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La chambre de verre

Publié le par Yv

La chambre de verre, Axel, Ed. Dynamite, 2017

Flavia a 44 ans et plus de boulot. Sauf depuis quelques mois où elle s'exhibe chez elle, nue, sur son lit, sous sa douche, dans tous ses moments intimes, sur un site qu'elle a créé. Son appartement est bardé de webcaméras à travers lesquelles elle montre sa solitude et son corps. A l'occasion d'une fête entre amis, Flavia rencontre Marco auquel elle parle assez vite de son activité au risque de ne rien pouvoir construire avec lui.

Attention, éloignez les enfants de cette page érotique même si j'ai bien conscience que cette annonce liminaire peut avoir deux effets, un celui d'alerter les parents et deux celui contraire à ma demande de rapprocher les enfants -les grands- d'une page qui peut les émoustiller. Mais que nenni, chers amis adolescents qui venez ici, je ne mettrai pas d'autre photo que la couverture...

Cet avertissement énoncé, venons-en au contenu de cette bande dessinée, peu dialoguée aux grandes cases dessinées (3 ou 4 par page voire 5 dans le cas des dialogues). La place est donc belle pour les dessins et particulièrement ceux qui représentent Flavia chez elle seule ou avec Marco. Cette BD est érotique, certes, mais elle présente aussi le portrait d'une belle femme. Il est assez rare de montrer des quarantenaires, la littérature, le cinéma parlent souvent des trentenaires voire plus jeunes. Flavia est une femme ordinaire avec la petite particularité de son exhibition. À part cela, elle vit dans le même monde que nous avec ses difficultés et ses contraintes. Plus de boulot, plus d'argent, seule à 44 ans, pas facile de construire quelque chose. Néanmoins, elle ne s'avoue pas vaincue et ose. Ce n'est pas un essai sur la solitude en milieu urbain et sur la prolifération des sites pour adultes, juste l'histoire d'une femme qui ne se sent pas bien en groupe et qui se sent sécurisée chez elle, matée par des internautes. 

Côté dessins, on est dans du réaliste, tant pour les traits que pour les couleurs. Un chat est un chat si je puis m'exprimer ainsi... Rien n'est caché même si l'on n’est pas dans du porno pur et dur -si je puis me permettre-, il faut savoir que l'œuvre est à réserver aux adultes.

Un clin d'œil coquin en ce jour de Saint-Valentin...

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Proies faciles

Publié le par Yv

Proies faciles, Miguelanxo Prado, Rue de Sèvres, 2017 (traduit par Sophie Hofnung).....

Espagne, début 2014, un commercial d'une banque est retrouvé mort chez lui. L'inspectrice Tabares et Sottilo son adjoint sont chargés de l'affaire. Bientôt, un autre meurtre d'une personne travaillant dans une banque, puis un autre, et encore un autre... Les policiers sont débordés et ne savent pas par quel bout prendre cette enquête. Des accidents fortuits ? Impossible, puisqu'il y a empoisonnements. Alors ? Un tueur en série ? Une machination ?

Miguelanxo Prado est un auteur de BD espagnol qui s'est plutôt illustré dans l'humour et la poésie (cf. Wikipédia). Il s'attaque à un genre très particulier, le polar social. Et il y excelle. Son ouvrage est très bon sur le scénario notamment, cette intrigue qui tient jusqu'au bout les flics et nous les lecteurs. On ne sait pas trop où il nous emmène, vers quel coupable. Lorsque la fin se dessine, si l'on n'est pas surpris parce que finalement c'est celle que l'on s'attendait un peu à lire et voir, eh bien, malgré tout, on se dit qu'il a mené fort brillamment son sujet et qu'il nous a baladés au long des presque cent pages.

On est en plein cœur de la crise, les gens perdent leur argent confié aux banques qui ont investi de manière légère et qui ne remboursent pas les pertes. Beaucoup de gens se retrouvent dans des situations difficiles, tendues et notamment des personnes âgées qui ont perdu l'argent de toute une vie et qui ne peuvent plus vivre décemment ni aider leurs enfants et petits-enfants eux-mêmes en difficulté à cause du chômage, des emplois précaires...

