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Le travailleur de la nuit

Publié le par Yv

Le travailleur de la nuit, Matz et Chemineau, Rue de Sèvres, 2017.....

"Vous savez qui je suis : un révolté, vivant du produit de ses cambriolages. La société ne m'a accordé que trois moyens d'existence, le travail, la mendicité et le vol. Le travail, loin de me répugner, me plaît. Ce qui me répugne c'est suer sang et eau pour l'aumône d'un salaire. La mendicité, c'est l'avilissement, la négation de toute dignité. Tout homme a droit au banquet de la vie." (4ème de couverture). Cet homme qui s'exprime ainsi, c'est Alexandre Marius Jacob 1879-1954), anarchiste, cambrioleur, révolté.

Très belle idée que de consacrer un album de bande dessinée à Alexandre Marius Jacob que personnellement je ne connaissais pas. Sorte d'Arsène Lupin, il se dit même parfois qu'il fut l'inspirateur de Maurice Leblanc, ce que ce dernier nia, mais les ressemblances sont troublantes. Né à Marseille, Alexandre féru de Jules Verne et de récits d'aventures rêve d'embarquer, ce qu'il fera dès l'âge de 11 ans. Il lui faudra une force de caractère peu commune pour résister aux assauts des marins adultes. Déserteur à 13 ans, il sera jugé. Puis de rencontres en rencontres, sa pensée et sa réflexion s'affinent jusqu'aux thèses anarchistes. Empêché de travailler car surveillé de très près par la police, il se tourne vers la cambriole, art qu'il exercera avec talent et organisation.

Très bel album à tous points de vue : dessins de Léonard Chemineau et scénario de Matz. Il a l'énorme avantage de rappeler à notre mémoire ce que fut l'anarchisme à une époque où il était vivement critiqué et combattu. Une page de notre histoire méconnue est présentée ici et c'est une excellente idée. Alexandre Jacob est un type révolté, insoumis dirait-on maintenant, travailleur -il a bossé comme un fou pour devenir officier de marine, puis pharmacien, pour perfectionner ses techniques de cambrioleur, pour étudier le droit au bagne de Cayenne-, avec un sens de l'humour qui plaisait à certains mais déplaisait aux puissants, du charisme...

Une vie hors du commun qui ne pouvait que résonner des années plus tard. Voilà qui est joliment fait dans cet album de Matz et Chemineau.

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Le cave du Vatican

Publié le par Yv

Le cave du Vatican, Etienne Liebig, La Musardine, 2017.....

Lorna Wajda est flic à Paris. Elle affiche de très bons résultats dans son travail n'hésitant pas à donner de son corps pour obtenir des renseignements. Lorsque son nouveau chef lui apprend qu'elle doit aller enquêter au Vatican où le corps d'un ressortissant français bien connu des services de police et de Lorna vient d'être retrouvé, elle se fait une joie d'aller dans la ville de l'amour. Mais le commissaire lui adjoint Pierre-Paul Glossu, un collègue lourdingue, ce qui freine un peu son entrain.

Etienne Liebig  est un auteur dont je n'ai pas soupé -désolé, il fallait que je la fasse sinon, elle m'aurait pollué toute la rédaction de ma recension- et dont j'ai déjà lu et commenté Les contes de mémé lubrique eux-mêmes parus à La musardine. Après le conte, le voici dans le polar et le moins que je puisse dire c'est que ça lui réussit bien. Alors, évidemment, la première référence qui vienne en tête, c'est San-Antonio. J'imagine que c'est assumé, mais de toutes façons Frédéric Dard a tellement marqué le genre qu'à chaque fois qu'un romancier voudra écrire un polar avec de l'argot, des personnages hauts en couleurs et du sexe, il en passera sûrement par là. Maintenant qu'elle est évacuée, passons au roman lui-même. Lorna est belle, intelligente efficace et pas avare de ses charmes, mais bon, pas avec n'importe qui quand même... quoique... Imaginez-la au Vatican dans ce lieu où les femmes ne sont pas les plus représentées, très portée sur la chose surtout lorsqu'elle rencontre des hommes auxquels cette chose est normalement interdite. Ah, l'interdit ! Que ne ferait un ecclésiastique -ou un autre- pour le braver, surtout lorsqu'il prend la jolie tournure et les jolies cambrures de Lorna ! Elle va mettre le feu aux caleçons des prêtres et au sein de la cité papale. Adjoignez-lui un flic un peu bas de plafond, mais opiniâtre et finalement moins con qu'il n'y paraît et le pape lui-même devra faire une apparition contrainte -et chaste- dans cette histoire.

