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Oxymore mon amour !

Publié le par Yv

Oxymore mon amour ! Dictionnaire inattendu de la langue française, Jean-Loup Chiflet, Éditions retrouvées, 2021 (Chiflet et Cie, 2011)

Si vous aimez la langue française, ses mots rares, inusités parfois désuets, ses accords pas aisés, ses figures de style, ses particularités, ses spécificités, anagrammes, pléonasmes dont il fait si souvent mention dans les médias et dans notre langage habituel... eh bien, ne cherchez plus l'ouvrage qui les répertorie, il est là, aujourd'hui -tiens pléonasme autorisé, alors que penser de "au jour d'aujourd'hui", double pléonasme- présenté sous vos yeux ébahis.

Les éditions retrouvées ont la joie et la bonne idée de rééditer ce dictionnaire qui, comme ses homologues, est instructif, mais à l'inverse d'iceux est très drôle. Et apprendre en s'amusant, y-a-t'il meilleure pédagogie ?

Je pourrais citer des pages et des pages : savez-vous que l'alouette ainsi que la mésange zinzinulent ? Que le rhinocéros barète ? Que "tranchecouiller" signifie châtrer -celui-ci, je vous l'accorde, on peut le deviner-, mais "patrociner" auriez-vous pensé que c'est défendre son point de vue ? Que l'épitochrasme est une figure qui consiste à accumuler des mots courts et expressifs "Son esprit, strict, droit, bref, sec et lourd" (Alfred de Vigny). Que certains mots n'existent qu'au pluriel... ? J'en passe et des meilleures pour user d'une expression toute faite, genre que n'aime pas l'auteur du dictionnaire -ni moi d'ailleurs-, alors que nous aimons tous deux, mais lui d'abord, parce que c'est quand même l'auteur, l'oxymore -ou oxymoron- qui donne son titre à l'ouvrage et qui consiste à coordonner deux termes contraires : "Un silence assourdissant" (Albert Camus), "l'obscure clarté" (Pierre Corneille)...

Empli de citations, de références, d'extraits des plus grands auteurs français, classiques et modernes, ce dictionnaire de JL Chiflet est un trésor à garder pas loin de soi, à ne surtout pas remiser dans une bibliothèque où il serait oublier. Il faut l'ouvrir de temps en temps, y piocher une ou deux idées, le prêter, le récupérer pour le ré-ouvrir et le laisser à la portée de tous, chacun y trouvera son bonheur

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La vague arrêtée

Publié le par Yv

La vague arrêtée, Juan Carlos Méndez Guédez, Métailié, 2021 (traduit par René Solis)

"Magdalena a quitté le Venezuela pour Madrid, elle est devenue une enquêtrice réputée, tout va bien pour elle, à l'exception d'un amant envahissant et indiscret. On lui propose une nouvelle affaire : un homme politique madrilène lui demande de retrouver sa fille et de la lui ramener, elle aurait été enlevée et retenue à Caracas.

Magdalena est sûre de ses compétences et elle a une arme secrète : des dons que lui a accordés Maria Lionza, la déesse guerrière vénézuélienne, bref elle est un peu sorcière et a des intuitions salvatrices." (4ème de couverture)

Caracas est considérée comme étant l'une des -si ce n'est la- villes les plus dangereuses du monde, entre les milices, les gangs qui souvent sont les mêmes, les enlèvements quotidiens, les meurtres, crimes, agressions et j'en passe. Autant dire qu'enquêter là-bas, surtout lorsqu'on est une Vénézuélienne qui est partie du pays n'est pas une sinécure. C'est un pays qui "est une destination très logique pour des gamins qui aiment voir des gens avec des drapeaux rouges et un type qui crie qu'ils doivent anéantir la bourgeoisie tout en portant une Rolex au poignet." (p.56). La critique est cinglante et elle l'est dans tout le livre. Juan Carlos Guédez Méndez n'est pas tendre, et c'est un euphémisme, avec les dirigeants de son pays qui l'ont mené a bord du gouffre et qui ont fait de sa capitale cette ville ultra-violente dans laquelle il ne vaut mieux pas traîner lorsque la nuit tombe.

Magdalena est une enquêtrice atypique qui invoque Maria Lionza, la déesse, qui a des flash par intermittence, elle ne sait jamais vraiment quand mais toujours pourquoi : ça lui permet d'échapper à un accident, une fusillade ou l'aide dans son travail. Néanmoins, malgré cette ville et Magdalena, le roman se répète parfois, il aurait sans doute mérité d'être resserré, plus concis, il eut été plus dense et ainsi aurait passé le cap du simple bon polar pour passer dans la catégorie supérieure. Et l'écriture de Juan Carlos Méndes Guédez est parfois cash, parfois plus descriptive, elle a recours à des images fortes ou sait les faire naître.

