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Le roi du bois

Publié le par Yv

Le roi du bois, Pierre Michon, Verdier, 1996

Un tout jeune homme, au 17ème siècle, garde des porcs dans un champ lorsqu'un carrosse s'arrête sur le chemin. Il se tapit et voit une jeune femme descendre qui relève ses jupes prestement et urine. Le garçon ne peut détacher son regard de la blancheur des jambes, des cuisses et des fesses de la femme, ni du carrosse duquel un notable interpelle la femme pour lui faire presser son affaire.

"Cette apparition éblouissante, la chair blanche et les dentelles, le pouvoir qu'ont les puissants de jouir avec arrogance du luxe et de la beauté, il va désirer les faire siens." (4ème de couverture)

Court texte ciselé de Pierre Michon, comme tous ses textes, c'est quasiment un pléonasme. Une économie de mots pour raconter cette histoire et celle des peintres italiens du 17ème, de leurs mécènes, la famille Barberini notamment, qui nécessite néanmoins si l'on est curieux et/ou pas très au fait des uns et des autres une petite recherche. Personnellement, j'aime bien, je me cultive, je ne savais pas que la famille Barberini, celle du pape Urbain VIII fut une grande famille riche mécène.

Il y est question des difficiles conditions de vie des pauvres à l'époque et de leurs désirs de s'élever dans la société, leur envie de profiter un peu aussi de douceurs, de luxe et de beauté. Quatre siècles plus tard, les choses n'ont pas beaucoup changé, certains -un petit nombre- profitent toujours des richesses pendant que le plus grand nombre trime pour pas grand chose. Pierre Michon parle aussi de peinture, thème récurrent chez lui. Mais surtout tout est dit avec une élégance et une érudition évidentes, c'est beau et prendre son temps est d'une part nécessaire pour ne rien rater et tout saisir et d'autre part pour en profiter le plus  longtemps possible.

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Penser/Classer

Publié le par Yv

Penser/Classer, Georges Perec, Seuil, 1985

Georges Perec est décédé le 3 mars 1982 et ce recueil fut le premier titre posthume de lui édité. "A l'origine de ce volume, se trouve le texte "Penser/Classer" publié dans la revue Le Genre humain peu de jours avant la disparition de Georges Perec"

Ceci étant dit, pour situer l'ouvrage, il m'est bien difficile de le résumer, puisqu'il s'agit de textes très différents, sur, bien entendu, le thème qui donne le titre, mais aussi sur l'usage du verbe habiter, sur une description des objets sur la table de travail de l'auteur... puis des considération sur l'art des listes, des énumérations, sur l'usage de et caetera ou pas...  sur le rangement d'une bibliothèque, sur ce que la lecture entraîne dans le corps. Du futile sans doute, de l'indispensable certainement, tant les livres de Perec le sont.

"Comment je pense quand je pense ? Comment je pense quand je ne pense pas ? En cet instant même, comment je pense quand je pense à comment je pense quand je pense ? "Penser/classer", par exemple, me fait penser à "passer/clamser", ou bien à "clapet sensé" ou encore à "quand c'est placé". Est-ce que cela s'appelle "penser" ? Il me vient rarement des pesnées sur l'infiniment petit ou sur le nez de Cleopâtre, sur les trous du gruyère ou sur les sources nietzschiéennes de Maurice Leblanc et de Joe Shuster ; c'est beaucoup plus de l'ordre du griffonage, du pense-bête, du lieu commun." (p.172)

N'importe qui d'autre écrirait sur ces thèmes serait ennuyeux voire carrément chiant, mais pas Perec qui à l'art d'intéresser et même davantage aux petites choses courantes, aux actes usuels, aux détails quotidiens qui un instant retiennent son attention. Ce n'est pas un roman, ni un essai, c'est un livre à part, que l'on ne lit pas d'une seule traite, qui nécessite sans doute de s'arrêter, de reprendre après une autre lecture plus classique -encore qu'on peut très bien le lire sans autre livre entamé, comme ça, juste pour le plaisir.

