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bande dessinee

Chez toi

Publié le par Yv

Chez toi, Sandrine Martin, Casterman, 2021

Athènes, 2016. Mona est syrienne, migrante, Monika est grecque. Mona est enceinte, Monika est sage-femme pour une ONG. Elles vont se rencontrer, leurs vies et histoires se croiser. A travers elles, c'est l'histoire de la Grèce confrontée aux difficultés économique et à l'arrivée d'un grand nombre de réfugiés. C'est aussi l'histoire de ces réfugiés qui fuient la guerre, la misère au péril de leurs vies pour être mal accueillis par les Européens.

Ce roman graphique s'inspire d'une étude anthropologique consacrée aux relations entre femmes enceintes migrantes et personnel médical. Mona et Monika, si elles sont fictives sont inspirées de femmes réelles et de leurs parcours.

Ce qui m'a frappé d’emblée en ouvrant l'ouvrage c'est le dessin et plus particulièrement, au premier coup d’œil, la couleur. Un dégradé de bleu -sur le principe d'un noir et blanc- sur lequel des couleurs vives et d'autres pastel tranchent. Le résultat est convaincant, superbe et quelques pages en case unique sont magnifiques. Sandrine Martin joue avec les codes du genre, parfois une case par pages, d'autres fois des cases en quinconce, marquées ou non. Je suis conquis.

Et maintenant que je vais vous parler de l'histoire, je ne vais pas descendre en enthousiasme. Mona et Monika sont des femmes aux parcours et investissements lourds. Elles sont terriblement humaines et réalistes, feront taire n'importe que crétin xénophobe qui n'a jamais bougé de son petit confort, mais ce crétin ne lira pas ce livre, trop peur de s'humaniser. Sandrine Martin ne fait pas dans le glauque, le noir, elle parle sans détours de la difficulté d'être migrant en ce moment, de celle d'accueillir les femmes enceintes migrantes dans de bonnes conditions, mais elle parle aussi des bons moments et reste globalement positive. Mona attend un enfant, c'est à lui qu'elle parle et l'espoir est dans la vie qu'elle et son mari pourront lui offrir.

C'est un roman graphique très beau, très profond, avec des valeurs humaines essentielles mises en avant, des femmes fortes qui ne revendiquent point de l'être mais le sont naturellement et parce qu'elles ne peuvent pas faire autrement. Un album que je classe sans hésiter dans mes coups de cœur.

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Les fronts renversés

Publié le par Yv

Les fronts renversés, Corbel et Launais, Y.I.L, 2021

Serge Derain, inspecteur de police, ancien résistant, est appelé en 1955 pour intégrer la DST et tenter de déstabiliser le FLN par une action en Kabylie : l'opération L'oiseau bleu.

1968, Derain, devenu commissaire est affecté à Rennes pour aider à arrêter les attentats commis par le Front de Libération de la Bretagne. Persuadé qu'il a déjà croisé l'un des responsables FLB du temps de son travail en Algérie, Derain tente de le confondre. Il doit aussi faire face à une séparation d'avec sa femme.

Pas très facile au départ cette bande dessinée qui gagne à ce qu'on s'y accroche, car c'est un tome 1 et j'aimerais connaître la suite. Pas très facile car les intervenants sont assez nombreux, et il faut bien le dire, j'ai commencé par me perdre un peu, notamment sur la partie algérienne, puis petit-à-petit à m'y retrouver. La partie bretonne est moins complexe et tout aussi intéressante. Basée sur des faits réels, l'opération L'oiseau bleu ainsi que les attentats du FLB, elle met en scène des personnages ayant existé et semble assez fidèle à ce que j'ai pu lire sur ces deux histoires -parce que l'un de ses intérêts est que je suis allé creuser, voir ce qui était réel ou fictif, elle pousse donc à s'instruire, ce qui est une excellente chose.

Scénario qui gagne donc à ce qu'on s'accroche au départ et dessin que j'aime beaucoup, tout concourt à rendre prometteur le prochain tome de cette série de Marek Corbel et Cyrille Launais.

