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La passion de Dodin-Bouffant

Publié le par Yv

La passion de Dodin-Bouffant, Mathieu Burniat, Dargaud, 2014....

Dodin-Bouffant est un gourmet, un passionné de cuisine en ce milieu de 19ème siècle. Mais Eugènie, sa cuisinière émérite, celle avec qui il préparait des plats fabuleux, meurt brusquement. Avant la déprime totale, les amis de Dodin-Bouffant eux-mêmes fins gourmets, lui suggèrent de rechercher une nouvelle perle rare, celle qui saura de nouveau émoustiller leurs papilles. Dodin-Bouffant reçoit alors de nombreuses candidates. 

Mathieu Burniat met en dessins le roman de Marcel Rouff (1887-1936), La vie et la passion de Dodin-Bouffant, gourmet,  qui fut écrit un peu avant la grande guerre et publié un peu après, en 1924, car au sortir de la guerre il eut été inopportun et malhabile de faire la promotion d'un livre qui met en exergue une passion à laquelle beaucoup de gens ne pouvaient même par rêver.

Futilité et légèreté sont au rendez-vous dans le fond mais aussi dans la forme, car le dessin de Mathieu Burniat prête aux sourires : voyez ne serait-ce que la couverture. Les festins sont pantagruéliques, je ne sais même pas comment ils faisaient à cette époque pour ingurgiter autant de victuailles et surtout pour être toujours capables d'en sentir le moindre aliment, la plus petite épice. Moi, il y a longtemps que mes papilles et mon estomac auraient décliné toute responsabilité dans les effets secondaires. 

Ces considérations personnelles sur la faiblesse de mon foie et des mes organes digestifs évacuées, je dois dire que j'ai passé un très bon moment avec cette BD originale. Dès lors, deux options s'ouvrent à vous :

- soit vous la lisez le ventre vide et risquez de vous précipiter sur votre garde-manger ou réfrigérateur pour faire bombance mais vous exposez à une déception avec ce que vous avez en réserve par rapport aux menus de Dodin-Bouffant

- soit vous la lisez le ventre plein, mais attention, le risque dénoncé ci-dessus n'est pas pour autant exclu.

Bon appétit.

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Notre crime

Publié le par Yv

Notre crime, Émile Brami, Écriture, 2018...,

Émile Brami est un auteur réservé, assez gauche dans ses relations à autrui, pas à l'aise en société. Lorsque son premier roman paraît, il est l'une des attractions préférées de sa très nombreuse famille, invité dans toutes les fêtes juives où il devient un auteur à fréquenter. C'est dans l'une d'elles qu'il rencontre Azed, un cousin éloigné, invité lui, uniquement parce qu'il a de l'argent, mais totalement infréquentable car en dehors des conventions familiales et religieuses. Deux raisons suffisantes pour qu'Émile soit attiré par Azed. Ils se voient, Azed raconte sa vie et demande à son cousin écrivain de l'écrire.

Un roman assez inégal pour moi, écrit en deux grosses parties et deux plus petites. La première est celle de la rencontre, intitulée Moi, Émile Brami. Elle n'est point sous-titrée "roman" et laisse donc penser à une certaine réalité. C'est celle qui raconte comment Émile et Azed se rencontrent, comment Émile en est venu à fréquenter cette famille qu'il fuyait auparavant. Pas mal, mais un peu longue et pas toujours captivante, sans doute parce qu'alourdie par des détails inutiles et des conversations qui auraient méritées d'être raccourcies.

La deuxième partie, intitulée Lui, Abraham Zeitoun, dit Azed, et sous-titrée "roman" et nettement plus vive, plus émouvante. C'est Azed qui raconte sa vie dans une famille soumise au père tout puissant et repliée sur elle-même. C'est le ton dont use Émile Brami qui la rend plus attrayante : il n'y a plus de dialogues ou peu et débute par cette phrase que j'aime beaucoup : "Je ne t'apprendrai pas, Émile, que l'histoire des fils commence bien avant eux, avec celle de leur père." (p.107). Émile va au plus profond de son personnage, Azed, et nous lecteurs de nous demander ce qui est de la fiction et de la réalité et de s'en moquer ensuite, puisque le récit drôlement bien mené suffit à nous emballer et que le plus important n'est pas de savoir ce qui est né de l'imagination du romancier ou ce qui est de son expérience personnelle, les deux s'entremêlant sans doute très fortement.

