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Candide

Publié le par Yv

Candide. Micromégas. Zadig, Voltaire, Archipoche, 2016..... (parus respectivement en 1759, 1752 et 1748)

Est-il bien nécessaire de faire un résumé des œuvres présentées dans ce livre ? Bon, on ne sait jamais, cela peut être utile.

Candide grandit dans un château en Westphalie, sans doute fils naturel de la sœur du baron de Thunder-ten-tronckh. Il suit avec les enfants du baron, Cunégonde et son frère, l'enseignement du philosophe de l'optimisme, Pangloss. Candide est brutalement mis à la porte le jour où le baron le surprend à embrasser, derrière un paravent, Cunégonde. Livré à lui-même, il vivra des aventures folles, un optimisme fermement ancré en lui. 

Micromégas est un géant savant de plusieurs kilomètres de haut qui découvre les hommes et leurs discours.

Zadig est un jeune homme philosophe qui se retrouve à vivre des aventures en Orient.

Evidemment, des trois, Candide est le plus connu, celui qui a fait une grande partie de la renommée de son auteur. Déjà lu et donc relu avec toujours autant de plaisir. C'est un conte philosophique qui s'il semble dépassé par quelques côtés, est toujours d'actualité dans ses diverses dénonciations : la religion dans ce qu'elle a de pire, c'est à dire la surveillance de l'âme et des comportements des gens, mais aussi l'esclavage, lisez ce que dit l'esclave auquel il manque une main et une jambe et que Candide rencontre au Surinam :

"On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe." (p.90)

Ce récit est une suite d'aventures rocambolesques, toutes plus folles les unes que les autres qui donnent à réfléchir sur le sens de la vie humaine, sur ce qu'en font les hommes, sur leur manie de tout salir : "Croyez-vous, dit Candide, que les hommes se soient toujours mutuellement massacrés comme ils font aujourd'hui ? qu'ils aient toujours été menteurs, fourbes, perfides, ingrats, brigands, faibles, volages, lâches, envieux, gourmands, ivrognes, avares, ambitieux, sanguinaires, calomniateurs, débauchés, fanatiques, hypocrites et sots ?" (p.102)

Il y a beaucoup à dire sur l'œuvre de Voltaire et particulièrement sur ses contes philosophiques.  Je ne m'étendrai pas sur le sujet par manque d'espace et de capacités et si je me suis un peu attardé sur Candide, c'est parce qu'il est le premier du livre, et puis c'est un tel plaisir que de le lire et le relire... Une très belle idée que cette édition dans la collection La bibliothèque des classiques. Petit ouvrage qui tient dans la poche, belle jaquette, tranches de pages dorées. Deux seuls petits bémols, ouvrage "imprimé en Chine", bon c'est sûrement pour le bas prix et police de caractère assez petite mais le format compact oblige à des choix. En tous les cas, très beaux textes à lire et faire lire et en plus beaux livres (parce que j'en ai deux autres à la maison, Dostoïevski et T. Gautier) que l'on aura plaisir à offrir. Les fêtes approchent... 

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Rien que des soupçons

Publié le par Yv

Rien que des soupçons, Michel Dresch, Cohen&Cohen, 2016…..

André Triton, agent de la DGSE, fasciné par l’Amérique et surnommé soit l’Américain soit Trighton -Triton à l'américaine- trouve un jour sur son bureau, en provenance de son responsable, un carton contenant des enregistrements audio et vidéos concernant Gunther Perrin, un historien et sa filleule Aurélie Perrin, elle-même historienne soupçonnés de mettre en place un réseau dormant de terroristes. Mais Aurélie est aussi en pleine écriture de sa thèse sur Mitterrand et ses relations avec les Etats-Unis. Difficile de trouver des documents dans ce sens. Trighton décide de s’intéresser de près aux travaux d’Aurélie.

Roman d’espionnage et d’histoire contemporaine absolument réjouissant. Extrêmement documenté même si je ne saurais pas dire ce qui est de la vérité ou de la fiction, il se lit sans s’arrêter, avec avidité. Michel Dresch pose des questions qui mettent le doute en nous : certes, Mitterrand a fait entrer des communistes au gouvernement au grand dam des Etats-Unis de Reagan et de l’Angleterre de Thatcher, mais il est troublant de se remettre en mémoire qu’il n’a jamais contesté une décision étasunienne, engageant même la France dans la guerre du Golfe. La thèse défendue par Aurélie est osée mais elle se tient. Elle nous replonge dans la France des années 80/90, de l’histoire contemporaine donc, ce qui, pour les lecteurs de ma génération est un vrai plaisir, né au mitan des années 60, sous de Gaulle, mon premier vote à une élection présidentielle fut pour Mitterrand, ça marque. Mais évidemment, ce roman n’est pas fait uniquement pour nous les - très récents- quinquagénaires, les plus jeunes et les plus anciens peuvent aussi s’y sentir très bien.

