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Optic Squad. Mission Los Angeles

Publié le par Yv

Optic Squad. Mission Los Angeles, Bervas et Runberg, Rue de Sèvres, 2021

Les États-Unis en 2098 sont coupés en trois grands pays : Western States avec Los Angeles et Seattle, Eastern Democracy, et au centre, Saint Union. Les élections approchent dans les Western States et le candidat Zak Demarest, président actuel est en bonne position pour garder son poste. Sa mesure phare est l'immunocard, une puce implantée dans chaque citoyen qui répondra en un temps rapide au moindre souci de santé par des injections à distance. Mais le test grandeur nature révèle des dysfonctionnements. Une équipe de l'Optic Squad est sur place pour tenter de faire la lumière sur ce problème.

Deuxième tome de cette série, à chaque tome, une histoire complète. L'Optic Squad, ce sont des hommes et des femmes qui ont des nano-caméras implantés dans leur cornée et qui bénéficient d'un appui à distance très solide. C'est une unité d'élite qui ne se déplace que pour des situations complexes. C'est de nouveau Valdo et Kathryn qui sont de mission qui, sans rien divulguer, ne sera pas de tout repos et réserve un lot de surprises désagréables assez conséquent.

Comme dans le premier tome, Mission Seattle, l'action prime. Les enjeux sont colossaux et les situations parfois complexes à saisir, il ne faut rien lâcher des textes, c'est une bande dessinée qui nécessite qu'on ne passe point trop vite ses cases. Sylvain Runberg scénarise cette dystopie pleine de rebondissements dans laquelle on ne s'ennuie pas et Stéphane Bervas dessine de manière vive et dynamique pour coller au tempo du scénario voire l'accélérer encore. Pas trop le temps de s'attarder sur la vie des héros, mais peu importe, on a quelques informations, disons que la vie de Kathryn Horst est le fil rouge de la série et qu'elle se dévoilera au cours de tous les épisodes.

Bonne série pour public en âge de comprendre les arcanes d'un scénario intelligent et tortueux.

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Vade retro, Félicien !

Publié le par Yv

Vade retro, Félicien !, Francis Groff, Weyrich, 2021

Stanislas Barberian bouquiniste avéré et reconnu et assistant d'enquêteurs amateur et non reconnu par la police se rend à Namur pour rencontrer un spécialiste de Félicien Rops qui affirme avoir mis la main sur un manuscrit rare et intime de l'artiste sulfureux. Ledit spécialiste ne viendra jamais au rendez-vous puisqu'il est assassiné quelques heures avant. En première ligne, Stanislas Barberian est vite convoqué par les policiers, puis convié à les aider.

Si l'intrigue n'est pas ébouriffante, la visite de Namur par le guide Francis Groff l'est davantage ainsi que la mise en avant de Félicien Rops, que personnellement je ne connaissais pas. Peintre, dessinateur, graveur et pas mal d'autres choses encore, Félicien Rops (1833-1898) fut sulfureux, scandaleux, provocateur, blasphémateur autant dans ses œuvres que dans sa vie, ce qui vaut encore de nos jours à ses admirateurs, des réflexions cinglantes des bien-pensants -du moins c'est ce que raconte Francis Groff.

L'enquête est pépère, Stanislas Barberian bien sympathique et le roman léger ce qui fait qu'on ne s'y ennuie pas. On y croise les héros d'autres auteur(e)s de la collection Noir Corbeau des éditions Weyrich que Francis Groff met en situation, c'est un clin d’œil marrant et très agréable lorsqu'on a lu ces autres auteurs. Voilà donc un petit polar qui ne prendra pas la tête et qui, au passage, instruira et donnera l'envie d'aller creuser la vie et l’œuvre de Félicien Rops. Moi, je dis bravo !

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Vol AF 747 pour Tokyo

Publié le par Yv

Vol AF 747 pour Tokyo, Nils Barrellon, Jigal polar, 2021

L'heure de la retraite a sonné pour Pierre Choulot, commandant à la brigade financière, après un long passage à la criminelle. Son cadeau qu'il n'accepte que pour faire plaisir à sa femme, d'origine japonaise, est un voyage au Japon. Douze heures de vol au départ de Paris. Douze heures, qui, bien sûr, réserveront leur lot de surprises et la plus forte d'entre elle, la mort du pilote. Très vite, Pierre Choulot sent que cette mort est suspecte et il prend les choses en main, soutenu par sa femme Akiko, grande amatrice de polars à l'ancienne, et notamment des meurtres en chambre close, théorie qu'elle soumet à son mari.

