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Formosana

Publié le par Yv

Formosana. Histoire de démocratie à Taiwan, Collectif, L'Asiathèque, 2021

9 nouvelles d'écrivains taïwanais, toutes écrites après 1987, année d'un soulèvement populaire contre les abus des représentants de la Chine qui administraient Taïwan depuis 1945. Terrible répression (30 000 morts) et levée de la loi martiale en juillet 1987.

- C'est la faute de la statue de Wallis Nokan (traduit par Coraline Jortay)

- Libellule rouge de Lay Chih-ying (traduit par Damien Ligot)

- Fleurs dans la fumée de Yang Chao (traduit par Stéphane Corcuff)

- Mon frère le déserteur de Wube (traduit par Emmanuelle Péchenart)

- 1987, une fiction de Lai Hsiang-yin (traduit par Matthieu Kolatte)

- Les titi de Chen Yu-hsuan (traduit par Emmanuelle Péchenart)

- La nuit du repli de Chou Fen-li (traduit par Luci Modde)

- Un cabiaï de Huang Chong-kai (traduit par Lucie Modde)

- L'homme aux yeux à facettes de Wu Ming-yi (traduit par Gwennaël Gaffric)

Neuf nouvelles et neuf auteurs très différents qui montrent la variété de la littérature taïwanaise. Les histoires peuvent être très réalistes ou flirter avec un côté plus oniriste. Elles sont rarement directes, elles prennent des chemins détournés pour dire la vie dans l'île, les différentes périodes d'occupations japonaise ou chinoise et la toujours très large influence chinoise. Parfois, le langage est cru, mais toujours empreint d'une élégance et d'une poésie. Comme aurait dit Molière : "Qu'en termes élégants ces choses-là sont mises !"

Ce qu'on retient bien c'est que Taïwan est diverse et riche, de par les origines de ses habitants, leur culture, leurs us. Mais tous veulent y vivre en paix et tous ont quelque chose à en raconter. Une lecture plus politique qu'un autre recueil situé dans la même île, Taipei, histoires au coin de la rue. Les deux se complètent.

L'avantage de confier le travail de traduction à plusieurs -comme dans l'autre ouvrage- c'est que l'on ressent bien cette diversité et cette richesse. Toutes les nouvelles ne touchent pas de la même façon, certaines m'ont moins plu, mais toutes apportent quelque chose à la connaissance de l'île. De même, il n'est point superflu de lire la préface de Stéphane Corcuff qui situe Taïwan géo-politiquement et littérairement et qui aidera à la compréhension des textes qui suivent, ni la chronologie de Gwennaël Gaffric pour l'histoire du pays ni la post-face du même auteur pour affiner et aller un peu plus loin et dans laquelle on trouve cette phrase qui conclura ma recension : "A l'heure où la prise de parole est souvent réduite à son strict minimum (une phrase, un tweet, un post, un court montage vidéo), la parole littéraire, et la fiction en particulier -devenue minoritaire aujourd'hui alors même que la société produit et consomme toujours plus de fictions- semble plus que jamais essentielle." (p.286)

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Baby box

Publié le par Yv

Baby box, Lénaïk Gouedard, Ouest-France, 2020

Rennes, 2030, une nuit de juin, un nouveau-né est retrouvé mort dans une boîte à bébé, boîte sécurisée dans laquelle des parents désemparés peuvent laisser anonymement leur enfant.

Priyanka Tangore, lieutenant de police est chargée de l'affaire et aidée par l'agent Pierre-Henry Levasseur. Aucun indice sur l'identité du bébé. Le travail promet d'être difficile, méticuleux, leur première piste sera révélée par les caméras de surveillance.

Je suis bluffé par ce polar qui m'a tenu en haleine jusqu'au bout. C'est le premier de Lénaïk Gouedard, mais pas son premier roman. Elle s'empare astucieusement des codes et notamment joue avec les personnalités très différentes de ses deux enquêteurs. Priyanka, brusque, solitaire, pas toujours diplomate, végétarienne et Pierre-Henry très accro aux sucreries, débutant et d'une patience à toute épreuve. C'est cette opposition qui apporte une touche bienvenue de légèreté et d'humour.

La toile de fond du roman est la culture kanak, puisque tous les indices ramèneront les enquêteurs vers des Kanaks vivant à Rennes mais aussi certains restés en Nouvelle-Calédonie. Et là, elle est très bien documentée Lénaïk Gouedard et sait très bien transmettre son savoir sans qu'on ai la sensation d'assister à une conférence ou un cours. C'est bien fait, on apprend plein de choses. J'ai parlé des deux héros, mais les personnages secondaires ne sont pas mal non plus, très présents et difficiles à cerner, tous plus ou moins liés on ne sait comment, et tous cachant des informations.

