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nouvelles

Concupiscent

Publié le par Yv

Concupiscent, Jean-Baptiste Baronian, Lamiroy, 2021

William Rodenbach est professeur de français et chasseur de fautes en tout genre dans cette langue. C'est dire s'il a du boulot dès qu'il ouvre un journal, un livre -même s'il faut saluer ici le travail des correcteurs-, ou son poste de télévision...

Son autre chasse, c'est la drague. Il fréquente assidûment la galerie d'art Margot Marchal uniquement dans le dessein de ramener des filles. Celle pour laquelle il se damnerait c'est la propriétaire de l'endroit qui ne le calcule pas. Aussi lorsqu'il rencontre Violaine qui adore le français et particulièrement les mots désuets, il ne pense plus qu'à la mettre dans son lit ou à aller dans le sien.

Légère et humoristique, cette nouvelle parle d'art, de mots un peu oubliés, de drague et de la langue française. Les sujets sont donc intéressants et fort bien traités par un auteur qui sait se montrer ironique, drôle et se moquer des tenants d'une langue pure comme de ceux qui la tordent dans tous les sens parfois ridiculement. Comme moi, vous chercherez s'il y a des fautes qui traînent. Nada !

Très bien écrite, c'est un plaisir de lire les échanges entre Violaine et William. Et puis la chute est tellement inattendue et drôle que rien que elle, il faut courir chercher ce petit Opuscule n° 191 de chez Lamiroy et qui débute ainsi : "Je le confesse sans détour ni précaution oratoire : je suis allé ce soir-là à la galerie Margot Marchal pour draguer. Ce n'était pas la première fois et je me suis dit en arrivant dans les parages, que ce ne serait certainement la dernière."

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La prise de Constantinople

Publié le par Yv

La prise de Constantinople, Didier Poisson, Lamiroy, 2021

1933, l'achat par son père d'une Peugeot 201 met ce petit garçon dans une joie teintée d'amertume, car il signifie des trajets plus courts et des vacances désormais tous les étés chez ses grands-parents. Malgré la présence de son petit frère, il s'ennuie, Grand-Papa interdisant pas mal d'activités.

Lors d'un déjeuner interminable, le garçon se réfugie dans la contemplation d'un tableau représentant une bataille, il s'y évade totalement et s'y évadera chaque fois que la situation l'y appellera.

Très bien cette nouvelle empreinte de la nostalgie de l'enfance et particulièrement de celle se déroulant dans l'entre deux-guerres. La période est heureuse pour des enfants encore pas préoccupés par les affaires politiques. Grand-père plus que bourru, quasi reclus, qui interdit tout à ses petits-enfants, grand-mère qui ne peut pas s'affirmer et maison imposante : "Cette grosse bâtisse en retrait de la route, sans voisins ni vis-à-vis, m'impressionnait. Les pierres grises de la façade, le toit en ardoises, le vert foncé des volets, tout me semblait sombre, lourd et figé." (p.7)

Comment les deux garçons réussiront-ils à s'occuper, à illuminer ces deux semaines annuelles chez leurs grands-parents ? Didier Poisson, tout doucement lorgne vers le fantastique, l'inexpliqué car inexplicable. C'est bien fait, on ne le voit pas venir et tout fonctionne très bien jusqu'à la chute.

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Femme, je suis affamé !

Publié le par Yv

Femme, je suis affamé !, Jacques Richard, Lamiroy, 2021

Claude et Simon sont jumeaux. Ils aiment la bonne chère. Leur cuisine est un lieu que leur envierait bien des cuisiniers. Eux, ils y passent du temps à préparer des plats avec des produits frais, des produits très particuliers.

Volontairement court, mon résumé doit mettre à la fois en appétit et en éveil les doutes de chacun.

Jacques Richard écrit là,une nouvelle troublante et dérangeante qui m'a laissé un petit goût de "Oh non pas ça" - c'est le titre de ma sextape, comme dit Jake Peralta dans Brooklyn nine-nine (humour crétin assumé). Le titre est déjà énigmatique, un poil machiste sans doute, mais tout s'expliquera.

