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En secret à Belle-Île

Publié le par Yv

En secret à Belle-Île, Jean Failler, Palémon, 2021

Madeleine Duverger, propriétaire de l'hôtel de l'Espérance à Belle-Île-en-Mer est retrouvée morte sur sa terrasse. Les gendarmes penchent vers un accident. Les héritiers de Madeleine Duverger, des gens hauts-placés -elle était l'épouse d'un homme politique important dans la région- aimeraient comprendre. Ludovic Mervent conseiller du Président et ami de Mary Lester, lui demande d'aller enquêter sur place pour se faire sa propre opinion.

Mary débarque alors incognito, comme l'accompagnatrice d'une vieille dame -la fidèle Amandine- et se fond dans le paysage de l'île.

Il y a longtemps que je n'ai pas lu une enquête de Mary Lester et je reprends goût à l'affaire en peu de temps, en fait juste celui de tourner les premières pages. Les reste, ce n'est que du plaisir. Tout est là, comme avant : la Bretagne -ici, Belle-Île- toujours aussi belle et bien décrite, à tel point c'est qu'on a l'envie d'y aller avant même d'avoir fini le livre ; les personnages hauts en couleur, Mary Lester en tête, mais ses adjointes ne sont pas mal non plus, ni les seconds rôles, les îliens et les touristes rares en cette période de basse-saison, mais tellement bien dessinés : "Un couple d'Anglais vint s'installer près d'une autre fenêtre. C'étaient des gens âgés et la dam, qui avait dû hériter des goûts de sa Queen pour les galurins, arborait avec beaucoup d'aisance une capeline roussâtre flanquée d'une sort de plume de faisan. Le gentleman, sec et maigre jusqu'à en paraître émacié, était vêtu d'un ensemble de tweed beige à la veste cintrée et d'un pantalon de golf qui laissait libre des mollets de coq auxquels de gros bas de laine écrue n'arrivaient pas à donner de l'épaisseur." (p.129)

De l'humour, de l'ironie, du rythme -néanmoins, point de course-poursuite ni d'hémoglobine, tout peut être et doit être lu par un public très large et familial-, de belles formules, de beaux paysages et une énigme à dénouer, tout cela donne dans les mains de Jean Failler un roman policier particulièrement agréable et qu'on a envie de prolonger par d'autres aventures de Mary Lester -celle-ci étant la numéro 58, il n'y a que l'embarras du choix. C'est typiquement le genre de roman qu'on prête à la famille, aux amis et pourquoi pas aux ennemis pour peu qu'on en ait, le sourire aux lèvres et dont on sait qu'il produira le même effet. Et lorsque l'ambiance générale n'est pas au beau fixe, c'est pile ce qu'il faut -et si elle est au beau fixe, cette lecture ne fera que la renforcer. Que des avantages !

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L'inconnu de Penmarc'h

Publié le par Yv

L'inconnu de Penmarc'h, François Lange, Palémon, 2021

Un soir de tempête, le 17 janvier 1861, l'aubergiste de Kérity, entend, tard le soir, du bruit à sa porte. Il se lève et ouvre à un couple d'Anglais qui s'est égaré et qui demande refuge. Une pièce d'or aide l'aubergiste à faire vite et à leur donner une chambre. Le lendemain, le couple est parti avant le réveil de l'aubergiste.

Quelques jours plus tard, François Le Roy apprend qu'un homme, un espion anglais chargé de transmettre des documents à l'empereur a disparu cette même nuit. Le ministre de l'Intérieur fait appel à lui pour retrouver le disparu. François s'installe quelques temps chez sa mère, dans son pays d'enfance, avant de louer une chambre à l'auberge de Kérity, lieu central de son enquête secrète.

