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Artifices

Publié le par Yv

Artifices, Didier Fossey, Flamant noir, 2018.....

Boris Le Guenn, commandant et chef de groupe à la crim' au 36 quai des orfèvre est mis sur une drôle d'enquête : le corps d'un vieil homme vient d'être retrouvé, attaché à un arbre, l'homme semblant avoir été tué par une chandelle de feu d'artifice. Quelques jours plus tard, un autre homme, meurt dans sa maison de retraite, et de nouveau du matériel d'artificier a été utilisé. 

Dans le même temps, Boris Le Guenn, fraîchement séparé de sa femme subit le harcèlement d'un inconnu.

Retour de Boris Le Guenn déjà rencontré dans les titres précédents de Didier Fossey : Burn-out et Ad unum. Dire qu'il revient pour le plaisir des lecteurs n'est pas mentir, ceux qui le connaissent rempilent avec joie, les autres apprendront à le découvrir et auront sans doute l'envie de lire ses autres enquêtes, ce qu'évidemment je ne peux que conseiller fortement. Fidèle à son habitude, l'auteur bâtit son roman en courts chapitres qui alternent les narrateurs, ce qui permet au lecteur d'avoir un temps d'avance sur les policiers. Le rythme est rapide et s'accélère sur la fin, plaisant et si l'envie vous prend, cette construction le permettant, vous pourrez toujours poser le livre aisément et le reprendre un peu plus tard sans perdre le fil. Moi qui lis beaucoup par toutes petites tranches, ça me plaît. 

Venons-en au cœur de l'ouvrage : l'histoire, l'intrigue. Originale et classique, Didier Fossey lorgne vers le thriller -avec un méchant vraiment très méchant qui en veut à son flic- mais a l'intelligence de ne pas céder aux facilités du genre (bagarres archétypales et/ou enlèvement des femmes et enfants, enfin tout ce qui est prévisible et décevant dans pas mal de thrillers étasuniens notamment). C'est cela que j'aime bien, le romancier adopte les règles du genre mais les personnalise pour écrire des romans originaux. En outre, il persiste avec ses personnages forts et bien décrits, très réalistes. C'est avant tout l'humain qui est mis au centre du roman, les aides techniques et scientifiques sont là, certes, mais l'histoire tourne autour des hommes et des femmes, de leurs sentiments, leur flair, leurs intuitions ; c'est rassurant de lire que les avancées scientifiques et technologiques sont au service de l'homme et non pas l'inverse. L'histoire est originale : la mise à mort avec du matériel de feu d'artifice, des personnages venant du passé et se rappelant aux bons souvenirs des victimes mais aussi de Boris qui sera, dans un premier temps désemparé, puis avec son équipe renouvelée se mettra à la tâche avec ardeur. Sans en dire trop sur l'intrigue, pour ne rien en dévoiler, pour laisser le goût de la découverte, je dois dire que Didier Fossey s'est bien documenté sur l'arme des crimes, sur l'Aide Sociale à l'Enfance au cœur de son roman sans en faire l'administration coupable de tous les maux des enfants dont elle s'occupe -le travers de taper dessus et sur les enfants confiés aux foyers et familles d'accueil est malheureusement souvent de mise : merci Didier de ne pas y céder.

Je parle peu de l'intrigue, car j'ai peur de trop en dire, le mieux, c'est que vous apportiez ce roman en vacances pour vous faire votre propre idée, et même s'il n'est pas franchement gai -ça reste un polar, pas une comédie policière-, il tient en haleine jusqu'au bout et vous pourriez même avoir l'envie de prolonger un peu en lisant moins vite. Et si vous n'avez pas le temps de lire pendant les vacances, il fera tout aussi bien l'affaire à un autre moment, en hiver au coin du feu...

