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La crue des âmes

Publié le par Yv

La crue des âmes, Gabriel Orieux, Ed. LC, 2017...

Charlie est un jeune étudiant, bénévole dans une station de radio nantaise. Un jour, il se lance dans une chronique particulièrement critique sur l'identité française, la tolérance et l'acceptation des différences. Son patron le vire pour cette prise de position vive, mais sa chronique diffusée en direct va provoquer des remous chez certains auditeurs. C'est aussi pour Charlie une grande période de doutes et de questionnements qui s'ouvre ou se prolonge en s'intensifiant. Tous les événements de sa vie passée et présente l'interpellent. 

Paru aux éditions Cécile Langlois que je découvre, ce premier roman -malheureusement bourré de coquilles -ce n'est pas un frein, mais ça fait désordre- est celui d'un jeune homme que je ne connais pas personnellement, mais sa maman si. 

Il, ce premier roman, souffre des défauts qu'on y associe souvent : Gabriel Orieux tire à tout-va, il veut absolument aborder tous les thèmes qui l'agacent ou le concernent au risque de submerger son lecteur voire de l'agresser avec ce trop-plein d’énergie et de révolte. C'est aussi une valeur de son âge, mes enfants ayant le même, je peux les retrouver dans les propos de l'auteur. C'est parfois il faut bien le dire, lorsqu'on a atteint la cinquantaine et la sagesse -si, si, je suis sage, la preuve, j'ai même fait du yoga-, un peu fatigant de les suivre dans toutes leurs revendications et leurs certitudes, mais dans le même temps, comme je suis resté un brin révolté et que je me souviens de cette période de mes vingt ans et quelques je comprends et même je préfère être un peu envahi par les indignations d'un jeune que par l'apathie et la soumission de beaucoup d'autres abreuvés de télé-réalité ou autres écrans plats et vides.

L'écriture est un peu coincée au départ, puis se libère au fil des pages pour devenir nettement plus fluide, tant mieux -un conseil aux futurs lecteurs : ne vous arrêtez pas à ces premières pages, persévérez. Ensuite, lorsque Gabriel Orieux se lâche, on le lit très agréablement et force est de dire qu'il a un talent d'écriture certain. 

J'aime la construction de son roman où l'on rencontre des personnages qui changent après la chronique radiophonique et qui s'ils n'avaient rien pour se rencontrer, le feront quand même sans savoir à quoi et à qui ils doivent cette rencontre. Ce roman coup-de-poing ou coup-de-gueule, on le prend de plein fouet, et il peut être utile de le poser de temps en temps, le lire d'une traite me semble difficile. Il ressemble pour moi à un plan détaillé de ce que pourrait nous réserver le jeune auteur qui se révèle ici. Il pourrait étoffer ses réflexions sur tous les sujets qu'il aborde, importants, vitaux, et même sans doute utiliser ses personnages secondaires pour y parvenir. 

Voici donc mon ressenti sur ce premier roman un peu dispersé mais qui gagne à être découvert, pour la plume de Gabriel Orieux mais aussi pour garder l'espoir dans la génération des jeunes adultes qui ne sont pas tous comme on veut bien nous les montrer parfois, déconnectés de la réalité, irresponsables et futiles.

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Le goût des jeunes filles

Publié le par Yv

Le goût des jeunes filles, Dany Laferrière, Zulma, 2017 (Grasset&Fasquelle, 2005).....

Haïti, 1971, année de la mort de François Duvalier et de la succession de son fils Jean-Claude, un jeune homme, adolescent, bon élève, vit avec ses tantes et sa mère en face de chez Miki. Miki est une jeune femme, très belle entretenue par un homme riche qui la laisse relativement libre. Elle reçoit beaucoup ses amies, Marie-Flore, Marie-Erna, Choupette, Marie-Michèle et Pasqualine. Toutes sont belles, issues du peuple pauvre du pays, sauf Marie-Michèle, bourgeoise de Pétionville qui ne supporte plus son milieu et qui le cache aux autres. Le jeune homme observe l'appartement de Miki par sa fenêtre et rêve d'aller passer un moment au paradis, c'est-à-dire en face de sa chambre.

