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polar-noir

La Panse

Publié le par Yv

La Panse, Léo Henry, Folio, 2017...

Bastien Regnault, vaguement musicien, est sans nouvelles de sa sœur jumelle Diane depuis plusieurs mois. Même s'ils n'ont jamais été très proches, malgré leur gémellité, Bastien décide de la rechercher. Ses premières informations le mènent vers le quartier de la défense à Paris. Ce quartier d'affaires se révèle beaucoup plus intrigant que prévu, notamment dans ses sous-sols dans lesquels une vieille société secrète agirait : la Panse. Bastien parvient à se faire embaucher dans une entreprise de nettoyage, ce qui lui permet d'avoir des entrées dans tout le quartier.

Voilà un roman assez étonnant qui alterne le bon voire le très bon et du plus moyen. Ça part assez fort et je suis entré très vite dans le vif du sujet. Léo Henry distille des informations au compte-gouttes qui posent question et incitent à continuer son histoire. Très vite je me rends compte que je ne peux pas lâcher le bouquin et que la quête de Bastien est diablement intéressante. Le thème de la société secrète qui vit dans les entrailles de la défense est porteur de suspense et j'aimerais en savoir plus mais l'auteur est malin et ne dévoile rien trop vite, m'obligeant à un rythme de lecture rapide pour savoir jusqu'où il m'emmène.

Très bien fait, j'apprends même des choses sur le passé du quartier, ancien bidonville. Et puis, aux trois quarts du roman, la tension est retombée et je n'avais plus qu'une envie : que ça se finisse et que je sache ce qu'il en est de Diane, de la Panse et de tous ses trafics. En fait, le livre de presque 290 pages souffre de longueurs et certains passages mystico-onirico-scientifiques sont superflus, passables très rapidement par un lecteur un peu fatigué et je suis un lecteur qui fatigue vite. D'autres paragraphes, plus descriptifs les rejoignent, ils allongent la sauce sans la rendre plus savoureuse, au contraire. La fin est un peu longuette à survenir, et je dois avouer que j'ai passé les 50 dernières pages rapidement, les survolant pour connaître le dénouement. Ce n'est pas bien, mais faute avouée...

Néanmoins, que cela ne décourage pas les amateurs de polars un rien fantastiques ou branchés sur ce genre de thèmes de sociétés secrètes un peu mystiques, un peu scientifiques. L'écriture de Léo Henry est plaisante, elle tient la route jusqu'au bout. Ce n'est pas le roman du siècle, mais j'ai passé un très agréable moment que je ne regrette absolument pas et c'est la règle numéro une pour un livre. Je ne dirai pas que ce livre n'a que l'ambition de distraire -comment ça ? si je l'ai dit ? Ah zut !- parce que je trouve cette expression méprisante, une telle ambition, c'est très bien lorsque le but est atteint et ce n'est pas si facile. Si vous trouvez La Panse, n'hésitez pas, il peut vous faire le même effet voire encore mieux.

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Brutale

Publié le par Yv

Brutale, Jacques-Olivier Bosco, Robert Laffont, 2017.....

Le lieutenant Lise Lartéguy, flique à la BRB est fille de flic, sœur de capitaine de gendarmerie et surtout tête brûlée. Le soir où elle surprend des casseurs de bijouterie, elle les prend en chasse en plein Paris, finit par casser la voiture et blesser l'un des cambrioleurs.

Mais Lise est aussi en proie au démon qui sommeille en elle et qui, lorsqu'il se réveille, lui fait endosser un rôle de justicière, de redresseuse de torts.

Le jour où Camille, son frère, est victime d'une fusillade, Lise met tout en œuvre pour retrouver les coupables, quitte à frayer avec des gens du milieu... Attention à La Bête qui sommeille.

