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Martha ou la plus grande joie

Publié le par Yv

Martha ou la plus grande joie, Francis Dannemark, Le castor astral, 2017....,

Martin et Martha sont frère et sœur, jumeaux, la cinquantaine à peine entamée. Après un accident de Martha qui lui a fait perdre une partie de sa mémoire, les deux partent à la campagne, dans l'Yonne, rencontrer Jeanne une amie de leur père qui leur parlera de lui, lui qui n'a pas vraiment eu le temps de le faire de son vivant. La voiture de Martin tombe en panne, c'est Septime fringant sexagénaire qui les dépanne et leur servira de taxi pendant leur séjour.

Dernier opus de Francis Dannemark dont je retrouve avec joie la plume. Je l'avais un peu abandonnée, suite à la relative déception d'un livre écrit avec Véronique Biefnot. Ce court roman renoue avec tout ce qui fait que j'aime lire l'auteur : beaux personnages en plein questionnements et en pleine métamorphose, beaux sentiments mais pas gnangnans, disons que Francis Dannemark excelle à nous faire voir le côté positif de la vie, sans négliger de nous faire apercevoir, de loin, le négatif. Les beaux jours reviennent, les vacances approchent, la saison des barbecues, des repas dehors, des apéros prolongés et le livre de Francis Dannemark. Pas tout en même temps, mais consécutivement et tout fait que la journée est belle.

Je ne dirai pas grand chose de plus sur le roman, car les surprises sont meilleures lorsqu'elles surprennent justement. Fort bien écrit, la petite musique dannemarkienne est bien là, on sent la maîtrise du romancier dans ce genre et dans l'écriture en général. Court, 122 pages, rien ne manque mais rien n'est superflu, tout coule doucement et naturellement ; une histoire et des personnages dont on aimerait prolonger la fréquentation, mais chacun sa route. J'ajouterai quand même que les paysages sont très beaux et invitent Martin et surtout Martha ainsi que les lecteurs à la contemplation, à la lenteur. Changeons de rythme les amis ! Soyons lents et profitons de chaque instant. Un roman qui laisse un goût de bonne humeur, un sillage de joie communicative. Pas vraiment dans l'air du temps, c'est fort dommage, c'est une littérature qui fait du bien.

A noter que Le castor astral inaugure avec cette très jolie couverture colorée et sobre la nouvelle charte graphique de la collection "Escales des lettres". Je vous l'ai dit, tout est bien dans ce roman qui débute ainsi : "Après avoir traversé la forêt en multipliant tours et détours, comme si la ligne droite n'était jamais qu'une vue de l'esprit sans grand intérêt, la route venait de se transformer en une douce courbe à flanc de coteau pour longer une vaste étendue de champs de blé et de prairies où des vaches, rares et lointaines, avaient pris des poses paisibles." (p.9)

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Coyote

Publié le par Yv

Coyote, Colin Winnette, Denoël, 2017 (traduit par Sarah Gurcel)..

"Quelque part au cœur de l'Amérique, dans une bicoque isolée, des parents couchent leur fillette de trois ans, comme tous les soirs. Le lendemain matin, ils trouvent un lit vide. La petite a disparu sans laisser de traces. La mère raconte les jours qui ont suivi : les plateaux télé sur lesquels ils se rendent, avec son mari, pour crier leur désespoir, l'enquête des policiers, puis le silence, l'oubli. Mais la mère dit-elle toute la vérité ?" (4ème de couverture)

Suite à ce résumé, l'éditeur s'emballe et parle d'un "Poe des temps modernes". Malheureusement n'est pas Poe qui veut et franchement la comparaison n'a pas lieu d'être. Ce très court roman ne m'a pas du tout emballé malgré son accroche tentante. Ah la publicité, on se fait avoir ! Je n'ai pas été séduit pas le style très oral, trop oral, la suppression systématique d'une partie de la négation qui rend parfois la phrase ambiguë. Par exemple : "Je me sens plus en sécurité." (p.65), signifie-t-elle "Je me sens beaucoup plus en sécurité" ? peu probable, ou "Je ne me sens plus en sécurité." ? Je charrie un peu, c'est vrai -mauvaise foi moi ? jamais !-, car le reste du paragraphe limite le choix de compréhension, mais si j'aime bien le style oral dans les dialogues, il me fatigue sur un roman entier quand bien même il ne fait que 120 pages. Au risque de passer pour un chichiteux -et oui, les vieux mots désuets ont de nouveau le vent en poupe, merci Monsieur le Président et votre "poudre de perlimpinpin", je dois confesser que moi aussi, quand je parle, je vais au plus court, et rarement la négation est au complet ; sans doute d'ailleurs cela nous ferait-il bizarre d'entendre, dans nos conversations courantes, une personne s'exprimer en n'oubliant aucune syllabe, aucun mot, mais l'écriture, ce n'est pas la même chose -NB : je n'ai pas écrit "c'est pas la même chose", qui aurait été moins bon, si tant est que ce que j'ai écrit soit bon.

