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Articles avec #roman tag

La section Lucky

Publié le par Yv

La section Lucky, Frédéric Schmitter, Ed. du rocher, 2021

1984, Gaspard un pédo-psychiatre imagine un projet auprès de six adolescents des îles du Ponant. Chacun devra travailler avec les mots et avec les lettres selond es exercices proposés. Plusieurs rencontres ponctuent l'année et font avancer le travail.

Le projet et le groupe furent baptisés par un pricipal de collège amateur de bande dessinée : La section Lucky.

Court roman qui, grâce à Gaspard et les six adolescents avec lesquels il va travailler énumère et explique ce que sont les diverses contraintes d'écriture. Lipogrammes, palindromes, anagrammes... Plutôt léger, il parle du plaisir d'écrire, de créer, de jouer avec les lettres et les mots. Et Anne, Erwann, Isabelle, Olivier, Urielle et Yves -pour les prénoms, n'oubliez pas, nous sommes en 1984 !- de se lancer tous à fond dans le jeu et de relever les nombreux défis de Gaspard. Je l'ai lu à l'affût du moindre exercice de style caché dans les lignes mais aussi avec le plaisir de découvrir le travail des jeunes gens. Je ne dirai pas ce que j'ai trouvé, pour ne rien dévoiler mais aussi pour ne pas passer pour un benêt si j'ai raté plein de trucs...

Ce livre pourra être lu par des adolescents qui s'intéressent à la lecture bien sûr mais aussi à l'écriture et par leurs parents.

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Une adoption particulière

Publié le par Yv

Une adoption particulière, Chantal de Grandpré, Rémanence, 2020

La narratrice raconte son parcours d'adoptante avec son ami qui les mènera jusqu'à l'adoption de deux petites filles de huit et dix ans, deux soeurs vietnamiennes qui vont venir habiter en France.

Voilà un livre étonnant. Présenté comme un roman, on a davantage l'impression d'un récit, d'un journal tenu quasiment au jour le jour de cette adoption, par la forme et l'écriture. Il m'a été difficile de me défaire de cette impression durant ma lecture, et comme je ne suis pas très amateur du genre témoignage, j'avoue que ce livre ne m'a pas totalement emballé.

Parfois un peu mièvre, un peu trop catho à mon goût -mon anti-cléricalisme s'est réveillé, jamais vraiment endormi : on y parle de Dieu, de miracle, de transsubstantiation, de transmission de la religion ; il y a entre les lignes cette idée de "sauver" des enfants très occidentale et un poil catho-colonialiste.

Néanmoins, je dois dire que l'autrice est très complète sur le sujet de l'adoption. Pas vraiment sur le parcours pour l'agrément, mais sur le reste : l'attente, les démarches avec l'association et le pays et surtout la rencontre avec les deux fillettes et la suite lorsqu'elles s'installent au domicile de leurs nouveaux parents.

Un premier roman original, facile d'accès qui devrait trouver son public aisément.

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Bilan 2020

Publié le par Yv

Bilan d'une année étrange. Confinements obligent, j'ai dû lire sur une liseuse, format auquel j'ai du mal à me faire. J'ai trouvé le genre de livres qui me siéent dans ce format : de courts romans-détente : beaucoup de romans policiers populaires du début du siècle dernier. J'en ai découvert beaucoup, des biens et des moins bons.

Mais, pour cette année, comme pour les précédentes, mon bilan sera fait de mes coups de coeur, des livres qui m'ont le plus marqué en 2020 :

- La fabrique de la terreur, Frédéric Paulin (Agullo) : dernier tome de la trilogie consacrée au terrorisme et aux relation franco-algériennes.

- Vie de Gérard Fulmard, Jean Echenoz (Minuit) : le dernier Echenoz, toujours un régal.

- L'histoire d'Ana, Cathy Borie (Librinova) : Ana, née d'un viol grandit dans les foyers et familles d'accueil.

- Washington Black, Esi Edugyan (Folio) : la vie incroyable de George Washington né esclave à La Barbade.

