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Le voyage de Nerval

Publié le par Yv

Le voyage de Nerval, Denis Langlois, La déviation, 2021

Alors en voyage au Liban et venant tout juste de finir un livre, Denis Langlois se trouve désœuvré. Il cherche un sujet pour un autre livre. C'est alors qu'il repense au Voyage en Orient de Gérard de Nerval et notamment son séjour en 1843 au Liban. Pas le même évidemment, des guerres et des reconstructions l'ont totalement changé. Mais Denis Langlois et Nerval sont sur les mêmes terres. Ce sera donc son nouveau sujet : une relecture du livre de Nerval.

Le gros livre de Nerval c'est Voyage en Orient, que je n'ai pas lu, ce qui ne m'a pas empêché de lire celui de Denis Langlois et de l'apprécier. Ce qui marque dès le début, c'est le tutoiement qu'adopte Denis Langlois et cette façon à la fois familière et respectueuse d'interpeller son sujet. Il ne le ménage pas, lui rappelle ses plagiats : "Le lu et le vécu se mélangent dans ta tête et dans tes pages. Impossible de les démêler. Aujourd'hui, on t'accuserait de contrefaçon, on te traînerait devant les tribunaux. A l'époque, cela se fait couramment. On pique sans vergogne chez son voisin en s'arrangeant pour qu'il ne soit pas trop connu. Il n'empêche que tu es un spécialiste de la fauche, et cela me reste en travers de la gorge. L'auteur de Sylvie plagiaire !" (p.31) L'admiration est toujours là d'où la déception d'autant plus grande.

Une grosse partie du livre de Denis Langlois est consacrée à la relecture de celui de Nerval et la suite concerne le retour en France et les dernières années de sa vie : les crises, les écrits diversement appréciés jusqu'au suicide. Une biographie des dernières années de Gérard de Nerval originale et très intéressante. Enrichissante et bien écrite, il n'est point besoin de connaître les écrits de Nerval pour la lire, c'est mieux de savoir un peu qui il était quand même. Et peut-être même de le (re)lire. Oui, voilà, c'est une bonne idée.

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Le silence des horizons

Publié le par Yv

Le silence des horizons, Beyrouk, Elyzad, 2021

Un homme jeune qui fuit se réfugie auprès d'un ami qui accompagne des touristes dans le Sahara. Ce voyage pourrait être un moment de repos, de questionnements sur sa vie qui prend un mauvais tour. Son père, accusé d'un meurtre, a sali le nom dans toute la région, et lui-même tente d'effacer les images qui le hantent, celle d'une femme aimée qui l'a rejeté et celle d'une autre qu'il n'aime pas et que lui a rejetée. Dans le groupe dans lequel il se réfugie, il s'improvise conteur pour les enfants, un conte empli de gentils djinns et de méchants djinns venus visiter la Terre.

Beyrouk est prolifique cette année, après son Parias, et c'est tant mieux, car ses textes sont d'une grande beauté. Ils allient poésie, puissance, simplicité. Les images affluent ainsi que les émotions. Un peu comme Parias, ce roman est celui d'un homme qui se pose pas mal de questions sur sa vie, ses actes, ceux de son père et leurs conséquences. Ce roman puise dans différents genres, le policier, le roman d'introspection, le conte, tout cela dans des paysages très présents : le désert et les villes que visite le groupe de touristes.

Beyrouk parle aussi de la société contemporaine qui s'oublie dans des images et du bruit incessants : "Omom savait bien pourtant que cette planète était la plus bruyante de tout l'univers, il savait qu'elle déversait des milliards de décibels dans le grand espace, que la majeure partie de ses habitants ne distinguaient plus les sons qui chaque instant leur détraquaient l'ouïe et l'entendement. Les mauvais djinns leur bouchaient les oreilles pour leur voler leur esprit." (p.110) On ressent à la lecture un besoin à un retour à l'écoute de la nature et d'autrui. Du calme, du silence, du temps pour se reposer "l'ouïe et l'entendement".

C'est un tellement beau texte qu'il procure un peu cela cette sensation de repos, de silence. Y entrer c'est accepter de s'isoler un moment pour en profiter au maximum, de -tenter- de faire abstraction du monde autour, du bruit, juste pour en profiter.

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Impact

Publié le par Yv

Impact, Gilles Rochier, Deloupy, Casterman, 2021

"Quelque part en France.

Deux hommes. Deux destins.

Deux histoires se racontent...

Mais peut-être est-il déjà trop tard."

