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Instants sauvages

Publié le par Yv

Instants sauvages, Noël Sisinni, Jigal polar, 2022

Richard Butel, la cinquantaine, écrivain, héroïnomane, vit dans une maison isolée dans les Pyrénées, avec sa jeune femme Leslie. Lorsque celle-ci disparaît soudainement, il ne peut faire face, mais c'est l'apparition d'une louve noire près de chez lui qui va le transformer. Il décide de communiquer avec elle et s’éloigne chaque jour de sa vie d'avant.

Le cadavre d'une femme est retrouvé, déchiqueté par les animaux sauvages, méconnaissable, avec aux alentours des effets de Leslie. Richard est soupçonné de l'avoir tuée.

Étrange roman noir dans lequel le héros retourne à la vie sauvage, et qui m'a rappelé à certains égards Le lièvre de Vatanen de Arto Paasilinna. On pourrait le qualifier de roman naturaliste à double titre, d'une part parce qu'il est très réaliste, descriptif, presque journalistique dans sa manière de décrire les personnages, leurs caractéristiques physiques et psychiques et leurs activités : phrases courtes, directes, sans effets. Et d'autre part parce que la nature y est omniprésente, la faune, la flore, elles-mêmes simplement décrites, l'imagination du lecteur faisant le reste. Puis il y a ce changement de Richard et ce roman dans le roman qu'il écrit et qui s'intitule instants sauvages : "J'ai senti l'odeur de l'homme comme si j'étais moi-même un animal. C'est à cet instant que j'ai réalisé que je venais d'entrer dans une autre dimension... J'étais devenu un animal. Désormais je fais enfin partie de cet état sauvage que j'ai toujours recherché." (p.76/77)

Si entrer dans le roman fut un peu compliqué, tant Richard est décalé, étrange et pas aisé à suivre dans son raisonnement, la suite coule simplement, on se laisse gagner par le rythme, par le comportement de Richard et l'enquête des gendarmes. Une sorte de fascination pour ce monde où hommes et nature se toisent, se respectent -même si certains éleveurs et chasseurs et même un braconnier apportent leur vision particulière du respect de la nature- se met en place. Une question intéressante sur la place de l'homme dans la nature, sur l'indispensable respect d'icelle et même sa protection.

Un roman pas banal par son environnement, son contexte et ses personnages hors normes. Bref, du très bon ! Et en prime, quelques références à Desproges (p.53) et Bashung (p.102), donc excellent.

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Dernière nuit à Ouessant

Publié le par Yv

Dernière nuit à Ouessant, Grégory Laignel, Ouest France, 2022

Janvier 2018, une tempête d'une force peu commune arrive sur Ouessant. Carla, c'est son nom, devrait faire pas mal de dégâts. Elle a déjà commencé à couper toutes les communications dans l'île et vers le continent et sera à son acmé vers 5h du matin. Fanch Perrec, le maire a réuni en urgence une partie de son conseil municipal pour faire le point et prévoir les conséquences. Mais l'annonce de la découverte d'un corps dans le port change les plans. Enora Abgrall, la victime, semble n’être pas morte de manière naturelle. En bravant la tempête pour aller prévenir Erwan Abgrall, le mari, Fanch Perrec et ses adjoints le découvrent mort, assassiné.

Menés par Loïc Dagorn, le médecin de l'île, les conseillers municipaux vont mener l'enquête, et tenter de débusquer l'assassin qui est sur l'île.

