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Pense aux pierres sous tes pas

Publié le par Yv

Pense aux pierres sous tes pas, Antoine Wauters, Verdier, 2018.....

Dans un pays imaginaire, une île, dirigé par un dictateur vivent Marcio et Léonora, des jumeaux. Lui, très jeune travaille aux champs avec Paps, le père, pendant qu'elle travaille dans la maison avec Mams, la mère. Très pauvres comme tous les paysans du pays. Un jour Paps surprend Léo et Marcio, douze ans, dans la grange, nus, leurs corps emmêlés et ce qu'il soupçonnait se confirme. Paps et Mams décident de séparer les jumeaux, Léo ira chez son oncle Zio pendant que Marcio restera à trimer à la ferme. 

Quel texte ! Sur un thème qu'on pourrait aborder de manière triviale et lourde, Antoine Wauters préfère la beauté et la poésie. Et puis rassurez-vous l'inceste, jamais nommé comme tel,  n'est pas de toutes les pages, n'est surtout pas décrit et érigé en sujet majeur du livre. Icelui est plutôt centré sur l'amour bien sûr, l'amour fou, la conquête de la liberté et la manière de se construire lorsque la chance ne fut pas au rendez-vous du début de la vie. Bien sûr l'amour physique entre un frère et une sœur -fussent-ils jumeaux- est dérageant ; bien sûr Antoine Wauters le sait ; bien sûr il sait qu'il va gêner des lecteurs et des critiques qui ne l'auront pas lu. Mais à travers cet amour, il aborde d'autres thèmes forts et d'une manière qui m'a bluffé : comment peut-on se libérer de son enfance, surtout lorsqu'on y a subi des violences ? Comment se construire après les coups, les brimades ? Quelle image garder des parents violents que l'on aime malgré tout, qui sont sans doute eux-mêmes malheureux de se comporter ainsi ? 

"En tant qu'enfant, vous ne mesurez jamais à quel point votre vie peut être sinistre. C'est toujours après coup, plus tard, quand vous vous retournez sur votre passé pour en recomposer l'histoire, que tout ça vous éclate à la tronche. Jusque-là, malgré toutes les horreurs que vous traversez, la violence est votre ligne d'horizon, comme la souffrance et le malheur et les coups de livraxiu [nerf de bœuf local] que vous recevez en cascade ; et à aucun moment (ou presque) vous n'imaginez que votre vie puisse être différente. Vous manquez tout bonnement de point de comparaison pour pouvoir juger autrement." (p.69)

Le texte est magnifique, la langue belle et directe en même temps qu'elle peut prendre des détours pour raconter. C'est Léonora qui raconte parfois coupée par Marcio et des interludes, l'auteur intervenant dans les notes de bas de pages. C'est d'une justesse incroyable et d'une tendresse pour tous les personnages palpable dès le début, même les plus abîmés d'entre eux, même ceux ayant recours à la violence. Pas de jugement de l'auteur, le lecteur peut en poser s'il le souhaite, ce n'est pas ce que j'ai fait.

Le roman parle aussi de la vie dans une dictature, des moyens de recouvrer la liberté, de la société de consommation nous poussant toujours à vouloir plus pour atteindre le bonheur, comme s'il était atteignable par la possession. Je découvre avec ce roman Antoine Wauters, jeune romancier déjà très affûté, au texte d'une force rare, qui semble parfois partir dans pas mal de directions, mais qui maîtrise totalement son sujet et nous ramène tranquillement dans ses filets dans lesquels je serais volontiers resté un peu plus longtemps.

Rentrée littéraire qui s'annonce très bonne chez Verdier ; le contraire m'eut étonné.

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La femme à la mort

Publié le par Yv

La femme à la mort, Samuel Sutra, Flamant noir, 2018.....

Une femme est retrouvée morte dans une chambre d'hôtel de La Rochelle, porte et fenêtre fermées. Tout pousse à croire au suicide. L'enquête a été vivement menée voire court-circuitée par l'ambassade russe qui voulait rapatrier le corps de la jeune femme, fille d'une famille puissante du pays. Mais, le commissaire divisionnaire Jacques Verdier, proche de la retraite ne parvient pas à se faire à la thèse trop vite annoncée, quelque chose cloche. Il fait appel à son vieil ami, ex-flic, ex-Rochelais, Stanislas Jana, qui reprend les éléments un à un.