(4ème de couverture)

Deux histoires qui se croisent, celle d'un homme à l'hôpital, en fin de vie, tout juste retraité qui raconte sa vie à un autre homme lui aussi hospitalisé. Celle d'un homme plus jeune qui ne sait pas faire autrement que vivre de larcins qui le mèneront vers la prison sauf s'il accepte de parler à une psychiatre.

Bande dessinée pas très bavarde, des pages entières muettes, d'autres forcément plus parlantes puisque les deux hommes se racontent. Mais ce sont des taiseux. Le scénario de Gilles Rochier est simple et efficace qui fait se rencontrer ces deux histoires là où l'on ne les attend pas. Le dessin de Deloupy est lui aussi simple qui privilégie les personnages. Bref, une très bonne bande dessinée. Une belle histoire d'hommes.

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Histoires douces-amères

Publié le par Yv

Histoires douces-amères, Guy de Maupassant, L'école des loisirs, 2021

Huit histoires de Guy de Maupassant sont réunies dans ce petit livre destiné à la jeunesse, mais pas seulement.

- Le papa de Simon : lorsqu'une femme non mariée avait un enfant, elle était vue comme une moins que rien et son enfant souvent malmené. Simon lui, s'invente un papa pour cesser d'être harcelé.

- Le condamné à mort : un condamné à mort dans un tout petit pays, Monaco, qui n'a pas les moyens d'accomplir la sentence, peut peut-être échapper au pire.

- La roche aux guillemots : la chasse aux guillemots commence, comme chaque année près d'Etretat. Cette année, l'un des chasseurs ne semble pas dans son assiette.

- Toine : Toine est un personnage incontournable dans son village, patron de l'auberge, bon vivant mais mal marié.

- Le père Mongilet : lorsque la mode est aux ballades à la campagne, le père Mongilet lui, refuse de quitter Paris. Il l'a fait une fois, il y a plusieurs années et ce souvenir est cuisant.

- Mademoiselle Perle : mais qui est cette demoiselle Perle, sorte de gouvernante chez les Chantal famille que fréquente assidûment Gaston ?

- Ma femme : au cours d'une soirée entre hommes, la discussion arrive sur le mariage, cette corde serrée, sauf pour l'un des convives qui raconte son étrange demande en mariage.

Très bonne idée que de proposer ces textes, parfois raccourcis, aux jeunes qui pourront y trouver tout ce qui est bien dans Maupassant, c'est-à-dire tout. Léger, badin parfois, moqueur, ironique et drôle. Il suffit d'un tout petit grain de sable pour qu'une histoire a priori banale ne change d'aspect. Sans doute, pour moi, l'un des auteurs classiques les plus aisés à faire lire, c'est abordable, simple comme les gens qu'il décrit. A mettre dans la bibliothèque des jeunes gens...

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Charly 9

Publié le par Yv

Charly 9, Richard Guérineau (d'après Jean Teulé), Delcourt, 2013

Août 1572, le roi Charles IX tente de résister aux demandes de sa mère, Catherine de Médicis et de ses conseillers qui veulent massacrer les huguenots présents à Paris pour le mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre.

A bout de résistance et d'arguments, le roi finit par céder et ordonne ce qui deviendra le massacre de la saint Barthélémy. Il ne parvient pas à s'en remettre et sombre bientôt dans la folie.

Bande dessinée tirée du roman du même titre de Jean Teulé -j'aurais pu dire éponyme, ça aurait fait bien- que je n'ai pas lu -autant j'aime écouter le romancier, autant j'ai du mal à le lire. On y trouve tout ce qui fait le succès de Jean Teulé : langage enlevé, argotique, oral, virtuose du genre, réparties cinglantes et un mouvement permanent. Ses romans sont des livres d'action. La BD de Richard Guérineau itou. Assez sombre et puis très rouge, puisque le sang devient omniprésent. Elle décrit la folie du roi, la guerre de religion et de pouvoir. Les ambitions, les jalousies, les manigances, les vacheries...

C'est un genre qui peut rebuter les historiens ou les pointilleux voire les amateurs de belles phrases qui eussent aimé me voir user du terme éponyme au début, mais qui permet aussi d'intéresser à l'histoire des moins passionnés, la gouaille et le ton direct de Jean Teulé le permettent déjà dans ses romans, la bande dessinée ouvre encore des horizons.

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Alicia Prima Ballerina Assoluta

Publié le par Yv

Alicia Prima Ballerina Assoluta, Eileen Hofer, Mayalen Goust, Rue de Sèvres, 2021

L'histoire commence à La Havane en 1931 lorsque la jeune Alicia débute les cours de danse. Puis elle continue dans la même ville, quelques années plus tard, lorsqu'elle remplace au pied levé une autre danseuse et qu'elle devient une véritable icône du ballet : Alicia Prima Ballerina Assoluta. Elle dansera avec les plus grands chorégraphes malgré une perte progressive de la vue et sera une fervente de la révolution cubaine en 1959.