Didier Fossey en cinq romans (j'en ai deux de retard : Traque sur le Web -réédité dans l'excellente maison Flamant noir- et Na Zdrowie, chez L'Atelier Mosésu, une enquête de l'Embaumeur)

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Osez...20 histoires sea, sex & sun

Publié le par Yv

Osez... 20 histoires sea, sex & sun, Collectif, La Musardine, 2018

Vingt nouvelles qui ont donc en commun, d'abord d'être érotiques et ensuite de se passer en vacances à la mer.

En allant, de temps en temps, voir les statistiques du blog, je m'aperçus, il y a peu, que le tag "érotique" était le plus visité. Je me devais donc de l'alimenter afin de ne point perdre des visiteurs et même d'en gagner d'autres. Alors en ce début d'été qui s'annonce chaud, c'est La Musardine, spécialiste ès genre érotique qui fera l'objet de ma recension. 

Y a-t-il de la nouveauté dans ce recueil ? Pas vraiment, bien que je ne sois pas spécialiste du genre littéraire en question, j'ose -moi aussi- dire que les situations se ressemblent. Le paysage change un peu, surtout la température de l'eau selon que les héros sont au bord de la Méditerranée ou en Bretagne, parce que, pour ce qui est de la température des corps, elle est unanimement brûlante voire torride, et certaines parties du corps, souvent détaillées, sont en ébullition, tant qu'elles émoustilleront les plus insensibles d'entre nous.

Dans beaucoup de nouvelles, les femmes prennent les devants -et les hommes les arrières (désolé, elle était tentante)- et ce sont elles qui cherchent à provoquer le désir de l'homme qu'elles ont repéré. Est-ce parce que la majorité des auteurs de ce recueil sont des femmes ? En tous les cas, ça donne sans doute une plus grande sensualité, des scènes certes crues mais pas en enfilade (ce n'est qu'une expression, ne visualisez pas !). Allez, mes préférées pour la suite :

- C'étaient les vacances (Maître Vicaire Albion) : une femme trompe l'ennui et son mari en initiant un homme plus jeune et un peu emprunté (la chute est drôle et imprévisible)

- Le paréo bleu (Zakya Gnaoui) : une femme prof de fac parisienne et délaissée par son mari pendant un été, se surprend à avoir de nouveau du désir et à en provoquer chez les hommes.

- Eaux troubles (Clarissa Rivière) : Hironui entretient les piscines des riches propriétés et par extension -eh eh, le drôle est bien pourvu- les femmes désœuvrées qui les habitent (décidément). 

- La vie est à nous (Valéry K. Baran) : rien de très nouveau dans l'histoire, mais le ton est intéressant, qu'on s’attend plus à retrouver dans du roman noir ou dans un roman étasunien, très oral (non, rien de cochon là non plus, enfin dans ma bouche.. euh non, dans mon propos. Diable qu'il faut faire attention à ce qu'on écrit quand on cause de sexe). 

- Bienvenue chez les Ch'tis (Cornelia B. Ferre) : franchement décalée, cette nouvelle est la plus originale à tous point de vue : la situation -ou les situations- (qu'il vaut mieux prendre au second degré) et le style direct, cru.

- En repérage à la plage (Romuald Ward) : ici, c'est la chute qui donne du relief à l'histoire

Voilà voilà, rien de nouveau donc sous le sea, sex & sun, mais de quoi agrémenter les longues journées et courtes soirées estivales, chaudes (il paraît que "l'été sera chaud, l'été sera chaud", la température pourrait bien monter dans les tentes, chalets et autres mobil-homes des heureux lecteurs et heureuses lectrices -puisque ce sont les femmes qui sont le plus à la manœuvre dans ces nouvelles- de ce titre.

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Ça coince ! (43)

Publié le par Yv

Marseille confidential, François Thomazeau, Sang neuf, 2018

Marseille années 30, la bagarre est rude pour les proches élections législatives. Face à face Pierre Ferri-Pisani, socialiste et Simon Sabiani, extrême-droite. Dans chaque entourage, des truands notoires ou en devenir. C'est dans cette ambiance chaude qu'un gardien de la paix ripoux est abattu, juste entre les deux locaux des candidats. Lequel des deux a fait le coup, chacun accusant l'autre et chacun affirmant que ce policier était de ses rangs. A l'époque, les flics sont plutôt derrière le candidat socialiste. C'est André Guibal, flic intègre et apolitique qui est chargé de l'enquête. 

