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polar-noir

Ça coince ! (25)

Publié le par Yv

Identique, Scott Turow, Lattès, 2014 (traduit par Antoine Chainas).

"Après avoir passé vingt-cinq ans en prison pour le meurtre de son ancienne petite amie, Cass Gianis est enfin libéré. Entre-temps, son jumeau Paul est devenu une brillante personnalité politique. Mais le frère de la victime reste convaincu que tout n'a pas été révélé au grand jour dans cette affaire et charge une ex-enquêtrice du FBI de découvrir enfin la vérité." (4ème de couverture)

Mais qu'est-ce qui m'a pris de prendre ce bouquin ? Le résumé sans doute, l'éditeur et le traducteur dont j'aime bien les romans ? Dès le début, je me suis perdu dans les noms des personnages, les liens entre eux (et pourtant ils sont clairement indiqués en première page, à la manière d'une pièce de théâtre pour les plus importants d'entre eux). Oui, mais non content de créer plein de personnages principaux, l'auteur en ajoute d'autres et à chaque fois les introduit avec des détails sur leur vie. C'est souvent inutile, fastidieux et long, très long. Il rajoute ainsi une foultitude de faits  qui ne concernent pas l'enquête, qui au contraire l'alourdissent et me font perdre le fil. Dès les premières pages, j'ai passé des paragraphes, alors je ne me sentais pas d'en lire presque 400... Allez, je ferme sans regrets. 

 

 

 

 

L'oubli, Frederika Amalia Finkelstein, Gallimard l'Arpenteur, 2014.

Une jeune femme qui n'a pas connu la guerre, bien ancrée dans son époque veut oublier la Shoah, mot qui l'agace et qu'elle entend prononcer souvent dans sa famille. Et pourtant tant de choses la ramènent à cette époque, l'histoire de sa famille d'abord.

Livre découvert grâce au club de lecture de la librairie Lise&moi. Je n'ai rien compris à ce bouquin. Je ne sais absolument pas où l'auteure veut nous emmener, ni ce qu'elle veut démonter. Confusion et incompréhension furent les mots-clefs de mon impression de lecture. Je ne saurais en dire plus parce que je manque d'arguments, ayant abandonné avant la fin ce livre totalement abstrus. Langage moderne, fille dans son époque, je dois être trop vieux...

 

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L'alphabet du polar

Publié le par Yv

L'alphabet du polar, Jean-Bernard Pouy, Marc Villard, José Correa, Éd. In8, 2014.....

Vingt-six lettres dans l'alphabet. Vingt-six courtes histoires, également réparties entre les deux écrivains JB Pouy et M. Villard et illustrées par J. Correa. Les mots ? Amphétamines. Balance. Copropriétaires. Daïquiri. Évasion. Flic. Gériatrie. Hold-up. Immigrés. Jivaro. Kafka. Lame. Maniaque. Nibards. Outing. Panique. Quéquette. Rafle. Satanique. Taxi. Uchronie. Vivisection. Warhol. Xylophone. Yakusa. Zone.

Beau livre, format 17x24 illustré dans des tons noirs, gris, blancs et ce qu'on nomme aujourd'hui taupe. Dessins qui tournent évidemment autour du polar mais aussi autour du jazz, notamment pour Hold-up et Xylophone, parmi mes préférés avec Flic, Outing, Uchronie, Warhol et Yakusa. José Correa s'est approprié chaque histoire : une histoire/un dessin qui colle parfaitement, qui en quelques traits la résume, affirme l'ambiance ou y met le point final. J'aime beaucoup. Les illustrations et la mise en page, sur papier blanc ou sur des variations du "taupe", donnent à cet ouvrage un aspect beau livre, de ceux que l'on lit, que l'on a plaisir à montrer -à prêter un peu moins.

Les deux auteurs, JB Pouy et Marc Villard sont des spécialistes ès polar. Encore une fois, ils montrent que l'atmosphère polar est dans la vie quotidienne, qu'il n'y a pas besoin de créer des personnages hors normes pour écrire des nouvelles ou des romans policiers. Une assemblée de copropriétaires, quelques mots doux échangés, et le petit truc qui fait que ça part en vrille. La nuit, la ville, le métro, le club de jazz sont des contextes évidents pour le genre, mais la maison de retraite (pour l'excellent nouvelle Gériatrie), le zoo peuvent l'être aussi. La preuve ici. 

Des vingt-six nouvelles, aucune n'est à jeter, à chaque fois, la chute fait mouche, même si parfois on peut s'en douter, elle arrive pile au bon moment. Les auteurs savent être légers, drôles, inattendus, sombres, noirs, tristes, moqueurs, ironiques, tendres, parfois plusieurs qualificatifs en même temps. En deux-trois pages, ils réussissent à planter un décor, des personnages crédibles et faire naître des images fortement inspirées des dessins de J. Correa mais il est vrai qu'ils excellent tous deux dans les nouvelles -et dans le romans aussi bien sûr. Ils abordent beaucoup de thèmes : l'immigration, la vieillesse mais non pas la renonciation à la vie, la prostitution, la vengeance, la violence gratuite, la mort, la musique, ... De ces vingt-six histoires, une m'a particulièrement plu -c'est vraiment pour citer un extrait, pour vous allécher, vous mes lecteurs (si si, il paraît qu'il y en a), car les vingt-cinq autres sont excellentes itou- ; ce n'est pas la plus poignante, ni la plus noire, c'est probablement la plus légère, qui m'a touché notamment par son style -signée JB Pouy-, Outing :