- Psycho-investigateur, Erwan Courbier et Benoît Dahan (Petit à petit) : les enquêtes de Simon darius, psychanaliste et psycho-investigateur auto-proclamé (Intégrale 1 à 3 et tome 4)

- Aires, Marcus Malte (Zulma) : des rencontres, des croisements sur les aires d'autoroutes. Marcus Malte : de l'art de raconter des histoires tortueuses.

- RIP. Ahmed. Au bon endrout au mauvais moment, Gaet's et Monier (Petit à petit) : la suite des histoires des nettoyeurs des maisons des morts. Tout se coupe, s'entrecroise.

- Mort à vie, Cédric Cham (Jigal polar) : lorsque Lukas endosse la faute de son frère et se retrouve en prison, toute sa vie bascule. Un énorme coup de coeur.

- Le prix de la vengeance, Don Winslow (Harper Collins) : six longues nouvelles dans lesquelles on retrouve les héros de Don Winslow.

- Trois jours, Denis Brillet (Rémanence) : l'arrivée d'un jeune homme perturbe un village endormi.

Dix titres (si je compte comme un titre les deux séries de BD et la trilogie de Frédéric Paulin). Forcément indispensables.

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Trois jours

Publié le par Yv

Trois jours, Denis Brillet, Rémanence, 2020

Un très jeune homme arrive dans un village en plein hiver et demande au maire de passer trois jours dans le terrain de camping fermé en cette saison. C'est un hiver particulièrement rigoureux dans la région. Dans le village isolé, les habitants se méfient de lui, des étrangers en général. Aussi lorsque le jeune homme entre en relation avec certains villageois, la suspicion naît. Surtout lorsque certains événements surviennent.

J'ai reçu ce roman lors d'un envoi en service de presse, et à peine découvert, je dois dire que je n'avais pas une envie folle de le débuter. Mais bon, un livre offert, ça ne se refuse pas et ça se lit, ça se commence a minima. Et là, je dois dire que la surprise fut plus que bonne. Mis à part quelques petits passages -ceux en italique- que je trouve superflus, le reste est tout simplement excellent. A noter qu'il faut s'affranchir du fait que le niveau de langage ne correspond pas à un jeune de 17 ans, mais l'on sait que l'écrit est toujours plus châtié que l'oral. Ce jeune homme est atypique et particulièrement mystérieux et donc pourquoi n'userait-il pas d'une belle langue, recherchée, travaillée ? De ce point de vue là, rien à dire, Denis Brillet sans être pédant aime glisser des mots rarement utilisés, de belles tournures. Son écriture est élégante et limpide. Il décrit la vie d'un petit village reculé en quasi hibernation en ce rude hiver -les nombreuses descriptions des vents, du froid mordant, piquant sont admirables. Peu de personnages, car beaucoup se cachent, mais ceux qui sont présents sont très intimement décrits, dans leurs plus profonds questionnements. Encore une fois, c'est épatant.

Ce roman est envoûtant, il va très lentement dans une ambiance ouatée, glaciale et il m'a été impossible de m'en défaire. On ne sait pas où le jeune héros veut en venir ni même si lui le sait. On le suit, se demandant ce qu'il va faire, fasciné comme les rares personnes, qui, au sein du village, l'accueillent. Il y est question de la solitude, de l'ascèse jusqu'à l'excès, de la mort, d'amour, de peur d'autrui, de haine... Ce n'est pas un roman léger, il est plutôt sombre mais avec pas mal de touches de lumière. Le genre de livre qui reste longtemps en tête et que l'on aime offrir, car à la fois original et quasi sûr de plaire.

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Mille jours sauvages

Publié le par Yv

Mille jours sauvages, Cathy Borie, Rémanence, 2020

En cette année 2023, le climat a bruquement changé et viré au froid polaire. Plus d'électricité, plus rien du confort moderne. Il y eut beaucoup de morts et d'exilés des villes où l'on ne trouvait plus rien vers les campagnes dans lesquelles il est encore possible de faire pousser de la nourriture.

Jack revient dans l'île de son enfance, en Méditerrannée et s'installe dans une petite maison avec Camille une jeune insulaire. Les jours froids succèdent aux jours froids, il est ici question de survie.