Je continue ma découverte de Dany Laferrière grâce à la publication de ses romans dans l'édition poche de Zulma et je dois dire qu'à chaque ouvrage j'apprécie de plus en plus. Après les deux romans sur l'enfance : L'odeur du café et Le charme des après-midi sans fin, voici un roman sur l'adolescence et la découverte de la sensualité et la sexualité. Il alterne les narrateurs, les principaux étant le jeune homme et Marie-Michèle par l'intermédiaire du journal qu'elle tient pendant cette période, ce qui donne l'impression de deux romans dans un seul. L'un plus léger d'un premier abord, un adolescent s'intéressant de très près aux belles jeunes filles d'en face et l'autre le journal d'une jeune fille qui comprend que la vie n'est pas qu'argent et facilités mais que beaucoup en Haïti sont très pauvres et doivent se battre pour vivre. Les filles en particulier qui, dès douze ans doivent lutter contre les harcèlements, les agressions, qui lorsqu'elles sont menées par des tontons macoutes sont difficiles à éviter. On passe de la légèreté voire de la grivoiserie qui révèlent cependant toute la force nécessaire aux femmes pour vivre mais aussi les tentations de la vie facile, entretenue par des hommes influents et riches, à la réflexion assez profonde de Marie-Michèle, qui finalement rejoint les mêmes thèmes mais d'une manière différente. La différence entre les riches qui gouvernent et les pauvres qui subissent est aussi au cœur du roman, tous sont "embrigadés", formatés pour vivre dans leur milieu : "On est à peu près tous cousins, cousines et nous vivons dans le même périmètre. On va à des fêtes où on ne rencontre que des cousins et des cousines. Je n'arrêtais pas de demander à ma mère pourquoi nous sommes tous cousins et cousines. Elle semblait évasive à chaque fois. Quand j'ai vu que personne ne piperait mot là-dessus, je me suis mise à réfléchir toute seule, un soir, pour trouver enfin la réponse. C'est l'argent. L'argent, l'argent, l'argent. On se serre les coudes. On se marie avec ceux qui sont aussi riches que soi. On additionne les richesses. Et c'est ainsi qu'après deux siècles de fusion on a fini par devenir une seule et même famille. Je me doutais bien que ce n'était pas ici, à Pétionville, qu'on avait échafaudé ce système à la fois simple et répressif, basé sur trois choses fondamentales : la richesse familiale, l'exploitation du peuple et la corruption de la classe politique au pouvoir." (p.85/86)

Dany Laferrière décrit des femmes formidables qui ne baissent pas les bras, n'abdiquent pas devant les épreuves, que ce soient les jeunes voisines de l'adolescent ou ses tantes et sa mère, des femmes souvent seules, les maris ayant fui le régime de Papa Doc ou ayant été torturés et tués par le même régime. C'est donc de nouveau un très bon roman de Dany Laferrière et je me réjouis que Zulma les édite en poche, d'abord parce que j'aime beaucoup cet éditeur et l'auteur, ensuite parce que les couvertures sont toujours magnifiques et enfin parce qu'en poche, c'est abordable.

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La disparue de Saint-Maur

Publié le par Yv

La disparue de Saint-Maur, Jean-Christophe Portes, City éditions, 2017.....

Fin novembre 1791, Victor Dauterive, jeune lieutenant de la toute nouvelle gendarmerie est mandaté par l'un de ses supérieurs pour rechercher une jeune femme disparue. Les parents d'icelle, aristocrates pauvres ne veulent pas que l'on se mêle de cette histoire, le scandale et la honte -pire que la ruine- les effrayant sans doute. Victor cherche néanmoins. Mais bientôt, son mentor, le marquis de La Fayette le décharge de cette enquête pour lui demander de faire des recherches sur Jérôme Pétion, candidat à la mairie de Paris contre lequel il veut se présenter. Les investigations de Victor l'emmèneront jusqu'en Angleterre, les Anglais étant très attentifs au déroulement et aux conséquences de la Révolution française.