Michel Dresch est habile, il nous balade dans Paris et alentours et dans les services de police et d’espionnage, une dose d’espionnage ici, une de meurtre là et le tour est joué, le lecteur est ferré définitivement. Son récit est vif, construit en chapitres assez courts qui alternent les points de vue, accessible, la langue est fluide non exempte d’un certain humour :

"Emma, qui estimait que son mari était un des meilleurs experts de la place en matière de politique étrangère, l’avait interrogé sur les révolutions arabes. Trighton lui avait confié un scepticisme de bon aloi puis il était allé grignoter et siroter un verre de lait dans la cuisine. Manger du pop-corn et boire du lait avant de se mettre au lit, c’était une habitude américaine, une habitude de l’Amérique profonde." (p.29)

Le romancier sait aussi accélérer son histoire pour lui redonner de l’énergie, ménager ses effets et ne pas hésiter sur les rebondissements ; tout pour plaire et passer un excellent moment.

Cohen& Cohen ne fait pas que la série Art Noir –dans laquelle l’auteur à publié Le plasticien- Rien que des soupçons, cet excellent roman à ne pas rater fait partie de la collection Bande à part.

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Paris n'est qu'un songe

Publié le par Yv

Paris n'est qu'un songe, Nicolas d'Estienne d'Orves, François Avril (illustrations), Ed. Prisma, 2016...

Issu de la collection Incipit qui raconte les premières fois, ce court roman plonge en juillet 1900 à l'inauguration du métro parisien pour l'exposition universelle et les jeux olympiques. Sylvain Chauvier est un écrivain qui a créé une machine a remonter le temps, il s'en sert régulièrement pour empêcher Paris d'être défigurée selon ses propres critères esthétiques et décide de se rendre à l'inauguration du métro.

Cette première du métro parisien, Nicolas d'Estienne d'Orves décide de la jouer avec une machine à remonter le temps, procédé pas forcément nouveau mais qui fonctionne plutôt bien ici. Sylvain Chauvier décide donc de remonter le temps et de perturber par différentes méthodes, le futur de Paris : il rencontre Malraux jeune, Pompidou bébé,... Mais sa grande oeuvre, il la garde pour le métro.

Ce court roman est bien agréable et ressort de cette collection un peu décevante -à part le Jaenada, Spiridon superstar. Ce qui lui donne cet aspect, c'est l'écriture de Nicolas d'Estienne d'Orves, à la fois simple et travaillée, émaillée de quelques mots savants ou noms propres par moi inconnus et pleine de sous-entendus, de sourires. Une belle langue que j'avais déjà appréciée dans La dévoration. Rien de macabre cette fois-ci, que du léger et du divertissement instructif. Fulgence Bienvenüe est mis à l'honneur en tant qu'ingénieur co-concepteur du métro -avec Edmond Huet-, la prouesse technologique passe au second plan mais elle est bien décrite dans le petit dossier postface bien documenté avec même des photos des chantiers et de Fulgence Bienvenüe qui a donné son nom à une station dudit métro : Montparnasse-Bienvenüe. en bon provincial breton, j'ai longtemps cru que les Parisiens nous souhaitaient la bienvenue à Montparnasse -quel honneur, mais les Bretons le méritent bien- avant de savoir que c'était un nom propre, celui de Fulgence, Lorsque j'y passe -rarement, je ne "monte" pas à Paris tous les jours-, je repense toujours à cette méprise qui me fait sourire...

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Les témoins de pierre

Publié le par Yv

Les témoins de pierre, Simon Beckett, Piranha, 2016 (traduit par Isabelle Maillet).....

