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L'empreinte de sang

Publié le par Yv

L'empreinte de sang, Richard Austin Freeman, Flamant noir (traduit par Gabin Perry), 2020

John Hornby, respectable négociant en métaux précieux londonien est cambriolé. 30 000 livres en diamants bruts. Aucun trace d'effraction. Seuls trois hommes ont la clef : John Hornby et ses neveux, Walter et Reuben. C'est ce dernier qui est arrêté et accusé du vol, son empreinte ensanglantée est retrouvée dans le coffre. Le célèbre Dr Thorndyke expert médico-légal est chargé de l'enquête par la tante et la cousine de Reuben persuadées de son innocence. Thorndyke rencontre au même moment un ami médecin sans emploi et lui demande de l'aider à résoudre cette affaire. C'est lui, Christopher Jervis qui raconte. Le duo d'enquêteurs -trio si l'on rajoute Polton, l'assistant de Thorndyke- est né.

Richard Austin Freeman (1842-1943) est un contemporain de Conan Doyle qu'il est difficile d'oublier lorsqu'on parle de roman policier anglais de cette époque. Freeman  est considéré comme le père du polar inversé -celui où l'on connaît le coupable dès le début repris et popularisé plus tard dans la série télévisée Columbo.

L'empreinte de sang est la première enquête du trio Thorndyke-Jervis-Polton écrite en 1907. Assez prolifique, Freeman est semble-t-il toujours beaucoup lu en Angleterre et je trouve étonnant qu'il ne le soit pas en France ; seuls quelques titres ont été traduits dans les années 30 et 40 dont icelui en 1933. Tous les ingrédients d'un bon roman policier d'époque sont là : la trahison, l'ambition, l'honneur, l'amour... La méthode de Thorndyke est particulièrement claire et plaisante à suivre et l'on sent que le protagoniste et le deutéragoniste (second rôle) vont prendre de l'épaisseur au cours des prochaines intrigues qui leur seront soumises. Thorndyke est un détective-scientifique qui observe méticuleusement, sans jugement, sans opinion. Il accumule les indices, les détails et ce sont eux qui le mènent vers la solution.

Franchement je me suis régalé. Évidemment, le style n'est pas aussi moderne que les polars contemporains malgré nouvelle traduction de Gabin Perry alerte et très abordable. Ce côté un peu désuet que la standardisation et la mondialisation de l'écriture de certains polars actuels a gommé est aussi ce qui fait son charme : l'écriture place mieux qu'un décor le récit dans son époque, dans les us et coutumes d'il y a un siècle. Dès lors, point besoin de description de lieux, de façades de maison,... le texte est dédié à l'enquête, à la recherche d'indices et à l'élaboration de la vérité dans l'esprit brillant de Thorndyke.

Quelle belle idée de la maison Flamant noir de rééditer cet auteur méconnu en France qui ne devrait pas le rester longtemps, tant je suis persuadé qu'à la lecture de cette recension, vous allez vous précipiter sur son site ou commander chez vos libraires préféré.e.s -permettez ces points médians car mes libraires préférées sont des filles-cette première enquête du Dr. Thorndyke. Moi, j'attends les autres.

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Le sens du calendrier

Publié le par Yv

Le sens du calendrier, Nathalie Léger-Cresson, Des femmes-Antoinette Fouque, 2020

La narratrice, en cette année 2004, passe beaucoup de temps dans son hamac, dans son appartement sous les toits de Paris. Elle écrit un journal destiné à quiconque le lira peut-être...

Toujours pas remise de sa séparation d'avec le père de ses deux filles Zyeuxbleus et Zyeuxnoisettes, elle note des idées, commence un roman, accueille ses filles, son voisin surnommé Oisin, son amant grand et gros...

Le moins que l'on puisse dire c'est que Nathalie Léger-Cresson ne manque ni d'idées ni d'originalité. J'ai découvert son écriture avec A vous qui avant nous vivez, paru aux mêmes éditions Des femmes dans lequel elle nous faisait visiter la grotte Chauvet-Pont-d'Arc. Là, point de visite, c'est un roman à la quasi unité de lieu, l'appartement sous les toits, à part quelques promenades au Luxembourg et en Bretagne.

Dès le début je me posai la question de savoir dans quelle histoire je m'étais embarqué. Du mal à entrer dans un monde entre réalité, poésie, rêve... Et puis, la beauté de l'écriture, le jeux avec les mots, la taille de polices, la mise en page génèrèrent une certaine attraction voire une attraction certaine. Une partie de la narratrice est dans le rêve, l'invention d'histoire pour surmonter ce difficile passage de sa vie et l'autre est ancrée dans la réalité avec des amis et ses filles qui l'y maintiennent ainsi que ses écrits, même si ceux-ci tutoient l'irréalité, l'onirisme et sont parfois de la pure poésie. 