Très bien vu ce polar, malgré une fin un peu longue à force de redites. Double huis-clos, d'abord dans Ouessant coupée du monde, puis dans la mairie, même si les conseillers en sortent pour chercher des indices ou des témoignages, ils restent quasiment toujours entre eux. Les réticences des uns sont balayées par les circonstances : "À cause de la tempête, le tueur ne peut pas quitter Ouessant. Il reste sur l'île, parmi nous, sans qu'on ne connaisse ni son identité ni ses intentions. Peut-être qu'il compte tuer d'autres personnes. Il est donc de notre devoir d'essayer de le trouver avant qu'il y ait une autre hécatombe." (p. 79)

Et cette équipe de néophytes de se mettre en ordre de bataille, de sortir dans les conditions dantesques pour trouver de quoi arrêter celui qui sème des cadavres derrière lui. Ce qui est bien, c'est que différents types de caractères sont représentés : le lourd aux blagues graveleuses, le taiseux, le coincé hésitant, la vigie de l'île, la garde-champêtre amoureuse du maire qui, lui-même tente de canaliser les initiatives pour qu'elles restent légales ; il est aussi la narrateur, celui qui raconte cette drôle de nuit ouessantine. Il y a donc les oppositions, notamment celle de l'opposant principal du maire et candidat malchanceux aux élections précédentes qui ne rate jamais l'occasion de taper sur son rival, mais aussi des petites rancœurs, des jalousies, des frustrations que Carla exacerbe.

Très bon polar, original aux décors et aux personnages tourmentés, à la tension permanente qui monte qui monte et à l'intrigue qui tient jusqu'au bout.

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Les yeux de l'océan

Publié le par Yv

Les yeux de l'océan. Mata nu Wawa, Syaman Rapongan, L'Asiathèque, 2022 (traduit par Damien Ligot)

Syaman Rapongan est Tao, l'ethnie qui vit sur l'île des Orchidées dans l'archipel de Taiwan, une petite île volcanique de 45 km2, colonisée par le Japon, puis par la Chine. Il fut l'un des premiers à pouvoir partir sur la grande île Taiwan pour étudier. Anthropologue, pêcheur, traducteur, écrivain, navigateur, il revient sur son île natale pour y réapprendre la langue et les coutumes, écrire et témoigner de sa richesse.

C'est un livre classé roman autobiographique, dans lequel l'auteur peut, j'imagine, mettre une grande partie de sa vie et broder un peu sur d'autres aspects. Il alterne ou plutôt entremêle les légendes, les histoires de démons issues des traditions des Taos, les coutumes à des faits beaucoup plus terre-à-terre. C'est parfois un peu long, mais toujours très fort et instructif. C'est fort, parce qu'il raconte ce qu'il a vu et vécu, notamment dans la colonisation et le besoin des occupants d'annihiler les traditions et la langue des autochtones. Et ce prêtre qui veut se mêler des rituels locaux remis sèchement en place par l'un des hommes tao. "Le prêtre fit semblant d'admettre notre ignorance de "primitifs" face à la religion occidentale. Il resta silencieux ; sans opposer de résistance, il retint ses paroles et ne s'avisa plus de diriger les prières. [...] Il en est ainsi de chaque peuple, de sa conception du monde, et du "Dieu" qui lui est propre. Les "prêtres" venus d'Occident ont amené avec eux leur Dieu pour coloniser ceux des autres peuples. C'est une réalité dans l'histoire depuis 1492 et les Amériques : Bible et canons s'imposent avec violence, un nom de la parole divine." (p.48)

Puis vient le temps de quitter l'île pour étudier, bouleversement totale, il faudra se faire à la langue chinoise, passer outre les brimades, les injures reçues en tant qu'aborigène, prouver sa valeur par de l'achernement, du travail, oser ne pas forcément emprunter la voie par d'autres choisie...

Une vie pas banale, pas simple, assez simplement racontée, qui permet de mieux connaître l'histoire, la géographie, la politique de l'archipel et les hommes et femmes très différents qui le composent, qui luttent contre l'uniformisation.

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Bulle de savon

Publié le par Yv

Bulle de savon, Sylvia Hansel, Intervalles, 2022

Une jeune femme, 25 ans, épanouie, vie sociale riche, guitariste dans un groupe garage, vendeuse le reste du temps, fêtarde parisienne, tombe sous le charme de Jason, britannique, 20 ans, un physique très avantageux. Et elle qui jusqu'ici vivait des aventures d'un soir et qui ne voulait pas autre chose, tombe amoureuse à tel point que lorsqu'il la quitte, elle scrute son Myspace -ça se passe en 2006-, l'attend en bas de chez lui, guette ses messages ou appels... Elle sombre dans l'autodestruction.