Bon polar donc, qui permet de découvrir le Venezuela et une enquêtrice pas commune.

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Walk me to the corner

Publié le par Yv

Walk me to the corner, Anneli Furmark, çà et là, 2021 (traduit par Florence Sisask)

Elise, la cinquantaine dépassée, vit avec Henrik depuis de nombreuses années. Ils ont ensemble deux grands fils. Lorsqu'elle rencontre Dagmar, une femme de son âge, mariée à une femme et maman de deux jeunes filles, l'attirance est immédiate et elles nouent bientôt une relation passionnelle. Elise en parle assez vite à Henrik et lui assure qu'elle l'aime toujours, mais Henrik s'éloigne peu à peu.

Anneli Furmark est suédoise et a publié plusieurs romans graphiques. Le titre de la version française (?) d'icelui est tiré d'une chanson de Leonard Cohen, Hey, that's no way to say goodbye.

Voilà un roman graphique original dans la forme, alternant les pages aux petites cases et texte adjacent ou en-dessous, d'autres avec six petites cases muettes et d'autres avec des cases plus grandes voire uniques, enfin rien n'est figé, la forme change sans cesse. Ainsi que les couleurs : du noir et blanc, des fonds verts ou bleus ou jaunes, comme à l'aquarelle et des contours de personnages noirs. On ne sait pas en tournant la page quel format  ou quelle teinte on va trouver. Quasiment que des personnages, très peu de paysages, l'histoire étant centrée sur Elise et Dagmar.

Cette histoire qui n'est pas banale non plus : une femme qui découvre une passion homosexuelle a plus de cinquante ans et qui décide de ne pas résister, d'oser vivre au risque de tout casser. C'est très sobrement raconté, pas d'effet racoleur, pas de dessins trash. Comme quoi, on peut aller en profondeur dans des personnages et des situations avec pudeur. Car si elle raconte ses doutes, ses peurs, ses angoisses, ses sentiments, Elise reste pudique.

Un roman graphique à découvrir, il y a un travail sur le dessin, les couleurs et la mise en page original et très intéressant.

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Nuuk

Publié le par Yv

Nuuk, Mo Malø, La Martinière, 2020 (Points, 2021)

Qaanaaq Adriensen est de retour au Groenland, à Nuuk après un passage au Danemark suite à son aventure précédente qui l'a chamboulé. Il retrouve son poste de chef de la police mais doit se soumettre à une visite de tous les postes du pays, parfois très éloignés de la capitale, isolés et répondre aux questions d'une psy avant de pouvoir enquêter de nouveau. Mais un suicide inexpliqué d'une jeune femme dans un des lieux qu'il doit visiter et la réception d'un colis macabre à son nom, l'obligent à contourner cet empêchement.

Qaanaaq est aussi le père de jumeaux adoptés trois ans auparavant et Massaq, sa compagne est enceinte, ce qui expose le futur père à des questionnements importants.

Troisième tome de cette trilogie et donc, par définition le dernier, sauf si Mo Malø se dit que ce serait bien d'en écrire d'autres, et donc du coup, ce ne serait plus une trilogie mais ce livre resterait le troisième tome...

Digression mise à part, la série fonctionne vraiment bien et le dépaysement est garanti. Mo Malø s'est plongé dans les us et croyances des Inuits pour dresser une toile de fond originale et marquante : "Au Groenland moins qu'ailleurs, la population ne prenait la peine de signaler l'absence inexpliquée d'un proche aux autorités. La disparition d'un chasseur ou d'un pêcheur s'inscrivait dans l'ordre des choses, une manière pour la nature de reprendre ses droits : sauf cas rares, personne n'y voyait un présage réellement funeste. L'éventualité d'un meurtre ou d'un enlèvement était bien la dernière des idées qui serait venue en tête. De toute façon, le naturel optimiste des Inuits attisait l'espoir comme un tapis de braises, à grand renfort de rumeurs et d’anecdotes." (p.72)

