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polar-noir

La vague arrêtée

Publié le par Yv

La vague arrêtée, Juan Carlos Méndez Guédez, Métailié, 2021 (traduit par René Solis)

"Magdalena a quitté le Venezuela pour Madrid, elle est devenue une enquêtrice réputée, tout va bien pour elle, à l'exception d'un amant envahissant et indiscret. On lui propose une nouvelle affaire : un homme politique madrilène lui demande de retrouver sa fille et de la lui ramener, elle aurait été enlevée et retenue à Caracas.

Magdalena est sûre de ses compétences et elle a une arme secrète : des dons que lui a accordés Maria Lionza, la déesse guerrière vénézuélienne, bref elle est un peu sorcière et a des intuitions salvatrices." (4ème de couverture)

Caracas est considérée comme étant l'une des -si ce n'est la- villes les plus dangereuses du monde, entre les milices, les gangs qui souvent sont les mêmes, les enlèvements quotidiens, les meurtres, crimes, agressions et j'en passe. Autant dire qu'enquêter là-bas, surtout lorsqu'on est une Vénézuélienne qui est partie du pays n'est pas une sinécure. C'est un pays qui "est une destination très logique pour des gamins qui aiment voir des gens avec des drapeaux rouges et un type qui crie qu'ils doivent anéantir la bourgeoisie tout en portant une Rolex au poignet." (p.56). La critique est cinglante et elle l'est dans tout le livre. Juan Carlos Guédez Méndez n'est pas tendre, et c'est un euphémisme, avec les dirigeants de son pays qui l'ont mené a bord du gouffre et qui ont fait de sa capitale cette ville ultra-violente dans laquelle il ne vaut mieux pas traîner lorsque la nuit tombe.

Magdalena est une enquêtrice atypique qui invoque Maria Lionza, la déesse, qui a des flash par intermittence, elle ne sait jamais vraiment quand mais toujours pourquoi : ça lui permet d'échapper à un accident, une fusillade ou l'aide dans son travail. Néanmoins, malgré cette ville et Magdalena, le roman se répète parfois, il aurait sans doute mérité d'être resserré, plus concis, il eut été plus dense et ainsi aurait passé le cap du simple bon polar pour passer dans la catégorie supérieure. Et l'écriture de Juan Carlos Méndes Guédez est parfois cash, parfois plus descriptive, elle a recours à des images fortes ou sait les faire naître.

Bon polar donc, qui permet de découvrir le Venezuela et une enquêtrice pas commune.

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Nuuk

Publié le par Yv

Nuuk, Mo Malø, La Martinière, 2020 (Points, 2021)

Qaanaaq Adriensen est de retour au Groenland, à Nuuk après un passage au Danemark suite à son aventure précédente qui l'a chamboulé. Il retrouve son poste de chef de la police mais doit se soumettre à une visite de tous les postes du pays, parfois très éloignés de la capitale, isolés et répondre aux questions d'une psy avant de pouvoir enquêter de nouveau. Mais un suicide inexpliqué d'une jeune femme dans un des lieux qu'il doit visiter et la réception d'un colis macabre à son nom, l'obligent à contourner cet empêchement.

Qaanaaq est aussi le père de jumeaux adoptés trois ans auparavant et Massaq, sa compagne est enceinte, ce qui expose le futur père à des questionnements importants.

Troisième tome de cette trilogie et donc, par définition le dernier, sauf si Mo Malø se dit que ce serait bien d'en écrire d'autres, et donc du coup, ce ne serait plus une trilogie mais ce livre resterait le troisième tome...

