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roman

Roca Pelada

Publié le par Yv

Roca Pelada, Eduardo Fernando Varela, Métailié, 2023 (traduit par François Gaudry)

Au col de Roca Pelada, il y a un poste frontière, indéniablement le plus haut du monde. Là-bas, rien ne pousse, quasiment rien ne vit. Mais poste frontière il y a : d'un côté les carabiniers de la Ronde des Confins menés par le lieutenant Gaitán et de l'autre, la Garde-Frontière dirigée par le lieutenant Ricardo Costa et son second, le sergent Quipildor. Les tensions entre les deux pays sont assez vives, et il est beaucoup question de la frontière, marquée par des traces de chaux, qui se déplacerait d'un côté ou de l'autre, des météorites qui disparaissent au profit des musées... Un jour, à la surprise générale, Gaitán est remplacé, il a envie de vivre au nord du pays, près des plages, au soleil, pas dans ce coin ou l'été et l'hiver se succèdent dans une journée.

"Le détachement militaire du col de Roca Pelada était perché au-dessus de toutes les villes de la planète et de presque toutes les espèces vivantes, à deux mille mètres à peine sous la ligne de survie, et pour y accéder il était plus facile de descendre d'un nuage que de grimper la cordillère. Un peu plus haut commençait la zone de la mort où ne pouvait subsister longtemps aucun organisme, la nature n'y permettait que de brèves escapades à condition de se contenter de planter rapidement un drapeau sur un sommet, d'enterrer un parchemin pour mémoire, ou de placer une borne frontalière et de redescendre immédiatement." (p.11) Le roman débute ainsi, le décor est planté.

Vous prenez Le désert des Tartares ou Le rivage des Syrtes, ces grands romans dans des lieux isolés et désolés dans lesquels il ne se passe pas grand chose et dans lesquels l'attente est érigée en principe, vous y injectez une bonne dose de décalage et d'humour, et vous obtenez un autre grand roman, ce Roca Pelada. L'humour et le décalage proviennent pour beaucoup des subordonnés de Costa, des hommes du nord du pays, de la mer, du farniente, qui se retrouvent dans un milieu hostile et qui développent toutes sortes de maladies, allergies... Imaginez un groupe de hippies des années 70 censés surveiller une frontière et vous avez la bonne image en tête. Il naît aussi de la confrontation entre les deux pays et leurs représentants, cherchant par tous les moyens à se duper.

Roca Pelada est un roman qui pourrait paraître long, qui demande un peu de temps, mais qui ne lasse jamais, qui se lit jusqu'au bout avec plaisir. C'est formidablement écrit. Les dialogues sont surréalistes, très drôles. Il y est question de la nature, de la futilité des frontières et des règles face à elle, du devoir des hommes, de leur faiblesse aussi, des traditions de ceux qui vivaient là avant la colonisation. Dans ce coin du monde totalement reculé, à part, les questions existentielles se posent : la vie, la mort, l'amour, le libre-arbitre... vaut-il mieux paraître ou vivre pleinement sa vie ?, qu'est-ce qu'une vie réussie ?... Et les grandes questions de société sur la nature, sa préservation, les pouvoirs autoritaires, la soumission des peuples et notamment celle des peuples colonisés et le pillage de leurs œuvres...

Bref, un très bon roman, le second d'Eduardo Fernando Varela, après Patagonie route 203 qui fut un succès critique et public mais que je n'ai pas lu, le premier donc si vous suivez bien ma longue phrase, écrit à 60 ans. Preuve que le talent n'est pas lié à l'âge.

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Zao, un mari

Publié le par Yv

Zao, un mari, Myriam Dao, Des femmes-Antoinette Fouque, 2023

En Indochine, dans les années 40, une jeune femme française, lycéenne, fréquente un indigène, plus âgé qu'elle, riche. Elle est enceinte. Leurs parents les marient et les envoient à Paris pour que la honte d'une telle mésalliance qui ne prend pas la même forme des deux côtés, ne rejaillisse par sur eux.

