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Marc Édito : l'homme idéal

Publié le par Yv

Marc Édito : l'homme idéal, Piotr, Intervalles, 2022

Marc Édito, célèbre critique d'art pour Art Niouze est installé à New York, mais suite à un accident bête, il se sent obligé de rentrer à Paris. Marc est préoccupé par plusieurs choses : son prochain livre pour lequel il doit trouver un éditeur, sa fille Zaza qu'il ne voit que trop peu et son impuissance sauf pour une femme en burqa. Cette femme, Afaf est l'attachée de presse de Daesh, et Marc ne rêve plus que de la revoir, ce qui attire l'attention de l'organisation terroriste et des services de renseignements français. Et Marc a le don inné de se mettre dans des situations embarrassantes voire humiliantes.

Marc Édito est né dans les années 70 dans le journal L'écho des Savanes et il me souvient l'y avoir croisé. Je me rappelle ses lunettes et sa couleur verte plus que ses aventures. Trente ans après sa dernière apparition, le voici qui revient dans une bande dessinée au départ prévue en 2020 chez un autre éditeur qui a jeté l'éponge suite au soutien de Piotr Barsony à la journaliste Zineb El Rahzoui menacée par des islamistes. Ce sont les précieuses éditions Intervalles qui reprennent le flambeau et publient ici leur première BD.

Et je comprends dès le début que certains puissent être mal à l'aise avec Marc Édito -pas jusqu'à le censurer ou le menacer-, car il parle de tous les sujets : l'art bien sûr, la création, la critique, mais aussi le terrorisme, le port de la burqa qu'il érotise, l'impuissance, les diverses obsessions, le sexe, la paternité... Tout est prétexte à la futilité, à la déconnade, à la moquerie et finalement à une réflexion assez profonde sur ce qui nous gouverne et nous pourrit la vie : l'intégrisme religieux, les médias qui montent en épingle un fait divers, mettent sur un piedestal un quidam dès lors qu'il fait quelque chose de pas commun et qui le descendent dès qu'il fait un pas de côté ou se plante, la pudibonderie croissante...

La manière d'aborder tout cela avec un décalage et un humour évidents, un personnage un peu lourd qui ne voit jamais le mal autour de lui et qui se met dans des situations dans lesquelles il est le mal, un dessin très coloré certes, mais osé parfois, ne sera pas du goût de tout le monde. Personnellement, j'aime beaucoup, c'est parfois bête -et ça me fait rire-, Piotr ne respecte rien, détourne tout et ça j'adore. Rire de tout n'est pas toujours aisé, on prend le risque de se mettre à dos plusieurs parties de la population, parfois totalement opposées, mais qu'est-ce que c'est bon!

Alors, pour une bonne tranche de rigolade mais pas seulement, n'hésitez pas, lisez Marc Édito.

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Les disparus ne le sont jamais vraiment

Publié le par Yv

Meurtres en Bretagne. Les disparus ne le sont jamais vraiment, Stéphane Pajot, La geste, 2022

Mathieu Leduc, le journaliste-enquêteur favori de Stéphane Pajot retourne en enfance, auprès de Mâ, sa grand-mère, dans le village de Tréhorenteuc, en plein pays de Brocéliande, à écouter les histoires fantastiques et effrayantes qu'elle lui raconte. Veuve d'un as cycliste, acrobate, Mâ aime son pays et ses légendes auxquelles elle croit et fait croire. Le petit Mathieu est fasciné. Puis, Mâ meurt, Mathieu s'éloigne de Brocéliande et se dirige vers le pays nantais. Mais il y a toujours un coin qui lui rappelle Tréhorenteuc et Mâ.

Des années plus tard, des décès soudains le replongent dans son passé et dans les souvenirs de ses disparus, qui, en Bretagne, ne le sont jamais vraiment. Il enquête...

