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La peur bleue

Publié le par Yv

La peur bleue, Maurice Gouiran, Jigal polar, 2021

Un vieux harki est retrouvé mort, assassiné dans un rituel étrange. Lorsque Sami Atallah, flic à Marseille se rend sur les lieux, il découvre que la victime est son père avec qui il a coupé les ponts depuis longtemps, depuis qu'il lui a annoncé son homosexualité. C'est la capitaine Emma Govgaline qui est chargée de l'enquête. Elle a été débarquée de son enquête précédente concernant l'effondrement d'immeubles insalubres dans la ville qui a fait des victimes. Quelques propriétaires sont des élus auxquels Emma voue une haine terrible. Elle demande à son ami, le journaliste Clovis Narigou de l'aider à enquêter sur la mort du harki, malgré la tension très palpable entre eux deux. Leur relation faite de hauts et de bas est dans un bas... très bas.

Deux gros dossiers pour ce nouveau polar de Maurice Gouiran avec son héros préféré Clovis Narigou : le scandale des logements indignes dans la ville de Marseille qui, il y a quelques années se sont écroulés en faisant des victimes et le sort réservé par la France aux harkis parqués pour certains jusque dans les années 90.

Maurice Gouiran ancre toujours ses romans dans une époque ou un fait un peu oubliés qu'il met au grand jour. Il est un auteur de roman policier social qui s'intéresse aux petites gens, à ceux qui triment et qui trinquent des décisions des politiques qui, à Marseille trempent dans un système pas très sain depuis des décennies. J'aime bien ses polars parce qu'ils sont réalistes et humains, c'est toujours cela qui prime. Et là, Maurice Gouiran est en colère, révolté. Comment ne pas l'être lorsque des élus bien de leur personne, arborant souvent des valeurs chrétiennes, humilient et profitent des plus faibles pour se faire de l'argent ? Comment ne pas s'indigner lorsque l'on sait comment la France a traité les harkis, des combattants qui ont pris son parti et qu'on a remercié en les mettant dans des camps ? Le romancier cite des propos de de Gaulle et d'autres sur les harkis qui font froid dans le dos, c'est tout simplement ignoble.

C'est dans cette ambiance malsaine que Clovis tente de comprendre ce qui s'est passé après la fin de la guerre d'Algérie et pourquoi des harkis, âgés d'environ quatre-vingts ans se font assassiner. Le lien est sans doute à trouver en remontant les années, ce qu'il fait très pédagogiquement, tant mieux pour nous lecteurs qui comprenons mieux la situation. Si l'enquête concernant les émus de la ville risque de passer à la trappe, celle qui cherche à trouver le meurtrier des harkis menée par Clovis a des chances d'arriver au bout. Parce que Clovis, comme son double qui lui écrit ses histoires, est révolté et qu'il compte bien montrer qui sont ces combattants français malmenés, humiliés. J'ai l'impression que c'est l'un des polars de l'auteur les plus virulents contre les autorités de l'époque et contre celles de maintenant qui maltraitent les plus faibles, surtout s'ils ont la peau foncée ou des origines étrangères. La xénophobie, le racisme font vendre en ce moment sur certaine chaîne de télé entre autres avec des intervenants de plus en plus nombreux, j'avoue que ça me met en colère et que ça me fait peur cette montée d'un nationalisme franchouillard. Il faudrait plein de Maurice Gouiran pour contrecarrer ces offensives de la haine.

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Olga, ou la fragilité de l'insouciance

Publié le par Yv

Olga, ou la fragilité de l'insouciance, Catherine Meeùs, Académia, 2021

"Un jour, Hanne tombe sur une annonce de disparition. Elle reconnaît immédiatement la femme, croisée à plusieurs reprises, en des occasions toujours particulières. De cette femme troublante, dont personne ne parlera plus, elle décide d'écrire la vie telle qu'elle se l'imagine, lui offrant ainsi de laisser au monde une trace d'elle." (4ème de couverture)

Verena Hanf que je remercie au passage, m'a récemment conseillé ce court et dense roman de Catherine Meeùs qui partage avec le dernier roman de Verena Hanf, dans son titre, le terme de fragilité. Voilà pour ce propos liminaire, sans doute inutile, mais auquel je tiens ; ne dit-on pas que l'inutile est indispensable ?