Digression mise à part, la série fonctionne vraiment bien et le dépaysement est garanti. Mo Malø s'est plongé dans les us et croyances des Inuits pour dresser une toile de fond originale et marquante : "Au Groenland moins qu'ailleurs, la population ne prenait la peine de signaler l'absence inexpliquée d'un proche aux autorités. La disparition d'un chasseur ou d'un pêcheur s'inscrivait dans l'ordre des choses, une manière pour la nature de reprendre ses droits : sauf cas rares, personne n'y voyait un présage réellement funeste. L'éventualité d'un meurtre ou d'un enlèvement était bien la dernière des idées qui serait venue en tête. De toute façon, le naturel optimiste des Inuits attisait l'espoir comme un tapis de braises, à grand renfort de rumeurs et d’anecdotes." (p.72)

Et je dois dire que rarement, j'ai rencontré dans mes lectures des héros de polars qui sont autant liés à la nature, contraints par elle et obligés de composer avec elle. En outre, Mo Malø a réussi au fil de ses trois romans à bâtir une équipe de flics, à Nuuk, qui tient la route et se sert les coudes. Ils évoluent tous, chacun à son rythme mais ne restent pas figés dans des principes et des stéréotypes. Et il y a bien sûr, l'intrigue, fouillée, dense qui rebondit régulièrement, qui y va parfois un peu fort -je me demande comment un homme peut résister à tout cela et ce que l'auteur trouvera la prochaine fois pour rester au moins au même niveau, mais bon si c'est une trilogie, il n'aura plus à se creuse les méninges-, mais finalement, je me laisse avoir et porter par tout ce que j'ai décrit plus haut et dans les tomes précédents : Qaanaaq et Diskø. Et pire, si Mo Malø se décide à prolonger, je repars au Groenland, ravi.

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Diskø

Publié le par Yv

Diskø, Mo Malø, La Martinière, 2019 (Points, 2020)

Devenu chef de la police du Groenland, Qaanaaq qui vit désormais avec ses deux enfants et Massaq à Nuuk, mène une vie tranquille dans un climat auquel il a fini par s'habituer.

Lorsqu'on découvre le cadavre d'un glaciologue, figé dans un iceberg dans la baie de Diskø, c'est Qaanaaq qui se rend sur place. Le travail n'est pas facile, car la baie est touristique et hostile lorsqu'il s'agit de trouver des indices. Cette enquête sera éprouvante pour Qaannaaq et l'obligera à faire appel à des souvenirs qu'il croyait enfouis pour toujours.

Deuxième tome des aventures du flic dano-inuit après le très bon Qaanaaq. Il démarre dans la baie de Diskø, attention rien à voir avec la musique festive homonymique, là, de fête, il n'en est point question. Plus court et sans doute un peu plus longuet à certains endroits mais le charme opère toujours et j'ai passé un excellent moment avec Qaanaaq et ses collaborateurs ainsi qu'avec sa famille.

Ce qui est bien dans cette série c'est que les personnages, le héros en tête, sont bien fouillés, originaux et que leurs questionnements personnels font avancer l'enquête et les font avancer. Tout est lié et se fait écho. Il y a aussi les paysages et les habitants du Groenland, leurs us, leurs traditions qui sont très présents. Ils sont la toile de fond indispensable au bon déroulement de l'intrigue. Icelle n'est pas exempte de surprises et de rebondissements, parfois attendus, parfois nettement moins qui tiennent le lecteur et maintiennent le suspense jusqu'au bout. Alors, je pourrais faire le grincheux, le ronchonchon -il paraît que je sais faire-et dire qu'il y a de grosses ficelles ici ou là, certes, mais pris dans le rythme du roman, je les ai surmontées sans souci. 

Mo Malø a écrit un troisième tome que j'ai en ma possession, nul doute que dès que j'ai un petit moment, je repars pour le grand nord avec Qaanaaq pour guide.

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Qaannaaq

Publié le par Yv

Qaanaaq, Mo Malø, La Martinière, 2018 (Points, 2019)

Qaanaaq est policier à Copenhague, d'origine inuite, adopté à l'âge de trais ans par une maman légende de la police danoise et un papa écrivain de polars à succès. Lorsque des ouvriers d'une plateforme pétrolière sont retrouvés assassinés, le corps déchiqueté au Groenland, à Nuuk, c'est lui qui est, contre sa volonté, envoyé là-bas pour enquêter.