Après le bon L'affaire des corps sans tête, puis l'aussi bon L'affaire de l'homme à l'escarpin, voici cette troisième aventure de Victor Dauterive, jeune noble en rupture familiale, versé dans la gendarmerie par son protecteur La Fayette à qui il croit devoir fidélité et reconnaissance, dans des temps particulièrement troublés et violents ; il faut dire que le marquis le tient : "Vous êtes mineur, Victor. Pendant deux ans, votre père a encore tous les droits sur vous. Y compris celui de vous placer en maison de correction, tête de mule que vous êtes. Et il le ferait, croyez-moi, si vous n'étiez pas officier de gendarmerie. Que croyez-vous qu'il se passerait si ce n'était plus le cas ?" (p. 165).

La bataille est rude entre les divers groupes de députés et les nombreuses formations politiques en présence. Les aristocrates en exil montent une armée pour rétablir le roi, d'autres en France rêvent d'une monarchie constitutionnelle, d'autres de se défaire de celui qu'ils considèrent comme un despote. Les coups sont bas et pleuvent. Tout est permis pour incriminer son adversaire et profiter de ses faiblesses pour le discréditer. La guerre est en attente, aux portes de Paris, le sujet de discussion du moment. C'est donc dans ce monde-là que Victor évolue et cette fois-ci, il sera plus espion qu'enquêteur. Néanmoins, ça ne l'empêche pas de tomber dans des pièges, des traquenards, sa jeunesse et sa relative naïveté au moins sa confiance en les lois et les règles ne lui servant pas pour les déjouer. Il est frais et c'est cela qui est bien, loin des flics habituels blasés et qui réussissent tout du premier coup. Il s'endurcira sans doute, mais comme JC Portes a la bonne idée de resserrer ses intrigues sur quelques mois (puisque la première se déroule début 1791), Victor reste un poil candide. Sa volonté, son opiniâtreté, sa force de caractère et son intelligence lui permettent de s'en sortir. Je l'aime bien Victor, il est vivant, humain, certes, un peu coincé, mais bon il vit en 1791, les mœurs ne sont pas tout à fait les mêmes que de nos jours. 

Plus haut, je parlais des bons tomes 1 et 2, là, vous me permettrez d'écrire l'excellent tome 3. Les quelques réserves émises pour les deux premiers ont -presque- disparu (il reste quelques coquilles, gênantes mais pas rédhibitoires). La longueur, eh bien, je ne l'ai pas ressentie dans ce volume, sans doute parce que, bien que plus gros de 100 pages (530 pages avec les notes et les remerciements de l'auteur), JC Portes maîtrise de mieux en mieux son sujet. Le contexte est passionnant, je ne suis pas spécialiste de l'époque, j'apprends beaucoup. Ses personnages s'épaississent, Victor bien sûr, mais aussi son ami Olympe de Gouges très présente, ses amis et ses ennemis du moment (j'aime bien le clin d’œil à Alexandre Dumas avec le nom de la belle anglaise, Miss Winter, amie ou ennemie (?), je n'en dirai pas plus). On pourrait croire que Victor et son créateur s'éparpillent puisque deux affaires sont en cours de ce volume, mais que nenni, un gendarme peut enquêter sur deux histoires simultanément, "sacrediou", comme dirait Olympe qui aide son ami sans son accord.

Tout cela est drôlement bien ficelé et se lit avec un grand plaisir, une impatience à connaître le dénouement et une volonté de prolonger un peu les moments passés en cette compagnie et cette époque, bien au chaud dans mon canapé. Troisième tome très convaincant, à consommer et partager sans modération, un coup de cœur !

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Amanhã, voyage musical au Brésil

Publié le par Yv

Amanhã, voyage musical au Brésil, Zaf Zapha, Laura Guéry, Caroline Chotard, Tout s'métisse, La caza musique, 2017.....