Suivent une courte troisième et une très courte quatrième parties, dans lesquelles Émile Brami brouille encore plus les pistes sur la réalité et la fiction et s'amuse avec ses lecteurs, même si le propos n'est pas à la rigolade.

Je sors de ce roman un peu mitigé sur la première partie, mais comme les suivantes m'ont bien plu, j'oublie assez vite les réserves des premières pages pour ne garder que le meilleur de ce roman, le premier d'Émile Brami que je lis qui en a pourtant écrit plusieurs ainsi que du théâtre et des essais et une biographie de Louis-Ferdinand Céline.

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Les nuits indomptables

Publié le par Yv

Les nuits indomptables, Hicham Nazzal, Plon, 2018....

Karim quitte Bordeaux pour Paris dans la précipitation. Un événement qu'il a subi le fait fuir sa famille. Il trouve refuge chez un homme vieillissant, une relation d'une relation au comportement assez étrange. Karim lui-même ne semble pas aller bien. Très vite, il agit bizarrement, se lie avec de parfaits inconnus et passe à des actes d'une violence inouïe.

Là, je reste volontairement sobre dans mon résumé de ce roman assez court (écrit gros et 180 pages très aérées), heureusement car il est tellement étouffant que plus dense il m'aurait sans doute été impossible d'aller au bout. Karim est en proie à des accès de violence qu'il ne semble pas maîtriser et ses relations aux autres n'ont jamais l'air vraies. Il cherche quelque chose, une lumière comme me l'indique dans sa dédicace Hicham Nazzal. Je ne sais pas trop s'il la trouvera, mais sans doute sa conscience le travaillera longtemps.

Un roman choc est-il précisé en quatrième de couverture, je confirme. Dérangeant, étouffant ai-je écrit plus haut, difficile de tourner les pages par la crainte d'une violence plus forte mais difficile de ne pas les tourner pour savoir jusqu’où Karim peut aller et ce qu'il cherche et ce qu'il trouvera. 

L'écriture est vive, acérée, elle colle parfaitement au propos, elle sait se faire également et étrangement sans que cela ne choque, poétique. Roman qui balance entre la classique recherche de soi et le thriller. Inclassable, original et fort, ce premier roman de Hicham Nazzal, par ailleurs acteur et animateur télé ne peut laisser insensible. Il choquera sûrement, heurtera la bien-pensance -tant mieux-, fera réagir quiconque se plongera au-dedans, déboussolera les amateurs des mièvreries de l'année. La littérature sert aussi à cela, à faire bouger, à faire réagir et surtout à ne pas avoir la sensation de lire toujours le même roman. 

J'en ressors, comment dire, tout chose, et pourtant j'avais craint une douceur gentillette lorsque j'ai vu les citations en exergue du roman, signées Paulo Coelho et Khalil Gibran ; je crains que Karim ne hante quelque temps mes pensées. Ci-après, les premières phrases pour vous mettre dans le bain :

"On ne peut reporter indéfiniment le besoin irrépressible de sang et de vengeance. Enfouis dans la forêt de l'inconscient, les cadavres trop bien cachés finissent tôt ou tard par remonter à la surface et réclamer leur dû. Surgissent alors les pulsions incontrôlables qui mènent au passage à l'acte, sans que rien ni personne puisse les anticiper et les arrêter, tant la macabre entreprise n'entre dans aucune grille de compréhension logique." (p.9)

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Code 93

Publié le par Yv

Code 93, Olivier Norek, Pocket, 2014 (Michel Lafon, 2013)....

Victor Coste, capitaine de police, chef de groupe au SDPJ 93 est réveillé de bonne heure ce matin de janvier 2012 pour aller constater le décès d'un géant noir, émasculé, retrouvé dans un entrepôt à l'abandon. Sur la table d'autopsie, le géant se réveille. Quelques jours plus tard, un autre meurtre, un jeune homme brûlé comme de l'autocombustion est retrouvé dans une villa squattée. Puis des lettres anonymes... L'enquête du capitaine Coste risque d'être lourde et longue, d'autant plus que son second est muté et qu'une nouvelle recrue est attendue.

