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Turner et ses ombres

Publié le par Yv

Turner et ses ombres, Marie Devois, Cohen&Cohen, 2017.....

Paul Magnin, commandant de la police de Quimper a fait une surprise à Camille son épouse : un week-end à Londres, elle seule, dans un hôtel classe et visites des musées sur les traces de William Turner. Mais pourquoi se réveille-telle un jour dans ce qui ressemble à une chambre d'hôpital avec en boucle dans ses oreilles une chanson d'un groupe anglais que seul son mari sait qu'elle aime ?

Au même moment, dans la même ville, la Tate Britain célèbre pour abriter les plus belles toiles de Turner est victime d'actes surprenants. Existe-t-il un rapport entre les deux affaires ? Paul Magnin se rend à Londres pour retrouver Camille, c'est son ami, le superintendant John Adams qui est chargé de l'enquête.

Mes deux derniers coups de cœur sont deux polars : Choucroute maudite et Indian Psycho et ce Turner et ses ombres fera désormais partie de cette catégorie, tant je me suis régalé, je n'ai pas pu lâcher ce roman, lisant même au-delà du raisonnable, jusqu'à presque m'endormir dessus. En ce printemps 2017, c'est donc le polar qui sort du lot de mes lectures. Tant mieux, car cela prouve -à ceux qui en doutent encore- que ce genre fourmille de talents et de petites merveilles. Marie Devois, je la connais par deux de ses précédents opus : Gauguin mort ou vif (dans lequel Paul Magnin était déjà présent) et Van Gogh et ses juges, tous deux déjà édités dans cette excellente collection qu'est Art noir chez Cohen&Cohen. Excellente, parce qu'elle allie art et polar et que ça me plaît. Marie Devois, par exemple écrit pas mal de lignes sur Turner dont celles-ci : "Rain, Steam and Speed. En français cela donne Pluie, Vapeur et Vitesse. Le peintre du ciel l'entraîne sur les rails pour une course folle comme il l'a propulsée dans la mer en furie qui cogne contre la jetée de Calais. De quoi était donc façonné cet homme qui possédait la grâce de se jouer en quelques coups de brosse de tout ce qu'il regardait ainsi pour le mettre au monde ? [...] William Turner était le créateur. Le créateur d'un univers caché dans des couleurs qu'il malaxait, mélangeait, jetait sur la toile jusqu'à ce qu'elles y fixent ce que lui seul avait vu." (p.126). Toute cette intrigue tourne autour de la Tate Britain et des toiles de Turner et c'est un pur plaisir que de s'y promener.

Le roman est diablement maîtrisé et finement écrit, car dès le début, Marie Devois installe un soupçon sur la culpabilité de Paul Magnin dans l'enlèvement de Camille. Mais pourquoi l'aurait-il fait ? Et s'il l'a fait pourquoi vient-il à Londres pour la rechercher ? Des petites phrases a priori anodines sèment le doute en permanence, chacune pouvant être interprétée comme un aveu de la culpabilité de Paul ou comme l'inverse. L'alternance des chapitres "Paul" et des chapitres "Camille" avant que la police londonienne n'entre dans la danse amplifie cet état d'esprit. L'enquête est alors dirigée par John Adams le superintendant de Scotland Yard avec qui Paul avait sympathisé lors d'une semaine de coopération entre les polices française et anglaise. Efficace et pragmatique, il avance, doit aussi enquêter sur les événements mystérieux qui ont lieu dans la Tate Britain, jusqu'à ce qu'un détail lie les deux affaires. Entre alors en jeu une inspectrice, Victoria, électron libre, au langage et à la personnalité hors norme, j'ai tout de suite visualisé Corine Masiero lorsqu'elle endosse l'habit de Capitaine Marleau. Présente en fin d'ouvrage, elle le marque nettement de son empreinte.

Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé et franchement, je conseille vivement la lecture de ce Turner et ses ombres qui allie avec talent et finesse art et polar ainsi que les autres titres de Marie Devois et soyons fous, les titres de la collection Art Noir.

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La blanche Caraïbe

Publié le par Yv

La blanche Caraïbe, Maurice Attia, Jigal polar, 2017...