L'autrice est maligne et fine qui sait mélanger tout cela avec une légère anticipation, puisque son roman se déroule en 2030, qui lui permet de parler des changements de mentalité, des évolutions de la ville et de certaines technologies et une féminisation des métiers jusqu'ici encore réservés aux hommes.

Très bien écrit, à la fois léger et grave, divertissant et instructif, le seul souci que vous pourriez avoir avec ce polar c'est de ne plus avoir envie de le fermer une fois ouvert et j'en vois un second, c'est d'avoir très envie de retrouver le duo Tangore-Levasseur.

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Frink et Freud

Publié le par Yv

Frink et Freud. Le patient américain, Pierre Péju, Lionel Richerand, Casterman, 2021

1909, Freud est invité à faire des conférences aux Etats-Unis. Il n'aime pas ce pays ni ses habitants mais sait qu'il a besoin d'eux pour que la psychanalyse prenne de l'envergure. Emerveillé par les grandes villes, fier de l'accueil qui lui est fait, son immodestie risque de gonfler encore. Un jeune psychanalyste fait irruption, Horace W. Frink, et bien que Freud le snobe, c'est lui qui sera désigné comme président de la Société psychanalytique de New York. Mais Frink est bientôt tenaillé par son amour pour sa femme Doris et son attirance pour une patiente, Angelica, épouse du richissime Abraham Bijur.

Scénarisé et dialogué par Pierre Péju et dessiné et mis en scène par Lionel Richerand ce roman graphique est passionnant. Même si, comme moi, la psychanalyse n'est pas trop votre truc, la description de Freud en ambitieux quasi maladif et la progression de la psychanalyse sont très bien mises en images. Je ne connaissais pas Frink ni la volonté farouche de Freud à développer sa méthode outre Atlantique. J'ai donc appris plein de choses, ai suivi la vie mouvementée d'Horace Frink qui aurait pu grandement nuire à Freud sans quelques concours de circonstances à lui favorables. Et l'on s'aperçoit que les psychanalystes de l'époque s'ils avaient des scrupules à tromper leurs femmes avec des patientes, franchissaient le pas aisément, Frink, Freud, Jung entre autres.

C'est une bande dessinée en noir et blanc au trait original qui se fait sombre, rond et flou lorsqu'il évoque les cauchemars, les crises ou les angoisses de Frink. Un bel album, instructif. J'aime quand la BD s'essaye à diffuser largement de la culture. Une biographie succincte de tous les intervenants est disponible en fin de volume pour le rendre encore plus intéressant.

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La lionne blanche

Publié le par Yv

La lionne blanche, Henning Mankell, Seuil, 2004 (traduit par Anna Gibson)

Avril 1992, une femme, agente immobilière part visiter une maison qu'elle doit bientôt mettre en vente, juste avant de profiter d'un week-end attendu en compagnie de son mari et de ses deux fillettes. Perdue dans la campagne proche d'Ystad, elle s'arrête dans une maison isolée pour demander son chemin, puis elle disparaît mystérieusement. Kurt Wallander prend cette disparition très au sérieux et se lance à fond dans la recherche de la jeune femme.

Même période, en Afrique du Sud, un comité de blancs fanatiques qui refuse absolument que la société change et que les noirs aient enfin des droits, prépare un attentat contre une personnalité importante.

Tome 3 des enquêtes de Wallander. Celui qui, dès que je l'ai lu la première fois m'a le plus frappé. Et force m'est de dire qu'à la relecture, l'effet est le même. Ce roman est écrit en 1992, soit 2 ans après la libération de Nelson Mandela et deux ans avant son élection en tant que président, le temps de l'histoire est donc quasi identique au temps de l'écriture. Encore une fois, Henning Mankell place son héros dans un contexte fort qui le dépasse, mais dans lequel il va jouer son rôle. Il est le témoin impuissant des changements de la société, de la mondialisation, de la montée de la violence, des droits des plus faibles et de la peur des nantis de voir leurs privilèges se réduire. C'est particulièrement flagrant dans ce volume, dans la société sud-africaine qui vit encore à l'heure de l'apartheid. Kurt Wallander se pose pas mal de questions sur tous ces points, n'apporte ni réponses ni opinion tranchées, il tente d'avancer dans sa vie et dans ses relations tendues avec son père et avec sa fille Linda.