Qaanaaq, colosse chauve, aux traits mi-inuits-mi-danois et de culture urbaine danoise se retrouve plongé dans un monde qu'il ne connaît pas avec des codes qu'il ne maîtrise pas du tout. C'est Apputiku Kalakek, un collègue qui l'accueille à l'aéroport, le seul qui lui fera bon accueil.

Commence alors une enquête lente et une prise de contact difficile de Qaanaaq avec ses origines.

Mo Malø est le pseudonyme d'un écrivain français qui commet pour la première fois un polar. Et le pari est largement réussi. Surfant sans doute sur quelques vague mode de polar nordique, il tire son épingle du jeu en n’insufflant pas un rythme époustouflant, en collant ainsi au rythme de vie local, en faisant du Groenland un contexte géographique et géo-politique fort. Je n'irai pas jusqu'à dire que le pays est un personnage à part entière, parce que la formule est éculée, mais il y a quand même un peu de cela. La neige, la glace, les conditions de vie, l'exode rural, les traditions qui se perdent sous les coups de la mondialisation, l'attrait international pour les ressources naturelles que la pays retient en son sol, donc les compromissions, les corruptions, les rêves de fortune, de pouvoir, les oppositions parfois radicales au changement... tout cela est la toile de fond du roman, fort bien décrite.

Puis il y a Qaanaaq, flic d'abord qui vient bousculer les codes ancestraux de la petite ville inuite, qui, tient un peu les locaux pour des ploucs, lui venant de la capitale danoise, qui se met à dos, à peine arrivé, la cheffe de la police et qui va, petit-à-petit apprendre à vivre avec et parmi les autochtones. Qaanaaq est un flic atypique, il peut même paraître décalé -pour ne pas dire benêt-, mais il cache son jeu et une force incroyable, celle d'un cerveau en perpétuelle ébullition : "Appu aurait donné cher pour se frayer un chemin dans ses pensées sinueuses. Il n'était pas seulement impressionné par l'intelligence de Qaanaaq. Il n’enviait pas seulement ses facultés de raisonnement. Ce qu'il aimait surtout chez lui, c'étaient les routes de traverse que son esprit prenait sans crier gare, à l'autre extrémité de ses capacités logiques." (p.448)

C'est un roman dense et fouillé qui nous entraîne sur des fausses pistes, qui n'est point avare en rebondissements et surprises et qui, malgré l'ambiance glaciale n'omet pas quelques touches humoristiques, histoire d'alléger et d'humaniser le tout. Qaanaaq est le premier tome d'une -pour l'instant- trilogie. Je vais me presser d'entamer le deuxième volume.

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Un tueur sur mesure

Publié le par Yv

Un tueur sur mesure, Sam Millar, Métailié, 2021 (traduit par Patrick Raynal)

Quand on est une équipe de bras cassés, braqueurs à la petite semaine et que les coffres de la banque dans laquelle on vient d'entrer sont anormalement et désespérément vides, il ne faut pas prendre l'attaché-case du client chauve auquel il a l'air de tenir particulièrement, ni lui donner des coups en plein visage. Sauf que lorsqu'on fait partie de cette équipe de braqueurs, eh bien, on ne réfléchit pas toujours avant d'agir. Et l'on se retrouve avec des flics aux trousses ainsi qu'une équipe de caïds qui n'a pas aimé se faire subtiliser la mallette, et même un tueur à gages. Et la vie, d'un coup, se complique.

Lire Sam Millar est une expérience littéraire dont on ne se remet qu'en relisant du Sam Millar. C'est noir, parfois violent. Il y a des tueurs, des voyous et des flics qui parfois jouent dans les deux camps -autant les voyous que le flics- et l'Irlande et Belfast dans laquelle les tensions entre catholiques et protestants persistent ainsi que les revendications pour une Irlande unie et libre. Il y a là aussi des braqueurs maladroits et mal informés, des collectionneurs de comics. Y'a du style, des réparties vachardes, des trucs de mecs sévèrement burnés pour reprendre une expression guignolesque, du vocabulaire de la rue, notamment dans les dialogues, de l'humour noir, ce polar est un monochrome. Les images ou métaphores ou tout autre figure de style sont un régal : "Vous voulez que je vous apporte un café, monsieur ? dit Kerr, en surgissant de nulle part, souriant comme un curé dans un camp de nudistes pour boy-scouts." (p.35)