Lorsque Paco est appelé par Khoupi, son ex-coéquipier de la police de Marseille exilé en Guadeloupe depuis huit ans, il ne peut pas refuser de sauter dans un avion pour le rejoindre et l'aider à se sortir d'une situation difficile. En effet, avant de partir aux Antilles, Khoupi a sauvé la vie de Paco et Irène sa femme.

A peine arrivé à l'aéroport, Paco peine à reconnaître son ami ravagé par le rhum, qui lui raconte qu'il a été témoin du meurtre d'un notable local et qu'il pourrait bien être le prochain sur la liste. Les deux hommes renouent avec leur passé d'enquêteurs pour tenter de faire la lumière sur cette histoire sur fond de magouilles immobilières, de trafic de drogue, de corruption et de meurtres qui s'accumulent.

Il faut un peu s'accrocher pour suivre cette histoire sans se perdre. De nombreux intervenants qu'il vaut mieux repérer très vite au risque d'être perdu dans le cas contraire. J'avoue avoir eu un peu de mal, et puis doucement, j'ai fini par intégrer les Antilles de 1976, puisque le roman se déroule en cette année. C'est une intrigue tortueuse et je pourrais reprendre à mon compte les phrases suivantes, sauf le tout début, mais vous allez comprendre pourquoi : "Paco avait trop travaillé sur cette enquête ; trop d'hypothèses se bousculaient dans sa tête. Et il était paumé." (p.186).

Évidemment, c'est le travail qui ne me va pas, ce n'est pas dans ma nature, le reste, je prends. En fait, même pas totalement, car je n'échafaudais pas d'hypothèses, j'en étais bien incapable, trop concentré à ne pas perdre le fil. C'est peut-être cela le talent de l'auteur que d'essayer de nous perdre pour mieux nous mener là où il veut. Plus j'y réfléchis, plus je me dis que c'est cela sa technique. Ouvrir plein de pistes, tellement qu'il est impossible au lecteur de deviner laquelle le mènera à la vérité. Ou alors, il faut se munir d'un carnet et d'un crayon à la manière de Columbo pour démêler le vrai du faux, mais personnellement, je préfère que l'enquêteur de papier me mène au dénouement.

Pour le reste, ce polar n'est pas gai, franchement noir, la Caraïbe n'est pas joyeuse ni même tentante. Maurice Attia en fait un descriptif loin des cartes touristiques, presque un repoussoir -mais bon, on est en 1976, les choses ont sûrement changé. Les protagonistes ne sont pas très joyeux non plus, mais l'amoncellement de cadavres n'inspire pas la gaudriole -encore que certaines pages sont très chaudes. On se demande comment tous s'en sortiront et s'ils s'en sortiront, le panier de crabes est fait de mailles très serrées et il est plein. La seule lueur, c'est la famille de Paco, Irène sa femme et Bérénice leur fille qui lui permettent de garder espoir en son retour à Marseille.

Finalement, après une relative difficulté à suivre les rebondissements, les bouleversements et les agissements des nombreux personnages, je dois dire qu'il me reste une impression d'un roman touffu, dense, fort bien mené -parfois un peu longuet, mais ce n'est pas rédhibitoire-, une histoire racontée de manière originale, des personnages complexes et manipulateurs. Un premier roman d'une trilogie à suivre.

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Fromage

Publié le par Yv

Fromage, Willem Elsschot, Le castor astral, 2017, traduit par Xavier Hanotte (première édition, 1933).....

Frans Laarmans est un petit employé de bureau à la Marine and Shipbuilding Company d'Anvers. Par relation, il se retrouve bientôt avec 20 tonnes d'Edam double crème à écouler. Il doit créer une société, embaucher des vendeurs, et bien sûr, rien ne se déroule comme prévu. Le monde des affaires est dur et ne pardonne pas les approximations.

Willem Elsschot, de son vrai nom Alfons-Jozef de Ridder né et mort à Anvers (1882-1960) est un écrivain flamand majeur. Il a peu publié, avait fondé une agence de publicité qu'il dirigeait, travail qu'il n'aimait pas mais qui le faisait vivre. Fromage paraît en 1933, vingt ans après son premier livre.