Très belle intrigue dans laquelle on avance pas à pas et à pieds dans La Rochelle, au rythme de Stan. Chaque indice est exploité qu'il mène à un cul-de-sac ou pas. Difficile de ne pas voir la référence au Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux. Dans son polar, Samuel Sutra ne parle pas du fameux "Bon bout de la raison" de Rouletabille mais fait référence à un principe que je ne connaissais pas, le rasoir d'Ochkam. "C'est un principe en science, qui encourage la simplicité. Vous entendez battre des sabots, vous pensez cheval avant de penser zèbre. Les hypothèses les plus simples sont les plus vraisemblables. C'est un principe de parcimonie, d'une certaine manière, qui fait en grande partie la beauté des théories avérées." (p.140)

Evidemment, l'auteur sème doute et confusion dans l'esprit des lecteurs, car tout n'est pas si simple qu'il pourrait y paraître. En fait, on peut être amené à douter de tous à un moment ou un autre : et si c'était lui ? Ou elle ? L'intrigue est donc bien menée, embrumée jusqu'au bout -personnellement, j'avais quelques idées, mais pas les bonnes-, joliment agrémentée de personnages sympathiques, attachants. Le polar de Samuel Sutra fait aussi dans les relations humaines et ne se contente pas d'aligner des indices. Stan, qui revient à La Rochelle, un poil nostalgique ; son ami Jacques Verdier, un peu perdu à l'idée de quitter son boulot sur une affaire qui le titillera longtemps, et la belle Catherine la légiste, et Angèle la réceptionniste de l'hôtel, et Natasha la victime...

Tout s'emboîte parfaitement bien dans ce roman qui se lit d'une traite bien que -ou grâce au fait que- il n'y ait ni coup de feu, ni violence, ni description morbide, ni sexe -disons que si sexe il y a, Samuel Sutra décrit plutôt la montée du désir et laisse la porte close pendant les ébats.

De l'auteur, j'ai lu pas mal : la série des Tonton (voyez dans l'index au nom de Sutra) par exemple mais aussi d'autres titres, pas sur le registre de l'humour, l'excellent Kind of black par exemple ; on serait plus dans ce registre, du polar qui même si cette fois-ci n'a pas le jazz en fond sonore, est très mélodieux. La langue de l'auteur y est pour beaucoup, à la fois classique qui peut s'encanailler, passer du très factuel au tendre, du langage du flic au sensuel. Grand écart très largement réussi.

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Requiem pour l'Ankou

Publié le par Yv

Requiem pour l'Ankou, Hugo Buan, Palémon, 2018.....

Le commissaire Lucien Workan est heureux. Ce jour d'août bientôt fini, les vacances sur le canal du Midi avec sa compagne, la lieutenante Leila Mahir -mais chut, ça doit rester secret- commencent. A peine une heure avant la délivrance, le directeur les appelle tous les deux et les voici obligés de partir sur le pèlerinage breton catholique : le Tro Breiz (sans H). Depuis six ans, des jeunes femmes qui l'ont fait disparaissent dans le mois qui suit. Et cette année, la dernière du cycle du pèlerinage, pourrait voir une septième victime. Leila Mahir et Workan, bien que chagrins à l'idée de reporter leurs vacances n'ont pas d'autre choix que d'aller marcher entre Quimper et Saint-Pol-de- Léon.

Une comédie policière c'est soit formidable quand c'est réussi soit un calvaire -et en Bretagne, Dieu sait qu'il y en a à tous les coins de rue- pour le lecteur, l'humour, s'il ne fait pas rire, ratant donc sa fonction première. Et Hugo Buan m'a fait rire et sourire tout au long de son pèlerinage. Imaginez un flic d'origine polonaise, certes, du village de Jean-Paul II, re-certes, mais ignorant en matière de religion et il faut bien le dire un rien bouffeur de cureton -là, je ne le blâmerai point-, macho, un peu réac, un poil à côté de la plaque, du moins pas en phase avec l'évolution de la société, n'aimant pas le camping -comme je le comprends !-, accompagné d'une superbe lieutenante qui n'hésite pas à dire très haut ce qu'elle pense, loin très loin de la religion et en particulier de celle dont il est question ici, plongés tous deux dans un cortège de croyants dont certains, traditionalistes. Les situations sont cocasses, décalées, les personnages caricaturaux, et c'est pour cela que ça fonctionne parfaitement. 