Sam Millar est Irlandais, a été activiste au sein de l'IRA et a fait de la prison pour cela, a commis un hold-up spectaculaire aux États-Unis et a été emprisonné, et depuis, rentré en Irlande, il écrit. Et franchement, lorsqu'on le lit, on se dit qu'il a bien fait de se mettre à l'écriture. En plus, il est -superbement- traduit par Patrick Raynal, qui s'y connaît lui aussi en polars bien déjantés, le tout donnant une petite merveille de roman noir.

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Le dernier procès de Victor Melki

Publié le par Yv

Le dernier procès de Victor Melki, Sandrine Destombes, Hugo thriller, 2021

De nouveau en disponibilité, de la brigade criminelle, la commissaire Maxime Tellier reçoit un courrier étrange la conviant à un enterrement à Grenoble, d'un homme qu'elle ne connaît pas. Intriguée, elle s'y rend, fait des recherches sur le défunt et ne trouve rien. Puis d'autres messages sous diverses formes lui parviennent. N'ayant plus accès à son bureau ou ses collègues, elle fait appel au capitaine de gendarmerie Antoine Brémont, expert en profilage, avec lequel elle a déjà travaillé et qui accepte de l'aider. Lorsqu'ils découvrent qu'ils sont sur la piste d'un tueur en série qui suit les préceptes de l'ordalie, le jugement de Dieu, vieux principe de l'inquisition duquel il est difficile de sortir acquitté, il est temps pour eux de rendre l'enquête officielle et de bénéficier de moyens performants.

Ah, la voilà la suite de Ainsi sera-t-il, récemment chroniqué sur le blog. Et quelle suite ! Sandrine Destombes avance doucement et sûrement, installe son intrigue et ferre le lecteur qui sera bien incapable de sortir du roman tant la tension et le suspense montent habilement.

Lorsqu'on lit beaucoup de polars, on s'aperçoit que les intrigues se ressemblent souvent, ce qui différencie les romans c'est la manière de raconter, les personnages ou le contexte. Chez Sandrine Destombes, c'est évidemment Maxime Tellier avec son côté fonceur, ses doutes, ses emportements. Maxime a ses limites : elle est proche du burn-out, est parfois trop directe ce qui lui joue des tours mais malgré ses fragilités, elle est pugnace, ne lâche jamais rien. Elle est très réaliste, se pose des questions qui peuvent faire écho, notamment sur les personnes qui ont commis un crime qui jugées irresponsables et qui ne font qu'un court temps en hospitalisation psychiatrique. Antoine Brémont, son pragmatisme et son respect de la loi et des décisions prises permet de faire le pendant, de se poser la question sous l'angle de la loi et de la justice et donc d'avoir une vue d'ensemble. Sandrine Destombes n'est pas manichéenne, elle laisse le choix à ses lecteurs, elle apporte des arguments.

Sandrine Destombes c'est aussi une manière de raconter, de laisser monter le suspense, d'insérer de la légèreté dans les rapports entre collègues alors que l'enquête sur laquelle ils travaillent n'incite pas à la gaudriole. Celle-ci est originale, fort bien construite, sans hémoglobine donc très supportable par les âmes sensibles et addictive. On ne sait pas trop comment va finir cette histoire ni qui est (sont) le (la-les) coupable(s) et l'on cogite, au moins autant que les enquêteurs. J'ai beaucoup aimé. J'en redemande, oui je veux d'autres enquêtes de Maxime Tellier.

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Stavros sur la route de la soie

Publié le par Yv

Stavros sur la route de la soie, Sophia Mavroudis, Jigal polar, 2021

Juin 2020, la vie reprend doucement à Athènes après le confinement. Le commissaire Stavros Nikopolidis savoure l'instant en terrasse lorsqu’il est appelé parce que le corps d'un homme, un Chinois, a été retrouvé à deux pas, écrasé au pied d'un immeuble en construction.