J'aime assister à la naissance d'un héros récurrent, même si sur ce coup, j'ai quelques années de retard, mais les deux tomes suivants étant édités en poche, je sens que je vais me faire la série. Car Coste, je l'aime bien, lui et son équipe. Olivier Norek en fait un flic réel, pas un super-héros. D'ailleurs son polar est à la fois fictionnel et réaliste, certains détails sont intéressants, comme par exemple "L’obstacle médico-légal" qui est émis par le médecin qui constate le décès pour que le corps soit examiné par un médecin légiste, le magistrat nommé devra lui, demander une autopsie. C'est la première fois que je lis cette procédure, les flics de série allant souvent au plus direct. 

Coste et son équipe me plaisent, leurs relations sont bien rendues, j'ai encore des trucs à apprendre mais je le ferai dans les épisodes suivants j'imagine. L'enquête est bien menée et si le lecteur connaît avant les flics le ou les coupables, la tension reste vive jusqu'au bout. Olivier Norek est flic, ce qui aide sans doute à construire une intrigue qui tienne la route et qui paraisse plausible, mais tous les flics ne peuvent pas se targuer de pouvoir écrire des polars. 

Construit en quatre parties, j'avoue cependant que je me serais volontiers passé de la troisième qui explique en détails les modus operandi du ou des coupables, mes petits âme et cœur sensibles ont failli ne pas aller jusqu'au bout des descriptions un peu gore. Comme cette partie est la plus courte et que les autres sont très bien, dans ma grande mansuétude, je pardonne à l'auteur, et même comme je le disais plus haut, j'irais bien voir si les autres titres avec le capitaine Coste sont aussi bons que ce premier.

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Le dernier rêve de la raison

Publié le par Yv

Le dernier rêve de la raison, Dmitri Lipskerov, Agullo, traduit par Raphaëlle Pache (première parution en français, éditions du Revif, 2008).....

Un vieux Tatare, Ilya Ilyassov, vendeur de poisson dans un magasin d'alimentation se transforme un jour en silure.

Un capitaine de police, Volodia Sinitchkine, est affublé de deux grosses cuisses qui se frottent et s'échauffent, puis de manière incompréhensible se mettent à enfler jusqu'à atteindre des circonférences inédites.

Tous deux habitent ou travaillent dans une zone d'habitation pauvre dans laquelle un grand trou rempli d'eau sert de zone de pêche à deux amis, Mitrokhine dont la fille adolescente est très délurée et un peu droguée et Mykine, qui aiment boire, pêcher et se taper dessus. Au dessus de ce lac, des nuées de corbeaux attaquent tout ce qui ressemble à de la viande, animaux et hommes et fientent sur leurs agresseurs en guise de représailles. 

Voilà un résumé qui peut paraître foutraque, barré et encore, je reste volontairement sobre. Sobre, je ne sais pas si Dmitri Lipskerov l'est mais quelle imagination, quel délire. Lorsque l'on croit qu'il a atteint des sommets dans l'art de raconter des folies pures, il en rajoute encore une couche. Ce roman est surréaliste, surnaturel, onirique, grotesque, magique, je n'en ai pas vu passer les presque cinq cents pages !

C'est une pure folie qui se déguste et se dévore. J'ai pu y trouver un discours sur la tolérance, la différence, sur la mort, l'amour, la croyance en un au-delà ou pas et une certaine philosophie zen enseignée par un homme-arbre... Ce roman se lit a plusieurs niveaux, soit comme une simple farce -on passerait quand même à côté d'une grande partie-, soit comme un roman à messages -et on perd également l'autre grande partie- soit comme je l'ai fait, comme un mélange habile des deux. 

Dmitri Lipskerov, je le disais plus haut, est habile, il construit son roman avec différents narrateurs qui s'expriment par chapitres, un coup le capitaine de police, un coup le poissonnier devenu poisson, puis d'autres intervenants au fur et à mesure que l'histoire avance. Evidemment, tout se recoupe, et même si les liens sont faciles à faire, à chaque fois, le romancier surprend ses lecteurs par des inventions, des folies inimaginables pour tout esprit sain, pas celui de l'auteur... 

