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L'assassin qui aimait Paul Bloas

Publié le par Yv

L'assassin qui aimait Paul Bloas, Pierre Pouchairet, Palémon, 2019.....

Serge Teyssot-Gay, guitariste et Paul Bloas font une performance : le musicien joue et le peintre s'inspire des improvisations pour créer. Anton se prend de passion pour la peinture de Paul Bloas et est prêt à tout pour se procurer ses œuvres. 

Léanne Vallauri, commandant de la PJ de Brest est en garde à vue suite à la tentative de meurtre sur son indic, leurs relations ne semblent pas claires à ses chefs. Elle parvient à être libérée et sitôt de retour au commissariat est en charge d'une série de meurtres qui ont toutes eu lieu près de l'ancienne base des sous-marins allemands. Son enquête, sous haute tension va lui faire découvrir les vestiges souterrains brestois.

Numéro trois de la série des Trois Brestoises (Haines, La cage de l'albatros) et plus la série avance, plus la tension monte, plus les relations entre les personnages se durcissent ou s'améliorent. Léanne, malgré les charges contre elle, ne gagne pas en souplesse et en prudence. Lorsqu'elle enquête, elle est à fond et prend des risques. Ses copines, Vanessa, la psycho-criminologue et Elodie la médecin-légiste sont toujours là pour l'épauler, la freiner dans ses élans parfois contre-productifs, la soutenir dans ses moments difficiles (et vice-versa, chacune soutenant les autres) et jouer de la musique toutes les trois. Le trio fonctionne bien, ainsi que le commissariat de Léanne qui la suit, même en râlant et en s'opposant frontalement à ses directives, mais tous la soutiennent.

La série est fortement addictive et ce troisième tome se lit sans s'arrêter. Si les mésaventures de Léanne qui risquent de lui coûter très cher auraient pu faire croire au lecteur que celle-ci allait se reposer le temps d'un épisode, il n'en est rien, elle est repartie de plus belle. Cette fois-ci, Pierre Pouchairet nous promène dans les sous-sols de Brest qui fut l'un des points fortement gardés et sécurisés par les Allemands pendant la guerre : blockhaus, bunkers, hôpital souterrain, centrale électrique,... La visite est passionnante, instructive et les lieux tellement propices à ce que s'y déroulent des événements glauques, violents et secrets. Je connais un peu Brest, mais pas ses sous-sols qui auraient pu me rafraîchir lors de ma lecture faite pendant l'épisode caniculaire récent, mais que nenni ! De rebondissements en découverte d'autre cadavre, de traque à pérégrination quasi spéléologique, Léanne et ses collègues n'arrêtent pas, ce qui fait que moi, lecteur, je n'ai pas eu le temps de profiter de la fraîcheur, mon petit coeur battant au rythme rapide de ce polar. 

Indispensable lecture estivale, et le mieux, c'est d'emporter les trois tomes dans les valises. Un seul vous seriez frustrés. Et puis ce polar met en exergue les paroles de la chanson Brest de Miossec, que vous risquez d'avoir en tête un moment, ce qui est une excellente autre nouvelle.

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Aux portes de la mémoire

Publié le par Yv

Aux portes de la mémoire, Felicia Yap, Harper Collins (traduit par Thibaud Eliroff), 2019..,

Dans le monde de ce roman, les hommes sont divisés en deux groupes : les Monos qui ont une mémoire limitée à une seule journée, et les chanceux Duos qui doublent cette capacité. Chacun consigne dans son journal les faits détaillés de ses journées pour s'y référer et tenter d'en retenir un maximum. Claire, Mono, mariée à Mark, écrivain et candidat au poste de député du South Cambridgeshire, Duo, tombe des nues lorsque ce dernier est accusé du meurtre de sa maîtresse. Trahie, elle ne sait plus quoi penser de l'homme qui partage sa vie depuis vingt ans.