Ceci étant dit, ce Fromage est un pur régal, et pourtant, je ne suis pas très amateur d'Edam, je préfère un bon fromage français qui pue, qui coule et qui se révèle encore plus sur une bonne tartine d'un bon pain. Ces remarques culinaires passées, Fromage est avant tout un constat du changement de la société des années 30. Frans Laarmans est le parfait crédule, celui à qui l'on fait croire qu'il peut et doit réussir socialement et qu'il vivra mieux ainsi, sera considéré et entrera dans la belle société.

Ce court roman est profond en même temps que léger : avec beaucoup d'humour, il raconte les péripéties de Frans auxquelles le lecteur compatit et rit. On peut prendre cette histoire comme une simple pochade, mais ce serait dommage, Willen Elsschot observe et décrit les faiblesses humaines, n'en tire pas de jugement ni d'analyse, il laisse ce travail éventuel au lecteur. Satire du monde des affaires absolument pas datée, et pourtant elle a presque un siècle. Je dois même dire que j'avais commencé ma lecture avant de prendre des renseignements sur l'auteur et que les premières pages ne m'ont pas alerté sur le fait que ce livre était une réédition. C'est un peu plus loin que je me suis posé la question, mais plutôt à cause -ou grâce- à l'écriture de l'auteur, à son style. Classique, évidemment mais assez moderne -la traduction est récente et c'est Xavier Hanotte (dont l'excellent Du vent, m'a réjoui) qui s'y est collé. Humour noir, conte ou fable, odyssée fromagère (j'emprunte l'expression au magazine Elle), tous ces termes siéent parfaitement à ce roman. L'un de ceux que l'on garde précieusement, un classique de la littérature flamande que Le castor astral a la bonne idée de rééditer dans sa collection Galaxie.

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Martha ou la plus grande joie

Publié le par Yv

Martha ou la plus grande joie, Francis Dannemark, Le castor astral, 2017....,

Martin et Martha sont frère et sœur, jumeaux, la cinquantaine à peine entamée. Après un accident de Martha qui lui a fait perdre une partie de sa mémoire, les deux partent à la campagne, dans l'Yonne, rencontrer Jeanne une amie de leur père qui leur parlera de lui, lui qui n'a pas vraiment eu le temps de le faire de son vivant. La voiture de Martin tombe en panne, c'est Septime fringant sexagénaire qui les dépanne et leur servira de taxi pendant leur séjour.

Dernier opus de Francis Dannemark dont je retrouve avec joie la plume. Je l'avais un peu abandonnée, suite à la relative déception d'un livre écrit avec Véronique Biefnot. Ce court roman renoue avec tout ce qui fait que j'aime lire l'auteur : beaux personnages en plein questionnements et en pleine métamorphose, beaux sentiments mais pas gnangnans, disons que Francis Dannemark excelle à nous faire voir le côté positif de la vie, sans négliger de nous faire apercevoir, de loin, le négatif. Les beaux jours reviennent, les vacances approchent, la saison des barbecues, des repas dehors, des apéros prolongés et le livre de Francis Dannemark. Pas tout en même temps, mais consécutivement et tout fait que la journée est belle.

Je ne dirai pas grand chose de plus sur le roman, car les surprises sont meilleures lorsqu'elles surprennent justement. Fort bien écrit, la petite musique dannemarkienne est bien là, on sent la maîtrise du romancier dans ce genre et dans l'écriture en général. Court, 122 pages, rien ne manque mais rien n'est superflu, tout coule doucement et naturellement ; une histoire et des personnages dont on aimerait prolonger la fréquentation, mais chacun sa route. J'ajouterai quand même que les paysages sont très beaux et invitent Martin et surtout Martha ainsi que les lecteurs à la contemplation, à la lenteur. Changeons de rythme les amis ! Soyons lents et profitons de chaque instant. Un roman qui laisse un goût de bonne humeur, un sillage de joie communicative. Pas vraiment dans l'air du temps, c'est fort dommage, c'est une littérature qui fait du bien.

