Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Hiver

Publié le par Yv

Hiver, Mons Kallentoft, Ed. Le serpent à plumes, 2009

Cette année, l'hiver est rude en Suède. L'un des pires connus en ce pays. Un matin, les policiers d'une petite ville découvrent le cadavre d'un gros homme, nu, gelé et pendu à un arbre, dans une forêt. Est-ce un meurtre, un suicide ? L'identification du cadavre demande du temps, l'enquête piétine, puis, part dans diverses directions : meurtre rituel, vengeance, crime gratuit ? Malin Fors, commissaire à la brigade criminelle, et ses collègues s'embarquent pour de longues investigations.

Nouveau polar venu du froid. Et pour moi arrivé par la poste, puisque Lystig en a fait un livre voyageur. Le froid est ici un élément incontournable du livre : tout le temps de l'enquête, les rues, la forêt sont gelées, les températures frisant le - 34° la nuit. Aucun moyen de se réchauffer au dehors. Le froid gèle aussi le temps : les jours, les heures et les minutes. A l'instar d'un Kurt Wallander, chez Mankell, l'enquête est lente, toutes les pistes sont étudiées, même celles qui finalement ne mènent à rien. On sent d'ailleurs l'influence de Mankell chez Kallentoft. Peut-être un peu trop, mais je ne boude pas le plaisir que j'ai pris, d'une part à suivre les recherches de Malin Fors et d'autre part à la voir évoluer dans sa vie privée, seule avec sa fille adolescente et pas forcément adaptée à la vie en société. Un point commun supplémentaire est la qualité et la complexité de tous les personnages : les suspects, comme "l'héroïne" Malin Fors, son entourage et ses collègues sont très présents et finement décrits.

Le livre est un peu déroutant au départ, parce qu'un personnage soliloque en aparté, s'adresse à Malin, et l'on comprend assez vite qu'il s'agit du mort qui lui parle d'un "au-delà". Bien sûr, elle ne l'entend pas, mais régulièrement, il revient donner son avis. Et puis, parfois, des paragraphes qu'on ne sait pas toujours à qui attribuer s'intercalent, des réflexions personnelles, des rêves, ... Une fois habitué à cette narration particulière, le récit est aisé, limpide. L'enquête se suit facilement ; le dénouement et l'explication interviennent assez brutalement, n'étonnent pas et sont très crédibles.

J'ai cru comprendre que Mons Kallentoft allait décliner toutes les saisons, les trois qui restent sont a priori plus accueillantes. Mais, si l'hiver donne une densité au récit, qu'en sera-t-il de l'été (déjà publié), de l'automne et de l'hiver ?

D'autres avis assez similaires chez Cunéipage, Stephie, et moins enthousiastes chez Pimprenelle.

Voir les commentaires

Dans ma peau

Publié le par Yv

Dans ma peau, Guillaume de Fonclare, Stock, 2010

"Mon corps est un carcan : je suis prisonnier d'une gangue de chairs et d'os. Je bataille pour marcher, pour parler, pour écrire, pour mouvoir des muscles qui m'écharpent à chaque moment." Guillaume de Fonclare est atteint d'une maladie orpheline, dégénérative, qui le prive peu à peu de l'usage de ses membres et lui provoque des douleurs sans nom. Depuis 2006, il est le directeur de l'Historial de la Grande Guerre à Péronne, dans la Somme.

Ce livre est un récit. Le récit de ses douleurs, de ses pensées, de ses craintes quant à son devenir et à la progression de la maladie. Il est aussi un message d'amour à ses amis, sa femme et ses enfants, ses collègues. Guillaume de Fonclare écrit aussi sur les hommes qui sont tombés pendant la guerre de 14/18. Il dit comment le fait de parler d'eux, de s'occuper d'eux et de leur histoire lui apporte du réconfort.

C'est un témoignage fort et bouleversant parce que le lecteur est dans la tête de la personne qui se voit diminuer physiquement petit à petit. Les mots sont directs, choisis et francs.

Cependant, malgré les énormes qualités de ce texte, je suis resté un peu sur ma faim. Je n'ai pas compris -et c'est sans doute ma faute- le besoin de se référer sans arrêt aux morts de 14/18. Ou, pour être franc, je l'ai bien compris, mais je trouve que Guillaume de Fonclare insiste beaucoup trop, au point que je décroche au passage. J'aurais aimé un texte encore plus ramassé qui aurait, pour moi, gagné en puissance et en force.