C'est un roman fou comme rarement j'en ai lu, d'une folie douce et parfois plus violente qui exacerbe les passions humaines, les pulsions mais aussi les bons sentiments. J'ai peur que mon article soit pâlot, je l'écris juste après ma lecture, et qu'il ne transmette que peu la joie et l'enthousiasme avec lequel j'ai dévoré ce livre. Laissez vous tenter par ce coup de cœur, laissez-vous embarquer dans ces histoires fantasques, magiques, cocasses, tragiques, comiques, grotesques, totalement barrées -j'accumule les adjectifs, parce qu'un seul est trop réducteur et j'ai même l'impression que ma liste est trop légère, en-dessous de la réalité, c'est dire le pied que j'ai pris et que vous allez prendre...

Diable, c'est une tuerie ce bouquin !

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La variante chilienne

Publié le par Yv

La variante chilienne, Pierre Raufast, Folio, 2017 (Alma, 2015).....

Pascal, prof de philo, part pour les grandes vacances dans un coin isolé de France. Dans ses bagages, pour ainsi dire, il emmène Margaux, la fille d'un ami qui se remet mal de la mort de sa mère et qui veut échapper à un voisin très entreprenant. Dans le hameau que Pascal a choisi, une seule autre maison est habitée, par Florin, un homme étrange et discret que Pascal va bientôt rencontrer. Cet été sera mémorable pour eux trois.

Après le très bon, très justement complimenté partout, La fractale des raviolis, Pierre Raufast remet le couvert cette fois-ci avec La variante chilienne, bien connue des joueurs de capateros. Le principe est un peu le même, le romancier amène diverses histoires, qui se suivent, se rencontrent ou pas, sont tour à tour drôles, tristes, émouvantes, historiques, un peu flippantes, enfin de tous les genres pour ne pas ennuyer le lecteur, mais de cela, aucun risque. Pierre Raufast associe fiction et réalité et sait raconter et lier ses histoires qui auraient pu paraître totalement décousues, sans rapport les unes avec les autres. Et non seulement ça marche, mais j'aurais bien aimé une rallonge de quelques pages pour en apprendre encore plus sur le trio, et croyez-moi c'est quasi inédit, je suis plus connu pour parler de longueurs dans les livres que de manques de pages. Ceci étant, je ne lui en veux pas, garder du mystère et laisser le lecteur se faire ses propres idées, le laisser imaginer la ou les suites est aussi très bien. Ainsi, les personnages restent plus longtemps en mémoire, car une partie d'eux est en nous.

Très bon, très bien mené et maîtrisé, ce roman se lit avec un plaisir grandissant et jamais retombant. L'auteur brouille même les pistes au début de son livre en lui donnant un petit air de polar avec cet homme mûr qui cache une jeune femme dans sa voiture et qui a peur lorsqu'un policier l'arrête. Quelques pages pendant lesquelles je me suis demandé où il voulait en venir, et comme je ne lis que très rarement voire jamais les quatrièmes de couverture, je ne savais rien de leur rencontre...

Me reste maintenant le dernier -pour le moment- de l'auteur, La baleine Thébaïde qui rejoindra à coup sûr ma bibliothèque sous peu.

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Les choses

Publié le par Yv

Les choses, Georges Perec, 10/18, 2016 (Julliard, 1965).....

"Dans ce classique de la littérature contemporaine, Georges Perec dresse avec une redoutable justesse le portrait d'une génération prise dans le balbutiement des années 1960. Sylvie et Jérôme, jeunes psychosociologues de classe moyenne, cultivent une idée matérialiste du bonheur, à laquelle ils s'asservissent... au risque de se laisser happer par le vertige des choses." (4ème de couverture)

Mon Perec de l'année, mais comme 2018 débute tout juste, je ne suis pas sûr de m'arrêter à un seul... 

Il me semblait l'avoir lu il y a longtemps mais cette lecture m'a semblé, au fil des pages, une découverte, de toutes façons, relire un Perec ce n'est jamais une erreur ni même une corvée.