M. Lee, le nom du défunt, semble avoir été assassiné et pendant son enquête, Stavros loyalement et efficacement aidé par son équipe va mettre les pieds dans les mondes opaques du transport maritime, de l'immobilier et de la politique, et lorsque les trois se mêlent, la partie se corse.

Troisième tome des enquêtes de Stavros Nikopolidis après Stavros et Stavros contre Goliath. Si j'ai pu émettre des réserves sur le premier, je trouvais que le flic mettait un peu de temps à s'installer, il est devenu dans les deux romans suivants l'un des flics récurrents les plus intéressants et l'un de ceux que j'ai hâte de retrouver. D'abord parce que Sophia Mavroudis a bâti autour de lui une équipe soudée et originale: un hacker reconverti (Eugene), un piréote taiseux (Servedis) qui fume clope sur clope, un facho (Glykas) -qui se calme un peu- et une flique surentraînée qui veille jalousement sur son chef (Dora) sans oublier un grand chef (Livanos) frileux dès qu'on touche aux puissants mais qui sait suivre et soutenir ses enquêteurs.

Ensuite, parce que ses romans et celui-ci sans doute plus que les autres, sont ancrés dans la dure réalité de la Grèce qui, ruinée, a dû céder aux injonctions des Européens : "Nous sommes devenus le pays de la dette, défini par la dette, comme du bétail marqué au fer rouge ! Nous avons vendu nos entreprises en faillite et nos maisons pour une bouchée de pain aux rapaces qui les ont revendues dix fois le prix ou en font des Airbnb.Nous fuyons le centre-ville où les loyers sont inabordables. Les Chinois profitent de notre vulnérabilité. Nous ne sommes rien pour eux, qu'un pion dans leur stratégie, la tête de pont de leurs profits. [...] La Grèce est au cœur du projet chinois d'une nouvelle route de la soie qui relie l'Asie à l'Europe par voies terrestres, ferroviaires et maritimes. Nous sommes le premier pays européen en Méditerranée après le canal de Suez et la porte d'entrée de Pékin en Europe." (p.53/54/55)

C'est passionnant, davantage qu'un essai géopolitique sur la question des relations entre la Grèce et la Chine, parce qu'incarné par des héros qu'on connaît et forcément romancé puisque toute ressemblance est fortuite. La charge est violente parfois, la diatribe désabusée et les Grecs seuls face à leurs difficultés et face à ceux qui cherchent le profit sans se soucier du malheur qu'ils ne font qu'augmenter. 

Cette enquête n'est pas banale, Stavros va devoir beaucoup en demander à Eugene le geek, car tout se passera par écrans interposés, sans que le rythme du livre n'en pâtisse, au contraire. Elle réserve rebondissements, fausses pistes et surprises jusqu'au bout et se love formidablement dans le contexte social et géopolitique. Du grand noir, de ceux que j'aime particulièrement, qui, à l'instar d'un Henning Mankell -pour ne citer que lui parce que c'est l'un de mes préférés-, parlent de la société et de ses évolutions pas toujours souhaitables, de ses dérives.

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Le jugement de Dieu

Publié le par Yv

Le jugement de Dieu, Christian Joosten, Weyrich, 2021

2008, Charleroi, un homme ou ce qu'il en reste est disséminé après son passage sous un train. Le commissaire Francis Jean fait appel à l'ex-flic Guillaume Lavallée parce qu'il aurait été une connaissance du défunt. Guillaume Lavallée a quitté la Maison après une sordide histoire, par la petite porte par laquelle il repasse pour y rentrer, tout juste toléré, moqué.

1993, le siège de Sarajevo, une unité serbe prépare un mauvais coup, l'un de ceux qui peuvent se passer pendant un conflit mais qui n'y sont pas directement liés.

