Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

polar-noir

May Fly

Publié le par Yv

May Fly, Gérard Coquet, Jigal polar, 2021

May Fly c'est une mouche éphémère qui vit au-dessus des rivières. May Fly, c'est aussi un hameçon spécial -sans doute plus que cela pour les spécialistes. May Fly, c'est enfin le nom de code de Ciara McMurphy lorsqu'elle intègre les forces spéciales irlandaises pour une mission temporaire : être la confidente d'un comptable du terrorisme et recueillir un maximum d'informations sur les comptes qui permettent aux groupes terroristes de vivre et de perpétrer des attentats.

La rencontre se fera sur l'île d'Inishbofin, au large des côtes du Connemara, mauvais souvenir pour Ciara, puisque c'est là que sa mère s'est noyée lorsqu'elle avait quatre ans.

Un polar de Gérard Coquet ça se mérite. Il ne se laisse pas faire simplement comme beaucoup d'autres. Il exige de prendre le temps. Celui de connaître les lieux, l'Irlande, le climat et son ambiance ouateuse, grise, humide surtout en novembre. Celui de se faire à tous les noms des personnages qui arrivent dès les premières pages et dont il est préférable de se souvenir ; j'avoue que je ne suis pas très bon à ce jeu, mais que j'y suis parvenu sans trop de mal. Une fois le pli pris, plus moyen de quitter le pays. L’Irlande profonde est addictive ainsi que l'histoire de Gérard Coquet. On se demande bien où il veut aller au début, et puis, le mieux est de se laisser porter, de se laisser gagner par la tension qui monte sûrement, de faire comme Ciara qui ne comprend pas tous les tenants et les aboutissants de son enquête, mais qui emmagasine les informations et saura à la fin faire le tri et tout relier pour saisir l'ensemble. Parce qu'il faut bien dire que l'intrigue de Gérard Coquet est originale et tient toutes ses promesses, ancrée dans l'histoire de l'Irlande et dans celle de la géopolitique actuelle. L'auteur n'est pas avare d'informations et si l'on avance un peu dans le brouillard au départ, tout s'éclaire au fil des pages.

Ciara, je l'avais déjà rencontrée dans L'aigle des tourbières. Elle est toujours finement accompagnée de Bryan Doyle, et cette fois-ci, de Cobra, une jeune femme efficace, d'abord froid. Et l'écriture de Gérard Coquet que j'avais appréciée n'a pas changé. Du rythme, des dialogues ciselés, des métaphores et des images fortes et parlantes, et toujours l'Irlande omniprésente. La même histoire au soleil, ça ne serait pas pareil, pas aussi puissant. Les abords du Connemara et l'île d'Inishbofin sont  d'incroyables atouts dont l'auteur sait profiter.

Voir les commentaires

Waterloo mortelle plaine

Publié le par Yv

Waterloo mortelle plaine, Francis Groff, Weyrich, 2021

En plein déconfinement et malgré des mesures strictes, des reconstituteurs napoléoniens bivouaquent aux alentours de Waterloo. Le deuxième jour, Charles-Damien Passereau dit CHD, un jeune homme a priori sans histoire est assassiné. Un mois plus tard, par l'intermédiaire de sa fiancée qui connaît la mère de la victime, Stanislas Barberian, bouquiniste-détective-amateur accepte de se pencher sur les circonstances du décès de CHD. Assez vite, il trouve, par hasard, un élément oublié par la police, qui va relancer l'enquête.

Je l'aime bien Stanislas Barberian, il est sympathique et trouve toujours un petit truc pour faire avancer ou changer de cap une enquête qui piétine ou qui débute. C'est sa troisième aventure que je lis et la dernière en date, et c'est la plus aboutie, celle dans laquelle on sent que le personnage a pris de l'ampleur et qu'il connaît sa place.

Polar atypique puisque mené par un bouquiniste -même si Mario Conde, le détective de Leonardo Padura est aussi bouquiniste, mais lui, après avoir été flic-, toujours plongé dans un univers ou une région marquants et bien décrits. Francis Groff fait dans la légèreté, l'humour est très présent dans ses personnages Stanislas et Martine sa fiancée qui se chamaillent régulièrement. On est loin et tant mieux des thrillers sanguinolents dans lesquels les flics sont dépressifs et/ou suicidaires -que je peux aimer par ailleurs-, et ça fait du bien.