"Les de Bournion-Gallibert formaient une belle et digne famille respectée de tous et du moins admirée par les plus passéistes et réactionnaires de leurs amis et connaissances. [...] Cela dit chez les de Bournion-Gallibert, tout n'était pas nimbé de rose. Pour l'anniversaire de la grand-mère, qui allait fêter ses nonante, tout le monde serait réuni, y compris le cadet absent qui avait prévenu qu'il serait là, et bien là, et un peu là, et qu'il en profiterait pour faire à tous une révélation qui mettrait en péril le bel équilibre familial, voire qui saperait durablement les certitudes de ce beau monde béat." (p.89/90)

Voilà, je vous laisse avec cette digne famille vendéenne que l'auteur se plaît à égratigner. J'espère que vous irez à sa rencontre et à celle de tous les personnages de JB Pouy, M. Villard et J. Correa. A lire ou à offrir aux amateurs de polar ou non -c'est une belle entrée dans le genre pour ceux qui hésitent à ouvrir un roman-, aux petits lecteurs qui pourront lire à leur rythme et aux autres qui pourront le dévorer et le redévorer.

Claude en parle aussi.

 

 

polars 2015

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L'été des meurtriers

Publié le par Yv

L'été des meurtriers, Oliver Bottini, L'Aube, 2014 (traduit par Didier Debord)...

Louise Boni, commissaire à Fribourg revient au travail après une interruption de quatre mois pour soigner son alcoolisme. En fait, elle a passé ce temps dans un temple bouddhiste en France dans lequel elle avait enquêté sur des disparitions d'enfants (voir Meurtre sous le signe du zen). A peine revenue, un incendie ravage une grange et la cave remplie d'armes dessous la grange explose provoquant la mort d'un pompier. La piste que suit le groupe d'enquêteurs auquel Louise est intégrée est celle d'un trafic d'armes ; elle les mènera en Serbie et au Béloutchistan, sur les traces de la guerre en ex-Yougoslavie et sur celles des terroristes actuels.

J'avais aimé la première aventure de Louise Boni, Meurtre sous le signe du zen. Je retrouve une grande partie des ingrédients qui m'ont plu. Cette fois-ci Louise revient sobre, mais elle lutte quotidiennement contre l'envie de boire, c'est un combat difficile surtout lorsque les conditions de travail sont dures. Elle a perdu ses quelques kilos en trop. Elle doit aussi faire le point sur sa vie amoureuse : doit-elle et peut-elle garder son amant de minuit, un jeune homme ? Doit-elle et peut-elle faire le premier pas vers Richard Landen rencontré dans le premier tome, marié  à une Japonaise rentrée dans son pays ? J'ai l'impression que certains personnages qui étaient dans le roman précédent reviennent dans celui-ci sans vraiment d'explication, je ne me rends pas compte si c'est gênant ou pas puisque j'ai lu les deux, dans le premier l'impression d'entrer dans une vie déjà commencée, sans vraiment qu'on m'explique ne m'avait pas embêté, j'imagine que ceux qui commenceront par L'été des meurtriers auront la même sensation. 

Par contre, je me suis embrouillé dans les sigles des différents intervenants dans l'enquête : la police locale, la police judiciaire, la police fédérale, les différents services, en plus Oliver Bottini après les avoir nommés une fois ne les cite plus que par leurs sigles : un glossaire en fin ou en début de volume eut été une excellente idée, je m'y serais référé plus d'une fois. On dit l'administration française compliquée, son homologue allemande n'a pas l'air plus claire. 

Cette fois-ci le contexte est la guerre en ex-Yougoslavie et l'armement des extrémistes pakistanais et du Béloutchistan. C'est parfois un peu abscons, très difficile de suivre le cheminement de l'auteur malgré des explications : "Des conflits éclataient régulièrement entre le gouvernement et les partis, les tribus, les régions islamistes. La présence au Béloutchistan et un peu partout d'agents secrets américains à la recherche de talibans et de membres d'Al-Qaïda n'arrangeait pas les choses. Les Jinnah étaient respectueux de la tradition. Pas des extrémistes, mais des fondamentalistes." (p. 250). Il y a aussi pas mal de passages longs, très évitables, répétitifs : franchement, ce bouquin qui fait presque 450 pages aurait pu être réduit nettement, et là il eut été parfait. 

Pour toutes ces raisons, j'ai moins aimé cette seconde aventure de Louise. Néanmoins, je conseille de se pencher sur son cas, car le personnage est intéressant. Oliver Bottini l'a rendue attachante, fragile et forte, ancrée dans son époque, une femme qui ne revendique pas d'être l'égale d'un homme mais qui l'est de fait parce qu'elle le prouve tous les jours, qui a du mal à faire face à ses démons, alcool, relations amoureuses, familiales, amicales. Faites comme moi, lisez Meurtre sous le signe du zen, puis L'été des meurtriers (en passant quelques pages, tant pis), car je sens que Louise n'a pas dit son dernier mot et qu'Oliver Bottini a encore lui aussi des choses à dire ou à écrire sur la société contemporaine. Pourvu qu'il soit plus synthétique.