Et je dois dire que rarement, j'ai rencontré dans mes lectures des héros de polars qui sont autant liés à la nature, contraints par elle et obligés de composer avec elle. En outre, Mo Malø a réussi au fil de ses trois romans à bâtir une équipe de flics, à Nuuk, qui tient la route et se sert les coudes. Ils évoluent tous, chacun à son rythme mais ne restent pas figés dans des principes et des stéréotypes. Et il y a bien sûr, l'intrigue, fouillée, dense qui rebondit régulièrement, qui y va parfois un peu fort -je me demande comment un homme peut résister à tout cela et ce que l'auteur trouvera la prochaine fois pour rester au moins au même niveau, mais bon si c'est une trilogie, il n'aura plus à se creuse les méninges-, mais finalement, je me laisse avoir et porter par tout ce que j'ai décrit plus haut et dans les tomes précédents : Qaanaaq et Diskø. Et pire, si Mo Malø se décide à prolonger, je repars au Groenland, ravi.

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Diskø

Publié le par Yv

Diskø, Mo Malø, La Martinière, 2019 (Points, 2020)

Devenu chef de la police du Groenland, Qaanaaq qui vit désormais avec ses deux enfants et Massaq à Nuuk, mène une vie tranquille dans un climat auquel il a fini par s'habituer.

Lorsqu'on découvre le cadavre d'un glaciologue, figé dans un iceberg dans la baie de Diskø, c'est Qaanaaq qui se rend sur place. Le travail n'est pas facile, car la baie est touristique et hostile lorsqu'il s'agit de trouver des indices. Cette enquête sera éprouvante pour Qaannaaq et l'obligera à faire appel à des souvenirs qu'il croyait enfouis pour toujours.

Deuxième tome des aventures du flic dano-inuit après le très bon Qaanaaq. Il démarre dans la baie de Diskø, attention rien à voir avec la musique festive homonymique, là, de fête, il n'en est point question. Plus court et sans doute un peu plus longuet à certains endroits mais le charme opère toujours et j'ai passé un excellent moment avec Qaanaaq et ses collaborateurs ainsi qu'avec sa famille.

Ce qui est bien dans cette série c'est que les personnages, le héros en tête, sont bien fouillés, originaux et que leurs questionnements personnels font avancer l'enquête et les font avancer. Tout est lié et se fait écho. Il y a aussi les paysages et les habitants du Groenland, leurs us, leurs traditions qui sont très présents. Ils sont la toile de fond indispensable au bon déroulement de l'intrigue. Icelle n'est pas exempte de surprises et de rebondissements, parfois attendus, parfois nettement moins qui tiennent le lecteur et maintiennent le suspense jusqu'au bout. Alors, je pourrais faire le grincheux, le ronchonchon -il paraît que je sais faire-et dire qu'il y a de grosses ficelles ici ou là, certes, mais pris dans le rythme du roman, je les ai surmontées sans souci. 

Mo Malø a écrit un troisième tome que j'ai en ma possession, nul doute que dès que j'ai un petit moment, je repars pour le grand nord avec Qaanaaq pour guide.

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Qaannaaq

Publié le par Yv

Qaanaaq, Mo Malø, La Martinière, 2018 (Points, 2019)

Qaanaaq est policier à Copenhague, d'origine inuite, adopté à l'âge de trais ans par une maman légende de la police danoise et un papa écrivain de polars à succès. Lorsque des ouvriers d'une plateforme pétrolière sont retrouvés assassinés, le corps déchiqueté au Groenland, à Nuuk, c'est lui qui est, contre sa volonté, envoyé là-bas pour enquêter.

Qaanaaq, colosse chauve, aux traits mi-inuits-mi-danois et de culture urbaine danoise se retrouve plongé dans un monde qu'il ne connaît pas avec des codes qu'il ne maîtrise pas du tout. C'est Apputiku Kalakek, un collègue qui l'accueille à l'aéroport, le seul qui lui fera bon accueil.

Commence alors une enquête lente et une prise de contact difficile de Qaanaaq avec ses origines.

Mo Malø est le pseudonyme d'un écrivain français qui commet pour la première fois un polar. Et le pari est largement réussi. Surfant sans doute sur quelques vague mode de polar nordique, il tire son épingle du jeu en n’insufflant pas un rythme époustouflant, en collant ainsi au rythme de vie local, en faisant du Groenland un contexte géographique et géo-politique fort. Je n'irai pas jusqu'à dire que le pays est un personnage à part entière, parce que la formule est éculée, mais il y a quand même un peu de cela. La neige, la glace, les conditions de vie, l'exode rural, les traditions qui se perdent sous les coups de la mondialisation, l'attrait international pour les ressources naturelles que la pays retient en son sol, donc les compromissions, les corruptions, les rêves de fortune, de pouvoir, les oppositions parfois radicales au changement... tout cela est la toile de fond du roman, fort bien décrite.

