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Pardon, s'il te plaît, merci

Publié le par Yv

Pardon, s'il te plaît, merci, Charles Yu, Aux forges de Vulcain, 2019 (traduit par Aude Monnoyer de Galland)...,

Pardon, s'il te plaît, merci, ce sont des nouvelles. Pop culture, zombies, jeux video, science fiction ou parfois plus d'ancrage de la réalité. Charles Yu ne s'interdit aucun genre, aucune forme puisqu'il en joue également, à coups de pages longues ou très aérées avec parfois seulement une phrase. 

Tout ne m'a pas plu dans ce recueil, notamment la nouvelle intitulée Le héros subit des dégâts considérables et d'autres qui m'ont laissé perplexe. Mais celles qui m'ont plu, m'ont vraiment beaucoup plu. La première par exemple Pack de solitude standard qui parle des joies et surtout des peines de la vie que, de plus en plus, on tente d'occulter, Charles Yu a trouvé la parade : le client paye pour qu'un autre souffre à sa place : "Une industrie était née : le commerce de la souffrance. Pour le juste prix, il était devenu possible d'éviter presque tous les mauvais moments de la vie." (p. 15)

Charles Yu manie l'humour et l'absurde pour dévoiler les travers de notre société, on se retrouve plongé dans des mondes futuristes censés être meilleurs que le nôtre ou dans des mondes parallèles très différents. J'aime beaucoup l'extrait qui suit qui montre bien la difficulté de la rencontre dans un monde ou la virtualité prend beaucoup de place :

"Elle ne me regarde pas, mais je sens -ou espère ou imagine- que la façon dont elle ne me regarde pas est légèrement différente. La manière dont elle détourne les yeux donne l'impression qu'elle tâche consciencieusement de ne pas me regarder, et je vois bien qu'elle sait que j'essaie moi aussi de ne pas la regarder. Nous nous évitons mutuellement du regard. Et pourtant, il y a quelque chose dans la façon dont elle ne me regarde pas... Pour la première fois depuis longtemps, j'entrevois une lueur d'espoir." (p. 26)

Aux forges de Vulcain publie plusieurs ouvrages de cet auteur original et talentueux qui ose changer de style, d'écriture et de genre, ce qui n'est pas si fréquent que cela dans le monde des livres et que je vous souhaite et conseille de découvrir.

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Écoute les oiseaux

Publié le par Yv

Écoute les oiseaux, Léna Mazilu, Yoann Guény, Maxime Zucca, Albin Michel, 2019.....

"Un livre et une application. Une expérience immersive dans le monde fascinant des oiseaux. Découvre vingt oiseaux de ton quotidien, anime-les pour les faire chanter, déploie la frise et entraîne-toi à les reconnaître." (4ème de couverture)

Voilà, tout est dit : le livre se déploie comme une frise sur laquelle sont dessinés des oiseaux (mésanges, merle, rouge-gorge, bruant, grive, verdier, pouillot véloce, troglodyte mignon, ...). Et au verso, chaque oiseau est décrit ainsi que son chant et son mode de vie. Ce chant que vous pourrez entendre en téléchargeant gratuitement l'application Birdie Memory et en passant votre appareil sur la photo des oiseaux.

Un beau livre pour les petits et les plus grands qui aiment regarder les oiseaux sans savoir les reconnaître, ce qui est mon cas. Chaque hiver, j'installe mangeoire et autres contenants à graines et si je sais reconnaître les plus courants -ou les plus volants en l’occurrence-, chaque année, des nouveaux me posent question. Alors, je garde ce livre pour cet hiver. Mais il se pourrait que débarque un volatile non répertorié dedans...

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Waël, roi d'Angleterre

Publié le par Yv

Waël, roi d'Angleterre, Emma Guareschi, Veronika Boutinova, Une heure en été, 2019.....

Waël et Mira, sa sœur sont des enfants de Syrie qui quittent leur pays en guerre avec leur mère. Séparés d'elle, ils se retrouvent seuls pendant le long voyage jusqu'en Europe. Ils arrivent à Calais, dans le bidonville.

Court et très joli livre de cette maison d'édition que je ne connaissais pas, Une heure en été. Veronika Boutinova est l'auteure du texte, très beau, poétique. C'est un poème-documentaire tiré de la vie d'un jeune garçon qu'elle a rencontré à Calais, dans le bidonville, lieu qu'elle fréquente régulièrement à la rencontre de ces gens qui franchissent des frontières et des obstacles incroyables pour fuir leur pays. 

"Après l'horreur, après la guerre,

l'Europe enfin et la douce paix sous nos pieds !

Là, sous nos yeux émerveillés,

nos regards épuisés, tant de sols variés :

sable, herbe, boue, bitume, goudron, graviers

et tant de pays traversés !

