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L'égaré de Saint-Mathieu

Publié le par Yv

L'égaré de Saint-Mathieu, Anne-Solen Kerbrat, Palémon, 2021

Le commissaire Jean-Louis Perrot est appelé sur une prise d'otage, le ravisseur ne voulant parler qu'à lui seul. Grièvement blessé, il est contraint de se réfugier à Penmarc'h pour échapper à celui qui lui en veut personnellement.

Ses collègues trouvent dans une rue de Quimper un vieil homme, sans doute atteint de la maladie d'Alzheimer, mutique qui intrigue la capitaine Katell Le Scornec.

De son côté, Jeanne Sixte, la compagne de Perrot travaille sur un réseau pédophile qui sévit dans la région.

Roman policier qui part sur plusieurs enquêtes voire semble s'éparpiller et qui, en fait, est finement et astucieusement bâti. La bonne idée de départ est de mettre momentanément les héros des tomes précédents -Jean-Louis Perrot et son adjoint Lefebvre- en sommeil pour valoriser les habituels seconds rôles. A ce jeu, c'est le commandant Julien Heurtel et la capitaine Katell Le Scornec qui tirent les bons numéros. Avec cette idée, on sent la force de l'équipe de flics et leur entraide, et Anne-Solen Kerbrat peut varier les plaisirs en alternant ses enquêteurs et, comme ici, leur créer des vies personnelles intéressantes et diverses.

C'est un roman tendu, entre la tentative d'assassinat de Perrot et un réseau pédophile à démanteler, le ton n'est point à la galéjade. Néanmoins, comme les autres polars de cette série, il n'est pas plombant ni trop lourd, l'autrice ne s'appesantit pas sur des détails scabreux et/ou croustillants. Les enquêtes sont rondement menées mais pas bâclées, chaque flic abattant un travail conséquent. Un roman qui s'inscrit dans la série Perrot et Lefebvre et qui peut se lire, bien sûr, indépendamment des treize titres précédents. D'ailleurs, je n'en ai lu que deux autres-pour le moment-, très bien eux aussi : Le tableau de Maï et L'archipel des secrets.

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Enrage contre la mort de la lumière

Publié le par Yv

Enrage contre la mort de la lumière, Futhi Ntshingila, Belleville, 2021 (traduit par Estelle Flory)

Mvelo adolescente de 14 ans vit avec sa mère Zola dans un bidonville d'Afrique du sud. Ce ne fut pas toujours le cas, Zola était championne de course à pied avant d'être enceinte et reniée par son père.

A à peine plus de trente ans, Zola meurt du SIDA, laissant Mvelo seule dans leur cahute. Seule pour se confronter au monde violent du dehors dans lesquels les jeunes filles risquent le viol à chaque coin de rue. Seule pour vivre dans un pays ravagé par l'apartheid et la misère.

Futhi Ntshingila est journaliste, ce roman dont le titre est emprunté à un poème de Dylan Thomas est son deuxième. La couverture est l’œuvre de Agrippa M Hlophe, artiste sud-africaine.

Très beau roman qui met en scène des femmes. Des femmes fortes aux destins divers, qui toutes devront se battre et faire preuve d'une force de caractère peu commune pour résister à tout ce qui les entoure : les agressions, les viols, la misère, le racisme, le sexisme... Elles sont attachantes, émouvantes, on a très envie qu'elles se sortent du cercle vicieux dans lequel elles entrent dès l'enfance. Les femmes de Futhi Ntshingila sont puissantes, elles ne se laissent pas faire même lorsqu'elles subissent. Elles luttent pour leurs droits de femmes noires.

C'est un roman prenant, écrit dans une langue simple qui fait ressentir les émotions des héroïnes, qui amène inévitablement des images. A travers les luttes de Mvelo, Zola et les autres, l'autrice écrit un livre plus général sur les femmes. Le particulier et le fictif pour décrire l'universel et le réel. Il débute ainsi :

"Après l'enterrement de Sipho les choses empirèrent peu à peu pour Mvelo et sa mère Zola. Mvelo était jeune, mais elle se sentait vieille comme une chaussure usée. Elle avait quatorze ans et son esprit quarante. Elle arrêta de chanter. Pour sa mère, elle essayait de toutes ses forces de rester optimiste, mais l'espoir glissait entre ses mains comme un poisson. Elles se trouvaient déjà dans une situation difficile, lorsque quelqu'un du bureau de versement des pensions avait décidé de suspendre leurs aides sociales. Elles recevaient une aide parce qu'elle était mineure, élevée par une mère célibataire de trente et un ans ; l'autre était pour Zola, à cause de son statut." (p.11)