"... je n'ai pas envie de coucher sous une tente, s'émut Workan, on pourrait attraper des maladies

- [....] on peut aller voir si Triathlon est ouvert, ils ont tout pour le camping.

- Ça va pas bien la tête, non ? J'exècre le camping, je hais les campeurs et les randonneurs. Je déteste faire la cuisine sur une petite bouteille de gaz.

- Eh bien, t'as pas de chance ; dans le genre campinge, on ne peut pas faire pire que le Tro Breiz... Et le tout, accompagné de chants chrétiens. Me faire ça, à moi ? Je n'en reviens pas !" (p.59)

Le pire c'est qu'on se marre aux aventures et aux réparties de Workan, qu'on le prend même en sympathie alors que franchement, il est un peu vieille France et je ne suis pas sûr que j'aimerais passer des soirées en sa compagnie. 

Et l'intrigue, bon si je me suis douté de certains points, j'avoue avoir été surpris par d'autres, donc encore un bon point. Hugo Buan se sert des codes du genre policier, pour nous mener tranquillement et dans la bonne humeur là où il veut. Il écrit là le dixième tome avec son commissaire -que personnellement je découvre- ; je me ferais bien la série en entier...

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Le repentir

Publié le par Yv

Le repentir, Patrick Weiller, Cohen&Cohen, 2018.....

Le narrateur de ce roman, mentor d'un marchand de tableaux auquel il a fait faire des années auparavant des études de médecine, puis une spécialisation en psychiatrie et qui, à son grand désespoir n'a pas pu devenir psychanalyste, car n'a jamais pu suivre une analyse et l'a finalement dirigé vers l'art, ne peut s'empêcher de le critiquer. Il raille ses limites, ironise sur son dernier achat censé être un Poussin et n'étant sans doute qu'une copie. Toute sa vie à tirer son élève vers le haut pour en arriver à cet échec. Élève qui toujours s'en remet grâce à la présence lumineuse de Marianne.

Difficile de n'y voir pas une partie autobiographique lorsqu'on sait que Patrick Weiller a été psychiatre, puis marchand d'art avant d'en venir à l'écriture.

Difficile aussi de décrocher de ce roman qui parle du monde de l'art, du métier de marchand de tableaux, des achats risqués, des gros coups, des coups parfois tordus. Tout cela est le contexte, le fond de la toile du roman qui s'intéresse beaucoup plus à ses trois personnages au premier plan : le marchand de tableaux dont on ne connaît pas le prénom, le mentor et Marianne. A partir d'un matériau mou, sans réelle volonté, la narrateur va construire un homme : "Mais le pire fut qu'au lieu de dégager l'être ouvert, sensible, intelligent, inventif, dynamique qu'il portait sans doute en lui, cette psychanalyse eut pour effet de verrouiller son regard sur la contemplation angoissée de son nombril qui avait, comme beaucoup de nombrils, la forme d'un point d'interrogation. Après qu'il eut passé dix ans sur le divan, son analyste déclara forfait. Son type de problématique, lui apprit-il un jour, était inanalysable. Plus exactement, on ne trouvait rien en lui qu'on pût analyser, seulement un vide, une béance, un trou. - On n'analyse pas un trou, conclut le praticien." (p. 21/22)

Son tableau prend forme sous nos yeux, à coups de pinceaux et de brosses subtils, Patrick Weiller dévoile les failles et les forces de ses héros, entre en détails dans leurs vies, leur fonctionnement, leurs esprits. C'est magistralement fait. J'ai beaucoup aimé cela et la manière qu'il a de faire interagir ses personnages qui les uns sans les autres ne seraient pas aussi intéressants, aussi profonds. Chacun sert à l'autre à se montrer sous un jour parfois différent de ce qu'il est au plus profond de lui-même, parfois non. Les questionnements sur l'amour, l'amitié, l'attachement, le sens de la réussite d'une vie, la pression sociale, l'héritage, la culture, le formalisme, l'indépendance d'esprit, tout cela est passionnant et m'a souvent paru très proche de mes pensées et propres interrogations. En outre, la langue est belle, pas précieuse mais riche et travaillée, de belles phrases, longues parfois

Difficile également de parler de ce roman sans trop en dire, j'aimerais que chaque lecteur puisse se faire sa propre idée, sa propre interprétation de ce texte. Comme lorsque l'on regarde un tableau et que chacun y met sa sensibilité.

