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Moi René Tardi prisonnier de guerre au Stalag IIB. Après la guerre

Publié le par Yv

Moi René Tardi prisonnier de guerre au Stalag IIB. Après la guerre, Tardi, Casterman, 2018....

Après avoir été fait prisonnier. Après avoir été évacué du camp de Poméranie, c'est le retrour en France pour René Tardi, père de Jacques. Les accès d'humeur, le réengagement dans l'armée, la naissance de Jacques en 1946, les soucis de santé de Zette sa femme, tout cela remplit les journées de René désormais libre. 

La série de Tardi continue (tome 1, tome 2) et toujours excellente. Cette fois-ci, l'auteur s'attarde sur les années d'après guerre, et le difficile retour au pays dans lequel le soldat prisonnier peut être mal vu, comme le perdant. René se réengage dans l'armée, part en Allemagne dans une zone gérée par la France, mal vue également puisque n'ayant pas fait beaucoup pour la victoire. 

Ces années-là ne sont pas souvent traitées dans les livres, notamment la réinsertion des combattants dans une société qui a changé et qui les voit comme des perdants. Tardi le fait très bien. Il fait dialoguer son père avec lui enfant. Pas mal d'allers-retours dans cette histoire, absolument pas gênants pour sa bonne compréhension, et le dessin, comme d'habitude est formidable, des lieux souvent détruits, abîmés, mais aussi en reconstruction, des personnages avec des gueules tardiennes. Enfin, rien que du bon. Chaque ouvrage peut être lu indépendamment, mais le mieux c'est de lire la trilogie entière.

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Soren disparu

Publié le par Yv

Soren disparu, Véronique Biefnot, Francis Dannemark, Castor astral, 2019....

Soren, la cinquantaine finissante, producteur, musicien, organisateur de spectacles, de festivals, toujours à la recherche de sons, de nouveautés, fou de rock et de jazz et d'influences diverses, disparaît un jour de novembre 2017. La dernière fois qu'il a été vu, c'était sur un pont à Bordeaux. Depuis, rien. Ni nouvelles, ni corps retrouvé. Rien. Des gens qui l'ont côtoyé, approché, aimé, proches ou moins proches témoignent des moments passés avec lui et sans lui.

Voilà une idée qu'elle est bonne de parler d'un homme qu'on ne voit jamais, à travers ses relations amicales, familiales, amoureuses, professionnelles. On devine d'abord puis se fait une idée de Soren, assez précise bien qu'elle reste floue. Je sais c'est contradictoire, mais c'est pourtant comme cela que j'ai pris ce portrait-puzzle. Qui finalement n'est pas éloigné de la vérité. Que sait-on réellement de ses amis, de ses relations, les connaît-on parfaitement ? Preuve que je ne suis pas si mauvais, je viens de retrouver -après avoir écrit ces lignes- une page annotée : "Connaît-on vraiment les gens ? Non, évidemment, quand bien même on ferait le récit complet et minutieusement détaillé de leur vie. Stéphanie a réfléchi un moment avant de me dire ceci : "On n'a jamais que des fragments de ce qui se passe dans le coeur et la tête des gens, des échos." Puis elle s'est tue avant d'ajouter : "Sauf dans l'intimité... Et encore, pas toujours !" (p.14/15) Et ajouterais-je, se connaît-on parfaitement soi-même ?Vous avez deux heures...

Au-delà de la blague éculée, les deux écrivains  font un portrait kaléidoscopique de Soren, une image s'ajoutant à une autre quasi contraire. Chaque page et chaque intervenant ajoutent une touche de lumière ou de noir rendant cet homme tellement humain et complexe. 

Je retrouve dans cette belle idée très bien rendue, tout le plaisir de lire Véronique Biefnot et Francis Dannemark. L'écriture en duo n'est pas toujours aisée et peut donner des résultats décevants lorsque les deux talents ne s'additionnent pas. Ce n'est pas le cas ici, les deux auteurs parvenant à rendre leur histoire fluide, crédible et comme toujours chez eux, même si le thème n'est pas joyeux, il ne plombe pas. Il y a toujours une lueur d'espoir, une atmosphère saine qui fait que l'on ferme le livre avec un sourire plutôt que des larmes.

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L'invasion des imbéciles

Publié le par Yv

L'invasion des imbéciles, Tiphaine Rivière, Seuil, 2019....