 

 

polars 2015

rentrée 2014

 

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Quand les anges tombent

Publié le par Yv

Quand les anges tombent, Jacques-Olivier Bosco, Jigal, 2014....

Un avion s'écrase sur la prison d'Eiffenseim en Alsace ne faisant aucun rescapé parmi les passagers et causant la mort de gardiens et de prisonniers. Parmi eux, Vigo Vasquez, condamné à la perpétuité pour le meurtre d'enfants. Du moins croit-on qu'il est mort, car les enlèvements très ciblés de cinq enfants, ceux de Rollin l'ancien directeur de la police devenu préfet-adjoint, de Lauterbach le commissaire ayant arrêté Vasquez, de Vittali le témoin l'ayant reconnu, de Tranchant le juge pendant le procès et de Nathalie Ruiz l'ex-avocate de Vasquez, font naître des soupçons dans les esprits de tous. Lorsque le préfet Rollin réunit tous les parents et leur dit que Vigo Vasquez n'est pas mort dans le crash et que c'est lui qui a enlevé leurs enfants, et qu'il ne les libérera que contre l'abandon des charges sur ces infanticides, chacun se remet en question sur sa participation à l'arrestation et se demande si les erreurs -voire plus- commises à ce moment-là ne resurgissent pas aujourd'hui.

Je suis un peu sec à l'heure d'écrire mon article, parce que dans la rapidité de l'action, je n'ai noté aucune page, aucun extrait à citer, qui souvent m'aident à me structurer. Je n'ai pas eu le temps. Car même moins rapide, ce roman de JOB est du style de ceux qu'on ne lâche pas, diablement efficace.

Un polar de Jacques-Olivier Bosco (JOB) c'est d'abord du rythme (cf. Le CraméAimer et laisser mourirLoupo). Mais cette fois-ci, le rythme s'il est toujours présent est moins haletant, le romancier prends plus son temps pour installer une histoire, des personnages, un scénario. Ça va très vite au départ, très vite à la fin, et entre les deux, chaque protagoniste a droit à un traitement de faveur. JOB alterne les points de vue. Chaque chapitre est la vision d'un parent, d'un enfant, d'un gangster sur l'affaire en cours mais aussi sur les événements qui les ont amenés jusqu'à celle-ci. Beaucoup d'intervenants, mais chacun est bien identifié et aucun risque de se perdre entre eux ; moi qui ai du mal avec les romans aux multiples personnages, ce ne fut pas le cas ici, et même cette profusion sert le récit, permet d'en apprendre un peu plus par divers canaux. Chaque personnage bénéficie d'une description physique et psychique, même les moins exposés. Ils viennent de tous horizons, ont eu des parcours chaotiques ou de privilégiés. L'enfance et l'éducation qu'on a reçue sont primordiales pour notre vie d'adulte. Le ressort de l'enfance malheureuse est souvent exploité dans les romans ou les films policiers, pour faire de tel ou tel personnage un monstre. JOB parle aussi des enfants maltraités et des conséquences sur leurs vies d'adultes, sans pour autant que l'on excuse leurs comportements ; ce sont des explications, des circonstances atténuantes qui peuvent éclairer un comportement, des pulsions. Mais il a aussi l'intelligence de mettre en face des adultes de bonne éducation, qui par leur agissements, leur ambition, leur égoïsme font autant de mal aux autres. Pas de manichéisme donc, un peu de stéréotypes, mais il en faut pour forger des personnages puissants, des traits de caractère forts.

Si ce roman est moins rapide que les autres du même auteur, il n'en reste pas moins que l'action est bien présente, souvent violente. Pas de chichi, JOB ne fait pas dans le délicat et le thé servi à 17h avec le petit doigt en l'air. Ça crashe, ça explose, ça canarde, ça frappe. Mais rien n'est gratuit, ce n'est pas de la violence pour le plaisir de la décrire, d'ailleurs les amateurs d'hémoglobine seront déçus, car elle ne dégouline pas des pages. Moi, je suis ravi, parce que je n'aime pas le rouge sang à toutes les pages. Ces actes brutaux servent le propos de l'auteur et sont indissociables de ses personnages que l'on n'imagine pas agir d'une autre manière. Mais il y a aussi l'autre violence, celle plus sourde de l'indifférence, du mépris et de l'égoïsme allié à l'ambition qui font autant de mal que les coups. La férocité de ceux qui ont le pouvoir et l'argent envers ceux qui n'ont rien ou si peu. 

Pour conclure, voici un excellent polar de JOB qui montre qu'il sait bâtir des histoires et des personnages forts, que son créneau n'est pas seulement les récits rapides dans lesquels le rythme prime. En le baissant un petit peu, il laisse voir un réel talent pour forger des personnages et les relations entre eux pour construire leurs histoires qui les amènent à commettre parfois l'irréparable ou à tenter de sauver ce qui peut l'être encore. Et tout cela en gardant un tempo qui fait que l'on est bien incapable de fermer le livre avant sa toute fin, ce qui reste quand même une très grande qualité de JOB.

