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polar-noir

Les fronts renversés

Publié le par Yv

Les fronts renversés, Corbel et Launais, Y.I.L, 2021

Serge Derain, inspecteur de police, ancien résistant, est appelé en 1955 pour intégrer la DST et tenter de déstabiliser le FLN par une action en Kabylie : l'opération L'oiseau bleu.

1968, Derain, devenu commissaire est affecté à Rennes pour aider à arrêter les attentats commis par le Front de Libération de la Bretagne. Persuadé qu'il a déjà croisé l'un des responsables FLB du temps de son travail en Algérie, Derain tente de le confondre. Il doit aussi faire face à une séparation d'avec sa femme.

Pas très facile au départ cette bande dessinée qui gagne à ce qu'on s'y accroche, car c'est un tome 1 et j'aimerais connaître la suite. Pas très facile car les intervenants sont assez nombreux, et il faut bien le dire, j'ai commencé par me perdre un peu, notamment sur la partie algérienne, puis petit-à-petit à m'y retrouver. La partie bretonne est moins complexe et tout aussi intéressante. Basée sur des faits réels, l'opération L'oiseau bleu ainsi que les attentats du FLB, elle met en scène des personnages ayant existé et semble assez fidèle à ce que j'ai pu lire sur ces deux histoires -parce que l'un de ses intérêts est que je suis allé creuser, voir ce qui était réel ou fictif, elle pousse donc à s'instruire, ce qui est une excellente chose.

Scénario qui gagne donc à ce qu'on s'accroche au départ et dessin que j'aime beaucoup, tout concourt à rendre prometteur le prochain tome de cette série de Marek Corbel et Cyrille Launais.

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Gadjo Farel

Publié le par Yv

Gadjo Farel, André Blanc, Jigal polar, 2021

Un industriel très en vue est assassiné en pleine cérémonie de remise de légion d'honneur. Cet homme, issu de la communauté yéniche, des nomades venus de l'est, a attisé bien des jalousies et des haines. C'est le commandant Farel, chef de groupe à la BRB lyonnaise qui est chargé de l'enquête. Il va, comme souvent faire équipe avec la juge Fournier, ces deux-là étant redoutables pour traquer les magouilleurs et les escrocs et redoutés par ces-derniers.

Mais, malgré un travail acharné, des résultats semble-t-il rapides, la situation prend vite de l'ampleur : des hommes influents dont un ministre sont sur la sellette. Des menaces envers les policiers apparaissent.

Retour de Guillaume Farel et de son équipe efficace dans ce polar vitaminé. Pour ceux qui connaissent, ils ne seront pas déçus, cela va très vite, très fort. Pour ceux qui ne connaissent pas encore André Blanc et ses flics lyonnais, pas de crainte, l'auteur a l'intelligence et l'habileté de nous rappeler les noms, grades et fonctions de chacun des membres du groupe et des amis extérieurs de Farel et Maud sa compagne. Comme souvent avec Farel, c'est le monde politico-mafioso-financier -ou vice-versa- qui est présenté. Magouilles, prévarications, trahisons, tout est pourri dans ce monde. Néanmoins, André Blanc évite le "tous pourris" ambiant qui serait un peu facile et malvenu.

Pas le temps de s'ennuyer dans cette enquête qui va vite, très vite malgré un travail de fourmi et des investigations minutieuses. La part belle est faite aux nouvelles technologies qui permettent aux flics et juges de nous suivre quasiment au mètre et à la seconde près. Filatures par GPS, écoutes des portables, lecture des textos... C'est à la fois un très bon moyen pour les policiers d'aller plus vite au but, mais c'est franchement flippant pour nous d'être à ce point possiblement suivis.

André Blanc écrit une histoire fascinante où les hommes et les femmes se révèlent, se serrent les coudes -pour les flics au moins-, c'est d'une grande justesse on a presque l'impression d'y être même, tant le tout paraît réaliste, même si Farel est hors catégorie en matière d'encaissement des mauvais coups. J'en ressors tout ébouriffé -bon, pour qui me connaît de visu, cela paraît improbable mon ordonnancement capillaire ne s'y prêtant pas. 300 pages avalées d'un trait. Excellent !

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Une affaire italienne

Publié le par Yv

Une affaire italienne, Carlo Lucarelli, Métailé, 2021 (traduit par Serge Quadruppani)

De Luca, ex-meilleur flic pendant la période fasciste a été mis à l'écart à la fin de la guerre. Fin 1953, la femme d'un professeur d'université est retrouvée morte, deux mois après son mari. Les services secrets italiens font appel à De Luca pour comprendre le meurtre de cette femme. Il sera associé à un jeune homme, enjoué et fin, Giannino.