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Le cycle de la mort

Publié le par Yv

Le cycle de la mort, Thomas Korovinis, Belleville, 2022 (traduit par Clara Nizzoli)

"Thessalonique, années 1960. Le député de gauche Grigoris Lambrakis est assassiné par les fascistes. Alors que le coup d’État menace, on arrête le "monstre de Seikh Sou", criminel en série qui sévit dans la forêt éponyme depuis quelques années. C'est Aristos, jeune orphelin marginal, qui vivote de petits larcins et de prostitution. Une enquête expéditive et un procès bâclé : le fait divers idéal pour détourner l'attention d'un événement politique majeur." (4ème de couverture)

Neuf narrateurs se succèdent dans ce roman pour évoquer Aristos et la situation politique, économique du pays dans les années qui ont précédé l'arrestation et le jugement du jeune homme. Un copain, une voisine de sa mère, un débardeur (déchargeur de véhicules) plus ou moins collègue d'Aristos, un voisin agent de l’État parallèle, un gendarme, un bourgeois, un de ses patrons acrobate au Cycle de la mort, Lolo un travesti et Sylva une chanteuse. Tous évoquent la difficile enfance d'Aristos, ses fréquentations douteuses, la misère qui sévissait dans les rues de Thessalonique à cette époque. C'est une période violente et dure pour la Grèce : assassinat, attentats, montée de l'extrême droite, coup d'état et bientôt dictature des colonel. L’État parallèle qui évolue avec la complicité des autorités place ses pions dans toutes les sphères de la société l'épie et la noyaute et prépare le terrain à la future dictature.

Autant dire qu'à l'époque, les pauvres ne sont pas protégés, les enfants miséreux qui se prostituent non plus, au contraire. "Que n'ont pas vu mes yeux durant ces années de service. De l'injustice à la pelle. Envers nos plus pauvres concitoyens. Des roustes à coup de martinet. Des punitions, des torgnoles, des offenses pour trois fois rien. Envers des misérables, des mendiants, des petits voyous qui faisaient des petits dégâts, des petits larcins." (p.118) C'est un roman qui, par sa construction de narrateurs consécutifs adoptant un point de vue différent, dresse un terrible constat sur la société grecque de l'époque, sur l'injustice criante et perpétuelle, sur le déterminisme social qui ôte tout espoir de s'en sortir dès le plus jeune âge et qui contraint les jeunes enfants aux vols pour survivre, à la prostitution pour gagner un peu d'argent... Il parle aussi du doute qu'ont eu et qu'ont encore les habitants de Thessalonique sur la culpabilité d'Aristos. Aucun ne le voit en meurtrier -lui-même a nié- mais il fallait un coupable pour détourner l'attention.

Thomas Korovinis use de divers degrés et styles de langage en fonction de ses narrateurs : le bourgeois ne parle pas du tout la même langue que Lolo le travesti. C'est un procédé que j'aime beaucoup qui permet de ne jamais s'ennuyer dans cette lecture, d'autant plus que certains chapitres se recoupent voire se répètent dans leurs témoignages. C'est un roman dense, qui mène parfois au bord de l'asphyxie, tant les propos sont durs à lire, il faut savoir reprendre son souffle entre deux phrases. C'est un roman fort qui ne peut laisser indifférent.

Un ultime conseil après celui de le lire, c'est de bien lire la préface de Clara Nizzoli, la traductrice, qui explique le contexte de son travail mais aussi celui de la Grèce pendant les années évoquées. Utile pour ceux qui, comme moi, sont assez mauvais sur ce thème.

Chez Belleville, c'est toujours un illustrateur de la même nationalité que l'auteur qui fait la couverture, ici, Stamatis Laskos.

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Grèves de la fin...

Publié le par Yv

Grèves de la fin..., Eric Vernassière, auto-édité, 2021

"En Allier le métayage s’est installé depuis des lustres pour repeupler des terres abandonnées après les guerres et pestes noires.
Les métayers doivent une forte partie de leur récolte au propriétaire de la terre, subissent des corvées de curage des fossés et le versement des impôts dits  "coloniques".
François a décidé d’organiser le métier pour faire aboutir des revendications, obtenir des droits équitables entre propriétaires et métayers, en lien avec les nouvelles donnes de la République naissante.
Ivan en Irlande, dans le Comté d’Athlone mène un combat similaire pour la reconnaissance du pouvoir de vivre des "sharecroppers"."
(4ème de couverture)

Eric Vernassière est un ami. Nous nous sommes rencontrés au Prix de l'Express en 2011, et avons commis un blog "Les huit plumes" avec 6 autres jurés de la même année. Puis, nous nous sommes vus dans divers endroits de France : Saint-Raphaël-Fréjus, les bords de Loire. Puis, les liens se distendent, mais nous avons continué à échanger avec Eric et à nous voir à Lyon.

