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nouvelles

Brèches

Publié le par Yv

Brèches, Olumide Popoola et Annie Holmes, Belleville, 2021 (traduit par Étienne Gomez)

Olumide Popoola est une autrice germano-nigériane. Annie Holmes est autrice, réalisatrice et productrice. Elles vivent toutes les deux à Londres et, dans le cadre d'une résidence, elles ont écrit sur la "jungle de Calais", ce recueil de nouvelles qui ont toutes comme point d'arrivée ou de départ ce lieu.

Comme d'habitude, chez Belleville, un soin particulier est apporté à la couverture qui est une photo gracieusement offerte par Bruno Serralongue.

Le ton de l'ouvrage n'est pas pessimiste contrairement à ce que nous pourrions redouter. Les deux autrices dressent des portraits de jeunes gens -souvent- qui ont tellement vu et vécu de tragédies pour en arriver là, qu'ils sont prêts à tout pour s'en sortir et vivre enfin. Elles ne font pas l'impasse sur les difficultés avec les habitants de la ville, ni sur celles qui existent dans le camp. Ces histoires ont pour énorme avantage de nous présenter des personnages, des individus réalistes parce que sûrement copiés sur des garçons et des filles que les deux autrices ont rencontrés ce qui nous change des chiffres et statistiques. N'en déplaise à certains, ils ne sont pas des tueurs, des violeurs ou des délinquants, mais des jeunes gens qui ont fui leurs pays et ont voyagé dans des conditions effroyables, mais ces "certains" ne liront pas cet ouvrage qui risque trop d'humaniser ceux qu'ils préfèrent nommer du terme générique de migrants.

"J'aimerais que tu sois là, dit-elle à son père intérieur. Franchement, si tu voyais le comportement de ces gens, tout le respect qu'ils ont les uns envers les autres, tu cesserais de parler comme tu le fais tout le temps." (p.69)

Difficile de faire ressortir une nouvelle ou un personnage du lot, parce qu'ils sont tous forts, mais j'avoue une petite préférence pour :

- Enquête : une calaisienne vieillissante accueille chez elle un frère et une sœur avec beaucoup de méfiance, puis le temps fait son œuvre

- A bientôt : un vieux britannique très ordonné et à cheval sur les principes de la loi donne des cours d'anglais gratuits à un jeune homme tout juste débarqué

Un recueil à lire et faire lire pour un regard différent sur tous ces gens obligés de fuir leurs pays. Important dans cette période d'élections où le parti et les idées extrêmes n'ont jamais eu autant d'exposition médiatique ni jamais autant rencontré d'approbation de la population. Beurk !

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Mirages

Publié le par Yv

Mirages, Elena Basile, Ed. du Sablon, (traduit par Marie-France Renard), 2021

Dix nouvelles dans ce recueil. Dix nouvelles qui parlent de femmes qui vient en Hongrie, au Portugal, en Suède, en Italie au encore au Canada. Chacune s'arrête à ce moment de sa vie pour faire le point, de gré ou forcée par des événements extérieurs.

Elena Basile, par ailleurs ambassadrice de l'Italie en Belgique a un talent évident, celui de raconter en quelques pages presqu'une vie entière. Elle va à l'essentiel dans un style direct et épuré. Certes, il faut parfois lire entre les lignes, mais ça se fait tellement naturellement qu'on y pense uniquement si l'on s'arrête un instant sur l'écriture de l'autrice. Sinon, tout passe en douceur. Ses femmes se posent des questions sur l'amour, la maternité, la vie professionnelle, sur leurs choix de vie ou les non-choix, les événements qui s'imposent et qu'on subit comme vivre seule ou en couple, avoir des enfants. J'aime l'extrait suivant sur deux amies, l'une en couple sans enfant à elle, ayant élevé deux beaux-fils et l'autre célibataire avec une fille : "Margherita resta silencieuse. Elle avait un regard sombre et absent. Rosanna lui effleura le bras. "Tu sais, je voulais un enfant, convaincue que je n'aurais plus été seule, et maintenant, je crois, au contraire, que c'est précisément Michela qui vient souligner ma solitude. Étrange, non ?" Elle sourit à son amie pour la consoler et s'assit plus confortablement sur sa chaise." (p.150/151) Je l'aime bien cet extrait car il résume bien le recueil, peu de mots pour résumer une pensée assez profonde, intime. Elena Basile va au cœur de ses femmes, sans détours.