C'est la même histoire partout sur la planète, les riches sont de plus en plus riches, les pauvres s'appauvrissent et subissent la loi des quelques qui ont argent et pouvoir (cf. Trump et son gouvernement de milliardaires et millionnaires...). Miguelanxo Prado met tout cela en scène et c'est joliment fait. Dessin noir et blanc sur fond grisé centré sur les personnages, peu de décors extérieurs, mais lorsqu'ils sont présents, ils le sont d’une manière forte : traits droits des immeubles et des rues qui tranchent avec les courbes des humains. Dit comme cela, ça pourrait paraître sombre, mais ça ne l'est pas, le duo de flic fonctionne bien, plaisante et permet de comprendre l'escroquerie des banques. Les deux sont humains et n'entendent pas faire leur boulot salement, même s'ils sont là pour obéir aux ordres.

Une BD absolument formidable qui en plus de faire passer un bon moment, permet de se poser des questions, de réfléchir à la société que l'on veut. Et en cette année d'élections, il est indispensable de se poser la question et de la confronter aux programmes des différents candidats.

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Mon secret

Publié le par Yv

Mon secret, Niki de Saint Phalle, La Différence, 2017 (première parution, 1994).....

Niki de Saint Phalle (1930-2002), artiste reconnue pour ses superbes femmes voluptueuses et colorées, mais aussi pour ses œuvres à la carabine, fut aussi une petite fille abusée par son père. L'été de ses douze ans, dans une maison de vacances à quelques heures de New York. Ce livre est un cahier, celui dans lequel elle raconte sous forme de lettre à une certaine Laura, comment ce banquier digne et honorable la viola.

C’est un livre très court et d’un format bande dessinée (24x30), pages cartonnées, épaisses. Très aéré, l’écriture est enfantine et très franchement si comme moi, on n'a pas lu la quatrième de couverture et on ne sait pas de quoi il retourne, on se demande l’intérêt d’un tel ouvrage jusqu’à ces mots dès la cinquième page : "Ce même été, mon père –il avait 35 ans, glissa sa main dans ma culotte comme ces hommes infâmes dans les cinémas qui guettent les petites filles." Et puis, il n’en restera pas là. Cet été fut un calvaire pour Niki. Mais la suite ne fut pas plus facile. Dans ce monde il ne faut rien dire, son père est respectable et respecté. Même des années plus tard, "Les psychiatres ainsi, puisqu’ils ne reconnaissaient pas le crime dont j’avais été victime, prenaient inconsciemment le parti de mon père. Selon eux, aucun homme ne pouvait être blâmé de ne pas avoir pu résister à la séduction perverse d’une petite fille."

Et alors, l’on se dit que non seulement, contrairement aux premières impressions avant lecture, ce livre est nécessaire et utile, mais qu’en plus cette forme particulière, la reproduction d’une écriture enfantine, les lettres dessinées en forme de serpents, la brièveté du texte, tout cela donc en fait sa force. Tout cela renforce l’innocence de cette petite fille abusée et ses difficultés à en parler à des gens qui la comprennent et la conseillent et la soignent.

Voilà, comme quoi, une impression mitigée peut être totalement retournée par un livre, tant par sa forme –regardez cette belle couverture symbolique- que par le contenu, profondément émouvant, glaçant et révoltant.

Très belle réédition des éditions de la différence. 

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Ça coince ! (37)

Publié le par Yv

Les adolescents troglodytes, Emmanuelle Pagano, P.O.L, 2007.

"Adèle est conductrice de navette scolaire sur un plateau très isolé, en altitude. Elle transporte une dizaine d'enfants et d'adolescents, essentiellement des fratries, dont les histoires se mêlent à la sienne. Pendant les trajets, dans les intempéries, ses souvenirs, ses pensées, glissent sur les routes écartées, pendant que grands et petits parlent, se disputent, se taisent. Elle se souvient de son corps mal ajusté, de sa propre adolescence douloureuse. Adèle est une fille née dans un corps de garçon." (site éditeur)

A peine commencé ce roman, je suis perdu et plus j'avance plus je recule comme disait l'autre... Je n'y comprends rien et suis même obligé d'aller voir sur le site de l'éditeur un résumé, un indice qui m'aiguillera me permettra de me raccrocher à cette histoire à laquelle je n'entrave que dalle. Eh bien, même avec un résumé très détaillé, je n'y parviens pas. Déjà, être obligé d'aller voir de quoi il retourne sur d'autres supports ne me plaît pas, il est vrai que je ne lis quasiment jamais les quatrièmes de couvertures -celle-ci est vierge- et que je choisis mes lectures au titre, au nom de l'auteur et/ou de l'éditeur, et que parfois il faut un temps d'adaptation pour bien comprendre dans quelle histoire je suis, mais là, je suis totalement dans le flou.