Quelle bonne idée que ce roman à l'ancienne, hommage à tous les maîtres du genre, Edgar Allan Poe, Agatha Christie ou Gaston Leroux ! Et quel plaisir que de prendre l'avion, moi qui ne suis pas un adepte de ce moyen de locomotion -j'aime sentir la terre pas loin de mes pieds- en compagnie de Pierre Choulot, sorte d'Hercule Poirot en plus humble et plus sympathique et d'Akiko. Je n'ai pas vu passer les douze heures de vol et j'ai même fait traîner les derniers instants, ceux où, tout le monde réuni, le limier donne la solution de l'énigme. Ça sent bon le roman policier classique, dans un cadre moderne, avec une légèreté et un humour bienvenus.

Nils Barrellon qui jusqu'ici a fait dans des polars lourds et très documentés (Le neutrino de Majorana, La lettre et le peigne) se fait plaisir et à nous aussi en reprenant toutes les ficelles du genre meurtre en chambre close, il ose même nommer un commissaire un peu imbu, Frédéric Larsan -repris de Gaston Leroux. Ça fonctionne formidablement bien, on est happé du début à la fin et avouons-le c'est un délice, un peu régressif, qui fait un bien fou. En plus d'une énigme qui tient bien jusqu'au bout, Nils Barrellon dessine finement ses personnages, on s'y croirait. Les références y sont nombreuses : "Tout devait rester mobile, déplaçable, au gré des indices, des impressions récoltées, des témoignages. Tout devait pouvoir glisser, disparaître même. Une enquête se devait d'être prise par le bon bout de la raison. Il ne fallait pas forcer les faits à rentrer dans un cadre préconçu, il fallait trouver la version où les faits se disposaient d'eux-mêmes, harmonieusement." (p. 123)

Avec tout cela, si vous ne succombez pas à cette lecture, je n'y comprends plus rien !

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Le manoir des oubliées

Publié le par Yv

Le manoir des oubliées, Hervé Huguen, Palémon, 2021

Guy Mendel, célèbre avocat, criminaliste, désormais à la retraite s'occupe en reprenant quelques vieilles affaires irrésolues. Lorsqu'il reprend celle qui concerne le viol de deux jeunes filles et la mort de l'une d'elles, vingt-trois ans plus tôt sur la côte de granit rose, il sollicite quatre amis, anciens élèves pour l'aider. Il organise un week-end dans un manoir , ils seront onze personnes : les quatres amis et leurs femmes, Guy Mendel, leur hôtesse et la cuisinière. La tension monte et culmine lorsque le vieil avocat parle de l'affaire. Le lendemain l'un des onze est retrouvé mort. C'est Nazer Baron qui enquête.

Très solide cette intrigue et habilement construite. Un lecteur non averti, qui, comme moi, ne lit pas les quatrièmes de couverture, saura qu'il y a eu un décès mais sans connaître la victime ni les circonstances de sa mort avant la page 101 ! Dans cette première partie, Hervé Huguen alterne les chapitres : un coup dans le manoir, un coup avec Nazer Baron de sorte que tout se met en place doucement et sûrement : les lieux, magnifiques, les personnages, leurs relations, les raisons qui les amènent à Neuville Manor. Un roman qui fait inévitablement penser à Agatha Christie, ou autre Gaston Leroux, un huis clos tendu.

Dans ses romans, Hervé Huguen présente une Bretagne qui se mérite : crachin, vent, brumes, tous les éléments se déchaînent et rajoutent une touche d'angoisse, de tension : "Une bâtisse rescapée des siècles passés qui donnait l'impression d'avoir été plantée au milieu de nulle part, à l'extrémité d'un cul-de-sac, sur une fin de terre après laquelle il n'y avait plus rien, seulement la mer immense couleur de bronze fondu. La pluie avait cessé au matin, mais le ciel restait d'un noir de cendre, à peine brassé par un vent presque tiède." (p.98) Et Nazer Baron qui aime ces ambiances, accumule les faits avant de les assembler et d'en tirer la conclusion.

Ouvrir un roman policier de Hervé Huguen c'est la certitude d'une Bretagne omniprésente, d'une intrigue bien menée, de personnages bien campés, bref, d'excellents moments de lecture.