A Paris, Zao, le mari, est confronté au racisme qui augmente encore au moment de la guerre d'indépendance de la colonie française. Et sa jeune femme qui pensait mener une vie libre et socialement reconnue, se retrouve bloquée à domicile, à élever leur fille, en proie à la misogynie de Zao. Le couple va mal.

Très court texte de Myriam Dao qui réussit l'exploit dans ces très belles 145 pages de parler du racisme, de la misogynie, d'un couple qui s'étiole, de la différence de classe sociale, de la difficulté d'être une femme dans les années 50 lorsqu'on ne peut travailler et dépenser de l'argent qu'avec l'accord de son mari, du lien marital difficile à rompre, de la difficulté d'être un immigré qualifié lorsque les Français ne voient que l'immigré donc nécessairement un tâcheron. "A mesure que Zao traçait sa misérable trajectoire, assujetti, pour ne pas dire aliéné, à des industries automobiles ou textiles ayant grassement tiré bénéfice du colonialisme par la production de caoutchouc ou du coton, son pays écrivait une nouvelle page d'histoire, celle de l'indépendance. L'ironie de la situation lui laissait un goût amer. Se retrouver larbin dans des usines qui avaient exploité sa terre natale." (p.57)

Myriam Dao va au plus court, au plus direct sans s'étendre sur des détails superflus. A coups d'anecdotes, de faits, de mots que les époux s'écrivent après une dispute, de descriptions de photos au fil des années, le lecteur reconstruit la vie du couple et bientôt de la famille, le lent effritement, puis l’inexorable éloignement des deux conjoints voire la détestation. Et tour à tour, on peut trouver la femme injuste quand elle ne soutient pas son mari attaqué pour ses origines ethniques et penser que Zao est dur, misogyne lorsqu'il l'empêche de sortir. Aucun des deux n'est blanc ou noir.

Myriam Dao élague, épure son texte duquel émane une poésie et une grâce certaines. Un premier roman très réussi, très beau, très juste.

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Un coup de tête

Publié le par Yv

Un coup de tête, Sigrún Pálsdóttir, Métailié, 2023 (traduit par Eric Boury)

Islande, toute fin du XIXe siècle, Sigurlina est une jeune femme qui aide son père, un veuf excentrique à cataloguer ses recherches archéologiques. Elle fait également du travail de secrétariat, traduit en anglais, tient la maison et brode avec un talent certain.

Un soir, sur un coup de tête, sûre qu'elle n'a plus rien à vivre d'exaltant à Reykjavík, elle prend le bateau direction New York, avec dans ses bagages un objet unique, une découverte importante pour son pays. Là-bas, elle propose à un riche amateur et collectionneur d'art de travailler pour lui.

Le roman de Sigrún Pálsdóttir est basé sur des faits réels et notamment sur la découverte de l'Amérique, bien avant Christophe Colomb, par les Vikings. Et dans les bateaux des Vikings qui accostèrent sur ces terres nouvelles, il y avait Gudridur Thorbjarnardóttir, véritable héroïne islandaise qui vécut donc en Amérique aux alentours de l'an mille et y donna naissance à son fils, Snorri Thorfinnsson, le premier enfant blanc né sur ces terres appelées en viking Vinland. Deux livres fondateurs sont régulièrement mentionnés dans le roman : La saga des Groenlandais et La saga d'Erik le Rouge.

Nonobstant les sources très anciennes et la période à laquelle vit Sigurlina, le roman de Sigrún Pálsdóttir est très moderne. Elle aurait pu faire des aventures de Sigurlina un roman fleuve en décrivant par le menu tout ce qu'elle voit, ce qu'elle vit et s'apitoyer sur son sort, car son héroïne va de mésaventures en mésaventures pour ne pas dire de drames en drames. Mais foin de tout cela, l'autrice ne s’appesantit pas. Elle décrit, énumère et surtout laisse le lecteur faire les liens. Ce qui n'est pas écrit clairement l'est entre les lignes. J'aime lorsqu'une écrivaine parie sur l'intelligence et l'imagination de ses lecteurs. J'aime cela parce que plutôt qu'un pavé indigeste de plus de 400 ou 500 pages, elle écrit un court roman d'à peine 200 pages, vif, dynamique, sans temps mort. Tout y est juste, rien n'est en trop et rien ne manque. Pourquoi, par exemple, infliger des pages de descriptions de l'aménagement et du fonctionnement d'une maison lorsque tout peut être dit comme ceci : "Sans qu'on sache comment, la maison avait fini par s'emplir de meubles. Sans qu'on sache comment, Sigurlina avait fini par se retrouver à la cuisine, s'affairant aux fourneaux, ils avaient fini par s'asseoir tous les trois à table pour prendre leurs repas." (p.25)