C'est à Bologne qu'ils sont envoyés. Pour les besoins de leur enquête, ils fréquenteront les clubs de jazz, devront compter avec les guerres politiques de l'époque, et le passé de De Luca toujours prêt à refaire surface.

Roman noir pas très évident à suivre, parce que l'auteur ne donne pas toutes les informations susceptibles de nous aider dès le début. Il les distille petit à petit et parfois, ça m'a gêné. Par exemple, le premier chapitre est un accident de voiture pour De Luca et Giannino le 2 janvier 1954, et tout de suite après, on revient en arrière ; je n'aime pas trop ce procédé où l'on sait qu'il arrive un truc dur aux héros mais on nous laisse en plan pour dire pendant tout le reste du livre -ou du film- comment ce fait arrive.

De plus, j'ai eu du mal à comprendre le travail de De Luca, l'intérêt de cette enquête et les raisons de l'apparition de tel ou tel personnage. Certes, tout est expliqué à la fin.

Et, je dois avouer enfin que certaines répétitions ou longueurs m'ont un peu agacé. Néanmoins, il y a dans ce polar un je-ne-sais-quoi qui retient. Sans doute la force des personnages, De Luca en tête et Claudia une jeune chanteuse qu'il rencontre. Et également la période, assez bien racontée par Carlo Lucarelli, une ambiance trouble dans laquelle certains anciens fascistes ou sympathisants sont encore en poste pendant que d'autres, comme De Luca, qui ont simplement fait leur métier, sont mis au placard et qu'on peut rapprocher de l'après-guerre en France où certains courageux entrés en Résistance dès fin 1944 voire 1945 se sont démenés pour montrer combien ils étaient fiables. Il y a aussi cette construction que j'évoquais au départ et qui fait que l'on recueille des indices au long des pages qui, si elle peut gêner, retient indubitablement le lecteur impatient de connaître les détails de tel ou tel fait. Voilà donc un bilan mitigé pour un livre que je n'ai jamais songé à stopper, signe que dedans, il y a pas mal de bonnes choses.

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L'incendiaire joue avec le feu

Publié le par Yv

L'incendiaire joue avec le feu, Cicéron Angledroit, Palémon, 2021

René, l'ami fidèle et haut en couleurs de Cicéron a le feu aux fesses. Littéralement, puisque grâce à sa visite nocturne aux toilettes il a échappé à l'incendie de sa maison et a même pu sauver sa douce (?) Paulette. Mais le lendemain, c'est la maison de ses voisins qui brûle et là, plusieurs victimes : le couple, les deux enfants, la belle-mère, le chien et le poisson rouge qui a cuit dans son bocal. Le commissariat est sur les dents et la Criminelle y débarque et prend ses aises au grand dam du commissaire Saint Antoine, qui, du coup, demande à Cicéron d'enquêter en loucedé.

Cela commence fort par une double carbonisation de maisons et des enquêteurs, badauds et victimes qui n'y comprennent rien du tout. Puis, il y a comme un coup de mou, personne ne sachant vraiment ou chercher et Cicéron qui nous a habitué à des aventures extra-Vanessa s'est rangé perdant en frivolité ce qu'il gagne sans doute en profondeur. Bon, on n'est pas non plus dans Wallander ou un polar sérieux avec des flics dépressifs, non c'est même tout l'opposé, il faut lire Cicéron pour éviter ou lutter contre la dépression. Pour la gaudriole, René est toujours présent et sa moitié également :

"Un peu plus loin, dans le camion-ambulance des pompiers, Paulette, enveloppée dans une couverture de survie. Partiellement enveloppée car l'inventeur de ce type de couverture n'avait pas prévu un tel volume. Elle est choquée. Plus que nous encore. Une psychologue rame pour lui faire admettre que tout va bien. Elle a eu chaud au cul quand même. Et René, le beau René, en slibard noirci -peut-être par l'incendie, peut-être pas- qui déclare :

- Si j'm'étais pas l'vé pour chier, sûr qu'on serait cramés à c't'heure. Pourtant on fume pas au lit. Et pis merde, on n'était même pas au gaz de ville ! Ça doit être à cause de l'électricité statique, c'bordel !