Bon, me voilà bien embêté pour parler de ce livre qui allie une intrigue bien menée, machiavélique, un truc bien tordu qui ne laisse pas indifférent à une écriture qui privilégie les dialogues pas toujours indispensables et surtout à une idée qui n'est pas vraiment exploitée à sa juste hauteur. En effet, cette idée des Monos et des Duos ne m'a pas convaincu, je pensais que chaque matin des uns et des autres serait vierge et que le vie recommençait, mais par un subterfuge -l'IDiary, le journal électronique individuel-, chacun note ses journées et peut apprendre les faits notés pour ... s'en souvenir. Donc ces problèmes de mémoire finissent par n'en être plus, et j'avoue n'avoir pas compris l'intérêt du truc ; mais sans doute suis-je passé à côté d'informations. L'écriture non plus n'a rien de transcendant. Non, ce qui fait l'originalité de ce roman c'est vraiment l'intrigue et la construction, alliées tout de même à la lecture des journaux des uns et des autres, comme quoi l'idée des mémoires qui flanchent n'est pas totalement ratée. Felicia Yap balade tranquillement son lecteur dans une histoire tortueuse dans laquelle on se doute qu'il y a machination, mais on ne sait pas trop qui l'a ourdie. On s'attend également à des surprises, des détails à chaque page, ce qui rend la lecture plaisante, du genre de celle qu'on ne lâche pas aisément.

Roman qui pourra faire les délices des vacanciers sur les plages cet été. 

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Les replis de l'hippocampe

Publié le par Yv

Les replis de l'hippocampe, Corine Jamar, Bamboo, 2019....,

Salomé est atteinte d'une infirmité motrice cérébrale, suite à un accouchement qui s'est très mal passé. Salomé fête ses dix-huit ans. Le même jour sa mère, Calista, apprend que son mari, Cyril, le père de Salomé -et de Théodora leur cadette- la trompe depuis dix-huit ans avec la même femme.

Calista l'oblige à quitter la maison et le couple. Puis, elle se met à écrire un roman, celui de cette période compliquée, faisant des parallèles entre l'accompagnement de tous les instants de Salomé et l'adultère de Cyril, tentant de comprendre l'un à travers l'autre ou comment elle aurait pu découvrir l'un grâce à l'autre. 

Évacuons tout de suite, ce que j'aime moins dans ce livre : des longueurs ou répétitions, des choses que j'ai eu l'impression de lire et relire, mais pour contrebalancer cette sensation, l'épreuve traversée par Calista est douloureuse et elle a beaucoup à expulser, à dire. Dix-huit années de retenue. Dix-huit années avec Salomé quasi seule tant Cyril s'absentait pour son travail et pour sa maîtresse. Et une réflexion permanente sur le couple en général et sur le couple lorsque celui-ci est parent d'une enfant handicapée.

Ce que j'aime beaucoup maintenant et qui compense très largement les lignes ci-dessus, c'est le style : direct, des phrases courtes, simples qui vont droit au but. Ça rend le roman dynamique, absolument pas plombant alors que le thème pourrait le laisser croire, mais Calista, même si elle a des moments d'abattement se relève toujours avec une envie inébranlable. Elle ne tait rien, contrairement à Cyril, tout est dit dans son roman, ses questions, ses actions, ses remarques les plus intimes la concernant elle ou Salomé. Elle se livre totalement. "Les souvenirs se cachent dans les replis de l'hippocampe, siège de la mémoire. Calista essaie de les extraire, elle tire fort, et plusieurs fois, comme la gynéco avec la ventouse, il y a dix-huit ans. Ceux qui sortent, elle les réanime. Ils se remettent lentement à respirer, tenant à peu près debout. Elle fait avec. Elle lit que marcher rapidement pendant quarante minutes trois fois par semaine, en balançant bien les bras, favorise la mémoire, des études le démontrent. Elle s'y met. Au moins le temps d'écrire ce livre." (p.51) Et la manière d'écrire, avec ses allers-retours, ses images, ses comparaisons entre le handicap de Salomé et la trahison de Cyril, l'humour parfois désespéré, parfois plus vache voire assez méchant et totalement assumé donne un ton réaliste. J'ai eu l'impression de lire une version romancée de situations vécues. Calista ne juge pas beaucoup, elle aligne les faits qui parlent d'eux-mêmes, elle s'emporte et se raisonne, puis ne raisonne plus du tout. Les médecins et notamment la gynéco qui l'a accouchée ne sont pas tant accablés et pourtant, il y a matière à le faire. Cette gynéco n'en sort pas grandie, le contraire eut été étonnant, mais Calista ne s'attarde pas sur cette colère et préfère garder son énergie à s'occuper de Salomé qui lui en demande tant. 

