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polar-noir

L'affaire Saint-Fiacre

Publié le par Yv

L'affaire Saint-Fiacre, Georges Simenon, Fayard, 1959

Le commissaire Maigret se rend à Saint-Fiacre le village de son enfance dont il est parti depuis plus de vingt ans. Ce qui l'y amène, c'est un mot arrivé par hasard devant ses yeux : "Je vous annonce qu'un crime sera commis à l'église de Saint-Fiacre pendant la première messe du Jour des Morts." Et donc, ce tout début novembre, Maigret se lève à 5h pour assister à la première messe. Peu de participants et Maigret est attentif. Néanmoins, à la fin de l'office, la comtesse de Saint-Fiacre ne se relève pas, elle est morte. Mais comment le meurtrier est-il parvenu à déjouer la surveillance du commissaire ?

L'affaire Saint-Fiacre est un roman de Simenon assez célèbre puisqu'à peine sorti, Jean Delannoy en a fait un film avec Jean Gabin dans le rôle principal. C'est aussi une enquête étrange dans laquelle Maigret semble dépassé et suit davantage le mouvement qu'il ne le comprend. Revenir sur les lieux de son enfance le plonge dans une humeur qu'il n'aime pas, brumeuse, ouateuse, de laquelle il peine à sortir. Et le froid vif ne l'aide : "La journée devait être marquée jusqu'au bout par le signe du désordre, de l'indécision, sans doute parce que personne ne se sentait qualifié pour prendre la direction des événements. Maigret, engoncé dans son lourd pardessus, errait dans le village. On le voyait tantôt sur la place de l'église, tantôt aux environs du château dont les fenêtres s'éclairaient les unes après les autres." (p.7172)

Son père était le régisseur du château et lui a grandi en arpentant les jardins, les allées et même les pièces du château de la comtesse, qui symbolisait pour le jeune homme qu'il était une sorte d'idéal féminin. Tout cela plus une enquête qui n'a rien d'officiel rendent son travail et son humeur difficiles.

Pourquoi lire un Maigret-Simenon de temps en temps, surtout si comme moi, on le trouve dans une boîte à livres (dans sa version Presses Pocket de 1978 dont j'ai retrouvé la photo sur Internet, celle qui illustre cet article) ? D'abord parce que Simenon, c'est vraiment très bien, il sait en quelques lignes brosser des portraits criant de vérité, des ambiances souvent lourdes et grises et il a donné ses lettres de noblesse au roman policier. Ensuite il y a Maigret, le flic qui entend, écoute et gamberge pour dénouer les fils les plus noués et retourner les coupables les plus retors. Bref, c'est bon comme du classique, de fait c'est du classique du roman policier, pourquoi se priver ?

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Le vétéran

Publié le par Yv

Le vétéran, Franck Giroud, Gilles Mezzomo, Glénat, 2017

Le capitaine Maxime Danjou, blessé à Waterloo et souffrant depuis de troubles de la mémoire se retrouve au Val de Grâce après une rixe dans une taverne pour défendre l'honneur des soldats impériaux, ce qui est assez mal vu par l'occupant.

Maxime est secouru par Mathilde Brunoy, jolie jeune femme qui soutient qu'il est son mari Théodore Brunoy, colonel de l'armée impériale. Malgré ses troubles, Maxime sait qui il est et qui il n'est pas, mais les indices et les faits des semaines suivant son arrivée à Rouen dans la demeure des Brunoy, le font douter. Tout va dans le sens de Théodore Brunoy. Certains, même dans la rue le reconnaissent comme tel.

Bande dessinée historique en deux volumes qui aurait pu tomber dans la facilité de l'amnésie et de tout ce qui peut tourner autour, mais qui, finement raconte une histoire de machination diabolique. Franck Giroud, le scénariste prend les codes du polar et de l'histoire pour construire une bande dessinée historique passionnante dans laquelle les gentils et les méchants ne le sont peut-être pas autant qu'on le penserait, même si certains sont quand même prêts à tuer... C'est vraiment bien, on se balade dans une époque troublée, juste après la défaite de Napoléon, les bonapartistes sont mal vus, les royalistes refont surface. Le petit peuple s'en moque, qui souffre toujours autant.