C'est difficile de chroniquer le livre d'un ami, si l'on est dithyrambique, c'est mal vu et soupçonné de favoritisme et si l'on n'a pas aimé, ce n'est pas évident de faire passer le truc. Bon, déjà, Eric, tu n'es pas dans la catégorie des "Ça coince !", je suis donc allé au bout de ton roman. Pour être honnête, j'aime beaucoup l'apport historique sur les luttes des métayers pour une reconnaissance statutaire et sociétale et le lien fait entre les Bourbonnais et les Irlandais qui, au même moment, se battent pour des revendications similaires. J'avoue que je ne savais rien de ces faits avant de te lire. Les rapports métayers/propriétaires terriens sont bien décrits, et roman quasi-oblige, les idylles naissent et durent car à l'époque, point question de batifoler avant les choses sérieuses et le mariage, d'autant plus que tu montres bien le poids de la religion dans les deux pays, culpabilisante et imposant un chemin duquel il est ardu de sortir.

J'ai un peu moins aimé les dialogues qui cassent le rythme et diluent le propos : à mon goût personnel, j'eusse préféré que tu continuasses dans l'écriture à la troisième personne sans faire intervenir directement tes personnages. Mais un roman instructif qui parle de luttes sociales, de rémunération juste pour un travail fourni, même 150 ans après, ça reste d'actualité.

Voilà, mon ami Eric, mes critiques. Et pour finir, je mets en lien, ton blog Débredinages et le site marchand pour ton livre Grèves de la fin...

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Le poids des héros

Publié le par Yv

Le poids des héros, David Sala, Casterman, 2022

David Sala parle de son enfance au milieu des années 70 et au début de la décennie suivante. Les copains, la musique, les discussions anarchistes de ses parents et le parcours de ses grands-pères qui, tous deux ont fui l'Espagne franquiste et se sont retrouvés dans des camps en France.

Ce fut ensuite, la Résistance pour l'un d'entre eux et la rencontre avec sa future femme suite à une évasion risquée et l'internement à Mathausen, pendant quatre ans pour l'autre.

Faire un album hommage aux grands-parents ou aux parents qui ont vécu les guerres est un exercice fréquent et qui peut être périlleux, parce que pas forcément original et donc souffrant des comparaisons. David Sala prend des options que j'aime beaucoup : celle de raconter à la fois la vie de ses grands-pères et son enfance et son adolescence, lorsque point la nécessité de sauvegarder ces histoires, de les transmettre ; il opte pour des couleurs en phase avec l'époque -pour qui a vécu dans ces années-là, les papiers-peints et couleurs des vêtements feront naître des souvenirs- et des cases fleuries et colorées vivement pour faire appel à l'imaginaire et "approcher les zones d'ombre et les failles à bonne distance" (note de l'éditeur). Le tout donne un ouvrage absolument pas pesant, même si certaines pages racontent l'horreur et sont dures.

C'est un travail formidable pour un album qui ne l'est pas moins, et pour pesante que soit la présence des deux grands-pères, elle n'empêche pas le jeune David d'avancer, de construire son projet. Dans l'exercice, je le disais plus haut, périlleux de l'album-hommage, David Sala s'en sort très aisément d'abord parce que les histoires de ses grands-pères sont fortes et utiles à rappeler "Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde" (Bertold Brecht, cité p.91) -surtout en ces moments où la parole de certains tend à minimiser les faits historiques voire à les transformer- et ensuite, parce qu'il ose l'originalité des couleurs et de la narration à travers ses yeux d'enfant et d'ado. Ce travail permet de se libérer ou de s'alléger du poids des héros.

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Usage de faux

Publié le par Yv

Usage de faux, Ludovic Jambon, Ouest-France, 2021

Après une enquête à Paris très médiatisée et dans laquelle il a brillé, le jeune inspecteur Virgile Scanpi demande sa mutation à Rennes.

Deux enquêtes vont se mêler dans son service, l'une sur la disparition de jeunes femmes et l'autre sur des inscriptions sur les murs de certains magasins de la ville, inscriptions qui font appel aux légendes bretonne et à la franc-maçonnerie. Difficile de penser que ces deux histoires vont se rejoindre et comment.

Le moins bon pour commencer est dans certaines tournures de phrases censées maintenir le suspense et que personnellement je n'aime pas trop, dans des indices semés assez grossièrement pour qu'on devine un peu de l'identité du ou des coupables et dans des dialogues parfois maladroitement écrits. Et même si son roman souffre parfois de longueurs et de facilités, Ludovic Jambon sait maintenir le suspense et advenir quelques surprises et ça c'est un des bons points.