Yvonne Letigre, 107 ans, s'ennuie dans son lit à la maison de retraite. Elle finit par allumer la télé, l'abondance d'images la plonge dans un monde parallèle dans lequel elle entreprend un vaste chantier en compagnie d'une extra-terrestre : comprendre les mécanismes d'un virus particulièrement actif sur terre, la bêtise.

Tome 1 des aventures d'Yvonne et de 0'*):YU (prononcer Opiou, c'est le nom de l'extra-terrestre, Yvonne le prononce ainsi). C'est souvent drôle, parfois flippant de voir autant de bêtise incarnée, pour ressembler aux autres, pour montrer sa réussite sociale, pour briller en société, par convention, ... Tous les prétextes et excuses sont bons pour dire ou faire des bêtises. Sommes-nous tous des imbéciles ? Sûrement, à des degrés divers, dans certaines circonstances, ... Je suis persuadé qu'on est toujours le con de quelqu'un ; bon certains sont le con de beaucoup, mais c'est une forme de notoriété.

Plus tard, je veux être vieux et con, c'est ce que je ne me lasse pas de répéter à mes enfants, ajoutant que je m'entraîne tous les jours, que j'ai un bon niveau que je compte encore améliorer. Donc, vous l’aurez compris, le tome 2 des aventures d'Yvonne et Opiou, je le réserve ! Des cours en bande dessinée, ça ne se refuse pas.

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Cannibale

Publié le par Yv

Cannibale, Didier Daeninckx, Verdier, 1998 (Folio, 1999)....

Paris, 1931, quelques jours avant l'ouverture de l'Exposition Coloniale, en grandes pompes, par le Président de la République Gaston Doumergue, tous les crocodiles meurent d'un coup. Une solution rapide est trouvée avec un cirque allemand qui, contre le prêt de ses alligators et autres reptiles demande à recevoir une partie des Kanaks exposés comme des cannibales. C'est ainsi que Gocéné, jeune homme extirpé de sa Calédonie natale est séparé de Minoé, sa jeune promise sur laquelle il avait promis de veiller. Minoé est envoyée en Allemagne. Gocéné s'évade et tente de la retrouver.

A partir d'un fait réel, Didier Daeninckx construit une histoire incroyable et folle dans la capitale de ce début des années trente. Fidèle à ses thèmes de prédilection et à ses indignations, il montre toute l'aberration et l'horreur de l'Exposition Coloniale. Mais quel cerveau malade a un jour eu l'idée d'exposer des hommes et des femmes, les obligeant à singer des pratiques qui ne sont même pas les leurs ? "Je leur explique qu'on nous obligeait, hommes et femmes, à danser nus, la taille et les reins recouverts d'un simple manou. Que nous n'avions pas le droit de parler entre nous, seulement de grogner comme des bêtes, pour provoquer les rires des gens, derrière les grilles... Qu'on nous a séparés ainsi qu'on le fait d'une portée de chiots, sans qu'aucun ne sache où était son frère, sa sœur. Qu'on nous traitait d'anthropophages, de polygames, qu'on insultait les noms légués par nos ancêtres..." (p.47)

Gocéné et son ami Badimoin avec lequel il s'échappe du parc de l'exposition vivent une aventure peu commune, rencontrent des gens qui les ignorent, d'autres qui les méprisent et certains qui les aident. Sans doute assez proche de la réalité de l'époque.

C'est un court roman, qui, comme toujours chez l'auteur se base sur un contexte fort qui ne peut pas laisser indifférent, et sous le prétexte de raconter une intrigue aborde les questions essentielles de la fraternité, de l'humanité, de la haine de l'autre par peur de la différence, du racisme, enfin de toutes ces choses qui ont une malheureuse tendance à revenir à la surface en ce moment et qui ne préparent pas le mieux.

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Mémé

Publié le par Yv

Mémé, Philippe Torreton, L'iconoclaste, 2013....,

Philippe Torreton a passé beaucoup de temps avec et chez sa grand-mère qu'il appelle Mémé. Une grand-mère à l'ancienne, née en 1914, qui a passé toute sa vie dans sa ferme normande, loin des villes. Mariée, divorcée, remariée, veuve, elle a élevé des enfants, a passé du temps avec ses petits-enfants, a continué à travailler dur à la ferme. Pas d'effusions, de grandes embrassades, ce n'est pas le genre, mais tout est dit dans un geste, un regard. C'est de là que viennent les racines terriennes de l'acteur, ses origines modestes et son goût des choses simples, même s'il dit bien que maintenant, nous sommes et il est, loin de ce mode de vie à la dure où rien n'est gâché, rien n'est perdu, tout est économisé, utilisé jusqu'au bout. Une grand-mère qui serait taxée aujourd'hui de locavore, d'écolo, de radine, voire de bobo si elle habitait les beaux quartiers... Parce que de nos jours, vivre comme le faisaient nos grands-parents, c'est tendance.