J'aime bien le dessin de Gilles Mezzomo, très coloré, vif, rapide comme un film de cape et d'épée. La bataille de Waterloo fait trois pages de grandes cases avec moult détails (point trop de sang, je rassure les âmes sensibles).

Très bon diptyque qui ravira les amateurs du genre bande dessinée de polar historique et les autres aussi.

Ci-dessous les couvertures des deux tomes

Le vétéran
Le vétéran

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Voodoo land

Publié le par Yv

Voodoo land, Nick Stone, Gallimard série noire, 2011 (traduit par Samuel Todd)

Max Mingus est flic à Miami. Il fait équipe avec Joe Liston. Ils sont appelés dans un parc animalier parce qu'un corps humain y a été retrouvé, avec dans l'estomac une mixture présentant tous les aspects de la magie noire vaudoue.

Max est le protégé d'Eldon Burns, son puissant chef, aux ordres d'un personnage retors surnommé la Fée Scato, qui arrange tous les coups pour le politique qu'il sert. Max est bien obligé de s'arranger avec ça, mais il commence à avoir des remords, des doutes. D'autant plus que son coéquipier, Joe, commence à renifler une embrouille.

Après l'excellent Tonton Clarinette -qui, écrit avant, se déroule après-, voici donc le deuxième tome de la trilogie Max Mingus. Et ils ne se ressemblent pas. Autant j'ai été favorablement impressionné par Tonton Clarinette, autant ce Voodoo land m'a ennuyé. L'histoire semble bien partie, et les différentes histoires qui gravitent autour : le vaudou des Haïtiens, la corruption, la violence, les arrangements entre policiers et politiques pour le bénéfice de tous corsent l'enquête et densifient le roman. Mais le problème principal est que tout cela est noyé dans un flot de détails inutiles, dans une logorrhée fatigante et dans moult digressions certes intéressantes mais longues et répétitives... Presque 600 pages dans la version brochée qui aurait pu maigrir quasiment de moitié sans que cela ne nuise ni à l'histoire ni à l'enquête ni aux personnages. Ni même aux apports extérieurs tels la pratique vaudoue, le changement au début des années 80, période à laquelle se déroule le roman, de la ville de Miami, le cynique constat des accointances entre politiques, voyous et policiers, la prostitution et le trafic de drogue qui explosent... Au contraire iceux auraient pu donner du fond, un contexte fort et une puissance au roman de Nick Stone.

Hélas, l'impression de me noyer, de ne pas avancer, tout cela me décourage malgré toute mon envie de renouer avec Max Mingus -mais je n'ai pas dit mon dernier mot, j'ai le troisième de la trilogie.

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Le bureau des affaires occultes

Publié le par Yv

Le bureau des affaires occultes, Eric Fouassier, Livre de poche, 2022 (Albin Michel, 2021)

Paris 1830, après les Journées révolutionnaires de juillet, le nouveau roi, Louis-Philippe, installe un gouvernement et doit faire face à une opposition virulente. Valentin Verne, jeune inspecteur aux mœurs, versé dans la science, la chimie et la médecine est approché par un commissaire de la Sûreté pour enquêter sur le suicide d'un jeune homme d'une grande famille.

Policier solitaire, Valentin sent assez vite que ce suicide est suspect et qu'il pourrait cacher une affaire des plus importantes qui pourrait mettre en danger le pouvoir.

En même temps que son enquête officielle, Valentin poursuit sa recherche du Vicaire, un homme qui enlève, séquestre et abuse d'enfants et qui s'évanouit à chaque fois que le policier s’approche de lui.

Nouveau venu dans la liste des enquêteurs de polars historiques, Valentin Verne est un personnage original, versé dans le sciences et dans l'irrationnel. Pour sa première enquête, qui, je dois le dire traîne un peu dans sa seconde partie, mais qui rebondit de manière inattendue et formidable pour finir en beauté, il suscite des attentes et des envies de suites du même acabit.

Période trouble que celle de la Monarchie de juillet, qui suit pas d'autres tout aussi troubles depuis la Révolution. Entre monarchistes fidèles à Charles X contraint d'abdiquer, ceux qui soutiennent le nouveau roi, celui des Français, les Républicains... C'est un très bon contexte historique pour placer une intrigue policière en lien avec les événements. En outre, en ce début de XIXe siècle, ce sont des découvertes essentielles pour la médecine, la science en générale et l'ouverture à un monde plus irrationnel, celui du spiritisme (les tables qui tournent viendront un peu plus tard avec notamment les sœurs Fox, voir ici) et les suites des théories sur le magnétisme animal de Messmer, médecin autrichien.