Je voulais lire Emmanuelle Pagano dont j'ai entendu parler pas mal, bon, tant pis...

 

 

Buvard, Julia Kerninon, Le Rouergue, 2014..

Lou, jeune homme et lecteur averti a osé demander un interviouve à Caroline N. Spacek, la grande écrivaine depuis une vingtaine d'années, depuis son entrée fracassante en littérature à 19 ans. Elle le reçoit dans sa propriété d'Exeter dans la campagne anglaise. Lou y restera tout l'été, entre conversations, confidences. La vie de Caroline N. Spacek commence très loin des livres et du monde littéraire.

Rien à dire sur le style de Julia Kerninon, c'est bien écrit. Vif, fluide, moderne et classique à la fois. Tout va bien de ce côté-ci. Ce qui coince, c'est que je ne réussis pas à m'intéresser à ses personnages et à Caroline N. Spacek en particulier. Je ne trouve pas intéressant son parcours qui l'a menée jusqu'à l'écriture ni la suite dans laquelle elle écrit jusqu'à occulter totalement sa vie et celle de ceux qui l'entourent. Je trouve l'ensemble froid et fade, mais je redis bien que ce n'est que mon impression, puisque ce livre fut couronné de succès et notamment de prix littéraires. En fait, je m'ennuie, c'est peut-être le découpage voire la mise en pages -les dialogues insérés dans le texte, juste en italique-, je cherche, je cherche... Me reste une sensation, une impression d'un livre qui ne me touche pas et ne restera donc pas dans ma mémoire.

Bon voilà, j'ai voulu essayer deux auteures que je ne connaissais que de nom, manifestement, mon essai n'est pas transformé, mais pas grave, je retenterai.

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L'Ange gardien

Publié le par Yv

L'Ange gardien, Raymond Penblanc, Lunatique, 2017....

Rien ne va plus à l'institution de la Mère-Dieu. Une jeune fille, pensionnaire, est retrouvée étranglée. L'émotion est à son acmé et beaucoup de parents menacent de retirer leurs filles de cet endroit. L'ange gardien, homme à tout faire de l'institution, veille. Il voit tout, comprend tout et relate à nous lecteurs tout ce qui se passe au sein de l'établissement.

Vous dire que j'ai tout compris à ce roman qui commence formidablement bien, serait exagéré :

"Lorsqu'il a étranglé la fille, elle se trouvait juchée sur sa table, jupe retroussée, cuisses écartées. A-t-on idée de grimper sur sa table quand on est élève à l'institution de la Mère-Dieu ? Ici, c'est genoux serrés et bouche cousue (ça devrait l'être, c'était comme ça avant. Avant, c'est-à-dire avant l'arrivée de monsieur Rouste, le nouveau directeur)." (p.9)

La suite, eh bien j'ai commencé en me perdant un peu entre les noms des différents personnages, leurs fonctions, leurs rôles dans cette histoire, leur folie, leur décalage total avec la réalité, jusqu'à ce que je me dise : "Mon petit gars, laisse-toi porter par les mots plus que par leur sens !" Et oui, lorsque je me parle, je m'appelle mon petit gars, parce que comme disait le regretté Pierre Desproges, si je m'appelle ma petite fille, ça m'excite et après je réponds plus de rien... Et c'est ce que j'ai fait. Et ça fonctionne. En fait, pour tout vous expliquer, je suis du genre à vouloir comprendre phrase par phrase voire mot par mot. Ce qui explique mon incapacité à lire et comprendre de la philosophie par exemple pour laquelle, il faut globaliser la compréhension par paragraphe voire par chapitre... Or, ce roman, comme d'autres nécessite un recul et un mode de lecture différent du mien, un lâcher prise sur le sens. Je l'ai donc lu de la même façon que lorsque j'ai lu des livres des surréalistes ou que je peux lire des livres absurdes. L'histoire est là avec beaucoup de digressions, d'apartés que je ne comprends pas forcément, mais dont j'apprécie le son, la couleur. Parce que ce qui est indéniable, c'est que Raymond Penblanc a une belle écriture, beaucoup de finesse, des jeux de mots, de l'humour, de la tendresse et de la vacherie aussi. Il n'est pas tendre avec ses personnages, même si certains bénéficient d'une description plus clémente, ceux en qui on peut encore avoir de l'espoir. Absurde, décalé, fou, que de beaux qualificatifs pour un roman.