Publié chez Cohen&Cohen, maison spécialiste de l'art, tant dans les beaux-livres que dans les romans voire les polars (j'ai lu et apprécié Varvara de Patrick Weiller dans la collection Art noir), ce roman est une vraie réussite, de celles qui font se poser des questions, qui touchent les lecteurs.

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Prix Hors Concours

Publié le par Yv

Prix Hors Concours, le prix de l'édition qui n'a pas de prix

Connaissez-vous le Prix Hors Concours, qui s'intéresse, pour sa troisième année, à la francophonie ? J'étais de la première saison, ai oublié de candidater pour la deuxième, mais me voici de retour. Quarante textes de quarante éditeurs indépendants. Chaque éditeur choisit un livre, sélectionne un extrait, l'Académie Hors Concours les compile en un catalogue, cette année vert, et et c'est sur la base de ces extraits que des professionnels du livre et des lecteurs votent pour leurs cinq titres préférés. Ensuite, un jury de cinq journalistes : Bintily Diallo (LCI), Catherine Fruchon-Toussaint (RFI), Tara Lennart (Bookalicious), Isabelle Motrot (Causette) et Pierre Lavavasseur (Le Parisien-Aujourd'hui en France) liront les cinq titres choisis et proclameront le vainqueur.

J'aime assez l'idée de sélectionner un livre sur un extrait d'environ 2,5 pages du catalogue, ce qui doit faire un peu plus dans un livre. Je pousserais bien volontiers le concept un peu plus loin en cachant les noms des auteurs et éditeurs et en ne les révélant -éventuellement- qu'à la fin de la compilation. Je l'ai fait sur une grande partie des quarante textes (parfois le nom indiqué en bas de page me sautait aux yeux), et j'aime bien, car je lis sans a priori positif ou négatif quasiment inévitables puisque je connais pas mal d'éditeurs, certains lus, d'autres que de nom et des auteurs comme Derek Munn, Sonia Ristić ou Julien Syrac.

Je tais mon choix tant que le prix n'est pas attribué, mais ma lecture de ces extraits m'a donné l'envie de découvrir l'entièreté de certains romans. Allez, hop, direction la librairie !

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Retour à Buenos Aires

Publié le par Yv

Retour à Buenos Aires, Daniel Fohr, Slatkine & Cie, 2018....,

Mais que peut bien faire un bibliothécaire avec l'urne funéraire contenant son grand-oncle -dit l'Aviateur- mort plus que centenaire, sur un navire porte-conteneurs en partance vers l'Argentine au départ du Havre ? L'amour serait-il la clef de l'énigme ? En attendant sa résolution, le petit-neveu embarque, seul passager sur le bateau, peu habitué aux us et coutumes des marins, à la multitude de langues parlées, au roulis, au tangage.