"Découvrez le Brésil... en musique ! Voyagez au coeur de ce pays aux milles facettes et laissez-vous guider par les chants des enfants. Aux rythmes des bossas novas, sambas ou choros, venez découvrir les instruments de musique, les chansons et les richesses culturelles de cette splendide terre de contrastes." (4ème de couverture)

Après Kalenda et le voyage dans le monde créole, cette fois-ci, la même équipe, Zaf Zapha à la musique, Laura Guéry aux illustrations et Caroline Chotard aux textes, nous emmène au Brésil. Livre-cd qui, pour sa partie cd est chantée par des enfants, sur tous les rythmes du pays, beaucoup plus variés que ce que j'ai coutume d'appeler musique brésilienne -ma culture en ce domaine (et en d'autres sûrement) est assez limitée. Certaines chansons traditionnelles que l'on connaît bien chez nous, telle Il était un petit navire, prennent une dimension plus... exotique et dynamique voire festive. La partie musicale fera plaisir aux petites oreilles, dès 5 ans et aux plus grandes bien entendu, même les miennes ont bien aimé, et pourtant, les chants d'enfants, bon ça va deux minutes... Quelques participations à noter : Flavia Coelho, Nazare Pereira, Albin de la Simone et Marcio Faraco. 

Les illustrations sont très colorées, enfantines et réalistes, elles montrent les différents instruments de musique, les animaux, les spécialités culinaires, les plantes, ... du pays. Très facilement montrables aux petits qui s'y retrouveront vite. 

Les textes parlent de l'histoire du pays, de ses coutumes, des habitants, des différents styles musicaux. Très riche, cet ouvrage permet de se faire une idée du pays en insistant sur la musique et ses instruments, mais aussi sur la multi-ethnicité des habitants et la grande pauvreté de certains.

Ce livre est la preuve que l'on peut parler intelligemment aux enfants d'un pays sans négliger des aspects moins "vendeurs" et son point fort est qu'il aborde tout cela par la musique.  Noël approche, une excellente idée cadeau.

PS : laissez le cd jusqu'au bout, la musique bonus vaut le coup !

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Devant le seuil

Publié le par Yv

Devant le seuil, Philippe Godet, Ed. de la Rémanence, 2017....,

Gérard connaît Natalie sa femme depuis dix ans. Tombé sous le charme de sa voix de chanteuse de jazz, il lui a envoyé ses poèmes qu'elle a aimés. Dix ans de bonheur et d'amour. Puis un jour, la terrible nouvelle : Natalie est atteinte d'un cancer du sein. Le sein droit. Tous les deux font face comme ils peuvent. Les rendez-vous médicaux. Les mauvaises nouvelles. Les traitements longs et épuisants. La vie qui domine néanmoins, la folie douce de Natalie qui égaye ces journées ternes. Sur fond de jazz et de poésie, Gérard raconte l'histoire de Natalie, la leur. 

J'ai eu un peu de mal à entrer dans ce texte, pas particulièrement enjoué. J'ai un peu forcé pour les vingt/trente premières pages et puis la suite a coulé naturellement et je n'ai pas pu lâcher l'ouvrage jusqu'à la fin. Philippe Godet alterne les passages poétiques, imagés avec d'autres directs voire crus. Sa plume est belle et originale, oscillant entre le "il" du narrateur, le "je", le "tu", le "nous" sans que jamais le lecteur ne se perde, il faut même faire un peu attention pour remarquer ces changements. Gérard rempli des carnets et un blog qu'il alimente avec ses poèmes et j'ai beaucoup aimé cette phrase : "Nous avons un cancer", qui résume tout le livre. C'est Natalie qui est malade, mais c'est ensemble, tous les deux qu'ils luttent et se soutiennent. Elle révèle également la force de l'amour qui les lie. 

Quelques autres personnages apparaissent : les musiciens du groupe de Natalie, quelques amis, la fille de Natalie, née d'un premier lit, mais c'est quasiment un dialogue entre Gérard et Natalie.  Le texte est fort, puissant. Il pousse au questionnement : que ferions-nous en pareil cas ? Aurions-nous cette réserve de patience, de vitalité, cette énergie que dégagent les deux  ?

