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polar-noir

La brume t'emportera

Publié le par Yv

La brume t'emportera, Olivier Boisson, Cohen&Cohen, 2016.....

Jordaens, ex-peintre est flic. Séparé de sa femme, il vit dans une maison à rénover... qu'il rénove à son rythme. Sa fille, Mona-Lee vient chez lui de temps en temps, le reste du temps, elle est chez sa mère. Une nuit de grande tempête, une soirée organisée sur une péniche par un magazine d'art se finit tragiquement, le lendemain trois cadavres sont retrouvés, habillés en costume du Moyen-Âge, disposés à la façon d'un tableau de Jérôme Bosch, La Nef des fous. Puis d'autres meurtres suivent, toujours organisés selon des tableaux illustrant la folie peints par Brueghel, Goya, Géricault, Vélasquez, ... Jordaens est le mieux placé pour démasquer le tueur, son passé d'étudiant en art lui permet de renouer avec ses anciennes connaissances.

La collection Art Noir de chez Cohen&Cohen est une collection qui situe ses polars dans le monde de l'art. Plusieurs titres sont parus et ceux que j'ai lus ont été de très bonnes -voire même excellentes- surprises. Ils tournent souvent autour d'une œuvre ou d'un peintre.

Dans ce roman, on est totalement immergé dans le milieu de l'art : les tenants d'un art moderne qui ne jurent que par la performance, l'installation voire même à l'extrême par l'absence d'œuvre, juste l'idée d'icelle, s'opposent à ceux qui vénèrent la peinture, les grands maîtres, ceux dont il est question plus haut par exemple.

Jordaens a arrêté de peindre parce qu'il savait que c'était impossible de vivre de ses toiles : "J'ai appris la couleur, comment faire reculer un bleu selon la quantité de jaune qu'on lui oppose, j'ai tâté de l'huile, de l'aquarelle, de l'acrylique, j'ai couvert des centaines de toiles, j'en ai jeté autant, j'ai organisé des expos dans des squats, dans mon appartement, des vernissages jusque dans ma cuisine, j'ai lancé des milliers d'invitations. Eh bien je vais vous dire, commissaire : jamais je n'ai pu tremper ne serait-ce qu'un orteil dans ce que vous nommez la Milieu de l'Art, ce monde clos tissé de culture et d'argent. On naît dedans ou à côté." (p.30/31) C'est donc en tant que flic qu'il doit pénétrer ce monde qu'il n'a pas réussi à infiltrer en tant qu'artiste. Les portes ne lui seront pas plus grandes ouvertes, mais la plaque de l'administration les entrouvre par obligation. Dès lors son enquête se double d'une réflexion sur l'art en général, la peinture en particulier, la création : "Il n'y avait pas de création sans quelque chose au travail au sein de l'être, au cœur de l'intime" (p.118), l'implication de l'artiste, la démocratisation de l'art contemporain à grand renfort "d'expositions lancées à grands frais médiatiques, les manifestations autour de l'art actuel prenant de plus en plus l'apparence de foires de curiosités, sortes de concours Lépine où le sensationnel le disputait au spectaculaire..." Beaucoup de pages extrêmement intéressantes sur ce sujet mais aussi pas mal d'autres sur les grands maîtres qui ont illustré la folie. Point besoin d'être connaisseur ou féru de peinture, le contexte de ce polar est facile d'accès et passionnant, tellement fermé qu'il en devient même inévitable pour y placer une intrigue policière.

Car n'oublions pas que Jordaens enquête. Un flic hors norme, cultivé (et qui ose parler d'art), un peu dépressif depuis son célibat, qui boit peu et n'attire pas plus que cela les femmes qu'il rencontre. Un personnage bien travaillé, qui mériterait de revenir pour d'autres enquêtes. L'intrigue tient jusqu'au bout sans problème, pour ma part j'avoue ne pas avoir soupçonné le (ou la, ou les) coupable(s) avant que Jordaens lui-même (qui est le narrateur) ne tire les fils et ne remette en place les différentes informations glanées au cours de ses investigations. Ce qui est bien dans ce roman, c'est que la solution est dans l'étude des œuvres et dans les œuvres elles-mêmes qui sont au cœur du roman. Un exercice brillamment mené, très fort, qui tient le lecteur grâce au fil de l'enquête policière et qui l'instruit grâce aux réflexions et informations sur la peinture et l'art contemporain. J'applaudis des deux mains (parce qu'à une seule, ce n'est pas facile), j'admire et je prends plaisir à lire et à conseiller cette lecture.