Il est donc question de la vie d'Olga, cette femme tout juste croisée plusieurs fois par Hanne. Une vie imaginaire qui débute dans un village reculé, archaïque. Olga y naît par hasard dans une famille où les hommes sont soit des légumes, soit de simples spermatozoïdes pour reprendre une formulation de l'auteure : "Et puis mon grand-père est mort, et je suis née, des œuvres du Bon Dieu. Ou de Dieu sait qui, parce que personne n'a jamais su. J'ai bien eu assez vite une idée sur la question, mais l'énormité de la conviction m'a convaincue de la garder pour moi." p.19)

Catherine Meeùs parle du choix ou des contraintes, du destin, des vies de certaines personnes qui plongent dans diverses addictions, dans des relations toxiques et ne parviennent pas à en sortir, malgré une lucidité peut-être pas permanente, mais néanmoins présente. Elle pose les questions suivantes :  Comment peut-on s'infliger cela ? Comment peut-on le supporter ? Et ces nombreux "peut-être" qui jalonnent la vie : peut-être que si j'avais fait un autre choix, ma vie en eût été radicalement changée, mais peut-être pas ?

La descente voire la chute est toujours plus rapide que la remontée.

C'est un roman poignant, qui oblige à se poser des questions, qui "travaille" le lecteur. Finement et joliment écrit, parfois poétique, il raconte la vie étonnante d'une femme qui ne l'est pas moins. Il chamboule et ne se laissera pas faire facilement si vous décidez de le poser un instant. Vous y reviendrez vite.

PS : l'illustration de couverture, que je trouve très belle, est signée Delphine Gosseries.

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De thé et d'amour

Publié le par Yv

De thé et d'amour, Hubert Delahaye, L'Asiathèque, 2021

Dans les années 70 à Kyoto, un jeune Français s'initie à l'art du thé chez madame Yamamoto. Une nouvelle participante arrive, une jeune femme Ichie Shimizu. Les deux jeunes gens ressentent une attirance, mais dans le Japon de ces années-là, tout va lentement, le rapprochement comme le thé. Et puis, la vie des deux est bien occupée. Un peu plus tard, le jeune homme fait la connaissance de la sœur de Ichie, Miya, qui, au contraire de sa sœur, semble libérée, un rien exaltée.

Quelle délicatesse dans ce court roman. L'art du thé : "Le thé n'est pas vraiment une cérémonie. Il n'en a pas la pompeuse solennité. Ce n'est pas la messe ou le rituel d'une quelconque religion. [...] "Cérémonie" est un mot trop rigide pour désigner un exercice aussi multiforme, fait de gestes simples et précis qui n'ont d'autre finalité qu'eux-mêmes, pensés et codifiés pour être strictement efficaces, nécessaires et suffisants et qu'on doit idéalement réaliser sans y penser et d'un cœur léger." (p.29)

Toute l'histoire tourne autour de ces moments chez madame Yamamoto. Tout y est lenteur, calme. Tout s'y déroule dans le silence, les regards se croisent, les gestes sont là pour offrir le thé, pour le savourer, et il s'y joue bien autre chose, l'amour naissant des deux jeunes gens. Ils se retrouvent parfois à l'extérieur, à la fin de la séance, marchent côte-à-côte en devisant. L'art du thé se rapproche de l'art de la séduction surtout lorsque ce dernier se fait en japonais : "La langue japonaise n'a rien de facile, sans parler de son écriture. Une conversation peut se révéler malaisée à suivre quand on n'y trouve pas de sujet ou de verbe. On a tendance à exposer les faits selon un ordre impressionniste où il faut savoir entendre au-delà des mots à travers un discours qui paraît éparpillé et qui favorise les apartés et les digressions." (p.58)

C'est beau, délicat, fin et reposant. Lire ce petit livre de Hubert Delahaye -comme son très beau Lettres d'Ogura- promet un moment à part, loin de la rapidité et de la performance, l'un de ceux que l'on savoure en prenant son temps et un thé.

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Les villes émotionnelles

Publié le par Yv

Les villes émotionnelles, Julie Andrade et Audrey Zeilas, Intervalles, 2021

Et si l'avenir était gouverné par nos émotions ? Et si, tout, de notre vie la plus quotidienne, à nos rencontres était géré par des applications, des réseaux qui nous connaissent mieux que quiconque et qui pourraient anticiper le moindre de nos désirs ainsi que nous éviter les désagréments voire provoquer notre bonheur ?