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Idiss

Publié le par Yv

Idiss, Richard Malka, Fred Bernard, Rue de Sèvres, 2021

Idiss naît en Bessarabie en 1863. Mariée à Schulim, ils vivent dans un shtetel (bourgade juive d'Europe centrale), ils ont deux garçons. Cette province est russe et Schulim sert dans l'armée du tsar depuis plusieurs années, laissant Idiss seule avec ses deux enfants et ses parents ne parvenant qu'à peine à les nourrir. Il en faudra du temps, de l'énergie et du travail pour que la famille vienne s'installer à Paris.

Tirée du livre de Robert Badinter du même titre paru chez Fayard, la bande dessinée raconte l'histoire d'Idiss la grand-mère de l'auteur. C'est bien sûr, à travers l’histoire de cette femme et de sa famille, toute celle des juifs qui ont émigré en France dans l'espoir d'échapper aux pogroms en Russie et à la misère, croyant aux valeurs de la République inscrites en gros aux frontons des mairies. Mais s'il est moins violent en France, l'antisémitisme y est bien présent et il s'installera durablement jusqu'à la seconde guerre et le régime de Vichy.

Richard Malka a scénarisé l'album qui n'est évidemment pas une suite de gags mais n'est pas pour autant lourd. Certes, certains passages sont durs parce qu'ils narrent la véritable histoire des juifs harcelés, poursuivis, massacrés. Mais il montre aussi le travail et la réussite, le besoin de montrer et rendre au pays qui accueille, la famille de Robert Badinter ayant eu de la chance et des opportunités qu'elle a su saisir, davantage que d'autres familles issues de la même communauté.

Fred Bernard dessine et colorise et le tout donne un aspect moins dur à l'histoire. Là où il aurait pu faire trash, il fait dans la couleur et le trait doux, presqu'enfantin ce qui, à mon sens, est une excellente idée, car l'album s'adresse de fait à des plus jeunes et non pas simplement à des adultes. Il est un très bon vecteur pour parler de l'histoire, de l’antisémitisme, du racisme en général et remettre de nouveau une couche sur le respect des valeurs essentielles à la vie en commun, celles qui  nous rapprochent, pas celles qui nous divisent.

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Le don de Rachel

Publié le par Yv

Le don de Rachel, Anne-Caroline Pandolfo, Terkel Risbjerg, Casterman, 2021

Paris 1848, Rachel a un don extraordinaire qui attire le tout-Paris qui compte : elle sait le passé de tous et prédit l'avenir, elle connaît toutes les langues, prévoit même un poème que Victor Hugo écrira dix années plus tard. On se bouscule pour la rencontrer, mais on la craint, la sorcière n'est pas loin. Un beau jour, Rachel disparaît, ne restent d'elle qu'un livre sur sa vie et un daguerréotype.

Un siècle plus tard, une chorégraphe débutante décide de mettre en scène ce livre trouvé par hasard, il lui faut trouver l'idée qui fera que son ballet sera inoubliable.

Quant au daguerréotype, il est depuis longtemps dans une famille londonienne, chez Virginia.

Je retrouve avec bonheur le duo de bédéistes, Anne-Caroline Pandolfo au scénario et Terkel Risbjerg au dessin après leur très bel album sur l'art brut, Enferme-moi si tu peux. Et tout le bien que je pense de cet album est intact à la lecture du Don de Rachel.

Dessin original, formidable qui montre bien les différentes phases de la vie de Rachel, dans les couleurs, les traits des personnages et qui devient plus clair, plus aéré lorsque Liv, la chorégraphe intervient.

Et le scénario n'est pas en reste qui raconte la difficulté d'être une femme en vue au milieu du XIXè siècle, surtout en tant que voyante. L'accusation de sorcellerie n'est jamais loin, ni la tentation du phénomène de foire. La science et ses adeptes, des hommes, ne jurent que par ce qui peut être démontré. Or, le don de Rachel est inexplicable donc suspect. J'aime bien aussi comment la scénariste relie les trois femmes à un siècle d'intervalle.

Un très bel album, original, qui, même si on les aime aussi, change des bandes dessinées traditionnelles.

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Jacques Prévert n'est pas un poète

Publié le par Yv

Jacques Prévert n'est pas un poète, Cailleaux et Bourhis, Dupuis, 2017

Jacques Prévert (1900-1977), on apprend ses poésies à l'école, on regarde les films qu'il a scénarisés. Mais le connaît-on si bien que cela ? Hervé Bourhis et Christian Cailleaux évoquent son existence en bande dessinée.