J'aime bien Sylvia Hansel qui a déjà publié chez Intervalles : Les adultes n'existent pas et Cannonball, l'adolescence n'est pas une chanson douce, que j'ai lus et appréciés. J'aime bien son écriture, son ton très personnel, mi-tragique mi-comique et toujours musical, plutôt rock n'roll et un peu folk aussi cette fois-ci. Même les moments les plus durs sont empreints d'une certaine drôlerie, d'un décalage qui les rend non point moins tragiques mais plus humains, plus réels. "Mieux vaut rire que pleurer" dit un proverbe ou encore "Rire c'est se préserver" selon Charlie Chaplin, deux adages que l'autrice a fait siens et qui ressortent de ces livres.

"Ayant atteint notre quart de siècle, nous étions fort occupées à être libres. Joyeusement célibataires, nous courions les calbuts comme les mecs courent les jupons, sautant d'une aventure à l'autre, piquant des fous rires en nous racontant ensuite les détails devant une bière. Je venais d'ailleurs de narrer à Juliette et Clem mes déboires avec mon dernier coup d'un soir : une catastrophe, le type me faisait prendre une nouvelle position toutes les deux minutes chrono, se regardait la bite en me pénétrant et n'en finissait pas, ça s'éternisait pire qu'un solo de Joe Satriani, j'avais peur de ne pas arriver à temps au Franprix pour acheter un sac de litière pour le chat avant la fermeture, avec toutes ces conneries." (p.11)

Ce court Bulle de savon met en scène une femme qui se croyait à l'abri de la dépendance à l'autre, libre, entourée, joyeuse. Sylvia Hansel, en peu de pages et de mots, montre comment il est aisé de se retrouver au plus mal, de sombrer et combien il est ardu de remonter la pente. Seule, c'est mission impossible, c'est l'entourage qui aide à la prise de conscience et au détachement.

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Le mystère du masque sacré

Publié le par Yv

Le mystère du masque sacré, Jean-Christophe Portes, Le masque, 2022

Denis Florin, ex-notaire qui vit maintenant de ses rentes dues est également l'un des membres du groupe du Manoir, directement sous l'autorité du Président de la République, depuis de Gaulle, groupe dirigé par Colette, sa grand-mère âgée de 85 ans. Ils vivent tous les deux au manoir de Caudebec en Normandie.

Lorsque  Marcel Chignard vieil ami du notaire et héritier d'une incroyable collection d'objets d'art africain est retrouvé entièrement paralysé, empoisonné, c'est Denis qui est visé par les gendarmes. Bientôt une deuxième victime allonge la liste et Denis n'a d'autre choix que de disparaître, pendant que Colette réactive le Groupe du Manoir, d'une part pour trouver l'antidote au poison mais aussi pour aller se mêler d'une histoire d'héritage de pouvoir au Congo.

Deuxième tome des aventures du notaire, de sa grand-mère et de Nadget ex-journaliste devenue instragrameuse-influenceuse et qui va, elle aussi, reprendre du service au sein du commando ultra-secret. Et le moins que je puisse écrire, c'est que cette aventure ne sera pas de tout repos. Après l'excellent Minuit dans le jardin du manoir, JC Portes place cette fois-ci son groupe dans les arcanes de la Françafrique, tout cela autour d'un masque sacré censé donner le pouvoir à qui l'arbore. Les coups par dessous, les manipulations, chantages, extorsions, enlèvements, séquestrations, empoisonnement se suivent et s'enchaînent à un rythme qui ne laisse que peu de répit. Le Groupe du Manoir est omniprésent, Denis et Colette en tête, mais aussi Nadget qui prend des risques au grand dam de Denis, très amoureux-qui-n'ose-pas-se-dévoiler, sans oublier les deux octogénaires Momo le geek et Raoul, qui, pour ceux qui ne le connaissent pas ne fait pas dans la diplomatie, mais travaille davantage dans la férocité, à coup de lattes.