Cette énigme, bien construite et son contexte original -la reconstitution des batailles napoléoniennes- sont convaincants. Tout se déroule en Belgique wallonne avec quelques incursions en France -Stanislas est carolo-parisien et il y a ce je-ne-sais-quoi propre à ce pays qui nous plaît à nous Français -à tous je m'avance peut-être, à moi sûr-, sans doute un certain professionnalisme mais sans se prendre au sérieux.

Voir les commentaires

Rien à perdre

Publié le par Yv

Rien à perdre, Roberto Montaña, Métailié, 2021 (traduit par René Solis)

Trois amis, à peine cinquantenaires, qui se sont connus dans un lycée de Buenos Aires, puis perdus de vue, puis retrouvés lors d'une fête des anciens, décident de faire une virée sur une plage en Uruguay. Il y a Wave, rocker has-been qui rêve d'un retour, marié mais bon c'est pas terrible, une petite fille ; Le Nerveux, qui porte bien son surnom, en instance de divorce et Mario célibataire qui vit encore chez sa mère. Ils partent tous les trois vers la frontière dans la vieille Ford Taunus de Mario vers ce qui pourrait n'être qu'un week-end entre vieux potes.

Voilà un roman noir comme je les aime. Court, rythmé, parfois drôle, avec des dialogues qui rajoutent une couche à tout ce que je viens d'écrire. Les trois copains sont fatigués et ne se connaissent pas si bien que cela. Chacun a, dans sa vie, des soucis, des emmerdes qui refont surface au moment où ils aimeraient se détendre. Ils ne sont pas taillés pour être des héros de polar : ils boivent du maté, sont trop englués dans leurs histoires de famille et loin d'être prêts à affronter le genre de méchants que l'on trouve dans ce genre de roman.

Roberto Montaña écrit des nouvelles et l'on sent qu'il maîtrise bien le genre, son roman court est efficace et ne s'embarrasse pas de fioritures, de détails qui ne servent pas son histoire. Là où certains commencent systématiquement leurs chapitres par la description du paysage, des ciels... lui va au plus direct, parlant plutôt de ses personnages, usant néanmoins de belles formules, par exemple, les premières lignes du livre : "Une ride. C'est la première chose qu'il voit quand il passe la main sur le miroir embué : une ligne fine qui naît à l'angle de son œil droit pour disparaître deux centimètres plus bas, traçant une courbe descendante et définitive. L'espace d'un instant il se dit que c'est seulement une illusion d'optique, un effet de la lumière, mais quand il s'approche du miroir il a la confirmation que ce n'est pas une ride mais plusieurs, disséminées sur tout le visage, en train de grandir autour des lèvres, dans les plis du front, aux contours du nez." (p.7)

Un roman qui débute ainsi présage de bons moments qu'il confirme au long des 160 pages.

Voir les commentaires

Arsène Lupin, les origines

Publié le par Yv

Arsène Lupin, les origines, Benoît Abtey, Pierre Deschodt, Christophe Gaultier, Marie Galopin, Rue de Sèvres, 2021

Alors qu'il n'est que le témoin du meurtre de Théophraste Lupin -enquête menée par l'inspecteur Bellemain, flic pourri qui l'a pris en grippe-, à 12 ans, Arsène, enfant des rues est envoyé dans une maison de redressement sur Belle-Île, la Haute Boulogne réputée pour son extrême violence. Arsène tente de s'enfuir, mais il est repris et tabassé. Le comte de la Marche qui a connaissance de la vie à la Haute Boulogne et de ce que subit Arsène, l'adopte et veille à son éducation dans les meilleurs établissements. Arsène, héritier du comte l'est aussi de son combat, celui contre la confrérie des Lombards qui gouverne le monde en coulisse.

Initialement parue en trois tomes en 2014, 2015 et 2016, voici l'intégrale, pour les ceusses comme moi, qui préfèrent les "one-shot" comme on dit en bon français. L'amateur des aventures d'Arsène Lupin que je suis, qui les a lues et relues est convaincu et réjoui. J'aime l'idée de connaître la jeunesse d'un des héros de mon enfance, fort bien scénarisée par Benoît Abtey et Pierre Deschodt. Les ingrédients pour la construction d'un personnage marquants sont présents : l'injustice, la mort, la rédemption, le combat éternel contre le mal, l'amitié sincère, la trahison, la rivalité voire la jalousie... Tout est donc là et fort bien dessiné par Christophe Gaultier et coloré par Marie Galopin, car oui, ils se sont mis à 4 pour faire cette série.