 

 

polars 2015

rentrée 2014

 

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Les chiens de l'aube

Publié le par Yv

Les chiens de l'aube, Anne-Catherine Blanc, D'un Noir si Bleu, 2014.....

Hip Hop est un vieil homme à tout faire dans un bordel miteux d'une ville d'Amérique du sud. Une sorte de Quasimodo, nettoyeur de chiottes, esclave de la Mama, "la Mère Sup'" de l'établissement.  Hip Hop est aussi un fin observateur de la vie des pensionnaires, des tensions, de la volonté de la Mafalda pute vieillissante de prendre le pouvoir grâce à l'appui d'un homme haut placé. La Mama est dans les préparatifs de la Faena, jeune fille convoitée par un autre homme très puissant, qui lui a été vendue comme vierge, denrée rare et chère dans ce pays, cette dictature. 

Certains d'entre vous passent me lire depuis longtemps -enfin j'espère-, ils n'ont donc pas pu éviter mes billets concernant les livres précédents d'Anne-Catherine Blanc : L'astronome aveugleMoana bluesLes passagers de l'archipel, les autres qui me lisent épisodiquement ou les visiteurs occasionnels, je vous invite à lire mes articles précédents et à vous pencher sur tous les ouvrages de l'auteure. J'avais été emballé, enthousiaste pour ne pas dire dithyrambique. Alors pourquoi changer lorsque l'auteure publie un nouveau livre et qu'il est excellent ? AC Blanc est une styliste hors paire. Quelle langue mes amis, quelle langue ! Riche. Métissée de mots de différents niveaux de langage. Unique, tiens, le tout début : "Chez nous, les rues de la nuit appartiennent aux furtifs, aux baveux, aux électriques. Elles appartiennent aux chats pelés qui bondissent des poubelles, crachoteurs d'injures chuintantes, griffes et dents jaillies du fourreau pour défendre la pauvre arête ou la tripaille fétide qui alimentera en eux jusqu'au lendemain la petite braise de vie, étique et obstinée. Elles appartiennent aux ligues de chiens galeux, mangés de tiques, mais forts de leur nombre : masse protéiforme et grondante, capable d'attaquer l'ivrogne branlant ou de faire reculer le jouisseur clandestin filant à son plaisir, feutré, circonspect, concentré dans son effort pour noyer l'ombre qui le talonne dans l'ombre caressante des murs, un ton plus noire." (p.7) Poétique : "La Faena a un petit sexe humide et souriant, un petit coquillage rose corail, niché dans sa pelote d'algues douces. La Faena a des yeux d'obsidienne, des lacs volcaniques sans mémoire dans un visage de lave épuré, mais rigide, infiniment lointain, comme ignorant de sa propre histoire." (p.26) En plus de la beauté du texte, j'ai dû recourir avec bonheur une petite dizaine de fois au dictionnaire pour des mots rares, désuets ou recherchés ("mascaret", "purotins", "camard", ...) qui ne sont pas là pour épater la galerie, mais pour ajouter du plaisir de lecture.

Mais ce roman n'est pas qu'un exercice de style et s'il ne s'y passe pas beaucoup d'action pendant les deux cents premières pages il n'est est pas moins passionnant. Hip Hop observe les filles, les autres employés (barman et videur), dresse les portraits des personnalités les plus marquantes, leurs rapports, les jeux de pouvoir, de violence. Il passe inaperçu, fait partie des meubles et peut donc écouter et entendre et suit quasiment tout ce qui se passe dans la maison. Et lorsqu'il ne sait pas, il enquête, notamment pour savoir qui est le protecteur de la Mafalda la Prieure qui voudrait être cheffe et l'identité de l'amateur de jeune vierge qui menace la tranquillité des lieux. Car la Faena n'est plus vierge et la Mama fait tout pour le faire croire, si l'homme puissant qui la désire l'apprend, le pire peut arriver à l’établissement et à ceux qui l'occupent.

AC Blanc décrit également la vie sordide, la pauvreté dans une dictature qui enrichit les plus riches et appauvrit les plus pauvres. Ce qu'iceux sont obligés de faire pour survivre, le plus souvent la prostitution d'eux-mêmes et de leurs propres enfants (d'où l'absence de jeunes femmes vierges) : un chapitre est consacré à la manière dont la Mama a construit sa notoriété en exploitant cette misère avant d'en arriver à ce bordel miteux. Même si le roman est un quasi huis-clos, l'extérieur est présent dans les odeurs, les bruits, les chiens de l'aube qui fouillent les poubelles, les chats errants, le vent est là aussi, très présent, le vent purificateur, celui qui nettoie les odeurs et en rapporte d'autres.

Osez prendre le risque de lire un roman dont on ne parle pas dans les médias, un livre qui vous fera découvrir une plume sensible, précise, magnifique et des personnages forts qui résonneront longtemps en vous. Un coup de cœur pour moi !