Le portrait de Mémé est d'une tendresse infinie, d'un profond respect et d'un grand amour pour celle qui a marqué l'enfant, le jeune homme puis l'homme et qui ne le quittera jamais. Les mots sont justes, parfois durs ou crus, mais jamais déplacés. Beaucoup de pudeur, Philippe Torreton se dévoile et dévoile sa Mémé sans trop en montrer. On lit tout ce qu'elle lui a transmis, tout ce qu'il a voulu lui donner, tout le manque depuis qu'elle est morte. Et pourtant, Mémé était une femme simple, pas de ces héroïnes dont on parle partout. 

J'ai beaucoup aimé ce texte de bout en bout et les dernières pages, lorsque Philippe Torreton autorise sa Mémé à mourir, sont absolument magnifiques. Simples, fortes et tellement belles. Rien à dire de plus si ce n'est de lire Mémé si ce n'est pas encore fait. Merci à Nathalie, qui se reconnaîtra -j'espère- qui m'a fortement conseillé cette lecture lorsque j'étais en plein dans Jacques à la guerre du même auteur.

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Vivre... et revivre

Publié le par Yv

Vivre... et revivre, Gérard Chevalier, Palémon, 2018....,

Shangaï, 1926, l'épouse du Consul de France est retrouvée assassinée, crucifiée dans le quartier français, la ville étant découpée en concessions étrangères. C'est Bertrand Guillerm en personne, commissaire divisionnaire de la concession française qui se charge de l'enquête. Son adjoint, commissaire des effectifs chinois, Lee-Sheng le seconde, lui même épaulé par deux policiers très habiles et prometteurs, de véritables amis, Liao Wang et Nicolas Liu. 

Voilà un roman dense, plein de surprises, rebondissements, apports historiques. L'aventure est au coin de chaque page, chaque fois étayée par une part de l'histoire de la concession française de Shangaï. Presque 600 pages passionnantes qui ne se refusent rien surtout aucun thème ou genre : polar, aventure, roman d'initiation, sensualité, trahisons, espionnage, amitié, amour, banditisme, ... Foisonnant, je crois que c'est le mot  qui convient le mieux et qui, pour une fois, n'est pas galvaudé. Gérard Chevalier part dans tous les sens tout en maîtrisant absolument son histoire, et quel pied pour le lecteur. J'ai eu l'impression d'être dans un film grandiose, d'en prendre plein les yeux, comme rarement. Vous voyez, un film à gros budget et aux images léchées, aux couleurs choisies et soignées, aux personnages forts et humains qui peuvent changer, faire une mauvaise action un jour et une bonne le lendemain... Enfin du vrai bon cinéma... pardon roman d'aventures policières. 

Tout est  là pour le spectacle, tout ce qui fait la force des romans d'aventures -sans oublier les quelques longueurs et un certain lyrisme parfois, inhérents au genre-, le contexte géographico-historique que personnellement, je ne connaissais pas, les personnages dont le commissaire breton parti de rien superbement humain, les deux flics chinois qui révéleront eux aussi leur humanité... Enfin, bref, si vous voulez égayer les longues soirées d'hiver, voici l'idéal moyen.

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Cocottes-minute

Publié le par Yv

Cocottes-minute, Frédéric Dard, Pocket, 2018 (première édition, Fleuve, 1990)...,

Dans la famille de Francine de Saint-Braque on se dévoue corps et âmes -surtout corps-, de mère en fille, pour réinsérer des petits voyous dans la société. Lorsque la sus-nommée vient voir le commissaire San-Antonio, son histoire n'est pas banale : l'un de ses protégés, Riton, lors d'une intrusion inopinée dans la pharmacie du village a ouvert un frigo et y a trouvé une dizaine de phallus découpés sur de l'humain, sous sacs plastique. Le commissaire se dérange mais ne trouve rien, sauf, un peu plus tard, le malheureux Riton, mort et... émasculé.