Bien écrit, assez classe même par moments, ce qui colle à une certaine aristocratie des jumeaux, à leur goût des belles et bonnes choses. Jacques Richard ne se prive pas de quelque bon mot : "Il faudrait à ce stade les décrire un peu, en tracer un de ces portraits balzaciens qu'on saute après trois lignes." (p.6). Il n'a pas tout à fait tort, Balzac, c'est parfois un peu long...

Même si le texte met parfois mal-à-l'aise, jamais je n'ai eu l'envie de le quitter, je voulais savoir jusqu'où l'auteur allait nous emmener et je ne suis pas déçu. Nouvelle parue dans la collection Opuscule.

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Imago

Publié le par Yv

Imago, Josiane Lion, Lamiroy, 2021

François Dubreil est un homme paisible, à la vie tranquille, marié, un travail qui l'intéresse. Sauf que depuis quelque temps, il est en proie à des cauchemars puis des visions : il voit tous les gens qui l'entourent comme des insectes. de grosses guêpes, des araignées, des cafards, ce qui lui pose un réel problème relationnel surtout lorsqu'il veut supprimer ces fameux insectes.

Étrange cette nouvelle, fantastique au titre explicite, l'imago étant la forme définitive de l'insecte adulte sexué. On connaissait le héros qui se transforme en bébête, mais pas celui qui voit tous les autres comme tels et qui s'attaque à eux. Josiane Lion décrit la folie qui prend un homme, on ne sait pourquoi. Ses délires, son internement. C'est tellement énorme que ça peut en devenir drôle.

Les nouvelles publiées par Lamiroy se suivent et ne se ressemblent pas du tout et ça c'est une excellent chose. Icelle débute ainsi : "François s'éveilla en sursaut, afin d'échapper au cauchemar épouvantable qui venait de troubler son sommeil. Couvert de sueur, il resta un long moment désorienté dans l'obcurité profonde de la chambre." (p.5)

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Les villes émotionnelles

Publié le par Yv

Les villes émotionnelles, Julie Andrade et Audrey Zeilas, Intervalles, 2021

Et si l'avenir était gouverné par nos émotions ? Et si, tout, de notre vie la plus quotidienne, à nos rencontres était géré par des applications, des réseaux qui nous connaissent mieux que quiconque et qui pourraient anticiper le moindre de nos désirs ainsi que nous éviter les désagréments voire provoquer notre bonheur ?

Julie Andrade et Audrey Zeilas imaginent un catalogue de diverses utopies, parfois enviables, d'autres fois beaucoup moins qui pourraient arriver dans les mille ans à venir.

Voici un ouvrage original, qui alterne les textes courts, les images, les dessins, les études scientifiques vulgarisées, les photographies... Beaucoup de domaines sont abordés par le biais des émotions : l'art, l'architecture (les deux auteures sont architectes), notre vie quotidienne, le travail, les rencontres, notre mode de vie...

C'est un livre à feuilleter, à lire comme on veut, linéairement ou en commençant par la fin ou encore en piquant des petits bouts au hasard. C'est le lecteur qui décide au fil de ses émotions et de ses envies. Tout ne m'a pas parlé, mais des pages m'ont touché et il y a une inventivité folle. Les deux auteures semblent s'être totalement lâchées. Un peu comme quand on refait le monde après un verre ou deux, mais là tout est passé par le prisme des émotions et s'appuie sur des études sérieuses et des délires qui le sont beaucoup moins.

Un livre qui sort des habitudes et qui surprend. Une vraie bonne idée qui mérite qu'on s'y arrête quelques instants.

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Brèches

Publié le par Yv

Brèches, Olumide Popoola et Annie Holmes, Belleville, 2021 (traduit par Étienne Gomez)

Olumide Popoola est une autrice germano-nigériane. Annie Holmes est autrice, réalisatrice et productrice. Elles vivent toutes les deux à Londres et, dans le cadre d'une résidence, elles ont écrit sur la "jungle de Calais", ce recueil de nouvelles qui ont toutes comme point d'arrivée ou de départ ce lieu.

Comme d'habitude, chez Belleville, un soin particulier est apporté à la couverture qui est une photo gracieusement offerte par Bruno Serralongue.