Lire un roman de Jacques-Olivier Bosco -JOB pour ses lecteurs- c'est vivre à une vitesse largement réprimandée par les forces publiques. L'avantage c'est que si l'on est pris pour excès de vitesse, on ne peut pas l'être pour ébriété, puisqu'il est impossible de lâcher le livre pour aller boire ; à peine est-il entamé qu'on a envie de le finir et qu'on le finit. Ça va vite, très vite, très très vite, très très très vite... C'en est même fou, tant de célérité et tant d'action dans un roman policier. Lorsqu'une est finie, hop une autre débute et il faut bien des détours violents et agités -et passionnants- pour arriver au bout de cette intrigue. Lise est jolie. Lise est forte. Mais Lise est malheureuse et pas très équilibrée. JOB s'attarde un peu sur l'enfance de la jeune femme, sur ses difficultés relationnelles avec sa mère et son frère. Il ne fait pas un portrait détaillé, mais on en sait assez pour la suivre avec intérêt et souhaiter la voir s'en sortir, même si on se demande bien par quel miracle elle y parviendrait et dans quel état physique et psychique. Le propos de JOB n'est pas de nous faire un portrait psychologique de tel ou tel personnage, non, il est de nous tenir en haleine avec un polar 100% action. Certains passages peuvent êtres durs, violents, à la limite du soutenable, mais peu nombreux, et on peut toujours les passer.

En prime, on retrouve avec bonheur l'un des personnages d'un autre roman de JOB, Gosta, dit Le Cramé, un voyou qui dans le roman qui porte son surnom endosse un rôle de flic ; tout l'inverse de Brutale dans lequel Lise endosse un rôle de truand. Lise est brutale, dangereuse, incontrôlable, sexy, complètement barge et à côté de la plaque, elle obtient toujours ce qu'elle veut. Une femme forte qu'il vaut mieux connaître en littérature. C'est assez rare de voir des filles de ce genre dans le polar, là les mecs ont intérêt de se tenir et de se surpasser pour la suivre. C'est sans doute un peu exagéré ? Oui, sûrement mais on s'en moque, ça fonctionne au-delà de l'espéré. Je me suis laissé embarquer, balader, je suis même devenu voyeur dans ses moments d'intimité et tout cela en en redemandant. Ajoutons une bande-son punchy : Pink Floyd, Amy Winehouse, Metallica, Marylin Manson, AC/DC...

Ah, quel pied un bon polar de JOB ! Je traversais une période avec des lectures un peu mièvres, certaines dont je ne parle même pas dans le blog, parce que je n'avais rien à en dire ni du bien ni du mal, certaines à peine entamées déjà abandonnées... Un livre de JOB fonctionne comme un antidépresseur, un remède anti-ennui. Je peux reprendre mes activités normales de lecteur, je suis reboosté pour un moment.

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Dans le labyrinthe

Publié le par Yv

Dans le labyrinthe, Sigge Eklund, Piranha, 2017 (traduit par Martine Sgard)...

Une belle banlieue de Stockholm, mai 2010, Magda, onze ans, fille de Martin, éditeur et de Åsa, psychologue disparaît. La police après quelques jours de recherches en vient à soupçonner les parents, notamment le père qui s’emporte aisément. Martin, puis Åsa, à tour de rôle racontent les quelques mois précédant la disparition et ceux qui suivent, puis Tom ami et collègue de Martin et enfin Katja l’amie de Tom et également infirmière scolaire dans l’école de Magda.

Je suis à la fois dubitatif, déçu et emballé par ce roman. Déçu et dubitatif, parce qu’il démarre très lentement, que tout peine à s’installer et que l’auteur se noie dans des détails inintéressants qui allongent la sauce sans lui donner de saveur plus épicée. Chacun des quatre intervenants a ses chapitres, d’abord Åsa, puis Tom, puis Martin, puis Katja, cette série dans cet ordre est répétée une seconde fois. Il faut attendre l’intervention de Martin (p.89) pour qu’enfin se dessine quelque chose. Une chose que l’on ne fait encore que ressentir, mais que l’on imagine très différente et surtout plus complexe que ce que l’on pouvait envisager au départ. C’est d’ailleurs la grande force de ce roman -d'où mon côté emballé du départ- que de nous informer par bribes et par recoupement d’informations que l’on glane avec chacun des intervenants. Ils sont tous les quatre liés, ne le savent pas forcément, ne se connaissent pas bien, et chacun a une version des jours qui précèdent la disparition de Magda qui concerne un autre ou plusieurs autres. Ce qui fait que l’on est toujours dans l’incertitude de qui a fait quoi et que l’on se pose beaucoup de questions.