Un peu de longueurs (pour moi) dans ce roman de Cathy Borie qui ne gâchent même pas le plaisir de la lire. Comme toujours, c'est formidablement écrit, dans une belle langue à la fois simple, accessible et travaillée. Elle entre au plus profond de ses deux personnages principaux qui s'ouvrent l'un à l'autre, racontent leurs histoires parfois violentes.

La solitude, la lenteur sont de mise. Les rares bruits depuis que plus rien d'électrique ne fonctionne sont étouffés par l'épaisseur de la neige et engourdis par le froid. Les tâches sont nombreuses, harassantes et répétitives, il faut vivre comme nos aïeux, tout réapprendre. Les paysages et conditions météorologiques sont très présents, fortement et ils donnent au roman un air de catastrophe, un genre qui devrait se développer dans les prochaines années tant ce qui nous attend est incertain.

Cathy Borie amène ce qu'elle nomme le "Grand Evénement" calmement, finement, loin des effets faciles des romans ou films catastrophe : "Un matin en s'éveillant, la mère de Camille avait senti très vite que quelque chose avait changé : c'était presque imperceptible, à cause de la vie déjà un peu différente en cet endroit du pays, paisible et souvent silencieuse, préservée, disait-on." (p.23). C'est un événement important certes qui est prétexte à l'introspection et à la découverte de l'autre. Cathy Borie est en terrain conquis, elle maîtrise le sujet. Ses héros sont forts et profonds. Avec eux et le monde blanc et froid qu'elle met en place, elle écrit un roman qu'on est pas prêt d'oublier ni Jack et Camille.

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Le sens du calendrier

Publié le par Yv

Le sens du calendrier, Nathalie Léger-Cresson, Des femmes-Antoinette Fouque, 2020

La narratrice, en cette année 2004, passe beaucoup de temps dans son hamac, dans son appartement sous les toits de Paris. Elle écrit un journal destiné à quiconque le lira peut-être...

Toujours pas remise de sa séparation d'avec le père de ses deux filles Zyeuxbleus et Zyeuxnoisettes, elle note des idées, commence un roman, accueille ses filles, son voisin surnommé Oisin, son amant grand et gros...

Le moins que l'on puisse dire c'est que Nathalie Léger-Cresson ne manque ni d'idées ni d'originalité. J'ai découvert son écriture avec A vous qui avant nous vivez, paru aux mêmes éditions Des femmes dans lequel elle nous faisait visiter la grotte Chauvet-Pont-d'Arc. Là, point de visite, c'est un roman à la quasi unité de lieu, l'appartement sous les toits, à part quelques promenades au Luxembourg et en Bretagne.

Dès le début je me posai la question de savoir dans quelle histoire je m'étais embarqué. Du mal à entrer dans un monde entre réalité, poésie, rêve... Et puis, la beauté de l'écriture, le jeux avec les mots, la taille de polices, la mise en page génèrèrent une certaine attraction voire une attraction certaine. Une partie de la narratrice est dans le rêve, l'invention d'histoire pour surmonter ce difficile passage de sa vie et l'autre est ancrée dans la réalité avec des amis et ses filles qui l'y maintiennent ainsi que ses écrits, même si ceux-ci tutoient l'irréalité, l'onirisme et sont parfois de la pure poésie. 

Ce livre est loin très loin des polars que l'on ne parvient pas à lâcher, mais il a de commun avec eux cette envie d'aller au bout, une sorte de fascination saine qui donne envie, même si parfois, des phrases semblent absconses. Pour finir, un extrait que j'aime bien, très réel, presque vécu :

"Pendant cinq jours, je m'étais donc appliqué deux gouttes de pivoine toutes les trois heures sous la langue, et sonnai chez ce dentiste inconnu, presque calmement. Malheureusement, entre les manches courtes de sa chemisette et les gants en latex, l'extraordinaire pilosité de ses bras eut sur moi un effet anxiogène immédiat et irrépressible. A croire que chacun de ses poils noirs et hérissés faisait antenne, absorbant mon stress pour le répercuter multiplié à la puissance dix. Une mécanique action-réaction était lancée, un cercle vicieux. J'ai demandé triple dose d'anesthésiant mais après les piquouses, j'ai dit désolée, je ne peux pas aujourd'hui, je ne veux pas qu'on fourrage avec des instruments métalliques motorisés dans ma bouche, dans ma tête, dans moi. Comme je pleurais, il m'a laissée partir." (p. 108)