Sigurlina est une héroïne charmante, un peu naïve sans doute, qui devra lutter, tomber pour mieux se relever, s'affirmer, se défendre, tout cela pour acquérir sa liberté, ce qui n'était pas évident il y a plus d'un siècle. Le roman est également passionnant parce qu'il traite de l'histoire de l'Islande, de l'héritage culturel et la réflexion est intéressante lorsque de nos jours, beaucoup de pays pillés réclament le retour des œuvres.

Très belle découverte que ce roman foisonnant, passionnant. Sigrún Pálsdóttir use d'une langue fluide, agréable qui ravira le plus grand nombre pour cette tragi-comédie qui emballe du début à la toute fin.

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Un chagrin d'amour avec le monde entier

Publié le par Yv

Un chagrin d'amour avec le monde entier, Eric Pessan, Sylvie Sauvageon, Les éditions du chemin de fer, 2017

Une enveloppe reçue au courrier. Aucune mention de l'expéditeur ni à l'extérieur ni à l'intérieur. Seul un DVD la remplit. L'homme qui la reçoit attend avant de le visionner craignant quelque arnaque ou mauvaise surprise. Le lendemain seulement, il l'insère dans le lecteur de son ordinateur. C'est Elle. La femme avec laquelle il a vécu une histoire quelques années auparavant. Elle se raconte en diverses séquences. Le DVD débute par une phrase inscrite, un titre : "J'ai un chagrin d'amour avec le monde entier."

Eric Pessan écrit et Sylvie Sauvageon dessine des portraits d'une même femme avec différentes expressions, parfois un côté masqué par la fumée de cigarette, parfois sourainte, parfois plus grave. C'est elle que l'on imagine sur la vidéo racontant ses histoires. Ses histoires d'amour avec des hommes qu'elle a aimés et qui l'ont peut-être aimée en retour. Pas toujours. Et toujours elle revient à lui, au destinataire du courrier. Son rapprochement timide. Leurs échanges, leurs rendez-vous.

C'est très beau, intime, très profond. Cette femme se livre comme elle ne l'a jamais fait. En vidéo, sans crainte d'être interrompue par quiconque sauf elle-même. Avec le doute d'être regardée, écoutée.  Elle dit la rencontre, les moments de doute, de gêne, les débuts :

"Il me raconte des histoires : les siennes, celles des gens qu'il connaît, celles qu'il lit dans les livres. Certains hommes cachent leur silence derrière le bavardage. Je sais qu'il a peur de ce qui adviendrait si on laissait le silence s'installer entre nous.

Il faut se taire pour oser un geste.

Il faut se taire pour qu'une main frôle une main.

Il faut se désemplir la bouche des mots pour y recevoir la langue de l'autre." (p.15)

C'est un livre de grandes beautés : celle du texte, celle des dessins et celle de l'objet-livre, couvertures et rabats et mise en page. De ceux que l'on trouve dans les bonnes librairies, pas toujours mis en évidence, ce qui est fort dommage ; de ceux que l'on a plaisir à acheter, à ouvrir et à lire et à offrir ensuite tant on est sûr de faire plaisir.