Sean fuit son Angleterre natale vers la France à bord d'une Audi qu'il cache dans un bois, puis il continue à pieds, sous une chaleur terrible. Il s'arrête dans une ferme isolée pour demander de l'eau. La jeune femme qui le reçoit paraît sur la défensive. Sean désaltéré, repart, mais lorsqu'une voiture de policiers s'approche, il saute les barbelés et se retrouve dans le bois de la propriété qu'il vient de quitter. En marchant il se retrouve prisonnier d'un piège. Il est secouru par la jeune femme de la ferme et sa soeur en cachette du père, et contraint au repos dans cet endroit qui abrite bien des secrets et des peurs et aussi des sanglochons, des hybrides entre sangliers et cochons domestiques.

Un beau roman d'atmosphère et d'ambiance lourdes et angoissantes. La lenteur et la monotonie des journées de Sean et des habitants de la ferme sont le contexte de ce roman qui joue sur les relations compliquées entre les filles et leur père, entre la famille en tant que groupe mais aussi ses individualités et Sean et entre la famille et les habitants de la petite ville avoisinante qui la rejettent et vice-versa. Il y a aussi les sanglochons, qui à eux-seuls forment un paysage sonore et odorant de second plan mais qui ajoute à la noirceur et la tension de l'ensemble. Un roman rural et poisseux qui se déroule en France mais qui pourrait être transplanté dans certaines campagnes étasuniennes perdues. Rusticité et violence, bestialité et force des hommes mais aussi douceur et tranquillité, beauté des paysages, de la faune et de la flore. Trois cents pages qui n'ennuient jamais le lecteur, qui avec des retours en arrière expliquent pourquoi Sean se retrouve dans cette situation et ce qu'il fuit. Sean cherchera aussi à connaître les raisons de la haine entre la famille et ses voisins.

Archétypes mais pas caricatures, Sean, Mathilde et Gretchen -les deux filles de la ferme-, Arnaud le père, évoluent et sans cesser de se chercher et de se jauger parviennent à créer des relations parfois difficiles, parfois empreintes d'une tension sexuelle, de jalousie, de désir refoulé, mais aussi de défi, d'autorité et de domination. L'ensemble est vraiment bien vu et si la "chute" n'est pas à tomber sur le cul, eh bien, elle ne déçoit pas du tout, 

Une belle réussite que ce roman français d'un écrivain anglais qui se balade très habilement et sans rougir dans le genre polar qui privilégie l'atmosphère et les personnages plutôt que la violence et l'hémoglobine. 

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Infinity 8 (1/6)

Publié le par Yv

Infinity 8. Romance et macchabées (1/6 et 2/6), Dominique Bertail, Lewis Trondheim, Zep, Rue de Sèvres, 2016.....

Yoko Kunen est agent de police sur un vaisseau spatial en partance vers la galaxie d'Andromède. 880 000 passagers, 257 races et 1583 humains. Yoko scanne tous les mâles qu'elle rencontre pour savoir lequel sera le père de l'enfant qu'elle veut. Lorsque le vaisseau est bloqué par un amas d'artefacts, c'est elle qui doit sortir pour voir de quoi il retourne. 

Tome 1 d'un space opéra (sous-genre de la SF avec des aventures épiques situées dans un cadre géopolitique complexe. Merci Wikipedia) mené par Lewis Trondheim aidé par divers auteurs et dessinateurs de BD. La série se présente en petits fascicules de 34 pages, couverture souple, un comics.

A priori, je ne suis pas fan du genre, la SF et les mondes extra-terrestres, souvent fouillis sont plutôt très agréables à mon œil de non amateur mais je dois dire ici que je me suis régalé. Les personnages sont bien esquissés et se révéleront j'espère dans les tomes suivants, l'humour est très présent et j'aime beaucoup.

Présenté comme -vous le voyez sur la photo- "le space opéra pulp et pop avec des bagarres", il tient ses promesses. J'enfonce le clou en disant que nous sommes plusieurs à l'avoir lu à la maison -dont quelques non lecteurs- et nous attendons tous la suite avec impatience.

PS : j'ai lu également le numéro 2 qui est sorti en même temps -mais que, pour diverses raisons- j'ai mis plus de temps à trouver- peut-être moins drôle, mais l'histoire se met en place, les liens entre les personnages et les enjeux... j'attends la suite.

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La haine en ce vert paradis

Publié le par Yv

La haine en ce vert paradis, Jean-François Bouchard, Ed. Thaddée, 2016....

