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La section Lucky

Publié le par Yv

La section Lucky, Frédéric Schmitter, Ed. du rocher, 2021

1984, Gaspard un pédo-psychiatre imagine un projet auprès de six adolescents des îles du Ponant. Chacun devra travailler avec les mots et avec les lettres selond es exercices proposés. Plusieurs rencontres ponctuent l'année et font avancer le travail.

Le projet et le groupe furent baptisés par un pricipal de collège amateur de bande dessinée : La section Lucky.

Court roman qui, grâce à Gaspard et les six adolescents avec lesquels il va travailler énumère et explique ce que sont les diverses contraintes d'écriture. Lipogrammes, palindromes, anagrammes... Plutôt léger, il parle du plaisir d'écrire, de créer, de jouer avec les lettres et les mots. Et Anne, Erwann, Isabelle, Olivier, Urielle et Yves -pour les prénoms, n'oubliez pas, nous sommes en 1984 !- de se lancer tous à fond dans le jeu et de relever les nombreux défis de Gaspard. Je l'ai lu à l'affût du moindre exercice de style caché dans les lignes mais aussi avec le plaisir de découvrir le travail des jeunes gens. Je ne dirai pas ce que j'ai trouvé, pour ne rien dévoiler mais aussi pour ne pas passer pour un benêt si j'ai raté plein de trucs...

Ce livre pourra être lu par des adolescents qui s'intéressent à la lecture bien sûr mais aussi à l'écriture et par leurs parents.

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La guerre invisible. L'agence

Publié le par Yv

La guerre invisible. L'agence, Franck Giroud, Olivier Martin, Rue de Sèvres, 2021

1951, Le Caire, une équipe de la CIA arrive sous couverture pour débusquer et "recruter" Manfred Fürbringer ex-ingénieur nazi qui se cache sous une fausse identité. Kathryn Ingelmann débarque donc avec son neveu supposé, Rudi, un garçonnet orphelin qui ne connaît rien de sa mission et sont accueillis par Max Ingelmann oncle de l'un et beau-frère de l'autre. En réalité, les fameux agents sous couverture.

Premier numéro d'un triptyque scénarisé par Franck Giroud -décédé en 2018- à qui l'album est dédié. Il sent bon les années 50, les barbouzes, les espions qui se tirent la bourre en l'occurence ici, les Ricains et les Russes pour obtenir les faveurs d'un scientifique. Peu importe qu'il fut nazi s'il peut servir désormais les intérêts d'une autre grande puissance. Aucun bon sentiment, le boulot avant tout et le pragmatisme. Dessin d'Olivier Martin, classique qui colle parfaitement aux années décrites et scénario digne des meilleurs fils d'espionnage. On n'est pas dans une comédie à la OSS 117, mais dans une série sérieuse et d'action qui montre les dessous pas très reluisants de l'après-guerre. 

Personnages bien décrits et l'on sent la faille chez la femme, celle qui la rend forte mais qui la mine et qui pourrait bien la rendre dangereuse. Suite au prochain numéro.

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Les chiens de Riga

Publié le par Yv

Les chiens de Riga, Henning Mankell, Seuil, 2003 (traduit par Anna Gibson)

Février 1991, un canot de sauvetage est retrouvé sur une plage de Scanie. A son bord, deux cadavres d'hommes bien habillés et froidement abattus d'une balle en plein coeur. Cela ressemble à un crime du milieu, un règlement de compte. Kurt Wallander enquête. L'identité des deux hommes est bientôt révélée, il s'agit de deux Lettons. Le major Liepa, flic de Riga arrive à Ystad épauler Wallander. Il repart quelques jours plus tard pour terminer son enquête en Lettonie et est abattu. Les autorités lettonnes demandent à Kurt Wallander de venir les aider à résoudre le meurtre du major. Contraint, Wallander accède à la demande et se retrouve, coupé de ses repères, surveillé, dans un pays, qui malgré la chute du mur de Berlin quelques mois plus tôt n'en est encore qu'à rêver de démocratie.

Deuxième enquête de Kurt Wallander, écrite l'année d'après Meutriers sans visage et traduite en français seulement dix années après. Ce n'est pas ma préférée, il y a une grosse partie un peu molle lorsque Kurt Wallander est en Lettonie, qui manque un peu de dynamisme et qui, si elle apporte pas mal de précisions quant à l'état de ce petit pays balte à cette période difficile -entre le joug russe et l'autonomie- n'est pas non plus totalement passionnante. Heureusement, ça ne dure pas et la fin est excellente. Ce qui est bien dans cet épisode, c'est qu'on découvre un peu plus Kurt Wallander et son mal-être, sa mélancolie pour ne pas dire plus. C'est aussi sa première rencontre avec Baiba Liepa, la veuve du major, avec laquelle il nouera une relation pendant quelques temps.