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Saisons des feux

Publié le par Yv

Saisons des feux, Naná Howton, Des femmes-Antoinette Fouque, 2023 (traduit par Isadora Matz)

Dans cette petite ville brésilienne, au mitan des années 70, en pleine dictature militaire, les champs de canne à sucre sont brûlés pour faciliter les récoltes, et les habitants vivent avec des cendres  qui tombent du ciel en permanence. Smiley, seize ans et Porcelaine, sa petite sœur de douze ans quittent l'orphelinat pour retrouver leur mère, prostituée et alcoolique. Celle-ci les néglige et les deux sœurs décident de partir en stop chercher leur père. Le voyage est risqué, les rencontres pas toujours amicales. Les deux jeunes filles ne peuvent compter que sur elles-mêmes et sur leur lien pour se sortir des situations compliquées.

Divine surprise que ce premier roman publié en France d'une autrice d'origine brésilienne. Ses deux héroïnes ont vécu tellement longtemps dans l'orphelinat, protégées du monde extérieur, Porcelaine, petite et insouciante et Smiley concentrée sur la protection de sa sœur, qu'elle n'en ont aucune connaissance. Puis, petit à petit, Smiley se souvient : la violence de son père envers sa mère, la fuite de celle-ci avec ses deux filles...

Roman social et d'initiation puisque les deux jeunes filles, Smiley surtout, celle qui est présente à toutes les pages, vont découvrir le monde, comme si elles naissaient adolescentes. La violence ambiante, celle du pouvoir qui réprime toute forme de protestation, les harcèlements et agressions des hommes envers les femmes, la haine et le mépris des hommes envers les prostituées qu'ils fréquentent pourtant assidûment dans des bordels sordides, envers les homosexuels, envers tous ceux qui ne sont pas comme eux, le travail harassant et mal payé, la pauvreté, la grande différence entre riches et pauvres... Tout cela dans une petite ville pour s'éveiller à la vie en douceur, car il en serait différent à São Paulo par exemple où tout est exacerbé mais aussi où il est plus facile de vivre incognito.

Smiley avance pendant les quelques mois racontés par Naná Howton : elle fait le point sur sa vie, tente de comprendre les raisons de ses difficultés : "La vie de Smiley était devenue un flot constant d'amertume. Elle était bien consciente que c'était aussi de sa faute, parce qu'elle se refusait à exprimer de l'amour, le plus effrayant de tous les sentiments. C'était trop dur parce que s'il y avait le moindre risque de ne pas être aimée en retour, elle n'aurait plus qu'à aller mâcher une feuille d'une de ces plantes toxiques qui poussaient sous le figuier et se laisser mourir." (p.194/195)

Smiley et Porcelaine sont attachantes, fortes, elles subissent, se relèvent, luttent. Naná Howton décrit des jeunes filles réalistes et son roman assez conséquent est passionnant de bout en bout. Pas une seule ligne en trop. Fort bien écrit, donc fort bien traduit, il sera bien difficile à un lecteur de le poser pour passer à autre chose.

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Hôtel Lebac

Publié le par Yv

Hôtel Lebac, Carlos Caillabet, Baromètre, 2022 (traduit par Thomas Evellin)

Montevideo, 1960, Tomy, 14 ans, vit seul avec Marta sa mère qui ne parvient plus à payer le loyer de leur maison. Ils déménagent pour une pension tenue par un homme nommé Lebac. A l'hôtel Lebac vivent, outre le propriétaire, deux jeunes frères étudiants en médecine, un couple de personnes âgées, une vieille fille revêche, infirmière et un cinquantenaire veuf.

Tomy raconte les quelques mois qu'il passe avec ces gens et sa rencontre avec Julio et don Manuel patron de bar. Quelques mois qui le feront découvrir d'autres vies que la sienne et celle de Marta, des vies totalement différentes des leurs.

Très belle illustration de couverture de la version française due à Florent Mulot qui donne envie d'entrer à l'hôtel Lebac. Et une fois entré, on n'est pas déçu par l'ambiance ni par les personnages qui y habitent. C'est un court et très beau roman qui raconte une époque révolue, celle des pensions de famille dans lesquelles se côtoyaient des gens très différents, des artistes, des solitaires, des fêtards, souvent pauvres... Je ne connais pas bien l'Uruguay, je sais que la dictature militaire arrivera une dizaine d'années plus tard pour presque quinze ans, Carlos Caillabet en sera une des nombreuses victimes puisqu'emprisonné de 1972 à 1985 pour activités au sein d'un mouvement d'extrême gauche.