Eh bien voilà, on retrouve le commissaire San-Antonio en grande forme, quoique, pour être exact, ce serait, une fois n'est pas coutume, plutôt Béru qui péterait la forme, sous toutes les acceptions du verbe. L'intrigue est classique, mais ce n'est sans doute pas pour cela qu'on lit du Frédéric Dard. L'écriture est comme d'habitude, colorée, fleurie, surtout lorsque le Gros bavasse. En pleine fornication, il ne peut s'empêcher de monologuer -lorsque, évidemment, la position et la pratique adoptées lui en laissent la possibilité-, et c'est alors un déluge de néologismes, de proverbes, adages et expressions détournés. On rit souvent, on ne comprend pas tout, mais peu importe, on se laisse emporter par le flot. 

Un peu plus "osé" que les autres San-Antonio récemment chroniqués ici, c'est la faute au priapisme de Béru, ce volume même s'il ne restera pas dans les annales (et oui, même Béru obsédé doit se reposer), distrait et change les idées. Mission réussie.

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Bilan 2018

Publié le par Yv

Traditionnel bilan de fin d'année. Moins de coups de coeur cette année, sans doute par plus d'exigence ou moins d'emballements, la sagesse vient en lisant... Très réducteur sûrement car j'ai aimé beaucoup d'autres livres que j'ai recensés. Voici les plus marquants :

- Les choses, Georges Perec, chez 10/18. Pas une nouveauté, mais du Perec, c'est forcément bon.

- Le dernier rêve de la raison, Dmitri Lipskerov, chez Agullo. Barré, délirant.

- Un océan d'amour, Lupano et Panaccione, chez Delcourt. Une BD muette, profondément humaine.

- Tuez-les tous... mais pas ici, Pierre Pouchairet, chez Plon. Polar au coeur des réseaux terroristes syriens. 

- Vies volées, Matz et Mayalen Goutz, chez Rue de Sèvres. Une BD superbe sur les enfants disparus d'Argentine.

- Prenez soin d'elle, Ella Balaert, chez Des femmes-Antoinette Fouque. Un roman profond d'une beauté rare.

- Quichotte, autoportrait chevaleresque, Eric Pessan, chez Fayard. Un livre inclassable qui prend le prétexte de Quichotte pour interroger la société contemporaine.

- Le rêve armoricain, Stéphane Pajot, chez D'Orbestier. Un polar finement construit mêlant archives nantaises et présent.

- Edmond, Léonard Chemineau, chez Rue de Sèvres. La pièce d'Alexis Michalik superbement bédéisée. 

- Le pèlerinage, Tiit Aleksejev, chez Intervalles. Le roman de la première croisade à la fin du XIème siècle. Aventures garanties. 

- Le goût de la viande, Gildas Guyot, chez In8. Un premier roman noir, très noir.

 

Bonnes fêtes, je reviens en janvier

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Châtiment pour mémoire

Publié le par Yv

Châtiment pour mémoire, Hervé Huguen, Palémon, 2018....

Dans la Bretagne profonde, un vieux paysan est retrouvé mort assassiné. Puis, dans le même village, c'est une tombe qui est profanée, celle d'un couple de la même génération que le paysan. Le commissaire Nazer Baron est mis en cause dans un courrier, lui qui ne sait pas avoir de lien avec ce village, ni avec les personnes concernées. Surpris, dubitatif, le voici qui fait la route du Croisic  au pays des Abers. 

Quatorzième enquête pour ce commissaire que je découvre -mais comme j'explore depuis quelques semaines les éditions Palémon, je découvre fatalement des héros récurrents qui vivaient sans moi. Mises à part pas mal de répétitions des indices, des faits, par divers intervenants, qui peuvent certes être utiles, mais qui sont parfois un peu trop nombreuses, ce polar se savoure de bout en bout. Loin d'un rythme effréné et d'un roman survitaminé, on est plutôt dans ce qu'on appelle un polar d'ambiance ou d'atmosphère. La Bretagne y est omniprésente, son climat, ses habitants, pas les plus exubérants du monde, ses paysages, ses ambiances changeantes en fonction des lieux. 

Nazer Baron est un cérébral, il raccroche chaque indice à ceux qu'il a déjà pu récolter jusqu'à ce qu'une association de certains d'entre eux lui fasse apparaître une logique, un semblant de début d'explication. C'est tortueux surtout lorsque ça touche à son passé, une partie d'icelui qu'il ne connaît pas. 

Hervé Huguen s'y connaît pour nous balader dans une intrigue finement menée et originale. C'est le genre de polar qui débute tranquillement et dont on se dit qu'on peut s'y traîner et qu'on ne parvient pas à lâcher et une fois fini, on se dit : "Quoi, déjà ?". Autant dire du très bon.

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