Nous étions isolés sur la si vaste terre..." 

Emma Guareschi illustre de manière très originale, colorée, mélangeant des aspects réalistes à d'autres plus oniriques, collant ainsi parfaitement à la poésie du texte voire la renforçant ainsi qu'au côté documentaire.

L'ensemble donne un livre dur et beau et optimiste, qui s'adresse aux enfants et qui permettra aux parents d'aborder aisément la question des enfants qui fuient les horreurs de leurs pays et se retrouvent hébergés souvent de façon indécente. 

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La trahison des Jacobins

Publié le par Yv

La trahison des Jacobins, Jean-Christophe Portes, City, 2019....,

Été 1792, le lieutenant de gendarmerie Victor Dauterive  ne parvient pas à admettre que son protégé, le petit Joseph ait été porté disparu. Il le cherche partout et finit par aller enquêter du côté de l'hôpital Bicêtre qui recueillait -ou plutôt entassait- en ses murs tout ce que la population parisienne comptait de malades, d'enfants des rues, "d'aliénés", ... 

Sans quitter cette recherche qui lui tient à cœur, il est contraint par le député Charpier, d'enquêter sur le meurtre d'un policier qui s'intéressait de près à un juge de paix qui, lui-même est un ennemi juré de Victor. 

Dans le Paris toujours explosif de la Révolution, avec l'armée austro-prussienne à ses portes, Victor Dauterive tente de mener à bien et de front ces deux affaires. 

Cinquième enquête menée par Victor et ses amis, car il faut bien citer ici les personnages importants pour lui comme l'archiviste Duperrier, l'écrivaine -et bien plus que cela- Olympe de Gouges et un nouveau venu Restif de la Bretonne, fin connaisseur des bas-fonds parisiens de l'époque, sans oublier le docteur Mariette. Et évidemment le petit Joseph, omniprésent parce qu'on le recherche partout. Je l'aime bien Victor, même si parfois il m'agace à s'emporter trop vite quitte à s'en mordre les doigts plus tard. Son impétuosité lui vaut quelques mésaventures, heureusement qu'il est cette fois-ci secondé par un policer flegmatique, d'humeur calme et égale, le dénommé Lacour qui le sauve de bien des tracas. 

Les deux premières parties de cette aventure, bien qu'instructives m'ont paru un peu longues, rien de rédhibitoire cependant car on y apprend plein de choses sur l'Hôpital Bicêtre qui recueillait tout ce que Paris avait de malheureux, malades psychiatriques et autres, enfants des rues. Tous ces gens étaient maltraités, souffraient de la faim, de la vermine, des traitements inhumains des autorités de l'hôpital. Les enfants particulièrement qui pouvaient être la proie de pédophiles ; il arrivait même qu'ils soient vendus à des réseaux de prostitution. Bref, du sordide. Tout cela ayant existé, JC Portes est documenté.

Puis arrivent les trois dernières parties et le rythme s'accélère, Victor reprend un peu le dessus et s'active enfin. On est quelques jours avant le 10 août 1792 et ce qui a été appelé la seconde révolution, celle qui marque la vraie fin de la monarchie. Les événements s'enchaînent et Victor tente de surnager dans cette période terrible et troublée. Il prend des coups tant physiques que psychiques, il se pose beaucoup de questions, hésite, tergiverse puis se lance.

La série de JC Portes est convaincante, instructive et passionnante malgré mes quelques réserves du départ. Le contexte est fort bien décrit et extrêmement documenté -la bibliographie finale est impressionnante-, trouble et violent à souhait. Les personnages sont bien dans leur époque,  jamais simplement bons ou mauvais, ils ont leurs travers et leurs qualités -même si pour certains il faut les chercher profondément. Les aventures sont haletantes. Tout cela pour une série que je conseille très fortement. Si vous avez le courage ou l'envie, commencez par le premier tome, vous aurez la joie de mieux connaître Victor et de le voir évoluer.

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Le biscuit national

Publié le par Yv

Le biscuit national, Zuska Kepplová, Intervalles, 2019 (traduit par Nicolas Guy)...

Ils sont originaires de ce que l'on nomme les pays de l'ancien bloc de l'est, Slovaquie, république tchèque, pays baltes, ... et quittent leurs pays pour venir étudier ou travailler ailleurs. Petra et Natália à Paris, Anka à Londres, Mika à Helsinki, Juliana à Budapest. Arrivés sur place, ils logent avec d'autres "étrangers", se débrouillent avec de petits moyens pour vivre, tentent parfois d'apprendre la langue du pays hôte et nouent des relations plus ou moins durables.