J'ai longuement hésité avant de proposer mon billet un peu négatif sur ce livre, tellement ce que j'ai lu de la critique était bon, voire excellent. Mais ce qui me retenait surtout, c'est bien sûr l'état de santé de l'auteur, sa souffrance et sa situation physique. C'était même la raison principale, parce qu'être à rebours des opinions, des avis et des critiques, non seulement ne m'effraie pas, mais au contraire me fait doucement sourire et me plait assez. Et puis, je me suis dit : "aurais-je hésité avec le même genre de livre écrit par un "valide" ? La réponse étant bien sûr négative, je me suis attablé devant le clavier et me suis lancé dans l'écriture de ma chronique. Repensant à mes hésitations, je suis même un peu honteux de les avoir eues.

M. de Fonclare, je suis doublement désolé. D'abord, d'avoir eu ne-serait-ce-que l'idée de ne pas publier cet article, en tenant seulement compte votre maladie, alors, que vous dites si bien dans votre livre combien le regard et l'attitude des gens envers vous sont importants, et que vous appréciez les rares personnes qui ne changent rien à leur façon de vous parler ou d'être avec vous. Ensuite de ne pas avoir totalement adhéré à vos propos. Mais je suis ravi d'avoir raison retrouvée et de publier ici mon avis libre et sincère.

D'autres avis plus positifs chez B.O.B

Voir les commentaires

Jericho

Publié le par Yv

Jericho, Josef Ladik, First éditions, 2010

"Été 1816. La frégate La Méduse s'échoue au large des côtes africaines. Sur les cent quarante-sept passagers qui vont alors dériver sur un radeau de fortune, seuls quinze survivront à ce véritable enfer" (4ème de couverture). Géricault en tirera son célèbre tableau : Le radeau de la Méduse. L'un des survivants est recueilli par une tribu africaine et fait une découverte qui pourrait changer le cours du monde. "De retour en France, devenu éditeur au Palais Royal, il couche son secret sur un manuscrit qu'il fait disparaître, puis publie le récit du naufrage." (4ème de couverture)

De nos jours. Un sous-marin nucléaire français disparait de tous les écrans. Un groupe terroriste, baptisé Jéricho revendique l'acte et menace la France. Dans le même temps, un gang de saucissonneur de banquiers et un tueur psychopathe agissent à Paris. Le lieutenant Lazare se retrouve à la recherche du tueur.

Autant le dire tout de suite, ça commence mal : les deux premiers chapitres -très courts- sont obtus et je me suis demandé sur quel livre mal ficelé et accrocheur j'étais tombé. Et puis, la suite dément mes propos précédents. Le complot, la traque, le rythme et le suspense se mettent en place doucement mais sûrement. Ensuite, difficile de décrocher. Je me suis longtemps demandé comment l'auteur allait réussir à relier toutes les histoires ensemble, mais tout colle parfaitement. Josef Ladik  met en scène un tueur psychopathe, des flics, des terroristes, des barbouzes et des mercenaires, sans que jamais l'on soit perdu entre eux tous. En outre, il inclut le journal d'Alexandre Corréard, un survivant du naufrage de La Méduse et découvreur du fameux secret, ajoutant ainsi une note historique et un brin fantastique dans cette histoire.

Un seul personnage, Alexandra, une "traqueuse" (explication dans le livre) ne m'a pas vraiment convaincu, mais le reste est crédible. Hormis l'histoire elle-même, j'en suis à me demander ce qui est de l'ordre de la fiction ou du réel. Quelles sont les organisations gouvernementales, les fonctions des personnages qui existent vraiment ? C'est assez troublant de se dire que tout ce qu'a décrit l'auteur est vraisemblable. Ca peut même faire froid dans le dos. Josef Ladik exerce sous sa véritable identité la profession de juge d'instruction ; qu'a-t-il tiré de son expérience professionnelle ? Qu'a-t-il inventé ?

Toujours est-il qu'après un début bien peu prometteur, eh bien, je me suis laissé happé par cette histoire et par cette ambiance "terroristo-espionno-policio-thrilleuse".