Dans son roman, il raconte un pays libre, dans lequel un jeune homme apprend la vie au hasard de ses rencontres. Pas totalement insouciant parce que sa mère peine à payer la pension et trouver du travail, il a néanmoins des préoccupations d'adolescent. C'est avec beaucoup d'humour que Carlos Caillabet écrit ce roman d'initiation, un humour teinté de nostalgie et de gravité pour décrire sa génération -il est né en 1948- et celle de ses parents. Il met en exergue une citation de J.D. Salinger dans L'Attrape-cœurs, qui exprime assez bien ce que l'on ressent à la lecture, cette nostalgie des gens rencontrés qu'on ne voit plus : "Mieux vaut ne jamais raconter à personne. Dès lors que l'on commence à raconter, le monde entier se met à nous manquer."  Et pourtant, ils racontent... pour notre plus grand plaisir

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Vers le monde bleu

Publié le par Yv

Vers le monde bleu, Guy Bordin, La Trémie, 2022

Dans les années 1990, un jeune enseignant passionné par les contrées australes, demande dès sa première affectation la Nouvelle Calédonie. Il est nommé dans l'est de la France puis, quelques années plus tard, a l'opportunité d'aller enseigner à Saint-Pierre et Miquelon. Là-bas, il fait la connaissance de Jacques professeur d'EPS avec lequel il va vivre une histoire d'amour. Jacques lui parle également de sa passion pour les premiers habitants de Terre-Neuve, chassés par les colons anglais, les Béothuks dont il ne reste rien. Les trois derniers survivants ont été capturés dans les années 1820 et la dernière, Shanawdithit est morte en 1829. Les deux hommes passent alors beaucoup de temps sur les traces des Béothuks, à tenter de retrouver de mystérieuses poupées de bois.

Guy Bordin est océanographe, ethnologue, réalisateur, diplômé en langue et culture inuits. Il est aussi écrivain et publie son deuxième roman après L'amant fantasmatique. Vers le monde bleu est un roman assez court, très riche. J'ai personnellement beaucoup appris sur Saint-Pierre et Miquelon et sur Terre-Neuve et ses premiers habitants, les Béothuks. Si j'ai pu me sentir un peu dépassé par les toutes premières pages dans lesquelles l'auteur parle de l'intérêt de son héros pour les terres australes en y citant les différents peuples qui les ont habitées, très vite je suis entré dans le rythme de Guy Bordin et j'y ai puisé une foultitude d'informations et surtout trouvé un réel plaisir de lecture. Instructif sans être pédant, très bien écrit, ce court récit duquel le superflu a été gommé, va au plus court, au plus direct sans omettre de nous décrire les paysages, les lieux visités et les personnes rencontrées. De fait, j'ai eu très envie d'aller partager les périples des deux hommes en ces lieux encore point trop touristiques. Et de me prendre à espérer qu'ils trouvent les objets de leur quête

C'est aussi un roman d'initiation amoureuse. Le jeune enseignant se sait homosexuel mais n'a pas encore osé vivre une histoire avec un autre homme. Les années 1990 sont assez anxiogènes : les homos ne sont pas vraiment acceptés et le Sida fauche de nombreuses personnes dont certaines personnalités : Hervé Guibert, Cyril Collard... A Saint-Pierre, petite ville sur une île, lorsqu'on est enseignant, il vaut mieux ne pas montrer son orientation sexuelle si celle-ci n'est pas la norme acceptée. Il faudra trouver des moments et des endroits pour que deux hommes se rencontrent librement. Ce sont également de belles pages, explicites et sobres. Ils mettent à profit leurs temps de recherche sur les Béothuks pour partager de beaux moments.