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Le palais des deux collines

Publié le par Yv

Le palais des deux collines, Karim Kattan, Elyzad, 2021

"Faysal, Palestinien trentenaire, reçoit un mystérieux faire-part de décès. Mais qui est donc cette tante Rita ? Intrigué, il abandonne son amant et sa vie en Europe pour retourner à Jabalayn, son village natal. Dans le palais déserté de son enfance, il erre. Le passé resurgit, fastueux et lourd de secrets. Alors que plane la menace d'une annexion imminente, qu'une famille et un pays sont au crépuscule, l'esprit de Faysal bascule." (4ème de couverture)

Écrit comme une longue lettre ou une confession à son amant délaissé, entrecoupé d'interventions de Nawal, la grand-mère de Faysal, ce très beau roman est un peu exigeant si l'on ne veut pas se perdre. Mais l'attention demandée est inhérente au texte, tant icelui est prenant, fascinant... il sera difficile d'en sortir même pour quelques minutes pour vaquer à des occupations prosaïques. "Mon village, il aurait pu surgir d'un conte de fées. Tu as vu de tes propres yeux que c'est beau et pas-tout-à-fait-comme-le-reste. Il y a quelque chose d'incongru chez moi. C'est un monde à part, une forêt perdu entre ici et demain, c'est ça, Jabalayn. Quelque chose qui cloche, on ne saurait dire quoi, c'est un monde juste un peu différent, une fourchette posée juste un peu trop à gauche de l'assiette, une qualité de l'air imperceptiblement autre." (p.24)

Les pensées de Faysal -et donc son propos- sont décousues, entre le réel, l'onirique, les souvenirs fantasmés ou pas. Puis il y a cette situation de ce village en Cisjordanie, isole, tout autour des villes et villages annexés par les colons et Jabalayn et ses deux collines qui résistent passivement. "Je vais te dire un petit secret sur eux, ils se prennent pour des cowboys de Dieu. La révolution dont ils parlent, c'est le jour  où les colons qui avaient déjà occupé une grande partie de la Cisjordanie ont décidé qu'ils en avaient assez d'attendre et que leur temps était venu. Un peu le grand soir des cowboys : ils allaient prendre, de force, tout ce qu'ils pouvaient du territoire." (p. 39)

Le texte est très beau, je le disais plus haut, fascinant, de ceux qui restent encore en tête même lorsque le livre est fermé, ce qui permet de s'y remettre aisément. Il parle de l'engagement politique et armé pour défendre sa terre, de la lâcheté ou de la peur de lutter, de la résignation. Il est troublant, tendre et violent, envoûtant : "Mourir sur cette colline : l'idée me plaît parfois. Tu l'as sentie, la volupté de Jabalayn, terre de fées où le soir les lucioles encerclent d'un halo extra-terrestre le restaurant de Jihad, désormais envahi de ronces et de digitales, dansent autour des amandiers de la maison, et nous soustraient au monde." (p.47)

Premier roman d'un jeune auteur palestinien, Karim Kattan, publié dans une belle maison, Elyzad.

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Remords

Publié le par Yv

Remords, Luiz Ruffato, Métailié, 2021 (traduit par Hubert Tézenas)

Oséias, la cinquantaine, marié un enfant, divorcé, a passé sa vie d'adulte à São Paulo. Vingt ans qu'il n'est pas revenu à Cataguases, sa ville d'origine, depuis la mort de son père. Pourtant ses frère et sœurs y vivent toujours, ne se voient pas, ne s'estiment pas, ne vivent pas dans la même classe sociale.

Oséias descend du car à Cataguases le matin du mardi 3 mars 2015. Il passera la fin de la semaine à renouer avec son enfance, sa famille, à arpenter les rues de la ville. Il a pas mal de choses à comprendre, à encaisser, à commencer par le suicide de sa jeune sœur 40 ans plus tôt.