Quant à "réfléchir sur des questions philosophiques ou sociales" (4ème de couverture), j'avoue l'avoir totalement omis, pressé que j'étais par l'envie de connaître le dénouement.

Un avis similaire chez Belledenuit, et un merci à Suzanne de chez les filles et à First éditions.

Voir les commentaires

Requête, mots-clefs

Publié le par Yv

Ce matin, les enfants à l'école, madame qui se repose pour cause de travail de nuit, je dispose d'un peu de temps. Alors, j'allume l'ordinateur, je vais sur over-blog, et puis, je lis les commentaires et j'y  réponds. Suis allé visiter d'autres blogs, et l'envie m'a tenaillé, soudainement, d'aller voir les statistiques du mien ; envie que je n'ai que très rarement. Mais qu'est-ce-qui m'a pris, bon sang ?

Je vous passe les détails du nombre de visiteurs et de pages vues, de peur de vous faire pleurer de jalousie ou de rire (bon d'accord, surtout de rire, si je compare le nombre de commentaires que je peux avoir par rapport à d'autres blogueuses(eurs)).

Je tombe donc, par hasard, sur la page intitulée : "mot-clef", qui, si j'ai bien compris me désigne les mots-clefs qu'ont tapés les internautes pour arriver jusque chez moi. Et là, surprise, je peux lire  : "funk française" : alors, certes, j'ai brièvement parlé de l'album d'Arthur H, en citant ces deux termes dans mon court article, mais de là à pouvoir arriver jusque sur mon blog en ayant tapé ces deux mots, j'en suis tout ébahi.

Mais, attendez, ne partez pas tout de suite, parce que bien sûr le meilleur est à suivre. Mais avant que ce meilleur n'arrive, je vous fais part d'une autre requête permettant aux internautes de lire mon blog : "image de malade psychiatriques" (la faute d'orthographe est authentique et pas de mon fait, mais ma rigueur éditorialiste m'empêche de la corriger même s'il m'en coûte). Alors là, je donne ma langue au chat (à celui de Geluck bien sûr, puisque mon article consacré à cet illustre félin est toujours le plus demandé, sous toutes ses formes: "le chat", "le chat geluck", "chat", "geluck le chat", ... et je passe toutes les combinaisons possibles). Pas souvenance d'avoir publié des photos de malades psychiatriques ou pas.

Bon alors, et si je revenais à ce que j'ai appelé le meilleur, au lieu de vous faire languir, parce que je sais, que vous vous languissez ; si, si , dites-le moi, s'il vous plait, que vous vous languissez, ça me fera plaisir. Pleaeaease*.

Bon, puisque vous insistez et que vous venez gentiment de me dire, sans aucune contrainte ni demande expresse de qui que ce soit, que vous vous languissiez, je me dois de vous indiquer la meilleure requête amenant vers mon blog : "faire l'amour debout". Et, oui, vous lisez bien, "faire l'amour debout". Bon, là, maintenant, c'est bon, si j'ai droit à des commentaires salaces ou déplacés, ou des requêtes étonnantes, je l'aurais bien cherché. On n'a pas idée d'écrire deux fois : "faire l'amour debout". Trois fois ? Comment cela trois fois ? Ah oui ? 

Que M. Google, puisque le lien vient par lui, m'explique comment en tapant ces quatre mots, on peut arriver sur mes pages. Il ne me semble pas avoir écrit, avant cet article "hot"*, de billets explicitement ou implicitement sexuels. Moi, un garçon propre sur lui, père de famille de surcroit, président de la fédération de parents d'élèves du collège de mon fils, éduqué dans les principes chrétiens de mes parents -qui m'ont fui depuis, ou que j'ai fuis. Pas les parents, mais les principes et les croyances religieuses-, comment ai-je pu en arriver là ? Ecrire des articles cochons sur un blog ! S'il te plait, maman, ne lis pas cet article !

