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Bibiche

Publié le par Yv

Bibiche, Raozy Pellerin, Plon, 2022

Bibiche Nyandu Bilonga fuit la République Démocratique du Congo après un emprisonnement de cinq mois pour activités anti-gouvernementale. Elle militait dans le parti opposé à Joseph Kabila, qui avait pris la suite de son père au poste de Président du pays.

Bibiche est logée dans un foyer à Stains et engage des démarches pour obtenir le statut de réfugiée. Elle se lie d'amitié avec Dinah, de Kinshasa elle-aussi, une adolescente qui finit ses études. pour toutes deux, comme pour tous les réfugiés, le temps s'écoule lentement entre les diverses convocations et les délais de l'administration française pour donner réponse.

Premier roman de Raozy Pellerin qui s'empare d'un sujet brûlant au travers d'une héroïne touchante, battante, émouvante. Bibiche n'est pas de ceux qui ont bravé de terribles voyages pour venir en Europe, elle a réussi à prendre un avion, elle n'en est pas moins déracinée, seule. Elle est obligée, pour obtenir le statut de réfugiée de se replonger dans ce qu'elle a vécu : la prison, les viols des femmes, la violence. Elle voudrait avancer, mais sans cesse, il faut dire et redire, ressasser, à la psychologue, aux juges...

Raozy Pellerin, tout en finesse mais sans éluder la violence, retrace l'errance, la perte d'identité, le rejet, la déshumanisation de l'administration : "Sa vie n'était qu'une succession de démarches, de semaine en semaine, de mois en mois. On testait peut-être sa capacité à résister." (p.39) Elle évoque aussi, la honte, le désespoir lorsque tout à été tenté et que le pays d’accueil refuse le statut tant espéré pour continuer ou recommencer à vivre : "Pour la première fois, depuis son arrivée en France, Bibiche ne se sentait plus seulement triste ou démunie, mais aussi réellement effondrée. Effondrée, comme si elle se trouvait sur une pirogue entre les deux Congo et que, tout à coup, un tourbillon l'emportait. Elle n'avait plus envie de lutter. Une année passée, sans que sa voix ait été suffisamment forte pour être entendue et prise au sérieux. Ce temps qui s'écoulait, c'était un autre genre de prison." (p.84) Le texte, même s'il aborde des thèmes lourds et forts, est accessible et pas du tout plombant, il y a constamment une petite lumière, incarnée par Dinah, Raoul et Bibiche qu'on aimerait beaucoup rencontrer et aider.

J'ai beaucoup aimé ce roman et son héroïne, si forte même lorsqu'elle n'y croit plus. Le lire confortablement installé dans un fauteuil peut mettre mal à l'aise tant on touche du doigt le long, lent et difficile parcours de tous les réfugiés qui demandent le statut. L'administration française est implacable, pas toujours humainement incarnée, ce qui est un comble lorsqu'elle doit s'occuper de gens qui ont vécu des choses effroyables et ne demandent qu'à continuer à vivre. Pas glorieux pour le pays qui se dit celui des Droits de l'homme et qui, en la matière ne fait pas mieux que ses voisins, voire pire. Puisse Bibiche, forte et lumineuse changer le regard envers les réfugiés !

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Maigret et le marchand de vin

Publié le par Yv

Maigret et le marchand de vin, Georges Simenon, Presses de la cité, 1970 (livre de poche, 1997)

Maigret couve une grippe, il est grognon et fatigué. Il doit enquêter sur l'assassinat d'Oscar Chabut, marchand de vin très prospère, à la sortie d'un hôtel particulier dans lequel il emmenait régulièrement ses conquêtes féminines.

De prime abord, la victime est appréciée, mais les investigations des flics font apparaître un négociant redoutable, un homme riche à qui rien ni personne ne devait résister.

Et Maigret se sent épié, suivi. Bientôt il reçoit des coups de fil anonymes pour dire que Chabut était une crapule de la pire espèce.

