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Quichotte, autoportrait chevaleresque

Publié le par Yv

Quichotte, autoportrait chevaleresque, Eric Pessan, Fayard, 2018.....

"S'est-on jamais demandé ce que ferait Don Quichotte aujourd'hui ? 

Accablé par les nouvelles venues des quatre coins du monde, toutes plus terribles les unes que les autres, l'auteur de ce livre ne trouve de consolation que dans la littérature. Là se trouve l'ultime façon de résister au monde tel qu'il est. Là se trouvent les héros. Là se trouve le fabuleux chevalier à la triste figure, que l'auteur invite à revenir parmi nous. 

Notre triste époque ne fourmille-t-elle pas d'éplorés à protéger, de torts à redresser ?

Et si, mieux encore que la consolation, de la littérature venait le salut ?" (4ème de couverture)

Eric Pessan, écrivain prolifique et néanmoins auteur de romans excellents que je ne pourrais pas tous citer ici (allez voir  et encore ce ne sont que ceux que j'ai lus...) écrit, un jour où l'actualité le blesse encore plus que d'habitude, sur son écran d'ordi DON QUICHOTTE. Et de ce nom part cette idée de construire un roman qui entremêlerait une vie du héros de Cervantès toujours accompagné de Sancho Panza de nos jours et les réflexions de l'écrivain sur la vie, l'écriture, la littérature, l'économie, la géopolitique, le monde étrange dans lequel nous vivons qui marche sur la tête, qui ne reconnaît plus l'humanité, la fraternité, la liberté, sur les hommes qui  vivent aliénés par le travail, l'argent à gagner pour vivre, survivre ou amasser : "J'ai l'impression que ce livre doit être écrit ainsi, mêlant les aventures du Quichotte à mes questionnements d'écrivain. Et, surtout, j'en ai le désir. J'ai envie d'écrire, j'ai envie d'essayer, j'ai envie de tester cette structure, j'ai envie de me frotter au Quichotte, j'ai envie de faire vivre ma bibliothèque, j'ai envie de shooter dans ce qui m'étouffe, de prendre le réel entre deux mains et de le tordre jusqu'à en faire un nœud, comme les athlètes de cirque font d'une barre de fer. Et j'ai envie qu'il soit possible d'écrire juste parce que l'on en ressent le désir." (p.136)

Il est beaucoup question de littérature, des grands noms, de ceux qui ont écrit des livres importants, universels, qui ont donné le goût de la lecture à beaucoup et à Eric Pessan en particulier. Il est aussi question d'écriture, de ce travail dont beaucoup considèrent qu'il n'en est pas un, des efforts même corporels qu'il implique, des choix de vie sachant que peu d'écrivains vivent de leurs livres. Puis Eric Pessan parle aussi de ses indignations, de ses nausées lorsqu'il lit ou écoute ou regarde un journal d'actualité. Alors, il convoque Don Quichotte et Sancho Panza pour réparer les injustices, ce qui donne lieu à quelques passages épiques et drôles.

Certes, le livre n'est pas exempt de quelques longueurs et de répétitions dues à la manière dont l'auteur l'a écrit, sans relire la première partie avant d'aborder la seconde. Mais, malgré cela, je me suis régalé. D'abord parce que je partage beaucoup des points de vue, des indignations, des dégoûts et même des émotions et des sentiments de l'auteur. Ensuite, parce que ce livre n'a pas une forme qui permettrait de le ranger dans telle ou telle catégorie. Il est inclassable, perturbe donc un lecteur qui n'aimerait pas ne pas trouver de repères. J'adore ça quand un écrivain me trimbale loin des règles, des carcans et qu'il se joue des codes en abordant l'autobiographie, le roman d'aventures, la poésie, l'essai, le roman d'introspection, la farce, ... tout cela en un seul volume. Le texte coule aisément et l'on passe des aventures de Quichotte aux réflexions de l'auteur sans souci de compréhension ; les articulations se font naturellement comme si nous étions dans la tête d'Eric Pessan, ou dans la nôtre qui, parfois aussi saute d'une idée à une autre sans apparemment -mais il y en a- de lien. La seule difficulté éventuelle pourrait être dans le fait que ce-dit roman n'en est pas vraiment un tout en en étant un. Mais cette difficulté se transforme vite en découverte, puis en curiosité -ou vice-versa- et en réel plaisir de lecture.