Un autre avis, très enthousiaste également : Emmanuelle Caminade

 

 

 

rentrée 2014

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Meurtre sous le signe du zen

Publié le par Yv

Meurtre sous le signe du zen, Oliver Bottini, Ed. de l'Aube, 2014 (traduit de l'allemand par Didier Debord).....

Louise Boni est commissaire à la police criminelle de Fribourg et elle va mal. Cet hiver-là, il neige, météo qu'elle n'aime plus depuis que son frère est mort en voiture à cause de la neige, que son mari l'a quittée un jour de neige et qu'elle a tué un homme violeur et assassin dans la neige. Louise est alcoolique, n'est pas encore sur la touche mais ça ne devrait pas tarder. Lorsque son chef l'appelle parce qu'un moine bouddhiste se promène moitié nu dans la montagne et que personne ne peut l'approcher, Louise y va à contre cœur. Elle approchera Taro, le moine mais ne parviendra pas à le faire revenir. Elle charge deux collègues de le surveiller, collègues, qui quelques temps plus tard se font tirer dessus : un blessé grave et un mort. Louise est mise en vacances d'office avec obligation de se soigner. Elle continue néanmoins son enquête. 

Que voici un polar étonnant... et bien fichu. Exactement comme je les aime. Une filiation évidente et assumée avec Henning Mankell (deux citations dans le livre). Louise est en quelque sorte la petite sœur livresque de Kurt Wallander : elle est divorcée, s'entend mal avec ses parents, est plutôt une flique qui travaille seule, qui bosse la moindre piste mais se fie aussi à son instinct, à ses sentiments, elle est un brin dépressive (l'alcool ne l'aide pas vraiment). Filiation il y a mais Oliver Bottini sait créer une ambiance qui lui est propre. Pour nous Français, Louise pourrait être aussi le pendant dramatique de Viviane Lancier la fameuse commissaire de Georges Flipo (qui n'aime point les vers ou qui n'a point l'esprit club) : elle a quelques kilos en trop (à peine cinq, une broutille), apprécie les jeunes gens et peut souffrir de misanthropie. 

Oliver Bottini ne lésine pas sur les seconds rôles, ils sont bien décrits, bien travaillés, tant ceux qu'on ne verra que le temps de cette enquête (qui meurent ou qui sont des protagonistes de l'histoire en cours) que les collègues de Louise, Bermann son chef impulsif, Lederle aux petits soins pour elle, Katrin Rein, la psychologue qui va tenter de la faire sortir de sa mauvaise passe et qui s'inquiète pour elle. Mais c'est Louise qui bénéficie du traitement le plus important, on n'ignore quasiment rien de ses tourments, de ses malheurs, de ses questionnements et de ses peurs. Elle vit avec des images des gens qui l'ont croisée ou qui la croisent encore, parfois on peut être surpris car un nom sort qu'on ne connaît pas (cf. Amélie, p. 88/89), ce n'est pas gênant pour la bonne compréhension, mais ça surprend ; je me dis que comme c'est une série, on apprendra des trucs dans les autres volumes, qu'on suivra Louise dans ses difficultés. Paradoxalement, on ne sait que très peu de son apparence physique, l'auteur distille de rares informations au fil des pages : brune, 4.5 kilos en trop, 42 ans, Anatol, son jeune amant lui dit "qu'elle possédait une étrange beauté, une beauté "pour ainsi dire souterraine". Elle n'était pas d'une véritable beauté au premier coup d'œil, parce qu'elle n'était "pas vraiment mince" et tout, "et tes cheveux, tu ne t'en occupes pas vraiment, non ?" En revanche, plus on la regardait, plus elle devenait belle, d'une beauté tout simplement captivante ; sa mimique, son rire, son air béat, son regard et son corps possédaient une beauté qui leur était propre, quelque chose de chaleureux, de sauvage, de triste, de singulier, d'authentique, et après, on ne pouvait plus la quitter des yeux, plus arrêter de la caresser." (p.375)

Pour être complet, ce roman policier n'est pas d'un rythme effréné, à tel point qu'arrivé à un bon quart (environ 100 pages puisqu'il en fait 402) on se demande vraiment ce qui se passe, on n'a fait que se balader en montage avec Louise et le moine, mais on remarque qu'on ne s'est pas du tout ennuyé, au contraire. Les investigations sont longues, lentes et Oliver Bottini digresse sur les relations policières franco-allemandes, sur la société actuelle, sur le trafic d'enfants (puisque c'est cette direction que semble prendre l'enquête), sur ce besoin d'enfants à tout prix qu'ont les Européens pensant sauver de la misère des enfants asiatiques ou africains en les adoptant, sur le bouddhisme et cette manière particulière d'aborder la vie et le sens qu'on lui donne. Un polar qui ne se contente donc pas d'aligner des indices et des coups de feu. Un polar ancré qui parle de la société, de ses débordements, ses aberrations, sa demande de consommation excessive et aussi des réponses possibles pour se recentrer et prendre du temps pour soi.

Un excellent début de série policière qui me rappelle les meilleures d'entre elles, et comme j'ai le deuxième tome chez moi, eh bien je suis plus que ravi. N'hésitez pas, commencez-la, en plus ce Meurtre sous le signe du zen est en collection poche.