On devrait tous lire de temps en temps un Maigret ou n'importe quel autre livre de Simenon. Maigret, c'est une étude des mœurs et des coutumes de l'époque et de l'endroit dans lequel il enquête tellement fine qu'on pourrait presque en oublier l'intrigue. La bonhommie du personnage, son incroyable écoute lui permettent d'obtenir des confidences auquel nul autre que lui ne parvient.

Simenon dans cet opus, plonge dans la bourgeoisie parisienne dans laquelle, à force de travail, Oscar Chabut s'est élevé. Néanmoins, il reste le parvenu, le nouveau riche, et le ressent tant qu'il séduit les femmes de ses amis et ses employées, pour exister. Même Maigret, en fréquentant ce milieu et les proches du suspect finit par dire qu'il a rarement croisé autant de personnages peu ragoûtant dans une enquête.

Lire Maigret, c'est aussi vivre une époque avec un personnage qui aime la bonne chère, et parfois, ça peut faire sourire, lui qui, sur les conseils de Madame Maigret doit prendre une aspirine pour soigner sa grippe : "Docilement, il en prit une puis, pour en faire passer le goût, il se versa un tout petit verre de prunelle d'Alsace que leur envoyait sa belle-sœur." (p.83)

Voilà, c'est tout cela Maigret et tant d'autres choses. et l'on comprend pourquoi ce personnage a traversé les années, inspire les réalisateurs de cinéma et les inspirera sans doute encore.

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Exil pour l'enfer

Publié le par Yv

Exil pour l'enfer, Gwenael Le Guellec, Nouveaux auteurs, 2021

"Au cœur de l'hiver russe, trois corps nus sont découverts, pendus et scarifiés dans la taïga, un message cryptique profondément gravé dans leurs chairs : "DEAD FOR NO ONE"

Quelques jours plus tard, Yoran Rosko, un photographe indépendant et solitaire décide de rentre à Brest après la disparition soudaine d'un ami en mer. Alors que dans l'ombre, un assassin multiplie les meurtres, Yoran, confronté au retour imprévu d'un fantôme dans sa vie, n'a d'autre choix que de rouvrir les plaies du passé et de se lancer sur la piste de ceux qui le menacent. De Berlin à Helsinki en passant par Tallinn, sa quête de vérité va alors le mener jusqu'aux confins de la folie humaine." (4ème de couverture)

Yoran Rosko, le photographe qui souffre d'achromatopsie (il voit en noir et blanc et est très sensible à la lumière), déjà rencontré dans Armorican psycho est de retour après 18 moins de soins au Rotterdam Eye Hospital. Cette aventure l'emmènera de Brest à l'extrême est de la Sibérie.

600 pages qui se dévorent, dans lesquelles on ne s'ennuie jamais. Lorsque l'action est mise de côté, c'est pour s'intéresser aux personnages qui, même pour les seconds rôles, ont une ou plusieurs pages que leur sont dédiées. Divers intervenants alternent les chapitres dont on sait qu'ils se rejoindront, mais pas où ni comment.

Ultra-documenté sur les lieux, les us et coutumes des peuples rencontrés, les engins utilisés, les activités de certains sites traversés -dont les mines de charbon de Sibérie-, sans être rébarbatif ou pédant ; Gwenael Le Guellec sait incorporer une foultitude d'informations dans son thriller, habilement, pour le rendre très crédible et instructif.

C'est aussi un roman très musical -mon seul regret est de ne pas avoir la play-list à la fin- et éclectique, de classique à la variété mais surtout du rock, de la folk et de l'électro.

Je ne sais pas si projet il y a de replonger Yoran Rosko dans une nouvelle aventure, car dans les deux romans il a parcouru quasiment la terre entière -en train surtout, il n'aime pas l'avion, ça nous fait un point commun-, mais je sais déjà que je suis sur les rails pour l'accompagner.