"La région des Grands Lacs africains dégage un parfum de paradis terrestre. Vingt-cinq millions de Hutus et de Tutsis y vivent répartis entre le Burundi, le Rwanda et la région du Kivu, en république démocratique du Congo. Entre 1959 et aujourd'hui, trois millions d'entre eux, hommes, femmes, enfants ont été massacrés au cours de plusieurs vagues de violences, de guerres et de génocides. (...) La haine, la mort, les trahisons ; les massacres, les dictatures, les prisons... Les racines de cette malédiction remontent à la venue de l'homme blanc, qui a balayé les royaumes ancestraux vivant en paix dans ce jardin d'Eden pour y semer une haine tenace." (4ème de couverture)

Le récit de Jean-François Bouchard est celui d'un homme connaissant bien l'Afrique qu'il a sillonnée pour le compte du Fonds Monétaire International et d'autres institutions. Sa grande force est de mettre à la portée du lecteur une histoire tragique et pas aisée à comprendre tant les intervenants sont divers et nombreux. Mais finalement, tous ont en commun, soit l'intérêt de leur pays soit leur propre intérêt et c'est ce qui les classe dans un camp ou un autre. L'ouvrage remonte au début du siècle précédent lorsque la Belgique prend à l'Allemagne le royaume du Ruanda-Urundi qu'elle avait colonisé à la toute fin du 19° siècle. A partir de 1931 et s'appuyant sur l'ethnologie, une science naissante, les Belges décident de classer les habitants du royaume : les Tutsis, plus grands aux trait plus fins, descendant du Nil et éleveurs, les Hutus plus trapus et peuple local et agriculteurs et les Twas descendants des Pygmées cueilleurs. "A l'image des Aryens en Europe, auto-proclamés race supérieure, car issus d'un peuple germanique du Nord qui se distinguait par sa haute stature, sans doute est-ce du fait de leur morphotype élancé que les Belges eurent la curieuse idée de favoriser les Tutsis au détriment des Hutus, créant en pratique un régime d'apartheid entre ces deux ethnies. Au demeurant, il était incontestablement aventureux de parler d'ethnies distinctes dans les années 1930, tant ces gens qu'on voulait distinguer en les nommant Tutsis et Hutus avaient toujours vécu en symbiose plus ou moins étroite, et en se mélangeant constamment." (p.23) Et voilà, l'homme blanc, fort de ses connaissances et de sa supériorité vient de semer les graines de la haine et de la violence qui ne s'arrêteront plus dans cette région jusqu'à encore maintenant, puisque si le Rwanda semble être apaisé -mais mené d'une façon très autoritaire par Paul Kagame, tutsi, mis en cause dans plusieurs morts suspectes dont celle du président rwandais Juvénal Habyarimana- le Burundi est toujours dans la tourmente notamment très récemment lorsque son président Pierre Nkurunziza a décidé de se présenter à un troisième mandat de président alors qu'ils sont limités à deux.

JF Bouchard parle de tous ceux qui ont essayé de réconcilier Tutsis et Hutus dans les deux pays, le prince louis Rwagasore, Melchior Ndadaye, ... et je vous passe tous les noms des autres, nombreux, qui ont tous finis assassinés. Son livre est passionnant, un peu long sur la fin, peut-être trop détaillé, mais je répète passionnant. Pour peu que vous soyez passés un peu à côté des terribles massacres de 1994 au Rwanda ou que les les ayez suivis mais sans vraiment comprendre pourquoi et comment ces deux ethnies si proches en étaient arrivées là, je vous en conseille très fortement la lecture, qui point par point explique la genèse de la haine et la montée de celle-ci au fond des esprits.

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Un hiver avec le diable

Publié le par Yv

Un hiver avec le diable, Michel Quint, Presses de la cité, 2016.....

Robert est un petit escroc sans envergure. Sa dernière arnaque consiste à faire croire à de jeunes mamans que leur bébé est élu bébé du mois et en échange de quelques billets, il leur "offre" des photos. Mais à la maternité, il ne résiste pas au regard et à la personnalité d'Hortense, jeune mère célibataire. Il se propose même de la raccompagner dans son petit village d'Erquignies, proche de la frontière belge où elle est institutrice. 1953, le nord de la France se remet difficilement de la guerre ; c'est aussi l'année du procès des massacreurs d'Oradour et la guerre en Indochine dans laquelle des garçons du pays sont impliqués. Les tensions un moment enfouies sont ravivées par un incendie qui ravage une ferme du village et tue une famille de quatre personnes. Robert, parce qu'il veut veiller sur Hortense et son enfant et parce qu'il veut connaître le pyromane décide de rester un peu à Erquignies. Il trouve du travail au bistrot, le centre de toutes les discussions.