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Les Marais sanglants de Guérande

Publié le par Yv

Les Marais sanglants de Guérande, Jean-Luc Bannalec, Presses de la cité, 2016 (traduit par Amélie de Maupeou)...

Alors qu'il arpente les marais salants de Guérande un soir de fin d'été, sur les conseils de Lilou Breval, une journaliste qui l'a prévenu que quelque chose d'illicite s'y tramait, le commissaire Georges Dupin, de la police de Concarneau, est pris pour cible d'une fusillade. Obligé de se réfugier dans un grenier à sel, il est découvert par la police de Guérande, et plus particulièrement par la commissaire Rose. Lilou Breval est injoignable ce qui inquiète le commissaire Dupin, d'autant plus qu'elle est une source sûre : l'illicite dont elle parlait serait dans de mystérieux barils bleus que les paludiers autant que les responsables des entreprises ou coopératives nient avoir vus. Dupin enquête, assisté du commissaire Rose, ou plutôt l'inverse puisque Guérande est en Loire-Atlantique, donc hors juridiction du commissaire de Concarneau.

Pour ceux qui prendraient cette série en cours, je rappelle, d'une part qu'ils peuvent se reporter à mes recensions concernant les deux tomes précédents (Un été à Pont-Aven et Étrange printemps aux Glénan) et d'autre part qu'elle est écrite par un auteur allemand tombé amoureux de la Bretagne, qui use donc d'un pseudonyme et qui est traduit par Amélie de Maupeou.

En fait quand je dis que JL Bannalec est tombé amoureux de la Bretagne, c'est un euphémisme tant parfois son emballement pour cette région et particulièrement le Golfe du Morbihan frôle la brochure publicitaire. J'aime beaucoup également la Bretagne, je me sens même y appartenir -même si je vis à Nantes et que nous ne sommes toujours pas raccrochés à la Bretagne, mais dans une espèce de région bizarre, hétéroclite, les Pays de la Loire qui peine et peinera sans doute longtemps à se forger une identité forte-, mais sur quelques pages, l'auteur fait plus dans le guide touristique, la description dithyrambique au risque de saouler le lecteur. Il faut qu'il arrête sinon, la Bretagne va être envahie de hordes d'Allemands et de Parisiens tous les étés... Plus sérieusement, ce qui est un peu agaçant, c'est que sur deux ou trois pages, il aligne chiffres de pluviométrie, d'ensoleillement,... histoire de bien montrer que le Golfe du Morbihan c'est la côte d'Azur bretonne, c'est long, assez mal fait, pas subtil. Tout comme dans d'autres domaines, certains dialogues, ou répliques attendus, pas finauds :

"- Oui, nous serions dans un polar, ce serait le moment où...

- Nous ne sommes pas dans un polar, Le Ber." (p.271)

De grosses ficelles donc pour un polar qui tourne en rond pendant toute sa première partie autour des paludiers indépendants de Guérande, de la coopérative qui en regroupe d'autres, de la société Le Sel qui veut tout racheter et tout contrôler (par contre, vous ressortirez de ce bouquin avec un exposé complet sur le sel de Guérande, le meilleur du monde, évidemment, mais là, il a raison JL Bannalec). Là aussi, où le temps ne s'écoule pas au même rythme que dans les villes, le sel n'étant récolté -et non produit- que grâce à l'action du vent et du soleil, le profit, les magouilles, les jalousies sont parvenues à entrer. Les commissaires Dupin et Rose n'avancent pas, mais la balade est belle, j'aime beaucoup Guérande, Le Croisic toute cette côte sauvage et puis aussi le Golfe du Morbihan ; la prochaine fois que j'y vais j'emporte ce livre, il me servira de guide, le commissaire Dupin a de bonnes adresses de restaurants.

Pendant qu'on se balade, l'enquête piétine et Dupin trépigne obligé qu'il est de seconder la commissaire Rose au demeurant fort efficace et au courant de tout. Puis, enfin, lorsque Dupin retrouve sa méthode : "Il passait chaque élément de l'enquête en revue et le combinait avec des informations nouvelles. Cette manière de laisser son esprit former librement des associations d'idées avait toujours porté ses fruits, et il défiait quiconque de trouver meilleure méthode pour arriver à un résultat cohérent. Il suffisait de persévérer, de fouiller chaque détail, partout, sans cesse." (p.285), tout s'emballe et le final prend une autre tournure, une autre dimension. Reste que ce polar est un poil pépère, que je le conseille parce qu'il est finalement plutôt très agréable mais si vous aimez l'adrénaline, vous faire peur en lisant, les trépidations, les rebondissements, les courses-poursuites, le sang qui gicle, les autopsies en direct, les descriptions de cadavres, le suspens haletant quitte à se faire du mal, eh bien ce polar n'est pas pour vous, ou alors si, pour vous reposer entre deux thrillers éprouvants.