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La complainte de la limace

Publié le par Yv

La complainte de la limace, Zahra Abdi, Belleville (traduit par Christophe Balaÿ), 2020

Shirine presque trentenaire vit à Téhéran avec sa maman qui a gardé intacte la chambre de son fils Khosrow, disparu pendant la guerre du Golfe vingt ans plus tôt. Shirine est passionnée de cinéma et vit dans un monde imaginaire, parle avec un jeune garçon qui n'existe pas.

Un peu plus loin dans la ville, Afsoun, poétesse, maîtresse de conférences, animatrice d'une émission de télévision populaire et épouse de Vahid, président de l'université, passe une mauvaise période pleine de doutes et de questionnements, de regrets de la vie qu'elle aurait dû avoir avec Khosrow.

Roman d'une Iranienne sur des femmes iraniennes qui vivent sous le joug de la religion et des hommes. Celles qu'elle présente dans ce roman semblent assez libres, l'une parce qu'elle vit dans un monde imaginaire et l'autre parce qu'elle a tous les signes extérieurs de la réussite. Chacune à sa manière refuse de subir et s'élève contre le patriarcat religieux.

Pas forcément simple d'entrer dans la vie de ces femmes, parce que la langue de Zahra Abdi est particulière, qui convoque beaucoup d'images et qui flirte avec l'irrationnel, l'imaginaire notamment pour Shirine. Une fois la porte ouverte, on a plaisir à découvrir une écriture moderne, vive -beaucoup de phrases courtes-, à la fois directe et descriptive, et emplie d'humour et de dérision.

Belleville est une toute jeune maison qui choisit des textes d'ailleurs, des "trouvailles littéraires". Chaque couverture est illustrée par un ou une artiste du pays de l'auteur ou autrice. Ici, c'est Asma Abbasi qui l'a dessinée.

Quant à la signification du titre, en voici une partie, un passage assez significatif de ce roman à découvrir : "J'ai la sensation d'une limace froide et gluante qui enfonce ses cornes dans mon oreille. La complainte de la limace est un des sons les plus tristes que j'ai jamais entendus. C'est une plainte insistante qui se glisse lentement jusqu'au fond de l'âme. Cette viscosité ralentit la circulation du sang et lorsqu'elle atteint le cœur, c'est l'infarctus. Qu'on le veuille ou non, l'organe se paralyse." (p. 28)

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Les émotions

Publié le par Yv

Les émotions, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, 2020

Jean Detrez travaille à la Commission européenne à la prospective. Fils de commissaire européen, petit-fils d'architecte, il appartient à ce que l'on peut nommer l'élite. Travailler à la prospective, c'est échafauder des lendemains possibles, absolument pas faire de la divination. Jean Detrez est un professionnel consciencieux et averti, il s'est rendu compte que l'avenir public qu'il envisage est très loin de l'avenir privé. Lorsque le premier est une discipline scientifique, le second relève de la voyance et c'est sur ce dernier qu'il est temps pour lui de s'arrêter un moment.

Je me suis aidé de la quatrième de couverture pour ce rapide et succinct résumé, les livres de Jean-Philippe Toussaint me posent toujours un souci pour dire en quelques courtes lignes ce qu'ils contiennent et tout le bien qu'ils font.  Les émotions est le deuxième roman d'un nouveau cycle romanesque entamé avec La clé USB (relu en diagonale dans un aller Nantes-Paris, tandis que Les émotions fut très largement entamé sur le retour). Dans le premier la part belle était faite à la profession de Jean Detrez au détriment de sa vie privée. Cette fois-ci, JP Toussaint laisse davantage de place à la vie personnelle, aux désirs, amours, séparations, questionnements de son héros. Confronté à une séparation douloureuse d'avec sa seconde épouse et au décès de son père, Jean Detrez n'est pas au mieux. La période n'est pas non plus propice à la liesse, puisque nous entrons, selon lui, dans un monde populiste, un monde où chacun doute de tout et des autres et se défie des gouvernants.