L'enquête de Valentin Verne promet d'être difficile et délicate car elle met en cause quelques grands personnages. Néanmoins, rien ne l'arrête, lui qui sait déjouer les traquenards et use d'une pratique et d'une expérience peu communes pour un homme aussi jeune. Eric Fouassier mêle avec talent les personnages qu'il invente à ceux qui ont réellement existé. Ils se côtoient, s'aident, se croisent. Tout cela pour une série qui débute sous les meilleurs auspices et qui a d'ailleurs déjà vu la naissance d'un autre tome (Le fantôme du Vicaire) sorti il y a quelques mois.

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Coups de coeur 2022

Publié le par Yv

Et comme tous les ans, avant les fêtes, je vous propose une liste de mes lectures préférés de l'année. Celle-ci peut servir pour ceux et celles qui n'auraient pas encore fait tous leurs cadeaux...

 

- Le contrat, Ella Balaert, Des femmes-Antoinette Fouque. Tout simplement parce que c'est Ella Balaert et que, comme toujours, son livre est très beau.

- Ferdaous, une voix en enfer, Nawal El Saadawi, Des femmes-Antoinette Fouque. Une force incroyable que ce texte !

- La vie suspendue, Baptiste Ledan, Intervalles. Un roman étrange dans une ville morne au secret bien gardé.

- Ceux qui brûlent, Nicolas Dehghani, Sarbacane. BD au dessin somptueux avec un duo d'enquêteurs très décalé

- La connaissance et l'extase, Eric Pessan, L'attente. Court, dense et puissant. Les réflexions d'un homme face à la bêtise humaine.

- Le poids de cet oiseau-là, Aline Bei, Aldeia. Poétique, très belle découverte

- Nettoyage à sec, Joris Mertens, Rue de Sèvres. BD somptueuse, très peu bavarde. Un héros ordinaire.

- Intolérable. Mémoire des extrêmes, Kamal Al-Solaylee, Perspective cavalière. La difficulté de vivre son homosexualité au Yémen et en Égypte.

- Tryptique en ré mineur, Sonia Ristić, Intervalles. Trois femmes à trois époques différentes pour un très beau roman.

- Les reflets du monde. En lutte, Fabien Toulmé, Delcourt. De la BD reportage excellente.

- L'évidence du vrai, Viviane Cerf, Des femmes-Antoinette Fouque. C'est Viviane Cerf, excellent comme toujours.

- L'archipel d'une vie, Andreï Makine, Seuil. Un dépaysement totale et une écriture magnifique.

- RIP. Fanette, Gaet's et Monier, Petit à petit. Pénultième tome. Vite la suite et fin...

13 titres, dont 3 chez Des femmes-Antoinette Fouque, 2 chez Intervalles et 1 pour une nouvelle maison Perspective cavalière. 4 BD. Je n'atteins pas encore la parité : 5 femmes et 9 -car un livre à 2- hommes.

Bonnes fêtes à tous

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Le noyé du Gois

Publié le par Yv

Le noyé du Gois, Jérôme Zolma, Ouest France, 2022

Le passage du Gois est le chemin submersible qui relie l'île de Noirmoutier au continent. Recouvert à marée haute. Découvert à marée basse et découverte d'une victime attachée à l'un des refuges du passage. Un jeune homme, étudiant sans histoire, noyé au rythme de la marée montante.

C'est Axel Monge capitaine de police fraîchement arrivé à Nantes qui est chargé d'enquêter. Il devra aussi tenter d'élucider le meurtre d'un dealer d'un quartier chaud de Nantes, là où il n'est pas le bienvenu. Un flic dans les quartiers, ça se voit de loin.

Je ne connaissais pas Jérôme Zolma, mais il en est à son quinzième roman dont certains déjà avec Axel Monge. C'est un flic qui la joue souvent en solo et aux limites des procédures mais souvent du mauvais côté, celui qui génère des remarques voire des sanctions de sa cheffe. Néanmoins ses méthodes permettent à l'enquête de faire des bonds ou de se mettre sur le bon axe.