Stéphane Pajot est journaliste culture dans un quotidien du pays nantais, il connaît la ville, ses moindres recoins, ses personnages typiques, connus ou marquants, les anecdotes qui les entourent, les divers changements de la ville au cours des années qu'il traque avec sa collection de cartes postales et dévoile sur ses divers comptes sur les réseaux sociaux. Stéphane aime semer dans ces livres les traces de tel ou tel personnage, ses acrobaties -car il aime les acrobates, les freaks, les chanteurs de rues, les clodos flamboyants...- décrire tel monument ou installation qui n'existe plus. Quand on connaît ses livres, on se plaît à chercher où il a pu les cacher, et quand on ne les connaît pas, ce qui entre nous est une faute impardonnable, ils donnent des couleurs, une ambiance.

Pour ce roman, l'auteur quitte un peu Nantes pour la Bretagne profonde, celle de Brocéliande et de ses légendes. Mathieu Leduc a délégué à moins impliqué que lui les recherches qui vont assez vite flirter avec le fantastique, l'immatériel. Les âmes errantes des morts, les Dames Blanches... Et la forêt de Brocéliande, terre de légendes s'il en est -je m'y suis perdu une fois- et le typique village de Tréhorenteuc. 

Stéphane Pajot écrit là un roman noir, un roman d'ambiance, de ceux qui laissent une présence longtemps après l'avoir lu : la force de l'imagination et de la visualisation. J'aime beaucoup les romans de l'auteur. Il sait, à chaque fois, se renouveler tout en gardant une voix personnelle reconnaissable.

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Têtes d'enterrement

Publié le par Yv

Têtes d'enterrement, Gauthier de Fauconval, Le lion z'ailé de Waterloo, 2022

Albert a 93 ans et un cancer qui lui laisse encore 6 mois de vie maximum. Ses enfants, Marc, Claire et Charles, quinquagénaires, ont construit leurs vies bringuebalantes, entre le manque d'amour d'Albert, trop absent, des métiers peu enthousiasmants et des mariages qui boitent. Ils se sont faits à l'idée que leur père allait prochainement décéder. Aussi lorsqu'à une fête de fin d'année Albert leur annonce qu'il a décidé de ne pas mourir, la surprise précède de peu la stupeur, la déception et la colère. Et si cette annonce était la goutte d'eau de trop ?

Gauthier de Fauconval est comédien et Belge. Cela arrive à plein de gens bien. D'être comédien. D'être Belge. Et même les deux à la fois. Il ajoute avec ce premier roman la case écrivain. Et il s'en sort bien, malgré un passage trop long -mais je n'en dirai pas davantage pour ne rien dévoiler de l'histoire-, disons que j'ai lâché à un moment et puis j'ai repris le fil un peu plus loin jusqu'à la fin. Le ton est constamment entre humour, légèreté et gravité. Ce n'est jamais hilarant mais on sourit beaucoup et souvent, et le dans le dramatique, il y a toujours une once d'humour, de décalage, comme s'il ne fallait point prendre la vie trop au sérieux. De l'aigre-doux. Cette manière de ne pas trop se prendre au sérieux, que j'associe beaucoup à l'humour -mais pas seulement- belge.

Albert est touchant sur ses vieux jours, sans doute ne l'a-t'il pas été plus jeune. Ses enfants sont des gens fatigués qui subissent leurs vies, leurs conjoints qui ne peuvent pas concevoir que ce qui a été écrit -la mort prochaine d'Albert- puisse ne pas advenir, que leur père nonagénaire espère encore des années de vie alors qu'eux-mêmes vivotent péniblement. Ils ne sont pas méchants, ni antipathiques, ils sont usés.

Tout cela est bien décrit et Gauthier de Fauconval d'aborder des questions sur l'amour, sur la transmission, la qualité de vie : vaut-il mieux une vie courte et intense ou longue et un peu morne ? Sur la mort, la vie éternelle, la vieillesse, la peur du changement... "Et si nous échouions ? Si notre tentative de réinventer notre vie se soldait par un échec et que nous n'avions finalement rien réussi d'autre que d'amasser plus de frustration, plus de souffrances." (p.125) Un des mérites de ce roman est de décrire des personnages réalistes dans des situations qui le sont un peu moins, de creuser au plus profond d'iceux, de ne pas les juger malgré leurs défauts et de faire tout cela de manière très plaisante.