Ce livre est loin très loin des polars que l'on ne parvient pas à lâcher, mais il a de commun avec eux cette envie d'aller au bout, une sorte de fascination saine qui donne envie, même si parfois, des phrases semblent absconses. Pour finir, un extrait que j'aime bien, très réel, presque vécu :

"Pendant cinq jours, je m'étais donc appliqué deux gouttes de pivoine toutes les trois heures sous la langue, et sonnai chez ce dentiste inconnu, presque calmement. Malheureusement, entre les manches courtes de sa chemisette et les gants en latex, l'extraordinaire pilosité de ses bras eut sur moi un effet anxiogène immédiat et irrépressible. A croire que chacun de ses poils noirs et hérissés faisait antenne, absorbant mon stress pour le répercuter multiplié à la puissance dix. Une mécanique action-réaction était lancée, un cercle vicieux. J'ai demandé triple dose d'anesthésiant mais après les piquouses, j'ai dit désolée, je ne peux pas aujourd'hui, je ne veux pas qu'on fourrage avec des instruments métalliques motorisés dans ma bouche, dans ma tête, dans moi. Comme je pleurais, il m'a laissée partir." (p. 108)

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On n'entre pas comme ça chez les gens !

Publié le par Yv

On n'entre pas comme ça chez les gens !, Jean Pierre Jansen, Quadrature, 2020

Quinze nouvelles, des histoires d'huissier. Mais un huissier très loin des images de la profession véhiculées par les films ou les livres. Lui, il s'adapte aux gens qu'il a en face de lui, ne dédaigne pas rendre des services et peut même parfois tisser des liens avec certaines personnes chez qui il sonne.

Il croise, certes d'abord des gens pauvres, mais pas seulement. Certains ont dévissé lorsqu'ils ont perdu leur emploi, d'autres dépensent systématiquement un peu plus que ce qu'ils gagnent... De l'ancienne connaissance de lycée, à la mère qui élève seule ses enfants, de l'artiste rêveur au veuf collectionneur, le paysan dépassé par la crise du lait, le prof de violon, l'astronome amateur...

Des histoires d'huissier inédites, touchantes, drôles, émouvantes, étranges. Pour l'huissier en question, les biens matériels sont finalement secondaires, ce qui l'intéresse davantage ce sont les personnes qu'il rencontre et l'aide qu'il peut leur apporter.

Bien agréables à lire ces nouvelles dans lesquelles l'humain est plus important que les possessions. Elles peuvent être drôles, d'un humour, parfois facile : "Après plusieurs livraisons, il m'a demandé si je n'avais pas des livres écrits en grand avec de gros caractères et des interlignes costauds. Un peu comme les Amélie Nothomb, mais avec des trucs plus intelligents dedans" (p.81), mais j'aime bien, bien que n'ayant jamais lu la dame en question. Les chutes sont soignées et n'arrivent pas par hasard. Bref, de la bonne nouvelle.

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L'assassin de septembre

Publié le par Yv

L'assassin de septembre, Jean-Christophe Portes, City, 2020

Septembre 1792, le jeune lieutenant de gendarmerie Victor Dauterive, après avoir été sous la protection de Lafayette, travaille maintenant pour un député proche de Danton, l'homme fort du moment. Celui-ci envoie le jeune homme en mission à Verdun toute proche de tomber face aux Prussiens. Si la ville cède, c'est la porte ouverte vers Paris pour les ennemis. La ville ne résiste pas, elle a vécu des moments de profonde agitation attisée par un jeune homme fuyant que Victor prend pour un espion.

De retour à Paris, il est soupçonné d'avoir voulu faire évader son père avec lequel il est fâché, un aristocrate totalement opposé aux idées révolutionnaires de son fils

Sixième tome des aventures du jeune gendarme, de son fidèle Joseph et d'Olympe de Gouges. Davantage espion que gendarme, Victor est le champion pour se fourrer parfois à son insu dans les problèmes. Dans une situation politique particulièrement instable entre des révolutionnaires qui veulent durcir le mouvement comme Marat et d'autres nettement plus modérés, avec les Prussiens aux portes de Paris, des royalistes qui combattent à leurs côtés, des espions de tous les pays, le vol des joyaux de la couronne d'une très grande valeur qui auraient pu servir les intérêts du pouvoir pour gagner la guerre et les massacres que perpétue un certain nombre de révolutionnaires sortant des prisons des opposants et les tuant sommairement (il y a eu probablement plus de 1300 morts à Paris en quelques jours) et les élections de députés à la Convention. Le pays est dans une tension extrême.

