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Je ferme

Publié le par Yv

Je ferme pendant les vacances. 

Réouverture prévue vers le 15 août.

Bonnes vacances

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Concupiscent

Publié le par Yv

Concupiscent, Jean-Baptiste Baronian, Lamiroy, 2021

William Rodenbach est professeur de français et chasseur de fautes en tout genre dans cette langue. C'est dire s'il a du boulot dès qu'il ouvre un journal, un livre -même s'il faut saluer ici le travail des correcteurs-, ou son poste de télévision...

Son autre chasse, c'est la drague. Il fréquente assidûment la galerie d'art Margot Marchal uniquement dans le dessein de ramener des filles. Celle pour laquelle il se damnerait c'est la propriétaire de l'endroit qui ne le calcule pas. Aussi lorsqu'il rencontre Violaine qui adore le français et particulièrement les mots désuets, il ne pense plus qu'à la mettre dans son lit ou à aller dans le sien.

Légère et humoristique, cette nouvelle parle d'art, de mots un peu oubliés, de drague et de la langue française. Les sujets sont donc intéressants et fort bien traités par un auteur qui sait se montrer ironique, drôle et se moquer des tenants d'une langue pure comme de ceux qui la tordent dans tous les sens parfois ridiculement. Comme moi, vous chercherez s'il y a des fautes qui traînent. Nada !

Très bien écrite, c'est un plaisir de lire les échanges entre Violaine et William. Et puis la chute est tellement inattendue et drôle que rien que elle, il faut courir chercher ce petit Opuscule n° 191 de chez Lamiroy et qui débute ainsi : "Je le confesse sans détour ni précaution oratoire : je suis allé ce soir-là à la galerie Margot Marchal pour draguer. Ce n'était pas la première fois et je me suis dit en arrivant dans les parages, que ce ne serait certainement la dernière."

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La prise de Constantinople

Publié le par Yv

La prise de Constantinople, Didier Poisson, Lamiroy, 2021

1933, l'achat par son père d'une Peugeot 201 met ce petit garçon dans une joie teintée d'amertume, car il signifie des trajets plus courts et des vacances désormais tous les étés chez ses grands-parents. Malgré la présence de son petit frère, il s'ennuie, Grand-Papa interdisant pas mal d'activités.

Lors d'un déjeuner interminable, le garçon se réfugie dans la contemplation d'un tableau représentant une bataille, il s'y évade totalement et s'y évadera chaque fois que la situation l'y appellera.

Très bien cette nouvelle empreinte de la nostalgie de l'enfance et particulièrement de celle se déroulant dans l'entre deux-guerres. La période est heureuse pour des enfants encore pas préoccupés par les affaires politiques. Grand-père plus que bourru, quasi reclus, qui interdit tout à ses petits-enfants, grand-mère qui ne peut pas s'affirmer et maison imposante : "Cette grosse bâtisse en retrait de la route, sans voisins ni vis-à-vis, m'impressionnait. Les pierres grises de la façade, le toit en ardoises, le vert foncé des volets, tout me semblait sombre, lourd et figé." (p.7)

Comment les deux garçons réussiront-ils à s'occuper, à illuminer ces deux semaines annuelles chez leurs grands-parents ? Didier Poisson, tout doucement lorgne vers le fantastique, l'inexpliqué car inexplicable. C'est bien fait, on ne le voit pas venir et tout fonctionne très bien jusqu'à la chute.

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Femme, je suis affamé !

Publié le par Yv

Femme, je suis affamé !, Jacques Richard, Lamiroy, 2021

Claude et Simon sont jumeaux. Ils aiment la bonne chère. Leur cuisine est un lieu que leur envierait bien des cuisiniers. Eux, ils y passent du temps à préparer des plats avec des produits frais, des produits très particuliers.

Volontairement court, mon résumé doit mettre à la fois en appétit et en éveil les doutes de chacun.