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Le plasticien

Publié le par Yv

Le plasticien, Michel Dresch, Cohen&Cohen, 2016....

Alexandre Kovacs un sculpteur dont le nom circule depuis quelques années dans le milieu de l'art contemporain et dont le travail est reconnu, est retrouvé mort dans son atelier parisien, le corps emmailloté d'esquisses et de dessins des travaux préparatoires à ses installations. Tout laisse croire à une vengeance d'artiste, ou à un acte de violence de sa maîtresse bafouée, malmenée. Icelle qui se prénomme Johana semble secouée par l'assassinat et cherche à comprendre ce qui a bien pu arriver à son amant avec qui elle vit depuis dix ans et qui a toujours eu une vie parallèle. Le commissaire Joubert, plus habitué aux affaires politiques qu'artistiques et son adjoint Lucas se joignent à la partie tranquillement mais sûrement.

Comme vous l'avez sûrement compris et déjà lu sur le blog, la collection Art Noir de chez Cohen&Cohen mêle adroitement polar et art. Cette fois-ci, Michel Dresch situe son histoire en plein milieu du monde de l'art contemporain. On y parle installations, rentabilité, vente, cote, ... et si l'artiste aspire à d'autres moyens d'expressions on lui fait savoir que ce qui se vend c'est ce qu'il fait actuellement, le plus facile, le plus accessible qui est également le travail dans lequel il met le moins de lui-même. Ce n'est pas très reluisant, l'auteur explique comment faire monter une cote artificiellement -et non pas la côte que l'on monte réellement, pouf pouf- , comment des galeristes se sont retrouvés ruinés lorsque leur stratagème n'a pas fonctionné et comment parfois, une bonne idée déclinée jusqu'à la caricature peut rapporter à l'artiste et au galeriste. Cela, je le savais un peu pour avoir visité une exposition d'un artiste local et assez reconnu qui peint toujours les mêmes thèmes, jolis certes, mais répétitifs, et chaque visiteur de s'exclamer sur la beauté, les couleurs, ... alors qu'au bout de cinq, six, sept,... petits formats j'avais la sensation d'avoir fait le tour de son œuvre ; mais bon, il vend !

Tout n'est pas glauque dans le monde de l'art, Michel Dresch parle aussi de la création, de la volonté de créer, de changer, notamment lorsque Kovacs revient à la peinture, et même si le sujet est plus abordé que traité, j'avoue qu'il ne me déplairait pas d'accrocher chez moi l'une des toiles décrites.

Et l'intrigue dans tout cela, eh bien, elle suit son cours tranquillement, un peu comme les méthodes du commissaire Joubert. On peut deviner assez vite le nom du (ou de la ou des) coupable voire même ses motifs d'action -ce que j'ai fait- et lire cette histoire jusqu'au bout avec grand plaisir, notamment grâce au contexte décrit plus haut, mais aussi grâce aux personnages créés par l'auteur : Kovacs, Johana la maîtresse, Axel l'ex-mari, Marie-Paule la nouvelle maîtresse, Lassus le galeriste, les autres peintres, les flics, mais surtout les cinq premiers nommés et les relations entre eux. Rien n'est clair au départ entre eux tous, le mystère s'épaissira même en cours de route, l'argent, l'amour, la création la jalousie, tous ces paramètres exaltent les sentiments et les ressentiments voire les rancœurs. Un travail de Michel Dresch bien mené, dans une écriture agréable, fluide. Bref, un très bon moment de lecture. En plus, comme d'habitude le livre, une fois fermé est d'un noir absolu puisque les tranches des pages sont de cette couleur ce qui lui confère un attrait certain.

Si ce n'est pas encore fait, je vous invite à découvrir cette collection Art Noir chez Cohen&Cohen, de belles surprises vous y attendent (et même citée plusieurs fois avec lien vers son site, je n'ai aucune action dans cette maison... malheureusement).

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Maudits soient les artistes

Publié le par Yv

Maudits soient les artistes, Maurice Gouiran, Jigal polar, 2016.....