Le ton de l'ouvrage n'est pas pessimiste contrairement à ce que nous pourrions redouter. Les deux autrices dressent des portraits de jeunes gens -souvent- qui ont tellement vu et vécu de tragédies pour en arriver là, qu'ils sont prêts à tout pour s'en sortir et vivre enfin. Elles ne font pas l'impasse sur les difficultés avec les habitants de la ville, ni sur celles qui existent dans le camp. Ces histoires ont pour énorme avantage de nous présenter des personnages, des individus réalistes parce que sûrement copiés sur des garçons et des filles que les deux autrices ont rencontrés ce qui nous change des chiffres et statistiques. N'en déplaise à certains, ils ne sont pas des tueurs, des violeurs ou des délinquants, mais des jeunes gens qui ont fui leurs pays et ont voyagé dans des conditions effroyables, mais ces "certains" ne liront pas cet ouvrage qui risque trop d'humaniser ceux qu'ils préfèrent nommer du terme générique de migrants.

"J'aimerais que tu sois là, dit-elle à son père intérieur. Franchement, si tu voyais le comportement de ces gens, tout le respect qu'ils ont les uns envers les autres, tu cesserais de parler comme tu le fais tout le temps." (p.69)

Difficile de faire ressortir une nouvelle ou un personnage du lot, parce qu'ils sont tous forts, mais j'avoue une petite préférence pour :

- Enquête : une calaisienne vieillissante accueille chez elle un frère et une sœur avec beaucoup de méfiance, puis le temps fait son œuvre

- A bientôt : un vieux britannique très ordonné et à cheval sur les principes de la loi donne des cours d'anglais gratuits à un jeune homme tout juste débarqué

Un recueil à lire et faire lire pour un regard différent sur tous ces gens obligés de fuir leurs pays. Important dans cette période d'élections où le parti et les idées extrêmes n'ont jamais eu autant d'exposition médiatique ni jamais autant rencontré d'approbation de la population. Beurk !

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Mirages

Publié le par Yv

Mirages, Elena Basile, Ed. du Sablon, (traduit par Marie-France Renard), 2021

Dix nouvelles dans ce recueil. Dix nouvelles qui parlent de femmes qui vient en Hongrie, au Portugal, en Suède, en Italie au encore au Canada. Chacune s'arrête à ce moment de sa vie pour faire le point, de gré ou forcée par des événements extérieurs.

Elena Basile, par ailleurs ambassadrice de l'Italie en Belgique a un talent évident, celui de raconter en quelques pages presqu'une vie entière. Elle va à l'essentiel dans un style direct et épuré. Certes, il faut parfois lire entre les lignes, mais ça se fait tellement naturellement qu'on y pense uniquement si l'on s'arrête un instant sur l'écriture de l'autrice. Sinon, tout passe en douceur. Ses femmes se posent des questions sur l'amour, la maternité, la vie professionnelle, sur leurs choix de vie ou les non-choix, les événements qui s'imposent et qu'on subit comme vivre seule ou en couple, avoir des enfants. J'aime l'extrait suivant sur deux amies, l'une en couple sans enfant à elle, ayant élevé deux beaux-fils et l'autre célibataire avec une fille : "Margherita resta silencieuse. Elle avait un regard sombre et absent. Rosanna lui effleura le bras. "Tu sais, je voulais un enfant, convaincue que je n'aurais plus été seule, et maintenant, je crois, au contraire, que c'est précisément Michela qui vient souligner ma solitude. Étrange, non ?" Elle sourit à son amie pour la consoler et s'assit plus confortablement sur sa chaise." (p.150/151) Je l'aime bien cet extrait car il résume bien le recueil, peu de mots pour résumer une pensée assez profonde, intime. Elena Basile va au cœur de ses femmes, sans détours.

Il ne faut pas oublier la géographie et tous les lieux que l'autrice décrit, les villes dans lesquelles vivent ces femmes. On ressent l'ambiance plus que l'on a une idée nette des bâtiments et rues, et dans ces histoires, c'est justement cela qu'il faut, un contexte davantage qu'une description précise.

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Le bruit du rêve contre la vitre

Publié le par Yv

Le bruit du rêve contre la vitre, Axel Sénéquier, Quadrature, 2021

Recueil de nouvelles qui ont en commun de se dérouler pendant le confinement de 2020 et d'avoir été écrites à la même période.

-Les murs porteurs : Thibaut est un poète incompris, mais aussi le compagnon violent de Pélagie. La période de confinement fut malheureusement propice à l'augmentation des violences faites aux femmes.

