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Tous nos corps

Publié le par Yv

Tous nos corps, Guéorgui Gospodinov, Intervalles, 2020 (traduit par Marie Vrinat)

Le sous-titre du livre, Histoires ultra-courtes, le résume parfaitement. Guéorgui Gospodinov, écrivain bulgare déplore dans la post-face la prépondérance du roman dans la littérature et le peu de place laissée aux autres genres. "Et pourtant, en ce qui me concerne, c'est ce potentiel subversif des petites histoires, leur capacité à échapper au joug du roman qui me plaisent. [...] Je veux dire qu'à une époque comme la nôtre, où l'on parle beaucoup et au hasard, comme au bistro, la bonne histoire courte vient nous donner la mesure de chaque mot. Et de chaque minute." (p. 139/141)

J'aime beaucoup ce genre de recueils, mais il faut bien avouer que l'exercice est casse-gueule, l'auteur peut vite tomber dans l'historiette sans intérêt, ce qui est loin d'être le cas avec Guéorgui Gospodinov. Il y parle littérature, travail de l'écrivain. La nostalgie est également très présente ainsi que la Bulgarie, l'amour, la mort, Dieu, l'athéisme. Les gens que l'auteur a rencontrés ou inventés sont décrits dans leur quotidien, mais aussi leurs pensées, leurs questionnements, leurs peurs, angoisses, joies, bonheurs... Des histoires courtes voire très très courtes qui vont au plus direct et parfois, une phrase explose, ça peut-être la chute, mais pas toujours :

"L'être humain n'est pas fait pour manger seul."

"Je suis conscient, sans doute comme beaucoup d'autres avant moi, que, parmi mes souvenirs personnels, il y en a un grand nombre qui sont nés de livres. Lire produit des souvenirs."

Les histoires de Guéorgui Gospodinov sont drôles, ubuesques, fantaisistes, tendres, oniriques, poétiques, réalistes, surréalistes, décalées, à chute souvent, sans chute parfois, il y a en elles un détail ou leur fond qui est à retenir, qui interroge ou simplement qui plaît. Une que j'aime beaucoup pour finir :

"L'ange des livres non lus

Ils sont là, quelque part, je les vois empilés l'un sur l'autre, tous les livres que je ne lirai pas. Le sommet de cette tour se perd dans les nuages et tout au-dessus se tient l'ange des livres non lus qui balance ses jambes.

Certains de ces livres ne sont même pas encore écrits. Cette tour de Babel de ce qui n'a pas été lu croît de jour en jour, de plus en plus imposante.

Parfois, j'ai l'impression que l'on peut atteindre Dieu par l'ignorance." (p. 134)

Le genre de livres que l'on a plaisir à lire, à offrir et faire découvrir, car chacun y trouve, sauf à être totalement obtus, des histoires qui le touchent.

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Un truand peut en cacher un autre

Publié le par Yv

Un truand peut en cacher un autre, Samuel Sutra, Flamant noir, 2020

10 mai 1981 date importante en France et dans la carrière de truande de Tonton. Aimé Duçon de son vrai nom n'est pas encore la cador qu'il deviendra. Edmond, son père, une référence dans le milieu sucre les fraises et sa mère Lucette tente de le supporter. Mais Tonton flaire le bon coup puisque les flics ce jour-là seront occupés à autre chose qu'à chasser le voyou. Aussi monte-t-il le coup du siècle avec une équipe dénichée en prison, pas que des bons. Les principaux : Bruno, l'ami sûr ; Mamour l'aveugle expert ès serrures de tout genre et Gérard qui arrive par hasard et ne quittera plus Tonton.

Sous titré Les origines de Tonton, ce roman est en quelque sorte le numéro 0 de la série de Samuel Sutra. Lorsque l'on a lu et aimé 6 tomes d'une série, nul doute que le numéro 0 plaira, et c'est le cas. Ceci étant dit, quelqu'un qui ne connaîtrait pas Tonton -il paraît que ça existe des gens comme ça- peut commencer par ce tome et s'enquiller les suivants dans l'ordre. Un roman qui -presque-commence comme ça, peut-on résister : "... après être sorti d'une estafette en flamme, il était parvenu à s'en tirer sans trop de casse. Ses complices avaient eu les bons réflexes et avaient éteint les vêtements en feu de leur patron en lui assénant de grands coups de pelle. Niveau brûlure, Edmond Duçon s'en était bien sorti, tout juste s'il avait eu chaud. En revanche, les coups de pelle distribués au hasard aveint quelque peu abîmé son sens de l'initiative et sa capacité à compter sur ses doigts." (p 8/9)