Ce roman est d'une vivacité folle, d'une force peu commune. Corine Jamar raconte le quotidien des parents d'enfants porteurs de handicaps, plus ou moins sévères. 80% des couples ne résistent pas, la mère se retrouvant dans la très grande majorité des cas à assumer l'enfant dans sa vie de tous les jours : les couches, les repas, les colères, les cris inexpliqués, les recherches de centres, les allers-retours, ... Tout cela elle le dit sans détour, ajoutant la situation de séparation du couple, un moment toujours délicat après vingt ans de mariage et l'écriture du roman. 

Tout cela est fort bien fait et les passages d'un thème à l'autre se font au détour d'une phrase, parfois dans la même sans que cela ne gêne. Excellent roman qui permet de comprendre -de loin- le quotidien des parents d'enfants handicapés et qui continuent à vivre pour eux aussi. Le tout emballé dans une écriture directe qui m'a ravi. 

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Dans l'ombre d'Anshoë

Publié le par Yv

Dans l'ombre d'Anshoë, Brigitte Joseph-Jeanneney, Cohen&Cohen, 2019.....

Paris 1977, Ronald vient d'hériter de son père qu'il n'a pas connu, un journal du temps où il fut forestier au Gabon au milieu des années 30 et deux statuettes d'art de ce pays. Ronald les expose chez lui, mais bientôt se fait cambrioler. Sentant que son amie Marlène n'est pas totalement étrangère à l'intrusion à son domicile qui a précédé le vol, il décide de mener son enquête et de retrouver les deux sculptures. Dans le même temps, il lit le journal de son père et apprend à le connaître.

Plongée dans le Paris des années 70, dans le Gabon des années 30 et surtout dans le monde de l'art africain. Ce roman est passionnant parce qu'il fait la part belle aux origines des sculptures de Ronald et plus globalement à l'art dit premier, à la manière dont il les colons s'en emparèrent et l'introduisirent en Europe à leurs retours. Brigitte Joseph-Jeanneney aborde aussi la délicate question de la restitution des œuvres d'art, du pillage des colons qui a néanmoins permis à cet art de devenir rapidement international avec des cotes, des magouilles, des imitations. Picasso, Braque, Léger s'en inspirèrent. Dès lors, à qui appartiennent les œuvres ? Toutes ces questions sont dans le roman. L'auteure y ajoute ses personnages qui s'interrogent sur les mêmes thèmes, mais aussi sur l'amour, la mort, la vie, ces questions personnelles et universelles. 

C'est remarquablement mené, Brigitte Joseph-Jeanneney -qui a signé l'également très très bon Nocturne au Louvre- alterne les passages du Paris des années 70 et du Gabon quarante ans plus tôt. Elle écrit dans une belle langue, classique, accessible sans céder à la facilité. Ses descriptions des sculptures sont précises et sensibles, on les voit quasiment devant soi. Son texte est très beau parce qu'elle ne juge ni n'accuse personne, ni les colons et notamment le père de Ronald qui a profondément aimé le Gabon au point d'en rapporter des souvenirs, ni ceux qui veulent que les œuvres soient restituées parce qu'elles ont en leur pays d'origine des significations fortes, des rôles qu'elle explique bien. Encore une fois la sensation de s'instruire en se divertissant est permanente et fait mon bonheur.

Un polar dans le monde de l'art qui fera votre délice sur la plage ou ailleurs cet été -ou à toute autre saison.

Encore une fois, les éditions Cohen&Cohen font un très bon choix pour le texte et pour la couverture : Masque de danse. Peuple Tsogho (Gabon) exposé au musée du quai Branly.

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Prémices de la chute

Publié le par Yv

Prémices de la chute, Frédéric Paulin, Agullo, 2019.....

1996, le nord de la France est la proie de violents cambriolages et vols à main armée. Toutes ces actions sont l'oeuvre du Gang de Roubaix qui, selon, Tedj Benlazar, agent de la DGSE, chercherait à financer le djihad en France. Les flics sur le terrain ont d'autres occupations que de chercher les raisons, ils cherchent à arrêter les coupables. Tedj parle à son amie Laureline, commandant à la DST, de ses convictions. Puis intervient également Réif Arno, journaliste, pas vraiment sérieux ni considéré dans le milieu qui va, en grande partie grâce à Tedj, mettre le doigt sur l'histoire la plus incroyable de sa carrière. 