Victor paraît en grande difficulté puisque cette fois-ci, on touche à ses proches : son père et son frère, son ami Duperrier mais aussi parce qu'idéaliste, il ne s'accorde que très peu avec les turpitudes des uns et les petits arrangements des autres. Le compromis, ce n'est pas son truc. On se dit parfois qu'il n'apprend pas, qu'il reste impulsif et imprudent et tombe dans des pièges parfois grossiers, mais Victor est jeune et même si l'on en est à sa sixième aventure, ça ne fait dans sa vie à lui que dix-huit mois, trop courte période pour changer ses habitudes. Et en cela, il est humain, il évolue lentement. Il s'inquiète de ses amis : son aide Joseph, petit garçon intrépide et débrouillard et sa grande amie Olympe de Gouges, impétueuse qui se met dans des situations difficiles pour lui, hors ses prises de position orales et écrites très virulentes contre les hommes au pouvoir.

Gros roman de 450 pages qui met du temps à installer le contexte : la guerre contre la Prusse et le front de l'est et qui, comme à chaque fois, est minutieusement documenté sans que cela ne nuise à la qualité de lecture au contraire, il remet en tête les personnalités de l'époque et leurs rôles ; puis les intrigues se collent parfaitement dans le décor pour une lecture qui, si comme moi, vous arrivez aux dernières pages un soir, repousseront votre heure de coucher habituelle. Une vraie réussite que cette série de romans policiers historiques.

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Mort à vie

Publié le par Yv

Mort à vie, Cédric Cham, Jigal polar, 2020

Lukas est marié, père d'un fille Léana et cadre dans une entreprise. Tout va bien. Sa vie explose le jour où il est interpellé, mis en garde à vue puis en détention provisoire pour un homicide involontaire commis par son frère Eddy. Eddy est un petit délinquant, dealer à ses heures. Lukas endosse la faute d'Eddy et découvre la prison. Il cohabite avec Rudy et Assane dans 9 mètres carrés. Sa femme et sa fille s'éloignent et ne comprennent pas. Eddy continue ses trafics.

Le prologue annonce la couleur, ce sera du noir profond, intense. Peu de place pour l'espoir et la lumière.

Au cours de chapitres aux narrateurs alternés : Lukas en prison, Eddy en trafic, Fred Bianchi et Franck Calhoun les flics qui ont entendu Lukas et quelques autres intervenants, Cédric Cham construit une histoire qui va vite, qui, si on peut se demander si le début n'est pas un peu exagéré -l'endos de la faute d'Eddy par Lukas-, ne laisse plus la place au doute dès que l'on progresse. Les deux frères sont prêts à tout l'un pour l'autre, même au pire.

Le roman est glaçant. Littéralement. Moi, claustrophobe qui ne supporte pas la promiscuité je sentis des gouttes de sueur, des angoisses monter à la lecture de l'arrivée de Lukas en prison. Elles redoublèrent lorsqu'il intégra sa cellule et ne diminuèrent point, tant la description que Cédric Cham fait de ce milieu est terrible. Et il sait de quoi il parle, il œuvre au sein de l'administration pénitentiaire. C'est d'autant plus flippant qu'on peut croire que ce qu'il écrit est le quotidien des détenus et des gardiens. La prison est violente. Le monde de dehors itou.

"Il y est.

Bouclé. Enfermé.

Lukas se sent con avec son sac plastique, son matelas en mousse et sa gueule d'innocent. Il tente de faire bonne figure. La chaleur est étouffante. Une vraie fournaise.

L'air vicié. Odeur de moisi, de sueur, de pisse et de tout un tas de trucs qu'il préfère ne pas identifier." (p.48/49)

Voilà, ça c'est le style Cham. Rien de superflu. Tout est dit en quelques mots. Du dense, du concret. Ça fuse et ça infuse dans la tête du lecteur qui se pose pas mal de questions sur les conditions de détention en France. Et Lukas de se poser des questions : vaut-il mieux espérer sortir et retrouver sa famille ou taire l'espoir, oublier la vie d'avant pour pouvoir supporter la prison ? Vingt-trois heures sur vingt-quatre enfermé entre quatre murs obligent à une gamberge folle, à des remises en cause qui partent dans tous les sens, celui du nouveau départ dès la sortie c'est promis et celui du à-quoi-bon surtout lorsque le temps, qui en prison, n'est pas le même que dehors -une seconde dure une minute et une minute une heure- fait son travail de sape.