Je continue en disant que l'histoire elle-même m'a laissé distant et froid, je n'ai pas saisi l'intérêt d'un tel livre qui enquille quelques poncifs et autres lourdeurs voire longueurs. Alors qu'il aurait pu être un bon moyen de faire le portrait d'une femme déchirée et angoissée par la disparition de sa fille, de rendre la lecture tendue, haletante, on est dans un bouquin pèpère qui ne met jamais le feu et qui franchement m'a ennuyé. Alors, trouver du Edgar Allan Poe là-dedans, je ne sais pas ce qu'a pris l'auteur de la quatrième de couverture, mais je veux bien connaître le nom de son fournisseur pour les soirées d'hiver longuettes ; il me semble qu'on est bien loin, à tous niveaux du modèle littéraire nommé. L'original étant nettement supérieur, mon conseil, lisons Edgar Allan Poe, ça tombe bien, j'ai L'intégrale illustrée dans ma bibliothèque !

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Le vicomte aux pieds nus

Publié le par Yv

Le vicomte aux pieds nus, Hervé Jaouen, Presses de la cité, 2017.....

Fin 19e siècle, la comtesse Hortense de Penarbily, jolie et jeune veuve désargentée survit en faisant ce que l'on ne nomme pas encore chambre et table d'hôte. Son fils, le vicomte Gonzague vit à Paris, très largement au-dessus des moyens de la famille. En délicatesse avec la justice française, il s'enfuit aux États-Unis, découvre le tout nouveau cinéma, inventé par les frères Lumière et décide de faire fortune avec cette invention. Il convainc sa mère qui ne réussit pas à combler les dettes de son fils de l'aider à répandre le cinéma outre Atlantique. Hortense cède, mais décrète qu'ils commenceront pas le Canada.

Pour son dernier roman, Hervé Jaouen s'inspire de la vie de la comtesse Marie de Kerstrat et de son fils, le vicomte Henry de Grandsaignes d'Hauterives, pionniers dans la diffusion du cinéma au passage du 19e et 20e siècles. Puis, avec son talent et sa faconde habituels, le romancier breton construit une histoire folle, des aventures extraordinaires, des personnages entiers, passionnés aux caractères de Bretons bien trempés. Comment résister à un roman qui débute par cette longue phrase :

"Cependant que la comtesse Hortense de Penarbily servait le thé à lady Woodford, monsieur le vicomte Gonzague lutinait la délicieuse miss Lisbeth à l'intérieur de la cabine de bain que le cheval du domaine, mené par l'homme de peine, avait roulée sur la grève, à l'étale de basse mer, dans l'alignement de la terrasse où les deux dames étaient assises, protégées du soleil par des capelines en paille avachies qui donnaient au rite du five o'clock le côté relax d'un pique-nique champêtre improvisé entre personnes de bonne compagnie." (p.11) ?

La suite ? Eh, bien c'est une succession de belles phrases, de langage parfois très châtié parfois très fleuri, un mélange qui ravit et fonctionne admirablement bien. Ce gros roman de 460 pages ne souffre que très peu de longueurs, il est passionnant et tellement enlevé que la lecture en est aisée et rapide. La Bretagne y est magnifique, cette fois-ci les abords de Quimper, le Canada est bien joli également, les États-Unis moins accueillants, Thomas Edison voyant d'un mauvais œil arriver ces Français et sabrer son invention beaucoup moins avancée que celle des frères Lumière et voulant s'en attribuer néanmoins la paternité et les royalties qui en découlent. Hervé Jaouen bâtit un roman historique qui relate bien ces années d'avant guerre et l'euphorie de certains pour ce qu'ils considéraient comme une invention majeure contre tous ceux qui n'y croyaient pas ou pire y voyaient le diable, comme l'Église par exemple.