Car il y a du bon voire du très bon dans ce polar. Premier roman policier de Ludovic Jambon, on sent qu'il a subi de multiples influences tant dans le polar classique que dans le thriller. Le meilleur pour moi, dans son ouvrage ce sont ses personnages, notamment Virgile Scanpi et son collègue Romain Saulnier, qui doutent, cherchent, ne sont pas des super-flics qui ont des fulgurances mais qui bossent, fouinent jusqu'à trouver la bonne piste. Les deux personnages féminins sont aussi bien vus : la journaliste-écrivaine et la profileuse qui donnent souvent le tempo et la direction. Puiser dans les légendes bretonnes et la franc-maçonnerie est aussi une bonne idée puisque beaucoup de mystères entourent ces deux domaines, donc beaucoup de fantasmes, donc idéal pour y placer des histoires policières.

Premier polar de l'auteur plutôt prometteur qui demande confirmation, qui sait, avec le retour de la même équipe ?

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Lettres d'acandidatures

Publié le par Yv

Lettres d'acandidatures et de démotivation à l'usage des naïfs et des bien "antis" du travail, Christophe Kauffman, Ed. du Basson, 2021

La lettre d'acandidature est une lettre faite pour "ne pas postuler à un emploi qu'on ne vous a jamais proposé." Ce sont vingt-neuf lettres pour vingt-neuf postes aussi variés que footballeur, Miss Belgique, pape ou carrément Dieu en passant par chauffeur de bus, roi des Belges ou gagnant de l'Eurovision... qui nous sont présentées dans cet ouvrage qui, dès son titre à rallonge, fait référence à l'une des oeuvres de Pierre Desproges (Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien-nantis) et qui continue dans les textes l'inspiration desprogienne au risque parfois d'en faire trop dans les tournures et les thèmes choisis (cf. la haine de Desproges pour les coiffeurs, ces "merlans embagousés", détestation reprise par C. Kauffman, qui en se référant à sa photo et son crâne un peu plus capillairement vide que le mien, ne doit pas les fréquenter beaucoup).

C'est souvent drôle, toujours de mauvaise foi assumée voire méchant. Mais c'est aussi souvent frappé au coin du bon sens comme disait je-ne-sais-plus-qui. Disons que dans l'outrance et l'irrévérence, Christophe Kauffman met le doigt là où ça gène. Sur les conditions de travail des boulots mal considérés -ça c'est pour ne pas dire boulots à la con- donc mal payés et dont à propos desquels il s'est pourtant dit lors des confinements qu'ils étaient utiles voire indispensables avant d'oublier aussitôt ce qu'il s'était dit dont à propos d'iceux. Sur les dépenses des collectivités, sur l'insécurité de certains jobs, sur leur inutilité voire leur nuisance -et là, je ne parle pas forcément du pape, bande de mécréants, ni du roi des Belges, bandes de révolutionnaires, mais davantage des vendeurs au porte-à-porte.

C'est aussi parfois un peu long ou répétitif s'il nous prend l'idée farfelue de lire ce livre d'un bloc, il vaut mieux donc piocher une ou deux chroniques, puis laisser reposer, et reprendre tranquillement une ou deux autres chroniques et ainsi de suite jusqu'à épuisement du stock et non pas du lecteur, qui épuisé, ne le sera point.

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Ali et sa mère russe

Publié le par Yv

Ali et sa mère russe, Alexandra Chreiteh, Perspective Cavalière, 2022 (traduit par France Meyer)

A l'été 2006, Israël déclare la guerre au Liban. Une jeune femme russo-libanaise se retrouve dans un bus affrété par l'ambassade russe pour gagner la Russie et échapper au conflit. Dans ce bus, elle retrouve Ali, un copain de lycée perdu de vue depuis des années. Ce long périple est l'occasion de se (re)découvrir et l'attitude ambiguë d'Ali qui ne cesse de se dire prêt à défendre son pays et le fuit lorsqu'il est en guerre interroge la jeune femme.