Passer à côté de ce livre sans l'ouvrir et donc sans prendre le risque de se faire avoir, de se faire happer serait une erreur. Avec des petits bouts de phrases les uns après les autres, qui forment des grandes phrases qui suivent le cheminement de l'esprit d'Oséias, Luiz Ruffato écrit un roman au style personnel envoûtant. Un rythme lancinant, un truc qui vous prend et ne vous lâche plus. Une puissance narrative rare construite avec des mots simples, des répétitions de certaines actions multi-quotidiennes, comme par exemple celle d'aller dans la salle de bain de l'hôtel miteux : "J'arrache mon caleçon, soulève le couvercle des W-C, m'assois. Je soulage ma vessie, mes intestins. Soyez bref. Laissez la salle de bains propre pour le prochain. Au plafond, taches de moisissures, noirâtres, toiles d'araignée. Je referme le couvercle des W-C. J'appuie sur le bouton de la chasse. Un filet d'eau coule, sans pression. J'écarte le rideau en plastique, tourne les robinets, l'eau froide gicle dans tous les sens." et quasi réécrite mot pour mot plusieurs fois. de même l'expression qui revient à moult reprises : "Je nettoie mes lunettes avec le pan de ma chemise." Les phrases parfois ne sont pas finies, car la pensée d'Oséias est interrompue par un interlocuteur, ou son rêve s'arrête par un réveil en sursaut. J'ai trouvé cela assez gonflé et ça permet de rester dans le texte assez dense, sans pause et de le reprendre aisément même arrêté en pleine page.

Luiz Ruffato montre combien cet homme ne va pas bien, combien ça lui est difficile mais indispensable de revenir affronter son enfance. Il raconte également le Brésil actuel qui a beaucoup changé ces dernières années, la pauvreté, la violence, la corruption et le fossé entre les classes sociales qui s'agrandit. J'aime quand un écrivain me surprend avec un thème pourtant multi traité en littérature. Très belle découverte.

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Suite en do mineur

Publié le par Yv

Suite en do mineur, jean Mattern, Sabine Wespieser, 2021

A l'occasion d'un voyage à Jérusalem, offert pour ses cinquante ans par son neveu, Robert Stobetzky, aperçoit une silhouette, un port de tête inoubliable et unique dans la Via Dolorosa, ceux de Madeleine, avec laquelle il a partagé, vingt-six années auparavant, alors étudiant, en 1969, trois semaines de bonheur intense.

Madeleine le quitta  brutalement, second abandon pour Robert, après la mort de ses parents lorsqu'il avait dix ans. Début des années 70, il s'installa à Bar-sur-Aube, là où son frère vivait, il y créa une librairie, vite devenue pour lui son refuge.

C'est donc au milieu des années 90, que Robert, célibataire endurci, un poil misanthrope, ou plutôt qui n'aime pas les groupes, surtout ceux qu'on lui impose, visite Jérusalem. Lui, né de parents juifs, pas croyant, que les religieux qui arpentent les rues agacent. Ce voyage sera pour lui, sans qu'il s'en doute, râlant sur son neveu Émile qui le lui a offert, le moyen de sortir de sa bulle baralbine pour faire le point. Il raconte son enfance, entre foyers et familles d'accueil, avec Maurice son frère ; sa rencontre avec Madeleine, leurs trois semaines intenses et le brusque retour à la solitude, la découverte, un jour à la radio, de la suite en do mineur pour violoncelle et cette claque qui lui fait prendre plusieurs décisions dont celle de se mettre à la musique.

Mise à part, une sensation de longueur sur la fin du texte, cette impression que le narrateur tourne en rond, que l'idée de base s'épuise un peu, j'ai beaucoup aimé le roman de Jean Mattern. Il y a d'abord sa manière de parler de littérature, de musique qui m'a donné envie d'entendre cette suite en do mineur de Bach, sachant que je suis inculte en matière de musique dite classique. Évidemment sur la rencontre amoureuse ou amicale, sur la rupture, l'abandon et la solitude. Sans grandiloquence, dans de longues phrases, parfois très longues et très belles, il va au plus près des émotions. De belles pages également sur l'homosexualité et la difficulté à la vivre il y a 25 ans, si tant est que ça soit plus aisé maintenant. Sous le prétexte de parler de soi, le narrateur parvient à parler des autres et aux autres de tous les thèmes et les questionnements qui nous occupent chaque jour.

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Chez toi

Publié le par Yv

Chez toi, Sandrine Martin, Casterman, 2021

Athènes, 2016. Mona est syrienne, migrante, Monika est grecque. Mona est enceinte, Monika est sage-femme pour une ONG. Elles vont se rencontrer, leurs vies et histoires se croiser. A travers elles, c'est l'histoire de la Grèce confrontée aux difficultés économique et à l'arrivée d'un grand nombre de réfugiés. C'est aussi l'histoire de ces réfugiés qui fuient la guerre, la misère au péril de leurs vies pour être mal accueillis par les Européens.