Clovis Narigou, le journaliste récurrent des polars de Maurice Gouiran a besoin d'argent pour retaper la bergerie dans laquelle il vit, la Varune. Il accepte donc une série de trois papiers pour un magazine qui paie bien, l'un sur Alexandre Grothendieck, ce mathématicien génial qui finit sa vie en ermite en Ariège, l'autre sur le camp d'internement de Rieucros pendant la guerre et le dernier sur un couple de Marseillais qui entame une procédure pour récupérer des tableaux retrouvés chez un vieil homme de Munich qui cachait plus de 1500 toiles héritées de son père et spoliées pendant les années où l'Allemagne était dirigée par les nazis. Dans le même temps, Éric, le fils de Clovis vient passer quelques jours à la bergerie avec sa compagne et des couples d'amis avec enfants ; la tranquillité du lieu en pâtit pendant cette semaine de vacances.

Comment relier ces trois histoires ? Eh bien, Maurice Gouiran y parvient sans problème, il faut dire qu'Alexandre Grothendieck a passé plusieurs mois avec sa mère au camp de Rieucros. Ce camp fut conçu en 1939 pour interner les opposants politiques non français, puis très tôt uniquement les enfants et les femmes : républicaines espagnoles, anti-fascistes allemandes, anarchistes, communistes, ... Pour l'autre histoire, souvenez-vous, en 2012, la police de Munich découvre chez Cornelius Gurlitt un vieil homme, 1500 toiles de maîtres signalées comme perdues, dont il a hérité de son père Hildebrand Gurlitt. Icelui fut marchant d'art et participa à la vente d'art dégénéré (selon Hitler) qui devait rapporter des fonds au pays pour construire le grand musée d'art conforme aux goût du Führer.

C'est donc, comme à son habitude, en mêlant réalité et fiction, en inscrivant ses intrigues dans l'Histoire, dans des moments ou des lieux parfois oubliés que Maurice Gouiran construit son scénario. Et c'est vachement bien, le plaisir est triple, d'abord celui d'une enquête journalistique avec du suspens, des rebondissements, des personnages réels ou fictifs retors, contradictoires ; ensuite, c'est très instructif, on apprend plein de choses sur Rieucros, la spoliation des tableaux appartenant à des juifs, les Monument's men, Grothendieck ; enfin, on retrouve avec plaisir Clovis Narigou (anagramme de Gouiran, heureusement qu'il le dit, parce que je ne l'avais pas remarqué, même si je me doutais qu'il y avait sans doute pas mal de Maurice et Clovis). Et la Varune, sa bergerie, je rêve d'y aller passer du temps, beaucoup de temps... promis, je ne fais pas de bruit et je respecte la nature. En fait, je l'envie je me suis surpris plusieurs fois pourtant assez éloignées d'une lecture de l'auteur à rêver de ce lieu ou d'un autre ressemblant : calme, beauté des lieux, tranquillité, ...

Je disais plus haut que Maurice Gouiran construisait son roman "comme d'habitude", mais ce n'est pas tout à fait vrai : là où dans ses autres aventures, son refuge c'est la Varune, ça ne l'est pas ici envahie qu'elle est par les vacanciers amis de son fils et là où usuellement, il va se frotter à des gens pas très sympathiques, ce coup-ci, l'enquête est assez moderne : téléphone, mails, ... tout se règle sans action extra-ordinaire. Il fait donc l'inverse de ce que j'ai pu lire auparavant, et ça marche aussi bien, parce qu'encore une fois le fond est là, costaud, historique, documenté et fort bien restitué.

Donc, comme d'habitude, une enquête vivement menée, un personnage attachant avec qui je partagerais bien volontiers une mauresque (il me ferait découvrir ce breuvage dont il peut abuser parfois) qui évolue dans un décor de rêve. Un vrai excellent roman noir.

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Ça coince ! (32)

Publié le par Yv

Mamie cherche les embrouilles, Mario Giordano, City éditions, 2016 (traduit par Françoise Fauchet)..

Poldi est une femme allemande de soixante ans, un peu ronde et plutôt sexy, veuve d'un Sicilien émigré en Allemagne. Elle décide d'aller s'installer dans le pays natal de Peppe son mari, profiter du soleil, de la nourriture, du vin et si possible d'hommes en uniforme. Sa maison trouvée au bord de l'Etna, Poldi se fait très vite des connaissances, il faut dire que son penchant pour l'alcool n'y est pas pour rien. Lorsque Valentino, le jeune homme qui lui donne des coups de main dans la maison, disparaît, Poldi se lance dans l'enquête au grand dam du commissaire Montana qui dégage un charme auquel Poldi n'est pas insensible.