 

* En anglais dans le texte

Voir les commentaires

Le grand loin

Publié le par Yv

Le grand loin, Pascal Garnier, Zulma, 2010

Marc Lecas est un homme d'une soixantaine d'années qui mène une double vie. D'un côté, il est marié-divorcé-remarié, a des amis. De l'autre côté, il n'aspire qu'à une seule chose : devenir transparent, insignifiant, quelqu'un que personne ne voit et dont personne ne se souvient. Marc tend vers un véritable suicide social. Un jour cependant, sur un coup de tête, il demande à sa fille Anne, internée en psychiatrie, si elle veut partir avec lui. Et les voilà donc tous les deux partis sur les routes, avec Boudu, le chat amorphe, sorte d'image féline de ce que voudrait devenir Marc. Mais Anne est une forte fille, au caractère très tranché et au comportement imprévisible, et la vie à deux devient vite difficile.

Ultime livre de Pascal Garnier, décédé le 5 mars dernier. Différent tout en gardant la même trame : des êtres "normaux" qui se rencontrent ou qui vivent ensemble jusqu'à une explosion ou un effondrement. On sent bien qu'à continuer leur périple, Marc et Anne vont droit dans le mur, mais on sait aussi qu'ils en sont conscients et que rien ne les détournera de ce mur.

J'aime la description du suicide social de Marc, sa descente vers l'absence de personnalité. On a tous -enfin, j'imagine, rassurez-moi, on a bien tous ?- des moments ou l'on décroche totalement de ce qui se passe autour de nous, où l'on se pose des questions existentielles (A quoi bon tout cela ? Qui'est-ce que je vais faire chez ces gens ? Pourquoi se donner tant de mal ? ...). Eh bien, Marc c'est cela, mais porté au paroxysme. Certaines scènes de régression, en début de livre (par exemple, Marc à quatre pattes à scruter le tapis avec une loupe) sont irrésistibles, non pas de rire, mais de décalage et de sensibilité.

J'ai croisé dans mes lectures des personnages sans personnalité, mais c'est la première fois que je lis que l'un d'entre eux veut perdre sa personnalité pour devenir anonyme pour tous. Cela va à contresens de la société qui veut au contraire que chacun puisse avoir son quart d'heure de célébrité. Encore une fois Pascal Garnier fait mouche avec ses personnages qui pètent un câble contre toute attente.

Jusqu'ici, j'avais une petite préférence pour L'A 26 du même auteur ;  Le grand loin le rejoint largement sur le podium. Dernier détail, mais qui a son importance pour moi, le livre est dédié à Samuel Hall, personnage misanthrope (un peu comme Marc) d'une chanson d'Alain Bashung, et la citation de début de livre : "On est loin des amours de loin. On est loin." est également tirée d'une chanson d'Alain Bashung, comme sur le précédent roman de Pascal Garnier, Lune captive dans un œil mort ; il devait être fan, ce qui nous fait un point commun. 

 

Voir les commentaires

La mer engloutie

Publié le par Yv

La mer engloutie, Taras Grescoe, Ed. Noir sur blanc, 2010

"Taras Grescoe nous entraîne dans un périple sur les mers du monde, de port en port, sautant d'une barque sur un navire-usine, d'un hydravion sur un chalut. Une année durant, fourchette à la main et micro en poche, il remonte de bas en haut la chaîne alimentaire, goûtant aussi bien le concombre de mer que la bouillabaisse ou le thon le plus rare, et ce dans un seul but : savoir si oui ou non il peut continuer à déguster ces mets délicats la conscience tranquille." (4ème de couverture)

Loin, très très loin de mes lectures habituelles, puisque c'est une enquête très sérieuse sur la dégradation et le devenir de nos mers et océans. Partant des Etats-Unis, passant par le Canada, la France, l'Angleterre, l'Inde, le Portugal, la Chine et le Japon, sans oublier quelques autres escales, Taras Grescoe dresse le bilan des années de surpêche, des diverses pollutions dues à l'homme. Il dit aussi comment certains pays qui se focalisent sur une seule espèce (La lotte aux Etats-Unis ou le thon rouge au Japon, par exemple) participent très activement à la raréfaction de ces poissons, voire à leur disparition, et inventent ensuite nombre prétextes pour ne pas voir la vérité en face.

Pas bien rose ni très optimiste, cette enquête ; le sous titre Le poisson de nos assiettes aura-t-il la peau de la planète ? ne donne pas le sourire. Néanmoins, elle a l'avantage de nous faire bien prendre conscience que nos ressources, qu'elles soient terrestres ou marines ne sont pas éternelles. Deux citations tirées de ce livre :

- "Gandhi a dit que nous avions assez de ressources pour satisfaire les besoins de tous, mais pas la cupidité de chacun."