 

 

polars 2015

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59, passage Sainte-Anne

Publié le par Yv

59, passage Sainte-Anne, Frédérique Volot, Presses de la cité, 2014....,

Octobre 1861, Mimi Pattes-Maigres, une comédienne dans les théâtres populaires, femme de petite vie disait-on à l'époque est retrouvée suicidée. Marthe, son ex-collègue devenue Mme de Germonville par la grâce d'un heureux mariage ne croit pas à cette version. Elle s'en ouvre à son amant, Achille Bonnefond, détective privé, qui trouve un message étrange chez Mimi Pattes-Maigres. Puis c'est au tour d'un informateur d'Achille de mourir, atrocement mutilé. Il ne lui en faut pas plus pour partir à la recherche du ou des meurtriers aidé de son fidèle ami Félix, et d'un allié moins commun, Allan Kardec, le plus célèbre spirite du Second Empire. 

Achille Bonnefond, je l'avais déjà rencontré lors de sa précédente et première aventure, La Vierge-Folle. Le voici donc de retour avec ses amis, Baise-la-Mort, Félix et Tamara sa servante avec laquelle il a des liens quasi filiaux. Dans ce roman, Achille renouera avec sa famille, ses oncles, tante et cousin(e)s, qu'il n'a plus vue depuis très longtemps pour cause de fâcherie avec ses parents. Les parents d'Achille sont très à cheval sur les convenances, veulent être de la bonne société et le montrer. Achille s'en moque et aspire à une vie simple néanmoins non dénuée des avantages que lui procure l'argent qu'il gagne, car Achille est un jouisseur. Il donne beaucoup aux pauvres également, de l'argent certes, mais aussi du temps et de la considération, sans se forcer, il aime les gens, c'est dans sa nature. Il aime aussi beaucoup les femmes et n'est pas insensible (c'est une litote) aux charmes de sa cousine Garance qu'il avait quittée gamine agaçante et qu'il retrouve jeune femme libre et pleine d'ambition.

Ce roman n'est pas vraiment un polar même si enquête il y a, c'est plutôt une chronique de la vie parisienne au Second Empire. Paris est totalement transformé par Haussmann, certains s'y enrichissent et les pauvres sont obligés de s'éloigner du centre, de s'entasser dans des quartiers insalubres, tombant ainsi encore plus dans les difficultés pour trouver un emploi, pour se loger décemment. De cette période, on a souvent une mauvaise image, souvent à cause de Victor Hugo d'ailleurs qui ne s'est pas privé de dire ce qu'il pensait de Napoléon III, qui a même été obligé de s'exiler. Mais Victor Hugo n'était pas totalement objectif, à cette époque, Paris a changé, s'est modernisé, les mœurs ont évolué. Attention, je ne fais pas d'angélisme, et d'ailleurs Frédérique Volot non plus, elle dit bien que les riches se sont enrichis, les pauvres appauvris et que tout ne fut pas rose. Mais pas noir non plus.  "Splendide! s'exclama-t-il en refermant la fenêtre. L'hôtel sera prêt pour la prochaine Exposition universelle. Je suis épaté d'assister à toutes ces transformations. Paris sera d'ici peu la plus belle ville du monde ! [...] La spéculation allait bon train. Certains propriétaires profitaient de la moindre occasion pour augmenter les loyers de façon vertigineuse. Même si les deux tiers de la population étaient représentés par des petites gens et petits-bourgeois, il n'en restait pas moins vrai qu'une partie, chassée de chez elle, se retrouvait à la rue, démunie, obligée d'aller trouver refuge dans les carrières de Montmartre ou de l'autre côté des fortifications." (p. 35)

Son livre est aussi un point assez précis sur une pratique très en vogue dans ces années-là, le spiritisme (V. Hugo a aussi assisté à des parties de tables tournantes). Directement venu des Etats-Unis, inventé par les sœurs Fox (à ce propos, lisez le formidable roman de Hubert Haddad, Théorie de la vilaine petite fille qui sera un complément au livre de F. Volot), le spiritisme a très vite franchi les frontières et séduit de nombreuses personnes. Allan Kardec, de son vrai nom Hippolyte Léon Denizard Rivail, très impliqué dans la pédagogie et l'enseignement en fut l'un des théoriciens célèbres au XIX° siècle. Par la retranscription des séances auxquelles participent Allan Kardec et son épouse, deux médiums et Achille ainsi que le jeune scientifique Camille Flammarion, l'auteure donne à son texte des airs d'irréalité. Le spiritisme, pour moi incroyant, ça reste à la fois un mystère et une formidable mystification, mais aussi un contexte ou des circonstances fortes pour écrire une histoire mystérieuse, qui laisse planer un doute sur l'authenticité de telles pratiques. F. Volot joue à fond cette carte, et tant mieux, son roman se teinte d'une grosse touche de surnaturel.

Hors cela, le roman est enjoué, Garance apporte une légèreté et un supplément de modernité -pensez-vous une femme de 1861 qui revendique sa liberté- dont il n'était déjà pas exempt, Achille étant un esprit moderne. Très bien mené, même sans une véritable enquête policière sur toute sa durée, il se lit avec grand plaisir et même avidité sur la fin ou les choses s'emballent et le suspense grandit.