Ces chapitres sont aussi des moments d’introspection profonds, les hommes et les femmes se révèlent, parlent de leur enfance qui, chacune cache une frustration, une douleur vive, difficiles à surmonter. Chacun devient, au fil des pages, de plus en plus complexe avouant ainsi une part de faiblesse, un possible passage à l’acte, plus sombre aussi, à la fois plus simple à comprendre et plus énigmatique.

Mais dans le même temps, le roman est long, si la seconde partie est plus dynamique, que l’on peut enfin s’intéresser aux relations compliquées entre les personnages, la petite Magda semble être oubliée au profit des questionnements adultes. Certes, elle n’est que le prétexte à la construction du roman, mais elle aurait peut-être mérité un intérêt un peu plus grand de la part de l’auteur en lieu et place de ses détails inutiles.

La construction du livre est telle qu’imaginée dans le titre, c’est un labyrinthe dans lequel on peut se perdre et se retrouver, s’ennuyer et quand on trouve la fin être particulièrement heureux et ne penser qu’aux bons moments passés à chercher son chemin.

Un ouvrage noir au possible, à découvrir.

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F

Publié le par Yv

F, Antonio Xerxenesky, Asphalte, 2016 (traduit par Mélanie Fusaro)...,

Ana a vingt-cinq ans, elle est brésilienne et a un passé déjà bien rempli. Recrutée en tant que tueuse à gages, elle s'est entraînée avec la guérilla cubaine, a accepté des missions difficiles qu'elle a toujours menées avec succès. Cette fois-ci, elle doit tuer Orson Welles. Nous sommes en 1985, Ana ne connaît rien de l'œuvre de Welles, elle doit avant de l'approcher, découvrir sa filmographie. Pour cela, détour par la France, où une rétrospective Welles est organisée.

Roman en trois parties qui commence formidablement bien par la vie d'Ana et les raisons qui l'ont amenée à exercer ce métier peu courant et foncièrement masculin dans la littérature et le cinéma. C'est aussi dans cette partie qu'elle découvre les films d'Orson Welles. Le livre est construit avec des retours en arrière qui permettent d'éclairer la situation présente et la personnalité d'Ana. De très belles réflexions sur l'art : "Combien d'œuvres impressionnantes du cinéma et de la littérature ont surgi des pires conflits ? [...] L'expérience artistique semble toujours surgir dans les moments d'horreur, de désespoir ou simplement de privation. Un esprit tranquille ne produit pas d'art. Pour autant, existe-t-il quelqu'un en pleine possession de ses facultés qui aimerait voir la seconde guerre mondiale se répéter ? Pour autant, existe-t-il quelqu'un qui renoncerait à s'émouvoir des images d'une Vienne ruinée dans Le Troisième Homme ?" (p.31/32). Antonio Xerxenesky pose aussi la question de ce qu'est l'art. Qui décide de ce qui est art et de ce qui ne l'est pas ? "Qui es-tu pour définir ce qui est de l'art ou ce qui n'en est pas ?" (p.90).

La deuxième partie est un peu longue, c'est celle de la rencontre avec Orson Welles et j'ai trouvé que le romancier reprenait beaucoup de ses questionnements, mais cette fois-ci en changeant le contexte, ce qui m'a quand même donné l'impression qu'il se répétait, tournait un peu en rond.