Ecrit d'une manière étrangement distanciée, comme un constat, jamais Perec ne donne vraiment l'impression d'entrer dans les questions existentielles ; il fait de ses personnages des jouisseurs, des rêveurs de lendemains meilleurs mais sans efforts à fournir : un fort héritage, un trésor découvert, une reconnaissance financière pour des créations ne demandant pas beaucoup d'implication, ... Et pourtant, très vite cette impression est démentie à travers les rêves matérialistes qui ne se réalisent pas et qui donc posent question et poussent Sylvie et Jérôme à une réflexion.

Si l'époque change, puisque ce texte a un peu plus de cinquante ans, les descriptions des objets et des intérieurs peuvent sembler datées, celles des personnages est diablement moderne. Ce qui tendrait à prouver que malgré le progrès, les avancées technologiques, l'homme rêve toujours de plus et pense que le bonheur s'atteint avec des désirs illimités qui, par définition ne seront jamais assouvis. "Trop souvent, ils n'aimaient, dans ce qu'ils appelaient le luxe, que l'argent qu'il y avait derrière. Ils succombaient aux signes de la richesse ; ils aimaient la richesse avant d'aimer la vie." (p.27). Constat cruel et tellement réel, puisque désormais tout est accessible du moindre clic de souris à condition d'avoir la monnaie, et j'imagine que les dernières fêtes ont été un prétexte à une ruée sur les objets technologiques, les jouets chers, l'acmé d'une consommation à outrance. 

Georges Perec évoque aussi la publicité, puisque ce n'est pas un hasard, Sylvie et Jérôme bossent dans ce domaine, et encore une fois, il fait mouche : "Lorsque, le lendemain, la vie, de nouveau, les broyait, lorsque se remettait en marche la grande machine publicitaire dont ils étaient les pions minuscules, il leur semblait qu'ils n'avaient pas tout à fait oublié les merveilles estompées, les secrets dévoilés de leur fervente quête nocturne. Ils s'asseyaient en face de ces gens qui croient aux marques, aux slogans, aux images qui leur sont proposées, et qui mangent de la graisse de bœuf équarri en trouvant délicieux le parfum végétal et l'odeur de noisette (mais eux-mêmes, sans trop savoir pourquoi, avec le sentiment curieux, presque inquiétant, que quelque chose leur échappait, ne trouvaient-ils pas belles certaines affiches, formidables certains slogans, géniaux certains films-annonces ?)." (p.87/88)

L'écriture est superbe, les phrases longues, comme vous pouvez le constater sur l'extrait précédent -et il y en a de plus longues encore-, à lire en respectant bien les temps de respiration et de pause qu'impose la ponctuation, virgule en tête et en fête. Un texte intemporel, plutôt pessimiste sur la capacité des hommes à être heureux puisque le bonheur semble-t-il n'est pas dans la propriété ni dans la richesse matérielle et que c'est pourtant l'objectif d'une large majorité, qui résonne en tout lecteur actuel, passé et futur. Comme toujours avec Georges Perec, ce court roman est forcément indispensable. 

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La sorcière

Publié le par Yv

La sorcière, Marie Ndiaye, Minuit double, 2003 (Minuit, 1996)....

Lucie vit dans une petite ville de province avec un mari souvent absent qui s'éloigne d'elle et ses deux filles Maud et Lise, adolescentes qui ont elles aussi tendance à fuir la maison. Lucie est une sorcière, d'une longue lignée, mais ses pouvoirs sont très limités, et lorsqu'elle commence à enseigner à ses filles leur don, elle s'aperçoit que toutes les deux sont extrêmement douées. 

La vie de Lucie est morne, monotone, entrecoupée par les visites longues et intempestives de sa voisine Isabelle qui règne sur le lotissement. 