La chose qui surprend -qui m'avait déjà surpris dans le roman précédent et également dans le cycle romanesque précédent consacré à Marie-, c'est que tous les personnages de JP Toussaint sont des élites, des gens vivent très bien, voyagent aisément sans se poser de questions, œuvrent aux prises de décisions en haut lieu et, pour Jean Detrez, travaillent à la Commission européenne, ce qui fait  quand même un peu double peine pour intéresser un lectorat assez large. Et c'est une gageure que l'auteur dépasse aisément. Si l'on peut se sentir éloigné de son personnage principal, on peut aussi ressentir les mêmes doutes et questionnements.

La grâce de l'écriture, l'élégance, même dans les situations les plus triviales parviennent à nous passionner pour les vies des plus favorisés et également pour le travail de la Commission européenne, qui est souvent représentée comme le repaire des eurocrates et bureaucrates les plus purs, ceux très éloignés de nos vies quotidiennes. JP Toussaint montre le contraire et l'on pourrait se fendre d'une envie d'en connaître davantage sur cette Commission et sur l'Europe en général. Un autre écrivain écrirait sur les mêmes thèmes avec les mêmes personnages, que je n'ouvrirais sans doute pas son livre, mais JP Toussaint c'est pas pareil...

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Petits cimetières sous la lune

Publié le par Yv

Petits cimetières sous la lune, Mauricio Electorat, Métailié (traduit par Mauricio Electorat), 2020

Emilio est chilien. Il vit à Paris, étudie la linguistique. Sa famille est restée au Chili, son père concessionnaire automobile s'accorde très bien avec la dictature de Pinochet, fréquente certains des durs du régime. C'est pour échapper à cela qu'Emilio est venu en France. Il vit à Montparnasse, est veilleur de nuit dans un hôtel et se lie avec d'autres veilleurs de nuit sud-américains qui lui apprennent le métier. Emilio fait la connaissance de Chloé, jeune femme qui apparaît et disparaît régulièrement. Lorsque la disparition d'icelle dure, Emilio décide de comprendre pourquoi. C'est aussi le temps où son frère lui apprend que ses parents ont divorcé, que son père vit avec une jeune femme et que Pinochet n'étant plus au pouvoir, certains Chiliens risquent gros.

A l'ouverture du livre, je remarque que ce roman écrit en 2018 par Mauricio Electorat, écrivain chilien, est traduit en français par lui-même. Pas banal. Je ne parle ni ne lis l'espagnol et ne doute point une seconde des qualités littéraires de l'auteur dans sa langue natale tant celles-ci sont évidentes en français. C'est un romancier habile et un raconteur d'histoire hors pair. Il sait alterner les lieux, les époques, les narrateurs sans que le lecteur n'en soit jamais gêné, au contraire il en est même ravi. Le récit est diablement bien écrit et construit. Il aborde un nombre de thèmes importants conséquents : les relations père-fils et comment celles-ci peuvent évoluer lorsque les deux ont des opinions et des vies diamétralement opposées, l'amour, le Chili sous la dictature et l'après et la dictature en général, la difficulté de vivre à Paris...

Il sait faire preuve d'humour et d'ironie : "En plus, il y avait ce machin, cette espèce de chimère qui nous a toujours aidés : le Chili, ou plutôt Allende, La Moneda sous les bombes, les militaires en  train de brûler des livres, toutes ces cartes postales qui parlaient d'un pays formidablement plongé dans la souffrance et la terreur. Maintenant c'est les Syriens, les Irakiens, les femmes afghanes, mais dans les années 80, en France, il n'y avait rien de mieux qu'être chilien." (p.20) et use de différents niveaux de langage. Son écriture est fluide, très agréable et prend parfois le lecteur comme témoin des errements ou erreurs d'Emilio en l'interpellant. Un roman qui n'est pas léger, certes, puisque la dictature de Pinochet en est en partie le contexte, mais qui n'est jamais plombant. La vie avant tout.

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