A noter que Le castor astral inaugure avec cette très jolie couverture colorée et sobre la nouvelle charte graphique de la collection "Escales des lettres". Je vous l'ai dit, tout est bien dans ce roman qui débute ainsi : "Après avoir traversé la forêt en multipliant tours et détours, comme si la ligne droite n'était jamais qu'une vue de l'esprit sans grand intérêt, la route venait de se transformer en une douce courbe à flanc de coteau pour longer une vaste étendue de champs de blé et de prairies où des vaches, rares et lointaines, avaient pris des poses paisibles." (p.9)

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Coyote

Publié le par Yv

Coyote, Colin Winnette, Denoël, 2017 (traduit par Sarah Gurcel)..

"Quelque part au cœur de l'Amérique, dans une bicoque isolée, des parents couchent leur fillette de trois ans, comme tous les soirs. Le lendemain matin, ils trouvent un lit vide. La petite a disparu sans laisser de traces. La mère raconte les jours qui ont suivi : les plateaux télé sur lesquels ils se rendent, avec son mari, pour crier leur désespoir, l'enquête des policiers, puis le silence, l'oubli. Mais la mère dit-elle toute la vérité ?" (4ème de couverture)

Suite à ce résumé, l'éditeur s'emballe et parle d'un "Poe des temps modernes". Malheureusement n'est pas Poe qui veut et franchement la comparaison n'a pas lieu d'être. Ce très court roman ne m'a pas du tout emballé malgré son accroche tentante. Ah la publicité, on se fait avoir ! Je n'ai pas été séduit pas le style très oral, trop oral, la suppression systématique d'une partie de la négation qui rend parfois la phrase ambiguë. Par exemple : "Je me sens plus en sécurité." (p.65), signifie-t-elle "Je me sens beaucoup plus en sécurité" ? peu probable, ou "Je ne me sens plus en sécurité." ? Je charrie un peu, c'est vrai -mauvaise foi moi ? jamais !-, car le reste du paragraphe limite le choix de compréhension, mais si j'aime bien le style oral dans les dialogues, il me fatigue sur un roman entier quand bien même il ne fait que 120 pages. Au risque de passer pour un chichiteux -et oui, les vieux mots désuets ont de nouveau le vent en poupe, merci Monsieur le Président et votre "poudre de perlimpinpin", je dois confesser que moi aussi, quand je parle, je vais au plus court, et rarement la négation est au complet ; sans doute d'ailleurs cela nous ferait-il bizarre d'entendre, dans nos conversations courantes, une personne s'exprimer en n'oubliant aucune syllabe, aucun mot, mais l'écriture, ce n'est pas la même chose -NB : je n'ai pas écrit "c'est pas la même chose", qui aurait été moins bon, si tant est que ce que j'ai écrit soit bon.

Je continue en disant que l'histoire elle-même m'a laissé distant et froid, je n'ai pas saisi l'intérêt d'un tel livre qui enquille quelques poncifs et autres lourdeurs voire longueurs. Alors qu'il aurait pu être un bon moyen de faire le portrait d'une femme déchirée et angoissée par la disparition de sa fille, de rendre la lecture tendue, haletante, on est dans un bouquin pèpère qui ne met jamais le feu et qui franchement m'a ennuyé. Alors, trouver du Edgar Allan Poe là-dedans, je ne sais pas ce qu'a pris l'auteur de la quatrième de couverture, mais je veux bien connaître le nom de son fournisseur pour les soirées d'hiver longuettes ; il me semble qu'on est bien loin, à tous niveaux du modèle littéraire nommé. L'original étant nettement supérieur, mon conseil, lisons Edgar Allan Poe, ça tombe bien, j'ai L'intégrale illustrée dans ma bibliothèque !

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Le vicomte aux pieds nus

Publié le par Yv

Le vicomte aux pieds nus, Hervé Jaouen, Presses de la cité, 2017.....

Fin 19e siècle, la comtesse Hortense de Penarbily, jolie et jeune veuve désargentée survit en faisant ce que l'on ne nomme pas encore chambre et table d'hôte. Son fils, le vicomte Gonzague vit à Paris, très largement au-dessus des moyens de la famille. En délicatesse avec la justice française, il s'enfuit aux États-Unis, découvre le tout nouveau cinéma, inventé par les frères Lumière et décide de faire fortune avec cette invention. Il convainc sa mère qui ne réussit pas à combler les dettes de son fils de l'aider à répandre le cinéma outre Atlantique. Hortense cède, mais décrète qu'ils commenceront pas le Canada.