Très bon polar avec des intrigues qui vont se recouper comme de bien entendu, mais rien d'artificiel, tout coule naturellement. En plus d'être un flic qui fonctionne à l'instinct, Axel Monge fait des constats, pas toujours agréables à lire, mais sans doute vrais en grande partie : "Toi aussi tu verses dans le délit de sale gueule." lui dit son collègue Jipi. "Les nations s'étaient spécialisées : l'Amérique du Sud gérait la coke, le Maghreb, le cannabis et les ressortissants de l'Est appréciaient les escroqueries de tout poil, dont les entourloupes numériques. Quant à nos amis asiatiques, ils étaient familiers des contrefaçons. Les Corréziens traficotaient le cèpe, les Lotois la truffe et les Suisses quant à eux, conservaient la main-mise sur la délinquance financière qui rapportait bien plus que tout le reste réuni et demeurait nettement moins réprimandée." (p.129)

Tout cela est bien mené, une pointe d'humour, des dialogues bien pensés, des descriptions des lieux, personnages ou situations dans une écriture fluide, parfois orale, c'est Axel Monge qui est le narrateur. A l'occasion, je remonterais bien dans la vie d'Axel et lirais très volontiers ses aventures précédentes.

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Summer blues

Publié le par Yv

Summer blues, Julie Pabout-Grobe, Ouest-France, 2022

Aloys Weber, richissime chef d'entreprise franco-suisse décide de fêter ses 70 ans sur l'île de Stiriben, en Bretagne. Ses cinq enfants et ses 3 petits-enfants arrivent chacun leur tour, pas très enjoués à l'idée des réjouissances familiales. Alors qu'ils ne sont pas encore tous arrivés, le cadavre d'Aloys est retrouvé. Le casse-tête des deux flics venus de Rennes commence : Aloys Weber a tellement manipulé, manigancé que tout son entourage a au moins une bonne raison de vouloir sa mort. Lorsque d'autres membres de la famille sont victimes d'attaques, le mystère s'épaissit encore davantage.

Summer blues est le premier roman de Julie Pabout-Grobe. Roman dense, un peu long sur la fin, sur la partie résolution des énigmes, mais que je n'ai pas pu lâcher tant il est fouillé et très bien écrit. Il vaut mieux d'ailleurs ne pas décrocher pour ne pas se perdre. Ce qui prime ce sont les relations entre tous les personnages. L'autrice a dessiné des portraits très nets. Ils vont tous passer par différents états. Certains avec la certitude et  l'arrogance propres aux hommes et femmes qui ont réussi, qui ont de l'argent et une famille qui compte, dont on parle dans les milieux chics et d'affaires et qui, devant la mort et la violence qui s'abat, perdent de leur superbe. Julie Pabout-Grobe a finement travaillé les relations familiales, les liens créés dans le passé ou la distance prise dès l'enfance, qui s'exacerbent dans la difficulté. C'est vraiment très bien fait, et les plus forts ne sont pas forcément ceux qui le paraissent le plus. C'est fin, cynique, décortiqué et étudié à la loupe.

Pour une entrée en littérature policière, l'autrice commence très fort. J'aime beaucoup ces romans dans lesquels les groupes se déchirent, se soutiennent tout en se soupçonnant tous plus ou moins, se jalousent, règlent leurs compte entre eux, espèrent encore de la reconnaissance ou de l'amour d'un père manipulateur -et sont souvent déçus. Voilà, il y a tout cela dans Summer blues, plus les histoires de gros sous, plus des à-côtés sordides liés aux affaires pas très nettes ni légales du patriarche ou à l'image qu'il faut donner... Ah les conventions sociales...

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Gisèle

Publié le par Yv

Gisèle, Denis Flageul, In8, 2022

Gisèle, après une vie de travail à l'abattoir est à la retraite. Soixante-quatre ans. Pavillon triste, dans une petite ville bretonne pas forcément plus joyeuse. Veuve, mari décédé du cancer. Seule. Son fils Jean-Marc ne vient presque plus. Lui, la trentaine, toujours pas rangé. Gisèle, elle, n'a pas oublié, lorqu'il était mineur, les multiples trajets jusqu'à la gendarmerie pour aller le chercher. Et là, ça recommence. Tout cela parce qu'un jour, après l'irruption et la fouille brève du grenier par Jean-Marc, deux types sont passés chez elle et l'ont menacée. Elle doit retrouver son fils et leur dire où il est.