Sur fond de combines, de corruption, de clientélisme, de guerre pour les différents territoires et marchés des gangsters, sur fond de la plus stricte réalité de l'époque, François Thomazeau bâtit son histoire qui aurait pu qui aurait dû me passionner, d'ailleurs qui débute très bien. Et puis, très vite, je m'y ennuie terriblement, il tourne en rond, se répète, sous prétexte de bien ancrer son contexte historique et ses personnages nombreux, les réels et les fictionnels. Son roman manque d'allant, de vivacité, je me retrouve au rythme de l'enquêteur, morne et lent, et rien ne me retient. Mais sans doute les Marseillais -et d'autres- trouveront ces pages de l'histoire politico-gangstero-policière de la ville intéressantes.

 

 

La marquise des poisons, Olivier Seigneur, Plon, 2018

"1679. Louis XIV réside au château de Saint-Germain, célèbre pour ses jardins en terrasse et ses fabuleux jets d'eau. Sa toute-puissante favorite, la flamboyante marquise de Montespan, attire tous les regards et se sent maîtresse du royaume. Si, à Saint-Germain, on danse et on s'amuse, à Paris, on invoque le diable, on profane des églises, on dit des messes noires. C'est ce que découvre effaré, le lieutenant général de la police, Gabriel Nicolas de La Reynie. Quel complot se trame derrière ces actes effrayants ?" (4ème de couverture)

Alléchant, n'est-il pas ? Sauf que le gros roman peine à vraiment débuter, installe en quelques chapitres de nombreux intervenants et distille moult détails parfois pas vraiment utiles qui allongent la sauce et ne servent qu'à me gâcher le plaisir de la lecture et de la plongée sous le règne de Louis XIV.

Beaucoup de longueurs dans un roman policier en habits qui se veut, et qui est, instructif. Malgré ce dernier aspect, je ne parviens pas à résister à des bâillements et à des envies de l'envoyer promener, mais eu égard à l'objet, je ne le jetterai pas et en plus vu son poids, il pourrait bien faire des dégâts chez moi. La mode des polars historiques s'étend, même si je dois dire qu'Olivier Seigneur en écrit depuis longtemps et qu'il n'y cède donc pas, il doit en être l'un des pionniers. Peut-être le retrouverais-je une prochaine fois, dans un roman plus léger ?

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Passé double

Publié le par Yv

Passé double, Patrick S. Vast, Le chat moiré, 2018.....

Cindy zone à Paris. Lorsque Marie, une vieille dame lui propose un emploi en tant que dame de compagnie chez une de ses amies, Rosemonde Busine,  à côté de Berck-sur-Mer, la jeune femme accepte pour changer d'air, dormir dans un vrai lit et économiser pour pouvoir partir en Australie. 

Gérard Alvès, constructeur de maisons individuelles est, pour la seconde fois de sa vie, au bord du dépôt de bilan. Il est aussi en proie à des cauchemars en lien avec un accident de voiture vieux de cinq ans qui a coûté la vie à sa compagne d'alors et un an de coma et de rééducation pour lui. 

Très vite, le lien entre les deux personnages apparaît, mais quel rôle Rosemonde veut-elle faire jouer à Cindy ? Et jusqu'où cette histoire ira-t-elle ?

Roman à tiroirs, qui, dès que l'on en ouvre un en fait découvrir d'autres insoupçonnés, surprenants. Fort bien mené, avec des rebondissements, des arnaqueurs-arnaqués voire des arnaqueurs d'arnaqueurs arnaqués, on ne sait plus où donner de la tête. Dans la folie de son imagination, Patrick S. Vast n'oublie pas de faire passer le tout avec une écriture directe, simple et fluide. Une mécanique bien huilée dit-on couramment. On ne se demande même pas comment d'une situation certes originale mais assez paisible on peut en arriver à cet entremêlement de situations qui se croisent pour le bonheur des uns mais surtout le malheur des autres.