C'est un roman très musical, mais mon souci est que je ne suis pas très fan de la musique des années 80. Bon rassurez-vous, Antonio Xerxenersky nous épargne toute la daube française des ces années-là qui refait surface depuis quelques années... Non, là on est plutôt sur Depeche mode, Joy division, New order, Duran Duran, Sisters of mercy, ... Je n'ai jamais été amateur de cette musique froide et sombre, très calibrée et très similaire d'un groupe à l'autre. Il développe pas mal sur les chansons de ces artistes que je n'apprécie pas plus que cela, ça sonne un peu métallique, boîte à rythme et c'est totalement déshumanisé. Heureusement, il est question -trop brièvement à mon goût- de Bruce Springsteen, là j'aurais pu adhérer...

Du bon et du moins bon dans ce roman, avec un beau personnage de jeune femme qui se cherche, pour qui la rencontre avec Orson Welles sera déterminante -et vice-versa. Je ne suis pas totalement convaincu parce que le roman est un peu déséquilibré avec cette deuxième partie plus faible, mais la troisième et courte ultime partie en forme de bilan, permet de finir sur de bonnes notes, sur cette jeune femme qui se pose des questions, qui cherche des réponses... aura-t-elle le temps de les trouver ?

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Proies faciles

Publié le par Yv

Proies faciles, Miguelanxo Prado, Rue de Sèvres, 2017 (traduit par Sophie Hofnung).....

Espagne, début 2014, un commercial d'une banque est retrouvé mort chez lui. L'inspectrice Tabares et Sottilo son adjoint sont chargés de l'affaire. Bientôt, un autre meurtre d'une personne travaillant dans une banque, puis un autre, et encore un autre... Les policiers sont débordés et ne savent pas par quel bout prendre cette enquête. Des accidents fortuits ? Impossible, puisqu'il y a empoisonnements. Alors ? Un tueur en série ? Une machination ?

Miguelanxo Prado est un auteur de BD espagnol qui s'est plutôt illustré dans l'humour et la poésie (cf. Wikipédia). Il s'attaque à un genre très particulier, le polar social. Et il y excelle. Son ouvrage est très bon sur le scénario notamment, cette intrigue qui tient jusqu'au bout les flics et nous les lecteurs. On ne sait pas trop où il nous emmène, vers quel coupable. Lorsque la fin se dessine, si l'on n'est pas surpris parce que finalement c'est celle que l'on s'attendait un peu à lire et voir, eh bien, malgré tout, on se dit qu'il a mené fort brillamment son sujet et qu'il nous a baladés au long des presque cent pages.

On est en plein cœur de la crise, les gens perdent leur argent confié aux banques qui ont investi de manière légère et qui ne remboursent pas les pertes. Beaucoup de gens se retrouvent dans des situations difficiles, tendues et notamment des personnes âgées qui ont perdu l'argent de toute une vie et qui ne peuvent plus vivre décemment ni aider leurs enfants et petits-enfants eux-mêmes en difficulté à cause du chômage, des emplois précaires...

C'est la même histoire partout sur la planète, les riches sont de plus en plus riches, les pauvres s'appauvrissent et subissent la loi des quelques qui ont argent et pouvoir (cf. Trump et son gouvernement de milliardaires et millionnaires...). Miguelanxo Prado met tout cela en scène et c'est joliment fait. Dessin noir et blanc sur fond grisé centré sur les personnages, peu de décors extérieurs, mais lorsqu'ils sont présents, ils le sont d’une manière forte : traits droits des immeubles et des rues qui tranchent avec les courbes des humains. Dit comme cela, ça pourrait paraître sombre, mais ça ne l'est pas, le duo de flic fonctionne bien, plaisante et permet de comprendre l'escroquerie des banques. Les deux sont humains et n'entendent pas faire leur boulot salement, même s'ils sont là pour obéir aux ordres.

Une BD absolument formidable qui en plus de faire passer un bon moment, permet de se poser des questions, de réfléchir à la société que l'on veut. Et en cette année d'élections, il est indispensable de se poser la question et de la confronter aux programmes des différents candidats.