Un pur plaisir d'adolescent, régressif certes, mais franchement, je conseille à tous ceux qui aiment les romans d'aventure et particulièrement les Lupin, la lecture de cette intégrale. Cela n'empêchera pas de relire les romans, c'est un plus.

Voir les commentaires

Rendors-toi tout va bien

Publié le par Yv

Rendors-toi tout va bien, Agnès Laurent, Plon, 2021

Un vendredi soir du mois de juin, sur une autoroute, une femme qui roule trop vite pour sa voiture en mauvais état, perd le contrôle et, à la suite des tonneaux, connaissance.

Plus tôt, le même jour, en début de matinée, à Sète, un homme est interpellé sur le parking d'un bar dans lequel il a l'habitude de venir prendre un café pour débuter sa journée. Comptable, marié, deux filles, son arrestation surprend tout le monde. Lui, Guillaume forme avec Christelle un couple discret et une famille tranquille avec leurs deux filles Noémie et Sophie.

Ce roman qui est une divine surprise se déroule sur une seule journée, ce fameux vendredi de juin. Lorsque je l'ai débuté, j’ai été bien intrigué quant aux raisons de l'arrestation de Guillaume, car Agnès Laurent ne les donne aucunement. C'est au travers des gens qui les fréquentent ou qui les côtoient et ceux qui les ont connus, que l'on va découvrir qui est ce couple modèle. Sans oublier leurs propres interventions et interrogations. A l'aide de courts chapitres qui alternent les points de vue, l'auteure réussit à entretenir un suspense terrible. A chaque fois qu'elle change de narrateur, je change d'avis sur Guillaume et Christelle. Un coup je penche pour un mari violent, coureur et qui a une emprise sur sa femme dont elle ne peut se défaire, elle soumise, femme au foyer "à l'ancienne". Le chapitre suivant, je me dis que c'est davantage lui qui est lié à Christelle et qu'il ne peut vivre sans elle, qu'il ne voit qu'elle et qu'il est bien incapable de lui faire du mal tant il dépend d'elle, de sa présence. Puis, tout explose lorsque d'autres intervenants donnent leur point de vue. "Elle a longtemps cru que Christelle s'accrochait à Guillaume, qu'il était pour elle occasion inespérée de fonder une famille. Elle pensait que Guillaume y trouvait son compte, qu'il était confortable pour lui de jouer au père de famille sans que personne le conteste, Christelle n'aurait pas osé. Florence s'était rendu compte qu'elle se trompait, que Guillaume avait plus besoin de Christelle que l'inverse." (p.115)

Agnès Laurent, dans une langue vive et moderne va au plus profond de la relation entre Guillaume et Christelle. Elle tisse  sa trame et emmène sûrement ses lecteurs vers l'inimaginable, l'indicible. C'est diablement maîtrisé et je me suis fait plaisir et avoir, je n'ai rien vu venir, trop pris par la déconstruction de la relation unique de ce couple et la construction originale de ce premier roman. Brillant.

Voir les commentaires

Fucking Melody

Publié le par Yv

Fucking Melody, Noël Sisinni, Jigal polar, 2021

Fiorella, quinze ans est soignée dans une clinique depuis longtemps. Fiorella vient d'apprendre qu'elle est plus gravement atteinte que ce qu'elle croyait. Dotée d'une imagination sans fin, elle s'invente des passés et son présent, ne pensant pas à l'avenir. Elle a fait la connaissance de Soline, musicienne et clown qui intervient dans l'établissement. Puis de Boris, le compagnon de Soline, bédéiste qui trouve en Fiorella l'un de ses personnages. Fiorella tombe amoureuse de Boris et décide de s'enfuir avec lui, même contre son gré.

Une drôle d'aventure que celle qu'écrit Noël Sisinni. Cette fuite de Fiorella, sans avenir, est poignante, dure. La jeune fille oscille entre une grande tendresse envers Boris et Soline et une violence inouïe envers tous les autres qui veulent l'empêcher de vivre ce qu'elle pense être ses derniers instants, comme elle le veut. Boris, un peu décalé dans le monde actuel, ne se rend pas bien compte de tout, c'est Fiorella qui mène la course. Et elle va vite, veut vivre pleinement ces moments, surtout que les flics commencent à les rechercher.