Sur le papier ce roman policier promet d'être léger, enlevé et très agréable, le résumé est tentant et la couverture itou. Mais que se passe-t'il dès les premières pages ? Rien ne décolle, l'humour est distillé à dose homéopathique, ou alors je ne suis pas sensible à la plaisanterie germanique -car, comme son nom ne l'indique pas du tout, Mario Giordano est Allemand. Persuadé d'être en train de lire un polar qui promet, je persévère, et enfin, page 120 la situation semble évoluer et bouger. Ouf ! ... Las, c'était trop d'espoir, nous voilà repartis pour des digressions absolument inutiles, des longueurs, des situations pas drôles, ...

Malgré un personnage principal atypique, intéressant, Mario Giordano ne trouve jamais le bon rythme et finit par lasser le lecteur que je suis. Ajoutons des détails agaçants, comme ces phrases emplies de termes étrangers -non traduits ou expliqués- qui gênent ma bonne compréhension et je suis très vite largué et franchement déçu. J'abandonne et ne vais même pas au bout de cette enquête laborieuse qui ne nous apprend rien sur la vie les mœurs des Siciliens et qui ne joue même pas la carte du décalage comme elle aurait pu avec ce personnage principal. Une suite est a priori prévue. Sans moi.

Un petit matin, Simonne Henry Valmore, Vents d'ailleurs, 2016..,

"12 janvier 1934 au petit matin, la Martinique est en état de choc. Un jeune garçon a découvert sur le sable d'une plage du Nord-Caraïbe le corps rejeté par la mer d'un homme assassiné. Cet homme retrouvé ligoté, bâillonné a pour nom André Aliker. C'est un journaliste. C'est aussi un communiste de la première heure, aimé de la population et en particulier des dockers et des ouvriers de la canne à sucre, mal payés par la maître du rhum." (4ème de couverture)

Me voilà bien embêté, d'une part parce que j'aime bien les éditions Vents d'ailleurs et d'autre part parce que ce roman n'a absolument rien pour me déplaire et qu'il ne m'a absolument pas déçu. C'est juste que je n'ai pas réussi à entrer dedans, je ne l'ai pas décodé, ne suis jamais parvenu ni à m'y intéresser ni a vraiment le comprendre. Et pourtant, j'ai bien aimé l'écriture de Simonne Henry Valmore, vive, dynamique, souvent faite de phrases courtes, sèches qui claquent, le tout début par exemple :

"Ils attendent. Comme chaque jeudi. A quinze heures précises. Ils sont là. Et ils attendent. Ils attendent comme on attend au théâtre le lever de rideau. Mais ce n'est pas tout à fait comme au théâtre. La pièce à laquelle ils sont conviés n'est pas encore annoncée. Est rarement annoncée. C'est ainsi. Et c'est la règle du jeu. Ils savent seulement qu'elle aura lieu et s'en contentent. Mesurent tous leur chance de pouvoir être là. Alors qu'importe. Oui qu'importe qu'elle soit sans titre, la pièce qui va se jouer devant eux. Le spectacle peut bien changer chaque fois. Aucune importance." (p.9)

Je l'ai lu jusqu'au bout (101 pages) sans jamais vouloir le lâcher, mais sans jamais réellement comprendre où voulait en venir l'auteure. Me restent néanmoins une ou deux images assez précises. Tant pis, des fois les livres ne nous parlent pas...

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Morceaux de choix

Publié le par Yv

Morceaux de choix, Alan Carter, Bragelonne, 2016 (traduit par Jean Claude Mallé)..,

Hopetoun, petite ville du sud de l'Australie au bord de l'océan, c'est là qu'est retrouvée par une joggeuse une partie d'un corps déchiqueté par des requins. Cato Kwong, flic à la brigade du bétail depuis une sanction, pour cause de pénurie de personnel se retrouve chargé de cette enquête. Il sera assisté de Tess Maguire, une ex, un peu en difficultés en ce moment.

Pas loin de là, un ex-flic anglais Stuart Miller, pense retrouver la trace d'un homme qui, trente ans auparavant, a tué sa femme enceinte et son enfant et qui, en dommages collatéraux a traumatisé Stuart. Et si l'Australie était l'endroit dans lequel cette terrible histoire stoppait ?