Retour de Tedj Benlazar et de Frédéric Paulin son créateur, après l'excellent La guerre est une ruse qui se déroulait en Algérie au début des années 90, juste après les élections qui avaient fait gagné les islamistes. Frédéric Paulin continue de tirer le fil de l'importation du terrorisme en Occident. C'est toujours remarquablement fait, car il sait mêler la réalité à la fiction. Ses personnages inventés se joignent et se mêlent aux personnes ayant réellement existé, le tout donnant un récit crédible et réaliste. Il explique toute l'époque, tous les actes qui amèneront vers les attentats du 11 septembre 2001, leur préparation, les cafouillages des divers services de renseignements et de police pour, souvent de simples guerres entre eux. Il n'oublie pas d'évoquer certaines théories complotistes en les traitant comme telles. C'est passionnant et instructif même pour quelqu'un de ma génération ayant vécu tout cela, sans doute d'assez loin. Ce qui fait la force de son roman et lui donne une puissance indéniable c'est aussi l'ajout de ses personnages fictifs, de leurs vies professionnelles et personnelles difficiles. Il leur donne corps et n'en fait pas de simples faire-valoir du contexte. Ils vivent pleinement l'époque et leur travail, ce qui donne même beaucoup de relief aux événements décrits.

J'étais étourdi de la lecture du premier livre de la série, je le suis tout autant avec le deuxième et je crois savoir qu'un troisième est prévu. Des romans comme cela qui donnent à expliquer et à s'instruire sur une époque ou un thème donnés, qui ne sont pas rébarbatifs mais au contraire passionnants, qui en plus donnent vie à des personnages qu'on a envie de retrouver, il faudrait être fou pour passer à côté. Je prends une option sur le troisième opus. 

Merci à la librairie Dialogues et ses dialogues croisés pour cet envoi.

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La caverne vide

Publié le par Yv

La caverne vide, Dimana Trankova, Intervalles, 2019 (traduit par Marie Vrinat-Nikolv)....

"Après la dislocation de l'Union Européenne, dans un pays des Balkans renommé Patrie populaire, le parti nationaliste au pouvoir a instauré un contrôle sectaire : les indésirables sont envoyés dans des camps de rééducation ou bien disparaissent sans laisser de traces, tandis qu'on dépose leurs enfants dans des "Maisons du bonheur". C'est dans cette société à peine futuriste que revient John, un journaliste américain, que son ex-femme a appelé à l'aide après la disparition de son frère. Mais John découvre aussi que Maya, une ancienne confrère et amante, a été punie pour ne pas avoir respecté la censure : on lui a enlevé sa fille. Maya vit, depuis, dans la soumission, avec un seul désir : récupérer sa fille en devenant une citoyenne exemplaire." (4ème de couverture)

Roman dense et troublant. Dense parce que l'auteure va au plus profond de ses personnages, et comme chacun peut être en totale opposition à l'autre, elle construit des situations  nombreuses, des discussions, des débats sans fin, John notamment venant mettre à mal tout ce qui fait le quotidien des habitants de la Patrie populaire : soumission, censure, ... Difficile de n'y pas voir, le titre du roman est pour cela transparent, une référence à l'allégorie de la caverne de Platon, qui comme de bien entendu est un auteur subversif et interdit dans le pays. Pour l'avoir lu et s'en être inspiré, un philosophe est dans un camp de travail. La densité vient aussi évidemment du contexte ainsi que l'aspect troublant que j'évoquais plus haut. Là aussi, une référence est revendiquée et claire : 1984 de George Orwell. Tout y fait penser. Ce qui rend le récit de Dimana Trankova troublant c'est la proximité géographique et géopolitique. La montée de ce que l'on nomme couramment les populismes en Europe et plus généralement dans le monde fait craindre ce genre de dérives. Le monde que décrit l'auteure n'est peut-être pas si loin que cela. Sa dystopie nous parle directement de ce qui pourrait bien advenir si nous continuons à mettre au pouvoir des gens qui ne rêvent que de grandeur de leur patrie, de patriotisme, de nationalisme, de protectionnisme. Le flicage intensif en Chine qui se développe et fait craindre le pire est tout à fait dans l'ambiance de ce roman. Ambiance angoissante que l'on peut aussi retrouver dans l'excellente série Black mirror (au moins les deux premières saisons).