Même si ce n'est pas le meilleur tome des enquêtes de Wallander, il n'empêche que ça reste une enquête de Wallander et que donc, j'en tourne les pages avec toujours autant de plaisir.

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Les fiancées du califat

Publié le par Yv

Les fiancées du califat, Marc Trévidic, Matz, Giuseppe Liotti, Rue de Sèvres, 2021

Toulouse, un groupe de 5 femmes mené par la femme d'Abou Ghalib entend bien mener la guerre sainte et perpétrer des attentats. Surveillées, elles parviennent néanmoins à obtenir l'assentiment du chef pourtant peu enclin à ce que des femmes participent à son combat.

Il faut toute l'opiniâtreté d'une petite équipe de flics pour que, au plus haut de l'Etat, on daigne enfin comprendre qu'elles présentent un réel danger.

Scénario de Marc Trévidic (juge anti-terroriste) et Matz plusieurs fois ici chroniqué, assez simple et bien amené qui nous fait bien comprendre la difficulté du travail des enquêteurs dans la traque des terroristes. Il faut pas mal d'intuition, un peu de chance et beaucoup de boulot souvent ingrat pour parvenir à obtenir des renseignements sur des supposé-e-s terroristes. Et pour les stopper, il faut de la persévérance et un pouvoir de conviction certain.

L'labum est assez classique dans sa forme, très aisé à lire. Le fond colle à l'actualité, la devance même un peu. Le tout donne une BD pas mal du tout qui parle de l'égalité homme-femme là où l'on ne l'attend pas et franchement, parfois, il est préférable mesdames, que dans certains domaines, vous soyiez moins représentées.

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Meurtriers sans visage

Publié le par Yv

Meurtriers sans visage, Henning Mankell, Christian Bourgois, 1994 (traduit par Philippe Bouquet)

Dans la nuit du 5 janvier 1990, en pleine campagne suédoise, un couple d'agriculteurs âgés est retrouvé sauvagement assassiné dans sa maison. C'est l'inspecteur Kurt Wallander de la police d'Ystad qui est chargé de l'enquête. Aucun indice, aucun mobile apparent ne peuvent expliquer cette sauvagerie envers des gens paisibles et modestes. La femme qui a survécu quelques heures a pu prononcer "étranger" et c'est bientôt la Suède xénophobe à l'heure où les demandes d'asile affluent dans le pays qui donne de la voix.

Première enquête de Kurt Wallander, de nombreuses fois rééditée chez Points -ainsi que les suivantes-, et notamment dans cette couverture réussie (mon exemplaire est nettement plus ancien). Un peu en manque de livres et d'envie, j'ai décidé de reprendre les aventures de Kurt Wallander, mon flic de fiction favori. Et je confirme que c'est bien mon flic favori. Henning Mankell écrit ce roman en 1990 et il résonne terriblement fort 30 années plus tard : l'afflux de réfugiés, les difficultés pour les accueillir décemment et les sempiternelles réflexions xénophobes, racistes très souvent infondées mais qui distillent la peur et la suspicion.

Kurt Wallander et son équipe font un travail de fourmi, foncent sur des pistes qui n'aboutissent à rien, abattent un boulot de titan pour de maigres résultats, résolvent quand même d'autres enquêtes en cours de route et sont souvent tentés de baisser les bras. Mais toujours un détail vient relancer l'affaire et Kurt y replonge entièrement. Sa vie n'est pas folichonne non plus : jeune divorcé-contraint qui n'accepte pas ; sa fille, Linda 19 ans qui zone plus ou moins ; son père avec lequel les rapports sont difficiles et qui semble perdre la tête ; son penchant pour la bouteille qui lui font faire des actions qu'il regrette...

Henning Mankell à travers son héros raconte la Suède contemporaine qui bouge, ce que l'on n'appelait pas encore la mondialisation, la crise, le chômage. C'est à la fois très proche de nous et assez loin, en 1990 pas de téléphones portables, pas d'applicatons pour tout et rien, mais on sent tout de même que le monde est au bord d'un chamboulement.

Excellent, je vais pouvoir tranquillement m'attaquer au tome 2.