Voilà le cinquième tome des aventures de Fañch Le Roy, policier à Quimper au temps de second empire. Et comme les précédentes, tout va lentement, au rythme des pas du policier, parfois à celui des chevaux, mais il n'est point adepte de ce moyen de transport. L'enquête est alors limitée aux environs, mais quels environs : la côte bigoudène et tous ses mystères, ses habitants besogneux et ouverts, ses restaurants et débits de boisson, car Fañch Le Roy est amateur de bonne cuisine de bon cidre et de lambig. Il ne dédaigne pas une simple -mais tellement bonne- galette-saucisse. C'est qu'il y passe du temps à se restaurer. Mais c'est d'une part parce qu'il se dépense beaucoup et qu'il faut bien récupérer et d'autre part, il échafaude pas mal de ses plans et théories autour d'une table.

François Lange fait de son héros, un homme original et sympathique qui n'aime rien tant que marcher sur les chemins bretons, qui prend son temps et sait lorsqu'il le faut se décider et agir promptement, et cette enquête le prouvera à plusieurs reprises. Ce que j'aime dans cette série policière historique, c'est que contrairement à beaucoup d'autres, l'auteur n'a pas choisi une période très troublée et qu'il peut donc se concentrer sur les petites gens, leur manière de vivre, leur travail. C'est très intéressant de voir l'histoire par le bas et non pas par le haut, celui des gouvernants. Fañch Le Roy rencontre les habitants des coins qu'il traverse, parle avec eux, apprend d'eux. Il est comme eux, son petit plus c'est d'être un ancien soldat et un policier tenace et opiniâtre qui sait écouter et tirer profit de ce qu'il entend.

Très bonne série que je suis toujours avec grand plaisir et il me tarde de lire le tome 6.

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L'or de la momie

Publié le par Yv

L'or de la momie, Valérie Lys, Palémon, 2021

Alors qu'ils sont en visite au Louvre, avant d'aller assister à l'anniversaire du commissaire Delcourt dans son ancien commissariat parisien, et de s'en retourner à Rennes, le commissaire Adrien Velcro et sa collaboratrice Déborah sont les témoins d'une coupure de courant massive dans la salle Égypte et d'un vol audacieux du contenu d'une momie exposée.

Puis, c'est le gardien d'un laboratoire de recherches qui est retrouvé mort et une vieille dame qui appelle sans cesse le commissariat pour ce qu'elle pense être un bébé en danger. Tous ces événements dans le court laps de temps où Velcro et Déborah sont à Paris, ils vont prêter main forte à leurs collègues.

Un peu longue parfois, cette aventure de Velcro et Déborah a néanmoins beaucoup de mérites. D'abord celui d'une intrigue bien ficelée, originale et documentée. Ensuite deux personnages bien fouillés -surtout Velcro qui se questionne beaucoup pour son attirance pour sa collègue alors qu'il est marié et heureux. Et enfin des seconds rôles bien campés et des visites des sous-sols et de quelques salles du Louvre. Et le petit plus, ce sont ces histoires qui, a priori n'ont rien en commun et qui, bien sûr, se rejoignent de manière assez inattendue et fine. Je ne me suis jamais douté de quoi que ce soit dans cette enquête, et même si Velcro et Déborah doivent compter sur un peu de chance et des auxiliaires surprenants, ils savent poser la pièce finale, celle qui finit le puzzle.

Très fréquentable, une série avec des héros sympathiques, documentée et qui en prime, est élégamment écrite, avec des tournures un peu désuètes -en fait du passé simple peu usité de nos jours et des réparties entre Velcro et Déborah qui se voussoient pleines d'humour et de respect- qui rajoutent un charme supplémentaire indéniable.

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Le pont du diable

Publié le par Yv

Le pont du diable, Pierre Pouchairet, Palémon, 2021

Après un parcours particulièrement épuisant, et presque arrivés au but, trente-trois Afghans qui fuyaient leur pays sont retrouvés morts, dans un camion frigorifique en Nord-Finistère, au pays des Abers. Seul un jeune garçon a survécu, qui est parvenu à s'échapper.