Pour son dernier roman, Hervé Jaouen s'inspire de la vie de la comtesse Marie de Kerstrat et de son fils, le vicomte Henry de Grandsaignes d'Hauterives, pionniers dans la diffusion du cinéma au passage du 19e et 20e siècles. Puis, avec son talent et sa faconde habituels, le romancier breton construit une histoire folle, des aventures extraordinaires, des personnages entiers, passionnés aux caractères de Bretons bien trempés. Comment résister à un roman qui débute par cette longue phrase :

"Cependant que la comtesse Hortense de Penarbily servait le thé à lady Woodford, monsieur le vicomte Gonzague lutinait la délicieuse miss Lisbeth à l'intérieur de la cabine de bain que le cheval du domaine, mené par l'homme de peine, avait roulée sur la grève, à l'étale de basse mer, dans l'alignement de la terrasse où les deux dames étaient assises, protégées du soleil par des capelines en paille avachies qui donnaient au rite du five o'clock le côté relax d'un pique-nique champêtre improvisé entre personnes de bonne compagnie." (p.11) ?

La suite ? Eh, bien c'est une succession de belles phrases, de langage parfois très châtié parfois très fleuri, un mélange qui ravit et fonctionne admirablement bien. Ce gros roman de 460 pages ne souffre que très peu de longueurs, il est passionnant et tellement enlevé que la lecture en est aisée et rapide. La Bretagne y est magnifique, cette fois-ci les abords de Quimper, le Canada est bien joli également, les États-Unis moins accueillants, Thomas Edison voyant d'un mauvais œil arriver ces Français et sabrer son invention beaucoup moins avancée que celle des frères Lumière et voulant s'en attribuer néanmoins la paternité et les royalties qui en découlent. Hervé Jaouen bâtit un roman historique qui relate bien ces années d'avant guerre et l'euphorie de certains pour ce qu'ils considéraient comme une invention majeure contre tous ceux qui n'y croyaient pas ou pire y voyaient le diable, comme l'Église par exemple.

Et puis, ce qui fait le sel des romans de l'auteur, ce sont ses personnages, toujours très bien décrits tant physiquement que psychiquement. Gonzague et Hortense sont deux pièces de choix, des présences et des caractères forts, des volontés à déplacer des montagnes, des audaces et des paris risqués. Néanmoins, ils ne cachent pas totalement les seconds rôles, Bérénice la sœur de Gonzague, Suzanne sa compagne, rencontrée outre Atlantique, ni les diverses personnes qu'ils rencontreront au cours de leurs aventures, parfois aidantes, parfois envieuses et malhonnêtes, parfois carrément hostiles.

Voilà, tout est présent dans ce roman pour que le lecteur passe un excellent moment, l'un de ceux ou il apprend plein de choses sur les débuts du cinéma et comment grâce à des pionniers comme Hortense et Gonzague, il s'est développé, comment également les autorités étasuniennes ont voulu règlementer à leur profit ce nouvel art ; le lecteur passera également d'excellents moment en Bretagne et au Canada et souhaitera la réussite du duo mère-fils. Lecteur, j'y ai trouvé tout cela. Lu et approuvé !

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Colza mécanique

Publié le par Yv

Colza mécanique, Karin Brunk Holmqvist, Mirobole, 2017 (traduit par Carine Bruy)...,

Henning et Albert Andersson sont frères, tous les deux autour de la septantaine, ils vivent dans une bicoque sans confort sur les terres du châtelain Olof Ardenkrantz. Olof et Louise son épouse éprouvent une vraie tendresse pour ces deux vieux un peu naïfs, ils les emploient parfois pour nettoyer un bout de terrain ou pour d'autres tâches afin de les occuper et de leur donner en échange un peu d'argent et de la nourriture. Lorsque la maison de leur enfance qui jouxte leur masure actuelle est en travaux pour en faire un centre de désintoxication pour femmes, les deux frères passent pas mal de temps à observer les transformations. Puis bientôt, dans le champ de colza juste derrière chez eux, c'est l'effervescence : ce terrain serait un lieu de débarquement extraterrestre. La vie paisible d'Henning et Albert s'en trouve chamboulée.