Dire que je conseille ce livre serait un euphémisme, il faut le lire absolument, on cerne mieux après le travail d'un écrivain, un de ceux qui chaque jour se mettent à leur table de travail pour nous donner à nous lecteurs des moments inoubliables -ou pas-, du rire, de la joie, de l'émotion, ... Je pense avoir pris autant de joie à lire ce Quichotte, autoportrait chevaleresque qu'Eric Pessan à l'écrire.

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Coupable

Publié le par Yv

Coupable, Jacques-Olivier Bosco, Robert Laffont, 2018.....

Lise Lartéguy est lieutenante à la crim'. Lise est aussi une jeune femme très tourmentée, en proie à des crises d'une violence extrême qu'elle canalise avec La Méthode, celle que son père ex-flic lui a apprise : punir ceux qui commettent des crimes terribles mais échappent à la justice. Alors, certaines nuits, Lise enfourche sa moto, se faufile dans des lieux connus d'elle seule et des criminels qui s'y cachent et elle les corrige. Puis, sa vie reprend son cours. Lorsqu'une nuit, sa correction prend une mauvaise tournure et qu'elle reçoit une dose de drogue par l'une de ses victimes, elle part en vrille et ne sait plus ce qu'elle fait. Le lendemain, son parrain et protecteur, ami de son père, chef de la police, est retrouvé mort. Seule Lise, en voyant le cadavre, reconnaît sa méthode, et dès lors comprend qu'elle-même, en colère contre son parrain a pu le tuer. 

Retour de la lieutenante Lise Lartéguy après ses aventures vitaminées de Brutale. Lise est toujours en proie à ses actes de violence qu'elle réserve la nuit et à des êtres malfaisants, violeurs, tabasseurs voire les deux en même temps. Des mecs qui n'ont pas eu à subir les foudres de la justice ou si peu et qui ont laissé des victimes traumatisées à vie, des mecs qui persistent dans leurs actes horribles. Mais Lise est aussi flique et une pugnace qui ne craint ni le danger ni les pires des voyous. Ce second tome des aventures de Lise Lartéguy est comme le premier, dynamique, extrêmement rapide, vif. Pas une seule seconde d'ennui. La violence est parfois difficile à soutenir, mais elle sert le récit et Jacques-Olivier Bosco (JOB) raconte comment Lise en est arrivée à ces crises et comment elle tente de les intégrer à sa vie. Coupable complète donc Brutale de fort jolie manière. Lise est une jeune femme très attachée à ses proches, ses deux collègues, Brigitte et Paupiette, à son amoureuse, Solveig. C'est dans ces relations qu'elle puise sa force de continuer. 

Outre un rythme effréné, JOB nous régale avec des intrigues qui se mêlent, certaines venues du passé de Lise, et il sème des indices qui nous mettent sur la voie ; jamais le plaisir de lecture ne s'émousse. Dans ce roman, il laisse une plus grande part à la personnalité de Lise rendant son polar moins tendu -encore que...- mais tout aussi passionnant. 

J'aime lire JOB parce que ses polars sont efficaces, énergiques, balayent tout sur leur passage, même les envies de dormir ou d'allumer le téléviseur, ce qui est bien, ça l'est un peu moins lorsque je dois préparer le repas du soir (euh, ce soir c'est coquillettes au beurre !). Je ne citerai pas d'extrait, tout simplement parce que je n'ai pas eu le temps d'en prélever un, ça va trop vite. 