Philippe Godet décrit admirablement ses sujets, dans leurs forces comme je le disais plus haut mais aussi dans leurs faiblesses, leurs doutes, leurs peurs, leurs petitesses parfois, leur générosité mais aussi leur égoïsme nécessaire pour lutter, ... Ils sont humains avant tout et donc en proie à tout ce que je décline ci-dessus. Chaque parcours est individuel et chaque personne est unique et seule face à la maladie car c'est elle qui la ressent, mais un entourage présent, aimant et attentionné, même s'il ne suffit pas, insuffle de l'énergie et l'envie de vivre. C'est tout cela qu'aborde Devant le seuil, qui, malgré un thème pas réjouissant est un hymne à la vie et à l'amour, pas plombant du tout, même si certains passages peuvent être durs. 

Un très beau texte, édité par les éditions de la Rémanence dont le -déjà très beau, j'en ai chroniqué plusieurs- catalogue s'étoffe de belle manière. Un extrait -presque- au hasard pour finir :

"Natalie a coupé les cheveux épars qui lui restaient. Elle porte désormais sa perruque pour sortir. Dans l'intimité, elle la remise sur son support. Je la vois à nu. Elle se montre ainsi à moi, dans toute sa vérité de femme blessée. Toi seul me vois telle que je suis, dit-elle. Elle se regarde dans la glace. Que c'est moche, ces cheveux éparpillés ! Crois-tu que je doive me rase la tête ?" (p.103)

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Gainsbourg, 5 bis rue de Verneuil

Publié le par Yv

Gainsbourg, 5 bis rue de Verneuil, Tony Frank et Jean-Pierre Prioul, Ed. E/P/A, 2017.....

Tony Frank est photographe. Il était proche de Serge Gainsbourg, l'a beaucoup photographié ainsi que l'intérieur de sa maison, rue de Verneuil. 

Jean-Pierre Prioul a connu Serge Gainsbourg sur les douze dernières années de sa vie; il en a été proche jusqu'à devenir le "gardien du temple, de son temple, le mythique hôtel particulier du 5 bis, rue de Verneuil." Il légende les photos de Tony Frank.

Serge Gainsbourg (1928-1991) a vécu à cette adresse de 1969 à sa mort.

Cet ouvrage est préfacé par Charlotte Gainsbourg : "De 1969 à 1991, de Je t'aime moi non plus à You're Under Arrest, ce lieu aura vécu à ses côtés comme un compagnon de vie qui maintenant, sans lui, lui reste fidèle."

Beau livre, les fans de Gainsbourg pourront (re)découvrir cette maison devenue mythique. J'en avais beaucoup entendu parler de ce lieu, du noir des murs au plafond notamment. C'est vrai et malgré ou grâce à cette couleur sombre, les photos sont superbes. Les pièces ne sont pas claires, à celles de l'étage, les fenêtres sont calfeutrées, les lumières y sont allumées, elles se reflètent sur les multiples objets -bibelots dirions-nous si c'était chez nous- que Serge Gainsbourg a collectionnés et ordonnés selon un goût très personnel. C'est chargé, j'aurais du mal à y vivre,  mais il se dégage une ambiance créative indéniable. Même le petit truc qui ferait moche chez nous est ici agencé pour être mis en valeur. 

Et puis, il y a aussi les œuvres diverses, portraits de l'artiste et des femmes qu'il a connues -tout le monde n'a pas la chance d'avoir un portrait grandeur nature de Brigitte Bardot jeune (parce que maintenant, ce ne serait sans doute pas une chance, et je ne parle pas que du physique)-, disques d'or, récompenses, photos de famille et même surprenant, une collection de poupées !  

On visite toutes les pièces : salon, cuisine, salle de bains, bibliothèque, chambres, tout est resté comme en 1991, donc un poil désuet mais de cette désuétude qui ne se démode pas et qui fait dire que c'est vraiment une maison d'artiste.

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L'authentique Pearline Portious

Publié le par Yv

L'authentique Pearline Portious, Kei Miller, Zulma, 2016 (poche, 2017, traduit par Nathalie Carré).....