On ne sait jamais si les personnages sont totalement sincères ou s'ils ont une idée qui germe dans leurs esprits torturés. Chacun d'entre eux a sa part de raison mais aussi sa folie ou son désir de se sortir de sa situation difficile par n'importe quel moyen, d'où ce questionnement. Ils sont imprévisibles, et c'est formidable parce qu'ils ne sont pas là où on les attend. 

Je me suis fort régalé avec ce deuxième titre des éditions Le chat moiré. Patrick S. Vast sait construire des histoires rocambolesques, des polars à tiroirs, à rebondissements et comme il a le talent de savoir également les raconter, le plaisir est forcément au rendez-vous. Encore un polar pour cet été me demanderez-vous, haletants ? Et oui, vous répondrai-je enthousiaste. Et celui-ci à la particularité d'être édité par une toute petite et toute jeune maison de Béthune, qui met joliment en avant la région -que je ne connais pas, mais j'irai un jour, j'irai- et d'être à un prix très abordable. Idéal donc pour les vacances dont il ne grèvera pas le budget.

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Gaston 3. Gala de gaffes

Publié le par Yv

Gaston 3. Gala de gaffes, Franquin et Jidéhem, 2018.....

Réédition de tous les albums de Franquin. Toutes les planches, certaines inédites ont été remastérisées et recoloriées. 

J'ai reçu cette bande dessinée par le site Lecteurs.com, il me semble que j'avais joué il y a quelques semaines. C'est un site de partage autour du livre, qui, en plus, permet de s'inscrire au Prix Orange auquel j'ai eu la chance de participer pour sa première édition que j'ai beaucoup aimée.

Que dire des albums de Gaston, si ce n'est que ça me rappelle ma jeunesse ? Gaston, cet éternel fatigué et fainéant, inventeur de trucs inutiles donc indispensables comme disait un animateur-télé il y a longtemps. Gaston qui cherche toutes les parades pour ne pas bosser, et qui, même lorsqu'il cherche à bien faire, gaffe. 

C'est drôle forcément, inventif, jamais méchant, même Fantasio, le malchanceux collègue de Gaston, lui en veut mais oublie vite ses mésaventures. Dans cet album, pas encore de mademoiselle Jeanne, ni de voiture a damiers jaunes et noirs. Gaston, Fantasio et M. de Mesmaeker -qui a quand même très envie de les signer ses contrats, puisqu'il revient souvent-, ainsi qu'un hérisson, un Gaston latex et divers animaux.

Un plaisir régressif, oui, mais un très bon moment et un album qui va se lire et se relire et qui fait rire tout le monde, même les plus jeunes...

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Là où vivent les loups

Publié le par Yv

Là où vivent les loups, Laurent Guillaume, Denoël, 2018.....

Priam Monet, presque deux mètres de haut et plus de 150 kilos, d'humeur invariablement de chien, misanthrope, commandant à l'IGPN -la police des polices-, détestant être loin de Paris, débarque à Thyanne vallée perdue des Alpes, pour faire un audit de la police locale. Bien accueilli par Claire, jeune flique sympathique, mariée à un garde forestier, deux enfants. Lorsqu'un migrant est retrouvé au bas d'une falaise, mort, seul Priam comprend qu'il ne s'agit pas d'un accident. En tant qu'ex de la crim' la substitut du procureur lui donne la direction de l'enquête.

Tout pour plaire ce Priam : son physique, sa misanthropie, sa quasi perpétuelle mauvaise humeur. Les mots les plus usités au début de l'ouvrage sont "il déteste", "il n'aime pas", c'est presque un inventaire. Enfin, un héros qui sort de l'ordinaire. Je sens que je vais me régaler. Et ça commence très fort. Antipathique et attachant, Priam s'accorde les grâces de Mona, la fillette de Claire sa collègue qui n'a pas la langue dans sa poche. Le duo Claire/Priam fonctionne parfaitement et Laurent Guillaume évite le piège de la fliquette qui apprend tout du super commandant ; chacun y va de ses bourdes, mais aussi de ses réflexions et recherches qui font avancer l'enquête. 