Je ne sais pas si Lise reviendra, j'ai l'impression que cette série est un diptyque, que JOB n'a pas voulu prolonger les aventures de son héroïne. Si néanmoins, prend à Lise l'envie de revenir raconter ses enquêtes, nul doute que je les lirai avec attention.

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C'est une pastèque ? Non, c'est un chien

Publié le par Yv

C'est une pastèque ? Non, c'est un chien, Pierre Charentus, Ed. Margot, 2018.....

"Vous vous demandez ce que peuvent bien se raconter Miranda le chameau et Jean-Michel l'oie lorsqu'ils se croisent ? Vous avez toujours rêvé d'assister à la rencontre entre Zorro et un type déguisé en le Mont-Blanc ?

Interrogations existentielles, discussions autour du pâté végétal, tranches de vie et aventures épiques... Plongez les yeux fermés dans ce bain d'humour et de poésie !" (4ème de couverture)

Plongez, certes, mais les yeux fermés, ça risque d'être compliqué pour lire les textes et apprécier les dessins. Facile -mais inévitable- comme blague, je le sais, je me mets au diapason de ce drôle de livre. Drôle par le titre, par la préface de l'auteur et par son contenu dans lequel on passe de gamineries, de blagues potaches à des questions philosophiques, des remarques qui interpellent. Si vous connaissez l'expression "avoir un dialogue de sourd", sachez que Pierre Charentus l'illustre parfaitement, ses personnages, parfois humains, parfois animaux, parfois un mélange des deux ne s'écoutant pas toujours, voire presque jamais. Il doit être un frère ou un fils caché de Philippe Katerine tant leurs univers se télescopent. Cette manière de ne rien prendre au sérieux, de dire des banalités, des conneries et au détour de l'une d'elles, hop, l'illumination pour le public de se dire, pas con, il vient de dire un truc profond, en quelques mots simples et une pirouette ou une boutade. De même que la voix du chanteur est fragile, le dessin de Pierre Charentus est volontairement (?) enfantin, malhabile, un peu comme si c'était moi qui avais pris le bic effaçable -et même les pires dessins de vos enfants ramenés de l'école vous apparaitraient alors comme des chefs d'oeuvre. 

Franchement très drôle, très décalé, loufoque, burlesque, ubuesque, au-delà de l'absurde, je dirais absurdissime. Je découvre aussi les éditions Margot grâce à ce titre qui en plus ne coûte pas très cher. Aucune raison de se priver.

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L'amour propre

Publié le par Yv

L'amour propre, Olivier Auroy, Intervalles, 2018.....

"Au salon de massage de M. Victor, rue de Courcelles, Waan semble jouir d'un statut de favorite. Est-ce parce que le propriétaire des lieux l'a vue grandir ?

Depuis qu'elle est devenue orpheline, Waan sait gré à M. Victor de lui avoir évité la fin tragique de la plupart des filles de sa condition en Thaïlande. Mais toute protection a un prix, et si l'écrin somptueux dans lequel elle pratique aujourd'hui n'a rien à voir avec les arrière-cours miséreuses de Chiang Rai, depuis quelques semaines Waan ressent une inquiétude diffuse." (4ème de couverture)

On entre de plein fouet dans ce roman et bien malheureux  serait celui -ou celle- qui ne parviendrait pas à s'intéresser à icelui, car il passerait à côté d'un roman noir étonnant, original et captivant pour ne pas dire envoûtant, de bout en bout. Envoûtant sans doute par le lieu central, le salon de massage. Le travail de Leïla la Marocaine, Katia la Russe et Waan la Franco-Thaïlandaise est minutieusement décrit et concourt pour beaucoup dans la sensualité, l'ambiance très particulière, ouatée mais aussi dure notamment lorsque le désir des hommes est abordé. Ceux qui avec arrogance et suffisance méprisent les masseuses et s'attendent à des extras sexuels. Ceux qui, pourtant pas très attirants sentent que le pouvoir qu'ils exercent dans la société les rend désirables, alors que les trois jeunes femmes ne voient que des corps. L'écriture d'Olivier Auroy est fine, délicate, directe ; s'il sait décrire les corps, les massages sensuellement ou cliniquement, il sait aussi dire les violences que ces femmes ont subies, psychiques, physiques. 