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A l'ombre des géantes

Publié le par Yv

Meurtres sur la côte bretonne. A l'ombre des géantes, Fabien Gouault, La geste, 2022

Erquy est en émoi lorsque le corps d'Antoine Robin, personnage important de la localité et farouche opposant au projet d'éoliennes offshore, est retrouvé. Le mode opératoire est inédit et attire les journalistes. Parmi eux Tania Bélier qui vient d'intégrer la rédaction locale du quotidien L'Armoricain. La journaliste, particulièrement bien inspirée va révéler des rebondissements, s'attirer les bonnes grâces de certains témoins et recueillir des confidences qui pourraient bien changer le cours de l’enquête.

Très plaisante cette balade dans les Côtes d'Armor, dans des paysages préservés, sauvages et sublimes qui sont un écrin particulièrement agréable pour y loger une histoire de meurtres. Fabien Gouault les décrit très bien, on sentirait presque l'iode à le lire. Il ajoute aux lieux, des personnages typiques : les marins pêcheurs qui vivent dangereusement et difficilement, les commerçants qui ne parviennent plus à attirer de clients dans les petites communes, les piliers de bar et à Erquy, les opposants et les partisans du projet d'éoliennes qui cristallise les haines, jalousies, et appâts du gain. Et puis, il y a Tania qui ne lâche rien et qui interroge, cherche le détail pour faire avancer son enquête. On n'est pas dans un roman policer à énigme dans lequel des indices semés ça et là nous ferait découvrir le ou la ou les coupable(s) -moi non plus, je ne lâche rien-, mais dans un roman noir d'ambiance, rural. C'est bien fait, bien construit, l'ensemble est plaisant jusqu'au bout. Franchement, j'ai passé un très bon moment, qu'aurais-je pu demander de plus ?

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Filles de l'Est, femmes à l'Ouest

Publié le par Yv

Filles de l’Est, femmes à l’Ouest, Albena Dimitrova, Lenka Horňáková-Civade, Katrina Kalda, Grażyna Plebanek, Sonia Ristić, Andrea Salajova, Marina Skalova, Irina Teodorescu, Intervalles, 2022 (sous la direction d’Élisabeth Lesne)

En 2019, à l'occasion de la commémoration des 30 ans de la chute du Mur de Berlin, des filles écrivaines, nées à l'Est dudit Mur se sont réunies et ont décidé de créer quelque chose ensemble. Des textes courts en français sauf ceux de Grażyna Plebanek, traduit du polonais par Cécile Bocianowski, qui parlent de leur naissance et leur jeunesse de l'autre côté du Mur. Ce recueil a été retardé pour cause de crise de COVID, et préparé pour paraître cette année. Les autrices, suite à la guerre de la Russie contre l'Ukraine, se sont réunies et chacune, a écrit un petit texte à ce sujet. Un Post-scriptum au livre.

Pour moi qui suis né au mitan des années 60, j'ai grandi avec l'idée inculquée à l'école et dans les divers médias de l'époque, que vivre à l'est du Mur de Berlin était chose compliquée. Qu'il fallait faire des heures de queue pour pouvoir acheter à manger -quand on avait de quoi-, qu'on partageait des appartements à plusieurs familles et qu'il fallait obéir aveuglément aux autorités... Et puis, ces filles racontent leur enfance plutôt heureuse voire insouciante même s'il fallait "Mimer la bienveillance envers l'autre au quotidien et en même temps se méfier de tous. Je ne me rendais pas compte à quel point vivre ainsi était épuisant." (A. Dimitrova, p.25). Dans les divers pays dans lesquels elles ont grandi : Tchécoslovaquie (actuelle Slovaquie), Bulgarie, Pologne, Roumanie, Estonie, Tchécoslovaquie (actuelle République Tchèque), Russie et Yougoslavie (actuelle Croatie), les femmes avaient des droits parfois bien plus étendus qu'à l'Ouest notamment sur l'avortement, la contraception mais aussi dans le travail où la parité était davantage respectée. A la chute du Mur, la capitalisme s'est engouffré dans ces nouveaux territoires à prospecter et envahir :"Aucun régime totalitaire n'a encore réussi l'exploit de maintenir sa population dans un état d'obéissance et d'addiction prolongée tel que celui que l'Occident a su créer par la consommation permanente transformée en moteur vital." (A. Dimitrova, p.33)

C'est intéressant de lire ces femmes, car leurs souvenirs vont à l'encontre de ce que nous apprenions et voyions, et elles soulèvent des questions importantes sur la place des femmes, leurs droits, sur les régimes totalitaires, le capitalisme débridé et la consommation à outrance...