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La loi des Sames

Publié le par Yv

La loi des Sames, Lars Pettersson, (traduit par Anne Karila), Folio, 2016 (Gallimard, 2014)....

Anna, substitut du procureur en Suède est appelée par sa famille maternelle en Laponie norvégienne pour aider à défendre Nils, son cousin, accusé de viol. Elle est chargée de trouver un arrangement avec la victime. Anna, qui a toujours vécu en Suède, retourne alors dans le grand nord qu'elle ne connaît que par de brefs séjours de vacances lorsqu'elle était enfant. En plein hiver, avec des températures frisant les moins cinquante, Anna se heurte à une communauté très soudée, les Sames dont elle est issue par sa mère mais qu'elle ne connaît que très peu ; de même ne comprend-elle et ne parle-t-elle que quelques mots de cette langue très particulière. Elle saisit, plus son travail avance, que le viol n'est malheureusement qu'une partie d'une affaire beaucoup plus importante.

Après la formidable trilogie -pour le moment- d'Olivier Truc, voici un autre roman lapon. Cette fois-ci écrit par un Suédois qui est tombé sous le charme de Kautokeino, localité tout au nord de la Norvège, et qui y passe ses hivers. C'est un roman lent. Très lent. Tout est blanc, gelé, on frôle parfois les moins cinquante degrés, et lorsque la température s'approche des moins dix, c'est que la météo est clémente. La première remarque qui vient à l'esprit est que l'auteur nous décrit beaucoup les différents parcours en voiture ou en scooter des neiges des différents personnages, Anna en particulier. D'où une certaine sensation de répétition, d'histoire qui tourne en rond et d'enquête qui fait du surplace. En outre, Lars Pettersson ne décrit pas les us et coutumes des Sames par des grands paragraphes. On peut donc ressentir une lassitude certaine et un ennui à la lecture, mais ce ne fut pas mon cas. En fait, Lars Pettersson est très habile et tisse son roman avec des fils visibles et invisibles. Il parle beaucoup des spécificités de la langue same et des paroles prononcées ou pas : "C'était ma mère qui m'avait appris cela. Ce que l'on taisait avait plus de poids que ce dont on parlait tout le temps. Il fallait apprendre à déchiffrer ce qui n'était pas dit. L'art de la conversation consistait à comprendre ce qui se cachait derrière les paroles que l'on prononçait réellement. Une vie en sous-texte." (p.71) Il construit son ouvrage de la même manière, le non-dit étant important. Il faut lire entre les lignes, rassembler les bribes d'informations semées de-ci de-là pour comprendre. Plus on avance dans l'histoire plus on intègre le truc et plus on comprend le mode de vie des Sames.

C'est très difficile pour Anna de revenir, elle est mal acceptée, sa mère ayant quitté la communauté depuis longtemps, tout ramène les habitants à elle et non pas à Anna qui reçoit et subit les reproches et les jalousies. Les Sames sont soudés, ils se connaissent tous. Les vieilles familles vivent de l'élevage des rennes sur des terres qu'ils sont les seuls à pouvoir exploiter. Mais si certains continuent l'élevage traditionnel avec peu de têtes, d'autres ont considérablement augmenté leurs cheptels et lorgnent sur les terres de ces familles, n'hésitant pas à s'accaparer des bêtes et tout faire pour couler l'adversaire. La société same qui semble si calme est en fait totalement bousculée par les notions de rendement, de richesse et par l'appât du gain. Les conflits d'intérêt sont légion mais comme les Sames se méfient des lois norvégiennes, ils préfèrent régler ça entre eux. C'est ce monde là que va découvrir -et nous faire découvrir- Anna. Elle va petit à petit trouver des indices qui la mèneront à soupçonner pas mal de monde. Elle va apprendre à connaître sa famille, tout un pan de son histoire personnelle.