Rendu à la moitié du volume, soit environ à la page 130, je me suis fait la réflexion que je n'étais pas vraiment dans un thriller, que l'histoire avançait doucement, mais en fait, c'est juste que j'étais déjà totalement en empathie avec Waan et que son histoire m'habitait au point de ne pas m'apercevoir que la tension montait irrémédiablement. L'autre raison pour laquelle je me sentais bien dans ce roman, c'est l'ambiance que je décrivais plus haut et les personnages d'Olivier Auroy, très fouillés, les trois masseuses du salon de M. Victor notamment. Chacune d'elle a des raisons de se retrouver à exercer ce job dans des conditions de soumission et de "semi-captivité". De très belles pages leurs sont dédiées, elles-mêmes parfois violentes, dures, mais aussi pleines de tendresse, d'amour et de respect. Et encore ont-elles eu un peu de chance, elles auraient pu se retrouver dans des réseaux de prostitution sans doute encore plus mal loties que dans ce salon. 

La force de ce roman est d'allier "l'univers clos et énigmatique des salons de massage" (4ème de couverture) à une intrigue policière beaucoup plus terre à terre et de nous faire voyager entre la France et la Thaïlande. Je sors de ce roman chamboulé, nul doute que me resteront longtemps en tête Waan et ses collègues, mais aussi tout ce que j'ai pu lire sur les conditions de vie des femmes en Thaïlande (notamment les très jeunes), des femmes dans certains salons de massage attirant des hommes de pouvoir, des femmes en général soumises au désir des hommes et à leur violence. 

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Confucius toute une vie

Publié le par Yv

Confucius toute une vie, Chun-Liang Yeh, Clémence Pollet, HongFei, 2018..... 

551 avant notre ère, Qiu Kong naît dans un pays gouverné par les Zhou depuis des siècles. Celui qui deviendra Confucius va à l'école, apprend à compter, à écrire et aime aller au temple. Bref, Confucius, sa vie son oeuvre. Texte de Chun-Liang Yeh et illustrations de Clémence Pollet pour ce très bel album, beau-livre illustré, pas une bande dessinée. 

Livre destiné à la jeunesse pour mieux savoir qui était Confucius, comment il est devenu ce grand penseur et lire quelques unes de ses maximes. Un dossier final permet aux plus grands de préciser la vie du philosophe chinois et pourra servir de base de réponses aux questions des plus jeunes.

C'est un album très instructif et très beau. Les dessins sont colorés, réalistes, magnifiques, ils attireront l’œil et illustrent un texte simple qui permet de raconter l'histoire du penseur aux plus jeunes. Les éditions HongFei publient là, un très joli livre.

Pour finir, je ne peux résister à placer une citation de Fucius qui avait oublié d'être con (dixit Pierre Desproges) : "Les seules richesses des gouvernants doivent être la justice et l'équité." A bon entendeur...

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The end

Publié le par Yv

The end, Zep, Rue de Sèvres, 2018.....

Théodore Atem intègre en Suède, l'équipe de recherche du professeur Frawley qui "tente de démontrer que les arbres détiennent les secrets de la terre à travers leur ADN, leur codex." (4ème de couverture)

Quelques jours auparavant, dans une forêt d'Espagne, des voyageurs sont morts mystérieusement. Théodore fait un lien entre ces morts, l’apparition de champignons toxiques et une usine pharmaceutique située pas loin de son lieu d'études. Le professeur Frawley n'y croit pas, Théodore insiste et continue ses recherches.