Tout cela pour dire que c'est un livre vachement bien, qu'il est drôle, très rythmé, qu'il met en scène des méchants très méchants et des gentils pas toujours très gentils, un Denis un peu naïf et très amoureux mais qui est efficace au bon moment, une Colette inénarrable, une petite bonne femme qui régente tout le monde et ne s'en laisse pas compter. Ne boudons pas notre plaisir, l'actualité n'est pas vraiment rose, alors changeons-nous les idées quelques instants, ce roman et si je puis donner un conseil, les deux premiers tomes de la série, sont d'excellent exutoires à la morosité ambiante.

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Bel abîme

Publié le par Yv

Bel abîme, Yamen Manai, Elyzad, 2021

"Je revenais du collège quand j'ai rencontré Bella. Une après-midi de novembre, morose. Un garçon triste, chétif, une tête à claques, la tête baissée, la peur qui habite ses tripes, et parfois, l'envie d'en finir. On n'imagine pas ce que ressent un enfant quand il faut qu'il se fasse encore plus petit qu'il n'est, quand il n'a pas droit à l'erreur, quand chaque faux pas prend un air de fin du monde. Mais en l'entendant, ce jour-là, j'ai redressé le menton." (4ème de couverture)

Et voilà, vous n'en saurez pas plus de ma part sur le contenu, car vous rateriez la belle surprise. Ne lisez point trop autour de ce livre remarquable, courez l'acheter ou si vous l'avez déjà, ne traînez pas, lisez-le. 110 pages, ça va vite et c'est un long monologue du jeune homme qui attend un procès. Il parle à son avocat commis d'office et au psychiatre détaché par le tribunal. On ne sait pas trop au début les raisons de son enfermement, il les explique à ses deux visiteurs.

Jeune homme en Tunisie post-révolution, il vit avec un père universitaire, fainéant, qui ne s'intéresse qu'à sa voiture et frappe sa femme et ses enfants. L'archétype de l'homme autoritaire tel que la société tunisienne en produit, qui doit se faire servir et respecter dans sa maison. Il livre ses réflexions, son amour de la lecture qui l'a sauvé, lui permet de vivre malgré la violence : "Des gens qui savent lire au pays, il y en a à la pelle, mais que lisent-ils, dites-moi ? Que dalle, pour l'écrasante majorité. Elle est fâchée avec les livres, il faut se l'avouer. Vous connaissez ce proverbe ? La parole de nos ancêtres ? Elli kraw métou : ceux qui ont lu sont morts eux-aussi. Oh, mes aïeux ! Lire ne donne pas de pouvoir, lire ne sauve pas ? Cela ne fait aucune différence, on finit toujours les deux pieds devant ? Ok, lire ne rend pas immortel, je vous l'accorde,  mais ça rend moins con, et ça, c'est déjà beaucoup." (p.20)

Puis sa réflexion s'étend à la société tunisienne, qui, malgré la révolution, ne satisfait ni ne permet aux Tunisiens de s'épanouir : "On a quand même gagné la démocratie ? La belle affaire ! Avant, on avait la peste, maintenant, on a le choix entre la peste et le choléra. Avant, on avait les quarante voleurs, maintenant on en a quarante mille." (p.69). Lucide et amer, il sait qu'il n'a rien à espérer de son pays ni des autres, sauf de Bella qui le tient debout.

C'est un court roman, fort, direct, comme si nous étions avec le jeune détenu et qu'il nous exposait ses pensées et son histoire. Très bien écrit, il se lit assez vite, même s'il vaut mieux prendre son temps, pour rester dans l'ambiance et avec le narrateur que l'aon aimerait avoir rencontré dans d'autres circonstances.