Deuxième aventure de Guillaume Lavallée après le troublant Le roi de la forêt et cette dernière est tout aussi troublante. C'est la personnalité du héros qui perturbe et pose question : son passé n'est pas glorieux, il aime la solitude, le sombre, habitent dans des coins reculés, ne fréquente presque personne, est totalement désabusé et frustré d'avoir été contraint de quitter la police et l'envie de résoudre des enquêtes le titille régulièrement. On ne sait jamais vraiment de quel côté il est ni quel jeu il joue. Tout avec lui peut arriver, le pire comme le meilleur.

Pour assombrir le tableau, il y a aussi le contexte géographique et climatique : les environs de Charleroi et ses quartiers les moins bien fréquentés et Sarajevo pendant la guerre. Et lorsque tout est sombre, l'écriture de Christian Joosten rajoute une couche de noir. Fine, jouant avec les indices distribués au goutte à goutte, tant sur l'enquête en cours que sur la vie de Guillaume Lavallée, ménageant le suspense et faisant monter l'intensité. Du noir poisseux, qui colle et dont on a du mal à se défaire lorsque le roman est posé. Bref, du bon !

"Il y a bien deux choses qui tombent l'automne venu sur les voies ferrées : les feuilles mortes et les macchabées. Le point commun entre les deux est, comme le disait si bien Montand, qu'ils "se ramassent à la pelle". Du coup, le commissaire Francis Jean avait cette chanson-là en tête depuis le matin quand on a prévenu le service que le premier omnibus vers Ottignies avait été arrêté en catastrophe entre les gares de Lodelinsart et Fleurus, l'avant du train maculé de sang." (p.13)

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Les silences du marais

Publié le par Yv

Les silences du marais, Hervé Huguen, Palémon, 2021

Contacté par une jeune femme dont il a fait le portrait pour son journal quelques temps auparavant, le journaliste Claude Guillemet apprend que celle-ci, quinze années plus tôt a fait un faux témoignage dans l'histoire du décès de l'une de ses amies après une dispute avec son ami qui fut accusé du meurtre avant d'être abattu par le père de la victime.

Le journaliste creuse auprès des parents de la victime, de ceux du jeune homme présumé coupable et des habitants des villages. Puis, c'est un des acteurs de l'époque qui disparaît et l'affaire file entre les mains du commissaire Nazer Baron.

Tome 20 des enquêtes de Nazer baron, ce flic à l’humeur égale, qui écoute, entend, observe, s'appuie sur son collègue le commandant Hubert Arneke qui fonctionne de la même manière. Ils se déplacent chez les gens, voient leurs intérieurs, leurs attitudes, leurs hésitations. Et cette fois-ci, ils sont bien obligés tant l'habitant des Monts d'Arrée est un taiseux, il faut presque lui arracher les mots de la bouche. Lorsque les flics sentent que l'enquête sur la disparition est liée à la mort de la jeune femme quinze ans plus tôt et peut-être même à une autre affaire encore plus ancienne, il va leur falloir des trésors de patience pour tenter de tout relier et de comprendre ce qui a pu se passer. Nazer Baron agit à la façon d'un Maigret, sans hausser le ton "Il ne pensait rien. Il avait une logique singulière, une sorte d'anarchie permanente dans le cerveau, un chaos d'idées à la remorque desquelles il traînait ses intuitions. Elles guideraient ses choix plus tard." (p.129).

Les romans de Hervé Huguen sont lents, se déroulent souvent dans les régions et sous des climats peu favorables aux épanchements. L'atmosphère est pesante, ouateuse, humide et froide. Il ne décrit pas la Bretagne riante, mais celle qui se mérite, celle des villages reculés où un étranger est presque celui qui vient du village d'à-côté. C'est toujours fin, très bien mené, sans rebondissement qui serait sans doute malvenu, mais le suspense est là jusqu'au bout. Des phrases courtes, une histoire solidement bâtie, une petite pique au passage à un certain journalisme qui tend à se répandre : "Il savait faire. Fouiller des archives et croiser des données, interroger des témoins, ne pas se contenter de Wikipédia pour développer une thèse mais se forger sa propre idée avec un minimum d'esprit critique." (p.35)

Des réalisateurs inspirés pourraient tirer une bonne série des livres d'Hervé Huguen, comme de beaucoup des parutions de Palémon.

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