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L'homme qui souriait

Publié le par Yv

L'homme qui souriait, Henning Mankell, Seuil, 2005 (traduit par Anna Gibson)

Alors que Kurt Wallander est en arrêt maladie depuis un an et qu'il ne sait pas encore s'il retrouve sa place de flic ou s'il abandonne le métier, l'un de ses amis vient le voir sur son lieu de repos. Sten Torstensson est avocat et a gardé contact avec Kurt après s'être occupé de son divorce. S'il vient le voir c'est qu'il ne croit pas à la mort accidentelle de son père, avocat d'affaires. Wallander lui demande d'aller voir la police, lui n'étant pas vraiment dans l'idée de reprendre le travail. Lorsqu'il apprend que Sten Torstensson s'est fait assassiner, sa décision est prise, il reprend son poste de commissaire à Ystad et l'enquête sur la mort de son ami et de son père.

Nous avions laissé Kurt en fâcheuse posture après son enquête en lien avec l'Afrique du Sud (La lionne blanche). Il a sombré dans une dépression profonde et peine, un an après à reprendre pied jusqu'à se demander s'il reste flic. Comme souvent avec lui, c'est un événement qui lui fera prendre une décision en quelques secondes. Et il va mener cette quatrième enquête avec fougue. J'avoue que j'avais un peu oublié ce tome, seules les circonstances de la mort du vieil avocat me restaient en mémoire. Sans doute, parce que Henning Mankell, contrairement à ses autres romans policiers, ne parle pas beaucoup de ses thèmes favoris, le racisme, le changement de la société suédoise et mondiale... Il nous plonge davantage dans les tourments de Kurt et dans le monde de la finance et des puissants de ce monde prêts à tout pour l'être encore un peu plus. "Je te parle du monde mystérieux des politiciens. Où derrière les interminables parlottes on ne fait que passer au tamis les moustiques en avalant des chameaux. Où chacun va se coucher le soir en priant pour que le lendemain il soit possible de transformer l'eau en vin." (p. 244/245)

C'est aussi dans ce roman qu'apparaît une nouvelle collègue de Kurt, la première femme flic, Ann-Britt Höglund qui va se révéler très douée et précieuse pour dénouer les fils de cette enquête particulièrement tortueuse. Quatre cents pages -écrites en 1994 pour une action qui se déroule l'année précédente et traduites par l'excellente Anna Gibson plus de dix ans après- qui montrent le travail méthodique, fastidieux et long des policiers qui cherchent un fil et le déroulent jusqu'au bout quand bien même il ne mène nulle part. Wallander ne tape jamais au hasard, lorsqu'il se forge une conviction, c'est qu'il a éliminé toutes les autres possibilités par ce travail. C'est un flic inépuisable, opiniâtre, qui ne lâche jamais et qu'on ne lâche pas nous non plus.

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Dossiers froids

Publié le par Yv

Dossiers froids, Patrick Fouillard, Ouest France, 2020

C'est l'heure de la retraite pour Isidore Lune, gendarme dans une petite ville de Bretagne, Ploutécrat. Célibataire et sans enfant, il compte bien passer son temps libre à exhumer des affaires classées et non élucidées, comme la disparition de trois fillettes au même âge à sept ans d'écart. Aucune n'a été retrouvée et Isidore est persuadé que c'est un habitant de la ville qui les a enlevées.

L'ex-gendarme se heurte très vite à l'hostilité des habitants, à leur scepticisme quant à ses capacités à résoudre une affaire que ni la police ni la gendarmerie n'a pu élucider. Il lui faudra arpenter les rues, écouter et tenter de se faire prendre au sérieux.

Naissance -si je puis dire puisqu'il part à la retraite- d'un nouvel enquêteur en la personne du sympathique Isidore Lune. Je ne sais pas s'il reviendra mais il m'a bien plu. C'est un mélange de Hercule Poirot et Maigret pour cette espèce de nonchalance, de tranquillité, l'humilité -qui n'est pas la qualité principale du premier nommé- en sus. C'est un homme calme et réservé qui laisse traîner ses oreilles et fait tourner ses méninges très vite. Son principal souci est que parmi tous les gens qu'il a côtoyés pendant presque toute sa vie figure le présumé coupable et qu'il pourrait lui donner des informations sans le vouloir. Imaginez, pour ceux qui ont la chance d'habiter une petite ville, qu'après avoir exercé une fonction vous amenant à côtoyer quasiment tous ses habitants vous soyez maintenant contraint de les suspecter tous de probables crimes sur enfants ! Position peu enviable.