Evidemment, la suite est attendue, j'espère Frédérique -vous permettez que je vous appelle par votre petit nom ?-, que vous en me décevrez pas et que vous continuerez à faire vivre Achille.

Oncle Paul a aimé lui aussi.

 

polars 2015

rentrée 2014

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Le détroit du Loup

Publié le par Yv

Le détroit du Loup, Olivier Truc, Métailié, 2014....,

En Laponie norvégienne, c'est le printemps, la lumière domine très largement les journées, la nuit ne dure encore que quelques heures en cette fin avril, mais elle diminuera encore. C'est aussi la période de la transhumance des rennes des éleveurs nomades qui doivent passer le détroit du Loup pour aller chercher leur nourriture dans l'île de Kvaløya, à l'extrême nord, aux abords de la ville de Hammerfest, au bord de la mer de Barents, célèbre pour ses gisements de pétrole et leur exploitation. Au cours du passage du détroit, Erik Steggo, un jeune éleveur meurt de ce qui semble être un accident. Puis, le maire de Hammerfest, personnalité très connue et controversée, est retrouvé mort près d'un rocher sacré. Et ils ne seront pas les seuls à mourir étrangement. Klemet Nango et sa jeune collègue Nina, de la police des rennes se retrouvent mêlés aux recherches. 

Après le fabuleux premier polar d'Olivier Truc, Le dernier Lapon, revoici Nina et Klemet pour une deuxième aventure. J'ai lu ici ou là, chez Hélène par exemple, ou chez Sylire que l'on pouvait se perdre dans tous les intervenants. Fort de ces remarques, je ne me suis pas précipité et ai bien repéré, dès le début qui était qui et qui faisait quoi. Dès lors, que croyez-vous qu'il arriva ? Eh bien, rien d'autre que le même plaisir qu'à la lecture du premier tome, la surprise en moins, puisque je connaissais déjà les deux policiers et leur univers de grand froid, sauf que dans le roman précédent, la nuit s'amplifiait et le jour diminuait jusqu'à disparaître quasiment et que là, c'est l'inverse. Les hommes et les femmes vivent difficilement ces journées de 22/23h, les organismes réagissent, le sommeil s'allège et malgré le soleil et la relative clémence des températures (il gèle encore les nuits), la fatigue se fait sentir. En plus, il faut bien dire que les morts successives, et les heurts de plus en plus fréquents entre les éleveurs nomades et les autres habitants n'apaisent pas l'ambiance.

La force de ce roman policier c'est son contexte : la tradition, l'élevage nomade des rennes que les Sami -ou Lapons-, peuple autochtone de cette partie du Grand Nord veut pérenniser et moderniser, mais aussi l'extraction du pétrole en mer de Barents qui implique des infrastructures, des demandes immobilières croissantes -donc sur les terres qui nourrissent les rennes-, des transformations radicales des paysages et l'éveil de la nature au printemps avec ses beautés et ses dangers dus à la fonte des glaces. Olivier Truc n'oppose pas de manière manichéenne ces deux mondes, il les décrit ; néanmoins, on sent bien qu'il y a plus de requins chez les pétroliers que chez les éleveurs, beaucoup plus d'argent en jeu également. Sans prendre vraiment partie, on lit ce bouquin avec une sympathie évidente pour les Sami -ou c'est ma sensibilité écolo qui me le fait lire dans ce sens, peut-être un fervent partisan de la prospection pétrolière le lira-t-il d'une autre manière ? Il y a beaucoup de conflits, de triche, de coups bas dans le monde des pétroliers, mais les Samis ne sont pas protégés des ambitieux, des individualistes prêts à se vendre au plus offrant. 

C'est un roman très documenté sur les débuts de la prospection pétrolière en mer de Barents dans les années 1970, qui utilisait et usait les hommes pour toujours plus de profit. Extrêmement instructif sans être barbant. C'est aussi un livre qui va à l'encontre de quelques idées reçues concernant la Norvège, un des pays qui sert de modèle et de référence dans pas mal de domaines : "Vous êtes Norvégienne non, alors faites-moi plaisir, n'oubliez jamais comment votre pays s'est enrichi. En risquant délibérément la vie de plongeurs hier et en bafouant les droits de vos Sami aujourd'hui."(p. 398) Si je précise que ce discours est celui d'un Américain, on en mesure l'ironie et la portée et l'on ne peut s'empêcher de l'associer à l'histoire de son pays. On pourrait aussi rajouter qu'en mer de Barents, la Norvège est un gros pollueur et un destructeur de la zone d'extraction du pétrole. 

Impossible dans ce livre d'isoler le contexte de l'histoire policière, qui, à la manière d'un polar nordique suit son cours lentement, les indices n'arrivant qu'au compte-goutte, Klemet préférant prendre son temps : "Dans un moment pareil, Klemet n'aurait pas manqué de la [Nina] ramener sur terre. Elle l'entendait presque lui dire : quels liens, quelles preuves, comment relies-tu untel à untel, techniquement ? Elle l'entendait encore lui répéter : oublie le motif, concentre-toi sur les éléments concrets de preuve dont tu disposes et remonte le fil." (p.202) Klemet reste encore très secret sur sa vie, on en avait appris un peu dans Le dernier Lapon ; dans ce roman, c'est Nina qui se dévoile. Une belle place est faite également aux personnages secondaires, ceux qui font avancer l'histoire. 