Fiorella est un personnage fort, qui risque de rester dans les têtes des lecteurs tant elle passe d'un extrême à l'autre en une fraction de seconde. Totalement imprévisible, je me suis longtemps -jusqu'au bout en fait- demandé comment elle allait réagir devant telle ou telle situation et comment tout cela allait finir.

Dans une langue simple, rapide, pas mal dialoguée dans de courts chapitres qui alternent les narrateurs, Noël Sisinni ne perd pas de temps, va au plus direct, en ménageant ses effets. Même s'il écrit un roman noir rapide, il sait jouer avec les émotions de ses personnages, leurs doutes, leurs peurs. Ce n'est pas un polar sur-vitaminé qui voit se succéder les actions violentes, l'auteur laisse la place à d'autres choses plus profondes. La phrase tirée du livre et mise en exergue devrait finir de faire basculer ceux que je n'aurais pas réussi à tenter, je la trouve formidable : "Elle va, le crabe dans une poche et un flingue dans l'autre, elle va..."

Voir les commentaires

Qui a tué l'homme-homard ?

Publié le par Yv

Qui a tué l'homme-homard ?, J.M. Erre, Buchet-Chastel, 2019

Margoujols, Lozère, le village le plus reculé de France. Quatre-cent-trente-deux habitants dont des rescapés d'un cirque ambulant échoué là en 1945. Un cirque pas comme les autres, l'un de ceux qui présentaient des monstres de foire : homme-homard, homme-éléphant, femme à barbe... Soixante-dix ans plus tard, ils ont des descendants et un descendu puisque Joseph, l'homme-homard détesté de tous est retrouvé mort et démembré.

L'adjudant Pascalini aidé du stagiaire Babiloune a du mal à se faire prendre au sérieux par les habitants. Il est secondé par Julie, la fille du maire, tétraplégique à l'humour corrosif.

Pastiche de romans policiers, très drôle, d'un humour féroce et noir. J.M. Erre part du principe que sa narratrice handicapée est comme n'importe quel autre personnage de son roman peuplé de différences et de particularités et qu'à ce titre, elle est à la fois la source de blagues trash mais aussi la cible, ce qu'elle aime par-dessus tout. C'est donc elle qui raconte son enquête et celle des gendarmes et entre deux recherches, elle s'immisce dans son récit pour donner son avis sur le roman policier en général, sur les critiques en général -itou- mais aussi celles qui cibleront son roman. Ce qui fait que quasiment tout ce qu'on peut critiquer, en bien ou en mal, de ce livre y est inclus.

C'est franchement drôle et c'est ce côté qui retient, davantage que la résolution des meurtres. Les personnages de J.M. Erre sont très décalés, hors normes et les situations qu'ils vivent sont du même acabit. Néanmoins, je ne cache pas que les 350 pages sont un peu longues et que je m'y suis un peu ennuyé sur la fin, l'intrigue ne suffisant pas à retenir mon attention et l'humour un peu dilué dans ce trop grand nombre de signes et un peu répétitif -j'aime l'humour de répétition pourtant- me semblant moins acéré et affuté.

Voir les commentaires

Le guerrier solitaire

Publié le par Yv

Le guerrier solitaire, Henning Mankell, Seuil, 1999 (traduit par Christofer Bjurström)

En plein été caniculaire de 1994, alors que Kurt Wallander espère profiter de se dernière semaine de travail avant ses vacances pour expédier les affaires courantes, il est appelé parce qu'une jeune fille erre dans un champ de colza depuis plusieurs heures. Alors qu'il tente de s'approcher d'elle, elle s'immole par le feu.

Le lendemain, c'est un ancien ministre de la justice qui est retrouvé assassiné et scalpé, un homme retiré de la vie publique depuis deux décennies. Kurt Wallander sent que c'est un meurtre qui en appelle d'autres. Une course contre la montre macabre démarre dans la ville d'Ystad.