Première enquête de Cato Kwong précise l'éditeur, je suppose donc qu'il y en aura d'autres. C'est toujours exaltant d'assister à la naissance d'un héros récurrent et de le voir évoluer ensuite de roman en roman. Bon, icelui, il va falloir qu'il s'étoffe un peu pour être crédible et vraiment à suivre. Le livre est long à démarrer, c'est lent malgré quelques bons passages ; il est difficile de s'intéresser à l'histoire, aux histoires qui se mêlent et aux personnages blasés, tristes et pas vraiment attirants. Des stéréotypes de flics de romans noirs pour ne pas dire des caricatures. On a l'impression que tous les malheurs du monde se concentrent à Hopetoun et que ce sont ces flics qui dégustent. Et puis, enfin, au moment où je ne l'attendais quasiment plus, un rebondissement (bon, page 138 quand même !) : et si c'était un début d'emballement du roman ?

Eh bien oui, à partir de là, il devient moins ennuyeux de suivre les aventures de Cato Kwong, même si je ne frôlerai jamais l'extase. C'est une intrigue classique, longue, qui n'a pas besoin de tous ces tours et détours, pas très bien écrite, les tentatives d'humour tombent à plat, les essais de langage familier pour les dialogues ne font pas mieux. Je me dis que l'auteur est trop prudent et qu'il hésité à y aller franco, instillant de ci de là quelque touches d'humour ou d'argot. Mais lâche-toi Alan, laisse-toi aller ("pète un coup t'es tout bleu" disait Jacques Higelin) et tu verras que Cato n'en sera que meilleur !

Néanmoins, malgré mes remarques désagréables, je laisse une chance à Cato et je serai heureux de le retrouver pour une nouvelle aventure, histoire de savoir s'il a avancé. Et puis, je garde le meilleur pour la fin : Alan Carter installe son histoire dans l'Australie profonde, celle qui voit les travailleurs étrangers arriver en masse avec les haines et les rivalités que cela crée : "Le groupe orange était pour l'essentiel composé d'Anglo-Saxons. Le jaune comptait des Maoris, des Philippins, des Indiens, des Chinois et des Africains -plus quelques rouquins genre Écossais qui semblaient ne faire allégeance qu'à eux-mêmes." (p.83). L'Australie, pays qui fait tant rêver en ce moment n'est pas épargnée par le racisme et le repli sur soi. Ce pan du roman est bien vu, même s'il est un peu léger, et c'est essentiellement pour cela que pour moi, Cato a une deuxième chance.

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La femme qui valait trois milliards

Publié le par Yv

La femme qui valait trois milliards, Boris Dokmak, La mécanique générale, 2016.... (Ring, 2015)

Bruges, 2023, le Lieutenant Borluut enquête sur la troublante découverte d'une momie, étrangement embaumée : Godelieve Hildenbrandt, la jeune femme momifiée l'a été selon un code vieux et rare, une "fiancée du Tophar" moderne.

Même année, Los Angeles, Albert Almayer, sorte de détective privé, qui carbure au maotai et à l'éthérine est ramené manu militari auprès de Rick Hilton, le père de la célèbre Paris Hilton disparue dix ans auparavant, qui le charge de reprendre l'enquête sur sa fille.

Les deux enquêtes se croisent, se recroisent... et si le Lieutenant Borluut et Almayer suivaient les mêmes pistes ?

Boris Dokmak est l'auteur de l'excellent Les Amazoniques que j'ai eu l'honneur de chroniquer ici. Je risque de ne pas me renouveler en parlant de ce nouveau roman tant il est foisonnant, dense et passionnant. Je ne sais lequel des deux a été écrit le premier puisque La mécanique générale est la maison d'édition de poche de Ring, mais peu importe, la bonne nouvelle, c'est que La femme qui valait trois milliards est disponible à moins de dix euros, comme quoi on n'est pas à une contradiction près.

Je ne sais pas trop par où commencer ma recension, le roman est tellement dense, volumineux, il aborde tellement de points divers et variés que je crains d'être très en-dessous de mon engouement véritable. Tenez-vous bien : 758 pages ! Les 500 premières sont très bien, sans temps mort même lorsque l'auteur approfondit des points philosophiques, anatomiques ; il le fait à fond, ne laisse rien au hasard, aborde également les techniques d'embaumement, l'autopsie. C'est absolument fou, démesuré, gigantesque. Ces pages mettent en place l'histoire, permettent de faire connaissance avec les personnages (curieusement, le Lieutenant Borluut, l'un des héros ne bénéficie pas d'une biographie très longue, contrairement à d'autres intervenants moins présents). Les 250 dernières pages sont captivantes et je préfère vous prévenir, il est impossible de les lâcher. Tout se coupe, se recoupe et s'explique, mais Boris Dokmak prend son temps pour nous raconter encore les détails, les tours et détours de son histoire.