Karin Brunk Holmqvist est suédoise et est arrivée assez tardivement à l'écriture après avoir exercé pas mal de boulots. Désormais très appréciée dans son pays, à nous de la découvrir ; son premier roman traduit en français, Aphrodite et vieille dentelle est édité chez Mirobole, la maison d'édition aux couvertures soignées, drôles et reconnaissables qui publie donc le deuxième roman de l'auteure, écrit en 2005. Une perle du burlesque, du décalé, de l'humour qui fait sourire tout au long de la lecture avec parfois des éclats de rire incontrôlés. Avant d'en faire l'éloge, je voudrais quand même souligner quelques longueurs, des passages répétitifs qui ne sont pas indispensables et quelques difficultés pour se retrouver dans les nombreux personnages aux noms imprononçables. Mais que ces réserves ne vous fassent pas fuir, car la bonne humeur leur est largement supérieure.

Le rythme n'est pas haletant, l'histoire se déroule dans une petite ville paisible pour ne pas dire ennuyeuse et c'est justement le remue-ménage provoqué à la fois par l'ouverture du centre de désintoxication et par la découverte du champ de colza qui va l'accélérer un peu et qui joue sur l'opposition tranquillité et fébrilité. En fait, seuls Henning et Albert restent relativement calmes et sereins. Certes, ils se posent beaucoup de questions et il est assez cocasse de lire que c'est leur dénuement, la simplicité de leur vie, leur manque de besoins et de désirs matériels qui les protègent de l'effervescence autour d'eux. Je ne sais pas si la philosophie des deux frères peut être considérée comme la morale de ce livre -d'ailleurs en a-t-il une ?, mais j'aime bien l'idée que ce soit eux les héros, eux qui vivent tous les jours avec le minimum. Sous des airs de comédie frivole, Colza mécanique est plus profond qu'il n'y paraît et pose la question de la croissance, du modernisme à tout prix, du bonheur lié au matériel, de la position sociale et tout simplement du sens de la vie. Tout cela après lecture, lorsqu'on réfléchit un peu pour écrire un article, d'où l'intérêt de bloguer, sinon, je serai peut-être passé à côté ; ou alors, c'est moi qui extrapole qui me lance dans des explications oiseuses, cela se peut, cela se peut, parfois, je ne m'écoute pas penser (je vous laisse sur cette réflexion oh combien intelligente !). Pas mal pour un roman qui d'abord fait plaisir et sourire.

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Drôle de pistolet

Publié le par Yv

Drôle de pistolet, Francis Ryck, French pulp, 2017 (Gallimard série noire, 1969).....

Londres 1968. Yako est arrêté. Il donne des informations contre une nouvelle identité et un forte somme d'argent. Yako est un espion russe qui trahit le KGB. La chasse contre lui commence. Le KGB met des moyens pour retrouver celui qui a donné des noms sous la contrainte. Yako s'échappe en France. Pourra-t-il longtemps rester anonyme ? Lutter ? sauver sa peau d'espion ?

Francis Ryck (1920-2007) est un auteur prolixe qui a donné au cinéma certains de ses meilleurs films tirés de ses romans. Costa Gavras, Claude Pinoteau, Jean Delannoy, Robert Enrico, Gérard Pirès pour n'en citer que quelques uns ont réalisé des films dans lesquels ont joué Lino Ventura, Jacques Villeret, Louis de Funès, JL Trintignant, Philippe Noiret, JP Marielle, Johnny Halliday, Suzanne Flon, Stéphane Audran, Marlène Jobert, Fanny Ardant, Voilà pour la galerie, venons en maintenant au fait.

Pur roman d'espionnage des années 60, avant les smartphones, Internet et les objets de haute technologie, même s'il est question d'avancée dans ce domaine tout au long de l'histoire. C'est assez dépaysant de lire une intrigue dans laquelle les différents groupes ne peuvent se joindre qu'à certaines heures données dans certains endroits précis, alors dès que l'un rate le coche, eh bien toute l'organisation est à revoir, ce qui n'est plus le cas de nos jours où chacun doit être joignable instantanément. Le bon vieux temps que je pourrais dire si je ne craignais qu'on me traite de vieux con.