Jacques Richard écrit là,une nouvelle troublante et dérangeante qui m'a laissé un petit goût de "Oh non pas ça" - c'est le titre de ma sextape, comme dit Jake Peralta dans Brooklyn nine-nine (humour crétin assumé). Le titre est déjà énigmatique, un poil machiste sans doute, mais tout s'expliquera.

Bien écrit, assez classe même par moments, ce qui colle à une certaine aristocratie des jumeaux, à leur goût des belles et bonnes choses. Jacques Richard ne se prive pas de quelque bon mot : "Il faudrait à ce stade les décrire un peu, en tracer un de ces portraits balzaciens qu'on saute après trois lignes." (p.6). Il n'a pas tout à fait tort, Balzac, c'est parfois un peu long...

Même si le texte met parfois mal-à-l'aise, jamais je n'ai eu l'envie de le quitter, je voulais savoir jusqu'où l'auteur allait nous emmener et je ne suis pas déçu. Nouvelle parue dans la collection Opuscule.

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Imago

Publié le par Yv

Imago, Josiane Lion, Lamiroy, 2021

François Dubreil est un homme paisible, à la vie tranquille, marié, un travail qui l'intéresse. Sauf que depuis quelque temps, il est en proie à des cauchemars puis des visions : il voit tous les gens qui l'entourent comme des insectes. de grosses guêpes, des araignées, des cafards, ce qui lui pose un réel problème relationnel surtout lorsqu'il veut supprimer ces fameux insectes.

Étrange cette nouvelle, fantastique au titre explicite, l'imago étant la forme définitive de l'insecte adulte sexué. On connaissait le héros qui se transforme en bébête, mais pas celui qui voit tous les autres comme tels et qui s'attaque à eux. Josiane Lion décrit la folie qui prend un homme, on ne sait pourquoi. Ses délires, son internement. C'est tellement énorme que ça peut en devenir drôle.

Les nouvelles publiées par Lamiroy se suivent et ne se ressemblent pas du tout et ça c'est une excellent chose. Icelle débute ainsi : "François s'éveilla en sursaut, afin d'échapper au cauchemar épouvantable qui venait de troubler son sommeil. Couvert de sueur, il resta un long moment désorienté dans l'obcurité profonde de la chambre." (p.5)

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La littérature à l'estomac

Publié le par Yv

La littérature à l'estomac, Julien Gracq, José Corti, 1950

Dans ce pamphlet écrit en 1949 et publié l'année suivante, Julien Gracq est particulièrement féroce avec le milieu littéraire parisien, les écrivains, les éditeurs et les critiques. L'écrivain à peine "reconnu" va "donner le spectacle pénible d'une rosse efflanquée essayant de soulever lugubrement sa croupe au milieu d'une pétarade théâtrale de fouets de cirque -rien à faire ; un tour de piste suffit, il sent l'écurie comme pas un, il court maintenant à sa mangeoire ; il n'est plus bon qu'à radioter, à fourrer dans un jury littéraire où à son tour il couvera l'an prochain quelque nouveau "poulain" aux jambes molles et aux dents longues." (p.18) Il est aussi impitoyable avec les écrivains établis qui se comportent comme des "fonctionnaires" de l'écriture, produisant chaque année leur livre sans vraiment changer la formule qui les a fait connaître, sans prendre de risques que l'on finira sans doute par lire tant leurs noms sont martelés : "On y cède à la fin ; il y a des places enviables en littérature qui se distribuent comme ces portefeuilles ministériels échoués aux mains de candidats que rien ne désigne, sinon le fait qu'"ils sont toujours là" [...] De même que l'éditeur sait qu'après un premier livre, inévitablement -bon an, mal an- il en viendra un autre, lui [l'écrivain une fois édité] considère paisiblement qu'il a passé un contrat à vie avec le public..." (p.35/36/37)