Court texte particulièrement vif et incisif. On ne s'y ennuie pas, Alexandra Chreiteh usant d'un ton léger, ironique et mordant pour décrire des situations graves et tragiques. Ses premières phrases sont très explicites quant à l'ambiance voulue : "Le 12 juillet 2006, on apprit que le Hezbollah avait kidnappé deux soldats israéliens à la frontière. Ce qui ne nous empêcha pas d’aller manger des sushis. On finissait tout juste de déjeuner quand Israël déclara la guerre au Liban. Les employés du resto se dépêchèrent de fermer et nous demandèrent de partir tout de suite. On partit tout de suite, sans payer l’addition. Coup de bol, on avait choisi un des restos les plus chers du centre de Beyrouth." (p.5)

Le reste ne détonne pas, la jeune narratrice allant au plus direct, ne s'embarrassant pas de détours lorsqu'elle peut aller en ligne droite. J'ai beaucoup aimé ce texte fort et puissant qui raconte des faits violents -la guerre fait rarement dans la douceur- comme il pourrait le faire de notre quotidien. Cet extrait qui suit peut déranger, surprendre et faire rire ou sourire, et pourtant le pire y est écrit : "Je passai ensuite à la petite épicerie voisine, où je m’aperçus que les rayonnages étaient presque vides. Je pris un pack de quatre litres d’eau, un paquet de biscottes, une barquette de fromage à tartiner, et je m’approchai de l’épicier pour payer quand mon regard fut attiré par le petit téléviseur qui diffusait devant lui les dernières images des bombardements, et où apparut brièvement juste à ce moment-là le corps mutilé d’une enfant ; je me retournai, ouvris le frigo derrière moi, et attrapai une autre barquette de fromage à tartiner." (p.11/12)

En peu de mots, Alexandra Chreiteh parvient à décrire la difficulté de vivre dans un pays en guerre, de vivre dans un pays dans lequel la position et le statut de la femme ne sont pas très enviables, dans lequel il est impossible d'avouer son homosexualité -l'ironie du sort est de fuir en Russie où les homosexuels sont régulièrement agressés. Tout ce qu'elle décrit passe par les dialogues entre ses personnages, leurs attitudes, cette fuite en car étant révélatrice de leur personnalité, de leur for intérieur. L'auteure se moque de ses créatures fictives, la jeune narratrice ne se révélant pas sous son meilleur jour ni son ami Ali ni même les autres passagers du car. Tout passe par le filtre décalé et satirique de l'écrivaine qui semble ne rien respecter, et surtout pas la société dans laquelle elle évolue. Une satire sociale décalée et impitoyable. J'adore.

Très bien fait, ce court roman se lit vite quasiment sans faire de pause. C'est le deuxième à paraître dans la nouvelle maison d'édition Perspective Cavalière qui propose un livre très soigné et une couverture magnifique, très Tintinesque.

PS : je ne le fais pas souvent, mais cette maison d'édition qui débute n'est pas encore distribuée partout, donc si ce livre vous intéresse, ce qui est une bonne idée, voici le lien pour vous le procurer : Prespective cavalière.

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Horizons obscurs

Publié le par Yv

Horizons obscurs, Caroline Le Rhun, Palémon, 2021

Erwan Le Tallec vient de créer sa boîte de détective privé à Brest et est embauché par une cliente dont la fille Céline a disparu dans l'archipel de Bréhat. Céline qui travaille au Japon sur une plate-forme d'extraction des hydrates de méthane est revenue pour quelques semaines et n'est pas revenue d'une sortie en kayak. Erwan commence n'a pas encore commencé qu'il est immobilisé à l'hôpital, renversé par une voiture. C'est son ami, Ronan, en trajet pour l'Irlande pour retrouver Mary sa compagne, qui va rencontrer la mère de Céline et commencer l'enquête, sur fond de tensions entre les anti et les pro énergies marines renouvelables.

Pas mal du tout ce troisième tome de la série des enquêtes en mer, que je découvre ici. Le duo Erwan-Ronan fonctionne bien, la région est belle, entre Brest et Bréhat. Et Caroline Le Rhun est dans l'air du temps en parlant des énergies renouvelables, qu'elles soient avec les hydroliennes ou la possible mais coûteuse et dangereuse extraction des hydrates de méthane. Tout est expliqué sans que l'on ait l'impression d'assister à une conférence au sortir de laquelle on aurait presque tout oublié.

Puis il y a l'intrigue et la disparition de Céline qui mènera Ronan jusqu'au Japon, notamment à Nagasaki. De fausses pistes en pistes plus sérieuses de prime abord, l'autrice écrit un roman policier très agréable, avec des héros sympathiques, qui débute ainsi :

"Erwan Le Tallec noua ses chaussures de running et enfila un harnais équipé d'une lampe. Il ferma la porte de son appartement, glissa les clés dans la poche zippée de sa veste en lycra puis descendit les trois étages de son immeuble."

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