A l'origine, en trois volumes, mais aussi en une intégrale présentée ici. Prévert fut un libertaire, un homme aux réparties cinglantes toujours drôles, avec un sens de la formule indéniable, fidèle en amitié... Comme beaucoup, il galéra avant d'être reconnu.

L'album lui fait dire des choses incroyables, des vacheries bien senties ainsi que des fulgurances qu'il grava ensuite dans certaines de ses chansons ou certains dialogues de films : "T'as de beaux yeux tu sais", "Moi, j'ai dit bizarre, bizarre ? Comme c'est étrange ! Pourquoi aurais-je dit : bizarre, bizarre !" Il avait un langage bien à lui, de la désinvolture face aux coups durs. Tout est évoqué : son adhésion aux thèses communistes, son goût pour la bonne chère et le bon alcool, la cigarette, les femmes de sa vie et surtout les copains.

La BD montre tout cela et le dessin le surligne tant il est libre, s'affranchit des codes du genre, pas de cases, des couleurs très variées. L'album est très beau et même si j'ai décroché parfois, jamais je n'ai eu envie de ne pas le finir. Je l'ai même repris pour n'en rien rater. Et tous les gens du cinéma d'il y a un siècle que l'on croise... et des écrivains, et des poètes, des peintres... tout le Paris artistique de 1920 à 1970.

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Leonard Cohen sur un fil

Publié le par Yv

Leonard Cohen sur un fil, Philippe Girard, Casterman, 2021

Leonard Cohen (1934-2016), le poète canadien à la voix grave auteur de titres inoubliables : Hallelujah, Suzanne. Arrivé sur la scène musicale dans les années 50, il rencontrera les plus grands : Janis Joplin, Lou Reed, Phil Spector... Son parcours sera marqué par les excès, les périodes de doute quand le succès n'est pas au rendez-vous, la dépression, les rencontres féminines.

C'est une belle bande dessinée qui retrace la vie du poète, par touches, sauts dans le temps. Pas d'impasse sur les doutes, les engagements comme celui de chanter pour les troupes israéliennes en 1973 (qu'il regrettera, n'ayant pas pu chanter pour l'armée égyptienne), les escroqueries dont il fut la victime. Il faut connaître un peu la scène de l'époque pour s'y retrouver tout à fait même si les noms et les personnages qui apparaissent sont très célèbres : Lou Reed, Nico (du Velvet Underground), Joni Mitchel, John Cale...

Le dessin est clair, coloré et s'attarde sur les personnes et peu sur les paysages. Tout est basé sur les rencontres et le travail de l'artiste. Plutôt classique qui correspond parfaitement à Leonard Cohen, artiste discret et rare.

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L'enfant ébranlé

Publié le par Yv

L'enfant ébranlé, Tang Xiao, Kana, 2020 (traduit et adapté par AN Nin)

Yang Hao, 10 ans, est un garçon éveillé, aux bons résultats scolaires, notamment en rédaction. A tel point qu'il est sélectionné pour le concours de rédaction des écoles. Il joue beaucoup avec son copain Huang Chuan.

Tout irait pour le mieux, si le père de Yang Hao ne lui manquait pas, obligé de travailler loin de la maison. aussi lorsqu'il rentre, Yang Hao est ravi, mais la réalité est parfois loin de l'idéalisation que crée l'absence.

Tang Xiao est né dans la province du Sichuan en Chine. Il est auteur de manhua (la bande dessinée chinoise), qui, contrairement au manga, se lit à l'occidentale... ou à la chinoise, c'est à dire de la gauche vers la droite.

Manhua donc ou roman graphique dirait-on désormais chez nous, puisque d'un gros format de presque 400 pages qui débute avec quelques planches en couleurs pour continuer et finir en noir et blanc. Il raconte le quotidien d'un garçonnet, quelques mois rythmés par l'école, le travail scolaire et les copains. C'est aussi la confrontation à la réalité du monde des adultes : le manque de travail, les disputes entre mari et femme, la maladie des plus âgés... Jusqu'ici protégé, Yang Hao va être le témoin direct de tout cela.