Attention, ce n'est pas parce qu'il y a un meurtre que c'est un polar. Lire ce roman c'est accepter d'entrer dans une institution un peu particulière et de se laisser porter par les mots de l'auteur. Évidemment, cette chronique n'est qu'un ressenti très personnel et peut-être d'autres lecteurs y trouveront d'autres choses, ce qui ne m'étonnerait pas, c'est un livre à plusieurs lectures.

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La malédiction de Gustave Babel

Publié le par Yv

La malédiction de Gustave Babel. Un récit des contes de la Pieuvre, Gess, Delcourt, 2017.....

1925, Gustave Babel, ex-tueur de la Pieuvre, la mafia parisienne, vient de se faire tirer dessus, en Argentine où il vit depuis plusieurs années. Alors qu'il agonise et qu'il sent la vie quitter son corps, Gustave se souvient de ce qui l'a mené là. Gustave souffre d'amnésie sur son enfance et son adolescence, c'est après son premier contrat qu'il fait des rêves étranges, violents et bizarres, des rêves qui pourraient bien le diriger vers son enfance et ses souvenirs enfouis.

Alors, alors, alors,... comment parler de ce roman graphique qui est étonnant, totalement barré, bizarre, beau, fort, loin de tout ce que j'ai pu lire en BD, qui part dans des délires oniriques et revient sur des contingences très terre à terre ? Tout d'abord, en ouvrant l'ouvrage, j'ai été surpris par le dessin qui n'est pas celui a priori que je préfère, mais au fil des pages, je change d'avis et deviens très amateur de ce trait. Ce qui joue en faveur de cette BD, c'est que son auteur use de différents styles, la classique avec phylactères, des cases avec un texte à côté, des grandes cases, des petites voire des toutes petites, rien n'est prévisible et j'adore ça. Les couleurs également changent en fonction des lieux, des périodes, du rêve ou de la réalité. Un coup colorées, un autre monochromes (sépia, jaunes, noires, bleues, marron, ...). Des références à foison, à la peinture, la littérature, le cinéma (il m'a semblé rencontrer un sosie de Depardieu). Et puis surtout de la poésie. Baudelaire traverse l'œuvre de Gess du début à la fin. Des poèmes, notamment  Une charogne, sont cités qui guident Gustave dans sa vie, l'aident à supporter ses absences de souvenirs.

Venons-en justement à Gustave Babel, tueur à gages de la Pieuvre, parlant toutes les langues du monde, c'est un don. Coup de cheveux improbable, faciès pas des plus attirants. Ce qui le tracasse c'est que ses premiers contrats sont morts avant qu'il n'arrive et qu'ils viennent le troubler dans ses rêves menés par un étrange Hypnotiseur. Le début de la BD est déroutant et je me suis demandé ce qui m'avait pris de l'ouvrir. Mais la suite est excellente et si l'on se laisse porter, on va sans encombre jusqu'à la fin où tout s'explique. En revenant au début, après ma lecture, je me suis même demandé pourquoi j'avais eu ces hésitations.

J'ai passé un moment -assez long quand même (mais pas trop, au contraire), presque 200 pages- formidable et si je classe cette BD dans mes coups de cœur, c'est qu'elle m'a cueilli, m'a surpris ; j'adore qu'un auteur se joue de moi et parvienne à me surprendre. Tout est bath dans l'ouvrage, inattendu les dessins, le scénario. Sortez de l'ordinaire, lisez La malédiction de Gustave Babel.

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Infinity 8. Retour vers le Führer

Publié le par Yv

Infinity 8. Retour vers le Fürher, Lewis Trondheim, Olivier Vatine, Rue de Sèvres, 2017.....