Ce roman ou ces nouvelles, puisque ces histoires se suivent, se ressemblent et parfois se recoupent, sous des dehors parfois légers et futiles parlent de la jeunesse européenne, de ses aspirations et de ses envies. Les différents personnages rencontrent assez peu de gens de leur pays hôte, mais ont tendance à être en relation avec d'autres étrangers d'autres origines que les leurs.

Mon honnêteté me pousse à écrire que, bien que ce soient les éditions Intervalles pour lesquelles j'ai une grande estime, je n'ai pas adhéré à tout le texte. Certaines histoires m'ont laissé froid alors que d'autres m'ont plus touché, comme par exemple celles de Mika à Helsinki ou de Natália à Paris pour prendre mes deux préférées. Je ne sais à quoi c'est dû. L'écriture simple parfois directe, parfois plus elliptique, à lire entre les lignes est subtile et à tout pour me plaire et c'est grâce à ses qualités que j'ai lu ce livre en entier. Un bon point pour cet ouvrage qui, malgré mes réserves, ne m'est jamais tombé des mains  traite de beaucoup de  thèmes importants et intéressants : la jeunesse européenne,  le "mal du pays", les conditions de vie des immigrés en Europe, l'acclimatation aux us des pays habités, la difficulté du rêve européen tant les différences culturelles, éducatives, sociales sont fortes et nombreuses.

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Flesh empire

Publié le par Yv

Flesh empire, Yann Legendre, Casterman, 2019.....

Dans des temps futuristes, le monde qui se nomme Singularity est dirigé par des sénateurs. Les résidents sont dotés de mémoires et de corps artificiels qu'ils partagent pour lutter contre la surpopulation. Mais la colère gronde et lorsque des bouts de chair sont volés dans un laboratoire expérimental, les sénateurs commencent à craindre une rébellion bien plus large. Peut-être la renaissance de l'humain...

La première chose qui surprend dans cet album, c'est évidemment sa bichromie : blanc et noir. Des dessins blancs sur des pages noires. Le résultat est étonnant et bluffant. Yann Legendre mélange avec bonheur des lignes droites, des formes géométriques, symétriques avec des courbes. Le dessin des corps peut être une simple et fine ligne blanche et parfois que d'un côté, c'est l’œil qui devine l'autre.

C'est cette première impression qui restera comme un moment incroyable : je viens de lire une bande dessinée comme je n'en avais jamais lue ; je trouve certaines pages sublimes -comme celle où Alkaline rencontre le Datack, lorsque vous y serez, vous verrez de quoi je parle. 

Pouf, pouf, je m'emballe... Et l'histoire me direz-vous ? Eh bien, c'est une histoire classique de science fiction dans laquelle les machines contrôlent tout, mais très intelligemment mise en scène et racontée par l'auteur. Inévitablement des questions sur l'intelligence artificielle, sur le Big Data, sur le contrôle que nous subissons chaque jour par caméras, téléphones mobiles et autres transactions bancaires viennent à l'esprit. Yann Legendre n'apporte pas de réponse, d'ailleurs y en-a-t'il ? Il questionne et chacun trouvera ses propres moyens d'y répondre.

Excellentissime bande dessinée, exaltante dont on ressort avec l'envie de la relire et de la relire encore.

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Comme un cheveu sur le wok

Publié le par Yv

Comme un cheveu sur le wok, Cicéron Angledroit, Palémon, 2019.....

Le changement c'est maintenant pour Cicéron. René a fait un AVC et est à l'hôpital donc pas vraiment absent du livre, mais absent quand même. Brigitte, la maîtresse historique a posé sa démission ainsi que Jocelyne, maîtresse plus épisodique. Reste Vanessa la fliquette préférée du détective et dans un autre genre Momo, à temps partiel pour cause de cornaquage de son remplaçant à la vente de journaux des sans-abris. Il démissionne lui aussi.

Les affaires ce n'est pas ça non plus, alors, lorsque maître Olivier Tcheng l'engage pour aider l'une de ses jeunes clientes accusée de prostitution et proxénétisme, Cicéron plonge dans Paris XIIIème.

Du changement dans la continuité donc pour Cicéron. Tout change et rien ne change. Je sais tout cela ne veut pas dire grand chose, mais faut bien que je remplisse les lignes. Pour être plus clair, tout change dans l'entourage du célèbre détective : les abandons sus-cités et un quasi engagement avec Vanessa, mais Cicéron reste fidèle à ses principes tout en se posant pas mal de questions. Je ne suis pas sûr d'avoir été plus clair, mais peu importe, le mieux est de lire cette enquête en plein Paris XIIIème. Parce que même s'il est plus introspectif, tout ce qui fait qu'on aime Cicéron est là : une gouaille reconnaissable, des jeux de mots, des copains hauts en couleurs et efficaces -j'exagère, je vante les qualités des uns et des autres dont ils ne sont pas forcément dépourvus mais qu'ils ne savent pas ou ne souhaitent pas mettre en avant, alors il faut bien que quelqu'un le fasse, pour tenter le lecteur-, une famille particulière ou plutôt des bouts de familles particuliers, une manière unique d'interpeller le lecteur et une enquête qui, même si elle n'est pas l'intérêt principal de cet opus -c'est pas moi qui le dis, c'est Cicéron himself (bon, techniquement, c'est moi aussi, mais je ne fais que répéter)- donne la touche polar inévitable chez Cicéron et chez Palémon.