Les personnages sont fouillés, travaillés et le contexte géographique et économique entre en interaction avec leurs rôles, leurs attitudes : Priam que rien ne lie au lieu n'hésite pas à donner un coup de pied dans la fourmilière -même si lorsque c'est Mona qui lui en montre une vraie, devant la petite, il n'ose pas- lorsque Claire habitante du lieu hésite, ne veut pas se mettre à dos les gens qu'elle connaît depuis longtemps et avec lesquels elle continuera de vivre après l'enquête. La montagne est très présente, l'ambiance, presque un huis-clos dans cette vallée, pas vraiment joyeuse. L'air est lourd. Le romancier, ex-flic, décrit très bien cette atmosphère tendue, sous pression qui joue pour beaucoup dans l'absolue nécessité de tourner les pages vite sans pour autant en rater une seule. 

L'intrigue tient la route, même si l'on peut se douter assez vite du rôle de certains, c'est le huis-clos qui veut cela, mais des détails qui s’avéreront n'en être pas forcément viendront ajouter du piment et du suspense. Jusqu'au bout, j'ai lu avec plaisir et avidité. Le ton adopté par Laurent Guillaume y est aussi pour beaucoup. Priam a un langage fleuri, son côté ours parisien se heurte à tout ce qu'il voit et à ceux -et surtout celles : Claire, Mona la petite fille et Marie la journaliste- qu'il rencontre et qui l'humanisent un peu. Ce polar tourne admirablement bien et c'est une divine surprise, de celle qui lorsqu'on ne s'y attend pas -c'est le principe de la surprise- laisse un goût de revenez-y -et oui, je verrais bien Priam revenir dans une autre aventure, c'est dire si j'ai aimé- et surtout de "mais-pourquoi-c'est-déjà-fini ?". Et pourtant, 300 pages, j'ai pu en profiter, n'est-il pas ? Oui, mais j'aurais bien pris du rab, comme Priam lorsqu'il est à table...

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L'Arménien. Nuits nantaises

Publié le par Yv

L'Arménien, Carl Pineau, Librinova, 2017....

1989, Luc Karzian dit L'Arménien est retrouvé mort, mutilé dans une forêt des alentours de Nantes. Son ami, Bertrand, coiffeur et sa psychiatre Françoise de Juignain racontent les circonstances de leur rencontre avec Luc puis, les années qui ont suivi. Alors se dessine le portrait d'un homme à l'enfance difficile qui, arrivé à Nantes, bien vite se retrouve à traficoter dans le milieu de la ville. Greg Brandt, inspecteur de police enquête sur la mort mais aussi sur la vie de L'Arménien.

Avec ce titre, je fais mes grands débuts de lecteur sur liseuse. J'ai emprunté celle de Madame Yv. Cette expérience restera expérience tant je n'ai pas aimé. D'abord, télécharger -légalement il va sans dire, eu égard à l'auteur- le livre est déjà galère, il faut le bon format, puis le retrouver dans la liseuse... pfff, déjà ça m'a agacé. Puis, une fois que j'ai réussi, il m'a fallu m'habituer aux fonctionnalités dudit appareil, bien compliqué pour un type aux gros doigts et petites capacités dans les nouvelles technologies comme moi. Et hop, dès que je rate mon coup me voilà au début ou à la fin du livre alors que je n'ai demandé à tourner qu'une page. Non, y'a pas à dire, je préfère le papier, je peux revenir en arrière et retrouver vite la page que je veux. Je hume, je tourne, je prends-pose-reprends le livre sans attendre que la liseuse s'allume ni veiller à sa charge... Heureusement pour moi L'Arménien est un bon livre, sinon...