C'est vraiment un polar très plaisant, lent mais pas long ni ennuyeux. Lune est homme à chats puisque Bastet et Isis, deux adorables petites félines l'attendent tous les soirs. Il est fidèle en amitié, solide. Un homme ordinaire qui n'aura pas besoin d'artifices ni de courses poursuites -il roule en 2CV Charleston jaune et noire- ni de menaces violentes. Pas de sang, une histoire qui se déroule dans la Bretagne du nord, ni belle ni vilaine, la Bretagne ordinaire, peuplée de gens qu'on peut croiser quotidiennement et qui tentent de maintenir leur petite ville à flot malgré l'exode les plus jeunes vers des cités plus grandes. Tout est sur ce tempo, réaliste, tranquille et tout fonctionne à merveille, une sorte de bulle pour souffler dans un monde qui va toujours plus vite.

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Les cinq de Cambridge

Publié le par Yv

Les cinq de Cambridge, Valérie Lemaire, Olivier Neuray, Casterman, 2021

Angleterre, dans les années 1930, la crise de 29 a laissé les classes populaires exsangues et en Europe, le fascisme monte en puissance. Un groupe d'étudiants de Cambridge soucieux de changer fondamentalement les choses ne croyant plus aux élites européennes se tourne vers l'URSS. Recrutés par la NKVD -ex KGB-, ils se font embaucher dans les administrations et entreprises stratégiques. Un incroyable réseau d'espions qui agira pendant lus de trente ans : Kim Philby, Guy Burgess, Donald MacLean, Anthony Blunt et John Cairncross.

Cette imposante bande dessinée est l'intégrale des trois tomes parus à partir de 2015 : Trinity, 54 Broadway et Les étangs du patriarche, tous scénarisés par Valérie Lemaire et dessinés par Olivier Neuray. Incroyablement documentée, cette histoire vraie est parfois difficile à suivre, ce qui est souvent le cas des histoires d'espionnage, entre les agents doubles et les autres, mais elle reste passionnante. L'espionnage est bien sûr son coeur, mais elle aborde également les raisons qui poussent à agir comme tel : une certaine envie de justice et de société plus juste : dans les années 30, Staline apparaît comme le seul à pouvoir repousser le fascisme, l'Angleterre et la France se rapprochant de Hitler ; Staline est le seul à soutenir officiellement les Espagnols en lutte contre Franco. Elle parle aussi de la bonne société anglaise qui méprise les homosexuels (deux des cinq espions le sont) et prête à tout pour garder ses privilèges. Soyons clairs, on se retrouve davantage dans John Le Carré que dans OSS 117, je précise pour éviter les amateurs d'humour anglais. Not here.

L'histoire est ainsi construite que c'est Anthony Blunt qui la raconte à deux témoins en 1979 après que la première ministre de l'époque, Mme Thatcher, l'a donné en pâture aux journalistes, en contre-feu, pour pouvoir agir à sa guise économiquement et brutaliser les ouvriers.

Le dessin d'Olivier Neuray est rigoureux, précis et minutieux, il colle parfaitement aux faits et aux lieux de l'époque. Bande dessinée historico-politique, d'espionnage de très grande qualité.

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Les mensonges du Sewol

Publié le par Yv

Les mensonges du Sewol, Kim Takhwan, L'Asiathèque, 2020 (traduit par François Blocquaux et Lee Ki-jung)

"Le 16 avril 2014, le Sewol, ferry sud-coréen assurant la liaison entre Incheon et l'île de Jeju a fait naufrage au large de l'île de Jindo. Il transportait 476 personnes, dont 325 lycéens de l'école secondaire Danwon, dans la ville d'Ansan, et quinze de leurs professeurs. Trois cent quatre passagers et membres d'équipage ont péri dans la catastrophe. Parmi les disparus, 250 lycéens. A ce jour, alors que le navire a été renfloué en 2017, cinq corps n'ont pas été retrouvés." (p.7)

Kim Takhwan part de cette tragédie réelle et s'intéresse au rôle des plongeurs professionnels qu'on a appelé quatre jours après le drame, non pas pour retrouver des survivants mais pour remonter les corps des disparus. La gestion des secours fut un véritable fiasco : les autorités promettant des sauveteurs et n'en envoyant pas, ou trop tard et dans des conditions exécrables. En juillet 2014, le responsable des plongeurs qui n'a pu qu'appliquer des consignes inadaptées et accusé d'homicide involontaire à la suite du décès d'un plongeur.