Un onzième volume qui amorce un changement dans la collection des aventures de Cicéron Angledroit, un changement en douceur qui appelle une suite que j'attends. Nul doute que Claude Picq alias Cicéron reprenne du service.

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Une ritournelle ne fait pas le printemps

Publié le par Yv

Une ritournelle ne fait pas le printemps, Philippe Georget, Jigal polar, 2019....,

La Sanch est une procession perpignanaise qui se déroule le vendredi saint. Ultra codée et préparée, elle est  surveillée et protégée par les forces de l'ordre. Cette année, des pétards provoquent la panique, un pénitent est retrouvé mort et dans le même temps, un cambriolage a lieu dans une bijouterie à proximité. Gilles Sebag, lieutenant de police est chargé de l'enquête sur la mort du pénitent. Très vite, il est persuadé que tous les événements de la journée sont liés.

Retour de Gilles Sebag et de son équipe déjà croisés dans d'autres polars de Philippe Georget. Le flic semble un peu posé, sa vie personnelle va mieux donc lui aussi et il peut retrouver son intuition, son humour aux jeux de mots pas très fins mais qui ont le mérite de détendre l'atmosphère. Dans cette enquête il croisera l'ombre de Charles Trenet qui vécut quelques années à Perpignan : le mort de la procession habitait l'ancienne maison de l'artiste. La présence  du poète chantant est forte et ambiguë, ce qui rajoute au plaisir de l'énigme et de la lecture. D'autres aspects de ce roman en renforcent l'attrait : l'histoire de Perpignan et de la Sanch, la description de la ville, de ses quartiers et de ses habitants, la parfois difficile cohabitation entre les gens d'origines diverses, et la présence d'un SDF pas banal, dit Le libraire et ses théories sur les livres à lire en fonction des endroits où il fait la manche. Tout cela est soudé par Gilles Sebag, omniprésent et par ses enquêtes. Philippe Georget écrit un polar qui prend son temps tout en ne le perdant pas ni ne le faisant perdre aux lecteurs. Il explique sans le détailler le long travail de recherche des flics : témoins, indices, portes à portes du voisinage, visionnages des enregistrements des caméras de sécurité, ... Ce n'est pas le côté le plus romanesque du travail des policiers, mais l'évoquer me paraît important. Ce dernier roman de la série des quatre saisons avec Gilles Sebag (L'été tous les chats s'ennuient, Les Violents de l'automne, Méfaits d'hiver) la clôt de belle manière en s'intéressant aux vies des suspects presque plus qu'à celles des flics ; ce ne sont ni des victimes ni des bourreaux, ils sont beaucoup plus complexes que cela.  Ce qui donne un très bon polar qui mise avant tout sur l'humain et les relations humaines. 

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Groove

Publié le par Yv

Groove, Airwan Isle, Hugo image, 2019.....

Airwan Isle de Beauchaine, diplômé des Beaux-Arts de Paris s'exprime dans la rue, préférant les affiches publicitaires. Le métro parisien est l'un de ses terrains de chasse favoris, mais il ne se refuse aucun espace qui lui plaît. Internationalement connu et reconnu, il travaille essentiellement à Paris.

Ce livre montre certaines de ses œuvres éphémères, photographiées par Guillaume Brachon et par Airwan Isle lui-même. 

Personnellement, je ne connais pas du tout l'artiste, j'aime bien ce que je vois parfois sur les murs, j'ai beaucoup aimé le travail de JR et Agnès Varda vu dans Visages, villages et Ernest Pignon Ernest est un artiste que j'ai découvert dans divers reportages et dont le travail me plaît. Dans d'autres genres, les murs de Nantes, les piles de certains ponts urbains sont souvent graffés de belle manière.

Airwan Isle procède par traits fragiles, fins et profite des détails des affiches pour apposer son sens du surréalisme, de l'absurde et y ajoute une touche d'humanité indéniable. Son dessin de visage est quasiment toujours le même et souvent un détail ajouté par lui-même ou trouvé sur l'affiche et dont il se sert en change l'expression qui peut varier du tout au tout. Beaucoup d'humour, de poésie et parfois de grandes questions existentielles. Et parfois il suffit de regarder et de trouver ça beau, ça peut suffire.

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