Un pur bonheur que de lire les aventures de Lorna et Pierre-Paul. Drôles, enlevées, peu vêtues -mais je rassure les plus puritains d'entre vous, enfin ceux qui n'ont pas encore fui ce blog, il n'y en a pas à toutes les pages, l'enquête prime. Dialogues savoureux -merci Lorna de traduire Glossu, difficile de saisir son sabir-, enquête flirtant avec le mystique -je ne suis pas fan de ce genre, mais si c'est Lorna, je veux bien- menée jusqu'au bout de main de maîtresse si je puis m'exprimer ainsi, scènes chaudes, ... Comment ? Vous voudriez passer à côté ? Mais pourquoi diable ? Etienne Liebig m'a même redonné l'envie de relire San-Antonio.

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Je ne suis pas un monstre

Publié le par Yv

Je ne suis pas un monstre, Maryline Gautier, La Différence, 2017...

Mathieu Grimaud est le narrateur de cette histoire. Brillant étudiant en économie, il n'a pourtant suivi ce cursus que par la volonté maternelle. Il faut dire que Mathilde Grimaud, sa mère est une femme forte : présidente d'entreprise, ex-ministre. Pas d'amie sauf Irène sa collaboratrice depuis trente ans, Mathilde a négligé son fils et continue de le négliger. Lui, tente de se construire, n'ose pas lui avouer son homosexualité, parle de lui présenter une petite amie. Dans cet univers des grands de ce monde, entre l'hôtel particulier de la rue Montaigne, les domestiques, tout semble feutré et pourtant la violence est bien là.

J'ai lu et beaucoup aimé le premier roman de Maryline Gautier, Kidnapping. J'avoue une certaine, non pas déception, mais plutôt hésitation quant à donner un sentiment définitif sur ce dernier roman. Si certains passages m'ont semblé longs et mal construits voire un peu prévisibles, d'autres m'ont particulièrement plu. Disons que j'ai trouvé ce livre inégal, déséquilibré. L'intrigue, car intrigue il y a n'est pas nouvelle, elle peut même faire "déjà lue". Néanmoins, les personnalités diverses lui donnent de la profondeur, de la puissance. C'est l'opposition entre Mathilde, femme volontaire et forte, pas aimante du tout, auto-centrée et Mathieu, pas à l'aise en société, mal dans sa peau, ne pouvant pas vivre ses amours homosexuelles au grand jour, ne s'aimant pas, ne se trouvant pas beau alors qu'il l'est indubitablement qui est le véritable intérêt de l'ouvrage. Et Irène, la collaboratrice effacée, et Teddy, l'ami de Mathieu, puis d'autres personnages secondaires : les domestiques, les collègues de Mathieu lorsqu'il fait son stage dans l'entreprise de maman, les femmes et surtout le nouveau directeur dont il tombe amoureux ; Graham également, l'amoureux de Mathilde qui tente de lier une relation avec son futur beau-fils.

Il m'est assez difficile de dire ce qui ne m'a pas convaincu totalement dans ce roman. Je suis allé jusqu'à son terme, sans problème, la fin étant très nettement au-dessus du départ un poil laborieux. Ne vous laissez donc pas décourager par les premières pages et insistez, la récompense est au bout.

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Bagdad, la grande évasion

Publié le par Yv

Bagdad, la grande évasion, Saad Z. Hossain, Agullo, 2017 (traduit par Jean-François Le Ruyet)....

"Prenez une ville ravagée par la guerre : Bagdad, 2004. Prenez deux types ordinaires qui tentent de survivre ; ajoutez un ex-tortionnaire qui veut sauver sa peau, un trésor enfoui dans le désert, un GI bouffon mais pas si con. 

Incorporez un fanatique religieux psychopathe, un alchimiste mégalo, une Furie et le gardien d'un secret druze.

