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polar-noir

Opération Napoléon

Publié le par Yv

Opération Napoléon, Arnaldur Indridason, Métailié, 2015 (traduit par David Fauquemberg)..

1945, un avion allemand s'écrase sur un glacier islandais, le Vatnajökull. Des recherches sont aussitôt entreprises par les Américains. En vain. En 1999, à la faveur du réchauffement climatique, une partie de l'avion apparaît sur les radars. L'armée étasunienne se rend alors sur place en toute discrétion pour y récupérer l'avion en question. Deux jeunes Islandais sont témoins de ce grand chantier secret, ils sont aussitôt portés disparus. Kristin, avocate à Reykjavik, sœur de l'un de des deux jeunes hommes, menacée elle aussi se met à leur recherche.

Alléchant sur le papier, et finalement décevant... long et écrit dans un style journalistique assez rasoir et qui ne permet que peu d'entrer dans l'histoire. Je m'y ennuie dès le départ, je continue à me languir à la page 100 et puis comme mon ennui persévère, moi je pose les miens (mes verres, sans lesquels je ne peux pas lire) et j'arrête là ma lecture. Je réfléchis alors -ça je peux le faire sans mes binocles- et me pose la question de l'intérêt de sortir ce roman écrit en 1999. Depuis, Arnaldur Indridason a fait beaucoup mieux, même si je l'ai un peu abandonné depuis quelques années, je me faisais d'ailleurs une joie de le retrouver avec cette Opération Napoléon.

Ce qui me tient souvent dans un roman noir, ce sont les personnages, bien sûr, l'intrigue, cela va sans dire et le contexte. Là, tout est noyé sous un flot de descriptions inintéressantes et longues, les personnages ne se dévoilent que peu et le contexte est enfoui dans cette logorrhée pesante. A mon sens, il aurait fallu une révision voire une réécriture de ce roman, plus serrée pour lui donner un véritable intérêt autre que celui de surfer sur le nom d'un des rois du polar nordique de ces dernières années.

Je suis resté totalement en dehors de l'ouvrage, et c'est fort dommage, car j'aurais aimé être passionné par l'histoire des bases américaines en Europe et notamment l'islandaise, j'aurais aimé haleter avec Kristin -entendons-nous bien, en tout bien tout honneur- à la recherche de son frère, détester les méchants Étasuniens sans scrupules, enfin bref passer un bon moment dans le froid et la neige. Hélas, il me faut me rendre à ma raison : ce roman n'est pas fait pour moi, d'où la relative brièveté de mon article, qui, pour une fois, ne lassera pas les foules denses et en délire qui passent chaque jour sur Lyvres (un peu de promo n'a jamais fait de mal, merci de commenter et de faire tourner l'adresse...)

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Varvara

Publié le par Yv

Varvara, Patrick Weiller, Cohen&Cohen, 2015....

Lisant les avis d'obsèques dans le journal Le Monde, un marchand de tableau parisien y voit un jour le nom d'une vieille dame russe qu'il a visitée des années auparavant et dont le tableau d'une jeune fille peinte en 1800 par Elisabeth Vigée Le Brun lui est resté en mémoire. Et pour cause, il est quasiment tombé amoureux de cette toile, du modèle, une quadrisaïeule de la vieille dame. Il fait alors des démarches pour retrouver les héritiers et leur demander de racheter le tableau. Sa quête le mènera à New York. Il y retrouvera le chef d'œuvre, mais son actuel possesseur se livre à des pratiques douteuses en lien avec la mafia ukrainienne de Brooklyn.

Elisabeth Louise Vigée Le Brun (1755/1842) est en plein dans l'actualité culturelle de cette fin d'année puisqu'une exposition -jusqu'au 11 janvier 2016- au Grand Palais de Paris est consacrée à cette portraitiste de Marie-Antoinette et des grands de ce monde à son époque, ce qui lui vaudra l'exil en Russie entre autres destinations au moment de la Révolution