Il ne faut pas oublier la géographie et tous les lieux que l'autrice décrit, les villes dans lesquelles vivent ces femmes. On ressent l'ambiance plus que l'on a une idée nette des bâtiments et rues, et dans ces histoires, c'est justement cela qu'il faut, un contexte davantage qu'une description précise.

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Le bruit du rêve contre la vitre

Publié le par Yv

Le bruit du rêve contre la vitre, Axel Sénéquier, Quadrature, 2021

Recueil de nouvelles qui ont en commun de se dérouler pendant le confinement de 2020 et d'avoir été écrites à la même période.

-Les murs porteurs : Thibaut est un poète incompris, mais aussi le compagnon violent de Pélagie. La période de confinement fut malheureusement propice à l'augmentation des violences faites aux femmes.

- Les somnambules : Mathieu, musicien de fait libre de tout engagement décide de se rapprocher d'une association pour offrir son aide

- Les chemins de l'école : Victor pensait qu'au vu de son niveau d'étude, il pourrait aisément faire l'école à ses trois enfants pendant le confinement.

- Intégration : Sigrid et Alex, parisiens, décident de prendre la route vers leur résidence secondaire. Sera-ce pour une longue période ? Seront-ils bien accueillis ?

- Fashion faux pas : lorsqu'Albertine doit accueillir une youtubeuse très influente dans son journal, elle le fait sous la contrainte, sachant très bien que la prochaine étape c'est son remplacement à elle par l'influenceuse.

- La crise de la quarantaine : Titouan, risk manager chez Total, la quarantaine, profite du confinement pour faire du rangement te redécouvre l'histoire de ses père et grand-père

- Le bruit du rêve contre la vitre : l'homme qui témoigne est entre la vie et la mort, détresse respiratoire, il revoit sa vie et se sait en de bonnes mains, celles de soignants de l'hôpital.

- Sauvage : Milou, jeune femme SDF se fait virer de son squat, elle trouve refuge au jardin des plantes fermé pendant le confinement. La nature elle, n'est pas confinée, c'est même tout le contraire.

- Balcons fleuris : Pierre s'ennuie dans son appartement, aussi profite-t-il de ses journées pour fabriquer des guirlandes de mots et de ses nuits pour les distribuer incognito à ses voisins.

- Marée noire : Catherine se réveille ne pleine nuit, son conjoint, insomniaque regarde la télévisions, son fils récemment victime d'un accident ne dort pas lui non plus.

- Fermentation lente : Valentin, cavalièrement largué par son compagnon en tout début de confinement se prend de passion pour le pétrissage de la pâte à pain et la cuisson d'icelle.

- Verre solitaire : lorsque l'apéro Zoom entre amis fait naître tensions et frustrations.

Douze nouvelles tragi-comiques pour reprendre un mot souvent utilisé mais qui, ici, est à lire dans son sens littéral : de la tragédie naissent des situations comiques et vice-versa. Axel Sénéquier parvient en quelques phrases à décrire des scènes réalistes qui puisent dans le meilleur et le pire de ce que l'on a tous vécu ou entendu pendant ces mois de confinement. Sans en faire des tonnes, il va au cœur des personnages qu'il invente qui, se retrouvant face à eux-mêmes doivent où se questionner ou s'abrutir de télé ou vidéos. C'est forcément une période propice et favorable à la création littéraire ou autre, et sans doute pas mal de livres en parleront. J'en entends déjà venir avec leurs gros sabots de la rentrée de septembre. Axel Sénéquier évite les poncifs et préfère se décaler avec des personnages attachants, perdus, qui perdent pied et qui ne peuvent se rattraper à rien tant notre époque et nos sociétés trop sûres d'elles n'ont rien anticipé.

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Les noces de monsieur Schnouf

Publié le par Yv

Les noces de monsieur Schnouf, Cyril C. Sarot, Lamiroy, 2021

Monsieur Schnouf est DRH, il est sûr et fier de lui. Il a réussi. Il est cadre. Dans une entreprise qui fabrique des balais à chiottes, certes, mais cadre dirigeant. Monsieur Schnouf a privilégié sa vie professionnelle jusqu'ici, mais il va se marier. Un événement à la hauteur de sa personnalité.

"La future  madame Schnouf est d'une grande beauté. Ni physique ni intérieure mais financière. Une beauté peu courante, à laquelle monsieur Schnouf ne sut rester insensible." (p. 17)

A coups de phrases lapidaires qui débutent souvent par "Monsieur Schnouf...", Cyril C. Sarot dresse le portrait d'un homme qu'on n'a pas envie de connaître ni d'avoir comme patron. Imbu, harceleur, machiste, c'est l'archétype du mec invivable et insupportable. On a une seule envie : qu'il lui arrive des bricoles.