Versez une enquête millénaire dans un chaos meurtrier chauffé à blanc ; relevez avec sunnites, chiites, mercenaires divers et armée américaine. Assaisonnez de dialogues sarcastiques et servez avec une bonne dose d'absurde." (4ème de couverture)

Pourquoi se priver d'un tel résumé pour écrire le mien qui ne serait pas à la hauteur ? Et puis, franchement, c'est parfois tellement délirant que se raccrocher à un résumé fait maison permet de revenir sur terre. En effet, pour être totalement honnête, je me dois de dire que je n'ai pas toujours tout compris dans ce bouquin. Il y a beaucoup de personnages qui se poursuivent se cherchent, se combattent, s'entraident ; ils sont tous ennemis, mais parfois alliés dans la lutte contre l'un d'entre eux... Et pour couronner le tout, Saad Z. Hossain distille les informations qui nous permettent de bien comprendre son intrigue au fil des pages, petit à petit. Au départ, je fus donc un peu perdu, puis les explications arrivent partiellement mais sûrement. C'est diablement futé de la part du romancier qui nous embarque gentiment et furieusement dans son univers. Car, malgré tout ce que je viens de dire, jamais l'envie de quitter Bagdad et ce roman ne m'a effleuré. Le rythme est tellement enlevé, les dialogues tellement frappants, drôles et décalés, les personnages tellement énervés, désespérés, prêts à tout pour défendre leur cause, le contexte tellement fort et puissant, l'ensemble frôlant l'absurde, que pour rien au monde je n'aurais abandonné ce livre. Au contraire, une prodigieuse envie de connaître l'issue de toute l'aventure s'est introduite en moi -rien de sale, ni de pornographique, je rassure mes lecteurs- dès le début sans me lâcher. J'ai pris une claque tout du long. L'auteur ne se refuse rien ni de parler d'amitié, d'amour, de mort, de vengeance, de croyance mystérieuse, de religion, d'intolérance, de peur, de haine, de l'envie du pouvoir qui amène à toutes les compromissions (cf. certains de nos candidats) à toutes les veuleries, ni de délirer totalement, ou de placer dans cette guerre des personnages très étonnants voire  surnaturels.

C'est un roman violent qui se déroule dans une ville en guerre et en ruines. Tous les protagonistes sont devenus durs mais pas insensibles, violents. Il y a de grandes scènes assez terribles, toujours contrebalancées par des situations comiques, absurdes, des dialogues drôles, parmi eux, le suivant :

"T'es gay Tommy ?

- Pas du tout Hoff. J'aime les femmes. Tu te souviens de ce bar de danseuses où on est allés, là où j'ai descendu la stripteaseuse dans son habit de bonne sœur ?

- Euh, fit Hoffman. Ce n'était pas un bar à danseuses, Tommy. Loin de là. Comment je le sais ? Il n'y a pas un seul club de strip dans tout Bagdad. Et il ne s'agissait pas non plus d'un costume de nonne. Mais d'un hijab. Et, pour finir, Tommy, ce n'était pas une stripteaseuse. Mais alors, pas du tout." (p.73)

Un grand moment de littérature, un de ceux qui restent en mémoire longtemps pour tout ce qui y est excessif. Un roman fou, foisonnant, des idées à chaque page. Un premier roman d'un auteur et journaliste bengali (du Bangladesh) dont je me demande bien d'abord s'il a l'esprit sain mais surtout si son second roman -et les autres- sera aussi barré. Merci aux éditions Agullo pour cette découverte -une de plus à leur actif- et pour la traduction de JF Le Ruyet, du travail d'orfèvre !

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Yoga vitalité

Publié le par Yv

Yoga vitalité. Un programme quotidien pour allier bien-être et énergie, Jacqueline Sigaar, Cyrus Fay, La Martinière, 2017

"Discipline à la fois physique, mentale et spirituelle, le yoga apporte de nombreux bienfaits. Pratiqué régulièrement, il apaise les angoisses, favorise un meilleur équilibre, augmente l'énergie vitale et développe la confiance en soi." (4ème de couverture)

Et ce n'est pas moi qui dirais le contraire, car sous l'écorce rude et parfois ironique (une écorce ironique ?) se cache un petit être fragile qui, parfois, a besoin d'aide pour faire face à des difficultés de la vie. Eh bien, je peux le confesser ici, j'ai eu recours il y a peu à des cours de yoga dispensés par une voisine prof de la discipline. Et puis, l'emploi du temps changeant, ma fuite des groupes (à plus de deux ou trois, c'est déjà un groupe pour moi, donc hostile), j'ai arrêté avec cependant la volonté de continuer seul. Ce que je fais régulièrement pour les exercices de respiration et de méditation. Mais mon corps réclame de l'activité -pas trop fort ou bien je suis un peu dur d'oreille car je n'entends pas toujours, d'où un certain laisser-aller sportif. Alors, lorsque j'ai vu ce livre, je me suis dit qu'il était idéal for me for me formidable.