Dans ce roman, Patrick Weiller s'attarde sur les péripéties du marchand de tableau et sur l'histoire de la toile qui est en couverture, le portrait d'une jeune femme d'une vingtaine d'années à la beauté étincelante. Plus qu'un polar, c'est un roman qui permet d'en connaître un peu plus sur les dessous des ventes aux enchères, des pratiques des marchands de tableaux. Une sorte de compte-rendu autour de la tentative d'achat de ce tableau. L'aspect polar intervient surtout lorsque la mafia ukrainienne entre en jeu et que l'on comprend que l'héritier de la vieille dame russe n'est pas franchement honnête. Autour d'une vraie toile, d'une vraie peintre et d'un vrai modèle, Patrick Weiller construit sa fiction fort agréablement. Le rythme n'est pas haletant, mais on est assez vite pris par l'envie d'en savoir un peu plus sur ce tableau, le modèle et sur les mésaventures du marchand, honnête même s'il hésite à s'affranchir de quelques règles tant il est fasciné par la jeune femme peinte, son regard notamment.

Une histoire courte de 138 pages, dans sa superbe livrée noire absolue de la collection Art Noir de chez Cohen&Cohen, la collection qui allie polar et art et que vous connaissez maintenant. Quoi ? Certains la découvrent avec cet article ? C'est mal, ça veut dire que vous n'avez pas lu celui-ci ni celui-là... Un peu d'attention s'il vous plait et de constance à venir me lire, pour piocher plein d'idées lecture bien sûr, mais aussi parce que ça peut faire monter mes statistiques de visites (n'oubliez pas de commenter les articles, c'est encore mieux).

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Ça coince ! (30)

Publié le par Yv

Les profondeurs, James Grippando, Éd. Mosaïc, 2015.. (traduit par Marc Rosati)

Un tueur en série sévit à Palm Beach. Lorsque le corps d'une jeune femme noire est découvert dans les Everglades, tout laisse à croire que le tueur s'est déplacé pour continuer d'agir, mais il pourrait aussi s'agir d'un meurtre à part. Abe Beckham, procureur est vite suspecté puisqu'il connaissait la victime intimement et qu'il a nié. Puis sa femme, Angelina, disparaît. L'agent de FBI, Victoria Santos le soupçonne de plus en plus.

J'ai reçu ce livre par la poste, sans me rappeler si on m'avait sollicité auparavant ou non. Toujours est-il que je tombe sur un écrivain que l'on compare volontiers à Harlan Coben, dont je n'ai aimé que Ne le dis à personne, la suite m'ayant laissé totalement froid. Eh bien là, ça me fait le même effet, la comparaison n'est donc pas usurpée en ce qui me concerne. J'ai la désagréable impression de me retrouver devant une énième série étasunienne avec des meurtres, un tueur en série, des rebondissements qui n'en sont pas, tellement on les a vus ou lus ailleurs. Le roman est bavard, long, n'apporte rien si ce n'est une plongée dans les Everglades, c'est pour moi le seul bon point. A priori James Grippando est très connu -bon pas de moi, avant ce livre il m'était un parfait inconnu- pour ses thrillers précédents, de vrais page-turners ai-je pu lire en bon français. Si on le dit, je veux bien le croire...

Block 46, Johana Gustawsson, Bragelonne, 2015..

Falkenberg, Suède, le corps terriblement mutilé d'une femme est retrouvé sous une barque. Son amie Alexis part sur les lieux pour l'identification. Elle y retrouve Emily, profileuse qu'elle a déjà rencontrée précédemment. Celle-ci lui révèle qu'à Londres, ont été retrouvés les corps de deux jeunes garçons pareillement mutilés que la femme de Falkenberg. La piste qu'elles découvrent les mènera vers le camp de Buchenwald, en 1944.

Une idée de départ pas mal du tout, classique s'il en est, mais parfois le classique a du bon dès lors qu'il est bien traité. Las, je me perds rapidement dans les noms des personnages, la profusion des seconds rôles se mélange dans mon pauvre petit esprit étriqué. En outre, le roman est très haché en tout petits chapitres de deux ou trois pages qui alternent les narrateurs et les lieux, une autre source de perdition pour moi ; cette mise en page, d'habitude dynamique, paradoxalement casse le rythme, qui lorsque je commence à le prendre est changé par un autre point de vue. La première partie est assez longue, bavarde, sentiment accentué par les nombreux dialogues. 

Un thriller qui pourra plaire, sûrement, il n'y a pas de raison, mais pas à moi. Tant pis.

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Violence d'état

Publié le par Yv

Violence d'état, André Blanc, Jigal polar 2015....