D'ailleurs, revenons-y à ce polar dans lequel l'enquête est menée par un coiffeur et une psychiatre. Original. Même si le flic est sur le coup également. On plonge dans le Nantes des années 70/80, j'ai reconnu plein d'endroits bien sûr, mais pas l'environnement du livre que je ne fréquentais pas : le milieu nantais de la drogue et des bars de nuit. Bien construit, on avance pas à pas dans l'histoire, en apprenant des bribes d'information sur les intervenants principaux. Iceux sont d'ailleurs assez fouillés, complexes et torturés par de multiples questions et traumatismes pour noircir le tableau déjà sombre. L'ensemble fonctionne, la mécanique est bien huilée comme l'on dit couramment, tout s'enchaîne sans temps mort. Roman assez dialogué, vif, qui malgré quelques erreurs récurrentes -de l'usage du verbe s'avérer- qui peuvent être pardonnables puisque le livre est auto-édité et ne bénéficie donc pas des services de correction, est vraiment une bonne surprise qui m'a tenu quelques heures (la liseuse tient les comptes) étalées sur deux ou trois jours. En ce début d'été et de vacances, si votre liseuse craint les grains de sable ou l'eau de mer, préférez L'Arménien dans sa version papier, sinon, tentez la version e-book, elle n'est pas chère.

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L'Irlandais

Publié le par Yv

L'Irlandais, Maurice Gouiran, Jigal polar, 2018...,

Zach Nicholl, dit l'Irlandais, à peine sexagénaire, peintre travaillant et vivant à Marseille est retrouvé dans son atelier, le crâne fracassé. Sans être un intime de Clovis Narigou, journaliste de son état, ils se connaissaient. Aussi lorsque Aileen, la veuve demande à Clovis de l'accompagner à Belfast pour enterrer Zach, celui-ci accepte-t-il avec l'envie de faire un reportage sur les ex de l'IRA, et surtout tenter de comprendre pourquoi l'Irlandais est venu en France et peut-être même élucider les raisons de son assassinat.

Remarque liminaire à ma chronique. J'aime bien Clovis Narigou que je suis depuis un moment et dont je n'ai appris que récemment qu'il était le "double" de l'auteur, vu que les prénoms se ressemblent et que les deux noms sont des anagrammes, c'est même l'auteur lui-même qui l'a dit alors... et j'aime sa bergerie La Varune, isolée sur les hauteurs de Marseille. Je me suis même pris plusieurs fois à rêver d'y passer du temps, tranquille, sans les bruits de la ville, juste la nature, un feu de bois et des bouquins (en fait, j'ai cherché ce genre de location pour cet été, avec en tête l'image que j'ai de la bergerie de Clovis, sans trouver). La tranquillité, c'est ce qu'a fait le journaliste tout l'hiver qui précède cette histoire. Même Emma la fliquette-punk avec qui il partage son lit et et sans doute plus que ce qu'il veut bien s'avouer n'a pas pu l'en faire sortir, ni même monter à la bergerie. Alors, lorsqu'il sort enfin de son hibernation, la mise en route est un peu longue. C'est un peu mon -petit-reproche : le livre tarde à vraiment démarrer là où Clovis m'avait habitué à prendre ses sujets de reportage à bras le corps dès le début de son aventure, des thèmes souvent durs, complexes qu'il sait parfaitement nous décortiquer (L'hiver des enfants volés, La mort du scorpion, Les vrais durs meurent aussi, Maudits soient les artistes). Là, il tergiverse. Certes, à Belfast le sujet des Troubles est encore chaud (un peu comme si l'on allait parler des "Evénements" en Algérie), mais j'ai senti qu'il était un peu fatigué Clovis. Heureusement, après une première partie un peu molle, l'histoire s'emballe enfin. Je ne regretterai donc pas La Varune dans laquelle Clovis ne sera pas beaucoup présent, car les pubs les paysages irlandais ne sont pas mal non plus. Le suspense monte -néanmoins, on n'est pas dans un thriller pétaradant et haletant- sur fond de guerre IRA- armée anglaise ou même entre les factions de l'IRA. 