S'il n'était pas au mieux dans les deux tomes précédents c'est vraiment dans celui-ci qu'il plonge dans la dépression et qu'il commence à boire très sérieusement. Mankell n'en a pas fait un surhomme capable de tout résoudre, Kurt est un laborieux, un bosseur : "Kurt Wallander, commissaire principal de la brigade criminelle d'Ystad, avait quarante-quatre ans. Il était généralement considéré comme un policier habile, entêté, faisant preuve par moments d'une certaine acuité d'esprit." (p.32), et c'est cela que j'aime bien. Outre le fait que toutes les histoires d'Henning Mankell sont ancrées dans la société. Ses polars sont des polars sociaux qui racontent un homme et un pays et plus globalement le monde. Excellent de bout en bout.

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Analphabète

Publié le par Yv

Analphabète, Mick Kitson, Métailié (traduit par Céline Schwaller), 2021

Mary Peace est née, fin des années 70 dans une communauté qui vivait de la culture des fraises et des framboises. Pas déclarée à la naissance, analphabète, elle s'enfuit à l'âge de dix-sept ans avec Tony, un jeune homme de la ville voisine. Ils vivent ensemble, Mary accouche d'un petit Jimmy et s'enfuit.

Vingt ans plus tard, Tony, sur son lit de mort fait jurer à son fils Jimmy de ne jamais rechercher sa mère. Jimmy jure et s'empresse de commencer des recherches sur Mary. Depuis vingt ans, Mary est une arnaqueuse qui roule les hommes et vit dans le luxe. Très douée pour effacer ses traces, la tâche de Jimmy sera rude.

Roman qui déroute dans ses premières pages, car l'auteur décide de présenter tous les intervenants dans de courts chapitres à eux consacrés, ce qui me perd un peu. Il me faut un peu de temps pour tout bien saisir et dès que c'est fait, je ne peux plus en décrocher. Un ressort quasi policier : les arnaques de Mary, son fils qui la recherche ainsi que les flics de divers endroits. Il est écrit en quatrième de couverture que c'est "un roman drôle, puissant et lumineux." et j'opine.

Drôle parce que certains personnages le sont dans leurs remarques, leurs attitudes ou parce qu'au détour d'une phrase, d'un paragraphe surgit une incongruité : "Quand j'ai vu Tony, je n'avais jamais rien vu d'aussi beau. Il était bête. Et gentil. Et il avait une bite énorme. Il avait vingt ans et moi dix-sept." (p.16)

Puissant parce que dans une style simple et direct, Mick Kitson parle de la misère, de la pauvreté, des gens sans qualifications qui peinent à trouver du travail et à vivre, de la vie loin des grandes métropoles. Il aborde également la marginalité, l'abandon et le désir de connaître ses parents lorsqu'iceux n'ont pas pu élever leur enfant. Il ne juge pas, ne qualifie jamais Mary de mauvaise mère. Il raconte sa vie qui l'a empêchée d'être mère.

Lumineux parce qu'il est écrit simplement et parfois légèrement, ce qui donne de l'espoir là où il aurait pu faire un roman plombant. Malgré leurs vies difficiles, ses personnages sont beaux et généreux. Humains avec leurs failles, leurs peurs et beaucoup de sympathie envers leurs semblables. Une très jolie manière de commencer l'année 2021.

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Transperceneige. Extinctions

Publié le par Yv

Transperceneige. Extinctions, acte II, Jean-Marc Rochette, Matz, Casterman

De nombreux accidents nucléaires ont entraîné la mort de milliards d'être humains et les températures ont chuté et continuent leur baisse. Le transperceneige, train aux mille et un wagons continue sa course pour tenter de sauver un maximum de personnes. Mais bientôt, ce sont des foules qui se pressent à se portes, Zheng, le commandant se voit contraint de refuser l'accès à certains. D'autres s'organisent en secte sous la terre. Jimmy et son père, tentent de rejoindre le train, le voyage est pénible et dangereux.

J'ai lu, il y a longtemps, la BD originelle, Le Transperceneige scénarisée par Jacques Lob et dessinée déjà par JM Rochette. L'ouvrage ici présent est le tome 2 d'un préquel. C'est très sombre, dans le scénario mais aussi dans le dessin et ça me gêne parfois parce que je ne capte pas les détails. Pas totalement emballé, il reste que cet ouvrage ne laisse pas insensible et qu'on y revient. Il marque par sa description d'un futur pas vraiment réjouissant, par le combat entre les hommes pour survivre dans un monde hostile : la sélection naturelle, seuls les plus forts vivront. C'est étonnant de voir qu'un dessin et une histoire qui, a priori, ne sont pas vraiment faits pour me plaire, m'attirent au point de vouloir lire d'abord le tome 1 et ensuite, les autres titres de la série, puisqu'il y en a plusieurs. Un film (Snowpiercer) et une série (Snowpiercer, quelle originalité) ont été tirés de cette bande dessinée.