Carambolage sur une autoroute lyonnaise. Dans l'amas de tôle, un corbillard avec quatre hommes à l'intérieur morts carbonisés. Mais le plus étrange, c'est que le cercueil est vide de tout défunt et que le fourgon mortuaire est plein d'armes et de drogue désormais envolée en fumée. Le commandant Farel de la PJ lyonnaise est sur les lieux. Lui et son équipe vont bientôt flairer l'affaire d'état. Ils se dépêchent de verrouiller le dossier pour ne pas le perdre et vont remonter vers des hommes qui profitent de leur pouvoir et de leur réseau pour gagner encore plus d'argent dans des affaires louches.

J'ai déjà rencontré l'équipe du commandant Farel dans le roman précédent d'André Blanc, sobrement intitulé Farel. J'avais alors été surpris par le réalisme et la minutie des descriptions de l'auteur. C'est toujours le cas avec Violence d'état. L'intrigue est totalement crédible, elle serait l'une des nombreuses affaires politico-financières dont on a vent depuis une quarantaine d'années. Ce qui m'étonnera toujours, ce n'est pas qu'il y ait des gens de pouvoir tentés par des malversations de tout ordre, mais plutôt qu'ils osent franchir le pas, sachant qu'à un moment ou un autre, ils vont se faire gauler. Ils sont tellement nombreux nos politiques à avoir eu affaire à la justice -et de tous les partis, même ceux du FN qui prétendent être plus blancs que blancs- que le "tous pourris" -que je déteste car je reste persuadé que beaucoup sont honnêtes- devient un leitmotiv que je n'ose plus qu'à peine contredire.

Mais bon, revenons à nos flics lyonnais qui enquêtent sur le trafic d'armes et de drogue. Il n'est pas toujours très simple de s'y retrouver, il faut s'accrocher un peu, parce que l'affaire est complexe, les meneurs sont roués et de peur de fouineurs ou de juges et de flics trop zélés, ils font des montages abscons. André Blanc nous donne des indices à petites doses, pas suffisamment pour que l'on puisse seul, comprendre la totalité de l'affaire. Mais patience, Farel et son équipe nous expliquerons tout à la fin. Belle équipe d'ailleurs que celle de Farel, soudée, une confiance absolue les uns dans les autres, de forts caractères, notamment ceux de Farel et de Lucchini son second, les plus présents dans le roman, avec Jimmy, le nouvel arrivant, as de l'informatique. Et puis, il y a Maud. Maud, c'est l'amie de Farel. Flic à Interpol, elle était déjà là sur le premier tome et se remet très douloureusement d'une agression.

Pour revenir un instant à la construction du livre, j'ai eu la sensation étrange tout au long d'icelui de ne pas tout comprendre, de me dire qu'il valait mieux avoir lu Farel avant de lire Violence d'état, notamment pour les relations entre les personnages. Et puis finalement, non, pas du tout. C'est André Blanc qui construit un puzzle, nous donnant des pièces de temps en temps, mais évidemment jamais trop proches les unes des autres. Il nous oblige à réfléchir, à faire une partie du travail de regroupement nous-mêmes, c'est du grand art. Ce n'est qu'à la fin que tout s'emboîte parfaitement. Ça peut paraître assez classique ce que j'écris là, mais le classique lorsque c'est bien fait et maîtrisé, ça a du bon. La preuve !

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Midi noir

Publié le par Yv

Midi noir, Patrick Valandrin, La Différence, 2015.....

Jean-Yves Grenier, dit Le Jygue, est commissaire de police, muté de Strasbourg à Avignon pour cause d'alcoolisme et d'indépendance d'esprit et d'initiatives. La cinquantaine désabusée, solitaire, il travaille avec la jeune Marjolaine Pamier. Tous deux se retrouvent face à un homme qui s'accuse d'un meurtre mais sans cadavre. Obligés de relâcher l'homme, celui-ci est bientôt retrouvé mort au fond d'une cuve à vin. Les deux flics vont alors mener leur enquête au cœur du vignoble local, entre jalouseries et mesquineries voire pire surtout lorsque la politique s'en mêle...