Ce roman est une longue lettre d'un plongeur adressée au juge. Cet homme, Na Kyong-su est un personnage fictif, librement inspiré d'un vrai plongeur avec lequel l'écrivain a noué une relation amicale après le drame. En forme de lettre envoyée au juge pour décrire les conditions de travail, les conséquences terribles de ces plongeons répétés sur la santé des sauveteurs.

C'est un roman fort qui, malgré quelques longueurs et répétitions, cible le manque de réactivité des autorités sud-coréennes devant l'ampleur du drame et la volonté d'icelles d'allumer un nouveau feu en accusant un homme pour mieux tenter de se disculper. Contrairement à la littérature asiatique parfois très imagée, ce livre est direct, clair. On est presque dans un récit journalistique, un rapport des activités et des conséquences de celles-ci sur les hommes. Prenant de bout en bout.

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Parias

Publié le par Yv

Parias, Beyrouk, Sabine Wespieser, 2021

Deux voix s'expriment à tour de rôle dans ce roman. D'abord le père qui écrit une longue lettre à sa femme disparue, son seul amour. Il lui écrit de la prison dans laquelle il est enfermé.

Puis le fils, qui raconte sa vie depuis que son père est enfermé et sa mère disparue, au quartier PK7, recueilli par un ami de son père.

A travers ces deux récits, on apprend l'histoire de cette famille.

Qu'il est beau cet texte. Le père, dans une langue belle écrit son amour inconsidéré pour la jeune femme qu'il rencontre. Prêt à tout pour la conquérir et la garder, quitte à se mettre les deux familles à dos. Il y parle poésie, lui le nomade qui a renoncé à la vie de ses ancêtres pour s'installer en ville. Mais vite, il aborde la difficile mixité sociale, l'amour qui s'effiloche, l'obligation d'éloignement pour le travail qui sépare les corps et les cœurs.

"Moi, je n'ai jamais su atteindre les côtes dont je rêvais pourtant. Je voulais aller là où vous étiez, toi et les enfants, me baigner chaque jour de la calme sérénité des moments tranquilles, connaître le langage de tous les jours, les habitudes de chaque instant, les rires, les fâcheries, les petites joies et les petites peines, je ne demandais rien que cela, le bonheur des gens modestes, et je ne l'ai même pas eu." (p.154/155)

Le passé simple donne à la lettre du père une classe et un charmes désuet, comme s'il pouvait enfin écrire à sa bien-aimée tout ce qu'il n'a pas pu lui dire. C'est beau, tout simplement.

A l'inverse, le récit du fils est beaucoup plus oral, c'est un pré-ado qui s'exprime. Le calme, la force et le désespoir du père en sont renforcés. Élevé par un ami, il traîne dans les rues du PK7, se bagarre, chaparde, ce qui lui évite de trop penser aux disparus, sa mère et son père qui refuse qu'il vienne le voir à la prison ainsi que sa petite sœur, Malika, recueillie par un oncle qui refuse de le voir. C'est un récit plus direct, plus naïf qui en écho à celui du père permet de comprendre la globalité de leur histoire familiale.

J'ai déjà lu Beyrouk et son formidable Le griot de l'émir. De nouveau, je suis séduit par son livre, son écriture, la finesse, l'élégance et la beauté d'icelle.

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Origine paradis

Publié le par Yv

Origine paradis, Thierry Brun, Hors d'atteinte, 2021

Thomas a dix ans lorsqu'il assiste à la mort brutale de ses parents. Recueilli et élevé par une tante peu diserte, il sera inscrit dans un internat assez rigoureux.

Plus tard, après pas mal de petits boulots, par l'intermédiaire de sa tante, il trouve un travail dans une association qui, sous couvert d'aider les plus démunis, est en fait un lieu où la stratégie de l'extrême droite se discute et se forge. Damien Saint-Clair en est l'énigmatique et puissant responsable. Ce que ne sait pas encore Thomas mais qu'il ressent au plus profond c'est que l'histoire de ses parents qu'il cherche à comprendre est curieusement liée à Saint-Clair.