L'ensemble est un beau roman, équilibré, sobre et instructif qui fait la part belle aux paysages, aux premiers habitants des endroits décrits. Excellent pour se dépayser en lisant de très belles lignes.

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Vieux os

Publié le par Yv

Vieux os, Ariane Payen, Le lion z'ailé de Waterloo, 2022

Mont-les-Sources, bourgade tranquille connue pour sa source qui passe par le café La Claire Fontaine tenu par Roger et Ginette, son zoo en mauvaise situation économique et sa maison de repos Les Lampions pas en meilleure posture.

Une année dans la vie de la petite ville, de septembre 2011 à septembre 2012, une année qui va tout changer, entre arrivées de certains, départs d'autres, rapprochements, éloignements, événements tragiques, rebondissements et chamboulements.

Beaucoup de personnages, chacun ayant quelques lignes de description en ouverture du roman auxquelles je me suis souvent référé au départ pour ne pas perdre le fil. Le roman est décousu, j'imagine volontairement, il passe d'un intervenant à un autre, sans lien apparent, ce qui peut surprendre et qui finalement, est plutôt bien vu, car il oblige le lecteur à une attention et à une gymnastique certaines. Icelui ne peut pas passer de pages sans risquer de perdre le fil ou de rater des événements, des rebondissements. Et ce roman en est empli. Ce petit bourg que l'on pouvait croire paisible va vivre des instants tendus, mais toujours dans la bonne humeur.

Ce n'est pas mon genre de littérature habituel et préféré, mais je dois dire que j'ai souvent souri et que j'ai bien aimé. Léger et divertissant tout en brossant quelques portraits bien sentis, ce roman assez gros mais pas trop dense virevolte et pétille. Très bien pour commencer l'année et pour oublier un peu la précédente, pas vraiment joyeuse.

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Coups de coeur 2022

Publié le par Yv

Et comme tous les ans, avant les fêtes, je vous propose une liste de mes lectures préférés de l'année. Celle-ci peut servir pour ceux et celles qui n'auraient pas encore fait tous leurs cadeaux...

 

- Le contrat, Ella Balaert, Des femmes-Antoinette Fouque. Tout simplement parce que c'est Ella Balaert et que, comme toujours, son livre est très beau.

- Ferdaous, une voix en enfer, Nawal El Saadawi, Des femmes-Antoinette Fouque. Une force incroyable que ce texte !

- La vie suspendue, Baptiste Ledan, Intervalles. Un roman étrange dans une ville morne au secret bien gardé.

- Ceux qui brûlent, Nicolas Dehghani, Sarbacane. BD au dessin somptueux avec un duo d'enquêteurs très décalé

- La connaissance et l'extase, Eric Pessan, L'attente. Court, dense et puissant. Les réflexions d'un homme face à la bêtise humaine.

- Le poids de cet oiseau-là, Aline Bei, Aldeia. Poétique, très belle découverte

- Nettoyage à sec, Joris Mertens, Rue de Sèvres. BD somptueuse, très peu bavarde. Un héros ordinaire.

- Intolérable. Mémoire des extrêmes, Kamal Al-Solaylee, Perspective cavalière. La difficulté de vivre son homosexualité au Yémen et en Égypte.

- Tryptique en ré mineur, Sonia Ristić, Intervalles. Trois femmes à trois époques différentes pour un très beau roman.

- Les reflets du monde. En lutte, Fabien Toulmé, Delcourt. De la BD reportage excellente.

- L'évidence du vrai, Viviane Cerf, Des femmes-Antoinette Fouque. C'est Viviane Cerf, excellent comme toujours.

- L'archipel d'une vie, Andreï Makine, Seuil. Un dépaysement totale et une écriture magnifique.

- RIP. Fanette, Gaet's et Monier, Petit à petit. Pénultième tome. Vite la suite et fin...

13 titres, dont 3 chez Des femmes-Antoinette Fouque, 2 chez Intervalles et 1 pour une nouvelle maison Perspective cavalière. 4 BD. Je n'atteins pas encore la parité : 5 femmes et 9 -car un livre à 2- hommes.

Bonnes fêtes à tous

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