Nouveau venu dans le polar Patrick Valandrin tient là un bon personnage, à la fois agaçant et attachant. Le Jygue est un homme qu'on plaint, victime de son alcoolisme, qu'on aimerait secouer un peu en lui disant de se bouger, de se prendre en mains et de se faire soigner, et qu'on aime bien parce qu'il est sincère, emprunté, fragile et néanmoins impossible à faire bouger de sa ligne de conduite, opiniâtre malgré les embûches et les coups bas, il ne lâche pas tant qu'il n'a pas la solution à son problème, même s'il doit se mettre les puissants locaux à dos, un orchidoclaste (comme dirait HF Thiéfaine) pour ses supérieurs. Secondé et soutenu par Marjolaine Pamier, leur équipe est performante et marche là où d'autres n'osent pas mettre les pieds : le monde des affaires et de la politique. L'intrigue est placée dans le milieu viticole en pleines élections législatives, les dernières, celles où l'on donnait le Front National vainqueur dans tout le sud. Le député sortant, de droite Emmanuel de Cluny est un type imbuvable, qui n'hésitera pas à s'allier au FN pour gagner, qui ne veut pas prononcer le nom de celui qui a osé se présenter contre lui (tiens, tiens, ce dernier point me rappelle un battu de 2012 qui au mépris de tout respect si ce n'est pour l'homme au moins pour la fonction, ne nomme notre président actuel que sous "Moi je". La défaite est encore dure à avaler...). Les protagonistes sont tellement réalistes qu'on y croit à fond. De même pour les viticulteurs : entre les gros qui veulent faire du profit à tout prix et ceux qui font du vin de qualité, parce qu'ils adorent cela et qu'ils y croient. C'est un véritable plaidoyer pour le vin bio parce que dans ce domaine aussi, certains paysans se bougent et créent des vins absolument formidables et abordables (bon, je ne suis pas très connaisseur du vin de la région d'Avignon, mais si un viticulteur -un bio, je préfère, mais je ne suis pas sectaire- me lit, je suis preneur, je donne mes coordonnées sans souci...). Je baigne actuellement dans des lectures sur ce sujet à travers plusieurs supports et je trouve cela très intéressant : l'essai avec Eric Fottorino, le polar avec Patrick Valandrin et même la BD bientôt avec Yves Camdeborde et Jacques Ferrandez.

Mais comme il s'agit d'un polar, revenons à l'intrigue qui est assez classique, mais très bien amenée, le contexte et les personnages lui donnant un intérêt supplémentaire. Magouilles, chantage, corruption, escroquerie, paysages idylliques, personnages torturés ni tout-noirs ni tout-blancs, canicule qui fait monter les températures et les tempéraments...

Une bien belle collection que celle de La Différence noire -avec en plus des couvertures très réussies- qui publie là un polar excellent ; pour un premier essai, Patrcick Valandrin, se montre très doué.

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Les âmes obscures

Publié le par Yv

Les âmes obscures, Jacques Mazeau, Presses de la cité, 2015...

Céline, la trentaine est avocate à Paris. Célibataire, elle aime flirter et plus si affinités sans s'engager. Lorsqu'on lui annonce que son père, berger près de Millau à disparu, Céline quitte Paris pour tenter d'y voir plus clair. Pierre son père est fantasque, un vieux bougon séducteur qui n'a jamais été fidèle. Elle et lui se sont un peu éloignés avec le temps. Arrivée sur place, elle demande à David l'un de ses ex, flic, de l'aider à retrouver Pierre. Les découvertes qu'ils feront mettront à jour un visage assez inattendu du père de Céline. Est-elle prête à affronter des révélations fracassantes ?

Sympathique ce polar. Pas révolutionnaire, mais agréable. Construction assez classique à plusieurs personnages, des rancœurs familiales, des haines, des jalousies, tous les ingrédients sont présents pour écrire un bon roman à suspense. Jacques Mazeau n'est pas un débutant, il sait donc y faire, nous tenir en haleine avec des révélations au compte-goutte, une histoire d'amour entre Céline et David et des secrets de famille et de villages bien cachés. Un peu bavard néanmoins, mais rien que ne soit insurmontable, disons que certains rappels, certaines répétitions, quelques descriptions auraient pu être évités, mais on les passe un peu plus rapidement et le tour est joué. Le plus de ce roman est qu'il est empli de personnages très opposés : les manipulateurs, les dévoués, les soumis, les innocents, les flics qui recherchent la vérité et se heurtent à un silence quasi général. David et Céline sont bien sympathiques, elle totalement bouleversée par ce qu'elle apprend de son père et par sa disparition et lui, troublé par son ex qui se révèle sous un autre jour et dont il est toujours amoureux. Leur histoire qui recommence est une grande partie de ce roman.

