse aisément. Si l'on peut se sentir éloigné de son personnage principal, on peut aussi ressentir les mêmes doutes et questionnements.

La grâce de l'écriture, l'élégance, même dans les situations les plus triviales parviennent à nous passionner pour les vies des plus favorisés et également pour le travail de la Commission européenne, qui est souvent représentée comme le repaire des eurocrates et bureaucrates les plus purs, ceux très éloignés de nos vies quotidiennes. JP Toussaint montre le contraire et l'on pourrait se fendre d'une envie d'en connaître davantage sur cette Commission et sur l'Europe en général. Un autre écrivain écrirait sur les mêmes thèmes avec les mêmes personnages, que je n'ouvrirais sans doute pas son livre, mais JP Toussaint c'est pas pareil...

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Sœurs d'Ys, la malédiction du royaume englouti

Publié le par Yv

Sœurs d'Ys, la malédiction du royaume englouti, M.T. Anderson, Jo Rioux, Rue de Sèvres, (traduit par Alice Delarbre) 2020

La reine Malgwen demande au roi Gradlon de Kerne de le débarrasser de son mari qui est un sorcier, en échange de quoi, elle l'épousera et accèdera à ses demandes. Le couple donne naissance à deux filles, Rozenn, l'aînée, l'héritière, proche de la nature, contemplative et Dahut, qui, comme sa mère, a recours à la magie et se complait dans la vie fastueuse de la cour. La cité d'Ys dirigée par Gradlon à la mort précoce de sa femme Malgwen est la proie de toutes les rumeurs concernant son train de vie.

La légende de la cité d'Ys en Bretagne, revisitée par Matthew Tobin Anderson, écrivain jeunesse étasunien et dessinée et mise en couleurs par Jo Rioux.

De la légende de la cité d'Ys, il existe plusieurs versions dont l'auteur s'est inspiré pour raconter la sienne. Si le scénario n'est, de fait, pas inédit, il a le mérite d'être clair et concis. L'histoire gagnant en clarté, elle risque d'être beaucoup plus aisément mémorisable. La simplicité, qui n'est pas synonyme de facilité ou d'infantilisme, est une qualité pas toujours facile à atteindre.

Le dessin de Jo Rioux est superbe et colle parfaitement aux mondes des légendes : les tons, les couleurs, les deux sœurs, très différenciées tant dans leurs représentations que dans leurs caractères. Tout concourt à ce que cet album soit lu et apprécié par le plus grand nombre de lecteurs.

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Petits cimetières sous la lune

Publié le par Yv

Petits cimetières sous la lune, Mauricio Electorat, Métailié (traduit par Mauricio Electorat), 2020

Emilio est chilien. Il vit à Paris, étudie la linguistique. Sa famille est restée au Chili, son père concessionnaire automobile s'accorde très bien avec la dictature de Pinochet, fréquente certains des durs du régime. C'est pour échapper à cela qu'Emilio est venu en France. Il vit à Montparnasse, est veilleur de nuit dans un hôtel et se lie avec d'autres veilleurs de nuit sud-américains qui lui apprennent le métier. Emilio fait la connaissance de Chloé, jeune femme qui apparaît et disparaît régulièrement. Lorsque la disparition d'icelle dure, Emilio décide de comprendre pourquoi. C'est aussi le temps où son frère lui apprend que ses parents ont divorcé, que son père vit avec une jeune femme et que Pinochet n'étant plus au pouvoir, certains Chiliens risquent gros.

A l'ouverture du livre, je remarque que ce roman écrit en 2018 par Mauricio Electorat, écrivain chilien, est traduit en français par lui-même. Pas banal. Je ne parle ni ne lis l'espagnol et ne doute point une seconde des qualités littéraires de l'auteur dans sa langue natale tant celles-ci sont évidentes en français. C'est un romancier habile et un raconteur d'histoire hors pair. Il sait alterner les lieux, les époques, les narrateurs sans que le lecteur n'en soit jamais gêné, au contraire il en est même ravi. Le récit est diablement bien écrit et construit. Il aborde un nombre de thèmes importants conséquents : les relations père-fils et comment celles-ci peuvent évoluer lorsque les deux ont des opinions et des vies diamétralement opposées, l'amour, le Chili sous la dictature et l'après et la dictature en général, la difficulté de vivre à Paris...

Il sait faire preuve d'humour et d'ironie : "En plus, il y avait ce machin, cette espèce de chimère qui nous a toujours aidés : le Chili, ou plutôt Allende, La Moneda sous les bombes, les militaires en  train de brûler des livres, toutes ces cartes postales qui parlaient d'un pays formidablement plongé dans la souffrance et la terreur. Maintenant c'est les Syriens, les Irakiens, les femmes afghanes, mais dans les années 80, en France, il n'y avait rien de mieux qu'être chilien." (p.20) et use de différents niveaux de langage. Son écriture est fluide, très agréable et prend parfois le lecteur comme témoin des errements ou erreurs d'Emilio en l'interpellant. Un roman qui n'est pas léger, certes, puisque la dictature de Pinochet en est en partie le contexte, mais qui n'est jamais plombant. La vie avant tout.

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