Il est hagard et essaye de donner le change :

- Remarquez, ça lui aura fait l'maillot à Paulette. Pas du luxe dans un sens." (p. 20)

Et l'intrigue de rester obscure. Et les limiers dubitatifs. Il faudra bosser, éliminer les fausses pistes, éloigner René et sa Paulette relogés par la mairie. Puis, à la faveur d'un indice, l'ouverture enfin...

Moins burlesque que les tomes précédents, mais l'auteur avait prévenu il y a quelques livres. Tout aussi plaisant et divertissant. Une gouaille et une écriture joyeuses font qu'on ne s'ennuie pas un moment et qu'on resterait même un peu en compagnie de Cicé, René et Momo, l'adjoint de Cicé dans son officine de détectives, sans oublier le commissaire Saint Antoine, affectueusement surnommé pépère, et bien sûr Vanessa la flique-amante préférée de Cicé. Comme d'habitude, à peine quittée, on a hâte de retrouver la fine équipe.

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Les chiens de Pasvik

Publié le par Yv

Les chiens de Pasvik, Olivier Truc, Métailié, 2021

Des rennes norvégiens passent la frontière et passent en Russie. Sans doute chassés par des chiens errants russes ou attirés par le lichen abondant de l'autre côté parce qu'il n'y a quasiment plus de rennes en Russie. C'est l'incident diplomatique. La police des rennes, le commissariat de la frontière, les gardes-frontières, tout le monde s'en mêle. Klemet Nango, tout juste muté dans ce coin du grand nord, à Kirkenes proche de la rivière Pasvik enquête avec un nouvel équipier, un Finlandais avec lequel il ne s'entend pas, Nina Nansen a quitté la police des rennes. Son travail est de protéger les rennes et les éleveurs sami, de traquer les chiens errants, mais des mafieux russes, des trafiquants vont entrer dans le jeu le compliquant nettement.

Quelle drôle de roman noir qui part d'un fait qui, a priori, ne tiendra pas la route : le passage d'une cinquantaine de rennes norvégiens en Russie. Disons pour être plus clair, que le propos de départ n'est pas hyper captivant. Mais c'est sans compter avec le talent d'Olivier Truc, les personnalités de ses héros Klemet, Nina et Piera l'éleveur de rennes ainsi que des seconds rôles divers et nombreux. Ce qui paraissait être un événement anodin se transforme en vrai enjeu politique dans cette zone<; Les Sami, peuple nomade d'éleveurs de rennes a été séparé plusieurs fois depuis un siècle, par les divers conflits, un coup russes, un autre finlandais ou norvégiens. Ils sont dispersés dans ces trois pays et la zone dans laquelle travaille Klemet est la confluence des trois frontières, donc source de conflits internationaux et de revendications de territoires.

Comme dans les précédents romans sur la police des rennes, Olivier Truc, nous raconte le pays et le passé des Sami ainsi que leur présent, pas très réjouissant puisque comme beaucoup de peuples qui veulent vivre leurs traditions, il sont marginalisés. C'est très documenté et passionnant. et comme il enrobe tout cela avec des personnages attachants, tout passe mieux. Klemet semble aller mieux, mais il ne respire pas encore la joie de vivre, se posant moult questions sur ses origines sami et comment les faire vivre en lui et aux yeux des autres. S'il prend des décisions pas très heureuses dans sa vie personnelle, il est un flic intuitif et sûr qui sait s'imposer en cas de besoin.

C'est le quatrième tome de cette série originale et j'en ai lu deux, les deux premiers -le troisième, je ne sais pas pourquoi, je l'ai omis. Toujours aussi bon et instructif. Du roman noir social qui prend appui sur l'histoire des Sami, qui décrit des paysages quasi uniformément blancs et glacés, toujours aussi beaux.

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Tarmac blues

Publié le par Yv

Tarmac blues, Gérard Carré, Jigal polar, 2021

Lorsque la femme de Léonard Delevigne, chef du BAND, les flics spécialisés dans le narco-djihadisme, est enlevée, enceinte prête à accoucher de jumeaux, et que l'on demande à Léonard de choisir entre sa femme, ses enfants et un gros trafiquant, il n'hésite pas, et, au mépris des règles, il fait tout pour sauver sa famille.

Lorsque Milovan Milosevic, le second de Léo son "presque frère" commence à comprendre la situation compliquée dans laquelle s'est mis Léo, lui, l'homme d'action, tient justement à agir.