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Le sacrifice des oubliés

Publié le par Yv

Le sacrifice des oubliés, Benoît Bernier, Ouest-France, 2020

Gilbert Fronsard, conducteur de train arrive en gare de Nantes, mais à la sortie d'une courbe, il voit un homme étendu sur les rails, qui semble sourire. Impossible d'arrêter le train. C'est le troisième mort écrasé sous un train dans la région depuis quelques semaines. Pas d'indice, pas d'empreinte, rien ne permet d'identifier les morts ni a fortiori de retrouver leur meurtrier, car il s'agit bien de meurtres, les victimes ayant été attachées.

Livius Carmin journaliste dans un hebdo ne veut pas se contenter de vagues hypothèses, d'article vides, il cherche, aidé par son ami flic David Durieux et par son grand-père très avisé. Il ne sait pas encore à quel point il va être impliqué dans cette histoire.

Premier roman de Benoît Bernier, infirmier en psychiatrie de son autre état. Et premier roman noir très convaincant. D'abord par l'intrigue ou devrais-je dire par les intrigues mêlées qui m'ont tenu, m'ont fait envisager l'implication de pas mal de monde -le roman ne mettant pas en scène une foultitude de personnes, forcément un moment on a la bonne réponse, mais sans le savoir et surtout sans connaître les mobiles.

Ensuite, par les intervenants, Livius en tête, sympathique, un rien glandeur, bosseur dès qu'il flaire la bonne histoire mais pas prêt à tout pour écrire le scoop du siècle. Bien entouré par un grand père qui lui donne de bons conseils, par son ami flic David chacun profitant de l'amitié de l'autre sans arrière pensée, juste parce qu'ils sont amis. Pas mal aussi de personnages secondaires bien campés qui donnent de l'épaisseur à Livius et au bouquin.

Et enfin, c'est l'écriture, le ton de l'auteur qui enlève le tout. Humour, ironie, sarcasmes, second degré, tout cela dans une langue moderne et vive, parfois argotique, qui m'a ravi. En outre, Benoît Bernier fait intervenir un corbeau qui, dans ses missives, use d'un langage tout autre, châtié voire désuet et un poil ampoulé, qui prouve d'abord qu'il sait écrire et ensuite que son écriture colle bien à ses personnages qu'on visualise ainsi davantage. Aucun ennui, 250 pages avalées sans s'en rendre compte.

Format -et prix- poche pour la collection Empreintes de Ouest-France qui est, avec entre autre Le sacrifice des oubliés -le titre est déjà formidable-, sur les bons rails (c'était trop tentant).

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Les indésirables

Publié le par Yv

Les indésirables, Kiku Hughes, Rue de Sèvres, 2021

Kiku, Américano-japonaise de 16 ans qui ne connaît rien de ses origines nippones, à l'occasion d'un voyage à San Fransisco avec sa maman, sur les traces de ses aïeux, se retrouve propulsée dans les années 40, après Pearl Harbor, dans ces années où les Etats-Unis parquèrent les Nippo-américains dans des camps. C'est en partie le discours de haine tenu par le nouveau président du pays, tout juste élu en 2016 et qui parle de construire un mur entre les Etats-Unis et le Mexique qui réveille en Kiku et sa maman les blessures des Japonais venus vivre dans ce pays avant la guerre et désignés comme espions ou gens peu fiables pendant cette période.

Roman graphique de presque 300 pages qui mèle astucieusement fiction et réalité. La fiction est bien sûr la partie où Kiku se retrouve propulsée en 1940 dans les camps d'internement et où elle est la voisine de sa propre grand-mère, jeune fille, et de ses parents, les premiers immigrants de la famille. L'histoire n'est pas nouvelle, mais pas forcément très connue. Kiku Hughes parle de la promiscuité, des bâtiments à peine finis lorsqu'ils arrivent, des brimades, des humiliations quotidiennes (l'appel, la nourriture très mauvaise...), du sentiment profond d'être abandonnés de tous, d'être suspectés, de ne plus savoir à quel prix il faut rester dans ce pays sachant qu'il est impossible de retourner au Japon... et de l'adaptation pour améliorer la qualité de vie.

Le dessin est simple et se focalise sur les personnages, les décors sont tellement monotones qu'ils ne sont pas répétés. Les cases peuvent être muettes, ça n'est globalement pas un livre bavard, mais il raconte bien cette période. Très bel et bon album très coloré, ce qui tranche avec l'histoire racontée, qui fait le lien avec l'actualité. Et au vu des derniers événements aux Etats-Unis (la fin de mandat de Trump et l'entrée en force de ses partisans au Capitole), je ne suis pas certain qu'on aille vers du meilleur.