L'intrigue ne fait pas tomber du placard -mais d'ailleurs que ferions-nous au-dessus du placard ?- mais elle est habilement menée pour tenir jusqu'au bout avec l'envie de connaître son dénouement. Imaginez. Imaginez un samedi soir de pluie. Vous ne voulez pas sortir, il n'y a rien d'intéressant à la télévision. Ah si, une émission d'Arthur, non j'déconne "Arthur est intéressant" est un oxymoron. Par contre, il y a un téléfilm policier sur France 3. Pourquoi pas ? Ah oui, les acteurs sont bons, vous tentez le coup. Superbes paysages, accents rocailleux, tronches de locaux, etc etc... Au contraire de vos a priori, vous passez une excellente soirée, oubliez même le mauvais temps et la fraîcheur. Eh bien, ce roman c'est tout cela, rien de plus mais rien de moins. Alors tentés par une bonne soirée ?

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Le vol du Jocond

Publié le par Yv

Le vol du Jocond, Jean-Pierre Bernhardt, Cohen&Cohen, 2015.....

Ils sont quatre : Nicolas archéologue français obèse et plutôt bonhomme, Laura informaticienne italienne anorexique et impulsive, Chiara antiquaire italienne chic, belle et lesbienne et Giovanni radiologue italien réputé, ambitieux et détestable. Quatre à ne pas se connaître et à être convoqués de manière très étrange chez un notaire romain, chacun muni d'un demi-objet : carte de tarot, domino, pièce d'échec et dé en ivoire reçus par courrier. Leur rencontre est liée au célèbre tableau de Léonard de Vinci, La Joconde ou plutôt à son putatif pendant masculin, Le Jocond.

Vous en dire plus serait gâcher le pur plaisir de lecture qui débute dès les premières lignes et ne s'arrête qu'à la toute dernière ! Je vous conseille de courir acheter ce roman sans même le retourner et lire la quatrième de couverture, qui n'en dévoile pas beaucoup mais forcément un peu quand même ; faites-moi confiance, si vous aimez les polars et les romans d'aventure, vous reviendrez me remercier.

La gageure pour moi sera de parler de ce roman, de le conseiller très fortement sans en dévoiler trop. Bon, je me lance. Le fond d'abord : outre cette histoire totalement folle et originale, les personnages créés par Jean-Pierre Bernhardt sont très bien décrits. Tous quatre assez différents, tant dans leurs travaux que dans leurs ambitions ou leur rang social. Giovanni est riche, veut se présenter aux prochaines élections et se verrait bien le futur Président du Conseil italien. Il est sûr de lui, arrogant et vindicatif et veut ramasser un maximum d'argent avec cette histoire de Jocond. A l'inverse de Nicolas, qui n'a pas un sou de côté, est plein de bon sens et de réflexion et ne se lance jamais dans une action sans en avoir pesé le pour et le contre. Chiara présente bien, elle joue le rôle de sa condition sociale, alors qu'elle est fragile en proie aux doutes et aux questionnements. Laura est cash, elle vivote en travaillant dans une boutique de réparation informatique, elle s'emporte facilement. Laura et Nicolas n'ont que faire des conventions sociales alors que les deux autres ne vivent que par l'image qu'ils renvoient autour d'eux. JP Bernhardt oppose donc ses personnages histoire de donner à chacun d'eux de l'ampleur et que chacun puisse jouer un rôle dans cette aventure. Très bien fait, on y croit jusqu'au bout, je me suis totalement laissé embarquer dedans.

La forme maintenant : je vous ai déjà parlé de la collection Art Noir de chez Cohen&Cohen (Jean-Michel de Brooklyn), des livres tout noirs, de la couverture à la tranche des pages, ce qui en fait de très beaux objets. Si en plus, le contenant est de qualité, ce qui est largement le cas eh bien, vous avez donc ici présenté un roman que vous ne pouvez éviter. Franchement, ce serait dommage, vous rateriez de très beaux moments de lecture.