C'est la commandant Léanne Vallauri cheffe de la PJ de Brest qui est chargée de l'enquête. Avec ses deux amies d'enfance, Élodie médecin-légiste et Vanessa psychologue pour la police, elles forment un trio efficace et respecté. Léanne saura également s'appuyer sur son équipe de flics et sur les gendarmes co-saisis dans cette enquête qui ne sera pas de tout repos.

Toujours excellente cette série avec les trois Brestoises. Pierre Pouchairet, tout en gardant les mêmes personnages, les mêmes lieux -la Bretagne-, sait se renouveler et ne pas écrire toujours la même histoire. Donc, à chaque fois que j'ouvre un de ses livres, je sais que je serai happé et ravi. Plus de 400 pages qui passent à toute vitesse et qui, cette fois-ci, parlent des filières de passeurs et des femmes, des enfants et des hommes qui fuient leurs pays pour davantage de paix et de liberté. Ses réfugiés sont pour la plupart des Afghans, car le régime des talibans est en passe de se reformer avec toutes les interdictions, les restrictions et les violences inhérentes à un tel pouvoir. Pierre Pouchairet connaît le pays pour y avoir été en poste il y a quinze ans.

Dans ce roman, on sent tout le respect qu'il a pour les Afghans et son mépris des passeurs, de ceux qui vivent sur le dos des personnes ne sachant plus quoi faire d'autre que de fuir leur pays pour vivre. Dit comme cela, ça fait un peu la palissade du genre "la guerre c'est mal et la paix c'est bien", mais évidemment, l'auteur est plus subtil et son roman ne se contente pas de ce constat. Il construit une histoire pleine de rebondissements, de personnages ambigus, de fausses pistes, de travail acharné des flics pour tirer le moindre fil trouvé, du travail pas spectaculaire mais qui paye. Tout cela dans des paysages somptueux et sans oublier les vies personnelles des trois filles, cette fois-ci c'est Léanne qui a la vedette. Un roman -et une série- ancrée dans le monde actuel, Pierre Pouchairet ne se contente pas d'une intrigue policière, celle-ci est là pour décrire la société, pour ce qui ne va pas : l'hyper-violence, les réseaux promettant un bel avenir aux candidats à l'exil, les fortunes qui se construisent là-dessus, l'individualisme, l'enfermement sur soi et la peur de l'autre... mais il écrit également ce qui va bien, et l'espoir repose souvent sur des individus curieux et ouverts à l'altérité.

Un roman qui va vite et qui permet de ne pas oublier que chaque jour, aux portes de chez nous, des réfugiés qui ont vécu des trajets violents, mortels, difficilement supportables, arrivent, en Europe, sont refoulés ou mal accueillis. Et ce n'est pas ce qui se passe aujourd'hui en Afghanistan qui va en faire baisser le nombre. Et Pierre Pouchairet d'être malheureusement dans une actualité forte.

Septième tome d'une série que j'aime beaucoup, inévitable car addictive, passionnante et fort bien documentée, très réaliste ; et toujours la Bretagne omniprésente. Je la place dans mes coups de cœur, mais c'est un peu comme avec les romans de Mankell avec Wallander, c'est toute la série qui y est.

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Les diaboliques de Saint-Goustan

Publié le par Yv

Les diaboliques de Saint-Goustan, Jean-Marc Perret, Palémon, 2021

Fin novembre, une femme fuyant des poursuivants fait irruption sur une petite route et est tuée par un automobiliste. Quinze jours plus tôt, Auray, Lina jeune femme, escort-girl se fait agresser au bas de son immeuble. Dans la même ville, trois hommes se rencontrent autour d'un projet commun mystérieux censé mettre en péril l'état français. Il y a le notaire Jean-Pol Forquet, le curé Tersiquel et le colonel Müller. L'adjudant Louis Kerlo reçoit à la gendarmerie un message lui indiquant que ces trois hommes préparent un gros coup. Il veut enquêter mais son supérieur l'en empêche. Malgré cela, il mène en solitaire des investigations.