Il faut tout d'abord entrer dans ce roman, dans son écriture, faite de longues phrases, élégantes, certes, mais qui déroutent au premier abord avant de charmer. En effet, les premières pages passées, le pli pris, le lecteur est ferré et ne peut quitter cette histoire, qui, sous des dehors un peu surnaturels est un roman très réaliste et actuel sur les conditions de vie d'une certaine classe sociale en France. Lucie fait partie de la classe moyenne, plutôt le haut du panier avec une certaine aisance financière mais point trop, juste de quoi ne pas trop regarder à la dépense même si le pavillon n'est pas encore payé. Le ton n'est ni condescendant ni moqueur vis-à-vis des gens décrits. Marie Ndiaye constate les difficultés de Lucie lorsqu'elle fait le point sur sa vie, sa volonté d'exister autrement que par ses dons. A travers son héroïne, l'auteure est assez universelle et brosse un portrait pessimiste de la vie de couple et de famille dans une province française : les enfants qui grandissent et partent, les couples qui ne survivent pas aux tête-à-tête qui reviennent, les hommes qui partent soit vers d'autres femmes soit dans un travail chronophage et la femme qui reste seule et tente de sauver son couple, sa famille et les apparences. Ce roman est écrit en 1996, je ne sais pas s'il est toujours d'actualité, je crois, j'espère que les femmes se sont émancipées de ces "devoirs" imposés, néanmoins il est intéressant comme constat de ces années-là.

La sorcellerie que les femmes se transmettent, je l'ai vu comme une puissance que les hommes redoutent et ne veulent pas voir, par peur d'être dominés, de perdre le pouvoir. Aucun des maris ou conjoints des femmes de la famille de Lucie ne veut entendre parler de sorcière, ce qui est source de crise dans le couple, et chacune de pratiquer en douce ou d'enfouir ses dons pour obéir à la dominance masculine. Je ne sais pas si j'ai fait la bonne lecture, mais j'ai pris ce roman comme un roman d'abord très féminin, les hommes étant très absents et lâches, et féministe. Il défend l'idée que les femmes doivent revendiquer et obtenir l'égalité dans tous les domaines et que les hommes ne doivent pas s'effrayer de cela, qu'au contraire c'est une force supplémentaire et complémentaire. Personnellement, si ma femme était une sorcière, non seulement je la laisserai pratiquer, mais j'apprendrai plein de trucs et puis j'en profiterai un max... j'ai toujours rêvé de ma faire entretenir par une femme... mais bon, c'est une autre histoire.

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les patates parlantes

Publié le par Yv

Les patates parlantes, Grégoire Lacroix, la lucarne des écrivains, 2017.....

Grégoire Lacroix, connu pour ses excellents Euphorismes et pour son non moins excellent Jazz Band Eros heros sept revient, avant un deuxième tome de Jazz Band, avec une mise en dessins de certains euphorismes et d'autres inédits. Et pour les annoncer, des patates se parlent. Et oui, ces tubercules qui font la joie des repas des plus petits et des plus grands aussi, surtout en fin de mois... 

J'aime beaucoup Grégoire Lacroix, son humour, son élégance même dans des propos pas toujours au-dessus de la ceinture. Ses Patates me font penser au Chat de Geluck -ou vice-versa- et pour moi c'est un compliment, puisque ceux qui me suivent savent combien j'aime Le Chat.

Je ris, je souris et parfois, je réfléchis -si si cela m'arrive-, pas trop longtemps non plus, ce n'est pas faire injure à Grégoire Lacroix que de dire que ces phrases n'ont pas la vacuité, euh pardon profondeur -et surtout pas la polémique voulue et systématique- de celles d'A. Finkielkraut par exemple ; je le cite lui, mais j'aurais pu citer d'autres : BHL, ah non, pas lui, il nous fait rire avec JB Botul, M. Onfray, ah non pas lui, je l'aime bien et puis, il risque de dire du mal de moi à la télé, même s'il y va beaucoup moins maintenant, bon en fait, il va beaucoup moins sur chaque chaîne, mais comme il y en a de plus en plus, ça compense...

Mais revenons à Grégoire Lacroix et ses Patates, qui vous feront rire par leurs propos, mais regardez aussi leurs expressions, ça paraît simple à faire, ça l'est peut-être, mais moi je n'y parviendrais pas, alors je préfère savourer le travail bien fait, je n'aimerais pas qu'on puisse dire de moi -même si je me fous assez largement de l'opinion que l'on peut avoir de ma petite personne- : "Quand on vise la médiocrité... c'est elle qui vous atteint." (p.56)

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