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L'affaire des corps sans tête

Publié le par Yv

L'affaire des corps sans tête, Jean-Christophe Portes, City Editions, 2015....

Février 1791, un corps sans tête est retrouvé flottant dans la Seine. Puis un deuxième, et un troisième. Le brigadier Picot, un enquêteur qui a commencé du temps de la Maréchaussée et continue dans la nouvellement créée gendarmerie remonte tranquillement une piste. De son côté, le très jeune sous-lieutenant Victor Dauterive, protégé de Lafayette est chargé d'arrêter Marat, jugé comme un dangereux agitateur. Mais Dauterive, bien que jeune, flaire l'embrouille et à force de poser des questions se retrouve vite la cible de certains puissants. Il croisera la route des corps sans tête qui pourraient bien avoir un rapport avec sa mission d'arrestation de Marat.

Très belle idée que de placer un roman policier dans cette époque troublée : la Révolution a commencé depuis deux ans, mais le roi est encore là, et certains rêvent encore d'établir une monarchie constitutionnelle pendant que d'autres veulent revenir à l'ancien régime. Les manipulations sont légion, les arrangements, les pots-de-vins, les bassesses les plus extrêmes sont plus que courantes. Tout le monde manigance dans son coin, tellement le pouvoir en place est fragile. Danton et Mirabeau sont payés par Louis XVI pour son plan de corruption visant à retrouver le pouvoir. Marat écrit dans son journal, semble incorruptible et continue de dire très haut et très véhémentement ce qu'il pense du roi et de ceux qui sont au pouvoir. La belle Olympe de Gouges est aussi présente dans ce roman, en est un personnage avec un vraie place, on lit ses revendications pour la vraie égalité entre tous : le droit de vote des femmes et leur intégration dans la société à la même place que les hommes, de vraies mesures pour aider les pauvres isolés dans des quartiers sordides, la fin de l'esclavage, ... Le contexte est formidable, je ne suis pas spécialiste de la période, je ne saurais dire s'il y a des anachronismes, des erreurs manifestes, Jean-Christophe Portes indique en fin de volume ses références bibliographiques, solides, ce que je sais c'est qu'il a su rendre un Paris vivant et grouillant, bruissant des intrigues du pouvoir mais aussi des pauvres qui n'en peuvent plus de s'échiner pour presque rien.

Et l'intrigue du roman me demanderez-vous ? Eh bien, elle est elle aussi solide, au début on ne la comprend pas trop, on avance au même rythme que Victor Dauterive, on sent bien qu'il y a lutte au plus haut niveau de l'État et que certains en profitent pour s'en mettre plein les poches, comme quoi, rien ne change... Et puis, on avance et se dessine encore autre chose, plus grand... mais je ne vous dirai pas. Franchement, je me suis régalé.

Mes deux seules réserves seraient sur un format qui aurait pu être un peu plus court, notamment dans la première partie qui se traîne un peu, mais une fois passée, le reste est excellent ; l'autre réserve est purement de mise en page, à savoir que lorsqu'on passe d'un personnage à un autre, il y a un interligne plus large, mais un petit symbole dans cet interligne serait une bonne idée.

Victor Dauterive est un jeune homme de dix-neuf ans, qui a fui une éducation plus que stricte et s'est retrouvé versé dans la nouvelle gendarmerie créée en février 1791 en remplacement de la Maréchaussée. Il a la fougue de son âge mais aussi la maladresse et une certaine naïveté liées également à sa jeunesse. Il tombera dans des pièges grossiers, se fera rosser, enlever, doubler, ... C'est un nouveau venu bien sympathique qui change des enquêteurs qui devinent tout, sont totalement blasés et ne tombent que rarement dans les traquenards. C'est un personnage qui demande à s'épaissir, qui s'épaissira sûrement au fil de ses enquêtes, puisqu'une série s'annonce ici avec ce premier titre. Sans doute lui faudra-t-il s'associer avec quelque collègue ou mouche de l'époque (= indic de maintenant) pour prendre un peu d'envergure et se tirer de mauvais pas plus aisément. Une naissance de héros bien sympathique qui ne demande qu'à être suivie d'autres épisodes que je me fais déjà une joie de lire.