- "La vie de la planète et la santé de l'humanité qui en dépend ne peuvent être sacrifiées pour la rapacité de quelques uns" Thomas Kocherry (prêtre qui vit au milieu des pêcheurs en Inde)

Ce livre est une mine de renseignements, concernant le poisson certes, mais il fourmille aussi d'information sur les lieux que T. Grescoe visite : à chaque étape, il fait le guide et nous en raconte l'histoire et la géographie. Extrêmement instructif, très plaisant à lire, parce qu'écrit simplement -à part quelques mots spécifiques aux habitants sous-marins dont il faut aller chercher la définition dans le dictionnaire -et émaillé de réflexions drôles et de descriptions de situations cocasses.

"L'auteur relève l'influence directe de nos choix alimentaires sur la dégradation de l'environnement. Mais il ne se contente pas de lancer des accusations : il pose les bases d'une attitude responsable pour gourmands et gourmets." (4ème de couverture)

A la fin du livre, pour nous aider dans nos choix, Taras Grescoe regroupe les espèces en trois catégories ("Non jamais", "Parfois, ça dépend", "Toujours, et sans hésitation".), nous aidant ainsi dans nos achats, à la fois pour ne pas dégrader plus les mers et pour ne pas acheter de poissons ou fruits de mer pollués.

Enquête formidable, assez longue à lire, mais on peut alterner avec des romans, plus légers, lue grâce au partenariat B.O.B et Noir sur Blanc. Grand merci à eux.

Voir les commentaires

Contretemps

Publié le par Yv

Contretemps, Charles Marie, Ed. Aux forges de Vulcain, 2009

Melvin Epineuse se voir confier la tâche par un commanditaire secret de retrouver la trace de Bruno Bar. Partant du principe que l'on ne trouve jamais que ce que l'on ne cherche pas, il erre dans les rues de Florence à la vague recherche de Bruno Bar. Il fait la connaissance de la belle Lorraine, entre dans la Catacombe, ...

Mango, qui n'a pas aimé a fait de ce livre un livre voyageur et je me suis alors lancé dans cette aventure qui me semblait bien étrange.

Je fus d'abord emballé par l'écriture, le monde étonnant et les personnages lunaires, décalés de Charles Marie. J'ai même vu une analogie avec des écrits de Boris Vian (notamment dans Troubles dans les andains).

Et puis, une certaine lassitude m'a pris aux alentours du milieu du livre. L'écriture me plait toujours autant, mais l'histoire n'avance plus et devient confuse et pour tout dire beaucoup moins intéressante.

Alors, finalement, que croyez-vous qu'il arriva ? Eh bien, je reposai gentiment le livre sans l'avoir fini (lu environ 100 pages sur 160).

Néanmoins, malgré ce relatif échec de lecture, je reste persuadé que cet auteur à ce qu'il faut (écriture et imaginaire) pour bâtir des histoires plus denses et qui me plairont. A suivre donc.

Qui est tenté par cette lecture originale et gratuite puisque je rappelle que ce livre a pour vocation de voyager ?

D'autres avis ? Armande, Keisha, et bien sûr BOB en ont !

Voir les commentaires

Moana blues

Publié le par Yv

Moana blues, Anne-Catherine Blanc, Ed. Au vent des îles, 2002

"Moana, c'est le bleu absolu que prend l'océan quand le regard plonge vers l'abysse, vers le vertige sans fond qui s'ouvre au-delà du lagon [...]. Moana, c'est la matière bleue [...]. Plonger dans le bleu, c'est la petite mort, le renoncement à l'être. [...] Au-delà du moana le bleu devient noir. C'est "'ere'ere", le bleu noir qui précède les ténèbres [...]. Moana, c'est aussi un prénom." (extrait du prologue) Moana c'est le prénom du fils de Malinda, épouse de Paulot. Paulot, le déraciné. Paulot, le métropolitain, pied-noir d'origine, débarqué un jour à Tahiti pour tenter de s'y enraciner justement. Il a épousé Malinda, maman de deux garçons, Moana et Félix. Ensemble, ils ont fait la petite Urahei, la petite sœur. Moana c'est l'adolescent fou du surf, qui sans accepter son beau-père Paulot, ne le rejette pas. Et puis, à force de patience et grâce à la plongée sous-marine, ces deux-là vont s'apprivoiser et s'apprécier et devenir inséparables. Aussi lorsque Moana meurt d'un accident de plongée et que toute sa famille est inconsolable, Paulot se sent étranger, père illégitime et a peur de se sentir rejeté.