Gracq n'égratigne pas uniquement l'écrivain, il n'est pas tendre avec la critique ni avec le public qui, en France, où il y a toujours eu des salons, parle beaucoup de littérature, s'écoute parfois parler, pérorer en société autour du dernier écrivain à la mode adoubé par le monde de la littérature. Il y est souvent plus question de parader que de parler de ses goûts, des sensations ressenties à la lecture de tel ou tel ouvrage, c'est cela que Gracq nomme "La littérature à l'estomac". Écrit en 1950, ce pamphlet peut faire un peu daté, et pourtant, il est intéressant de le lire maintenant et de tenter d'y voir en quoi il est toujours d'actualité. Il fut l'objet de pas mal de commentaires acerbes du monde littéraire, jugeant Gracq élitiste -ce qu'il est effectivement, tant dans ses goûts pas toujours les plus aisés à aborder : Lautréamont, Barbey d'Aurevilly, Robert Margerit, Ernst Jünger, mais aussi Edgar Allan Poe ou Rimbaud... que dans son écriture, pas toujours simple.

Publié chez José Corti, comme tous les livres de Gracq, il m'a fallu -quel plaisir !- couper les pages, comme je l'avais fait pour mon premier Gracq, Au château d'Argol et pour le sublime Le rivage des Syrtes pour lequel il reçut le Prix Goncourt en 1951 qu'il refusa, fidèle à ce qu'il écrivit dans ce pamphlet. Lorsqu'on voit la foire d'empoigne qu'est devenue ce prix et la course à tous les autres prix, peut-on lui donner tort ?

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La cinquième femme

Publié le par Yv

La cinquième femme, Henning Mankell, Seuil, 2000 (traduit par Anna Gibson)

Automne 1994, après une semaine passée en Italie avec son père, Kurt Wallander reprend le travail en espérant s'y remettre tranquillement. Mais il lui faut très vite faire face à un meurtre horrible : un vieil homme est retrouvé empalé dans un piège hérissé de bambous acérés. Suit la disparition inquiétante d'un fleuriste passionné d'orchidées. Les événements s'enchaînent pour que le voyage en Italie soit vite oublié. D'autant plus que le père de Kurt Wallander, atteint d'un début d'Alzheimer, meurt subitement.

Pour lire les enquêtes de Wallander, il faut être en bonne santé mentale, pas trop déprimé et prêt à encaisser, car on est loin d'une comédie policière. Particulièrement ce sixième tome, très noir, autant dans la série de meurtres et le contexte dans lesquels elle survient que dans la vie de Kurt, qui, la cinquantaine approchant, se pose pas mal de questions.

Pour moi, cette série reste ce que l'on fait de mieux dans le genre policier qui raconte également la société. Henning Mankell parle de la Suède, de son évolution et plus globalement de toute la société qui tend vers l'individualisme, la consommation sans penser aux conséquences. Lisant cela en 2021, je pourrais me dire que c'est facile à dire, sauf que Mankell a écrit ce livre en 1996, et moi de me dire qu'il a bien flairé l'évolution : haine du flic, haine de l'étranger coupable de tous les maux, individualisme, œil pour œil, changement de la violence qui s'exacerbe, des comportements inadaptés qui augmentent... C'est cela que j'aime bien dans les polars avec Kurt Wallander, c'est que l'écrivain scrute la société dans laquelle il vit, les hommes qui l'habitent ; ses personnages ne sont pas des héros, ils sont humains, fragiles et forts, en proie aux doutes, aux peurs.

Et si l'on ne s'intéresse qu'à l'intrigue -bon, d'abord ce serait une grosse erreur- mais ensuite, ce n'est pas un problème, car Henning Mankell montre le travail harassant, fastidieux et parfois peu payant des flics pour trouver un indice, un fil à tirer qui les mènera vers la solution ou vers une fausse piste. Sans doute encore davantage que dans les autres enquêtes, Kurt Wallander et son équipe piétinent, ne savent pas par quel bout commencer. Il leur faudra de la patience, du travail et un poil de l'intuition de Kurt Wallander pour trouver enfin la bonne voie, mais jusqu'au bout, le doute est permis. Presque 600 pages qui passent à une vitesse folle, passionnantes.