Si comme moi vous êtes sensibles au mal de mer, ne savez pas nager mais aimez quand même la mer, pas pour s'y baigner juste pour la voir, la sentir si possible sans la foule estivale, ce voyage à bord d'un porte-conteneurs est pour vous. Il faut bien reconnaître que c'est un voyage particulier, l'urne funéraire de l'Aviateur étant très présente. Bienvenue à bord de ce roman d'humeur et d'humour désenchantés, qui parle de choses sérieuses sans l'être vraiment : "J'ai appris à démarrer et à piloter le canot tous temps, en cas d'abandon du navire, et c'était presque aussi simple qu'une auto-tamponneuse. Je ne suis pas sûr d'avoir compris comment on le mettait à l'eau, ce qui fait que ça ne servait pas à grand chose. Je n'ai pas osé faire répéter. Les grandes tragédies naissent souvent d'une inhibition." (p.40). Daniel Fohr use d'un stratagème connu et efficace pour peu qu'il soit bien mené -ce qui est le cas- : écrire un paragraphe sérieux et le finir par une phrase en apparence anodine et qui donne le ton léger et drôle du livre. Publicitaire réputé et créateur de certains slogans marquants, il a le sens de la formule. Ses portraits ne sont pas mal non plus : "Un garçon d'une trentaine d'années est arrivé, en bermuda de surfer, des tongs aux pieds. Il portait un T-shirt à l'effigie d'un groupe de métal sur un torse surdéveloppé, mais le point le plus remarquable de sa physionomie était son incroyable neutralité expressive. Il avait deux yeux, un nez et une bouche, ni grands, ni petits, ni vicieux, ni tristes ni rien, des cheveux sans couleur définie, un visage flottant, neutre. A le regarder, on comprenait combien l'absence d'originalité est rare, et combien la banalité constitue une exception." (p.43/44)

Et le voyage continue. Vingt-quatre jours de mer, parfois un peu longs, mais c'est sans doute pour nous faire mieux ressentir la lenteur du navire et l'ennui de certaines journées. Le voyageur apprendra à connaître les marins pourtant assez farouches, peu diserts, à passer certaines épreuves, pourra se poser des questions importantes sur la vie, la sienne et celle de l'Aviateur auquel il s'adresse souvent. J'ai aimé voyager en sa compagnie, sur ce navire. J'ai aimé l'ambiance qui se dégage de ces pages, cet humour désenchanté, un peu décalé, la lenteur, l'absence d'action, ces deux derniers points qui obligent à lire à un rythme ralenti. 

Belle découverte que je vous conseille fortement. Je vous souhaite déjà un bon voyage.

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Salve de bandes dessinées

Publié le par Yv

Chevalier Brayard, Zidrou, Porcel, Dargaud, 2017...,

De retour d'une croisade, sept ans après son départ, le chevalier Brayard fait route avec un moinillon porteur des reliques de sainte Bertrude, patronne de son ordre religieux. En chemin, ils sont attaqués par une jeune princesse Hadiyatallah qui veut retourner dans son pays d'où elle a été enlevée par un chevalier ami de Brayard revenu des croisades lui aussi. C'est Brayard et son compagnon le moine, qui vont l'escorter.

Toujours dans la catégorie des livres lus avant l'été et pas chroniqués...

Un petit tour à la bibliothèque et j'entame avec cet album une salve de bandes dessinées. Détente et amusement sur fond historique pour celle-ci. Brayard porte bien son nom,  Hadiyatallah est redoutable dans tous les domaines et le moinillon bien naïf et sans doute secrètement amoureux de la jeune princesse. C'est drôle, léger et tendre. De quoi passer une heure ou deux dans un Moyen Age truculent et animé. 

 

Big Bill est mort, Wander Antunes, Walter Taborda, Vance Caines, Paquet, 2005...,

Big Bill est mort, pendu à un arbre devant la maison de sa mère et de ses deux frères qui le regardent en attendant l'arrivée du shérif. Alors qu'ils n'osent pas le détacher pour ne pas souiller la scène du crime, les deux frères refont le parcours de Big Bill pour savoir qui, dans la petite ville, aurait pu le tuer. Les candidats sont très nombreux.

Les Etats-Unis, sur fond de racisme, probablement à la fin des années cinquante, les noirs ne sont pas appréciés et celui d'entre eux qui ose vivre comme les blancs est très mal vu d'iceux voire méprisé ou pire. Big Bill a pas mal d'ennemis, entre les racistes, les jaloux de ses succès, les maris cocus, les joueurs de poker qu'il a plumés... 

Le scénario (Wander Antunes) est intéressant, à coups de retours en arrière, on apprend l'essentiel de la vie de Big Bill. Bien mis en dessins (Walter Taborda) aux traits réalistes et expressifs, aux couleurs chaudes ((Vance Caines), cette BD, si elle ne joue pas dans la catégorie de celles qui ont un truc en plus, qui déchirent comme diraient les jeunes, n'en est pas pour autant déplaisante. Au contraire, je me suis fait un plaisir de la lire et je vais aller la remettre dans les rayonnages pour que d'autres puissent en bénéficier.