C'est une nouvelle enlevée, drôle, rapide, sélectionnée et publiée dans la collection Opuscule chez Lamiroy, ce qui est une bonne idée. Un texte à poser pas trop loin pour le relire, juste pour le plaisir.

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Sex doll

Publié le par Yv

Sex doll, Alain Guillaume, Lamiroy, 2019

Narcisso Alban travaille à la maintenance et l'amélioration des machines d'un casino de Las Vegas. Solitaire, il fréquente régulièrement un lupanar du Nevada et lorsque le patron dudit lieu lui propose l'achat d'une sex doll, il n'hésite pas, sûr de trouver dans cette poupée intelligente une compagne qu'il saura rendre parfaite.

Retour d'Alain Guillaume aujourd'hui après son roman historique chroniqué hier. Cette fois-ci dans une nouvelle dans laquelle il pousse un intéressante réflexion sur notre monde, nos besoins de toujours plus de technologie, toujours plus de performances dans un minimum d'espace -même si les portables actuels ont tendance à ne plus tenir dans nos poches. Les écrans sont chronophages au détriment de nos relations aux autres. Et les autres, c'est l'enfer pour paraphraser JP Sartre cité dans la nouvelle. Qu'adviendrait-il si l'on trouvait le partenaire idéal, celui qui saurait devancer nos désirs de toute sorte physique certes, mais intellectuels également ? Qui serait toujours d'accord avec nous ? Que nous pourrions moduler, améliorer ?

A travers l'histoire de Narcisso, Alain Guillaume pousse au questionnement, apporte quelques bribes de réponses, des idées comme ça et une profonde envie de garder de vraies relations avec d'autres êtres imparfaits. Le ton est sérieux et badin -pour reprendre un terme de la quatrième de couverture particulièrement bien choisi- rien qui "prenne la tête", juste des questions à se poser de temps en temps... ou plus régulièrement et plus profondément.

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Histoires douces-amères

Publié le par Yv

Histoires douces-amères, Guy de Maupassant, L'école des loisirs, 2021

Huit histoires de Guy de Maupassant sont réunies dans ce petit livre destiné à la jeunesse, mais pas seulement.

- Le papa de Simon : lorsqu'une femme non mariée avait un enfant, elle était vue comme une moins que rien et son enfant souvent malmené. Simon lui, s'invente un papa pour cesser d'être harcelé.

- Le condamné à mort : un condamné à mort dans un tout petit pays, Monaco, qui n'a pas les moyens d'accomplir la sentence, peut peut-être échapper au pire.

- La roche aux guillemots : la chasse aux guillemots commence, comme chaque année près d'Etretat. Cette année, l'un des chasseurs ne semble pas dans son assiette.

- Toine : Toine est un personnage incontournable dans son village, patron de l'auberge, bon vivant mais mal marié.

- Le père Mongilet : lorsque la mode est aux ballades à la campagne, le père Mongilet lui, refuse de quitter Paris. Il l'a fait une fois, il y a plusieurs années et ce souvenir est cuisant.

- Mademoiselle Perle : mais qui est cette demoiselle Perle, sorte de gouvernante chez les Chantal famille que fréquente assidûment Gaston ?

- Ma femme : au cours d'une soirée entre hommes, la discussion arrive sur le mariage, cette corde serrée, sauf pour l'un des convives qui raconte son étrange demande en mariage.

Très bonne idée que de proposer ces textes, parfois raccourcis, aux jeunes qui pourront y trouver tout ce qui est bien dans Maupassant, c'est-à-dire tout. Léger, badin parfois, moqueur, ironique et drôle. Il suffit d'un tout petit grain de sable pour qu'une histoire a priori banale ne change d'aspect. Sans doute, pour moi, l'un des auteurs classiques les plus aisés à faire lire, c'est abordable, simple comme les gens qu'il décrit. A mettre dans la bibliothèque des jeunes gens...

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Larmes de crocodile

Publié le par Yv

Larmes de crocodile, Fidéline Dujeu, Weyrich, 2021

Larmes de crocodile, c'est une voix d'enfant. Un enfant qui change, petite fille puis adolescente.

Siamoise, c'est la seconde nouvelle du livre, c'est la voix d'une femme. D'une femme qui n'en peut plus. Son couple se délite. Elle et lui autrefois de vrais siamois ne s'entendent plus.