Les postures sont expliquées pas à pas par des photographies, ce qui les rend accessibles. Il y a celles du matin et celles du soir, pour les débutants ou les confirmés. Des conseils de vie pour prendre soin de soi, pour aller mieux et lorsqu'on va mieux, on est plus disponible pour les autres.

C'est donc tout à fait le genre d'ouvrage qui va rester sur le chevet, que je vais ouvrir pour apprendre les postures jusqu'à les connaître sans aide. Je pense même -que dis-je ? je suis sûr- que je devrais aller le chercher régulièrement sur le chevet de Madame Yv, à moins que nous ne fassions les exercices ensemble.

Guide ultra-pratique et bien fait et en plus, contrairement à beaucoup d'autres livres du genre, il n'est ni volumineux ni cher (19,50€). De quoi se faire du bien à prix raisonnable.

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Placement libre

Publié le par Yv

Placement libre, Ella Balaert, Ed. des femmes-Antoinette Fouque, 2016.....

4 jours de la vie d'une femme à un tournant de sa vie. Le premier, J-2, elle achète deux billets pour aller à un spectacle de Denis Marescat qu'elle aime beaucoup avec Pierre son compagnon. Ce sont des billets à placement libre, ça l'angoisse. Arriver tôt et attendre Pierre qui arrive toujours à la dernière minute dans le hall d'accueil pour risquer d'être mal placés ? Réserver des places et l'attendre dans la salle ? 3 jours à ressasser et faire le point sur sa vie, car d'angoisse en interrogations, c'est bien de cela qu'il sera question.

D'Ella Balaert, j'ai lu Canaille Blues, il y a quelques années (mon article est très bref, je débutais le blog, c'est l'un des tout premiers). Le relisant, très vite forcément, la brièveté a du bon, je retrouve assez aisément des détails l'histoire, preuve qu'il m'a marqué. Pour Placement libre, autre ambiance et personnage quasi unique. Ce qui surprend dès le départ, c'est le "tu" employé, à la fois un peu accusateur et bienveillant. Accusateur ou critique lorsque le repli sur soi, la faiblesse ou la flemme de bouger, de se bouger prennent le dessus. Bienveillant lorsque l'inverse se produit et que le positif domine. Je comprends cette femme, moi qui suis toujours enthousiaste lorsqu'un spectacle qui m'intéresse se joue près de chez moi, je peux même acheter des billets et puis ensuite angoisser pour les mêmes raisons ou parce que ma claustrophobie m'oblige -enfin m'oblige, disons que ça me rassure- à m'asseoir plutôt près d'une issue, en bout de rang, parce que ma hantise des foules m'oppresse et qu'icelles -les foules- me privent de ma liberté. Autant dire que je suis entré dans ce roman très vite et m'y suis senti bien, et contrairement à ce qu'on pourrait croire, il est globalement positif. Cette femme fait le point, arrivée presque à la moitié de sa vie, donc des questions importantes et profondes surgissent : sur la vie à deux ou seule, sur le travail obligé et/ou donner libre cour à ses envies, ses passions, sur la différence entre l'image que l'on donne de soi et qui l'on est réellement, sur la liberté que l'on s'octroie ou sur les contraintes que l'on se donne, sur sa place dans la société, sur la société dans laquelle on veut vivre, ...

Très bien écrit, jouant avec les codes de la ponctuation, avec les longueurs de phrases, la mise en page, ce court roman est présenté par une maison d'édition que je ne connaissais pas, Des femmes-Antoinette Fouque qui, comme son nom l'indique fait la part belle aux femmes.

C'est un très beau portrait d'une femme actuelle qui se pose des questions et veut vivre enfin pour elle. Fine et délicate, l'écriture nous amène au plus profond de ses réflexions et de ses sentiments et émotions, sans voyeurisme, par petites touches. Ella Balaert va au plus direct, mais en prenant des chemins détournés. On saisit très bien ce qu'elle écrit, même si parfois, elle utilise les allusions, les images, les bribes d'informations disséminées qui rassemblées font sens. Pour finir, un extrait choisi dans lequel l'auteure part de son titre, ces deux mots : placement libre :

    "Tu hais furieusement tout à coup ces deux mots, pourtant libre ce n'est pas rien, ça pourrait dire que les hommes sont égaux, ça devrait signifier qu'on se respecte, qu'on se choisit, et de nouveau chaque jour. Au lieu de ça, chacun ne pense qu'à soi dans un jeu de libre concurrence

  et ce qui te fait peur, c'est d'être la dernière, c'est cette possibilité n'est-ce pas ?" (p.30)

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Ma guerre de La Rochelle à Dachau

Publié le par Yv

Ma guerre de La Rochelle à Dachau, Guy-Pierre Gautier et Tiburce Oger, Rue de Sèvres, 2017.....