Et puis, ce qui fait le sel des romans de l'auteur, ce sont ses personnages, toujours très bien décrits tant physiquement que psychiquement. Gonzague et Hortense sont deux pièces de choix, des présences et des caractères forts, des volontés à déplacer des montagnes, des audaces et des paris risqués. Néanmoins, ils ne cachent pas totalement les seconds rôles, Bérénice la sœur de Gonzague, Suzanne sa compagne, rencontrée outre Atlantique, ni les diverses personnes qu'ils rencontreront au cours de leurs aventures, parfois aidantes, parfois envieuses et malhonnêtes, parfois carrément hostiles.

Voilà, tout est présent dans ce roman pour que le lecteur passe un excellent moment, l'un de ceux ou il apprend plein de choses sur les débuts du cinéma et comment grâce à des pionniers comme Hortense et Gonzague, il s'est développé, comment également les autorités étasuniennes ont voulu règlementer à leur profit ce nouvel art ; le lecteur passera également d'excellents moment en Bretagne et au Canada et souhaitera la réussite du duo mère-fils. Lecteur, j'y ai trouvé tout cela. Lu et approuvé !

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Colza mécanique

Publié le par Yv

Colza mécanique, Karin Brunk Holmqvist, Mirobole, 2017 (traduit par Carine Bruy)...,

Henning et Albert Andersson sont frères, tous les deux autour de la septantaine, ils vivent dans une bicoque sans confort sur les terres du châtelain Olof Ardenkrantz. Olof et Louise son épouse éprouvent une vraie tendresse pour ces deux vieux un peu naïfs, ils les emploient parfois pour nettoyer un bout de terrain ou pour d'autres tâches afin de les occuper et de leur donner en échange un peu d'argent et de la nourriture. Lorsque la maison de leur enfance qui jouxte leur masure actuelle est en travaux pour en faire un centre de désintoxication pour femmes, les deux frères passent pas mal de temps à observer les transformations. Puis bientôt, dans le champ de colza juste derrière chez eux, c'est l'effervescence : ce terrain serait un lieu de débarquement extraterrestre. La vie paisible d'Henning et Albert s'en trouve chamboulée.

Karin Brunk Holmqvist est suédoise et est arrivée assez tardivement à l'écriture après avoir exercé pas mal de boulots. Désormais très appréciée dans son pays, à nous de la découvrir ; son premier roman traduit en français, Aphrodite et vieille dentelle est édité chez Mirobole, la maison d'édition aux couvertures soignées, drôles et reconnaissables qui publie donc le deuxième roman de l'auteure, écrit en 2005. Une perle du burlesque, du décalé, de l'humour qui fait sourire tout au long de la lecture avec parfois des éclats de rire incontrôlés. Avant d'en faire l'éloge, je voudrais quand même souligner quelques longueurs, des passages répétitifs qui ne sont pas indispensables et quelques difficultés pour se retrouver dans les nombreux personnages aux noms imprononçables. Mais que ces réserves ne vous fassent pas fuir, car la bonne humeur leur est largement supérieure.

Le rythme n'est pas haletant, l'histoire se déroule dans une petite ville paisible pour ne pas dire ennuyeuse et c'est justement le remue-ménage provoqué à la fois par l'ouverture du centre de désintoxication et par la découverte du champ de colza qui va l'accélérer un peu et qui joue sur l'opposition tranquillité et fébrilité. En fait, seuls Henning et Albert restent relativement calmes et sereins. Certes, ils se posent beaucoup de questions et il est assez cocasse de lire que c'est leur dénuement, la simplicité de leur vie, leur manque de besoins et de désirs matériels qui les protègent de l'effervescence autour d'eux. Je ne sais pas si la philosophie des deux frères peut être considérée comme la morale de ce livre -d'ailleurs en a-t-il une ?, mais j'aime bien l'idée que ce soit eux les héros, eux qui vivent tous les jours avec le minimum. Sous des airs de comédie frivole, Colza mécanique est plus profond qu'il n'y paraît et pose la question de la croissance, du modernisme à tout prix, du bonheur lié au matériel, de la position sociale et tout simplement du sens de la vie. Tout cela après lecture, lorsqu'on réfléchit un peu pour écrire un article, d'où l'intérêt de bloguer, sinon, je serai peut-être passé à côté ; ou alors, c'est moi qui extrapole qui me lance dans des explications oiseuses, cela se peut, cela se peut, parfois, je ne m'écoute pas penser (je vous laisse sur cette réflexion oh combien intelligente !). Pas mal pour un roman qui d'abord fait plaisir et sourire.