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Une adoption particulière

Publié le par Yv

Une adoption particulière, Chantal de Grandpré, Rémanence, 2020

La narratrice raconte son parcours d'adoptante avec son ami qui les mènera jusqu'à l'adoption de deux petites filles de huit et dix ans, deux soeurs vietnamiennes qui vont venir habiter en France.

Voilà un livre étonnant. Présenté comme un roman, on a davantage l'impression d'un récit, d'un journal tenu quasiment au jour le jour de cette adoption, par la forme et l'écriture. Il m'a été difficile de me défaire de cette impression durant ma lecture, et comme je ne suis pas très amateur du genre témoignage, j'avoue que ce livre ne m'a pas totalement emballé.

Parfois un peu mièvre, un peu trop catho à mon goût -mon anti-cléricalisme s'est réveillé, jamais vraiment endormi : on y parle de Dieu, de miracle, de transsubstantiation, de transmission de la religion ; il y a entre les lignes cette idée de "sauver" des enfants très occidentale et un poil catho-colonialiste.

Néanmoins, je dois dire que l'autrice est très complète sur le sujet de l'adoption. Pas vraiment sur le parcours pour l'agrément, mais sur le reste : l'attente, les démarches avec l'association et le pays et surtout la rencontre avec les deux fillettes et la suite lorsqu'elles s'installent au domicile de leurs nouveaux parents.

Un premier roman original, facile d'accès qui devrait trouver son public aisément.

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Le rituel des Monts d'Arrée

Publié le par Yv

Le rituel des Monts d'Arrée, François Lange, Palémon, 2020

Quimper, 1860, l'inspecteur François Le Roy attrape le détrousseur des vieilles femmes. Mais il doit partir pour les Monts d'Arrée où un notable du coin a été assassiné selon un rituel macabre. Ce notable, notaire, fait partie d'une confrérie néo-druidique, la Fraternité de l'Homme Vert. L'enquête s'annonce difficile et délicate, Le Roy devra entendre et peut-être suspecter des gens importants. Il se rend dans une auberge de Huelgoat, point central, et sollicite l'aide du lieutenant de gendarmerie locale, Martial Sanquer.

Quatrième tome des aventures de Fanch Le Roy qui quitte Quimper pour les Monts d'Arrée. Comme d'habitude, il prend le temps d'écouter tous les intervenants, de les rencontrer chez eux pour mieux les cerner, de vérifier les déclarations, tout cela assez tranquillement avant que son opinion ne se forme et ne se forge. Il est formidablement aidé par le lieutenant Sanquer et chouchouté par l'aubergiste, Théoline Meudec.

Cette fois-ci, François Lange dépasse allègrement les 200 pages pour ce roman qui prend son temps. L'on va au rythme des chevaux et du pas de Le Roy. Trente kilomètres sont parcourus en trois heures. On est loin des polars actuels qui ne jurent que par la technologie : portable ordinateur, ADN... D'autant plus que l'inspecteur Le Roy n'est jamais contre une invitation dans une auberge pour y boire des bonnes bolées de cidre ou y faire des repas copieux et arrosés qui l'obligent à faire des siestes. Il profite de la vie, des gens qu'il apprécie et des coins qu'il visite. Et je dois dire que l'auteur de ce polar n'est pas avare de descriptions des lieux, des paysages et des légendes bretonnes : "Il ne pouvait rejeter les croyances de ses ancêtres, ce que les gens de la ville nommaient dédaigneusement des superstitions. Il avait grandi dans cet imaginaire et l'héritage spirituel des Celtes, imprimé dans son âme, se traduisait par ces intersignes, moments privilégiés où l'autre monde, celui des défunts, était intimement mêlé à celui d'ici-bas." (p.80). Néanmoins Le Roy n'oublie jamais son enquête et en permannence cogite. S'il est imprégné des croyances et légendes qu'il ne rejette pas, il est également moderne et use de tous les moyens à sa disposition. Grâce à lui, on jouit d'une une fort belle balade dans les Monts d'Arrée, en compagnie d'un héros atypique et sympathique.

Les purs et durs amateurs de polars historiques peuvent rester sur leur faim, il est vrai que l'époque est moins marquante que dans d'autres romans qui se déroulent en la capitale, François Lange s'intéresse aux conditions de vie des provinciaux, des petites gens et des bourgeois et les premières années de règne de Napoléon III furent assez paisibles par rapport à beaucoup d'autres périodes. Disons que l'on y retrouvera davantage les conditions de vie de nos arrière-grands-parents au quotidien que des questions politiques nationales voire internationales. 

Une série de polars en Bretagne ça ne se refuse pas. Une série de polars historiques ça ne se refuse pas non plus -ou rarement. Une série qui mêle les deux est indispensable.

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