De la littérature avec du souffle, du polar à l'américaine, façon années 50/60 et même si l'histoire se déroule en 2023, rien n'est vraiment du futur, mais cela permet de parler de personnages actuels comme s'ils n'étaient plus là ou avaient quitté leurs fonctions, par exemple Paris Hilton, héroïne -non, non, il n'y a pas d'allusion- de ce polar bien malgré elle. Drogue, sexe, alcool, fêtes grandioses et décadentes chez les riches jeunes gens désœuvrés, le privé blasé, le père arrogant et plein d'argent, tous les ingrédients sont là pour faire un polar étasunien, mais Boris Dokmak y insère également un flic belge, des méthodes européennes et son roman devient international, d'autant plus qu'Almayer et Borluut voyagent aux quatre coins de la planète.

Belle maîtrise de la langue française, entre phrases longues, construites, néologismes, notions techniques et philosophiques s'éloignant parfois de la réalité apportées simplement, dialogues très terre-à-terre, familiers, des envolées -parfois lyriques- mais aussi du "vécu" avec Paris Hilton même si j'imagine que pas mal de ses faits et gestes sont inventés -j'avoue mon inculture en la matière. Pas mal d'ailleurs cette idée de prendre un personnage public pour en faire autre chose que ce qu'elle veut bien montrer.

Un polar inoubliable. La quintessence du polar, un truc encore jamais lu et franchement enthousiasmant. Voulez-vous une preuve ? Oui ? Ah la la, vous ne me croyez pas sur écrit... c'est pas bien. Eh bien, ma preuve irréfutable, évidente et imparable : j'ai lu ces 758 pages en quelques jours, totalement scotché ! Moi, lire 758 pages, sans renâcler, la dernière fois que ça m'est arrivé, pfff... j'ai la mémoire qui flanche tellement c'est loin.

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L'assassin qui rêvait d'une place au paradis

Publié le par Yv

L'assassin qui rêvait d'une place au paradis, Jonas Jonasson, Presses de la cité, 2016 (traduit par Laurence Mennerich)...

Lorsque Johan Anderson, plus connu sous son surnom de Dédé-le-Meurtrier sort de prison, il va s'installer dans une pension qui fut peu de temps auparavant un lupanar connu sous le nom du Club Amore. La Pension La-Pointe-de-Terre, tenue par Per Persson propose des chambres au confort discutable mais pas chères. Dédé est bien décidé à ne pas retourner en prison, aussi honore-t-il quelques contrats pour la pègre, des bras ou des jambes brisées en représailles, et il se fait payer pour sévices rendus. Per Persson, rejoint depuis peu par Johanna, une pasteure défroquée parce qu'elle ne croit pas en Dieu, flairent le bon moyen de se faire de l'argent, ils organisent une entreprise chargée de collecter les fonds contre le travail de Dédé, mais s'accoquiner avec le diable n'est pas compatible avec la conversion de Dédé à Jésus, peu de temps après les débuts fracassants de cette entreprise.

C'est ma première rencontre avec Jonas Jonasson tant connu un peu partout pour Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire ou L'analphabète qui savait compter. Et je dois dire que dès les premières lignes, j'ai vu une parenté évidente avec l'excellent auteur finlandais Arto Paasilinna et que j'ai pris le même plaisir à le lire, au début au moins... parce qu'à un certain moment, j'ai quand même trouvé qu'il allongeait un peu la sauce sans lui apporter de saveur supplémentaire : les quatre-vingts premières pages sont drôles, enlevées, puis ça se dégrade parce que ça tire en longueur (environ quatre-vingts pages itou), et puis, ça repart pour ne plus s'arrêter, jusqu'à la fin, la page 380. Tout est absolument loufoque, pas crédible et l'on sourit beaucoup, voire même on peut rire à des dialogues fous ou des descriptions décalées. Le procédé dont use Jonas Jonasson est connu : il joue avec les niveaux de langage, les dialogues sont plutôt dans le familier, l'argotique et les descriptions plutôt dans le soutenu et même plus elles parlent de trivialités, plus elles sont bien écrites, le décalage est donc complet et ça fonctionne parfaitement.