C'est aussi un roman sur la condition féminine dans des sociétés où elles ne sont pas reconnues, même si de fait, ce sont elles qui les font tourner. Ajoutons à cela une nature somptueuse, blanche, silencieuse, les aurores boréales, ... et vous aurez toutes les bonnes raisons de jeter un œil attentif à La loi des Sames, un polar assez loin des clichés du genre.

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Colère noire

Publié le par Yv

Colère noire, Jacques Saussey, French pulp, 2017.....

Serge Taillard, un industriel proche du milieu politique dans lequel il s'est fait des amis et surtout des débiteurs, et ex-membre d'un parti d'extrême droite, toujours en lien avec cette mouvance raciste et xénophobe, est retrouvé mort dans son bain. Tout laisse penser à un suicide, mais certains détails étonnent le capitaine Daniel Magne et sa jeune collègue Lisa Heslin. En creusant leur début de piste, ils tombent très vite sur de nombreux suspects qui ont la fâcheuse tendance à mourir. Ils tirent les différents fils de leur enquête qui les mènera loin, très loin de la France.

Ce livre, écrit en 2008 est le premier de la série avec Daniel Magne et Lisa Heslin qui en compte aujourd'hui huit, le dernier sort ce mois-ci. Primitivement paru chez Les nouveaux auteurs, cette plate-forme qui permet aux lecteurs de découvrir des manuscrits et en fonction des retours de les publier ou non, c'est la toute jeune maison d'édition French pulp qui le réédite cette année, avec bonheur. C'est un polar pur qui ne s'attarde que peu sur un contexte particulier. La part belle est faite à l'enquête. Parlons tout de suite des choses qui fâchent avant de revenir au roman. Ce qui me gêne, ce sont des fautes de français, comme ce pléonasme "s'avérer exact" qui revient plusieurs fois et qui lorsqu'il ne s'avère pas exact, s'avère autre chose certes pas redondant mais assez lourd stylistiquement. En outre, je note à deux reprises la maladresse suivante -parce que je ne soupçonne pas l'auteur d'un quelconque racisme- qui fait état de la race noire : "Des Africains. Des Noirs eux aussi. [...] Il n'y avait pas tant d'hommes de sa race qui pratiquaient le tir à l'arc..." (p.343). Je me permets de rappeler ici qu'il n'y a qu'une seule race humaine et que la couleur de peau et l'origine ethnique ne sont que des différences mineures qui ne font pas de nous des gens de races différentes. Désolé les cons, euh pardon les racistes -ah encore un pléonasme. 

Bon cet aparté clos, revenons à ce gros roman de 500 pages, format poche. S'il est centré sur l'intrigue et l'enquête et ne développe pas assez un contexte ou même les personnages, seul Daniel Magne bénéficie d'une description étoffée, les autres passent en second plan sans vraiment qu'on se souvienne d'eux, je me dis que c'est un premier tome qui installe l'équipe et que les suivants doivent nous en apprendre davantage. 500 pages disais-je de pur suspense, qui ne m'ont jamais paru longues. Jacques Saussey construit lentement son enquête, elle prend son temps, celui de parler des lieux, de la profession de la première victime et s'intéresse -même trop succinctement, comme dit plus haut- à chaque intervenant. Au fur et à mesure de l'avancée des enquêteurs, les raisons du meurtre semblent s'obscurcir, sauf pour le lecteur qui en sait un peu plus que les policiers, par des incursions dans l'intimité de certains protagonistes importants que les policiers ne connaissent pas encore. Patiemment, Daniel Magne met les pièces qu'il découvre dans des tiroirs et au fur et à mesure qu'il en ferme un, il en ouvre un autre qui le mène dans une direction insoupçonnée : entre les affaires politico-financières, l'extrême droite très liée aux précédentes, les compromissions, les services rendus ; cette enquête à tiroirs donc, est bourrée de rebondissements et de ramifications nombreuses poussant les enquêteurs loin de France.