Julie Andrade et Audrey Zeilas imaginent un catalogue de diverses utopies, parfois enviables, d'autres fois beaucoup moins qui pourraient arriver dans les mille ans à venir.

Voici un ouvrage original, qui alterne les textes courts, les images, les dessins, les études scientifiques vulgarisées, les photographies... Beaucoup de domaines sont abordés par le biais des émotions : l'art, l'architecture (les deux auteures sont architectes), notre vie quotidienne, le travail, les rencontres, notre mode de vie...

C'est un livre à feuilleter, à lire comme on veut, linéairement ou en commençant par la fin ou encore en piquant des petits bouts au hasard. C'est le lecteur qui décide au fil de ses émotions et de ses envies. Tout ne m'a pas parlé, mais des pages m'ont touché et il y a une inventivité folle. Les deux auteures semblent s'être totalement lâchées. Un peu comme quand on refait le monde après un verre ou deux, mais là tout est passé par le prisme des émotions et s'appuie sur des études sérieuses et des délires qui le sont beaucoup moins.

Un livre qui sort des habitudes et qui surprend. Une vraie bonne idée qui mérite qu'on s'y arrête quelques instants.

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May Fly

Publié le par Yv

May Fly, Gérard Coquet, Jigal polar, 2021

May Fly c'est une mouche éphémère qui vit au-dessus des rivières. May Fly, c'est aussi un hameçon spécial -sans doute plus que cela pour les spécialistes. May Fly, c'est enfin le nom de code de Ciara McMurphy lorsqu'elle intègre les forces spéciales irlandaises pour une mission temporaire : être la confidente d'un comptable du terrorisme et recueillir un maximum d'informations sur les comptes qui permettent aux groupes terroristes de vivre et de perpétrer des attentats.

La rencontre se fera sur l'île d'Inishbofin, au large des côtes du Connemara, mauvais souvenir pour Ciara, puisque c'est là que sa mère s'est noyée lorsqu'elle avait quatre ans.

Un polar de Gérard Coquet ça se mérite. Il ne se laisse pas faire simplement comme beaucoup d'autres. Il exige de prendre le temps. Celui de connaître les lieux, l'Irlande, le climat et son ambiance ouateuse, grise, humide surtout en novembre. Celui de se faire à tous les noms des personnages qui arrivent dès les premières pages et dont il est préférable de se souvenir ; j'avoue que je ne suis pas très bon à ce jeu, mais que j'y suis parvenu sans trop de mal. Une fois le pli pris, plus moyen de quitter le pays. L’Irlande profonde est addictive ainsi que l'histoire de Gérard Coquet. On se demande bien où il veut aller au début, et puis, le mieux est de se laisser porter, de se laisser gagner par la tension qui monte sûrement, de faire comme Ciara qui ne comprend pas tous les tenants et les aboutissants de son enquête, mais qui emmagasine les informations et saura à la fin faire le tri et tout relier pour saisir l'ensemble. Parce qu'il faut bien dire que l'intrigue de Gérard Coquet est originale et tient toutes ses promesses, ancrée dans l'histoire de l'Irlande et dans celle de la géopolitique actuelle. L'auteur n'est pas avare d'informations et si l'on avance un peu dans le brouillard au départ, tout s'éclaire au fil des pages.

Ciara, je l'avais déjà rencontrée dans L'aigle des tourbières. Elle est toujours finement accompagnée de Bryan Doyle, et cette fois-ci, de Cobra, une jeune femme efficace, d'abord froid. Et l'écriture de Gérard Coquet que j'avais appréciée n'a pas changé. Du rythme, des dialogues ciselés, des métaphores et des images fortes et parlantes, et toujours l'Irlande omniprésente. La même histoire au soleil, ça ne serait pas pareil, pas aussi puissant. Les abords du Connemara et l'île d'Inishbofin sont  d'incroyables atouts dont l'auteur sait profiter.

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Waterloo mortelle plaine

Publié le par Yv

Waterloo mortelle plaine, Francis Groff, Weyrich, 2021

En plein déconfinement et malgré des mesures strictes, des reconstituteurs napoléoniens bivouaquent aux alentours de Waterloo. Le deuxième jour, Charles-Damien Passereau dit CHD, un jeune homme a priori sans histoire est assassiné. Un mois plus tard, par l'intermédiaire de sa fiancée qui connaît la mère de la victime, Stanislas Barberian, bouquiniste-détective-amateur accepte de se pencher sur les circonstances du décès de CHD. Assez vite, il trouve, par hasard, un élément oublié par la police, qui va relancer l'enquête.