Très loin de Titeuf ou de l'excellent Captain Biceps, Zep dessine et scénarise des albums fort réussis sur des thèmes actuels et toujours liés à l'homme, sa vie son oeuvre. Cette fois-ci il est question de la relation homme nature et du mal que celui-ci cause à icelle. J'aime bien la théorie du professeur Frawley qui dit que les dinosaures ont disparu de la terre parce qu'ils ont "cessé de participer à l'équilibre général" en dévorant "les ressources terrestres et [n'apportant] rien en retour", alors que nous les Hommes sommes encore inexplicablement sur cette planète bien que nous fassions pire que les dinosaures puisque "nous, nous créons le déséquilibre." (p.36)

Cet album est tout de cases monochromes, mais alterne les couleurs : vert, bleu, sépia, gris, ocre. Je n'ai pas cherché à savoir s'il y avait une signification à chaque teinte, peu importe, je me suis laissé embraquer dans cette histoire militante qui prône le respect de la Terre et de la nature, qui met en images les valeurs écologiques, sans pour autant tout rejeter de ce qui fait nos vies actuelles. Zep ne fait pas dans le manichéisme de mauvais aloi, les bons écolos et les mauvais sur-consommateurs, il pousse à réfléchir à travers une fable, un conte pas drôle du tout, qui flirte avec le surnaturel, la science fiction mais qui pourrait bien être dans pas très longtemps réaliste si rien n'est fait pour réduire l'impact et le déséquilibre de l'homme sur la planète.

Et le titre, emprunté aux Doors que le Pr Frawley écoute en boucle.

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La plus jeune des frères Crimson

Publié le par Yv

La plus jeune des frères Crimson, Thierry Covolo, Quadrature, 2018.....

Dix nouvelles composent ce recueil au titre énigmatique. Dix histoires qui se déroulent aux Etats-Unis, au siècle dernier, à différentes époques et dans différents endroits du pays. 

- Billy Rank est un type super : Quand Sam traverse le pays du sud au nord pour retrouver son vieux copain Billy, les retrouvailles ne sont pas forcément à hauteur de ses espérances.

- Les bottes de Bob : lorsque sa voiture tombe en panne, Emerich est secouru par une menue jeune femme Anna-Lisa qui, étrangement, porte des bottes nettement trop grandes pour elles. Ce sont celles de Bob explique-t-elle.

- La dernière fois qu'on a vu Sam : gamins, le narrateur, sa sœur Millie et Sam sont inséparables. Ils sillonnent la forêt, les lacs de leur village. Puis, le jeune homme doit bientôt aller travailler avec son père et délaisse le trio, Sam et Millie se retrouvent souvent seuls.

- Une fille à marier : Lorsque Honk, fêtard, buveur et dragueur invétéré voit Lissia, jeune femme s'approcher de sa cabane, il ne s'attend pas à la proposition qu'elle va lui faire.

- Ma' Grossman, ça va être ta fête ! : Mo sort de prison aidé par ses deux frères aînés eux-mêmes incarcérés. Il doit s'acquitter d'une mission que les deux autres lui ont confiée, délicate et peut-être même dangereuse.

- Dernière illusion : Tom travaille dans un bar sur la route de Vegas. Amoureux éternel de Cassie qui, tous les matins vient prendre son café avec un cookie cuisiné spécialement pour elle, il ne supporte pas l'idée que Dark, son patron veuille vendre le lieu.

- Les cailloux du Petit Poucet : en panne de voiture en pleine nuit  Sally est secourue par Gus, un type étrange qui espère sans doute pas mal de cette rencontre fortuite. Il écoute les fréquences de la police qui vient de découvrir la septième victime d'un tueur en série surnommé le Petit Poucet. La tension monte dans la voiture, Sally se sent en danger.

- La plus jeune des frères Crimson : Nera et Alba sont sœurs et vivent ensemble. Mais cette nuit, encore une fois, Alba découche au grand dam de sa sœur qui subodore une relation sérieuse avec un garçon. 