 

Le retour, Duhamel, Grand angle, 2017...

Cristobal, artiste reconnu, a grandi sur une île volcanique. Parti exposer aux Etats-Unis, il revient sur son île natale, la quarantaine à peine passée et décide de faire de ce lieu un des endroits les plus beaux du monde. Il fustige le tourisme de masse et veut imposer sa vue de l'architecture de l'île. C'est un colérique, comme son père. Il s'emporte souvent, ce qui peut le desservir, ses détracteurs sont assez nombreux, ceux qui veulent s'enrichir avec le tourisme. Convaincant, Cristobal commence ce qui deviendra son oeuvre. 

Librement inspiré de la vie de César Manrique et de son île Lanzarote, cet ouvrage est intéressant et pose pas mal de questions sur la création, l'art, l'élitisme, la beauté, ... Il est aussi question de la conservation d'un patrimoine, de la nature et le prix qu'il faut payer pour les habitants, renoncer à certains rêves, à un certain confort auquel beaucoup ont droit. On parle aussi de la solitude du créateur, de sa mégalomanie, de ses compromissions. Un bel album, original.

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Le tableau de Maï

Publié le par Yv

Le tableau de Maï, Anne-Solen Kerbrat, Palémon, 2018...,

Anna Carantec, morlaisienne et psychologue aime chiner et fréquente les salles de vente aux enchères. Lors de l'une d'elles, elle assiste à la vente d'un tableau qui n'aurait jamais dû quitter sa famille. Intriguée, elle demande alors à son cousin, le commandant Perrot de Nantes, opportunément en congés maladie de l'aider à résoudre cette énigme. Le cousin arrive, furète un peu et s'en remet assez vite au commandant de police local, Mével qui prend la suite. Cette histoire du tableau ayant appartenu à la grande-tante d'Anna, la célèbre Lady Mary, née pauvre, fille de meunier et ayant fini sa vie en Lady, propriétaire du château de Coat-an-Noz l'intéresse au plus haut point.

Les éditions Palémon peuvent s'enorgueillir d'un catalogue riche : Jean Failler et sa Mary Lester, Firmin Le Bourhis (récemment dédécé) et Hugo Buan, entre autres. Anne-Solen Kerbrat en est pour sa part, à son douzième roman policier. Celui-ci, après un début un peu longuet qui présente les divers intervenants, leurs liens, les retours en arrière avec la tante et la grande-tante d'Anna, la vie actuelle d'icelle, morne et répétitive, commence à accélérer dès lors que le cousin flic débarque à Morlaix et met son nez dans l'affaire du tableau. Ensuite, sans être un polar haletant, il est fort bien construit et mené, Anne-Solen Kerbrat mêlant habilement la fiction et la réalité. Car oui, Lady Mary a bien existé : née fille de meunier elle a fini par épouser un Sir anglais et revenir au pays. Ses châteaux existent encore, ses descendants, je ne sais pas.

J'ai beaucoup aimé mon voyage dans l'hiver de Morlaix -ville que je ne connais pas encore- Anne-Solen Kerbrat est très pointilleuse, méticuleuse -parfois un peu trop sans doute et se répète, notamment dans la résolution de l'énigme vue par différents protagonistes, mais rien de rédhibitoire. C'est un polar d'atmosphère, un livre qu'il fait bon lire pour prendre un bon coup de Bretagne de plein fouet, ce qui est bon pour la santé, c'est mon docteur qui l'a dit, mais malgré tout, ça n'est pas remboursé par la sécu. A lire au coin du feu quand il fait froid comme à Morlaix cet hiver-là, ou sur la terrasse au soleil quand il fait chaud ou partout ailleurs quand il fait n'importe quel temps. A lire quoi ! 

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Le testament noir

Publié le par Yv

Le testament noir, Jean-Luc Aubarbier, City (et City poche), 2017....

San Diego, Californie, le 10 septembre 2001, un homme âgé qui profite de son jacuzzi se fait assassiner. Le lendemain, ce sont les tours jumelles de Manhattan qui tombent.