Très intéressante bande dessinée qui raconte l'enfance, même si je n'ai pas tout compris dans le dessin : le passage de la couleur au noir et blanc, des visages parfois sans traits ni yeux ni bouche, des parties de mah-jong un peu absconses... Mais ce n'est absolument pas un frein pour apprécier toute la tendresse, la bonté mais aussi la violence des sentiments bien rendus. Tang Xiao ne reste pas dans les cases, faisant parfois une page d'un seul dessin, d'autres pages étrangement découpées, le tout donnant un rythme certain.

Belle découverte qui peut être mise entre les mains d'enfants et d'adultes.

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Le peintre hors-la-loi

Publié le par Yv

Le peintre hors-la-loi, Frantz Duchazeau, Casterman, 2021

Janvier 1793, Louis XVI est décapité. Le pays se déchire et est en proie à une vraie guerre civile. Lazare Bruandet, peintre, fervent révolutionnaire, porté sur la boisson et les duels à l'épée défenestre sa compagne dans un geste de colère et part à la campagne chez des moines qui l'avaient recueilli lorsqu'il était orphelin.

La violence est partout autour de lui, dans les soldats, les miliciens, les brigands... Lui, son seul moyen de s'échapper c'est de peindre la nature.

Excellent album qui raconte, je m'empresse de le dévoiler, la vie d'un personnage ayant réellement existé et dont j'ignorais l'existence, le peintre Lazare Bruandet (1755-1804). C'est qu'il est romanesque à souhait, il fréquente les bas quartiers, s'enivre, se bat et préfère quitter la capitale pour se mettre au vert. Peu connu de son vivant, sauf sans doute pour ses frasques, il ne l'est pas beaucoup plus de nos jours, mais -je ne sais pas si c'est exact-, Frantz Duchazeau lui fait dire qu'il ne peint pas pour la postérité.

Le bédéiste reproduit formidablement l'époque, la violence, la folie du peintre. Le trait est parfois simplement esquissé notamment dans les souvenirs d'enfance. Lazare Bruandet n'est pas un personnage particulièrement sympathique (il a quand même, par accident certes, mais quand même, défenestré sa compagne qu'il soupçonnait d'adultère alors que lui ne s'en privait pas) mais lui et Frantz Duchazeau emportent tout sur leur passage et je n'ai pu m'empêcher de lire à toute vitesse cet album et de le reprendre pour savourer et ne rien en rater. Et comme de coutume avec ce genre de livres, je suis allé me renseigner sur la vie et l'oeuvre de Bruandet.

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Walter Appleduck cow-boy stagiaire

Publié le par Yv

Walter Appleduck cow-boy stagiaire, Fabrice Erre, Fabcaro, Dupuis, 2019

Walter Appleduck est étudiant en master cow-boy et fait un stage dans le bureau du shérif de Dirty Old Town. C'est Billy, le shérif-adjoint qui est chargé de sa formation. Entre l'étudiant lettré et cultivé et le shérif un peu limité et même le reste de la population, les quiproquos sont nombreux. Mais chacun apprendra des autres.

Fabcaro scénarise et Fabrice Erre dessine cet album crétin et savoureux, multi-référencé à la BD, au western, à la BD-western et à l'actualité. De nombreux clins d’œil -dit-on clins d’œil ou clin d'yeux ? Euh..., clins d’œil car l'on n'en cligne qu'un seul à la fois ?- a des personnalités de divers horizons. L'humour est basé sur des situations bêtes, des anachronismes entre Billy qui vit au temps du Far-West et Walter qui a des références très en avance sur son temps, qui lorgnent vers le XXIème siècle. Les deux auteurs parviennent à aborder des thèmes très actuels : les réseaux sociaux, le racisme et la xénophobie, la justice, le sexisme, la "presse voyeuriste et dégradante qui n'a pour but que d'avilir autrui en étalant son intimité" (p.46) que d'aucuns nomment plus couramment et en bon français la presse-people.

C'est franchement très drôle et le dessin virevoltant et très coloré (par Sandrine Greff) participe à la bonne humeur. Très crétin disais-je ci-dessus, très décalé, un humour potache en même temps que sérieux par les thèmes abordés, l'humour faisant souvent passer des messages bien plus efficacement que de longs discours. Il paraîtrait qu'un tome 2 serait sorti...

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