Nouveau venu chez Palémon, Jean-Marc Perret signe un polar moderne et réaliste qui m'a bien plu. Deux parties assez différentes, la première avec Lina et Louis Kerlo et la seconde avec Marc Renard, enquêteur privé qui entre en scène. Très équilibré, ce roman se suit avec grand plaisir et nous fait entrevoir ce que pourrait être un complot d'envergure nationale pour faire tomber un gouvernement. Je ne cache pas que ça fait un peu flipper puisque c'est somme toute assez réaliste, surtout depuis quelque temps où les paroles se libèrent et montent en violence en agressivité. Certains en font leur fonds de commerce en vue d'une éventuelle présentation aux élections ou pour préparer le terrain à certaine qui deviendra du coup modérée aux yeux et oreilles des électeurs. Beurk...

Pas de temps mort dans le récit de JM Perret qui va de rebondissements en découvertes, qui ne ménage ni ses effets ni ses surprises. Pas mal de personnages qui cachent eux-mêmes des choses, d'autres plus lisibles, tous concourent à faire de ce roman policier, le premier d'une série si j'en juge par le numéro 1 apposé sur la tranche, un bon moment de lecture.

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A l'ombre des saules

Publié le par Yv

A l'ombre des saules, Michel Bouvier, Gilles Guillon, 2021

1900, Marquise, près de Boulogne, Gaston Dewiquet est commissaire et chargé de retrouver un anarchiste en fuite. Ses recherches le mènent à Wierre-Effroy, un village dans lequel un paysan est retrouvé assassiné d'un coup de sa fourche. Dewiquet est certain que c'est son homme l'assassin. Puis lorsqu'une banque est dévalisée, il devine que c'est toujours le même auteur. Se heurtant aux gendarmes et aux paysans locaux, son travail n'est pas aisé, d'autant plus qu'il est également appelé aux fonderies locales pour y rétablir l'ordre, la révolte gronde. Pris entre plusieurs feux, il ne sait plus où donner de la tête.

Troisième roman de Michel Bouvier chez Gilles Guillon, et dans celui-ci, le commissaire Dewiquet, héros de l'un des précédents rencontrera son homologue Riqueval héros de l'autre.

Après un début un peu long très axé sur la place de la religion à l'époque et dans la région, tout cela à travers l'esprit de Gaston Dewiquet qui doute beaucoup et s'inquiète pour son fils adoptif qui semble tourner bigot et un curé pas très franc du collier -moi, l'anticlérical, je suis à la fois agacé qu'encore une fois, la religion tienne une sigrande place dans les romans de Michel Bouvier et ravi de l'angle pris, celui du doute et du questionnement-, le roman démarre enfin et, comme à chaque fois, je me fais cueillir par la belle langue de l'auteur, travaillée, élégante au risque parfois d'en faire un peu trop et de gêner la bonne compréhension de l'histoire, mais cela s'oublie vite, emporté par l'ambiance un rien surannée, le caractère particulier du policier qui doute beaucoup de lui, de ses croyances, de ses méthodes, de son efficacité, de sa place dans le monde de Marquise...

En plus d'une enquête policière c'est l'histoire d'un homme qui tente de comprendre le monde dans lequel il vit qui change au tournant de deux siècles : on commence à parler de révolte ouvrière, de patrons qui optimisent leurs gains, des femmes qui sont encore très soumises à leurs maris mais certaines commencent à revendiquer une place dans la société, de l'église qui perd peu à peu de son poids sur les hommes (tant mieux)...

Bon roman policier et en outre, très belle couverture.