Adamine Bustamante est née dans une léproserie en Jamaïque. Sa mère morte en lui donnant la vie, c'est la vieille Mman Lazare qui élèvera Adamine jusqu'à ses quinze ans repoussant sa propre mort jusqu'à cent cinq ans. La mère d'Adamine est-elle la véritable Pearline Portious ? Et pourquoi tricotait-elle des bandages multicolores dans cette léproserie ? 

Deux voix racontent cette histoire, celle d'un écrivain venu d'Angleterre et celle d'Adamine qui le contredit parfois, livrant sa version différente de celle de l'écrivain pourtant documenté.

On le sait, toute bonne histoire commence par il était une fois. Celle-ci ne déroge pas à cette règle, mais là où la suite de la phrase habituelle fait naître l'espoir de princesses et de princes, Kei Miller lui, écrit : "Il était une fois une léproserie en Jamaïque". Le décor est alors planté, loin des contes de notre enfance. Et la suite ? Eh bien, excellente, ce n'est pas sans raison que je fais de ce roman l'un de mes coups de cœur. L'authentique Pearline Portious a été écrit avant By the rivers on Babylon, que j'ai chroniqué et aimé -ou vice-versa. J'y retrouve tout ce que j'ai décrit et qui m'avait emballé, cette langue magique et puissante, sorte de créole jamaïcain qui ravit mes sens. Lorsqu' Adamine s'exprime, c'est un festival et les images affluent, les mots ou expressions sont orthographiés bizarrement et c'est tant mieux :

"Mman Lazare et moi, on a aussi la même peau, noire comme le plus profond de la nuit. A l'école, les ti-gars disaient toujours : Adamine, tu peux pas la voir dans l'noir, sauf quand elle sourit. Mais bon, j'avoue : la chose vraie de Monsieur Gratte-Papyè qu'écrit mon histoire, c'est ce qu'il dit de Mman Lazare, ça, c'est vrai. Mman Lazare, c'était un très vieux ti-bout femme avec cheveux anpil qui portait toujours deux chemises l'une sur l'autre." (p.52)

Certains néologismes peuvent surprendre voire questionner, mais très vite on s'y fait et on en redemande. Lorsque c'est l'écrivain qui s'exprime, la langue est différente, plus classique. Un bel exercice de style, très convaincant.

L'histoire est folle, la vie d'Adamine peu commune et en plus de cela, Kei Miller y ajoute des personnages secondaires très particuliers eux-mêmes, un contexte religieux lui-même particulier : les Revivalistes, mouvement jamaïcain qui tente de relancer une foi chrétienne mâtinée de vaudou et des croyances locales, si j'ai bien compris (mais je ne parierai pas un kopeck là-dessus, d'autant plus que je n'ai rien trouvé comme info sur cette église). Adamine en devient une prophétesse, une "crieuse de vérité". L'ouvrage est foisonnant et il n'est pas une page qui n'apporte pas sa surprise, son moment d'engouement au lecteur. En outre, lorsque l'on sent la fin proche, le romancier nous prend à revers et la bâtit différemment de tout son texte précédent. On entre alors dans un roman à tiroirs, divers intervenants expliquant leurs rôles dans les vies de Pearline Portious et d'Adamine Bustamante. On n'est pas dans un polar, mais néanmoins, une interrogation tend ces dernières pages.

Vous l'aurez compris, j'ai adoré ce roman surprenant, fou, magnifique, d'une beauté incomparable. Il existe dans sa version grand format parue en 2016 et dans sa version poche de 2017, les deux chez Zulma.