- Les somnambules : Mathieu, musicien de fait libre de tout engagement décide de se rapprocher d'une association pour offrir son aide

- Les chemins de l'école : Victor pensait qu'au vu de son niveau d'étude, il pourrait aisément faire l'école à ses trois enfants pendant le confinement.

- Intégration : Sigrid et Alex, parisiens, décident de prendre la route vers leur résidence secondaire. Sera-ce pour une longue période ? Seront-ils bien accueillis ?

- Fashion faux pas : lorsqu'Albertine doit accueillir une youtubeuse très influente dans son journal, elle le fait sous la contrainte, sachant très bien que la prochaine étape c'est son remplacement à elle par l'influenceuse.

- La crise de la quarantaine : Titouan, risk manager chez Total, la quarantaine, profite du confinement pour faire du rangement te redécouvre l'histoire de ses père et grand-père

- Le bruit du rêve contre la vitre : l'homme qui témoigne est entre la vie et la mort, détresse respiratoire, il revoit sa vie et se sait en de bonnes mains, celles de soignants de l'hôpital.

- Sauvage : Milou, jeune femme SDF se fait virer de son squat, elle trouve refuge au jardin des plantes fermé pendant le confinement. La nature elle, n'est pas confinée, c'est même tout le contraire.

- Balcons fleuris : Pierre s'ennuie dans son appartement, aussi profite-t-il de ses journées pour fabriquer des guirlandes de mots et de ses nuits pour les distribuer incognito à ses voisins.

- Marée noire : Catherine se réveille ne pleine nuit, son conjoint, insomniaque regarde la télévisions, son fils récemment victime d'un accident ne dort pas lui non plus.

- Fermentation lente : Valentin, cavalièrement largué par son compagnon en tout début de confinement se prend de passion pour le pétrissage de la pâte à pain et la cuisson d'icelle.

- Verre solitaire : lorsque l'apéro Zoom entre amis fait naître tensions et frustrations.

Douze nouvelles tragi-comiques pour reprendre un mot souvent utilisé mais qui, ici, est à lire dans son sens littéral : de la tragédie naissent des situations comiques et vice-versa. Axel Sénéquier parvient en quelques phrases à décrire des scènes réalistes qui puisent dans le meilleur et le pire de ce que l'on a tous vécu ou entendu pendant ces mois de confinement. Sans en faire des tonnes, il va au cœur des personnages qu'il invente qui, se retrouvant face à eux-mêmes doivent où se questionner ou s'abrutir de télé ou vidéos. C'est forcément une période propice et favorable à la création littéraire ou autre, et sans doute pas mal de livres en parleront. J'en entends déjà venir avec leurs gros sabots de la rentrée de septembre. Axel Sénéquier évite les poncifs et préfère se décaler avec des personnages attachants, perdus, qui perdent pied et qui ne peuvent se rattraper à rien tant notre époque et nos sociétés trop sûres d'elles n'ont rien anticipé.

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Les noces de monsieur Schnouf

Publié le par Yv

Les noces de monsieur Schnouf, Cyril C. Sarot, Lamiroy, 2021

Monsieur Schnouf est DRH, il est sûr et fier de lui. Il a réussi. Il est cadre. Dans une entreprise qui fabrique des balais à chiottes, certes, mais cadre dirigeant. Monsieur Schnouf a privilégié sa vie professionnelle jusqu'ici, mais il va se marier. Un événement à la hauteur de sa personnalité.

"La future  madame Schnouf est d'une grande beauté. Ni physique ni intérieure mais financière. Une beauté peu courante, à laquelle monsieur Schnouf ne sut rester insensible." (p. 17)

A coups de phrases lapidaires qui débutent souvent par "Monsieur Schnouf...", Cyril C. Sarot dresse le portrait d'un homme qu'on n'a pas envie de connaître ni d'avoir comme patron. Imbu, harceleur, machiste, c'est l'archétype du mec invivable et insupportable. On a une seule envie : qu'il lui arrive des bricoles.

C'est une nouvelle enlevée, drôle, rapide, sélectionnée et publiée dans la collection Opuscule chez Lamiroy, ce qui est une bonne idée. Un texte à poser pas trop loin pour le relire, juste pour le plaisir.

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