Une chronique d'un village quelques années après la guerre qui pourrait être banale, sauf qu'elle est raconté par Michel Quint. Il sait comme personne inventer des situations, décrire des personnes avec des secrets bien gardés. Tous les protagonistes ont quelque chose à cacher, les premiers rôles comme Robert et Hortense, mais aussi les seconds rôles et notamment Odette la femme du bistrotier, tous les habitants du village : un passé peu glorieux pendant la guerre, des relations adultères, des trafics en tous genres, des dénonciations, des jalousies poussant à des actes inavouables, ... Bref, aucun personnage n'est tout blanc ou tout noir. Michel Quint ancre son histoire dans cette année 1953 et je dirais même dans cet hiver (janvier/février) qui correspond aux dates du procès d'Oradour. Hortense est alsacienne, comme les accusés, les malgré-nous, qui enrôlés de force dans la division Das Reich de la Wafen-SS furent coupables du massacre, elle est donc si ce n'est suspectée au moins vue par certains d'un mauvais oeil. Ce procès est le centre des conversations pendant tout l'hiver, avec la guerre d'Indochine puisque l'un des garçons du village en est revenu mutilé et un autre y est encore. Puis, ce sont les incendies volontaires qui se succèdent dans les alentours d'Erquignies qui viennent supplanter les autres sujets. A coup d'anecdotes, de noms de politiques, de titres de chansons de l'époque, de noms de journalistes, de personnalités diverses, l'auteur nous plonge définitivement dans cet hiver 1953, dans le nord de la France. Quels beaux personnages dans son roman : totalement crédibles et humains, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs lâchetés et leurs courages... Ils sont tous aimables et antipathiques, bons et mauvais. Tout tourne autour des relations qu'ils entretiennent, une vraie vie de village avec ses amitiés, ses inimitiés, ses ragots, ses jalousies...

Et puis, la grande force de ce roman réside comme dans tous les livres de Michel Quint dans la langue, dans l'écriture du romancier. Il sait construire des phrases très particulières, la virgule là où l'on ne l'attend pas forcément qui nous oblige à ralentir le rythme de lecture voire à revenir en arrière et relire la ou les phrase(s). Il les déstructure, change l'ordre des mots, fait suivre dans une même phrase une description et une remarque d'un personnage sans nous prévenir -à nous de faire avec et de s'y retrouver. Cette construction donne assurément un style, pas toujours simple, mais d'une grande beauté. Un style entre l'oral et le descriptif, très personnel, qui personnellement me ravit. Il m'oblige -comme je le disais plus haut- à prendre mon temps, à prendre plaisir à lire tous les mots, dans l'ordre voulu par l'auteur. Michel Quint n'écrit pas tout son livre de cette manière, il est parfois plus classique, ce qui permet de lire certains passages plus vite et de surtout ne pas prendre l'habitude de ses phrases si particulières et donc de s'y arrêter un peu plus longtemps, comme s'il voulait nous les faire remarquer.

"Madame Bonnard appelle Alain dans le vestibule, on hurle des horaires de cours en fac, de TD annulés, de rendez-vous avec des copains, de refus de se laisser conduire à Lille, de recherche de tickets pour le bus Bolle, on cavalcade dans l'escalier, Jacqueline passe le nez, entre, virevolte de queue-de-cheval et de jupe new-look, une vraie fausse ingénue de calendrier pour routiers, vient jeter quelques magazines sur la table basse. Bonjour, elle voit Roland, considère le nourrisson, lui fait un guili dans un immense sourire, elle est belle ainsi, Jacqueline, qu'est-ce qu'il est mignon..." (p.159)

Qui pourrait résister à ça ? Pas moi.

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Les vrais héros ne portent pas de slip rouge

Publié le par Yv

Les vrais héros ne portent pas de slip rouge, Axel Sénéquier, Quadrature, 2014...

Ce recueil contient une douzaine de nouvelles. Toutes ont en commun de parler de gens simples et normaux, qui, à un moment donné, pour beaucoup d'entre eux agissent d'une manière totalement étonnante. Voici mes préférées :

Avant-première : Jean-Claude, vigile, fan de films d'action étasuniens a la chance et le privilège d'assister à l'avant-première du dernier film de Steven Seagal. Mais l'irruption de gangsters dans la salle va changer la physionomie de la soirée.