Pour moi, l'auteur écrit des romans d'aventures -avec certes un font de thriller (que je n'aime pas ce terme !)-qui me font forcément penser aux grands classiques du genre, un peu tombé en désuétude, ce qui est fort dommage. Ce type de romans qui vous emportent et qui, pendant le moment où vous êtes dedans vous font sortir de la réalité, de ce qui se passe autour de vous. Des comme ça, j'en veux souvent.

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Que la peur te sublime

Publié le par Yv

Que la peur te sublime, Benoît Bernier, Ouest France, 2022

Années, 1990, Nantes, Livius Carmin, journaliste qui vient de connaître un moment de notoriété grâce à l'affaire du Sacrifice des oubliés est interpellé un homme qui pense que son petit-fils a été assassiné. Par bonté d'âme, Livius commence à glaner des renseignements et sent bientôt qu'il a mis le doigt sur une affaire pas banale. Il s'en ouvre à David Durieux, son pote flic et repère d'autres cas de morts inexpliquées qui pourraient entrer dans cette affaire. Toutes les victimes avaient des phobies. Et si un tueur cherchait à se servir des ces peurs pour ses manœuvres funestes ?

Et Inès Pylore, fille d'un homme d'affaire qui disparaît pourrait bien être la future victime.

Retour de Livius, après donc Le sacrifice les oubliés, et retour gagnant tant, de nouveau, cette enquête est prenante, originale et les protagonistes très sympathiques. Benoît Bernier réussit à créer une équipe d'enquêteurs menée par le duo Livius/David, bien aidés respectivement par Jean, le grand-père de Livius et les 4 collègues de David. Même si j'ai eu des doutes sur le coupable, assez vite, grâce à certains détails qui finiront par interpeller Livius lui-même, l'intrigue tient jusqu'au final tendu, sans ennui ni temps mort. C'est diablement bien ficelé et mené, tout s'emboîte parfaitement à la fin.

Par une langue argotique, orale, des blagues potaches sur certains noms de famille (par exemple l'un des témoins se nomme Marcel Doidanleux, mais c'est bien fait pour ce nostalgique du bon temps de l'Occupation ; deux flics en planque se nomment Poiron et Dabin -du nom de viticulteurs connus sur le sud de Nantes et chez qui je me fournis régulièrement), l'auteur crée une ambiance légère, de pote qui se tirent la bourre sur une enquête, mais toujours dans l'intérêt des victimes, jamais dans le but malsain d'être le meilleur. Tous se vannent beaucoup et les blagues de Livius ou de David si elles ne sont pas de haut niveau, font rire et prouvent leur proximité.

Et avec tout cela, Benoît Bernier construit un polar très plaisant qui, à l'instar de Stéphane Pajot grand connaisseur de Nantes et auteur de polars très recensés sur le blog, nous balade dans les rues de la ville, nous apprend des petites choses sur certains quartiers ou personnages et est d'une grande originalité. Nul doute que j'ai envie de retrouver Livius pour ses prochaines aventures que je souhaite longues. Benoît Bernier, un auteur de polar à découvrir et qui promet de futurs excellents moments de lecture.

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Un sale hiver

Publié le par Yv

Un sale hiver, Sam Millar, Seuil, 2016 (traduit par Patrick Raynal)

A peine vêtu d'un joli peignoir rose et court alors qu'il neige, Karl Kane descend chercher le lait devant sa porte, qui s'y trouve comme tous les matins, mais Karl trouve également une main sectionnée. Quelques instants plus tard, toujours court et de rose vêtu, le coccyx douloureux suite à sa chute due à la surprise matutinale, il tente d'expliquer aux flics sa découverte. iceux sont un peu sur les dents, d'abord parce que Karl Kane, détective privé de son état, n'est pas en odeur de sainteté dans la maison, et ensuite parce que c'est la deuxième main sectionnée qui est découverte en quelques jours. Un homme d'affaire offre une belle somme à qui mettra les flics sur la voie. Karl, pas très en fond, comme d'habitude, se met en tête d'enquêter.