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Les âmes noires de Saint-Malo

Publié le par Yv

Les âmes noires de Saint-Malo, Hugo Buan, Palémon, 2021

1794, aux pires moments de la Terreur à Saint-Malo, le jeune Louis Hervelin est obligé de se réfugier, ses parents ont été fusillés pour avoir recueilli un prêtre et sa petit sœur a disparu. Dix ans plus tard, sous le Consulat, Louis, devenu le commissaire Darcourt est envoyé à Saint-Malo avec pour mission de restaurer l'ordre et d'espionner des Bretons récalcitrants soupçonnés de vouloir attenter à la vie de Napoléon. A peine arrivé, il est contraint d'enquêter sur la mort d'un homme dont il est très vite convaincu qu'elle est liée à la période de la Terreur. Ses méthodes passent assez mal auprès des autorités locales.

Hugo Buan délaisse quelques temps son commissaire Workan pour se lancer dans le roman historique avec un jeune commissaire promis à un bel avenir littéraire. Tout dans ce premier tome promet des développements passionnants dans les suivants. Je me suis régalé de bout en bout en ne reprenant qu'à peine mon souffle entre les chapitres. La période est propice aux manipulations, aux compromissions, aux jalousies, aux peurs. La Bretagne et particulièrement Saint-Malo et Saint-Sevran et leurs habitants taiseux et besogneux rajoutent une dose de tension, surtout lorsque Louis arrive accompagné de Joseph Tocagombo, mulâtre de l'île Bourbon, son ordonnance pendant la guerre, devenu lui aussi policier, et qu'il commence à fureter partout, à ne pas prendre de gants pour interroger tel ou tel habitant qu'il soit notable ou pas.

Dans le même temps qu'il poursuit son enquête sur l'assassinat, Louis tente de comprendre ce qui a pu se passer dix ans plus tôt pour ses parents et si sa sœur est toujours en vie et si oui, où. Cette partie-là ne sera pas résolue dans ce tome, d'où mon idée que la série va se continuer et j'en suis fort ravi presque impatient. L'écriture de Hugo Buan, moins drôle que dans la série avec Lucien Workan, ne se départit pas totalement de l'humour de l'auteur et reste vive, tout cela donnant un roman policier historique excellent.

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Les morts de la Saint-Jean

Publié le par Yv

Les morts de la Saint-Jean, Henning Mankell, Seuil 2001 (traduit par Anna Gibson)

Juin 1996, la nuit de la Saint-Jean, trois jeunes gens partis dans une clairière faire la fête sont tués. Leurs corps disparaissent, leurs voitures aussi. Seule la maman de l'une des jeunes femmes, inquiète, fait le siège de la police d'Ystad pour que les flics commencent des recherches.

Août 1996, Kalle Svedberg, l'un des flics de l'équipe de Wallander est retrouvé assassiné dans son appartement. C'est la stupéfaction, Svedberg, policier discret ne semblait pas avoir d'ennemis. Bientôt Wallander est persuadé que la mort de son collègue est liée à la disparition des trois jeunes gens, ce qui monterait à quatre le nombre de victimes du terrible tueur qui traîne dans les rues d'Ystad.

Depuis quelques mois, je reprends la série des enquêtes de Wallander dans l'ordre de leur écriture par Henning Mankell. Persuadé que ma relecture serait passionnante, je me trompais sur un point. Ce tome n'est pas une relecture puisque rien, contrairement aux autres ne me disait que je l'avais déjà lu. C'est donc une découverte que cette enquête éprouvante pour Wallander, son équipe et ses lecteurs. Kurt ne va pas bien, sa santé n'est pas au top, il a du mal à se remettre du décès de son père et de sa séparation d'avec Baiba et son rythme de travail, imposé par ces nouveaux meurtres ne va pas lui permettre de prendre soin de lui. Comme toujours, dans les polars d'Henning Mankell, les enquêteurs partent de rien : aucun indice, aucune trace. Ici, juste l'inquiétude d'une mère puis, évidemment, ensuite, l'assassinat de Svedberg. Le travail est harassant, long, souvent ingrat, il ne faut rien négliger, même le plus petit indice qui pourrait être important. Donc les flics contrôlent, recontrôlent, réveillent les témoins, ne dorment que peu, fouillent les vies des moindres personnes en lien avec les victimes. La pression est forte, celle de l'opinion publique, des journalistes et de la hiérarchie. Kurt Wallander n'est pas vraiment diplomate et parfois, la fatigue aidant, ses mots et ses actions le débordent.