Je l'aime bien Stanislas Barberian, il est sympathique et trouve toujours un petit truc pour faire avancer ou changer de cap une enquête qui piétine ou qui débute. C'est sa troisième aventure que je lis et la dernière en date, et c'est la plus aboutie, celle dans laquelle on sent que le personnage a pris de l'ampleur et qu'il connaît sa place.

Polar atypique puisque mené par un bouquiniste -même si Mario Conde, le détective de Leonardo Padura est aussi bouquiniste, mais lui, après avoir été flic-, toujours plongé dans un univers ou une région marquants et bien décrits. Francis Groff fait dans la légèreté, l'humour est très présent dans ses personnages Stanislas et Martine sa fiancée qui se chamaillent régulièrement. On est loin et tant mieux des thrillers sanguinolents dans lesquels les flics sont dépressifs et/ou suicidaires -que je peux aimer par ailleurs-, et ça fait du bien.

Cette énigme, bien construite et son contexte original -la reconstitution des batailles napoléoniennes- sont convaincants. Tout se déroule en Belgique wallonne avec quelques incursions en France -Stanislas est carolo-parisien et il y a ce je-ne-sais-quoi propre à ce pays qui nous plaît à nous Français -à tous je m'avance peut-être, à moi sûr-, sans doute un certain professionnalisme mais sans se prendre au sérieux.

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Rien à perdre

Publié le par Yv

Rien à perdre, Roberto Montaña, Métailié, 2021 (traduit par René Solis)

Trois amis, à peine cinquantenaires, qui se sont connus dans un lycée de Buenos Aires, puis perdus de vue, puis retrouvés lors d'une fête des anciens, décident de faire une virée sur une plage en Uruguay. Il y a Wave, rocker has-been qui rêve d'un retour, marié mais bon c'est pas terrible, une petite fille ; Le Nerveux, qui porte bien son surnom, en instance de divorce et Mario célibataire qui vit encore chez sa mère. Ils partent tous les trois vers la frontière dans la vieille Ford Taunus de Mario vers ce qui pourrait n'être qu'un week-end entre vieux potes.

Voilà un roman noir comme je les aime. Court, rythmé, parfois drôle, avec des dialogues qui rajoutent une couche à tout ce que je viens d'écrire. Les trois copains sont fatigués et ne se connaissent pas si bien que cela. Chacun a, dans sa vie, des soucis, des emmerdes qui refont surface au moment où ils aimeraient se détendre. Ils ne sont pas taillés pour être des héros de polar : ils boivent du maté, sont trop englués dans leurs histoires de famille et loin d'être prêts à affronter le genre de méchants que l'on trouve dans ce genre de roman.

Roberto Montaña écrit des nouvelles et l'on sent qu'il maîtrise bien le genre, son roman court est efficace et ne s'embarrasse pas de fioritures, de détails qui ne servent pas son histoire. Là où certains commencent systématiquement leurs chapitres par la description du paysage, des ciels... lui va au plus direct, parlant plutôt de ses personnages, usant néanmoins de belles formules, par exemple, les premières lignes du livre : "Une ride. C'est la première chose qu'il voit quand il passe la main sur le miroir embué : une ligne fine qui naît à l'angle de son œil droit pour disparaître deux centimètres plus bas, traçant une courbe descendante et définitive. L'espace d'un instant il se dit que c'est seulement une illusion d'optique, un effet de la lumière, mais quand il s'approche du miroir il a la confirmation que ce n'est pas une ride mais plusieurs, disséminées sur tout le visage, en train de grandir autour des lèvres, dans les plis du front, aux contours du nez." (p.7)

Un roman qui débute ainsi présage de bons moments qu'il confirme au long des 160 pages.

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Brèches

Publié le par Yv

Brèches, Olumide Popoola et Annie Holmes, Belleville, 2021 (traduit par Étienne Gomez)

Olumide Popoola est une autrice germano-nigériane. Annie Holmes est autrice, réalisatrice et productrice. Elles vivent toutes les deux à Londres et, dans le cadre d'une résidence, elles ont écrit sur la "jungle de Calais", ce recueil de nouvelles qui ont toutes comme point d'arrivée ou de départ ce lieu.