Troisième tome des aventures du détective privé irlandais qui le plonge cette fois-ci encore dans les bas-fonds de Belfast avec une sortie à Ballymena. Drogue, prostitution, bars louches font le quotidien de Karl qui ne touche qu'aux derniers : sa seule drogue c'est le Hennessy XO, mais en ce domaine, il n'est pas sectaire, il peut alterner avec d'autres boissons alcoolisées. De planques fastidieuses, en découvertes, de coups de bol en travail productif, Karl Kane va se mettre en danger et défricher le travail de la police. Il a l'art de se retrouver dans des situations douteuses, sordides voire dangereuses. Agaçant pour ses adversaires, car il ne lâche rien et il a toujours une vacherie au bord des lèvres, même dans les situations désespérées. Il n'aime pas les policiers qui le lui rendent bien, pensant qu'ils sont -presque- tous corrompus et/ou des brutes basses de plafond. Même à l'enterrement d'un ex-flic, il ne mâche pas ses mots :

"Tu crois pas que la police aurait pu envoyer quelques types pour faire nombre ?

- Il y avait plus de participants à la Cène, mais je suppose que tu vas dire que la bouffe gratuite était une motivation pour cette auguste assemblée." (p.130)

Toujours excellentes ces aventures de Karl Kane narrées par Sam Millar qui a une plume au vitriol et très drôle. Un détachement évident et bienvenu pour décrire des événements glauques, violents mais sans hémoglobine dégoulinante, ce dont je lui sais gré, je ne suis pas adepte des flots sanguins. Un privé classique, qui prend les codes du genre en ajoutant un flegme irlandais à -presque-toute épreuve.

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Une histoire populaire de la France

Publié le par Yv

Une histoire populaire de la France, Gérard Noiriel, Clément Xavier, Lisa Lugrin, Alain Gaston Rémy, Delcourt, 2021 et 2022

"Et si, pour une fois, on racontait l'histoire du peuple de France en prenant au sérieux toutes celles et tous ceux qui l'ont faite ? Non pas une histoire à la papa, strictement chronologique et qui fait la part belle aux chevaliers, aux rois et reines, mais un récit qui montrerait comment les résistances du peuple au pouvoir des gouvernants ont tissé la trame sociale dans laquelle nous vivons. De Jeanne d'Arc aux Communards, des Sans-culottes aux Gilets jaunes, des premières migrations à la lutte des classes, voici l'histoire de ces hommes et de ces femmes qui, eux aussi, ont façonné notre pays." (4ème de couverture)

Cette bande dessinée en deux tomes est l'adaptation du livre de l'historien Gérard Noiriel. Le volume 1 est intitulé De l'état royal à la Commune et le volume 2 Des gueules noires aux gilets jaunes. C'est un travail colossal que d'adapter le pavé passionnant et dense de Gérard Noiriel. Le biais pris est une conférence gesticulée animée par l'historien qui se balade donc dans toutes les époques. Et l'on apprend que les Gaulois est un terme que César utilise dans son livre La guerre des Gaules, mais que les habitants du pays se nomment eux-mêmes des Celtes et non pas des Gaulois, que l'histoire de France débute réellement sous François 1er, qu'avant cette période, il est difficile de parler de l'histoire d'un pays qui n'en est pas vraiment un...