Lorsque l'on croit l'enquête est finie, il reste encore presque cent pages à lire et l'on se demande bien ce que va dire l'auteur, c'est sans compter sur son obsession à fermer tous les tiroirs qu'il a ouverts, ce qu'il fera de main de maître, nous laissant avec des enquêteurs fatigués mais parvenus au bout qui reviendront donc pour d'autres aventures, que je suivrais très volontiers dans l'ordre.

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Derrière le silence de l'ours blanc

Publié le par Yv

Derrière le silence de l'ours blanc, Thierry Vieille et Eric Hossan, Ed. Odin, 2016 ....

Le Groenland est un territoire très prisé par les pays du monde entier avides des richesses de son sous-sol. Mais c'est aussi le pays des Inuits que certaines puissances n'hésitent pas à maltraiter, à déplacer voire pire afin d'élargir leurs périmètres de recherche. Amarok, chef de la délégation inuit rencontre Katherine Krall responsable du Groupe d'Intervention Ecoforce (GIE) au sein des Nations Unies. Amarok est chaman, comme son grand-père Aqqaluk, leur animal est l'ours blanc. Aqqaluk est emprisonné dans la base américaine de Thulé du Pôle nord accusé du meurtre d'un militaire, un prétexte pour lui faire signer un renoncement aux terres de ses ancêtres. Katherine et le GIE décident d'aller voir de plus près ce qui se passe dans le Grand Nord.

Revoilà le GIE que j'avais rencontré dans sa première enquête, Dans l'ombre du jaguar, composé de Katherine Krall entomologiste, Jim Henderson ancien des forces spéciales reconverti dans l'écologie et Jivajos chaman amazonien rencontré lors du premier tome. Tout cela sous la coupe du Prince de Monaco. De nouveau, ils seront en lutte avec des hommes puissants prêts à tout pour arriver à leurs fins. De nouveau, ils lutteront contre des intérêts pharmaceutiques internationaux et les appétits gargantuesques des pays pour les richesses soupçonnées ou avérées du sous-sol groenlandais. Très belle enquête au froid avec des descriptions des lieux et des gens qui y habitent. Décrire le blanc, la neige, la glace et le froid n'est pas un art aisé, mais les deux auteurs y parviennent sans mal ; le fait que les décors sont plus monochromes que lorsque le GIE était en Amazonie allège considérablement mes réserves du premier tome. Presque plus, à part une certaine mollesse au mitan du roman avant une reprise attendue et qui tient toutes ses promesses en un final haletant. 

Je me suis régalé, même si je dois admettre une déception cruelle : dans mon premier billet j'avais créé une certaine intimité avec le Prince de Monaco allant même jusqu'à l'inviter et l'appeler Albert...  Mais adieu Albert et bonjour Jean-Charles, car le Prince de Monaco du roman se prénomme Jean-Charles -tant qu'à changer, j'aurais pris un petit nom plus sexy, tiens Yves par exemple- et il est né en 1971. Rien à voir avec Albert. Tant pis, adieu mon invitation et mon futur séjour tous frais payés à Monaco -oui, j'avais aussi demandé ça, on ne sait jamais...

Trêve de plaisanterie -quoique...-, revenons au roman : tous les ingrédients sont là pour faire plaisir au lecteur : aventure, action, amour -et ce crétin de Jean-Charles qui préfère une journaliste allemande à Katherine, non mais-, plongée dans un monde blanc, silencieux et beau, chamanisme -un brin d'irréalité ou de sur-réalité donc-, trahisons, secrets, rebondissements, jeux politiques, géo-politiques, intérêts stratégiques, gros sous, recherches scientifiques, écologie, enjeux pour la vie sur et de la planète, ... et j'en passe. Tout cela en 300 pages fort rythmées en courts chapitres et en une langue classique et accessible forme un roman populaire qui pourrait séduire quantité de lecteurs. Les personnages principaux sont un peu prévisibles mais ils nous font visiter et connaître des contrées dont on parle peu et nous obligent à nous poser des questions sur le sens de la vie, sur la course au progrès et à la jeunesse si ce n'est éternelle au moins de plus en plus longue. Ils se structurent peu à peu au fil des deux romans et je ne doute pas qu'ils reviendront pour de nouvelles aventures encore plus forts et plus construits. Je les retrouverai bien volontiers, ça me consolera de ma désillusion de ne pas rencontrer Albert -mais sait-on jamais, ...