Et puis, les derniers textes sur la guerre en Ukraine qui réveillent en elles des souvenirs, des peurs, des angoisses qu'elles croyaient enfouies : "Depuis le début de "l'opération spéciale", chaque nuit, je me traîne sans sommeil. J'ai peur qu'en dormant, les images de la Russie de Poutine reviennent se superposer en cauchemars et se confondent avec les images de mon enfance qui tétanisent encore mon corps." (A. Dimitrova, p.123)

"Nous sommes les additions des traumatismes que nous avons occultés, ainsi que de ceux que les générations précédentes, dans le silence souvent, nous ont transmis. Et il suffit parfois d'une seule image pour que tout ce que nous avons remisé dans les greniers de la mémoire resurgisse." (S. Ristić, p.148)

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La mystérieuse nuance de bleu

Publié le par Yv

La mystérieuse nuance de bleu, Jennie Erdal, Métailié, 2022 (traduit par Gilles Robel)

Edgar Logan, traducteur français arrive a Édimbourg pour travailler à une nouvelle traduction de l’œuvre de David Hume, philosophe écossais du XVIIIe siècle. Il est accueilli par un vieux professeur, Sanderson, et sa femme, une séduisante artiste plus jeune que lui.

Edgar s'installe dans un cottage et commence son travail de traduction. Il répond également aux invitations des Sanderson et le professeur l'initie à la pêche à la mouche.

Jennie Erdal est une romancière, éditrice, traductrice du russe, ghostwriter écossaise récemment décédée (1951-2020). La mystérieuse nuance de bleu est son premier roman, paru en langue originale en 2012. Le roman doit son titre à une théorie de Hume qui dit qu'un homme qui n'aurait jamais vu une certaine nuance de bleu et auquel on présenterait toutes les autres nuances de bleu de la plus claire à la plus foncée en laissant un espace vide pour cette nuance particulière, comblerait ce manque avec sa propre imagination.

C'est un roman qui peut être parfois long, pas mal d'apartés qui de prime abord auraient pu me lasser mais qui se révèlent passionnants ; ils abordent la philosophie de Hume et la philosophie en général -ceux qui m'ont moins intéressé sont ceux qui concernent la pêche à la mouche. Ces à-côtés donnent la chair du roman, le squelette étant l'histoire d'Edgar Logan et des Sanderson. Jennie Erdal construit un roman intelligent, instructif et philosophique sur un ton léger pour lequel elle use de pas mal d'humour, de décalage et du cynisme du professeur Sanderson sur le bonheur -il a écrit un livre sur ce sujet- mais aussi sur la religion et son athéisme me réjouit, me fait sourire et opiner : "Le libre arbitre n'est jamais mentionné que quand les religieux veulent pointer la stupidité de l'homme, et jamais la cruauté de leur Dieu prétendument bienveillant et de son horrible plan divin. C'est un fait que la religion prospère sur la peur, et même aujourd'hui, au XXIe siècle, sa propagation nous est imposée, comme la culture des patates sous le règne de Catherine de Russie. Les histoires fausses sont convaincantes -ça a toujours été le cas- et les religions procurent du réconfort, même si c'est un faux réconfort. En un sens, Eddie, Dieu est l'ami imaginaire suprême." (p.116)

Il y a aussi de très belles pages sur le métier de traducteur, comment icelui réécrit le texte : "C'est vrai que l'on ne part jamais de rien, il y a toujours une création antérieure, l’œuvre originale. Mais ce n'est que le point de départ. Il faut ensuite créer autre chose à partir d'elle. [...] Il faut bien sûr restituer le sens du texte original, et lui être le plus fidèle possible. Mais pour être proche du sens du texte que vous avez sous les yeux, il faut savoir parfois s'écarter de ce dernier." (p.264/265)