L'angle de vue de l'historien est différent de ce que nous avons appris à l'école ; l'histoire des rois et des reines, bon, c'est bien, ça plaît à Stéphane Bern, mais celle des peuples, de ceux qui ont lutté pour obtenir des droits pour forger le monde dans lequel nous vivons, c'est autrement passionnant et instructif. Cette bande dessinée est très dense et plusieurs lectures ne seront pas de trop pour se décaler des acquis. Lisa Lugrin et Clément Xavier ont scénarisé le livre de Gérard Noiriel, Alain Gaston Rémy a dessiné et  ils en ont fait un livre abordable par tous, qui fait preuve d'humour pour alléger la densité. Très bons volumes, j'avoue une petite préférence pour le premier parce que je connais moins l'histoire de la période décrite ou que je m'y perds davantage, mais le second est très bien aussi et permet de réviser pas mal de choses.

Ci-dessous, les couvertures des deux volumes.

Une histoire populaire de la France
Une histoire populaire de la France

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La cage

Publié le par Yv

La cage, Reykjavík noir, tome 3, Lilja Sigurdardottir, (traduit par Jean-Christophe Salaün), Métailié, 2019 (Points, 2020)

Attention, la lecture de ma recension donnera vraisemblablement des informations sur les deux tomes précédents.

Six ans ont passé, Agla est en fin de peine de prison et Maria, l'ex-procureure est journaliste d'investigation dans un journal en ligne qu'elle a créé. Un industriel contacte Agla mondialement connue pour son habileté financière, pour qu'elle enquête sur des manipulations suspectes autour de l'aluminium, ressource pourtant très surveillée. Agla, toujours enfermée, convainc Maria d'être son enquêtrice jusqu'à sa sortie.

Ce tome 3, qui peut se lire indépendamment des deux précédents, clôt la trilogie Reykjavík noir de très belle manière. Lilja Sigurdadottir réussit l'exploit de ne pas se répéter au long de cette œuvre de plus de 1000 pages ni d'ennuyer son lecteur. Cette fois-ci, elle écrit un thriller financier dans lequel on retrouve les personnages des tomes 1 et 2, toujours aussi retors, puissants et sans scrupules. Mais ce qui est bien, c'est que l'autrice ne fait pas de ses "méchants" et de ses "gentils" des caricatures. Les plus redoutables et vicieux ont une vie quasi normale, pas ostentatoire, des bons côtés, sont attachés à leurs enfants et inquiets pour eux, tandis que les femmes qui les combattent ne sont pas dénuées de défauts, de failles. L'ambivalence en permanence, qui humanise les personnages et la fiction.

Toujours mené de la même manière : une alternance de courts chapitres et de narrateurs, ce tome est très bon et met en scène, de nouveau, des femmes pugnaces, qui trouvent des forces dans l'adversité et ne veulent pas se laisse dicter leur vie par des hommes. Pas de rythme ébouriffant, mais des histoires qui se mêlent, des personnages qui se rencontrent fortuitement et qui, chacun de leur côté, sont les principaux héros d'une intrigue. très bien fait, habilement construit, Lilja Sigurdardottir frappe très fort, sans en rajouter dans le gore, le dégoulinant, l'horreur. Chapeau bas.

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Le filet

Publié le par Yv

Le filet, Reykjavík noir, tome 2, Lilja Sigurdardottir, (traduit par Jean-Christophe Salaün), Métailié, 2018 (Points, 2019)

Sonja pensait avoir échappé au réseau et à Adam, son ex-mari. Il la retrouve et l'oblige à revenir à Reykjavík. Puis, elle est de nouveau contrainte, si elle veut revoir son fils, à entrer dans le réseau de trafic de drogue et à reprendre son rôle pour en faire entrer dans le pays.

Agla, sa compagne, tente un autre montage financier, bien que toujours soupçonnée d'avoir organisé la faillite du pays, pour éloigner la procureure des plus lourdes charges qui pèsent sur elle et ses deux complices.