Le 8 mai 2015, Guy-Pierre Gautier est élevé à la dignité de Chevalier de la Légion d'Honneur eu égard à son comportement pendant la guerre de 39/45. Son petit-fils, Tiburce Oger dessine la vie que lui raconte son grand-père. Guy-Pierre est né en 1924 à Saintes. Pendant la guerre, il imprime et distribue des tracts puis participe avec son réseau à diverses actions de terrorisme comme disait l'occupant d'alors : déraillement de trains, incendie de dépôts de bois destinés aux Allemands, de dépôts d'armes. Il finit par être arrêté et déporté à Dachau où il vivra les heures les plus terribles de sa vie d'homme tant l'humanité est niée dans le camp.

J'aime bien les récits en bande dessinée des descendants des résistants et/ou prisonniers des guerres. Tardi l'a superbement fait avec Stalag IIB, Marc Lévy -et oui- également dans Les enfants de la liberté mis en images par Alain Grand, L'île des Justes de Stéphane Piatzsek et Espé et évidemment Art Spiegelman dans Maus... Je trouve que la BD apporte un plus, notamment celui de parler à un public plus large et plus jeune que le récit ou la biographie. Les survivants de la guerre ne seront bientôt plus de ce monde et il ne faudrait pas que ces disparitions fassent oublier l'horreur et que certaines thèses négationnistes enflent exagérément. 

Dans cet album, Tiburce Oger raconte la vie simple de son grand-père, ce jeune communiste qui, dès 16 ans s'est retrouvé porteur de messages puis, très vite au sein d'un réseau de résistants. Ensuite, les actions anti-occupants et l'arrestation. Il n'élude pas. Les dessins sont parlants, parfois durs mais nécessaires. Il ne parle pas de la Shoah, puisque Guy-Pierre n'était pas avec des juifs dans les camps mais avec des communistes, des prisonniers politiques. Les conditions sont assez similaires et si, à juste titre, on a beaucoup parlé des camps de la mort pour les juifs, il ne faut pas oublier ceux qui ont résisté et qui ont été arrêtés, torturés et déportés. Comme le dit Guy-Pierre, les blessures physiques se soignent, mais 70 ans après les faits, il cauchemarde toujours, les blessures psychologiques ne se referment pas.

Bande dessinée à mettre entre les mains des jeunes adolescents, ce qui permettra de provoquer des questions et des discussions autour de la barbarie, de l'intolérance et des théories raciales.

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Le vieux qui voulait tuer le président

Publié le par Yv

Le vieux qui voulait tuer le président, Céline Barré, Ed. de la commune (auto-édition), 2017....

Théodore de la Morne, aristocrate tout juste septuagénaire, habitant de Tresville-sur-Mer en Normandie envisage sérieusement de tuer Francis Ollanzi, le président de France réélu à quelques voix près. Pour mener à bien son projet, il s'adjoint les services de Gérard, commerçant de Tresville récemment quitté par sa femme qui devra voler un camping-car et le conduire jusqu'à Marseille, lieu arrêté du présidenticide et de Killian, vingt ans adepte de la marie-jeanne et à la jeunesse un peu agitée qui pourra fournir l'arme et appuyer sur la gâchette. Voilà la théorie.

Évidemment, en pratique, rien ne se déroule comme prévu...

Céline Barré m'a ravit et fait rire avec ses précédents opus, les premiers tomes de sa série intitulée Les Farfelus : Quel pétrin ! et Péril au fournil ! A noter que si l'on peut lire la série entière sans risque de s'ennuyer, je le recommande donc, on peut lire chaque livre séparément. Les personnages sont les mêmes : les seconds rôles deviennent des premiers et inversement et tout est réexpliqué et resitué. Aucun problème de compréhension.