Samuel Sutra alterne les phrases dans un style classique avec d'autres beaucoup plus argotiques, le tout donnant une comédie policière immanquable. Et puis, il y a les personnages, Tonton en tête et l’inénarrable Gérard. Une équipe de types dont chaque membre individuellement est un tocard donne une équipe de branquignols qui aura bien du mal à mener son affaire jusqu'au but sans surprise. Un témoin les décrit ainsi : "... bon, des cons, j'en ai vus. Mais j'avais encore jamais eu la chance de croiser l'élite." (p.151).

Attention à ne pas confondre Tonton avec celui qui vient d'être élu ce soir-là et qui n'est pas encore surnommé pareil. Notre Tonton devra faire avec un autre cador de la truande qui vise lui aussi le coup du siècle et qui se fait appeler L'épervier (un rapport avec Bruno Crémer dans le film L'alpagueur ?).

En ces temps moroses où tout fout le camp : fini le confinement affalé dans un fauteuil de jardin, le confinement bis est intérieur, les livres ne sont pas de première nécessité alors qu'ils devraient être d'une absolue nécessité (les librairies son de nouveau ouvertes, les caves n'ont jamais ferné), il est urgent de lire drôle et dépaysant. Et Tonton est là pour ça. En achat sur le site de Flamant noir ou chez votre libraire pour une double bonne action, une pour le livre et général et une pour vous.

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Le prix de la vengeance

Publié le par Yv

Le prix de la vengeance, Don Winslow, Harper Collins (traduit par Isabelle Maillet), 2020

Six novellas, j'apprends le terme à cette occasion : entre la nouvelle et le roman. C'est ce que j'appelle d'habitude court roman. Tous ont entre 80 et 95 pages, ce qui, pour Don Winslow, est très court, ses romans flirtant aisément avec les 500 pages.

- Le prix de la vengeance : lorsque le frère du flic Jimmy McNabb, flic lui aussi, est victime des représailles d'un gros trafiquant que Jimmy a malmené, Jimmy décide de se venger. A tous prix.

- Crime 101 : Davis est un cambrioleur organisé et rentable. Il ne travaille qu'aux alentours de la Highway 101, la Pacific Coast Highway, dite la PCH. Toujours seul. Que des gros coups. Jamais attrapé et pourtant un flic est sur ses traces, le lieutenant Lou Lubesnick.

- Le zoo de San Diego : comment un chimpanzé a pu avoir en mains un flingue ? Et comment a-t-il réussi à s'échapper du zoo ? Chris Shea, policier patrouilleur, se pose ces questions lorsqu'il est appelé pour régler le problème.

- Sunset : Duke Kasmajian est prêteur de caution, aussi lorsque l'un des mecs qu'il a libéré lui fausse compagnie, fait-il appel à Boone Daniels, surfeur et ami du fugueur, pour le retrouver.

- Paradise : Ben, Chon et O., célèbres producteurs d'herbe tentent de s'installer à Hawaï, dans un endroit où le climat est excellent pour la production : pluie et chaleur. Mais les locaux ne voient pas leur arrivée favorablement, n'aimant point trop la concurrence.

- La dernière chevauchée : Cal Strickland est flic aux frontières dans son Texas natal, là où un nombre important d'étrangers passent la frontière vers les États-Unis et se font arrêter et parquer dans des camps. Jusqu'à ce qu'il croise le regard d'une fillette, Luz, Cal ne se posait pas beaucoup de questions, se contentant de faire son travail. Mais ce regard le hante.

Je tiens Don Winslow pour l'un des meilleurs auteurs de polars-thrillers étasuniens, mais je dois aussitôt confesser ma piètre connaissance ès auteurs de ce pays. Néanmoins, dans ce recueil, il montre son immense talent en écrivant des histoires très différentes dans le fond et la forme. Je retrouve par exemple le style et les personnages de Savages et Cool dans Paradise. De même dans Sunset, ceux de L'heure des gentlemen et La patrouille de l'aube. J'en découvre d'autres qui étaient peut-être dans d'autres romans précédents. Certains protagonistes d'une histoire jouent les seconds rôles dans une autre voire une simple apparition.