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Drôle de pistolet

Publié le par Yv

Drôle de pistolet, Francis Ryck, French pulp, 2017 (Gallimard série noire, 1969).....

Londres 1968. Yako est arrêté. Il donne des informations contre une nouvelle identité et un forte somme d'argent. Yako est un espion russe qui trahit le KGB. La chasse contre lui commence. Le KGB met des moyens pour retrouver celui qui a donné des noms sous la contrainte. Yako s'échappe en France. Pourra-t-il longtemps rester anonyme ? Lutter ? sauver sa peau d'espion ?

Francis Ryck (1920-2007) est un auteur prolixe qui a donné au cinéma certains de ses meilleurs films tirés de ses romans. Costa Gavras, Claude Pinoteau, Jean Delannoy, Robert Enrico, Gérard Pirès pour n'en citer que quelques uns ont réalisé des films dans lesquels ont joué Lino Ventura, Jacques Villeret, Louis de Funès, JL Trintignant, Philippe Noiret, JP Marielle, Johnny Halliday, Suzanne Flon, Stéphane Audran, Marlène Jobert, Fanny Ardant, Voilà pour la galerie, venons en maintenant au fait.

Pur roman d'espionnage des années 60, avant les smartphones, Internet et les objets de haute technologie, même s'il est question d'avancée dans ce domaine tout au long de l'histoire. C'est assez dépaysant de lire une intrigue dans laquelle les différents groupes ne peuvent se joindre qu'à certaines heures données dans certains endroits précis, alors dès que l'un rate le coche, eh bien toute l'organisation est à revoir, ce qui n'est plus le cas de nos jours où chacun doit être joignable instantanément. Le bon vieux temps que je pourrais dire si je ne craignais qu'on me traite de vieux con.

Je dois dire que ce roman m'a bluffé. Il est absolument passionnant. Cette fuite perpétuelle de Yako, cherchant à se cacher des Russes, soupçonnant tous les gens qu'il rencontre de n'être pas là par hasard, jusqu'au chien qui l'accompagnera ! Et ce n'est pas de la paranoïa, juste des précautions. "Tout à fait installé dans son rôle de petit-bourgeois anglais, Yako se demandait où tout cela allait aboutir. Si Barney lui aussi jouait un rôle, il le tenait à la perfection. Le double sens de certaines de ses réflexions pouvait être imputé à la seule interprétation de l'auditeur. Un auditeur fortement conditionné par sa situation." (p.150)

Le roman est vif, bien écrit. Son intérêt principal est bien sûr de savoir si Yako s'en sortira et comment, et cet intérêt ne faiblit pas du début à la fin. Je comprends aisément que des cinéastes aient pu prendre les livres de Francis Ryck comme bases de leurs films, car tout est cinématographique : le personnage principal, taiseux par nécessité l'est devenu par habitude et sans doute par goût d'un certain anonymat, les autres protagonistes sont très bien définis et des acteurs/actrices peuvent être imaginés pour leur donner chair. Les paysages sont très présents, décrits assez minutieusement pour que les décors soient plantés. L'intrigue est là, prenante et la tension monte. J'imagine un film assez lent, avec une musique simple, des acteurs avec des gueules, des femmes mystérieuses... je prends au hasard dans la liste de noms citée plus haut ou même dans les acteurs actuels. Rien que pour revoir ce genre de film, il faut relire ce genre de romans qui font passer d'excellents moments. Très belle idée que de les rééditer, notamment ce Drôle de pistolet.

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Streamliner. Bye bye Lisa Dora

Publié le par Yv

Streamliner. Bye bye Lisa Dora, 'Fane, Rue de Sèvres, 2017.....

1963, Cristal O'Neil vit avec son père au bord de la route 666. Une station service et un restoroute sont leur gagne pain, même si l'affluence n'est pas vraiment au rendez-vous. Dès que Billy Joe pousse la porte du lieu, la situation change pour toujours. Billy Joe chef d'un gang remet son titre en jeu dans une course de voitures. Attention pas des voitures de séries, non des engins arrangés, carénés, moteurs gonflés... Le père de Cristal fut un champion de la catégorie avant un terrible accident. Mais l'organisation de cette nouvelle course attire beaucoup de monde et les autorités la voient d'un mauvais œil.