1920, Jérusalem, les services secrets britanniques engagent un jeune homme, juif, qui parle plusieurs langues pour espionner les chefs musulmans islamistes qui sont approchés par les membres de la secte allemande Thulé, celle-ci même qui forgea les bases du nazisme.

Retour en 2001 où Pierre Cavaignac et Marjolaine Karadec, archéologues se retrouvent embarqués dans une histoire qui lie ces deux dates.

Pour ne rien cacher, c'est le deuxième livre de Jean-Luc Aubarbier que je lis, le premier (qui est le troisième tome des aventures des deux archéologues), intitulé La vengeance de Gaïa s'intéressait à la Préhistoire, et ne m'avait pas emballé. Pour Le testament noir -qui est chronologiquement la deuxième aventure du couple-, ma sensation est toute autre. J'ai beaucoup aimé. Sans doute l'époque, le contexte m'ont-ils concerné davantage puisque la construction des deux livres est la même.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, je précise que JL Aubarbier est historien des religions, libraire et franc-maçon -personne n'est parfait, ça doit arriver à plein de gens bien ; plaisanterie mise à part, ce détail est important car la maçonnerie est très présente dans ses livres. Il a aussi écrit des essais sur le Périgord, les Cathares, les Templiers, autant de sujets qui me plaisent bien.

La bonne idée de ce roman est de parler des origines de l'islamisme, très fortement lié au nazisme "L'islamisme est à l'islam ce que le nazisme fut à l'Allemagne." (p.154), de déplacer notre regard d'occidentaux sur la seconde guerre mondiale, vers le Moyen Orient. J'ai appris une foultitude de choses. En bon Européen moyen, je n'avais jamais cherché vraiment à savoir comment le conflit avait pu s'étendre là-bas. Certes, j'avais bien notion de Rommel en Egypte et de divers fronts, mais pas à ce point. La secte Thulé qui cherche à étendre son pouvoir de nuisance, la naissance des Frères musulmans : "Dans les années 1920, le grand mufti de Jérusalem et la secte des Frères musulmans se sont mis au service d'Hitler. Après la défaite de 1945, de nombreux dignitaires nazis ont gagné les pays arabes et ont poursuivi la lutte clandestinement. Sans eux, le conflit israélo-arabe n'aurait jamais eu lieu. "Celui qui s'en prend à un juif trouvera en moi un ennemi le jour du jugement dernier", a dit Mahomet. Mais comment faire la paix quand le ministre de l'information de Nasser se nomme Hans Appler, collaborateur de Goebbels ?" (p.194). J'ai trouvé ça passionnant, JL Aubarbier semble très documenté et connaisseur, il s'appuie sur des ouvrages et des faits cités en fin de volume. Son livre donne une autre ouverture sur le monde dans lequel on vit actuellement, très loin de ce que l'on apprenait à l'école sur cette période. Il est vrai que la colonisation et le découpage des territoires en frontières créées de toutes pièces n'étaient pas au programme.

Et l'intrigue, celle qui lie tous les éléments entre eux et fait intervenir des personnages fictionnels au milieu de ceux qui ont réellement existé ? Un rien fantastique : une relique de deux mille ans en est la clef de voûte. Elle se suit très bien et même plus puisque l'envie d'arriver à l'épilogue et de comprendre toute l'histoire est très forte et tient en haleine jusqu'aux ultimes pages. Pierre Cavaignac et Marjolaine Karadec sont obstinés, têtus, fins et très calés dans leur domaine professionnel, ce qui nous en apprend également pas mal sur la ville de Toulouse -que je ne connais pas encore, mais j'ai de bonnes idées de visites et même un restaurant s'il existe encore. Ils pourraient paraître un peu "justes" mais le fait est qu'ils ne sont pas enquêteurs ni flics et donc leurs limites sont excusables, et puis les héros tout-puissants, ce n'est pas trop mon truc. 

En résumé, une excellente lecture que je conseille pour cette fin d'été -ou après- et si vous aimez la Préhistoire, laissez-vous tenter également par La vengeance de Gaïa (City poche) qui devrait fonctionner tout pareillement. Et pour être complet, la première aventure du duo d'archéologues s'intitule L’échiquier du temple

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