Moi qui ne suis pas fan des gros bouquins, j'avale sans rechigner et même avec un plaisir évident les presque 600 pages de ce tome, dans lequel, Henning Mankell, parle de la société qui change à l'approche du nouveau millénaire (écrit en 1996/1997), qui devient plus individualiste, qui paupérise les plus pauvres et enrichit les plus riches, qui voit une nouvelle forme de violence apparaître contre des moyens policiers qui baissent ou qui ne sont plus adaptés. La Suède change, ce pays envié et souvent montré comme modèle ne l'est plus.

Et les héros de Mankell sont très humains : ils évoluent au fil des romans, ils vivent comme vous et moi. Wallander, mon flic de fiction préféré n'est pas un sur-homme, il doute, se décourage, est en proie à des soucis de santé. Il est très seul, n'a quasiment pas d'amis, absorbé par son travail. Comme toujours, bien sûr, il parviendra à trouver le coupable, mais à quel prix ?

Excellent, passionnant !

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La cinquième femme

Publié le par Yv

La cinquième femme, Henning Mankell, Seuil, 2000 (traduit par Anna Gibson)

Automne 1994, après une semaine passée en Italie avec son père, Kurt Wallander reprend le travail en espérant s'y remettre tranquillement. Mais il lui faut très vite faire face à un meurtre horrible : un vieil homme est retrouvé empalé dans un piège hérissé de bambous acérés. Suit la disparition inquiétante d'un fleuriste passionné d'orchidées. Les événements s'enchaînent pour que le voyage en Italie soit vite oublié. D'autant plus que le père de Kurt Wallander, atteint d'un début d'Alzheimer, meurt subitement.

Pour lire les enquêtes de Wallander, il faut être en bonne santé mentale, pas trop déprimé et prêt à encaisser, car on est loin d'une comédie policière. Particulièrement ce sixième tome, très noir, autant dans la série de meurtres et le contexte dans lesquels elle survient que dans la vie de Kurt, qui, la cinquantaine approchant, se pose pas mal de questions.

Pour moi, cette série reste ce que l'on fait de mieux dans le genre policier qui raconte également la société. Henning Mankell parle de la Suède, de son évolution et plus globalement de toute la société qui tend vers l'individualisme, la consommation sans penser aux conséquences. Lisant cela en 2021, je pourrais me dire que c'est facile à dire, sauf que Mankell a écrit ce livre en 1996, et moi de me dire qu'il a bien flairé l'évolution : haine du flic, haine de l'étranger coupable de tous les maux, individualisme, œil pour œil, changement de la violence qui s'exacerbe, des comportements inadaptés qui augmentent... C'est cela que j'aime bien dans les polars avec Kurt Wallander, c'est que l'écrivain scrute la société dans laquelle il vit, les hommes qui l'habitent ; ses personnages ne sont pas des héros, ils sont humains, fragiles et forts, en proie aux doutes, aux peurs.

Et si l'on ne s'intéresse qu'à l'intrigue -bon, d'abord ce serait une grosse erreur- mais ensuite, ce n'est pas un problème, car Henning Mankell montre le travail harassant, fastidieux et parfois peu payant des flics pour trouver un indice, un fil à tirer qui les mènera vers la solution ou vers une fausse piste. Sans doute encore davantage que dans les autres enquêtes, Kurt Wallander et son équipe piétinent, ne savent pas par quel bout commencer. Il leur faudra de la patience, du travail et un poil de l'intuition de Kurt Wallander pour trouver enfin la bonne voie, mais jusqu'au bout, le doute est permis. Presque 600 pages qui passent à une vitesse folle, passionnantes.

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