La source et l'estuaire : Lindsay se prépare à sa course, celle qui va le consacrer, mais en attendant celle-ci, derrière les starting-blocks, il s'allonge et des images surviennent en lui.

Mille étoiles et un soleil : Augustin vit à Djibouti, il a sept ans et sa copine Héloïse est très malade, elle vient d'être opérée et il va lui rendre visite à l'hôpital.

Pour commencer mon billet,  je vais émettre une réserve qui vaut pour plusieurs nouvelles. Axel Sénéquier écrit des histoires dites "à chute", c'est bien, mais lorsque celle-ci est prévisible, le plaisir du lecteur est quelque peu émoussé. L'exercice est difficile et le lecteur sans pitié lorsque la chute censée être le clou de l'histoire tombe à plat, sans effet. Reste à travailler encore les chutes ou bien à écrire des nouvelles sans chute, des bouts de vie, ce qui, je l'avoue, est, dans la nouvelle, mon genre préféré. Néanmoins, ce qui sauve l'auteur -lorsqu'il est magnanime, le lecteur saura même lui pardonner-, c'est que les pages qui précèdent sont très agréables. Les personnages sont travaillés, les relations entre eux également et leurs forces et faiblesses apparaissent nettement, leur donnant un vrai caractère, ce qui n'est pas toujours évident dans la nouvelle. 

Mes trois nouvelles préférées se détachent du recueil, pour l'humour dans Avant-première, ce décalage entre la vraie vie et les films d'action quand même assez loin du quotidien. Jean-Claude est un type sympa, un peu lourdaud qui ne pense qu'à vivre comme ses héros et n'a que cela en tête. La source et l'estuaire est beaucoup plus profonde, très belle en écriture et l'on entre dans l'espace de quelques pages dans le plus intime de Lindsay, c'est remarquablement fait. La nouvelle est plus elliptique, plus onirique bien qu'ancrée dans la réalité. Mille étoiles et un soleil est basée sur la maladie d'un enfant et sur une très belle légende racontée par le jardinier de l'ambassade, Babacar. Je ne sais pas si cette légende existe ou si elle sort du cerveau d'Axel Sénéquier, mais elle est formidable et rend cette nouvelle irrésistible. Que me restera-t-il de ces histoires ? Je ne sais pas, mais la lecture du recueil est agréable et fait passer de bons moments. 

Belle découverte que ce recueil au titre évocateur qui résume bien le contenu : des gens simples qui à un moment donné, agissent d'une manière étonnante.

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Les oiseaux de Paul Géroudet

Publié le par Yv

Les oiseaux de Paul Géroudet, illustré par Jean Chevallier, Delachaux et Niestlé, 2016.....

Paul Géroudet naît en 1917 à Genève. Instituteur, il enseigne pendant plus de vingt ans, mais continue de s'adonner à sa passion de la nature et des oiseaux apparue dès ses quinze ans. Totalement autodidacte, il deviendra l'un des plus grands ornithologues francophones et donnera l'envie à beaucoup de le suivre dans cette voie. Ce beau livre est un hommage à Paul Géroudet décédé en 2006 : il comprend une biographie, un interviouve, des hommages et une publication de ses textes poétiques sur les oiseaux illustrés par Jean Chevallier.

Très beau livre pour qui s'intéresse aux oiseaux, les illustrations sont superbes et les textes de Paul Géroudet également : de vrais poèmes en prose qui parlent des oiseaux, de la manière dont il les a vus, photographiés, des environs, du temps, des paysages. Une ode à la nature et aux oiseaux. Je me suis plus particulièrement attardé sur cette grosse partie, magnifique qui parle des oiseaux que l'on peut voir dans nos jardins (rouge queue, chardonneret, sitelle torchepot, mésange, ...) et d'autres que l'on voit moins souvent (aigle royal, grand duc, ...)

On en apprend également plus sur la vie de Paul Géroudet qui la consacra à écouter, photographier, répertorier et même à "écrire" le langage des oiseaux. Son œuvre est vaste et reconnue, publiée chez Delachaux et Niestlé qui font paraître là, un ouvrage absolument superbe.

En prime, et parce que je sais que ça fera plaisir, n'hésitez pas à écouter les "chanteurs d'oiseaux" (Jean Boucaut et Johnny Rasse) que j'ai découverts dans les émissions de Jean-François Zygel et qui, à chaque fois me ravissent 

 

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