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La mécanique du pire

Publié le par Yv

La mécanique du pire, Marco Pianelli, Jigal polar, 2022

Mano Lander se rend à Paris pour une dernière mission, celle qui devrait lui permettre de vivre tranquille par la suite. Lui, l'ancien commando, habitué au pire, devenu un errant solitaire. Sur la route, il porte secours à une jeune femme seule au bord de la route, voiture en panne. Marie est veuve, son  ex-mari s'est suicidé en service, il était flic à la BAC 96. La BAC 96, menée par Ciani est un repère de ripous, de voleurs, de voyous, de violents. Mano Lander accepte d'enquêter sur le suicide du flic et découvre qu'il s'agit d'un meurtre commandé par Ciani, car Lucas, l'ex-mari de Marie voulait dénoncer ses trafics en tous genres.

Face à ces redoutables adversaires, Lander devra user de tactique et de puissance.

Ouh la, ça dépote, ça décoiffe, ça envoie du lourd, ça déménage ! Action survitaminée à toutes les pages. Et m'est avis que ce n'est pas si simple en écriture qu'en cinéma. Marco Pianelli s'en sort très haut la main si l'on aime le genre et même si sans y adhérer totalement, comme moi, on prend le risque e commencer son livre, car, ferré et totalement et pris par le rythme, l'intrigue et les personnages, il devient difficile d'en sortir. C'est violent, évidemment, dur, parfois à la limite du supportable pour une petite âme sensible comme la mienne, mais quel bouquin !

Mano Lander, ex Paco Sabian rencontré dans le précédent roman de l'auteur L'ombre de la nuit, change d'identité pour brouiller les pistes et empêcher quiconque de remonter à lui. Son personnage est un peu développé dans ce roman, au moins les raisons qui l'ont poussé sur la route à aider la veuve et les orphelins. C'est un solitaire sur-entraîné et prêt à tout. Aucun scrupule, aucune attache, mais il est bien sympathique quand même, il vaut mieux l'avoir dans son camp que contre soi.

Je n'ai pas pu résister à lire quasiment en une traite ce roman très noir, brutal. Autant je n'aime pas les films de gros bras, répétitifs et convenus voire conformistes et moralisateurs, autant ce roman est une vraie dose d'adrénaline sans bouger du canapé. En outre, il évite les écueils du cinéma, et sait poser des questions sur la société, son hyper connectivité, sa violence, son chacun pour soi, sa fin inéluctable : "La décadence des plus grandes civilisations s'enracinait dans leur grandeur, quand la faiblesse en leur sein les y prédestinait." (p.222)

Et le lecteur romantique que je suis -on ne rigole pas- de se prendre à rêver d'une happy end tout en redoutant le tragique. Qu'adviendra-t-il ?

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Appelez-moi César

Publié le par Yv

Appelez-moi César, Boris Marme, Plon, 2022

Été 1994, un séjour à la montagne pour des adolescents, qui de jeux en provocations et en volonté d'en montrer aux autres, basculent dans le tragique.

C'est Étienne, qui, vingt-cinq ans plus tard, raconte ce séjour, jour après jour. Comment les jeunes gens qui ne se connaissent pas se testent, se jaugent, s'apprivoisent. Des clans se forment, par âge, affinités. Jessy et son air détaché est celui qui attire les envies, qui est celui à qui les autres voudraient ressembler. Il est cool, semble avoir déjà vécu beaucoup de choses, l'alcool, les cigarettes, les filles, les fugues...

Deuxième roman de Boris Marme, fort bien construit, car si l'on sait dès le début, dès le prologue titré "Rien qu'un épilogue", qu'un drame s'est déroulé, on ne sait pas lequel et la suite du roman est la montée en tension vers l'acmé, le tragique. Très bien fait donc, mais long, j'eusse préféré que le séjour de deux semaines détaillé jour par jour ne durât qu'une semaine ou que les journées de 24 heures n'en fissent que 12. Un peu plus de trois cents pages pour un roman qui, condensé eût été quasi parfait, tendu du début à la fin.