Si Dimana Trankova n'invente pas totalement le monde qu'elle décrit puisqu'elle s'inspire des meilleurs dans ce domaine, elle le raconte d'une manière très personnelle, il faut bien rester concentré, ce n'est pas un roman que l'on lit en écoutant de la musique par exemple. Ce serait long d'aborder tous les points dont traite l'auteure et sans doute pas suffisant pour dire tout le bien que je pense de ce livre, encore une fois dense, pour lequel il faut s'accrocher au début, mais la récompense est au bout, avec la sensation d'avoir lu une oeuvre forte et puissante. Un livre, des situations et des personnages qui resteront en mémoire longtemps.

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The Wendy project

Publié le par Yv

The Wendy project, Osborne & Fish, Ankama éditions (traduit par Margot Negroni), 2019...,

Wendy, lycéenne, perd le contrôle de sa voiture qui tombe dans un lac. Elle réussit à s'en sortir ainsi que John l'un de ses petits frères, mais le plus jeune, Michael, disparaît dans les eaux. Wendy est persuadée de l'avoir vu s'envoler et qu'il est toujours vivant. Les parents de Wendy lui demandent de consulter une psy qui lui conseille de dessiner puisqu'elle ne peut pas parler de l'accident. Wendy dessine alors et la réalité se confond avec l’imaginaire.

Bande dessinée étrange et belle qui ravira les amateurs de poésie et pourra surprendre les puristes de la ligne claire et des histoires classiques. Le scénario, signé Melissa Jane Osborne, fait la part belle aux rêves, aux mondes imaginaires et à tout ce que le cerveau met en place pour ne pas voir en face la dure et triste réalité. C'est fort bien fait, parfois déroutant, mais les explications plus rationnelles sont données au cours de l'album, ce qui rassurera ceux qui comme moi, aiment bien avoir une base de réel à laquelle se raccrocher.

Le dessin de Veronica Fish est lui aussi étonnant, à la fois très simple voire adolescent si tant est que je puisse qualifier un dessin comme tel, notamment dans les visages, les expressions des personnages. Il est beaucoup plus barré dans la partie imaginaire qui est en couleurs nombreuses et vives au contraire de la vie réelle qui est en noir et blanc.

Le mélange donne un album original pas drôle mais absolument pas plombant, qui parlera sans doute à tous ceux qui ont connu des deuils difficiles à surmonter, car le thème général est la mort d'un très proche. Il y est aussi question de la fin de l'adolescence : "Le lycée, c'est un peu le purgatoire de l'adolescence." (p.10), du passage à l'âge adulte, le rite initiatique étant ici rude et violent.

Très bel album paru chez Ankama éditions, que je découvre, à lire et relire pour le saisir encore plus, et merci à la Librairie Dialogues et ses fameux Dialogues croisés

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Qaraqosh

Publié le par Yv

Qaraqosh, Maurice Gouiran, Jigal polar, 2019.....

Clovis Narigou, journaliste, est chargé d'aller enquêter à Prague. Son sujet : la bibliothèque ésotérique et de sorcellerie de Himmler. Juste avant de partir, il reçoit la visite de Mikki, un ex-engagé dans la milice chrétienne Qaraqosh qui combat Daech et Irak. Depuis, qu'il est revenu, il se sent menacé et a échappé à une tentative d'assassinat, sans doute due à des intégristes établis à Marseille. 

Emma, la flicque, l'amie de Clovis, enquête sur deux meurtres qui ont comme point commun la ville de Prague. Une bonne raison de demander l'aide de Clovis, puisqu'il est sur place.