Cinquième tome des enquêtes de Kurt Wallander et, étrangement, deuxième titre traduit et paru en français. Passionnant et haletant, on comprend  encore mieux le fonctionnement du flic, ses questionnements incessants :"Chaque pas impliquait un risque, une nouvelle position, une discussion avec lui-même sur une idée qu'il venait d'avoir. Il se déplaçait autant dans sa tête que sur le lieu du crime." (p.399) Il fonce sur une piste, et dirige ses collègues sur d'autres, n'en négligeant aucune, chaque détail compte et comptera au final : "En fin de compte, se dit-il, le travail de policier consiste à ne jamais abandonner avant qu'un détail important ne se trouve confirmé sur un morceau de papier." (p.448). 550 pages de tâtonnements, de recherches laborieuses et minutieuses, de réflexions, d'hypothèses et finalement une évidence qui survient après que tout le reste a été écarté. 550 pages de travail acharné, car lorsqu'il est dans ce genre d'enquêtes Kurt ne dort qu'à peine, mange à la va-vite et ne sait rien faire d'autre que de travailler. L'enquête et ses intervenants sont à l'intérieur de lui.

Et dans ces pages, Henning Mankell n'oublie jamais de raconter l'homme Kurt, celui qui tente de préserver sa relation avec Baiba même si leurs vacances ensemble semblent compromises ; celui qui voit son père vieillir et avec lequel les relations restent difficiles et celui qui apprécie retrouver une certaine complicité avec sa fille Linda.

De même, Henning Mankell parle de la société suédoise qui change, de la violence qui augmente ou qui s'intensifie et de ce pays longtemps considéré comme un modèle qui n'en a plus la stature. Le monde change, la Suède aussi.

La force des romans policiers de Mankell tient à ce mélange : un constat sociétal et social, des meurtres et des situations violents, des intrigues ficelées et déficelées magistralement et des flics réalistes avec Kurt en tête qui font ce qu'ils peuvent pour endiguer la violence.

Voir les commentaires

Un polar mineur

Publié le par Yv

Un polar mineur, Sven Andersen, Bord du Lot, 2021

Bruxelles, 1986, Hans Nollomont, la quarantaine est détective privé, anar qui assume ses contradictions puisqu'il aime les belles voitures -il roule en BMW série 5- et vit dans un quartier chic de la ville. Deux ans auparavant, Carole, fille de bonne famille est retrouvée morte dans un entrepôt et depuis, l'enquête est au point mort, les flics ne s'y intéressent plus. Alexandra, la sœur de Carole, fait appel à Hans.

Premier polar pour Sven Andersen qui a déjà sévi dans Anarphorismes et Manifeste schizo-réaliste, deux livres de chroniques qui fourmillent de bons mots, de bonnes idées marquées d'anarchisme, de liberté, d'athéisme...

Le détective de Sven Andersen, Hans Nollomont, sur ses vieux jours, lira sûrement ces deux livres tant ils résument bien ses idées. Anarcho-communiste ou l'inverse, anarcommuniste en quelque sorte, il distille ses réflexions, ses remarques, ses pensées et opinions tout au long du livre. C'est assez savoureux lorsqu'il croise, à plusieurs reprises, des militants d'extrême-droite dont l'un a des capacités de réflexion et de la culture, comme quoi, tout peut arriver. Ces apartés, nombreux et denses sont parfois répétitifs et un peu longuets, comme les considérations automobilistiques et la supériorité de la BMW sur Mercedes ou autre, mais aussi les conditions d'entrée dans les boîtes de Bruxelles (interdites aux porteurs de basket et aux personnes qui ont la chance d'être davantage brun de peau qu'un Bruxellois lambda, si en plus ils portent des baskets...). Malgré mes bémols, ce polar est intéressant, une plongée dans le Bruxelles des années 1980, dans les quartiers chauds, plutôt la nuit, peuplés de gens qu'on ne voit pas la journée. Et puis, il est bien sympathique ce Nollomont, j'aime l'entendre évoquer ces thèmes favoris. Anar, bouffeur de curé, un peu alcoolo, fidèle en amitié, persévérant, cynique, ironique, se faisant peu d'illusion sur la capacité des hommes à résister à la société de consommation mais énonçant tout de même ses doutes et ses craintes. Un détective atypique, un polar atypique qui ravira davantage ceux qui aiment découvrir un univers, des personnages bien décrits qu'ils soient les "gentils" ou les "méchants", même si, évidemment, Sven Andersen est moins manichéen que cela, qui se posent des questions, se remettent en cause et tentent d'avancer avec ce qu'ils sont et ce à quoi ils croient, que les amateurs d'une énigme tortueuse qui leur fera chauffer les méninges.

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 > >>