Cette remarque mise à part, j'ai bien aimé l'histoire et sa construction, ça vous l'aviez compris, mais aussi le soin apporté aux personnages, des ados en plein questionnements et souhaits de dépasser les limites. Si Étienne et Jessy sont les plus décrits, les autres ne sont pas en reste, et le groupe est crédible, réaliste. C'est un roman initiatique qui met en scène des jeunes gens qui, sans cesse, se cherchent, doutent, se jaugent, se jugent et veulent surpasser l'autre pour exister.

Boris Marme donne une image fidèle des années 90, la musique, la société, les préoccupations de adultes et des adolescents, le racisme, la montée du front national, le sexisme... tout ce qui, trente ans plus tard, est toujours d'actualité.

Le texte de Boris Marme est beau, très bien écrit, qui varie les niveaux de langage, lorsqu'il passe par exemple des dialogues au récit. Travaillé, fluide, il coule très agréablement. Franchement, mise à part ma réserve du début -c'est mon côté grincheux-, j'ai trouvé ce roman excellent sur tous les plans. Un écrivain à découvrir et dont je cite les premières phrases, histoire de mettre en appétit :

"J'imagine que l'alerte fut donnée aux alentours de 8 heures. Les trois moniteurs prévinrent finalement les gendarmes.

Ils avaient sans doute pensé pouvoir régler ça eux-mêmes, ils avaient attendu une bonne partie de la nuit, avec les jumeaux, les deux seuls qui n'avaient pas participé à la mutinerie, attendu au pied de la montagne, plus agacés qu'autre chose par nos comportement de p'tits cons, déterminés à nous laisser nous démerder et à prendre les mesures qui s'imposeraient pour régler cette affaire." (p.9)

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Casse-tête à Cointe

Publié le par Yv

Casse-tête à Cointe, Francis Groff, Weyrich, 2022

Stanislas Barberian bouquiniste franco-belge, carolo-parisien pour être plus précis, de Charleroi à Paris pour affiner encore davantage se trouve à Liège pour mener des recherches sur la guillotine. Au même moment, et comme par hasard, à Cointe, quartier de Liège, un corps sans tête est retrouvé par deux jeunes urbexeurs (adeptes des découvertes architecturales abandonnées). Sans vraiment le vouloir, mais sans rejeter l'idée, Stanislas est mêlé à l'enquête et apporte ses lumières à la police et à la presse réunies.

Toujours très sympathiques ces enquêtes avec Stanislas Barberian, c'est ici la cinquième, après Morts sur la Sambre, Vade retro, Félicien !, Orange sanguine et Waterloo, mortelle plaine. Francis Groff nous fait la visite des lieux, Liège de part en part ainsi que son histoire et l'histoire de la guillotine en Belgique. C'est très instructif, jamais ennuyeux, sérieusement mais légèrement mené, car si Stanislas est un fervent travailleur, passionné par les livres, l'histoire et les rencontres de ses pairs et au-delà, il ne dédaigne jamais une petite blague ni une bonne soirée arrosée. Entre Belges, autour d'une trappiste, l'ambiance est souvent légère.

Pour cette enquête liégeoise, Stanislas sera davantage une oreille attentive et à l’affût qu'un véritable enquêteur. Il saura cette fois-ci se faire apprécier de la maréchaussée locale ce qui n'est pas toujours le cas dans les autres enquêtes. Comme toujours avec les romans policiers de Francis Groff, le voyage est agréable et l'on n'a guère envie qu'il se termine, alors, on fait durer un peu le plaisir. Et de se demander où Stanislas nous emmènera la prochaine fois, je connais peu la Belgique, n'y suis allé qu'une seule fois et ai beaucoup apprécié mon séjour, et l'envie d'y retourner me prend à chaque fois que j'ouvre un livre de la belle collection Noir corbeau. Icelui débute ainsi :

"Toute l'eau du ciel semblait s'être concentrée dans un gigantesque entonnoir dont la pointe vomissait des torrents de pluie sur le quartier de Cointe, juste au-dessus de la gare des Guillemins. Depuis des jours, la Belgique était plongée dans un chaos liquide qui dévastait les vallées et ravageait des villages entiers." (p.9)

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