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Le mystère La Pérouse

Publié le par Yv

Le mystère La Pérouse, Guy Lerbut, Gilles Guillon, 2021

Benjamin et Daniel, deux amis qui possèdent un chalet dans le domaine naturiste de La Pérouse, au Touquet, découvrent un matin, lors de leur footing, le corps du responsable du lieu, Antonin. Le médecin et les policiers classent l'affaire en mort naturelle, mais Benjamin flaire un meurtre. Quelques détails le titillent et il commence à mener son enquête. Vingt ans auparavant, il avait aidé les forces de l'ordre à résoudre une affaire. Icelles s'en souviennent et lui laissent une certaine liberté pour creuser et leur apporter de quoi reprendre l'enquête.

Guy Lerbut n'est pas un auteur prolixe puisque en vingt ans c'est son deuxième roman policier avec Benjamin Docer en enquêteur. Désormais marié, deux enfants et chef d'entreprise, son héros est un homme actif dans tout ce qu'il touche, méticuleux et professionnel. Le roman l'est aussi, parfois trop sans doute, les détails fourmillent, très précis, ce qui peut être un bon point mais parfois aussi un peu agaçant. Mais hormis ce bémol, les aventures de Benjamin et de ses proches, Olivia sa femme notamment sont très plaisantes. Le contexte du camp de naturistes n'est pas là pour émoustiller mais permet de parler posément de cette pratique sans complexe. Bon, perso, ça ne me tente pas, mais chacun est libre.

Quant à l'enquête, elle avance doucement, car les suspects sont très nombreux, la victime n'était pas un homme aux relations simples et apaisées. Plus Benjamin creuse, plus il apprend des choses sur Antonin qu'il pensait pourtant connaître et plus le lecteur se laisse porter abandonnant l'idée de trouver avant l'enquêteur. La lenteur est aussi le fait de son travail d'entrepreneur qui ne lui laisse que les ouiquendes et les vacances pour faire des recherches et rencontrer les suspects.  

Pas mal du tout donc ce polar paru chez Gilles Guillon qui fera passer le temps maussade  de ce début d'été et le beau temps attendu des jours qui viennent.

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Les gueules noires

Publié le par Yv

Les gueules noires, Jack Domon, Zampano, Casa éditions, 2021

La région des houillères, il y a quelques années, a vu sa population fondre suite à la fermeture des mines. Ceux qui sont restés vivent du chômage et de l'entraide. Un groupe de gamins joue régulièrement au foot dans une mine abandonnée avant d'en être chassé par le nouveau propriétaire. Icelui n'honore pas son engagement et laisse tout à l'abandon, les gamins y reviennent et trouvent un terrain idéal pour y jouer. Les parents, souvent les papas, d'abord hostiles -trop de mauvais souvenirs-, mais bien boostés par les mamans, commencent à s'intéresser au terrain de jeu de leurs fils.

Zampano scénarise cette bande dessinée et Jack Domon la dessine.

Même si je ne suis pas le football et que peu m'importent les résultats de telle ou telle équipe ou de tel ou tel joueur, j'ai apprécié l'ouvrage qui parle davantage d'entraide, de la force collective d'un quartier. Les notions d'individualisme, de compétition perpétuelle sont ici laissées de côté pour la jouer groupe. Bine sûr, il y est question de football, mais ce sont des jeunes gens qui ne jouent que pour le plaisir -et gagner aussi-, ils sont amateurs et ne drainent pas avec eux toutes les scories du football professionnel : argent, dopage, triche...

Et vu que l'album se finit avec un "fin de l'épisode", je me dis qu'une suite est sans doute en préparation.

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