Pour plus de renseignements, n'hésitez pas à consulter le site de Victor Dauterive, voire même son compte facebook, et oui, un gendarme de 1791, ça vit aussi avec les réseaux sociaux.

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Les voleurs de sexe

Publié le par Yv

Les voleurs de sexe, Janis Otsiemi, Jogal Polar, 2015.....

Libreville, Gabon, une étrange rumeur occupe les esprits et risque de provoquer une émeute : d'un simple toucher de main sur le corps, les hommes se font voler leur sexe. Dès qu'un supposé voleur de sexe est reconnu par la foule, elle ne se contrôle plus. D'où la demande du chef de la police de prendre cette rumeur au sérieux avant qu'elle ne tourne à l'exécution des supposés voleurs. Mais ce qui intéresse plus les policiers et gendarmes, ce sont deux grosses affaires : un braquage d'un patron chinois qui finit mal et des photos compromettantes du président de la république qu'un groupe de jeunes tente de vendre à un journaliste.

Issus des quartiers pauvres, Tata, Balard et Benito, la vingtaine, flairent l'aubaine et l'argent facile lorsqu'ils trouvent les photos du président et comme ils préfèrent les petites arnaques au travail, ils foncent dans un plan qui pourrait bien les mener loin de ce qu'ils en attendaient. L'autre trio, Pepito, Kader et Poupon, plus aguerri s'apprête à monter un coup sérieux, acoquiné avec des flics franchement pourris ; ce coup pourrait être le plus beau de leur encore courte vie, trente millions de francs CFA (environ 45000 euros). Et puis, il y a cette histoire de voleurs de sexe : au contact d'un voleur de sexe, les hommes sentent comme une décharge électrique et leur sexe diminue, leurs épouses attestant cette perte de virilité. Janis Otsiemi nous plonge au cœur de la capitale avec les petites gens, pas les hommes d'affaires, ceux qui ont le pouvoir et l'argent, non ceux qui doivent se débrouiller pour vivre.

Il mène avec brio et en parallèle ces trois enquêtes en usant d'une langue absolument merveilleuse, pleine d'expressions ou de proverbes africains, d'argot, de néologismes, de détournements du sens des mots sans que cela ne nuise à la lecture, au contraire mais aussi de français parfait ; il invente sa langue, un peu comme Audiard ou Dard l'ont fait avant lui (aucune comparaison de ma part, juste pour se faire une idée), c'est dire si on se régale à lire ses histoires. Ses héros n'en sont pas et certains d'entre eux, même s'ils sont malhonnêtes, ils ne sont pas totalement antipathiques, on aimerait bien quelquefois qu'ils se fassent gauler pour leur apprendre à vivre mais aussi qu'ils s'en sortent, le système étant totalement gangréné par la corruption, l'argent facile, le piston, ...

Malgré son écriture enlevée et l'humour des situations, J. Otsiemi écrit un polar noir et désabusé, un peu comme si rien ne pouvait changer : les pourris resteront pourris tant que la société leur permettra l'impunité pour agir, protégés qu'ils sont par leur poste, leur bras long ; les magouilleurs le resteront tant qu'ils gagneront plus à magouiller qu'à travailler et tant que des flics véreux les protègeront et profiteront de leurs arnaques ; les petits resteront petits, travailleurs exploités par les patrons, notamment les Chinois qui investissent en force en Afrique et sont impitoyables.

Janis Otsiemi est gabonais, vit dans ce pays. On sent qu'il l'aime et qu'il aime ses compatriotes. Malgré cela, son regard est noir sur la société : la débrouille est un moyen de survie pour beaucoup, l'arnaque itou. Lorsque certains flics sont véreux, ils le sont jusqu'à l'os, ce sont carrément de vrais gangsters. Néanmoins, ils travaillent et ont des résultats. Les politiques veillent au grain, à ce qui rien ne se sache de leurs turpitudes, de leurs penchants, de leurs magouilles, ce qui n'est pas forcément une spécialité gabonaise ni même africaine...

Je finis par cette citation de la quatrième de couverture qui résume tout mon propos :

"Sombre et poisseux comme une nuit africain. Style percutant, propos frondeur, humour désabusé... Avec son talent de griot urbain, Janis Otsiemi fait de chacun de ses romans une pépite de littérature noire."

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