Dans ces novellas, Don Winslow, qui parfois fait dans des descriptions très précises de lieux que je ne connais pas, de voitures en donnant marque, modèle et année, terriblement terre-à-terre, privilégie l'action et les personnages et les inscrit dans le contexte des États-Unis d'aujourd'hui qu'il ne ménage pas. Violence voire ultra-violence, perte d'humanité lorsque les immigrés sont enfermés dans des cages : "La première fois qu'il a vu la fillette, elle était dans une cage. Y'a pas d'autre mot pour ça, s'est dit Cal sur le moment. On peut bien employer des noms différents -"centre de rétention", "camp de rétention", "refuge temporaire"-, quand des personnes sont regroupées derrière un grillage, c'est une cage." (p. 457) Le constat est terrible pour une société qui s'individualise et ne prône que la réussite personnelle au détriment de la fraternité. Nous au moins, en France, on l'a inscrite sur nos frontons... heureusement, parce que sans cela, on peut la chercher longtemps.

La dernière chevauchée est sans doute la nouvelle qui m'a le plus touché, elle est au cœur de l'actualité et pointe le doigt sur les conditions d'accueil des réfugiés dans tous les pays. L'inhumanité des lois du pays finissent par peser sur les hommes et les femmes confrontés au pire tous les jours. Sans être nommé, le président actuel n'y est pas très apprécié.

Le livre en entier est excellent, il pose pas mal de questions sur la dignité humaine, sur les œillères qu'on se met pour ne pas voir ce qui nous dérange, sur la violence quotidienne... Les nouvelles sont parfois très noires, dures, sans espoir et d'autres fois plus légères -Le zoo de San Diego-, toujours elles s'inscrivent dans un contexte bien décrit.

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Ça coince ! (54)

Publié le par Yv

Le complot du livret rouge, Laurent Nagy, City, 2020

1814, Louis XVIII est sur le trône, mais son pouvoir mécontente le peuple. Un ancien révolutionnaire, Joseph Chunotte est mort défenestré, un homme puissant soupçonné d'avoir en sa possession des bijoux dérobés à Marie-Antoinette, mais surtout un mystérieux livret rouge pouvant mettre encore davantage en péril le pouvoir. Le commissaire Samuel Le Mullois est mandaté pour retrouver le tout.

Ce qui est le plus compliqué pour lui, c'est de louvoyer entre les révolutionnaires, les bonapartistes, les royalistes qui cohabitent en cette période trouble sans se comprendre ni s'apprécier. Il lui faudra compter également avec ceux qui ménagent tout le monde pour être de tous les pouvoirs.

Samuel Le Mullois est un taiseux, un taciturne, un agélaste. Autant dire que la plaisanterie, la gaudriole sont absentes de ce roman policier historique. Ce n'est évidemment pas la raison de mon classement dans la rubrique Ça coince ! Non c'est que je me suis ennuyé, c'est long à la fois dans la mise en place de l'intrigue, du contexte historique et des personnages. Et l'ensemble n'apporte rien de nouveau au roman historique. Pas très original, un peu plat, ça peut néanmoins se suivre sans déplaisir. Personnellement, il m'aurait fallu un petit truc en plus, un petit grain de folie dans l'un des héros ou dans l'écriture, enfin un truc qui m'accroche.

Les lumières de l'aube, Jax Miller, Plon (traduit par Marie-Claire Clévy), 2020

"30 décembre 1999, Welch, Oklahoma. Lauria Bible et sa meilleure amie Ashley Freeman, 16 ans, passent la soirée ensemble chez les Freeman. Le lendemain matin, le mobil home familial est en feu et les deux jeunes filles ont disparu. Les corps des parents d'Ashley sont découverts dans les décombres, deux balles dans la tête. L'affaire est restée non résolue, et les adolescentes n'ont jamais été retrouvées. Que s'est-il réellement passé cette nuit-là ?" (4ème de couverture)

Alléchant sans doute et malheureusement décevant. C'est le parti pris d'interpeller le lecteur et de le noyer sous des tonnes d'informations aussi inutiles que longues qui ont eu raison de moi. Le roman ne démarre pas et sous prétexte de nous présenter les personnages, nous parle des petites fleurs et des cheveux d'unetelle... C'est franchement canulant. Je ne lis pas un polar pour des descriptions du genre ou alors faudrait-il qu'elles soient enjolivées par un style ou une écriture particuliers ou qu'elle servent le récit. Là ce n'est pas le cas. L'ensemble est fade. Voilà qui ne me réconcilie point avec les romans étasuniens, et pourtant celui-ci possède en son sein des envies d'originalité dans la forme notamment... qui tombent à plat.