Je dois dire que ce roman m'a bluffé. Il est absolument passionnant. Cette fuite perpétuelle de Yako, cherchant à se cacher des Russes, soupçonnant tous les gens qu'il rencontre de n'être pas là par hasard, jusqu'au chien qui l'accompagnera ! Et ce n'est pas de la paranoïa, juste des précautions. "Tout à fait installé dans son rôle de petit-bourgeois anglais, Yako se demandait où tout cela allait aboutir. Si Barney lui aussi jouait un rôle, il le tenait à la perfection. Le double sens de certaines de ses réflexions pouvait être imputé à la seule interprétation de l'auditeur. Un auditeur fortement conditionné par sa situation." (p.150)

Le roman est vif, bien écrit. Son intérêt principal est bien sûr de savoir si Yako s'en sortira et comment, et cet intérêt ne faiblit pas du début à la fin. Je comprends aisément que des cinéastes aient pu prendre les livres de Francis Ryck comme bases de leurs films, car tout est cinématographique : le personnage principal, taiseux par nécessité l'est devenu par habitude et sans doute par goût d'un certain anonymat, les autres protagonistes sont très bien définis et des acteurs/actrices peuvent être imaginés pour leur donner chair. Les paysages sont très présents, décrits assez minutieusement pour que les décors soient plantés. L'intrigue est là, prenante et la tension monte. J'imagine un film assez lent, avec une musique simple, des acteurs avec des gueules, des femmes mystérieuses... je prends au hasard dans la liste de noms citée plus haut ou même dans les acteurs actuels. Rien que pour revoir ce genre de film, il faut relire ce genre de romans qui font passer d'excellents moments. Très belle idée que de les rééditer, notamment ce Drôle de pistolet.

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Streamliner. Bye bye Lisa Dora

Publié le par Yv

Streamliner. Bye bye Lisa Dora, 'Fane, Rue de Sèvres, 2017.....

1963, Cristal O'Neil vit avec son père au bord de la route 666. Une station service et un restoroute sont leur gagne pain, même si l'affluence n'est pas vraiment au rendez-vous. Dès que Billy Joe pousse la porte du lieu, la situation change pour toujours. Billy Joe chef d'un gang remet son titre en jeu dans une course de voitures. Attention pas des voitures de séries, non des engins arrangés, carénés, moteurs gonflés... Le père de Cristal fut un champion de la catégorie avant un terrible accident. Mais l'organisation de cette nouvelle course attire beaucoup de monde et les autorités la voient d'un mauvais œil.

'Fane, c'est l'un des auteurs de Joe Bar Team, la célèbre série BD. Amateurs de grosses cylindrées, de forts caractères féminins ou masculins, de défi, de courses de voitures, voici une bande dessinée faite pour vous. Les autres pourront également y trouver leur bonheur, la preuve, j'ai bien aimé. Alors, certes, si vous n'appréciez que les bluettes, les petites fleurs et la nature en pleine floraison, passez votre chemin. Le décor, c'est le désert, les voitures. Les mecs sont pour la plupart machos, les filles revendiquent fièrement leur assurance de battre les hommes sur un terrain qui n'est aux yeux de leurs adversaires pas le leur.

Dans ce premier tome, 'Fane place le décor, le contexte et ses personnages principaux : le beau gosse, le rival, le voyou violent, la fille chef du groupe qui veut rivaliser avec les mecs, l'ex du beau gosse rockeuse jalouse et rancunière, la jeune fille contrainte de subir tout ce déferlement de testostérone, d'huile de moteur et de vitesse. A la fin de cet opus, la course commence, le second tome lui sera donc, j'imagine, consacré.

J'ai passé un très bon moment, renouant avec un genre de BD que je n'avais pas lu depuis un moment. J'approuve sans réserve le dessin, les couleurs, le scénario. Dire que 'Fane invente serait excessif, il se sert des stéréotypes du genre dans lequel il place son histoire, des stéréotypes en général mais il le fait en maîtrisant totalement et admirablement son sujet et maintenant, eh bien, j'ai hâte de connaître le déroulé et l'issue de la course.

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