Une deuxième enquête menée de main de maître par Olivier Truc qui prouve son talent pour à la fois nous instruire sur un pays et ses pratiques, une région très particulière et un peuple attachant -moi qui rêve de visiter les pays du nord plutôt que ceux du sud, j'avoue que mon envie a grandi à chaque page tournée- et pour nous distraire avec des personnages eux aussi attachants, crédibles et des enquêtes habiles qui ne s'éclaircissent qu'en toute fin d'ouvrage. Un dernier conseil pour finir ? Lisez ce roman, bien sûr, mais prenez la peine de de commencer par le précédent, Le dernier Lapon afin de ne rien rater de cette série qui promet.

 

 

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Le crépuscule du mercenaire

Publié le par Yv

Le crépuscule du mercenaire, André Fortin, Jigal Polar, 2014...

Stanley est un petit voyou qui pratique le vol à l’arrachée de colliers en or, sacs à mains. Il est repéré à la gare Saint Charles de Marseille par Ange Simeoni, un autre voyou, rangé, mais qui ne rechigne pas au coup ponctuel qui lui rapportera de quoi contenter la belle Marie-Lou, sa femme. Ange est aussi un indic, celui du commissaire Juston, le principal collaborateur d’un juge d’instruction qui a hérité d’une affaire de blanchiment d’argent, qui tourne vite à l’affaire politique lorsqu’un membre du cabinet d’un ministre se fait voler sa mallette pleine d’argent sale à nettoyer, gare Saint Charles. Par Stanley, pour une collaboration avec Ange qui lui-même n’est qu’un sous-traitant.

On suit également Marc Kervadec, agent de la DGSE, dans les années 1990, lorsque de temps en temps il revient en France et qu’il tombe amoureux de Margot, puis sous un autre nom quelques années plus tard en plein cœur de la françafrique en tant que conseiller pour des chefs d’état.

André Fortin a été juge, c’est dire s’il connaît les arcanes du système judiciaire. Pour le reste, j’imagine qu’il s’est documenté, et fort bien pour donner à son histoire autant de réalisme. On se croirait en plein dans une affaire dont on nous rebat les oreilles depuis trente ans et un peu plus en ce moment, car il faut bien dire que certains se gavent un peu plus que les autres et ont carrément non plus des casseroles aux fesses mais carrément des batteries de cuisine entières. Je ne comprends pas comment les politiques, des gens normalement sensés et censés être l’élite de notre pays peuvent encore croire qu’ils pourront impunément piquer dans les caisses pour leurs comptes personnels ou pour se faire réélire.

Quand on ouvre un polar d’A. Fortin, on ne lit pas un livre duquel on ressort groggy par le rythme imposé. Au contraire, le juge prend son temps et l’auteur également, celui de nous expliquer les détails, les dessous des affaires. Le contraire serait totalement irréel lorsqu’on connaît le rythme de la justice française. Néanmoins, pour donner de la cadence à son livre, la construction en courts chapitres alternant les protagonistes est une excellente idée : un pour le juge et le flic, un pour les voyous Stanley et Ange, un autre pour Marc Kervadec et ses amours et un pour le barbouze qui conseille les chefs d’état africains pour le compte de l’état français. Malgré cela, je dois dire que parfois, c’est un peu long, le roman peine à vraiment démarrer et il faut un premier fait commun à deux histoires pour que ça commence à bouger réellement. 

Amateurs de sensation forte, préférez par exemple les livres de Jacques-Olivier Bosco chez le même éditeur -son prochain m'attend. Mais si vous avez plutôt le goût pour les grandes enquêtes, longues, compliquées et très bien expliquées –on comprend tout, parce qu’André Fortin est un excellent pédagogue-, très réalistes, assez loin de nous, mais en même temps proches puisqu’on en parle beaucoup dans les actualités, laissez-vous charmer par l’écriture et les romans d’André Fortin dont ce dernier qui parle par exemple très bien de ce qu'on nomme toujours la françafrique malgré la promesse d'un ancien Président de ne plus se mêler des histoires des pays de ce continent -je vous rappelle que selon lui "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire-", promesse qu'il s'est empressé d'oublier dès lors que des richesses -ressources exploitées par des entreprises françaises en l’occurrence- étaient en péril. Double discours dont parle André Fortin en ces termes : "Un gisement d'uranium découvert quelques mois auparavant constituait la pomme de discorde entre la France et son ancienne colonie. Paris s'était rendu compte, trop tard, que Cyrille Soumaré n'était peut-être pas l'homme de la situation. Mieux aurait valu un dictateur cupide, ç'aurait été tellement plus simple..." (p. 162) C'est cynique, totalement amoral, mais les intérêts financiers de quelques sociétés cotées en bourse prévalent sur la qualité de vie de quelques Africains...

Le mieux, si vous hésitez entre punch et enquête plus pointilleuse, c’est d’essayer les deux et ainsi de varier les plaisirs, Jigal a un catalogue divers et étoffé…

 

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