Si je connaissais un peu la question irlandaise, j'ai appris encore, notamment sur ces hommes qui peignaient sur les murs la lutte contre les Anglais, qui se faisaient parfois tirer dessus par des snipers du camp d'en face et parfois tuer, mais qui continuaient à peindre ; sur le rôle des femmes irlandaises souvent cantonnées aux tâches ménagères et à l'éducation des enfants et qui, lorsqu'elles se mettaient en tête de faire comme les hommes étaient mal vues, injuriées. 

Pour résumer après un début dans lequel Clovis reprend ses marques tranquillement, le charme du journaliste et de ses enquêtes agit pleinement, encore une fois plongé dans une page de l'Histoire un peu oubliée et pourtant importante, dans un "pays [qui] est une terre de secrets" (p.187) et donc dans lequel il faut donner de sa personne pour se faire accepter et collecter des informations.

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Pseudo

Publié le par Yv

Pseudo, Ella Balaert, Myriapode, 2011...,

Trois amies, Sophie bourgeoise quarantenaire rigide, Alice trentenaire accro au poker et Jeanne vingt-cinq ans, harpiste fleur bleue décident de créer le personnage d'Eva, leur avatar qui répondra aux courriels d'Ulysse, un homme rencontré à la faveur d'une annonce d'antiquaire. Ce qui, au départ, est conçu par Alice et Sophie pour aider Jeanne à oublier son ex, Yves, devient vite une correspondance soutenue, un jeu de séduction. Comment agir pour qu'à trois amies très différentes, elles ne fassent pas douter leur interlocuteur de l'existence d'une seule Eva ?

Je ne suis pas très amateur des romans épistolaires, mais la forme du courriel modernise un peu le genre avec des échanges qui peuvent être parfois longs et parfois très courts, des réponses rapides. Il faut bien prendre l'habitude de lire les en-têtes avec le nom de l'expéditeur celui -ou ceux- des destinataires, l'objet du message et la date et l'heure, Ella Balaert joue aussi avec ces informations. Une fois le pli pris, la lecture est plaisante, même si l'exercice ne me permet pas de jouir autant de la belle plume de l'auteure que dans ses autres ouvrages ; le style est plus oral, plus dialogué et il est intéressant de remarquer les différences d'écriture entre les trois femmes, et l'évolution de Jeanne notamment. 

Dans cette construction un peu particulière, ces trois femmes se révéleront, elles parleront de leurs doutes, de leurs peurs par l’intermédiaire d'Eva et entre elles, chacune en fonction de son caractère. Sophie reste la bourgeoise aux principes, un peu donneuse de leçons, qui dit pas mal de sa vie. Alice est une jouisseuse, elle ne cache pas ses gains ou ses pertes au jeu, ses amours tumultueuses et son envie de liberté, de profiter des hommes. Jeanne est romantique, peine à oublier Yves et un peu naïve, elle ne comprend pas toujours le double sens dans le jeu d'Ulysse. Et icelui d'être l'accoucheur, celui qui, bien qu'invisible, donnera naissance à la parole libre et franche des trois femmes. 

Encore une fois, Ella Balaert crée de beaux personnages de femmes, de celles qui luttent tous les jours pour s'affirmer devant les hommes, qui jouent avec eux, qui osent ou au contraire qui peinent à s'imposer, qui, par peur du qu'en-dira-t-on, des apparences, préfèrent se cantonner à ce qu'elles pensent qu'on attend d'elles. Elles évolueront grâce à Ulysse et à leurs échanges à elles trois, mais aussi au gré des coups durs de la vie ou des coups de chance. 

Décidément, Ella Balart est une écrivaine à découvrir pour ceux qui ne la connaissent pas encore. Pour les autres, il suffit de continuer à la lire pour se délecter à chaque fois de ses pages.

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