- Hugo : un vieux gendarme est chargé de convoyer un déserteur jusqu'à un lieu de départ vers la guerre. Pour cela, ils doivent emprunter un itinéraire très dangereux.

- Train de vie : dans cette ville du sud, Sonny, jeune homme noir, après le travail aux champs, prend sa guitare et joue du blues pour tout son quartier peuplé exclusivement de noirs. Un jour, Donald Staunton, jeune homme blanc descend du train et demande une chambre en plein milieu du quartier de Sonny, puis il vient l'écouter jouer et chanter.

Très bonnes nouvelles étasuniennes écrites par un Lyonnais qui nous le ferait presque oublier au point d'aller chercher le nom du traducteur. Il décrit les ambiances, les paysages, les stéréotypes des classiques Américains : tueurs en série, filles perdues, taulards revanchards,  serveurs dans des cafés au bord des routes, ... On visualise parfaitement les lieux et presque les visages. Mais, parce qu'évidemment, il y en a un, Thierry Covolo en joue. Il pirouette, retourne les situations d'une simple phrase, d'un simple mot, et nos a priori explosent. J'ai beaucoup aimé l'écriture décontractée, oralisée, parfois tendue mais toujours avec un goût d'ironie, d'humour, un ton léger : "Mon Impala m'a lâché entre deux de ces bleds paumés qui jalonnaient mes tournées. A une bonne centaine de kilomètres de chez moi. La voiture a hoqueté, comme quand un truc vous reste en travers de la gorge, puis elle s'est arrêtée. Impossible de la faire repartir. J'ai soulevé le capot et ça m'a confirmé ce que je savais déjà : je n'ai jamais rien compris à la mécanique." (p.23)

Des gens simples chez Thierry Covolo, des paumés parfois, des personnes qui ne se rêvent pas un avenir radieux tant ils sont ancrés dans leurs vies paisibles, mais qui, à la faveur d'un événement changeront du tout au tout. Les nouvelles n'ont pas toujours de chute, ou alors très ouvertes, ce qui permet aux pessimistes et aux optimistes de ne pas envisager la même fin.

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Les étrangers

Publié le par Yv

Les étrangers, Eric Pessan, Olivier de Solminihac, L'école des loisirs, 2018.....

Basile, une quinzaine d'années sort de son dernier cours de collège, dépité de n'avoir pas réussi à parler à Lou la jeune fille qui est loin de lui être indifférente. Il traîne un peu avant de rentrer chez lui, se retrouve dans une gare désaffectée et bientôt il rencontre un copain qu'il n'a pas vu depuis longtemps. Ils commencent à discuter, puis se détachent de l'ombre d'un tunnel des silhouettes, celles de jeunes garçons, des migrants en fuite qui se cachent pour ne pas subir la loi du camp de réfugiés.

Roman sans doute plus destiné à la jeunesse, mais qui est lisible par les parents qui ne s'y ennuieront pas. Eric Pessan et Olivier de Solminihac abordent le thème des réfugiés en parlant d'enfants et ils ont raison puisque nombre d'entre eux sont des mineurs. Un peu plus de cent vingt pages assez dures qui ne cachent pas la difficulté de vivre das un camp, la violence qui y règne, mais tout est tellement bien raconté, par le point de vue de Basile que les pré-ados et ados s'y retrouveront aisément. C'est bien vu parce que les deux auteurs n'infantilisent pas les situations ni ne passent par un langage à la mode qui, à mon avis serait inadapté. Basile est un garçon plutôt mur, qui se pose pas mal de questions, confronté à une situation de famille pas facile et qui découvre vraiment que les migrants sont des garçons comme lui, pas simplement des gens dont on parle à la télé. 