Bref, pour ne pas faire trop long, c'est un roman dense, qui aborde en profondeur certains sujets comme l’œuvre de Hume, la philosophie et l'un de ses thèmes favoris le bonheur, la traduction et installe des personnages qui vont des facettes d'eux-mêmes insoupçonnées, qui vont nouer et dénouer des relations. Tout cela est bien vu, bien amené, passionnant et fin. Et si les parties de pêche m'ont moins intéressé -elles ne sont pas très nombreuses-, la couverture aux hameçons colorés est superbe.

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L'étonnant pouvoir des couleurs (en couleurs)

Publié le par Yv

L'étonnant pouvoir des couleurs (en couleurs), Jean-Gabriel Causse, Flammarion, 2022

Paru en 2014 aux éditions du Palio, ce livre est réédité cette année en format beau livre et enrichi des dernières études sur les couleurs et d'illustrations originales. Et c'est un sacré beau livre qui, fort logiquement est coloré : couverture bleu roi et verte flashy à l'intérieur et des pages aux teintes dont l'auteur parle, ce qui peut parfois compliquer la lecture lorsque le contraste n'est pas suffisant pour mes yeux de quinquagénaire, ou alors c'est un test, une mise en application des apports de JG Causse en matière de couleurs qui se complètent, et/ou s'opposent.

L'essai est passionnant et si j'avoue que les premières notions scientifiques sur la composition des couleurs en teinte, luminosité et saturation m'ont un peu perdu, le reste m'a emballé et j'ai tout de suite voulu tout changer dans la maison et partout ailleurs et aller vérifier si dans telle ou telle enseigne que je fréquente, les principes évoqués étaient appliquées et si donc j'étais inconsciemment victime des couleurs... mais assis dans mon canapé houssé de motifs géométriques gris, orange, beige, blanc et bleus, je n'ai pas daigné bouger.

Des études viennent confirmer des notions que je pouvais avoir sur l'incidence de la couleur sur le goût (par exemple, plus le ketchup est rouge plus on le sent épicé même s'il ne l'est pas), sur l'humeur, sur la mise au travail... JG Causse est exhaustif et parle aussi de la lumière et des couleurs en terme de santé, de communication... Et elles sont surprenantes ces couleurs et leurs pouvoirs inattendus.

A chaque page, des illustrations bien choisies et superbes, des couleurs parfois criardes et d'autres fois plus douces et un texte qui ouvre la curiosité, qui donne pas mal d'informations toutes étayées par des études scientifiques. Et outre, même si le sujet est sérieux, l'auteur adopte un ton léger qui donne envie d'en savoir plus et de tout retenir -pour cela, il faudra que je relise et re-relise- et finit même par une citation de Pierre Dac : "Si la matière grise était plus rose, le monde aurait moins les idées noires."

Bref, un livre à garder sous la main et à consulter avant tout changement de décoration envisagé et à emporter au bureau si toutefois votre patron est ouvert d'esprit

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Le ciel de Lima

Publié le par Yv

Le ciel de Lima, Juan Gómez Bárcena, Baromètre, 2022 (traduit par Thomas Evellin)

Lima, Pérou, 1904, deux jeunes hommes de bonne famille, amis, qui s'ennuient un peu et rêvent d'écrire de la poésie, éprouvent la même passion pour le poète espagnol Juan Ramón Jiménez. Pour pouvoir recevoir le dernier recueil de leur auteur favori, ils imaginent un canular et créent une admiratrice Georgina Hübner qui  envoie une lettre au futur Prix Nobel de Littérature, qui, contre toute attente répond et accompagne sa réponse de son ouvrage. C'est le début d'une relation épistolaire au rythme des traversées des Transatlantiques et sur fond de grève et révolte prolétariennes au Pérou.