Ce roman en plus de nous plonger dans les arcanes des partis politiques et particulièrement de l'extrême droite qui cherche à se financer au mépris des lois en trouvant toutes les combines pour trouver de l'argent, décrit un jeune homme perdu qui ne sait pas d'où il vient et a besoin de le savoir pour avancer. C'est bien fait pour les deux points sus-cités. Le financement occulte par l'intermédiaire des micro-partis est bien expliqué sans être plombant, Thierry Brun ne s'attarde pas sur les théories extrémistes, mais bien sur les pratiques pour se rendre fréquentable -la fameuse dédiabolisation- et pour recruter des gros bras et des politiciens prêts à tout pour être élus.

Thomas, lui vit dans ce monde sans vraiment adhérer aux thèses, il sait que Saint-Clair est lié à ses parents et veut savoir comment et pourquoi iceux sont morts. C'est le portrait d'un jeune homme qui se cherche, un peu violent, un peu alcoolique, néanmoins pas prêt à toutes les compromissions pour parvenir à ses fins. Il lui faudra juste trouver les bonnes personnes pour le guider. Un texte à la fois classique, très dialogué, des personnages et des situations ou événements forts et atypiques font que ce roman se suit avec un grand intérêt, je dirais même avec un intérêt grandissant au fur et à mesure qu'on tourne les pages.

Thierry Brun qui a écrit des polars sait comment bâtir un roman et tenir son lecteur sans en faire des tonnes. Pas d'artifices, ses personnages sont crédibles, réalistes, ce sont eux qui font qu'on a envie d'aller au bout. J'avais déjà aimé l'un de ses précédents livres, Ce qui reste de candeur, très différent.

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Intouchable

Publié le par Yv

Intouchable, Jean-Christophe Portes, City, 2021

Lorsqu'en allant visiter sa fille Clara qui vient d'accoucher à l'hôpital d'Antibes, Anne aperçoit le docteur Bonnamy, le monde s'écroule. Simon Bonnamy a été le petit ami de son autre fille, Manon, morte dix ans plus tôt, officiellement suicidée, mais Anne est persuadée que Simon l'a tuée ainsi qu'il a tué d'autres personnes, des patients.

Dès lors, elle ne cesse de le traquer, de rechercher par tous les moyens ses passages dans différents lieux et les morts qu'il a pu semer. Pour Anne, obtenir vengeance est devenu le combat de sa vie. A tout prix...

Je ne suis pas spécialiste ni très amateur de thriller, j'ai toujours l'impression qu'il y a des codes stricts, des passages obligés et un manque de surprises, ou disons que les surprises sont attendues ; mais comme icelui est écrit par Jean-Christophe Portes, l'auteur de la série historique avec Victor Dauterive entre autres, je me suis laissé tenter. Cela commence difficilement avec une mise en place de l'intrigue et des différents intervenants que je trouve longue et des répétitions, des passages un peu bavards.

Une fois ces bémols passés, je suis entré dans le cœur de l'action et des personnages, sans tergiversations, au plus profond d'eux, d'Anne en particulier. Et cela c'est un bon point qui me ramène dans ma lecture. Son mal de vivre depuis la mort de Manon est omniprésent, comme si elle s'empêchait de survivre à elle et que sa mission était de crier partout qu'elle ne s'était pas suicidée.

L'on entre également dans la tête de Simon Bonnamy, JC Portes alternant les deux narrateurs, lui d'abord tout doucement, puis prenant plus de place au fil des pages. Le roman va assez vite, il est dense, à peine 250 pages, donc excellent format pour moi et se lit vite. JC Portes rajoute des éléments au cours de son histoire, renforçant la détermination de l'une et l'aspect inquiétant de l'autre. Ni Anne ni Simon ne sont des personnages vraiment sympathiques, lui semble être un monstre -mais je n'en dirai pas plus- et elle l'est un peu aussi tant sa vengeance l'a obsédée et l'obsède encore au point de négliger son autre fille et les gens qui l'entourent. La difficulté à vivre de l'une étant la conséquence des actes horribles de l'autre.

Même -a priori, comme quoi, les a priori...- non-amateur du genre, je me suis laissé emporter, preuve que ce thriller est très bon. En outre, l'auteur évoque des lieux que j'aime beaucoup, Nantes, Pornic et Les Moutiers-en-Retz, station balnéaire que je fréquente souvent pour mes balades iodées.

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