"J'ai l'impression que l'on vit tous dans des mondes parallèles. On croit que les autres partagent notre réalité alors qu'ils sont à des années-lumières de nous. Des adolescents de mon âge traversent un quart de la planète pour échapper à la guerre, d'autres sont contraints d'êtres les pères de leurs pères. Et mon père, je pense, dans quel monde parallèle au nôtre a-t-il trouvé refuge maintenant qu'il fuit de plus en plus souvent ?" (p.61)

Un roman à lire et à faire lire aux ados, il permettra soit d'entamer une conversation sur les réfugiés, soit d'en continuer une déjà commencée, de se poser des questions, de chercher des réponses et voire même d'aller voir de plus près pourquoi et comment les réfugiés arrivent en masse et comment nous les accueillons. 

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Friday et Friday

Publié le par Yv

Friday et Friday, Antonythasan Jesuthasan, Zulma, 2018 (traduit par Faustine Imbert-Vier, Élisabeth Sethupathy et Farhaan Wahab) ....

Recueil de six nouvelles écrites en tamoul, langue d'origine de l'auteur sur lequel je m'en vais vous donner quelques précisions. Antonythasan Jesuthasan est écrivain et acteur, c'est lui qui a tenu le premier rôle dans Dheepan de Jacques Audiard, film qui a obtenu la palme d'or au Festival de Cannes en 2015 et que je n'ai pas encore vu. Antonythasan Jesuthasan fut membre du Mouvement des Tigres Tamouls qui luttait à Sri Lanka pour l'indépendance de l'Eelam tamoul. Il arrive en France en 1993, obtient l'asile politique et vit depuis en région parisienne où il écrit romans, nouvelles, essais, pièces et scénarios. Ce recueil est la première traduction en français de son oeuvre, et comme de bien entendu, c'est Zulma qui édite. 

Pour lire A. Jesuthasan, il vaut mieux se renseigner auparavant de ce qu'est la lutte tamoule pour l'indépendance. Ce n'est pas indispensable sans doute, mais ça permet de mieux comprendre ses histoires qui, au moins pour les premières en sont très fortement imprégnées voire baignent dedans. Mais même si vous n'avez ni l'envie ni le temps de vous plonger un peu dans cette histoire de Sri Lanka et des mouvements tamouls, vous pourrez apprécier l'écriture du nouvelliste, cette espèce de légèreté qui flotte dans ces textes malgré le contexte de guerre, de pauvreté voire de dénuement et de solitude. Il ne dramatise rien, constate en se moquant un peu soit par l'intermédiaire de situations loufoques, burlesques, ou de personnages décalés, parfois ridicules dans leurs comportements et leurs pensées extrêmes. La nouvelle intitulée Le chevalier de Kandi est dans ce genre, très drôle.

Tout en finesse, il égratigne ses personnages de fiction mais aussi quelques personnalités, une notamment : "Lors de sa campagne, il y a quatre ans, l’actuel président français, Nicolas Sarkozy, a mentionné la cité des 1 000, en banlieue parisienne, promettant que s'il était élu, il nettoierait tout ça. C'est là que je vis depuis dix ans.

En fait, cette banlieue, avec ses quelques carrés de forêt pleins de grands arbres, ses vastes friches herbeuses et le canal qui passe au milieu, offre un paysage magnifique. Arabes, Africains, Roms, Indiens et Asiatiques y résident. D'après les journaux, le président Sarkozy est très sensible aux questions environnementales. Il voulait sûrement protéger les arbres, les friches et le canal de notre interférence. Comme prévu, Sarkozy a remporté les élections. Mais il n'a pas réussi à nettoyer le quartier comme il l'avait annoncé." (p.73)

Voilà, c'est dit, joliment et sans s'énerver. C'est exactement tout cela que j'ai ressenti dans ce recueil. Antonythasan Jesuthasan dit tout, n'épargne ni les uns ni les autres, ne juge pas. Il constate avec élégance et une certaine désinvolture dans son sens de l'aisance et de la liberté de ton. Ses nouvelles sont des tranches de vie, parfois sans chute, parfois avec, mais peu importe, ce qui plaît c'est le ton, l'humour, la facilité avec laquelle l'auteur parle de choses terribles tout en douceur. Très très belle découverte.  

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