Ce roman graphique s'inspire d'une étude anthropologique consacrée aux relations entre femmes enceintes migrantes et personnel médical. Mona et Monika, si elles sont fictives sont inspirées de femmes réelles et de leurs parcours.

Ce qui m'a frappé d’emblée en ouvrant l'ouvrage c'est le dessin et plus particulièrement, au premier coup d’œil, la couleur. Un dégradé de bleu -sur le principe d'un noir et blanc- sur lequel des couleurs vives et d'autres pastel tranchent. Le résultat est convaincant, superbe et quelques pages en case unique sont magnifiques. Sandrine Martin joue avec les codes du genre, parfois une case par pages, d'autres fois des cases en quinconce, marquées ou non. Je suis conquis.

Et maintenant que je vais vous parler de l'histoire, je ne vais pas descendre en enthousiasme. Mona et Monika sont des femmes aux parcours et investissements lourds. Elles sont terriblement humaines et réalistes, feront taire n'importe que crétin xénophobe qui n'a jamais bougé de son petit confort, mais ce crétin ne lira pas ce livre, trop peur de s'humaniser. Sandrine Martin ne fait pas dans le glauque, le noir, elle parle sans détours de la difficulté d'être migrant en ce moment, de celle d'accueillir les femmes enceintes migrantes dans de bonnes conditions, mais elle parle aussi des bons moments et reste globalement positive. Mona attend un enfant, c'est à lui qu'elle parle et l'espoir est dans la vie qu'elle et son mari pourront lui offrir.

C'est un roman graphique très beau, très profond, avec des valeurs humaines essentielles mises en avant, des femmes fortes qui ne revendiquent point de l'être mais le sont naturellement et parce qu'elles ne peuvent pas faire autrement. Un album que je classe sans hésiter dans mes coups de cœur.

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Certains cœurs lâchent pour trois fois rien

Publié le par Yv

Certains cœurs lâchent pour trois fois rien, Gilles Paris, Flammarion, 2021

Gilles Paris, l'auteur de l’inoubliable Autobiographie d'une courgette et de sept autres romans, dont l'excellent -peut-être mon préféré, même si Courgette bénéficie d'une tendresse particulière- Le vertige des falaises, s'adresse cette fois-ci au lecteur sous forme de récit. Le récit de ses huit dépressions en trente ans. C'est sans filtre, sans détour qu'il parle de ses descentes parfois terribles et longues, parfois plus courtes. Ses séjours en hôpital psychiatrique, ses crises, ses remontées longues et lentes. Ses amis indéfectibles, son mari Laurent, sa mère sa sœur Geneviève Paris chanteuse et son père, le plus absent nommément du livre et sans doute le plus présent, tant ses manques, ses violences ont marqué le jeune Gilles.

Gilles Paris ne s'épargne pas ni n'élude de sujet : ni sa prise de substances illicites et dangereuses, ni la violence qu'il a enfouie profondément en lui, ni ses années de fêtes, d'alcool, de cocaïne, de rencontres éphémères... Sous l'écrivain qui s'est beaucoup mis à la place d'enfants, abimés certes comme ceux que je rencontre et accompagne dans mon travail, j'étais loin d'imaginer une vie pareille -en fait, je n'imagine pas vraiment la vie des écrivains- qui éclaire différemment ses romans : le top serait que je les relise maintenant, j'y verrais sans doute d'autres choses.

Ce n'est pas un livre facile parce qu'il peut renvoyer aux pires de nos craintes, surtout en ce moment où la situation sanitaire n'inspire pas la joie, mais ce n'est pas non plus un livre déprimant. C'est le récit d'un "warrior", d'un homme qui sait s'appuyer sur ses points forts et ses proches pour remonter la pente. C'est direct, franc, ça va au plus court et touche au plus profond. D'aucuns parleront d'impudeur, moi pas. Certes, il va loin, se livre mais évite le côté voyeur. Il parle de sa vie avec Laurent, son mari, de leurs fâcheries, de leur complicité, de leur amour, mais jamais de leur intimité qui ne regarde qu'eux. Son récit quoique profond et très personnel est pudique.

A la sortie de cette lecture, je me prends à simplement souhaiter à Gilles Paris de continuer à écrire de beaux livres que j'aurai toujours plaisir à lire. Ce plaisir de lecteur, ça n'a pas de prix mais une grande valeur.

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