Comme d'habitude, chez Belleville, un soin particulier est apporté à la couverture qui est une photo gracieusement offerte par Bruno Serralongue.

Le ton de l'ouvrage n'est pas pessimiste contrairement à ce que nous pourrions redouter. Les deux autrices dressent des portraits de jeunes gens -souvent- qui ont tellement vu et vécu de tragédies pour en arriver là, qu'ils sont prêts à tout pour s'en sortir et vivre enfin. Elles ne font pas l'impasse sur les difficultés avec les habitants de la ville, ni sur celles qui existent dans le camp. Ces histoires ont pour énorme avantage de nous présenter des personnages, des individus réalistes parce que sûrement copiés sur des garçons et des filles que les deux autrices ont rencontrés ce qui nous change des chiffres et statistiques. N'en déplaise à certains, ils ne sont pas des tueurs, des violeurs ou des délinquants, mais des jeunes gens qui ont fui leurs pays et ont voyagé dans des conditions effroyables, mais ces "certains" ne liront pas cet ouvrage qui risque trop d'humaniser ceux qu'ils préfèrent nommer du terme générique de migrants.

"J'aimerais que tu sois là, dit-elle à son père intérieur. Franchement, si tu voyais le comportement de ces gens, tout le respect qu'ils ont les uns envers les autres, tu cesserais de parler comme tu le fais tout le temps." (p.69)

Difficile de faire ressortir une nouvelle ou un personnage du lot, parce qu'ils sont tous forts, mais j'avoue une petite préférence pour :

- Enquête : une calaisienne vieillissante accueille chez elle un frère et une sœur avec beaucoup de méfiance, puis le temps fait son œuvre

- A bientôt : un vieux britannique très ordonné et à cheval sur les principes de la loi donne des cours d'anglais gratuits à un jeune homme tout juste débarqué

Un recueil à lire et faire lire pour un regard différent sur tous ces gens obligés de fuir leurs pays. Important dans cette période d'élections où le parti et les idées extrêmes n'ont jamais eu autant d'exposition médiatique ni jamais autant rencontré d'approbation de la population. Beurk !

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Mirages

Publié le par Yv

Mirages, Elena Basile, Ed. du Sablon, (traduit par Marie-France Renard), 2021

Dix nouvelles dans ce recueil. Dix nouvelles qui parlent de femmes qui vient en Hongrie, au Portugal, en Suède, en Italie au encore au Canada. Chacune s'arrête à ce moment de sa vie pour faire le point, de gré ou forcée par des événements extérieurs.

Elena Basile, par ailleurs ambassadrice de l'Italie en Belgique a un talent évident, celui de raconter en quelques pages presqu'une vie entière. Elle va à l'essentiel dans un style direct et épuré. Certes, il faut parfois lire entre les lignes, mais ça se fait tellement naturellement qu'on y pense uniquement si l'on s'arrête un instant sur l'écriture de l'autrice. Sinon, tout passe en douceur. Ses femmes se posent des questions sur l'amour, la maternité, la vie professionnelle, sur leurs choix de vie ou les non-choix, les événements qui s'imposent et qu'on subit comme vivre seule ou en couple, avoir des enfants. J'aime l'extrait suivant sur deux amies, l'une en couple sans enfant à elle, ayant élevé deux beaux-fils et l'autre célibataire avec une fille : "Margherita resta silencieuse. Elle avait un regard sombre et absent. Rosanna lui effleura le bras. "Tu sais, je voulais un enfant, convaincue que je n'aurais plus été seule, et maintenant, je crois, au contraire, que c'est précisément Michela qui vient souligner ma solitude. Étrange, non ?" Elle sourit à son amie pour la consoler et s'assit plus confortablement sur sa chaise." (p.150/151) Je l'aime bien cet extrait car il résume bien le recueil, peu de mots pour résumer une pensée assez profonde, intime. Elena Basile va au cœur de ses femmes, sans détours.

Il ne faut pas oublier la géographie et tous les lieux que l'autrice décrit, les villes dans lesquelles vivent ces femmes. On ressent l'ambiance plus que l'on a une idée nette des bâtiments et rues, et dans ces histoires, c'est justement cela qu'il faut, un contexte davantage qu'une description précise.

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