De l'action, des rebondissements en pagaille, de la page 9 à la page 365, sans aucun temps mort. Lorsque, à certains moments, j'ai pu me dire "Cool, ça va finir pépère -mais bon, il reste quand même xx pages", eh bien, il y a un grain de sable ou un galet voire un rocher dans les rouages, un truc qui fait que pépère n'est pas présent, et que ce mot est absolument à bannir de cette recension.

C'est typiquement le genre de polar qui fait repousser l'heure du coucher, tant on se demande ce qu'il va arriver, à qui ? pourquoi ? qui va surgir au bon ou au mauvais moment selon qu'on est pour les flics ou pour les voyous ? Gérard Carré qui est également scénariste pour la télévision et le cinéma sait tenir un lecteur, à coups de courts chapitres qui alternent les narrateurs pas toujours aussi blancs ou noirs qu'ils voudraient le faire paraître.

Ce roman qui, mon cours résumé en est la preuve, commence avec des hommes, des flics expérimentés, révèle davantage le courage et la personnalité forte des femmes : flique, délinquante, victime, témoin... toutes portent ce polar et le font vivre. Elles ont pour beaucoup vécu la violence dans leur enfance : le Rwanda, être une jeune femme arabe en cité, agression d'un "beau-père"... mais elles gardent en elles une grande part d'humanité même lorsque la vie les teste durement.

Excellent polar donc, non dénué de touches d'humour qui fait passer des scènes assez dures ; le seul hic est qu'une fois commencé, on ne peut plus s'arrêter...

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L'égaré de Saint-Mathieu

Publié le par Yv

L'égaré de Saint-Mathieu, Anne-Solen Kerbrat, Palémon, 2021

Le commissaire Jean-Louis Perrot est appelé sur une prise d'otage, le ravisseur ne voulant parler qu'à lui seul. Grièvement blessé, il est contraint de se réfugier à Penmarc'h pour échapper à celui qui lui en veut personnellement.

Ses collègues trouvent dans une rue de Quimper un vieil homme, sans doute atteint de la maladie d'Alzheimer, mutique qui intrigue la capitaine Katell Le Scornec.

De son côté, Jeanne Sixte, la compagne de Perrot travaille sur un réseau pédophile qui sévit dans la région.

Roman policier qui part sur plusieurs enquêtes voire semble s'éparpiller et qui, en fait, est finement et astucieusement bâti. La bonne idée de départ est de mettre momentanément les héros des tomes précédents -Jean-Louis Perrot et son adjoint Lefebvre- en sommeil pour valoriser les habituels seconds rôles. A ce jeu, c'est le commandant Julien Heurtel et la capitaine Katell Le Scornec qui tirent les bons numéros. Avec cette idée, on sent la force de l'équipe de flics et leur entraide, et Anne-Solen Kerbrat peut varier les plaisirs en alternant ses enquêteurs et, comme ici, leur créer des vies personnelles intéressantes et diverses.

C'est un roman tendu, entre la tentative d'assassinat de Perrot et un réseau pédophile à démanteler, le ton n'est point à la galéjade. Néanmoins, comme les autres polars de cette série, il n'est pas plombant ni trop lourd, l'autrice ne s'appesantit pas sur des détails scabreux et/ou croustillants. Les enquêtes sont rondement menées mais pas bâclées, chaque flic abattant un travail conséquent. Un roman qui s'inscrit dans la série Perrot et Lefebvre et qui peut se lire, bien sûr, indépendamment des treize titres précédents. D'ailleurs, je n'en ai lu que deux autres-pour le moment-, très bien eux aussi : Le tableau de Maï et L'archipel des secrets.

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L'homme qui souriait

Publié le par Yv

L'homme qui souriait, Henning Mankell, Seuil, 2005 (traduit par Anna Gibson)

Alors que Kurt Wallander est en arrêt maladie depuis un an et qu'il ne sait pas encore s'il retrouve sa place de flic ou s'il abandonne le métier, l'un de ses amis vient le voir sur son lieu de repos. Sten Torstensson est avocat et a gardé contact avec Kurt après s'être occupé de son divorce. S'il vient le voir c'est qu'il ne croit pas à la mort accidentelle de son père, avocat d'affaires. Wallander lui demande d'aller voir la police, lui n'étant pas vraiment dans l'idée de reprendre le travail. Lorsqu'il apprend que Sten Torstensson s'est fait assassiner, sa décision est prise, il reprend son poste de commissaire à Ystad et l'enquête sur la mort de son ami et de son père.