Puis il y a Qaanaaq, flic d'abord qui vient bousculer les codes ancestraux de la petite ville inuite, qui, tient un peu les locaux pour des ploucs, lui venant de la capitale danoise, qui se met à dos, à peine arrivé, la cheffe de la police et qui va, petit-à-petit apprendre à vivre avec et parmi les autochtones. Qaanaaq est un flic atypique, il peut même paraître décalé -pour ne pas dire benêt-, mais il cache son jeu et une force incroyable, celle d'un cerveau en perpétuelle ébullition : "Appu aurait donné cher pour se frayer un chemin dans ses pensées sinueuses. Il n'était pas seulement impressionné par l'intelligence de Qaanaaq. Il n’enviait pas seulement ses facultés de raisonnement. Ce qu'il aimait surtout chez lui, c'étaient les routes de traverse que son esprit prenait sans crier gare, à l'autre extrémité de ses capacités logiques." (p.448)

C'est un roman dense et fouillé qui nous entraîne sur des fausses pistes, qui n'est point avare en rebondissements et surprises et qui, malgré l'ambiance glaciale n'omet pas quelques touches humoristiques, histoire d'alléger et d'humaniser le tout. Qaanaaq est le premier tome d'une -pour l'instant- trilogie. Je vais me presser d'entamer le deuxième volume.

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Un tueur sur mesure

Publié le par Yv

Un tueur sur mesure, Sam Millar, Métailié, 2021 (traduit par Patrick Raynal)

Quand on est une équipe de bras cassés, braqueurs à la petite semaine et que les coffres de la banque dans laquelle on vient d'entrer sont anormalement et désespérément vides, il ne faut pas prendre l'attaché-case du client chauve auquel il a l'air de tenir particulièrement, ni lui donner des coups en plein visage. Sauf que lorsqu'on fait partie de cette équipe de braqueurs, eh bien, on ne réfléchit pas toujours avant d'agir. Et l'on se retrouve avec des flics aux trousses ainsi qu'une équipe de caïds qui n'a pas aimé se faire subtiliser la mallette, et même un tueur à gages. Et la vie, d'un coup, se complique.

Lire Sam Millar est une expérience littéraire dont on ne se remet qu'en relisant du Sam Millar. C'est noir, parfois violent. Il y a des tueurs, des voyous et des flics qui parfois jouent dans les deux camps -autant les voyous que le flics- et l'Irlande et Belfast dans laquelle les tensions entre catholiques et protestants persistent ainsi que les revendications pour une Irlande unie et libre. Il y a là aussi des braqueurs maladroits et mal informés, des collectionneurs de comics. Y'a du style, des réparties vachardes, des trucs de mecs sévèrement burnés pour reprendre une expression guignolesque, du vocabulaire de la rue, notamment dans les dialogues, de l'humour noir, ce polar est un monochrome. Les images ou métaphores ou tout autre figure de style sont un régal : "Vous voulez que je vous apporte un café, monsieur ? dit Kerr, en surgissant de nulle part, souriant comme un curé dans un camp de nudistes pour boy-scouts." (p.35)

Sam Millar est Irlandais, a été activiste au sein de l'IRA et a fait de la prison pour cela, a commis un hold-up spectaculaire aux États-Unis et a été emprisonné, et depuis, rentré en Irlande, il écrit. Et franchement, lorsqu'on le lit, on se dit qu'il a bien fait de se mettre à l'écriture. En plus, il est -superbement- traduit par Patrick Raynal, qui s'y connaît lui aussi en polars bien déjantés, le tout donnant une petite merveille de roman noir.

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Sous les galets, la plage

Publié le par Yv

Sous les galets, la plage, Pascal Rabaté, Rue de Sèvres, 2021

Septembre 1962, Kertudy, c'est bientôt la rentrée pour Édouard, Francis et Albert. Il leur reste quinze jours avant d'intégrer leurs grandes écoles. Quinze jours sans les parents qui ont quitté leurs résidences secondaires pour retourner au travail. A 18 ans, la tentation est grande de faire des expériences, surtout lorsque l'éducation reçue est assez stricte. Et lorsque Odette apparaît sur la plage, un soir tard, les trois amis n'ont d'yeux que pour elle surtout qu'elle n'a pas l'air d'y avoir froid. C'est à celui qui en fera le plus pour attirer son attention.