Tome 2 de la trilogie Reykjavík noir qui prend les mêmes personnages repartis quasiment au point de départ, mais avec une expérience supplémentaire. On prend donc les mêmes et on recommence, toujours sur ce rythme lent, avec cette fois-ci davantage de péripéties. Si je voulais être taquin, je pourrais mettre en doute la crédibilité de cette femme au foyer qui devient experte en passage de drogue et qui joue dans la cour des grands narcotrafiquants, mais à l'aune de certains ouvrages étasuniens, je ravale ma taquinerie, et finalement, peu importe puisque c'est un vrai plaisir que de suivre les aventures de Sonja et d'Agla ainsi que la montée en puissance de Maria la procureure. Ce sont, dans ce tome encore plus que dans le premier, les femmes les plus pugnaces, les plus fortes, ingénieuses travailleuses et entreprenantes. Les hommes tentent d'asseoir leur pouvoir ou de le conforter uniquement par la violence et la peur. Dans ces années, l'Islande va mal et l'autrice s'appuie sur cette période sombre pour bâtir une ambiance noire, lourde dans laquelle le soupçon est partout.

La relation Sonja-Agla est toujours aussi difficile. Agla culpabilise d'aimer une autre femme, son éducation ne l'y a pas préparée. Elle ne sait pas que Sonja passe de la drogue, de même que Sonja ne connaît pas l'ampleur de l'enquête sur sa compagne.

Comme dans le tome 1, Piégée, Lilja Sigurdardottir alterne les chapitres, les narratrices, les histoires et donne une importance capitale aux tourments, questionnements, peurs et angoisses de ses héroïnes. Cela humanise son polar et le rend encore plus passionnant.

Tome 3 bientôt.

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Piégée

Publié le par Yv

Piégée, Reykjavík noir tome 1, Lilja Sigurdardottir, traduit par Jean-Christophe Salaün, Métailié, 2017 (Points, 2018)

Sonja, une jeune femme islandaise a été prise au piège et est contrainte de faire entrer de la drogue dans le pays. L'ancienne femme au foyer, séparée et dont l'ex, Adam, a la garde de leur enfant, Tómas, souffre de ne le voir que trop peu. Contre toute attente, elle se découvre des capacités dans son activité illégale et dangereuse.

Agla, son amie, celle avec laquelle Adam l'a surprise en pleins ébats, ce qui est la cause de leur séparation, Agla, la collègue d'Adam, travaille dans la finance et, dans ces années 2010/2011, les financiers de son calibre sont soupçonnés de la faillite du pays. Le trio formé par Agla, Adam et leur supérieur est en très mauvaise posture.

Tome 1 de la trilogie Reykjavík noir, ce polar qui alterne une intrigue financière et une autre liée au trafic de drogue ne se déroule point sur un rythme échevelé, le sang n'y coule pas à toutes les pages non plus ni les cascades ne succèdent aux courses poursuites. L'hiver, la neige, le froid et les longues nuits islandaises ralentissent le mouvement et imposent une couche ouateuse sur la ville et ses alentours et les crimes. Et lire cela en plein été, ça fait du bien, ça rafraîchit.

Mais que de violence dans les êtres ! Dans Sonja qui ne supporte pas de ne pas voir son fils -et vice-versa- et qui n'en peut plus de ce piège dont elle ne parvient pas à s'extraire. Dans Agla qui ne vit pas bien son attachement à Sonja et refuse même de parler d'homosexualité, tant son éducation, son besoin de reconnaissance sociale ne peuvent être associés à cela. Elle culpabilise. Dans tous les autres qui cherchent qui la vérité, qui à se sortir d'un pétrin profond à tous les prix.

C'est formidablement maîtrisé, à coups de courts chapitres qui alternent narrateurs et histoires. Lilja Sigurdardottir crée des personnages très ambivalents : pas forcément recommandables voire redoutables dans leurs pratiques professionnelles et très fragiles dans leurs vies privées et sentimentales. C'est cela qui fait que son livre est réussi, outre le fait qu'il s'appuie sur l'histoire très récente de son pays, ruiné après la crise de 2008.

Très bon début de trilogie et très bientôt le tome 2.

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