Chez In8, on fait des romans, mais on fait aussi dans la nouvelle noire, la collection Polaroïd. Et dire que cette collection est excellente est un euphémisme. C'est dans celle-ci que j'ai déjà lu Denis Flageul, avec Pêche interdite. Changement de décor, même si la Bretagne reste présente.

Elle est attachante Gisèle. Une vie de labeur pour en arriver à une retraite morne. Pas de rêve. Pas les moyens. Plus de fils ou si peu. Des amis ? Même pas. Gisèle, elle clape pas dehors et elle aurait pas dû ouvrir, non pas à la rouquine carmélite, mais aux deux types qui vont l'entraîner dans une histoire noire avec flingue et poursuites. L'écriture de Denis Flageul est sèche, va au plus direct. Pas de temps mort, la vie de Gisèle augmente de rythme. Un court polar drôlement bien mené. Très réaliste, car il parle de gens qu'on croise, qu'on connaît, dans des situations -hors l'intrigue noire- quotidiennes, habituelles. J'aime ça lorsque le polar, le noir s'immisce dans la normalité, surtout lorsque c'est aussi bien fait que cela.

Et puis, il y a toute la partie où Gisèle prend conscience que sa vie est sinon ratée au moins pas vraiment idyllique et que c'est le lot de pas mal de petites gens. Sa belle-fille et son petit-fils aussi : "Elle se refusait à se figurer Karine et Julien dans quelques années. Mais en même temps elle ne pouvait pas s'empêcher d'y penser. Comme si elle savait qu'on s'engage toujours dans les mêmes ornières, qu'on est tous entraînés par le même torrent. Karine et Julien et avant Gisèle et Jean-Marc." (p.37)

Tout cela dans un petit livre avec en plus une bonne tête de chien sur la couverture, c'est tentant, n'est-il pas ?

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Piqûres d'âme

Publié le par Yv

Piqûres d'âme, Samuel Leproust, Ouest-France, 2022

Eric Mathieu, riche industriel engage Gilbert Massonnet, ex-acteur, en tant qu'aide à domicile pour sa grande-tante Madeleine, 89 ans qui vit seule dans sa grande maison. Il a été élevé dans cette maison à la mort de ses parents avec son frère Dominique, disparu à 16 ans, en 1983, sans laisser aucune nouvelle.

Eric sent que sa tante décline ainsi que ses souvenirs et que s'il veut comprendre la disparition de Dominique, c'est le dernier moment. C'est le rôle assigné à Gilbert Massonnet : activer et solliciter la mémoire de la vieille femme et tenter de retrouver les raisons de la disparition de Dominique. Gilbert commence par se faire accepter de Madeleine et ses investigations le mèneront sur des chemins inattendus.

Voilà un bon roman noir, policier, d'ambiance, toutes les mentions sont utiles donc à ne point rayer. Gilbert Massonnet, loin d'être un enquêteur chevronné et qualifié, va révéler des dons de persuasion, de ténacité et de perspicacité pour creuser la vie de Madeleine et les relations familiales. Icelles sont finement analysées. Samuel Leproust s'intéresse à l'humain, les personnes qu'il décrit sont au centre de son livre. Il parle des violences intra-familiales, du difficile passage de l'adolescence et plus particulièrement de celle des jeunes qui souffrent de l'absence des parents. Je travaille avec des jeunes séparés de leurs parents, parfois depuis longtemps, et je trouve que cette partie du livre sonne juste. Samuel Leproust évite les écueils : pathos ou tous des délinquants. C'est franchement bien vu.

J'ai beaucoup aimé ce roman assez dense, très bien écrit, qui ne va pas forcément là où on s'attend qu'il aille. Original, très loin du déjà-lu-déjà-vu. Ça fait un bien fou de lire une histoire bien menée, originale jusqu'au bout, qui ne cède pas à la facilité tout en étant assez positive, accessible à un large lectorat qui, comme moi, n'hésitera pas à le diffuser et à conseiller sa lecture.

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