"- J'ai rencontré Jésus ! C'est trop dur à piger, ça ? Et du coup, vous m'avez mis dans la merde !

Le pasteur interrompit l'embryon de querelle qu'ils n'avaient pas le temps de développer. Elle ne réfuta pas le résumé que venait de brosser Dédé, même si elle trouvait qu'il aurait pu employer un autre langage." (p.123)

En filigrane et quasiment tout au long du livre quand même, Jonas Jonasson critique la religion qui longtemps fut en Suède religion d'état, qui ne l'est plus depuis seulement l'année 2000. Il se moque, parodie l'église et son besoin d'argent, les églises de tout genre qui peuvent ouvrir et se revendiquer comme telles, ce qu'en France, on appellerait sectes.

Ce n'est sans doute pas le roman du siècle, certes non, mais je ne doute pas qu'il trouve un écho auprès des lecteurs et je le comprends bien, j'avoue moi-même avoir passé un très bon moment en Suède. Ne boudons pas notre plaisir, un roman drôle qui nous fait oublier quelques instants le quotidien, ça mérite largement le détour, comme une bonne comédie au cinéma.

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La mort dans les veines

Publié le par Yv

La mort dans les veines, Samuel Sutra, L'atelier Mosesu, 2015....

Luc Mandoline est thanatopracteur libéral. Il travaille à son compte et ne néglige pas de temps à autre une enquête vers laquelle le corps qu'il prépare le mène. Luc est l'Embaumeur. Connu pour sa double activité, la légale et l'autre plus confidentielle. Lorsque la belle Adèle lui demande d'enquêter sur la mort de son père, Franck Morel, chercheur à l'Institut Pasteur, spécialiste des virus, il hésite parce que le défunt à disparu et que lui ne sait travailler qu'à partir d'un corps qu'il a vu et visité de l'intérieur. Mais Adèle a des arguments : 3000 euros en espèces et Luc traverse une période compliquée.

L'Embaumeur est un personnage de roman dont un auteur peut s'approprier les codes et les inclure dans son histoire. Il suffit de respecter les consignes biographiques de Luc Mandoline édictées par Sébastien Mousse. Je l'ai déjà rencontré sous la plume de Stéphane Pajot, Deadline à Ouessant et il existe au moins neuf autres tomes de ses aventures. Aventure inédite que celle-ci puisque cadavre à explorer il n'y a pas et que Luc habitué à voyager reste dans Paris. Samuel Sutra détourne donc les codes de l'Embaumeur pour lui écrire cette histoire oscillant entre polar et espionnage. Rythmée aux sons d'Alain Bashung et aux mots de Gérard Manset qui a écrit Visage d'un dieu Inca -que je n'ai pas encore lu, mais je sens une forte envie de le faire maintenant-, un portrait de Bashung à la mode Manset, ce roman est donc forcément excellent.

Luc n'est pas un enquêteur officiel ni même formé aux méthodes traditionnelles, sa technique est souvent directe, foncer droit devant, dans la gueule du loup quitte à recevoir des coups, ce qui ne manque pas d'arriver. Néanmoins, il peut faire preuve de réflexion et monter des plans plus élaborés qui ne récolteront pas toujours un plus franc succès que la méthode auparavant décrite.

Samuel Sutra dont je commence à bien connaître la bibliographie, est un écrivain qui sait jouer avec différents styles d'écriture : argotique, audiardienne dans sa série des Tonton ou ambiance boite de jazz-détective étasunien dans Kind of black. Là, c'est encore différent, très contemporain, n'hésitant pas à faire un bon mot, à user d'images plus ou moins évocatrices : "Non, décidément, si un jour il devait arrêter volontairement son tour de manège, il opterait pour quelque chose d'autre. Pas les médocs. Non, ça, on n'était pas sûr de ce qui se passait non plus. Peut-être la tour Saint-Jacques. Refaire les expériences de Pascal. Confirmer ses travaux sur la pesanteur et, au passage, ceux de Mike Brant sur l'absence de rebond à l'arrivée. Voilà, concilier confort et apport scientifique. Ce serait une belle fin." (p.39/40)

Marie Vindy, dans la préface parle d'un style "du bon style, qui se la raconte si bien que nous voilà partis à tourner les pages avec délice, avec gourmandise même." (p.8) Et de parler de Léo Malet et de Tardi. Parfait. Que puis-je dire après cela ? Rien, ou si, juste vous conseiller très fort cette nouvelle aventure de Luc Mandoline, un héros à découvrir.

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