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Le roi de la forêt

Publié le par Yv

Le roi de la forêt, Christian Joosten, Weyrich, 2020

Lorsque le cadavre d'une femme est retrouvé dans une forêt de Vresse-sur-Semois, région de Namur, c'est logiquement le commissaire local Guillaume Lavallée qui devrait enquêter. Mais c'est Françoise, sa femme qui est sommairement enterrée là. Il devient donc le suspect numéro 1. Puis, sous le corps de Françoise, un autre cadavre, vieux de trente ans. Une femme, une amie de Françoise. Tout désigne le vieux flic, les rumeurs vont vite. Et c'est lui qui devra prouver son innocence.

Dans l'excellente collection Noir corbeau des éditions Weyrich, le petit dernier est un bijou. La couverture jaune vif laisse présager un peu de légèreté, mais que nenni ! C'est du lourd, du sombre. Une noirceur indéniable portée par une région et ses habitants rudes, taiseux et par des personnages pas très joyeux ni heureux : jalousies et rancœurs, amour, haine,... et surtout renforcée par une écriture au cordeau qui ne s'embarrasse pas de fioritures tout en restant élégante. Même les descriptions des lieux qui parfois sont inutiles et longues dans un roman policier jouent ici un rôle : "Une banquette de bois recouverte de ce Skaï épais dont on inondait les snacks pseudo-américains dans le début des années 1970 m'invite à me poser. Un rose initialement criard, devenu pastel au fur et à mesure des décennies, recousu par endroits et puis des sets en papier pour masquer les griffes et manques d'une table en Formica." (p.126); Voilà, en quelques lignes, le décor est planté, tout est dit et tout le monde visualise.

C'est lent, c'est sombre, les personnages eux-mêmes ne sont pas des flics à l'étasunienne qui dégainent à la moindre occasion. C'est la confession d'un homme et l'aveu de ses zones d'ombre, des actes dont il n'est pas fier et qui sont pour beaucoup la cause de sa morne vie de couple. Guillaume Lavallée est un flic atypique qui a réussi à s'intégrer dans cette communauté rurale de Belgique, qui y vit depuis trente ans mais l'on sent bien qu'un petit couac pourrait le faire repasser dans la case des étrangers.

J'ai beaucoup aimé l'écriture de Christian Joosten et la construction de son roman entre l'année 2006 et la découverte des corps et les retours en 1976, l'année de l'arrivée de Guillaume Lavallée dans ce pays et de la disparition de l'amie de Françoise. Christian Joosten écrit-là son premier roman policier et je dois dire qu'il m'a bien bluffé, jusqu'au bout. Une maîtrise incroyable du suspense et des retournements de situation. Il se murmure que ce serait le premier d'une série avec Guillaume Lavallée, j'avoue que je suis intrigué de voir ce bonhomme évoluer tant il détonne dans ce monde du polar.

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Noir côté cour

Publié le par Yv

Noir côté cour, Jacques Bablon, Jigal polar, 2020

Paris, un immeuble de cinq étages. Tout en haut, Galien vit dans un studio appartenant à son père. Il observe toute la journée par sa fenêtre. Dessous, Dorothéa et Guillermo un couple parfait qui fait la fête. Au troisième, un mort récent, exportateur de pistaches. Au second, Ugo Lighetti, un solitaire qui loge une mystérieuse jeune femme brune qui ne parle pas français. Au premier, deux jeunes hommes, lettons dont l'un est blessé et qui quittent précipitamment les lieux.

Ils ont tous plus ou moins des choses à cacher. Des peccadilles pour certains. Pour d'autres du lourd.

Remarque liminaire qui ne sert sans doute à rien, mais que je ne peux m'empêcher de noter : inévitablement, dans des genres différents et sans faire de comparaison, ce roman m'a rappelé Le Syrien du septième étage de Fawaz Hussain, la vie dans un immeuble parisien où se croisent des gens d'origines diverses et surtout le numéro 11 de la rue Simon-Crubellier dans le chef d’œuvre de Georges Perec, La vie mode d'emploi. Mais aussi Fenêtre sur cour... C'est fort de ses images que j'ai écrit cette recension.