"Reboot à bord de l'Infinty 8 ! La première mission ayant tourné court suite à l'attaque d'une espèce nécrophage, le Capitaine, capable d'explorer plusieurs futurs alternatifs, lance une nouvelle trame temporelle et active un nouvel agent. L'incontrôlable Stella Moonricker ne disposera à son tour que de 8 heures pour explorer la nécropole et en découvrir l'origine... Au programme de ce deuxième épisode : des mugs nazis, des ballons nazis, un gâteau nazi, un robot à sarcasmes, un peu de cuir et beaucoup de selfies !" (4ème de couverture)

Et voici donc la deuxième aventure à bord du vaisseau YSS 'Infinity'. Cette fois-ci Lewis Trondhein scénarise et Olivier Vatine dessine et co-scénarise. J'aime beaucoup son dessin, très coloré, naïf, je le trouve assez décalé de l'univers SF de la série et dans le même temps, totalement raccord. Traits clairs qui tranchent avec le dessin beaucoup plus chargé de Romance et macchabées. L'héroïne, Stella Moonricker est effectivement incontrôlable, franche et directe. La voici plongée dans une histoire de renaissance du nazisme -si tant est qu'il fût mort-, qui se déroule dans l'espace. Le scénario est fin et l'on comprend très vite les mécanismes de la théorie nazie et des théories raciales en général. L'avantage, c'est que ce bouquin est à mettre en toutes les mains et qu'il pourra parler aux plus jeunes d'entre nous qui peuvent être assez peu au fait des atrocités de la guerre 39/45. Les jeunes que j'accueille, ado et pré-ado avaient tendance à minimiser l'horreur de la solution finale, des camps de concentration, non pas par négationnisme, mais par méconnaissance. Cette discussion assez récente m'a franchement affolé sur ce que retiennent nos jeunes des programmes scolaires voire des programmes eux-mêmes.

Il est donc bon que par différents moyens, ils prennent conscience de ce que furent la guerre et la shoah et qu'ils aient à l'esprit qu'il faut être vigilant et ne rien laisser passer sous peine d'un retour à des théories raciales, des théories de supériorité d'une couleur sur une autre, ... Les langues se délient et pas pour le meilleur, les insultes et injures racistes, antisémites, homophobes, sexistes, ... se multiplient sous le couvert de l'anonymat d'Internet. Ça fait peur, raison de plus pour ne rien laisser passer et pour informer. Cette BD en plus d’être un très bon moment de lecture aidera à la réflexion et à la discussion. Vivement le tome 3 !

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Infinity 8. Romance et macchabées

Publié le par Yv

Infinity 8. Romance et macchabées, Dominique Bertail, Lewis Trondheim, Zep, Rue de Sèvres, 2017....

Yoko Kunen est agent de police sur un vaisseau spatial en partance vers la galaxie d'Andromède. 880 000 passagers, 257 races et 1583 humains. Yoko scanne tous les mâles qu'elle rencontre pour savoir lequel sera le père de l'enfant qu'elle veut. Lorsque le vaisseau est bloqué par un amas d'artefacts, c'est elle qui doit sortir pour voir de quoi il retourne.

J'ai déjà parlé de cette bande dessinée lors de sa parution en comics, c'est ici : Infinity 8, je vous laisse le soin de relire mon article pour vous faire une idée plus précise. Cette fois-ci, l'ouvrage dont je parle est la première aventure complète au sein du vaisseau YSS 'Infinity'. Pour être plus précis, cette série comptera huit tomes qui chacun racontera une aventure avec un héros différent -en l'occurrence, pour le tome 1, une héroïne, Yoko Kunen. Seuls les tomes 1 et 2 se sont déclinés en comics, et font l'objet également d'un album intégral. Les autres ne seront qu'en albums. Suis-je clair ?

Huit histoires, le Capitaine du vaisseau, capable d'explorer huit futurs alternatifs, reboote chacun à la fin de l'histoire et passe à une autre. J'ai donc pu lire la fin de l'aventure avec Yoko Kunen, que je ne vous raconterai évidemment pas, la seule chose que je peux vous dire c'est que la joie que j'ai eue à lire le début de l'aventure ne s'est pas évaporée sur la fin. Et puis, j'aime bien cette idée, de différentes histoires dans le même lieu, avec des scénaristes et dessinateurs différents à chaque fois. 

Le projet est piloté par Lewis Trondheim (direction scénaristique) et Olivier Vatine (direction artistique). Beaucoup d'autres bédéistes interviendront sur cette série, comme Dominique Bertail au dessin et Zep au scénario pour Romance et macchabées.