'Fane, c'est l'un des auteurs de Joe Bar Team, la célèbre série BD. Amateurs de grosses cylindrées, de forts caractères féminins ou masculins, de défi, de courses de voitures, voici une bande dessinée faite pour vous. Les autres pourront également y trouver leur bonheur, la preuve, j'ai bien aimé. Alors, certes, si vous n'appréciez que les bluettes, les petites fleurs et la nature en pleine floraison, passez votre chemin. Le décor, c'est le désert, les voitures. Les mecs sont pour la plupart machos, les filles revendiquent fièrement leur assurance de battre les hommes sur un terrain qui n'est aux yeux de leurs adversaires pas le leur.

Dans ce premier tome, 'Fane place le décor, le contexte et ses personnages principaux : le beau gosse, le rival, le voyou violent, la fille chef du groupe qui veut rivaliser avec les mecs, l'ex du beau gosse rockeuse jalouse et rancunière, la jeune fille contrainte de subir tout ce déferlement de testostérone, d'huile de moteur et de vitesse. A la fin de cet opus, la course commence, le second tome lui sera donc, j'imagine, consacré.

J'ai passé un très bon moment, renouant avec un genre de BD que je n'avais pas lu depuis un moment. J'approuve sans réserve le dessin, les couleurs, le scénario. Dire que 'Fane invente serait excessif, il se sert des stéréotypes du genre dans lequel il place son histoire, des stéréotypes en général mais il le fait en maîtrisant totalement et admirablement son sujet et maintenant, eh bien, j'ai hâte de connaître le déroulé et l'issue de la course.

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Indian psycho

Publié le par Yv

Indian psycho, Arun Krishnan, Asphalte, 2017 (traduit par Marthe Picard).....

Arjun Clarkson est un Indien qui vit aux États-Unis. Incarnation du rêve américain, Arjun issu d'une basse caste a été adopté par un couple d'Américains resté en Inde. Arjun mène une brillante carrière dans la publicité, mais un jour excédé par une remarque, il poignarde son ex-collègue Emily. Pour ne pas se faire soupçonner, il décide de poignarder le petit ami d'Emily et de faire croire à un tueur qui choisit ses victimes sur le réseau social le plus connu, Myface.

Génial ! Je me suis régalé de bout en bout avec ce polar qui est d'une modernité incroyable, qui joue avec les nouveaux codes de communication, qui n'est pas tendre avec la société étasunienne -je pourrais largement étendre à nos sociétés européennes qui lui ressemblent- ni avec la vie en Inde, les castes, les codes qui semblent dépassés, les conservatismes. "Au croisement de la 73e Rue et de Roosevelt Avenue, deux chiens s'accouplaient, sous les encouragements d'un petit groupe de Pakistanais qui traînait devant le snack Kabab King. Les immigrés regardaient les chiens baiser dans la rue. Les Américains regardaient les Kardashian baiser à la télé. Voltaire avait raison. Il faut bien que les hommes aient un peu corrompu la nature, car ils ne sont point nés loups, et ils sont devenus loups." (p.56) Le constat d'Arun Krishnan est implacable sur les places de chacun, les minorités sont dans les postes les moins intéressants, ses membres ont tendance à se regrouper, ils sont victimes du racisme quotidien. Il l'est également sur la place des réseaux sociaux, sur l'ultra-connection, la technologie qui nous envahit. Le roman questionne sur le sens de la vie en société, sur les relations humaines, sur une certaine idée de société qui nous envahit : publicité à outrance sur tous les supports, multiplication de ces supports, ...

L'autre partie extrêmement réjouissante de ce roman, c'est la partie polar, thriller. Le narrateur est le tueur et il est glaçant, flippant dans ses obsessions, son manque d'empathie, sa psychopathie, ses desseins. Il tue presque par hasard, comme s'il était obligé, même pas par plaisir juste pour ne pas se faire soupçonner. Et comme il est distrait, il a tendance à laisser des indices contre lui, donc à tuer de nouveau. Tout cela est dit de manière assez légère, décalée, comique. Dans sa tête, le lecteur a droit à tous ses cheminements de pensée, ses délires, ses questions et sa manière d'envisager le monde en général et sa vie en particulier. Il faut dire que le jeune homme est né dans une basse caste indienne qu'il a été adopté et élevé par un homme bon mais effacé et une femme vicieuse et perverse, ce qui peut sans doute expliquer une partie de ses agissements. Arrivé aux États-Unis, il se retrouve dans un pays où chacun peut se comporter comme il le veut, mais Arjun est très introverti, inhibé et s'insérer dans cette population lui est difficile. Il réagit encore avec ses repères éducatifs et culturels.