Moana blues se passe le jour de l'enterrement de Moana et c'est le déroulement de la journée de Paulot, ses questions, ses pensées, ses réflexions qui nous expliquent son arrivée sur l'île, sa rencontre avec Malinda et avec ses enfants.

Roman intérieur, très fort. L'emploi alterné des deuxième et troisième personnes du singulier donne une proximité avec Paulot, avec son discours et ses émotions. Il est  pudique envers les autres, mais dans ses réflexions intimes il se livre, se découvre. Un homme simple confronté à une douleur qu'il ne peut ni partager ni diminuer. Moana, était devenu son fils ; une vraie complicité et un vrai amour père-fils étaient nés. Trop vite arrêtés, puisqu'ils n'ont pu en profiter que quelques petites années, d'où une douleur encore plus vive.

L'écriture de Anne-Catherine Blanc provoque des sensations, elle prend au ventre. J'ai compati -ce que je pouvais faire de mieux- à la douleur de Paulot et des autres membres de la famille, je me suis senti concerné et me suis même revu dans des circonstance analogues, ayant des pensées identiques à lui, des moments de solitude et des instants où j'avais l'impression de ne pas être à ma place.

Un roman très beau, très fort sur les tourments d'un homme confronté au deuil de son récent-fils adolescent. Très différent du roman suivant d'A-C Blanc, L'astronome aveugle que j'avais également beaucoup aimé. Ce qui prouve que cette auteure a beaucoup de talent et qui me donne très envie de découvrir son prochain livre.

Merci à B.O.B et à l'éditeur pour ce magnifique partenariat.

 

Voir les commentaires

Vies minuscules

Publié le par Yv

Vies minuscules, Pierre Michon, Gallimard, 1984

Premier livre de Pierre Michon, il raconte les vies de gens ayant croisé sa route ou celle de ses parents ou grands-parents. Celle d'un aïeul qui aurait pu partir aux Etats-Unis, y faire fortune, ou peut-être à Cayenne, forçat.  Celle de sa petite sœur morte. Celle d'une de ses compagnes. Ce que l'auteur ne connait pas de ces gens, il l'invente, le crée. Huit chapitres, ou parties, ou nouvelles -c'est comme on veut- dans ce livre. Elles n'ont pas toutes le même intérêt pour moi, mais c'est très subjectif, puisque celle qui me plait le plus peut ne pas convenir à d'autres lecteurs et vice versa.

Dans son style inimitable et si particulier, fait de longues, très longues phrases, usant parfois de mots désuets, oubliés ou savants, Michon dresse donc tous ces portraits de gens simples. Ces vies minuscules, terme utilisé non pas pour rabaisser les personnes, mais parce que ce sont des récits brefs.

Une lecture qui ne laisse pas insensible ; elle peut irriter, je le comprends : j'ai lu ici et là que le style est très -trop ?- travaillé ; mais bien sûr, qu'il l'est ; qui de nos jours, où il est de bon ton d'écrire comme on parle, parlerait avec ces phrases si longues, remplies d'adjectifs, d'adverbes, de subordonnées, ...? Elle peut aussi charmer et apporter émotions et émerveillement. Pour moi, bien sûr c'est le second choix. Je reconnais cependant, que parfois, sur certaines parties, j'ai décroché du texte, mais je m'y suis rattrapé quelques lignes plus loin, pour retomber dans des passages formidables.

J'ai lu Michon à l'envers en ayant commencé quasiment par son dernier roman. Ces Vies minuscules préfigurent ce que seront les autres en qualité d'écriture et en plaisir de lecture. A chaque fois, je suis emballé par ses textes.

Lu en version folio, je sais que certaines de ces nouvelles ont été éditées séparément les unes des autres dans la même collection, pour qui veut un premier contact avec Michon, plus modéré.

Sylvie a beaucoup aimé aussi.

Voir les commentaires