Jacques Bablon continue son exploration des couleurs après Trait bleu, Rouge écarlate, Nu couché sur fond vert, Jaune soufre. A chaque fois, personnages et histoires différentes, l'auteur a une imagination débordante. Pour Noir côté cour, j'ai été séduit dès le début. Jacques Bablon a une idée de génie, celle de nous faire faire connaissance avec les habitants de l'immeuble en suivant une puis plusieurs gouttes d'eau qui partent d'une fuite de la chasse d'eau d'un appartement pour s'immiscer dans chacun des autres. Fascinant, j'ai adoré. "Le joint en fibre a fait son temps, l'eau commence à passer entre l'écrou de 17 et le collet battu de l'extrémité du tube de cuivre alimentant le réservoir. Il est presque minuit quand une première goutte d'eau tombe sur le parquet. [...] Une flaque s'est formée à côté des WC. Les lames du vieux parquet de chêne ne sont plus jointives, l'eau s'infiltre dans les fentes. Il est deux heures du mat' quand les premières gouttes commencent à suinter sous les lames et se perdre dans l'épaisseur du plancher." (p.7 et 9)

Et la suite est tout aussi bonne. Scénario impeccable : les petits détails laissés ça et là prennent sens quelques pages plus loin. Tout s'emboîte parfaitement. Dans cet immeuble où les habitants se croisent et se saluent, certains sont plus liés que d'autres par les fameux secrets que j'évoquais plus haut.

Lire Jacques Bablon, c'est un peu comme écouter une chanson de Georges Brassens : tout paraît simple, mais chaque mot est choisi, pesé et réfléchi et tout coule admirablement. L'auditeur ou le lecteur se laisse porter avec délectation. Il écrit au plus juste, ses romans noirs sont courts et denses. Ses personnages sont atypiques, des voisins, des connaissances, des gens qu'on peut croiser quotidiennement. Ce sont les situations qu'ils traversent qui sont moins ordinaires, mais tout cela est narré de manière assez légère qui ne donne pas de sensation de stress ni d'angoisse.

Cinq romans de Jacques Bablon lus et chroniqués, cinq excellents moments.

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Calfboy

Publié le par Yv

Calfboy, Rémi Farnos, La pastèque, 2018

Dans le Far-West, celui des cow-boys, des Indiens, des chasseurs de prime et des pilleurs de banque, Chris Birden et son frère Burt viennent de dévaliser un train. Mais Chris, après avoir arrosé le coup a enterré le butin dans un endroit qu'il a oublié. Burt lui donne trois jours pour retrouver l'argent. Trois jours pendant lesquels Chris va croiser une voleuse, une orpheline, et d'autres personnes qui ne vont pas lui simplifier la tâche.

Un jour que je furetais à la bibliothèque, au rayon jeunesse, je suis tombé sur cet album mis en avant. J'ai lu une ou deux planches et profité de la carte de la pré-ado que j'accompagnais pour l'emprunter. Parce que le début m'a beaucoup plu... et la suite itou. C'est en rentrant chez moi que j'ai vu le nom de la maison d'édition québécoise, La pastèque, que j'ai déjà croisée pour Machine gum et C'est une pastèque ?, deux albums loufoques.

Et Calfboy l'est tout autant : humour absurde, décalé, dessins des êtres vivants très simples (ce n'est pas le cas des paysages), situations drôles et peu de texte. J'ai retrouvé un humour à la Jason que j'aime beaucoup et une référence à Lucky Luke : la silhouette, les vêtements et une apparition de Jolly Jumper ; aucun lien dans la personnalité de Chris avec Lucky.

Calfboy 2, Rémi Farnos, La Pastèque, 2020

Et comme j'ai beaucoup aimé le tome 1, je me suis procuré le tome 2 qui est dans la droite ligne du précédent. On y retrouve les deux frères poisseux, Lise leur nouvelle jeune amie qui veut devenir chasseuse de prime et Oneida l'Indienne voleuse de chevaux et un peu chamane. Les deux frères veulent retrouver le magot planqué subrepticement et par inadvertance par Chris.

Rémi Farnos joue sur le même registre, y ajoute des pages découpées en 12 cases classiques qui ne font pourtant qu'une scène, ou bien une seule grande case de paysage avec des cases à l'intérieur pour montrer la progression d'un cow-boy. Original et très agréable à suivre.