Arun Krishnan dresse un portrait angoissant d'un jeune homme prêt à tout pour exister, pour réussir. Il le fait avec brio, alternant les moments de tension et pas mal de traits d'humour. J'ai été totalement accaparé par l'intrigue, le suspense et totalement incapable de prévoir la fin ; en fait, plusieurs options sont envisageables, je n'ai jamais su choisir et je me suis laissé porter par le romancier. Il m'a mené exactement là où il voulait dans un rythme loin d'être soutenu mais que je n'ai pas pu lâcher. Je l'ai lu attentivement, chaque mot, chaque phrase pour ne rien rater, pas un indice, pas une digression, pas une remarque du héros. Tout est passionnant : "En arrivant en Amérique, un immigré traverse trois phases. D'abord, il est démocrate. Après tout, c'est le parti le plus ouvert et le plus accueillant. Puis l'immigré commence à bien gagner sa vie et passe à la deuxième phase : il devient républicain. Comment ces pourris de démocrates osent-ils redistribuer sa richesse et étouffer la libre entreprise ? Quand l'immigré gagne plus de vingt-cinq millions de dollars, il passe à la troisième phase : il cesse de se soucier des êtres humains et commence à s'intéresser exclusivement aux baleines." (p.249)

Un polar formidablement traduit (Marthe Picard) et paru chez Asphalte. J'en fais un coup de cœur, un roman moderne et drôle, original avec une bande-son incroyable -il faut aimer le jazz ou au moins avoir envie d'en écouter- que vous pouvez retrouver sur le site de l'éditeur et que j'écoute en écrivant ce billet.

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Dans l'ombre du viaduc

Publié le par Yv

Dans l'ombre du viaduc, Alain Delmas, Intervalles, 2017....

1957, Arnaud Madrier, jeune ingénieur est envoyé en Espagne, à Valence, pour un chantier. Se liant d'amitié avec Paco, celui-ci l'invite à passer quelques jours à Teruel son village natal pour assister à la feria. Teruel, c'est aussi le village dans lequel le père d'Arnaud a combattu pendant la guerre d'Espagne, dans les Brigades internationales avant de disparaître mystérieusement. Arnaud veut profiter de ce séjour pour comprendre cette disparition, mais vint ans après les faits, sa présence dérange encore. En plus, il tombe amoureux d'Inès, la fille du maire.

Roman noir, roman sur la quête de l'identité, des origines et de l'histoire de ses parents. Peut-on en être fier ? Doit-on en avoir honte ou peur ou la rejeter ? Doit-on vivre avec le poids des fautes et des erreurs de ses parents, doit-on ou peut-on s'en affranchir ?

Voilà, c'est un peu tout cela ce roman et plein d'autres choses, sur l'amitié, l'amour, la haine, la vengeance, la trahison. Très bien fait, tout commence comme un séjour plaisant dans un charmant village espagnol et la tension monte crescendo, quasi imperceptible au départ puis de plus en plus prégnante. L'intensité est surtout due aux rapports entre les personnages, Paco et Arnaud en particulier. Au fur et à mesure qu'ils se découvrent et apprennent leur histoire leur amitié se renforce mais explose également. Paco est un sanguin qui réagit très vite, contrairement à Arnaud qui prend plus le temps de la réflexion.

Le rythme n'est pas haletant, c'est plus un polar d'ambiance que de situation. Point de courses poursuites, d'actions explosives, violentes, d'objets connectés -on est en 1957-, de bagarres à toutes les pages. L'Espagne est là, présente et très décrite. Franco est encore au pouvoir et l'on sent bien que les gens subissent, n'osent pas dire ou agir de peur de subir les foudres du pouvoir. L'homme fort de Teruel, représentant du caudillo, a les moyens de faire taire les plus téméraire; les plus combatifs.