Tons doux qui collent parfaitement à l'année, un peu surannés et grands dessins qui font la part belle aux personnages, on est dans une bande dessinée qui parle de liberté, du libre choix et qui met en exergue une citation de Pierre-Joseph Proudhon : "La propriété c'est le vol" tout de suite complétée par celle de "Un inconnu au bataillon" : "Avoir une résidence secondaire, c'est du vol aggravé." Tout un programme. Pas celui que les trois garçons avaient imaginé.

Un très bel album construit comme un récit initiatique pour Édouard. Les rencontres de cette quinzaine vont l'amener là où il ne pensait pas aller, lui, fils de militaire qui doit intégrer Saint-Cyr pour être officier et assurer la lignée familiale de militaires. Pascal Rabaté avec toute l'humanité qu'il laisse transparaître dans ces ouvrages, la tendresse pour ceux qui ont un chemin pas forcément rectiligne donne le choix à Édouard. Le libre choix, le libre arbitre, pas simple toujours à appliquer surtout lorsqu'on n'y a pas été habitué. L'avenir tout tracé peut faire peur mais rassure. L'aventure et le pas de côté effraient plus sûrement.

Je finis mon petit laïus en citant la quatrième de couverture et en conseillant très fortement la lecture de ce nouvel album de Pascal Rabaté, très beau, très humain ; tout ce qu'on aime chez lui y est dans cette histoire bien menée.

"En matière de révolte, aucun de nous ne doit avoir besoin d'ancêtres" André Breton

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Le dernier procès de Victor Melki

Publié le par Yv

Le dernier procès de Victor Melki, Sandrine Destombes, Hugo thriller, 2021

De nouveau en disponibilité, de la brigade criminelle, la commissaire Maxime Tellier reçoit un courrier étrange la conviant à un enterrement à Grenoble, d'un homme qu'elle ne connaît pas. Intriguée, elle s'y rend, fait des recherches sur le défunt et ne trouve rien. Puis d'autres messages sous diverses formes lui parviennent. N'ayant plus accès à son bureau ou ses collègues, elle fait appel au capitaine de gendarmerie Antoine Brémont, expert en profilage, avec lequel elle a déjà travaillé et qui accepte de l'aider. Lorsqu'ils découvrent qu'ils sont sur la piste d'un tueur en série qui suit les préceptes de l'ordalie, le jugement de Dieu, vieux principe de l'inquisition duquel il est difficile de sortir acquitté, il est temps pour eux de rendre l'enquête officielle et de bénéficier de moyens performants.

Ah, la voilà la suite de Ainsi sera-t-il, récemment chroniqué sur le blog. Et quelle suite ! Sandrine Destombes avance doucement et sûrement, installe son intrigue et ferre le lecteur qui sera bien incapable de sortir du roman tant la tension et le suspense montent habilement.

Lorsqu'on lit beaucoup de polars, on s'aperçoit que les intrigues se ressemblent souvent, ce qui différencie les romans c'est la manière de raconter, les personnages ou le contexte. Chez Sandrine Destombes, c'est évidemment Maxime Tellier avec son côté fonceur, ses doutes, ses emportements. Maxime a ses limites : elle est proche du burn-out, est parfois trop directe ce qui lui joue des tours mais malgré ses fragilités, elle est pugnace, ne lâche jamais rien. Elle est très réaliste, se pose des questions qui peuvent faire écho, notamment sur les personnes qui ont commis un crime qui jugées irresponsables et qui ne font qu'un court temps en hospitalisation psychiatrique. Antoine Brémont, son pragmatisme et son respect de la loi et des décisions prises permet de faire le pendant, de se poser la question sous l'angle de la loi et de la justice et donc d'avoir une vue d'ensemble. Sandrine Destombes n'est pas manichéenne, elle laisse le choix à ses lecteurs, elle apporte des arguments.

Sandrine Destombes c'est aussi une manière de raconter, de laisser monter le suspense, d'insérer de la légèreté dans les rapports entre collègues alors que l'enquête sur laquelle ils travaillent n'incite pas à la gaudriole. Celle-ci est originale, fort bien construite, sans hémoglobine donc très supportable par les âmes sensibles et addictive. On ne sait pas trop comment va finir cette histoire ni qui est (sont) le (la-les) coupable(s) et l'on cogite, au moins autant que les enquêteurs. J'ai beaucoup aimé. J'en redemande, oui je veux d'autres enquêtes de Maxime Tellier.

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