Ce road-trip (marijuana oblige) est, contrairement aux tomes 1 et 2, très masculin, puisque les trois hommes seront seuls dans leur camping-car. Il y a du Paasilinna chez Céline Barré dans ses délires et les situations farfelues et abracadabrantesques, notamment l'excellent Petits suicides entre amis. C'est excessif, irréaliste et forcément très drôle. Les trois mecs d'âges différents qui pourraient voyager en tant que grand-père, père et fils ne s'aiment pas au départ voire se méprisent ce qui réserve quelques belles réparties et surprises. Avis aux légalistes, le pétard circule joyeusement et abondamment ainsi que l'alcool, ils délient les langues et désinhibent. C'est une comédie qui, comme souvent dans ce genre, ne se prive pas d'aborder des thèmes lourds, tels la solitude, le chômage, la mort, la perte d'autonomie liée à la vieillesse et à la maladie. Céline Barré -qui porte bien son nom tant ses livres le sont- est habile à nous faire toucher du doigt les doutes, craintes et peurs de ses personnages qui sont ceux de nous tous face aux événements tristes de nos vies. Mieux vaut en rire, ça évite de s'apitoyer. J'opine -non ce n'est pas grossier et au contraire de Théodore, je n'inverse pas encore les mots sous l'effet des substances illicites-, j'acquiesce.

Je conseille très fortement cette série Les Farfelus, auto-éditée, disponible sur Amazon en format papier ou numérique et sur Kobo. Bon, c'est bien parce que ces livres sont bons que je mets un lien vers ce site vers lequel je ne recommande pas d'aller habituellement, préférant la librairie locale. A ce propos, je voudrais souligner la qualité de la mise en page, de l'excellente couverture, certains éditeurs ne font pas du travail aussi bon.

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La vie ne danse qu'un instant

Publié le par Yv

La vie ne danse qu'un instant, Theresa Révay, Albin Michel, 2017....

Alice Clifford, journaliste de guerre étasunienne pour le Herald tribune est en Europe pour le triomphe de Benito Mussolini. Entre 1936 et 1944, elle couvre les conflits très nombreux, la guerre d'Espagne, la seconde guerre mondiale et ses nombreux fronts ouverts par Hitler et Mussolini. Alice trouve également l'amour auprès d'un diplomate romain proche du pouvoir. Dans ces années, difficile d'être une femme moderne qui choisit sa manière de vivre et qui ose affirmer ses opinions.

J'aime bien Theresa Révay. En fait, je ne suis pas fan du genre dans lequel elle exerce son talent, mais suite à une lecture mitigée (Dernier été à Mayfair), nous avions échangé d'abord par les commentaires sur le blog, puis par mail, toujours avec beaucoup de détachement et d'humour de sa part, moi, vous connaissez ma lourdeur !

Donc, lorsque je reçus ce dernier roman, je fus surpris et finalement peu tenté, ce qui ne la gêna absolument pas. Mais en bon garçon et mari que je suis, je le prêtai à Madame Yv, qui, moins "intolérante" que moi saura mieux en parler. C'est donc contraint et forcé que je cède pour cette recension la place à Madame Yv (notez cependant jusqu'où va ma soumission, c'est moi qui tape le texte sous la dictée ! Je ne suis pas allé jusqu'à m'habiller en secrétaire, mais pas loin...)

Lorsque Yv me prête ce livre, je suis en plein dans un MOOC (Massive Open Online Course = Cours en Ligne) sur la pensée critique. Dans ce cours, il est souvent fait référence aux régimes totalitaristes. Le roman de Theresa Révay l'illustre parfaitement, il tombe donc à pic. Alice Clifford est une jeune femme qui fait son travail dans les pays soumis à un tel pouvoir. La romancière y aborde les thèmes de la propagande, de la pensée unique, du culte du chef, des peuples qui suivent aveuglément... En outre, j'apprends plein de choses sur cette période dans différentes régions du monde, j'avoue des lacunes que ce roman comble en partie.

Alice est attachante et touchante, écartelée entre ses amours et sa liberté professionnelle et individuelle : être une femme et s'affirmer n'est pas aisé encore de nos jours, mais en 1940, c'est carrément mission impossible. C'est un beau portrait d'une femme battante, énergique et volontaire qui a parfois des moments de doute et de faiblesse. Elle peut rêver d'une vie confortable et tranquille à laquelle elle sait pourtant qu'elle n'accèdera sans doute jamais son amour absolu pour son métier de reporter de guerre prenant toujours le dessus...

Une lecture que je conseille donc et tant pis pour Yv, il ne sait pas ce qu'il perd.

Madame Yv

PS : j'ai -enfin- pu rencontrer brièvement Theresa lors du printemps du livre de Montaigu le ouiquende dernier, brève mais extrêmement agréable rencontre. Theresa est charmante, dynamique et c'est un vrai plaisir que de converser avec elle. Yv

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