Nous avions laissé Kurt en fâcheuse posture après son enquête en lien avec l'Afrique du Sud (La lionne blanche). Il a sombré dans une dépression profonde et peine, un an après à reprendre pied jusqu'à se demander s'il reste flic. Comme souvent avec lui, c'est un événement qui lui fera prendre une décision en quelques secondes. Et il va mener cette quatrième enquête avec fougue. J'avoue que j'avais un peu oublié ce tome, seules les circonstances de la mort du vieil avocat me restaient en mémoire. Sans doute, parce que Henning Mankell, contrairement à ses autres romans policiers, ne parle pas beaucoup de ses thèmes favoris, le racisme, le changement de la société suédoise et mondiale... Il nous plonge davantage dans les tourments de Kurt et dans le monde de la finance et des puissants de ce monde prêts à tout pour l'être encore un peu plus. "Je te parle du monde mystérieux des politiciens. Où derrière les interminables parlottes on ne fait que passer au tamis les moustiques en avalant des chameaux. Où chacun va se coucher le soir en priant pour que le lendemain il soit possible de transformer l'eau en vin." (p. 244/245)

C'est aussi dans ce roman qu'apparaît une nouvelle collègue de Kurt, la première femme flic, Ann-Britt Höglund qui va se révéler très douée et précieuse pour dénouer les fils de cette enquête particulièrement tortueuse. Quatre cents pages -écrites en 1994 pour une action qui se déroule l'année précédente et traduites par l'excellente Anna Gibson plus de dix ans après- qui montrent le travail méthodique, fastidieux et long des policiers qui cherchent un fil et le déroulent jusqu'au bout quand bien même il ne mène nulle part. Wallander ne tape jamais au hasard, lorsqu'il se forge une conviction, c'est qu'il a éliminé toutes les autres possibilités par ce travail. C'est un flic inépuisable, opiniâtre, qui ne lâche jamais et qu'on ne lâche pas nous non plus.

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Dossiers froids

Publié le par Yv

Dossiers froids, Patrick Fouillard, Ouest France, 2020

C'est l'heure de la retraite pour Isidore Lune, gendarme dans une petite ville de Bretagne, Ploutécrat. Célibataire et sans enfant, il compte bien passer son temps libre à exhumer des affaires classées et non élucidées, comme la disparition de trois fillettes au même âge à sept ans d'écart. Aucune n'a été retrouvée et Isidore est persuadé que c'est un habitant de la ville qui les a enlevées.

L'ex-gendarme se heurte très vite à l'hostilité des habitants, à leur scepticisme quant à ses capacités à résoudre une affaire que ni la police ni la gendarmerie n'a pu élucider. Il lui faudra arpenter les rues, écouter et tenter de se faire prendre au sérieux.

Naissance -si je puis dire puisqu'il part à la retraite- d'un nouvel enquêteur en la personne du sympathique Isidore Lune. Je ne sais pas s'il reviendra mais il m'a bien plu. C'est un mélange de Hercule Poirot et Maigret pour cette espèce de nonchalance, de tranquillité, l'humilité -qui n'est pas la qualité principale du premier nommé- en sus. C'est un homme calme et réservé qui laisse traîner ses oreilles et fait tourner ses méninges très vite. Son principal souci est que parmi tous les gens qu'il a côtoyés pendant presque toute sa vie figure le présumé coupable et qu'il pourrait lui donner des informations sans le vouloir. Imaginez, pour ceux qui ont la chance d'habiter une petite ville, qu'après avoir exercé une fonction vous amenant à côtoyer quasiment tous ses habitants vous soyez maintenant contraint de les suspecter tous de probables crimes sur enfants ! Position peu enviable.

C'est vraiment un polar très plaisant, lent mais pas long ni ennuyeux. Lune est homme à chats puisque Bastet et Isis, deux adorables petites félines l'attendent tous les soirs. Il est fidèle en amitié, solide. Un homme ordinaire qui n'aura pas besoin d'artifices ni de courses poursuites -il roule en 2CV Charleston jaune et noire- ni de menaces violentes. Pas de sang, une histoire qui se déroule dans la Bretagne du nord, ni belle ni vilaine, la Bretagne ordinaire, peuplée de gens qu'on peut croiser quotidiennement et qui tentent de maintenir leur petite ville à flot malgré l'exode les plus jeunes vers des cités plus grandes. Tout est sur ce tempo, réaliste, tranquille et tout fonctionne à merveille, une sorte de bulle pour souffler dans un monde qui va toujours plus vite.

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