Retour de Clovis Narigou, le héros fétiche et récurrent de Maurice Gouiran, et retour en pleine forme, même si cette fois-ci sa présence est un peu éclipsée par celle d'Emma, mais ce n'est pas lui qui en sera chafouin tant il l'aime sa flicque. Comme à son habitude et en romancier particulièrement rompu à son art, Maurice Gouiran place son histoire et ses héros dans une partie de l'histoire du monde. Cette fois-ci, les deux plus importants contextes sont la bibliothèque très particulière de Himmler -dont j'ignorais l'existence et qui a été retrouvée récemment à Prague- et la guerre en Irak contre les islamistes. Forcément bien documenté, il instruit ses lecteurs de manière fort plaisante. En plus, j'ai eu la chance de passer quelques jours à Prague cette année, et j'ai pu suivre les pérégrinations de Clovis -bon, j'ai fait moins de bas que lui- dans les rues de la capitale tchèque, ce qui a, je dois bien le dire, rajouter un petit plaisir supplémentaire. 

L'autre partie se déroule en Irak et en France après le retour de Mikki. Si ce roman n'est pas le plus dense ni même celui qui a le contexte le plus fort de tous ceux de l'auteur que j'ai lus, il se hisse très haut dans cette série, par son intrigue, le rôle plus important donné à Emma et le calme de la Varune, la bergerie de Clovis. Tout coule parfaitement, tant que je ne me suis jamais douté de l'explication finale. 

Maurice Gouiran peut s’enorgueillir d'une œuvre riche, cette dernière aventure de Clovis y entre naturellement, par la grande porte.

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Enferme-moi si tu peux

Publié le par Yv

Enferme-moi si tu peux, Pandolfo et Risbjerg, Casterman, 2019.....

"Entre la fin du XIXe et le milieu du XXe siècle, femmes, pauvres, malades et fous n'ont aucun droit. Enfermés dans une société qui les exclut, certains vont pourtant transformer leur vie en destin fabuleux. Sans culture, sans formation artistique, ils entrent comme par magie dans un monde de créativité virtuose. Touchés par la grâce ou par un "super-pouvoir de l'esprit", ils nous ont laissé des œuvres qui nous plongent dans un mystère infini." (4ème de couverture)

Les auteurs de cet album, Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg ont choisi six artistes de l'art brut, trois hommes et trois femmes. Augustin Lesage (1876-1954) mineur, fils et petit-fils de mineurs, qui, à la suite d'une séance de spiritisme va se mettre à peindre une toile gigantesque, puis n'arrêtera plus du reste de sa vie. Madge Gill (1882-1961), une enfance misérable et bientôt, une révélation, elle se met à jouer et composer de la musique et à la peinture, totalement habitée par un esprit. Le Facteur Cheval (1836-1924), est-il besoin de le présenter, qui lors de ses tournées ramasse des pierres et construit son désormais célèbre palais. Aloïse (1886-1964), obligée, par convention, de quitter l'homme qu'elle aime, elle ne sortira pas indemne de la guerre, sera internée et diagnostiquée schizophrène et s'isolera au sein de l'institut pour dessiner jusqu'à la fin de sa vie. Marjan Gruzewski (1898-?), enfant, il ne peut se servir de sa main droite, qui pourtant, lors de crises de somnambulisme -après une séance de spiritisme- lui permettra de dessiner, peindre une oeuvre assez conséquente. Judith Scott (1943-2005), trisomique, sourde et muette, elle produit une œuvre étrange, des cocons de cordes, fils liens, renfermant des objets du quotidien.

L'album est très très beau, en plus de présenter des artistes peu connus et de parler de leurs vies peu communes. Pour tous, c'est l'art qui les a faits sortir de leur condition misérable ou pauvre. Souvent moqués, raillés, ils ont persisté jusqu'à la fin. Les deux auteurs montrent très bien la part de décalage, de surnaturel,  d'irréalisme voire de surréalisme -certains furent repérés par André Breton, le pape du genre. Les dessins et couleurs sont très parlants, sombres et torturés lorsqu'ils montrent les souffrances, très colorés à certains moments -notamment pour Aloïse. C'est une bande dessinée qui donne envie de découvrir chacun des artistes cités et ses œuvres. On sait que la vie d'artiste n'est pas aisée, ces six-là sont allés très loin, au plus profond d'eux-mêmes, de leurs ressources, de leur personnalité voire de leur santé pour faire ce qu'ils se sentaient obligés de faire, mus par des forces extra-ordinaires. 

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