Son histoire croise celle d'Amanda, en 2011 qui rêve d'être une grande danseuse et qui, dans un pays fatigué et pauvre, tente de se faire un nom.

Je ne suis pas connaisseur du monde de la danse et c'est même un art que je ne comprends pas, mais j'aime beaucoup les dessins de Mayalen Goust, ses choix de couleurs douces, son trait. Et sur ce point, je ne suis pas déçu du tout, bien au contraire. C'est doux, très beau, coloré, cela évoque sans marteler la difficulté de vivre à Cuba entre marché noir, débrouille et misère. Et la joie de vivre malgré tout, l'envie de s'en sortir.

Le scénario d'Eileen Hofer présente Alicia Alonso (1920-2019), la vraie danseuse, celle qui a existé, avec d'autres personnages fictifs. Il brosse le portrait d'une femme volontaire et motivée, ambitieuse au point parfois d'oublier la misère des Cubains, qui frayait avec les chefs de la révolution cubaine, Fidel Castro notamment. Mais aussi bien sûr la grande danseuse qu'elle fut, qui surmonta sa cécité pour continuer à danser sur les plus grandes scènes, qui fit preuve d'une volonté sans égale et qui est pour la jeune Amanda et pour toutes les jeunes danseuse du pays, un modèle.

Très bel album, grâcieux et fin qui me permet de faire la connaissance d'Alicia Alonso.

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Ça coince ! (55)

Publié le par Yv

Sous la dalle, Henri-Frédéric Blanc, Ed. du Rocher, 2002

Un homme se retrouve dans un cercueil, enterré alors qu'il n'est pas mort. Lorsqu'il revient à lui, il trouve dans sa poche un téléphone portable et tente de joindre des personnes pour le sortir de là, mais problème, il ne se souvient de rien, même pas de son nom.

Si l'idée de départ est bonne et le style de l'auteur attrayant, le tout devient assez vite ennuyeux voire même agaçant. Des néologismes aux jeux de mots faciles et pas très drôles et un humour qui ne me fait pas beaucoup rire, mais je reconnais que l'humour "parfois ça marche, parfois ça marche pas" comme disait Garcimore -que les plus jeunes veuillent bien m'excuser cette citation qui ne fera sourire que les plus de 45/50 ans. Je peux reconnaître également que mon humour est particulier, enfin c'est ce que disent mes proches.

Mais revenons à cette histoire qui tourne en rond, qui devient vite longue, l'enterré qui fait des phrases et oublie sans doute l'essentiel, celui de se poser des questions sur lui-même. Bref, un titre que l'on m'a conseillé fortement, mais qui n'est pas pour moi.

 

Homme sans chien, Håkan Nesser, Seuil, 2013 (traduit par Esther Sermage)

"Dans la petite ville de Kymlinge, la famille Hermansson est réunie pour fêter l'anniversaire du père et de la fille aînée. Seul manque Robert, le fils honteux qui s'est ridiculisé lors d'une émission de téléréalité. Suicide ? Fugue ? Plus aucune de ces hypothèses ne tient quand Henrik, son neveu, disparaît à son tour. Pour l'inspecteur Barbarotti, chargé de l'enquête, l'hiver s'annonce brumeux." (4ème de couverture )

Alors sur le papier, c'est alléchant et les premières pages continuent de souffler le chaud et je me dis que je vais m'enquiller les presque 500 pages sans sourciller en bon amateur de polars nordiques. Håkan Nesser procède par petites touches pour nous présenter la famille Hermansson, les parents mariés depuis 40 ans, mari autoritaire femme soumise, les enfants : l'aînée modèle du père adoré par icelui, le fils quasi répudié et la dernière née non désirée. Tous sont maintenant des trentenaires et la réunion de famille risque d'être houleuse.

Mais le hic, c'est que le livre traîne en longueurs, à force de vouloir avancer à petits pas, on piétine, tourne en rond et personnellement je m'ennuie et saute des pages. Pas bon signe. Et je sens que ce qui devait faire un bon polar, noir, dense, une histoire de famille avec tous les rebondissements, les règlements de compte, tout cela n'advient pas ou adviendra mais dans moult pages. C'est dommage cette envie de faire long lorsqu'on peut faire plus serré, plus dense, plus court, plus captivant. Tant pis, je lâche, je ne saurai pas la fin de l'histoire.

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