Autant j'ai eu un peu de mal à m'accrocher à Larmes de crocodile, le style sans doute, le parti pris des comptes de fées, des deux voix, l'une en italique et l'autre non, autant j'ai été scotché par Siamoise. Ce récit d'un couple autrefois fusionnel qui se sépare, qui se brise et qui fait des dégâts. Cette sensation irrépressible de ressentir l'autre, même lorsqu'il est loin, même lorsqu'il est craint : "Il y a encore des lambeaux de ta peau qui s'accrochent à la mienne, je les arrache un à un. Je nous libère." (p.136)

L'écriture est sèche et poétique. Des phrases très courtes -ou longues mais multi-ponctuées. Parfois nominales. Uni-nominales. Un rythme prenant, saccadé qui a tendance à se ralentir sur la fin même s'il y a quelques soubresauts, pour bien marquer le changement survenu, une sorte de quiétude retrouvée.

Bilan mitigé donc pour ce livre qui contient deux grandes nouvelles ou courts romans. Siamoise vaut le coup de s'arrêter dessus et de tenter la lecture de Larmes de crocodile qui a les moyens de vous plaire.

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Rue du poirier de la perdrix

Publié le par Yv

Rue du poirier de la perdrix, Xavier Deutsch, Lamiroy, 2021

"Des hommes ont quitté Machebelle et Fompierre en vue de gagner Bourg-sous-l'Ointe. Sept militaires et dix civils. On franchit un pays de collines verdâtres, une rivière sur son pont, des terres de bocages et de vergers. La route est longue, elle devrait occuper dix jours. Pour quoi faire ? Tout va bien.

Le soir, un coup de feu craque. Il neige." (4ème de couverture)

Nouvelle parue dans la collection Opuscule et reçue par la poste, comme ce sera le cas pendant quelques mois avec mon abonnement.

Ce qui est bien avec ces nouvelles, c'est que l'on change d'auteur donc de style et de monde. Cette fois-ci, une époque indéterminée, un cortège mystérieux entre des villes et pour une mission qui ne le sont guère moins. Et l'on avance avec eux, doucement, jusqu'à ce coup de feu.

Une écriture, qui coule, qui décrit la lenteur de la marche, les paysages endormis sous la neige qui évoque sans s'appesantir : "Qu'est-ce qu'on avait ici ? Le groupe était compté : sept militaires et dix civils. Les civils venaient de Machebelle et Fompierre et ils avaient des valises et des souvenirs. Les souvenirs, ça ne pèse parfois pas lourd et, parfois, ça pèse lourd. Les militaires n'avaient pas de souvenirs. Ils remplissaient leur besogne. On leur disait de faire. C'était commode." (p.7)

C'est court. C'est beau. C'est parfois drôle ou décalé et d'autres fois, beaucoup moins. En quelques pages, Xavier Deutsch parvient à faire varier les sensations. Et je découvre avec ce texte ce romancier.

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Les cow-boys

Publié le par Yv

Les cow-boys, Xavier de Ridder, Lamiroy, 2021

La veille au soir, Ben a oublié de fermer la clôture et le lendemain, il est bien obligé de constater que Kratos, le taureau de son père s'est fait la belle. Denis, le père est fort mécontent, surtout lorsque le-dit Kratos est retrouvé sur le terrain de football du village, terrain abandonné des crampons, malgré une équipe en pleine progression, depuis une sombre affaire dans les vestiaires. Et ce qui reste de dirigeants du club d'imaginer un rodéo avec Kratos, payant histoire de renflouer un peu le club.

Le moins qu'on puisse dire c'est que l'imagination de Xavier de Ridder est sans limite. Qui aurait pu penser à un rodéo sur un terrain de football délaissé avec un taureau peu enclin à se laisser escalader, des petits escrocs opportunistes, un éleveur irascible et toute une galerie de personnages décalés ?

Voilà un récit fort drôle, vivement et joliment mené. Une nouvelle de la collection Opuscule qui fait partie de l'abonnement aux éditions Lamiroy mais qui peut s'acheter séparément. Je double le plaisir d'ouvrir ma boîte à lettres et d'y trouver ce petit recueil et l'ouvrant et le lisant d'un trait le sourire aux lèvres de bout en bout.

"Ben pensait avoir fermé la clôture. Il en était sûr. Et pourtant, elle bâillait mollement sur le pré vide. Le cadenas ouvert pendait au loquet. Aucun signe d'effraction, donc. Juste une preuve de plus dans le dossier que tenait son père, Denis, sur l'irresponsabilité chronique de son fils. Un exemple de plus qui viendrait appuyer là où ça faisait mal au cours de discussions à sens unique sur le fait qu'il n'était qu'un bon à rien." (p. 7)

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