320 pages dévorées. Je classe sans hésiter ce roman dans mes coups de cœur. En fait si, j'hésite... à créer une catégorie coup de poing dans la gueule.

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La Venin. Entrailles

Publié le par Yv

La Venin. Entrailles, Laurent Astier, Rue de Sèvres, 2020

1900, États-Unis, Emily cherche à venger le meurtre de sa mère perpétré par cinq hommes une quinzaine d'années plus tôt, alors qu'Emily n'était qu'une enfant. Elle a déjà tué deux des agresseurs (Déluge de feu et Lame de fond) et continue son voyage sanglant à travers le pays Elle est maintenant accompagnée de Claire, une fillette qu'elle a adoptée et bientôt de Susan une esclave affranchie dont le mari vient d'être assassiné par le Ku Klux Klan.

Elles arrivent à Oil Town, ville qui vit de l'extraction du pétrole. Emily est l'institutrice. Elle est traquée par des agents de Pinkerton et des chasseurs de prime et ses futures victimes se méfient. Les choses se corsent.

Retour d'Emily dans ce troisième tome comme les précédents, excellent. C'est le Far-West violent et sans pitié que Laurent Astier dessine. Et pourtant, malgré sa terrible vengeance et ses accès de fureur, Emily est une femme attachante qui n'hésite pas se mettre en danger pour sauver plus malheureuse qu'elle. Anarchiste sans forcément le savoir, sa seule idée de venger sa mère guide sa vie. Cependant, elle prend du temps pour défendre les forçats des puits de pétrole et leurs épouses qui survivent dans une atmosphère puante et polluée.

Laurent Astier scénarise dans la pure ligne des westerns classiques. Mais une femme héroïne et les minorités -comme on dit élégamment- brimées, exploitées et spoliées ne font que rarement partie du genre. Les femmes y sont généralement absentes ou objet du désir des hommes et les noirs et les Indiens sont souvent les méchants de service. C'est là, une des grandes forces de son histoire que de les mettre en avant.

En résumé, ce tome 3 est aussi bon que les précédents et y rajoute même une dose de suspense et d'émotion. Vivement le 4 !

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Dicorona

Publié le par Yv

Dicorona, Olivier Auroy, Intervalles, 2020

Olivier Auroy est onomaturge depuis 25 ans. C'est-à-dire qu'il invente des mots. Au début du confinement, il est entré dans un supermarché et a vu deux personnes qui "se disputaient le dernier paquet de spaghettis bio. Moi qui croyais ce genre de scène réservées aux réseaux sociaux du bout de la terre ! Je me suis dit : "ce sont vraiment des psychopathes". Eurêka ! PSYCHO-PÂTE, le premier mot du Dicorona était né" (p.3/4)

Je m'étais promis à moi-même de ne pas parler de livre traitant de la COVID, du confinement et de tout ce qui a trait au Coronavirus. Mais celui-ci m'a fait de l’œil. Sa couverture vermillon et son sous-titre : Pour que l'humour ait le dernier mot.

Et c'est un festival à l'intérieur. A chaque mot inventé, page paire, une courte définition et sur la page impaire, en face donc, une mise en situation signée d'une initiale et d'un nom, en rapport. C'est drôle mais pas seulement, c'est assez fin -bon, pas toujours- et bien vu et ça peut même renvoyer à certains comportements observés ou vécus. Mes mots préférés :

- "Musculaxisme : entraînement basé sur le couché couché plutôt que sur le développé couché"

- "Procrastiquer : remettre le ménage au lendemain" (deux activités que je pratique depuis longtemps même hors confinement)

- "Pénurixe : pugilat ayant pour objet le dernier rouleau de papier toilette"

- "Scolarisquer : rendre l'école obligatoire en dépit de l'épidémie"

- "Trumpoline : discipline consistant à rebondir sur n'importe quelle ineptie"

A citer ces mots, le correcteur d'orthographe s'affole, et pourtant ils sont clairs, la définition est presque superfétatoire. Il y a 120 mots, j'aurais pu en citer plein d'autres : "Autruisme : tendance à stigmatiser les autres en les qualifiant de "les gens". Covip : célébrité testée positive. Ibuprophète : charlatan qui ne soulage que les plus crédules."

J'ajoute que les joueurs vont inévitablement tenter leur chance à la création de nouveaux mots. Onomaturges avérés ou en herbe, à vos crayons ! Ce second confinement qui en est un sans en être un sera propice aux nouvelles inventions.