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La guerre des amants. Jaune Berlin

Publié le par Yv

La guerre des amants. Jaune Berlin, Jack Manini, Olivier Mangin, Glénat, 2015

1945, les Alliés sont victorieux de l'Allemagne nazie. Walter est désormais membre des Monument's men chargés de retrouver les oeuvres d'art confisquées aux juifs et celles dérobées par les dignitaires nazis, pour les rendre à leurs propriétaires. Natalia fait la même chose, mais du côté russe, Staline n'ayant pas à l'idée de rendre les oeuvres qu'ils parviendront à retrouver, préférant les garder comme compensation. Vingt ans que Walter et Natalia ne se sont pas vus, leurs routes pourraient bien se recroiser.

Troisième et ultime tome des aventures de Walter et Natalia, cette fois-ci, chacun de leur côté, en une période encore particulièrement troublée. Les deux auteurs relatent bien le travail des Monument's men et celui de certains Français dont Rose Valland qui ont su cacher des oeuvres à la convoitise des nazis. C'est bien documenté et j'imagine que ceux qui ont vu le film de George Clooney, Monument's men, y retrouveront pas mal de choses. Le contexte hsitorique est en toile de fond, très présent certes, mais c'est aussi l'histoire des deux héros séparés depuis vingt ans qui fait le suspense. Se reverront-ils ? S'aimeront-ils de nouveau ? Ah la la, quel suspense insoutenable...

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La guerre des amants. Bleu Bauhaus

Publié le par Yv

La guerre des amants. Bleu Bauhaus, Jack Manini, Olivier Mangin, Glénat, 2014

1922, Walter et Natalia sont acceptés au Bauhaus. Ils suivent Vassily Kandinski à Weimar en Allemagne et les cours de cette école d'art particulièrement inventive et moderne. Leur histoire d'amour est toujours mouvementée. Natalia est vive, impétueuse et Walter plus calme et réfléchi.

Deuxième tome des aventures du couple américano-russe, cette fois-ci en plein coeur du Bauhaus, toujours scénarisée par Jack Manini et dessinée par Olivier Mangin. Ce coup-ci, contrairement au tome 1, il paraît plus aisé et plus logique de parler d'art lorsqu'on parle du Bauhaus, mais les auteurs ne négligent pas pour autant le contexte politique en Allemagne, à savoir la montée du parti national-socialiste et les fréquents affrontements entre les nazis et les communistes.

J'aime beaucoup cette période et ce mouvement, le Bauhaus -à ce propos, la série télévisée Bauhaus, un temps nouveau, est très bien et je la conseille très fortement. On retrouve dans la BD ce que j'ai pu voir dans la série -ou l'inverse puisque la BD est antérieure à la série- : le foisonnement d'idées, l'inventivité, les jalousies, les rivalités entre Gropius et Itten par exemple.

C'est encore une fois très bien fait et décidément, une bande dessinée qui parle d'art aussi bien, ça doit se partager... Tome 3 demain.

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La guerre des amants. Rouge révolution

Publié le par Yv

La guerre des amants. Rouge révolution, Jack Manini, Olivier Mangin, Glénat, 2013

Natalia est Russe, Walter est Américain, fils de diplomate. Ils se rencontrent à Moscou en 1917, au début de la Révolution russe. Ils éprouvent le même goût pour la peinture.

1920, ils se revoient et nouent une relation amoureuse, elle la tumultueuse, la révoltée et lui le calme qui a coupé avec sa famille pour rester vivre comme un soviet.

Scénario de Jack Manini et dessins de Olivier Mangin pour cette bande dessinée qui aborde l'art au début du siècle passé. L'art russe et le début de l'abstraction avec Malevitch, Kandinski. Le contexte est évidemment violent et instable, la révolution est jeune et génère encore beaucoup d'espoirs pour tous. Il est assez gonflé de parler d'art dans cette période et c'est passionnant de voir le tournant que prend la peinture sous l'impulsion des peintres russes. En prime une histoire d'amour mouvementée entre une Russe fervente communiste et un Etasunien qui, bien qu'il soit converti au communisme, n'en garde pas moins un oeil critique. C'est le premier tome, les deux autres suivent... normal direz-vous.

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