Ce qui est très agréable dans ce roman, c'est le mélange bien dosé par Alain Delmas : le contexte géographique : Teruel et ses petites rues pittoresques ; le contexte culturel -même si je sais que ça va faire hurler de parler de culture à propos des corridas, mais il n'empêche que c'est culturel, même si l'on n'est contre la mise à mort de taureaux- ; le contexte historique : Franco est à la moitié de son règne, la guerre civile est encore récente et les blessures non refermées, les voisins peuvent s'être combattus durement et vivent maintenant à côté ; l'intrigue qui, si elle n'est pas insoupçonnable ni même hyper originale, est fort bien mise en scène et permet d'aller allègrement au bout des 288 pages sans jamais rechigner ; l'histoire d'amour compliquée est là également pour ajouter une part de drame et de douleur en même temps qu'une dose de sensualité, rien que la description d'Inès laisse le lecteur que je suis tout émoustillé.

Alain Delmas signe là son premier roman, publié chez Intervalles -beau choix-, très prometteur pour la suite.

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Vies et mœurs des familles d'Amérique du nord

Publié le par Yv

Vies et mœurs des familles d'Amérique du nord, Garth Risk Hallberg, Plon, 2017 (traduit par Elisabeth Peellaert)...,

Roman sous titré : "Guide pratique portant principalement sur les familles Hungate et Harrison, présentant leur mode de vie, leur habitat, leur dispersion, etc., comportant une description exhaustive du plumage des spécimens adultes et jeunes, au sein d'une étude taxinomique de nombreux aspects de la vie familiale. "

Roman "accompagné de soixante-trois illustrations conçues par différents artistes." (p.5)

Expérience assez étonnante et enthousiasmante que d'ouvrir ce livre qui ne ressemble pas à un roman, ni à un guide, ni a un essai, en fait il ne ressemble à rien que l'on puisse mettre dans une case sauf à un livre, ce qui est facile pour le ranger... dans la bibliothèque donc. Dans un avant-propos, l'auteur nous renseigne sur la manière de lire son ouvrage : soit linéairement -ma méthode-, soit en allant de renvois en renvois, car chaque page paire est surmontée d'un repère -un mot qui fait titre- et chaque page impaire, celle sur laquelle il y a une photo, renvoie à d'autres repères du livre. On peut même piocher totalement au hasard ; de fait chaque méthode peut être la bonne puisque c'est au lecteur de lier tous les bouts des histoires des deux familles pour construire le roman. C'est gonflé mais très malin de faire appel à l'intelligence et l'imagination des lecteurs. L'écueil, c'est que parfois, je me suis un peu perdu, je ne savais plus trop qui parlait, comme quoi l'intelligence du lecteur a ses limites...

Globalement, j'ai bien aimé le roman, même si j'ai deux remarques. D'abord, tous les chapitres ne se valent pas, certains sont moins intéressants, moins tranchants. Mais certaines pages sont très belles : "Pourquoi deux personnes s'attirent-elles mutuellement ? Cette question laisse les êtres humains perplexes depuis la nuit des temps. Encore aujourd'hui nous en savons peu, sinon que l'attirance est, par nature, irrationnelle." (p.80), je vous laisse découvrir la suite. Ensuite, j'ai pu me perdre entre les différents narrateurs même si je me suis reporté plusieurs fois aux arbres généalogiques du début. L'ensemble est assez désabusé, pessimiste et morose et bien vu. La société étasunienne vue par ces deux familles n'est pas très en forme : divorce, drogue, mort, mais aussi quand même amour, liberté. Garth Risk Hallberg passe tout au peigne fin et décortique assez bien les rapports des personnages entre eux et leur place dans la société. Je ne suis pas spécialiste de ce pays, mais son analyse me semble fine et perspicace. Un pays qui met à sa tête un type comme D. Trump a forcément des pans entiers qui ne vont pas, et sans doute pourrait-on l'étendre à nous Français en ces temps électoraux qui ne nous préparent pas pour le meilleur même si le pire a été évité.

L'ouvrage quant à lui est superbe : les illustrations bien sûr et même les pages des textes, jamais blanches toujours agrémentées soit d'une teinte soit de dessins ou motifs. Un beau travail de qualité.

Si je ne suis pas totalement convaincu par le roman, je trouve l'exercice intéressant et stimulant, original et si je rajoute que pas mal de chapitres m'ont bien plu, je trouve que ce bouquin a un petit kekchose qui justifie le temps que j'ai passé à le lire et le regarder. Faites l'expérience, vous ne devriez pas le regretter.

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