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Poissons rouges et autres bêtes aussi féroces

Publié le par Yv

Poissons rouges et autres bêtes aussi féroces, Ella Balaert, Des femmes-Antoinette Fouque, 2020

Recueil de nouvelles, en forme de bestiaire fantastique, surnaturel. L'onirisme flirte avec l'irrationnel, le rire -noir- avec la profondeur et la peur, le crime avec l'amour, à la manière de ou en hommage à ou en simple admiration d'Edgar Allan Poe maître du genre.

Dix-sept nouvelles qui nous font pénétrer une autre dimension. Une dimension dans laquelle tout serait possible, les plus belles histoires comme les pires. La naissance, la vie, l'amour, la mort. Les relations homme-animal, l'hybridation... Une pirouette ou un changement d'axe de perception peut faire varier les plaisirs et surtout amène une fin inattendue.

L'ouvrage est homogène, aucune nouvelle ne prend l'ascendance sur l'autre, elles sont toutes excellentes avec néanmoins des petites, toutes petites, préférences pour :

- Le faucon, troublante

- Les inséparables, un poil flippante

- Le cygne, vous n'irez plus jamais au musée Grévin sans y penser

- Le matou, où l'accueil de l'autre malgré ses différences et ses difficultés indispose les bien-pensants

- Le chien, lorsque l'animal sert de passeur intergénérationnel

Ella Balaert -dont j'aime beaucoup le travail, j'ai chroniqué pas mal de ses livres- a la bonne idée et le talent pour ne point se répéter et changer de style à chaque histoire. C'est tantôt un dialogue, tantôt un questionnement intérieur, tantôt des descriptions. Elle change aussi de registre de langue, du langage courant au style châtié qui use de pas mal de mots rares qui, contrairement à d'autres écrivains, ne font pas pédants. Ils servent le texte et l'histoire, ajoutent au fantastique et à la complexité des personnages. On peut chercher leurs sens ou s'en passer en comprenant.

C'est un recueil que l'on peut lire d'une traite ou bien y piocher de temps en temps. Je l'ai lu d'une traite et je reviendrai y piocher de temps en temps, pourquoi se priver d'un tel plaisir ? En outre, je trouve le titre bath.

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Tentative d'épuisement d'un lieu parisien

Publié le par Yv

Tentative d'épuisement d'un lieu parisien, Georges Perec, Christian Bourgois, 1975, 2020

Les vendredi 18, samedi 19 et dimanche 20 octobre 1974, Georges Perec s'installe place Saint-Sulpice à Paris. Il note tous les événements a priori anodins qu'il voit. Des gens, des voitures, des bus, le temps, ce qu'il mange et boit... Cette place d'une grand ville devient pour trois jours un lieu d'observation privilégié du rien ou du presque rien.

Publié en 1975 et réédité cette année par le même éditeur Christian Bourgois, ce très court livre pourrait paraître anodin voire insignifiant, oui mais c'est écrit par Georges Perec et ça change tout. Ça change tout parce que l'écrivain y imprime sa patte, son style inimitable pour parler du quotidien. Grâce à cela ce qui pouvait inspirer la crainte de l'ennui résonne comme un poème à la Prévert, une sorte de carnet d'idées et de personnages de romans. Un plan détaillé d'un futur roman. Tout cela en même temps et un vrai livre à part entière qui, dans le style Perec, joue avec les mots et leurs sons, les phrases. Le premier chapitre, le premier jour, est assez long plus long que les suivants moins rythmés ouiquende oblige.

Là où n'importe qui aurait écrit une litanie, Georges Perec qui n'est pas n'importe qui et qui excelle dans l'écriture avec contrainte offre une variété de styles incroyables dans un si petit bouquin. Pour ceux qui hésitent encore à entrer dans le monde de l'écrivain, c'est une porte qui me semble toute indiquée. Et pour finir un extrait de la page 29 :

"J'ai revu des autobus, des taxis, des voitures particulières, des cars de touristes, des camions et des camionnettes, des vélos, des vélomoteurs, des vespas, des motos, un triporteur des postes, une moto-école, une auto-école, des élégantes, des vieux beaux, des vieux couples, des bandes d'enfants, des gens à sacs, à sacoches, à valises, à chiens, à pipes, à parapluies, à bedaines, des vieilles peaux, des vieux cons, des jeunes cons, des flâneurs, des livreurs, des renfrognés, des discoureurs. J'ai aussi vu Jean-Paul Aron, et le patron du restaurant "Les Trois canettes" que j'avais déjà aperçu le matin."

Excellente idée de Christian Bourgois de rééditer ce texte qui est mon Perec de l'année.

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