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La loi des Sames

Publié le par Yv

La loi des Sames, Lars Pettersson, (traduit par Anne Karila), Folio, 2016 (Gallimard, 2014)....

Anna, substitut du procureur en Suède est appelée par sa famille maternelle en Laponie norvégienne pour aider à défendre Nils, son cousin, accusé de viol. Elle est chargée de trouver un arrangement avec la victime. Anna, qui a toujours vécu en Suède, retourne alors dans le grand nord qu'elle ne connaît que par de brefs séjours de vacances lorsqu'elle était enfant. En plein hiver, avec des températures frisant les moins cinquante, Anna se heurte à une communauté très soudée, les Sames dont elle est issue par sa mère mais qu'elle ne connaît que très peu ; de même ne comprend-elle et ne parle-t-elle que quelques mots de cette langue très particulière. Elle saisit, plus son travail avance, que le viol n'est malheureusement qu'une partie d'une affaire beaucoup plus importante.

Après la formidable trilogie -pour le moment- d'Olivier Truc, voici un autre roman lapon. Cette fois-ci écrit par un Suédois qui est tombé sous le charme de Kautokeino, localité tout au nord de la Norvège, et qui y passe ses hivers. C'est un roman lent. Très lent. Tout est blanc, gelé, on frôle parfois les moins cinquante degrés, et lorsque la température s'approche des moins dix, c'est que la météo est clémente. La première remarque qui vient à l'esprit est que l'auteur nous décrit beaucoup les différents parcours en voiture ou en scooter des neiges des différents personnages, Anna en particulier. D'où une certaine sensation de répétition, d'histoire qui tourne en rond et d'enquête qui fait du surplace. En outre, Lars Pettersson ne décrit pas les us et coutumes des Sames par des grands paragraphes. On peut donc ressentir une lassitude certaine et un ennui à la lecture, mais ce ne fut pas mon cas. En fait, Lars Pettersson est très habile et tisse son roman avec des fils visibles et invisibles. Il parle beaucoup des spécificités de la langue same et des paroles prononcées ou pas : "C'était ma mère qui m'avait appris cela. Ce que l'on taisait avait plus de poids que ce dont on parlait tout le temps. Il fallait apprendre à déchiffrer ce qui n'était pas dit. L'art de la conversation consistait à comprendre ce qui se cachait derrière les paroles que l'on prononçait réellement. Une vie en sous-texte." (p.71) Il construit son ouvrage de la même manière, le non-dit étant important. Il faut lire entre les lignes, rassembler les bribes d'informations semées de-ci de-là pour comprendre. Plus on avance dans l'histoire plus on intègre le truc et plus on comprend le mode de vie des Sames.

C'est très difficile pour Anna de revenir, elle est mal acceptée, sa mère ayant quitté la communauté depuis longtemps, tout ramène les habitants à elle et non pas à Anna qui reçoit et subit les reproches et les jalousies. Les Sames sont soudés, ils se connaissent tous. Les vieilles familles vivent de l'élevage des rennes sur des terres qu'ils sont les seuls à pouvoir exploiter. Mais si certains continuent l'élevage traditionnel avec peu de têtes, d'autres ont considérablement augmenté leurs cheptels et lorgnent sur les terres de ces familles, n'hésitant pas à s'accaparer des bêtes et tout faire pour couler l'adversaire. La société same qui semble si calme est en fait totalement bousculée par les notions de rendement, de richesse et par l'appât du gain. Les conflits d'intérêt sont légion mais comme les Sames se méfient des lois norvégiennes, ils préfèrent régler ça entre eux. C'est ce monde là que va découvrir -et nous faire découvrir- Anna. Elle va petit à petit trouver des indices qui la mèneront à soupçonner pas mal de monde. Elle va apprendre à connaître sa famille, tout un pan de son histoire personnelle.

C'est aussi un roman sur la condition féminine dans des sociétés où elles ne sont pas reconnues, même si de fait, ce sont elles qui les font tourner. Ajoutons à cela une nature somptueuse, blanche, silencieuse, les aurores boréales, ... et vous aurez toutes les bonnes raisons de jeter un œil attentif à La loi des Sames, un polar assez loin des clichés du genre.

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