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Il était une fois l'inspecteur Chen

Publié le par Yv

Il était une fois l'inspecteur Chen, Qiu Xiaolong, (traduit par Adélaïde Pralon), Points, 2017 (Liana Levi, 2016)...,

L'inspecteur Chen est un personnage récurrent de Qiu Xiaolong. Cet opus relate sa jeunesse, son entrée dans la police et sa première enquête. Jeune homme dont les parents ont subi les humiliations en pleine Révolution culturelle de Mao, Chen réussit néanmoins à apprendre l'anglais et suivre des études sur la littérature anglaise. Bientôt, il est nommé inspecteur de police mais est cantonné à un rôle de traducteur des méthodes de la police étasunienne. Puis, s'intéressant à une affaire de meurtre, il découvre des indices intéressants qui mènent l'inspecteur Ding, son chef vers une piste inexplorée. 

Ce roman est en sélection pour le Prix du meilleur polar points. 

J'ai beaucoup entendu parler de la série avec l'inspecteur Chen, mais ne l'ai pas encore lue, c'est donc avec une certaine curiosité que j'ouvre ce livre, assistant en quelque sorte à la naissance d'un personnage récurrent que je pourrais bien retrouver sur mon chemin de lecteur. Plus qu'un roman, c'est une suite de nouvelles, qui se suivent certes, mais qui ne constituent pas un polar à proprement parler. Un peu comme si Qiu Xiaolong, avant de donner de l'épaisseur à son héros s'était essayé à le mettre en situation pour le tester. Parfois certains tests sont très concluants, comme celui-ci et donc les publier est une excellente idée. 

On sent que dans son personnage, le romancier a mis pas mal de lui et certains de ses amis et fréquentations se retrouvent aussi dans ses histoires ainsi qu'il le raconte lui même dans le dernier chapitre autobiographique. C'est une très belle découverte pour moi, associée à une salivation terrible lorsque Chen évoque les divers plats qu'il goûte, car la cuisine est très présente dans son roman. Ainsi que la Chine communiste qui commence sa métamorphose vers le capitalisme et le libéralisme. Et la poésie. Chen n'est pas un flic comme les autres, c'est sans doute pour cela qu'il plaît. Érudit, prenant le temps d'écouter tous le gens du plus petit au plus important, il mène son enquête tranquillement. C'est très bien fait, c'est beau et émouvant. Cela n'en fait pas pour autant mon favori pour le Prix, il y manque un petit quelque chose mais c'est une très belle découverte, et je retrouverais très volontiers l'inspecteur Chen dans ses aventures ultérieures.

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L'odeur des garçons affamés

Publié le par Yv

L'odeur des garçons affamés, Frederik Peeters, Loo Hui Phang, Casterman, 2016....

Une étrange équipée dans le désert du Far West, juste après la guerre de sécession : un géologue le responsable, un photographe en fuite et un jeune garçon à tout faire. Ils cartographient, photographient les lieux et les habitants, des Comanches, mais quel est leur but ? Ils sont suivis de près par un homme étrange, et surveillés par un Indien. Un mystère rôde sur tous les protagonistes, et sur les raisons de leur présence, et le désir s'en mêle.

Qu'elle est étrange cette bande dessinée qui débute comme un western et lorgne doucement puis plus franchement vers le surnaturel, l'étrange, le bizarre. Loo Hui Phang est au scénario, son esprit s'égare et ses inventions sans doute incongrues dans un western donnent un coup de jeune et d'originalité au genre. Une courte biographie en fin de volume explique qu'elle s'exprime dans différents domaines, la BD, la littérature, le théâtre, le cinéma, les performances et les installations preuve sans doute d'une imagination débordante. Frederik Peeters dessine assez classiquement dans les situations classiques et son art s'exprime différemment dans les délires d'Oscar le photographe ou dans les situations surnaturelles. L'association des deux fonctionne à merveille.

L'histoire est bien menée, l'intrigue bien ficelée et le suspense bien maintenu. Tout cela aurait pu suffire à faire un bon album, mais le désir naissant et grandissant, le surnaturel lui donnent un ton très personnel que j'ai beaucoup apprécié. Il n'y a rien que je déteste plus que la sensation de lire ou d'écouter des œuvres copiées ou très inspirées d'autres œuvres sans rien apporter en plus. Le déjà-lu, déjà-vu, déjà-entendu, aucun risque avec cet album au titre énigmatique, L'odeur des garçons affamés.

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