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Bilan 2016 (suite)

Publié le par Yv

Bilan 2016 suite

Parmi tous les livres lus cette année qui fut riche, certains ont raté de peu -voire très peu- la plus haute marche, celle des coups de coeur, mais ils méritent d'être cités dans un bilan annuel, car ce furent de belles surprises ou des confirmations :

 

- L'infiltré de La Havane, de Nikos Maurice, chez La Différence

- Le géant, de Stefan aus dem Siepen, chez Ecriture

- Le carré des Allemands, de Jacques Richard, chez La Différence

- Halabeoji, de Martine Prost, chez L'Asiathèque

- L'été Diabolik, de Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse, chez Dargaud

- La femme qui valait trois milliards, de Boris Dokmak, chez La mécanique générale

- Rouge écarlate, de Jacques Bablon, chez Jigal

- Une vie entière, de Robert Seethaler, chez Sabine Wespieser

- Maudits soient les artistes, de Maurice Gouiran, chez Jigal

- Ping-pong, de Park Min-Kyu, chez Intervalles

- Rien n'est crucial, de Pablo Gutiérrez, chez Christophe Lucquin

- Gauguin mort ou vif, de Marie Devois, chez Cohen&Cohen

- Spiridon superstar, de Philippe Jaenada, chez Prisma

- L'origine du crime, de Sébastien Lepetit, chez Flamant noir

- Police, de Hugo Boris, chez Grasset

- Spada, de Bogdan Teodorescu, chez Agullo

- Le dernier amour du lieutenant Petrescu, de Vladimir Lortchenkov, chez Agullo

- Par le temps qui court, de Michel Butor, chez La Différence

- La tête de l'Anglaise, de Pierre d'Ovidio, chez Jigal

- La déesse des marguerites et des boutons d'or, de Martin Millar, chez Intervalles

- La lettre et le peigne, de Nils Barrellon, chez Jigal

- La forêt des renards pendus, de Nicolas Dumontheuil, chez Futuropolis

- La trêve, de Saïdeh Pakravan, chez Belfond

- Ad unum, de Dider Fossey, chez Flamant noir

- La toubabesse, de Louis-Ferdinand Despreez, chez La Différence

- L'affaire de l'homme à l'escarpin, de Jean-Christophe Portes, chez City

- Au piano, de Jean Echenoz, chez Minuit

- Rouge comme la neige, de Christian de Metter, chez Casterman

Et voilà, 28 titres excellents pour finir mon bilan annuel. Quelques éditeurs qui reviennent plusieurs fois : de nouveau Flamant noir (2) et Intervalles (2), mais aussi Jigal(4), Agullo (2) et La Différence (4). D'autres sont cités une seule fois : Grasset, Dargaud, Futuropolis, Belfond, Prisma, Cohen&Cohen, Sabine Wespieser, Ecriture, L'Asiathèque, Christophe Lucquin, La mécanique générale (maison de poche de Ring éditions que j'évite depuis à cause d'une ligne éditoriale qui ne me plaît pas beaucoup, voir ici), City éditions, Minuit et Casterman. De belles découvertes encore une fois, des auteurs et des styles très variés, du polar, du roman, de la poésie, de la BD. 

Si avec mes deux articles, vous ne savez pas quoi lire de bon, je ne sais plus quoi faire... Ou alors, je fais un bilan des livres qui me sont tombés des mains... (cf. mes articles intitulés ça coince !)

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