C'est le premier roman de Juan Gómez Bárcena traduit en français qui à partir d'un fait réel bâtit une fiction réjouissante et fine. De la réalité historique avec la vie liménienne d'il y a un siècle, la révolte des dockers, les jeunes oisifs qui se baladent avec des costumes à 80 sols, qui ne rêvent que de littérature et, au moins l'un d'entre eux qui comprend la vie des plus pauvres qui ne touchent que 2 sols par jour et alors qu'une demi miche de pain coûte 1/2 sol... De l'amitié, de la bohème -avec quand même les parents qui régalent-, de l'amour, des bordels, des soûleries et de la littérature. C'est aussi et surtout, un roman dans le roman, dans lequel les personnages se posent des questions sur leurs rôles : "Il s'imagine prisonnier de ses pages, contraint de faire tout ce que la narrateur lui demande de faire. Son pire cauchemar : jouer les homos dans le roman de José, découvrir qu'il l'est simplement parce que le narrateur exige qu'il le soit." (p.270) Juan Gómez Bárcena intervient assez souvent en tant qu'auteur pour parler de création littéraire, pour faire un saut dans le temps et prévoir ce que pourraient devenir ses personnages, pour faire un pas de côté dans son roman, nous sortir de son histoire, nous montrer qu'elle n'est que fiction mais que la fiction pourrait être réalité, pour donner son avis "C'était un bon médecin, capable d'éclisser une jambe cassée, de combattre la malaria et de neutraliser le venin d'une piqûre de serpent, mais il n'avait aucune notion de psychologie. Par ailleurs, à quoi aurait bien pu lui servir ce genre de connaissances à la fin du XIXe siècle alors que l'esprit humain était encore considéré, tout au plus, comme un appendice de la biologie ? S'il ne voyait donc pas de troubles de l'anxiété dans ces crises de larmes, c'était simplement parce qu'ils n'avaient pas encore été inventés..." (p.43). Enfin, bref, un exercice brillant où à tout moment on bascule de la fiction aux remarques de l'auteur et vice-versa, que j'ai beaucoup aimé. L'auteur part d'une anecdote réelle, invente une vaste supercherie littéraire dans laquelle on se régale. Il joue sur tous les registres, c'est enlevé, drôle, ironique, sarcastique, mais aussi très sérieux et historique, littéraire... Et au fil des pages, on apprend comment selon certains doit se construire un roman, quels types de personnages, les rôles primaires et secondaires... à quel moment un rebondissement doit survenir... C'est là que je parlais de roman dans le roman, une mise en abyme.

Bref, une très belle découverte et donc belle idée des éditions Baromètre que de publier ce texte jouissif et épatant, fin, élégant et malin.

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Clivages

Publié le par Yv

Clivages, Sylvain Runberg, Joan Urgell, Robinson, 2020

Dans un pays d'Europe, de nos jours, la guerre. La présidente mène un régime très autoritaire. Les Patriotes, qui combattent le régime perpétuent des attentats, mènent des attaques contre l'armée légitime dans les rangs de laquelle certains sont très acharnés, tel la capitaine Roman Brevim qui arrive à Pernissi, petite ville tranquille pas très loin de la capitale. Juliana est conseillère municipale et médecin et vit aussi paisiblement qu'une guerre civile le permette avec son mari et leurs deux enfants. L'arrivée des légitimistes va mettre en péril la quiétude de la ville et Juliana tente de maintenir un équilibre fragile.

L'album intégral regroupe deux albums scénarisés par Sylvain Runberg et dessinés par Joan Urgell. C'est une histoire malheureusement très crédible : la guerre dans l'ex-Yougoslavie dans les années 90, la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine. Classique dans le genre et efficace. On voit bien ce qu'engendre une situation de violence : les peurs des uns et le courage des autres, le repli sur soi pour sauver sa peau ou l'entraide pour sauver un maximum de personnes, les haines et les jalousies ressurgissent, la soif de violence surtout lorsqu'on a le pouvoir peut s'exprimer quasi sans limite...

Diptyque fort bien fait, qui s'appuie sur des personnages forts, notamment Juliana, assez spectaculaire dans les scènes d'attentats et de guérillas, plus intimiste dans d'autres moments. Il sait jouer sur plusieurs registres pour faire monter la tension jusqu'au bout.

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