Très bonne série en bande dessinée à mettre entre toutes les mains, un tome 3 est projeté.

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Bienvenue à Gomorrhe

Publié le par Yv

Bienvenue à Gomorrhe, Tom Chatfield, Hugo thriller (traduit par Valéry Lameignère), 2020

Azi Bello, dit AZ, hackeur qui officie depuis un abri de jardin londonien met son talent au profit de causes qu'il estime justes. La dernière est de s'immiscer au sein d'un parti néo-nazi. Très solitaire voire reclus, il est appelé à l'aide par Sigma qu'il imagine être une femme, une hackeuse, qui s'est mis dans le pétrin. Comme si cela ne suffisait pas, Azi est bientôt sollicité de manière forte, contraint donc, d'infiltrer Gomorrhe, un site du darknet, l'un des plus terribles qui soit où tout s'échange ou s'achète parfois au prix d'une vie humaine.

Presque 500 pages pour ce roman qui aurait gagné à maigrir fortement. Même si le monde de l'informatique, du darknet et des pirates n'est pas mon favori, Tom Chatfield le décrit suffisamment bien pour qu'il m'intéresse. Son roman est une suite de rebondissements, de surprises -qui n'en sont parfois pas, tant on les subodore-, d'actions et de longueurs. Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à vouloir écrire des polars de 500 pages lorsque la moitié suffirait ? J'ai passé des lignes, puis des paragraphes, puis des pages pour me retrouver plus loin en comprenant aisément ce qui se passait. C'est dommage parce que ce thriller très moderne et très actuel a de grandes qualités notamment dans une suite d'événements tous plus dingues les uns que les autres. Les personnages sont un peu caricaturaux, mais on s'en arrange.

Voici donc un thriller qui souffle le chaud et le froid. A chacun de se faire son idée.

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Notre humanité

Publié le par Yv

Notre humanité, Ai Weiwei, Intervalles (traduit par Olivier Colette), 2020

Ai Weiwei est un artiste qui s'illustre dans divers domaines : sculpture, installation, photographie... Figure très puissante de l'art contemporain, il fut détenu plusieurs mois en Chine en raison de ses actions et prises de position. Réalisateur d'un documentaire, Human flow sur la crise migratoire, le contenu de ce petit recueil compile des remarques, des réflexions tirées d'articles et d'entrevues d'Ai Weiwei sur ce sujet.

65 millions de réfugiés sur les routes ou dans des camps, c'est le terrible chiffre qui masque les individualités, qui fait qu'on n'entend parler que des réfugiés et beaucoup moins d'humanité. Ai Weiwei insiste sur cette idée que nous faisons tous partie de cette humanité : "N'importe qui pourrait être réfugié. Y compris vous et moi. La crise dite des réfugiés est une crise humaine." "Nous formons une seule et même humanité, telle est ma conclusion. Si l'un d'entre nous est blessé, nous sommes tous blessés. Si l'un d'entre nous est joyeux, nous sommes tous joyeux."

Tâche ardue que chroniquer ce genre de livres, qui parfois semble être empli de bons sentiments, qui d'autres fois cite une phrase frappée au coin du bon sens. Et pourtant, ce bon sens fait tellement défaut : "Nous sommes tous des êtres humains. Nous devons chercher à nous faire du bien, à nous aider les uns les autres, plutôt qu'à nourrir la haine." "L'histoire nous apprend que l'ignorance est le point de départ des plus grandes tragédies"

Ai Weiwei, réveille nos consciences un peu endormies, anesthésiées à la COVID qui est le principal sujet pour ne pas dire le seul de nos conversations et préoccupations. Ce n'est pas toujours facile à lire, car forcément, ça nous titille sur nos actions, nos propos, nos plus profonds questionnements sur l'accueil et l'aide aux plus démunis, à ceux qui ont tout quitté. Chacun se (re)mettra en question.

"Si les barrières servent à nous diviser, il est important de se rappeler que les êtres humains sont tous fondamentalement les mêmes. Certains sont plus privilégiés que d'autres, mais ce privilège s'accompagne de la responsabilité d'en faire davantage."

"Nous sommes tellement gâtés par la vie contemporaine que nous oublions ceux qui sont encore dans la souffrance et la douleur, et qui ont besoin d'aide."

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