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Articles avec #polar-noir tag

Le prieuré de Crest

Publié le par Yv

Le prieuré de Crest, Sandrine Destombes, Hugo thriller, 2019....

Perceval Benoît, sous-lieutenant de gendarmerie à Crest dans la Drôme, ne croyait pas que d'un simple contrôle routier allait démarrer une enquête pour enlèvement et meurtres. Mais lorsque la conductrice qu'il stoppe après des embardées sur la route, prend la fuite et s'encastre dans un arbre, il se doute qu'elle a des choses à se reprocher, sûrement concernant la petite fille qui l'accompagne et qui dit ne pas être son enfant. 

Dans le même secteur, le cadavre d'un homme énucléé est retrouvé. Les Experts de la gendarmerie débarquent, équipe qu'aimerait bien intégrer le sous-lieutenant.

Très belle découverte -pour moi car Sandrine Destombes écrit-là son sixième polar- que ce roman. A part une réserve sur l'utilité des passages en italique qui n'ajoutent pas grand chose au suspense, qui lui nuiraient même -sauf l'ultime- et sur la redondance pléonasmique suivante : "Si toutes leurs théories s'avéraient justes, ..." (p.203), eh bien, j'ai apprécié ma lecture de bout en bout.

Outre l'enquête minutieuse dans laquelle chaque détail est noté méticuleusement, disséqué et analysé, il est intéressant de suivre Perceval Benoît qui observe et apprend les méthodes d'investigations des Experts : "Daloz afficha une mine sceptique ; de sa poche intérieure il sortit un petit carnet noir que Benoît n'avait encore jamais vu. Il observa le capitaine prendre des notes et se reprocha de ne pas en avoir fait autant depuis le début de l'enquête. S'il voulait devenir un Expert, il devait agir comme tel et être plus minutieux à l'avenir." (p.102)

Un autre point qui m'a plu et m'a sauté à l'esprit -ça se dit ça ?- est que comme on suit l'enquête pas à pas, on peut se surprendre à avoir des intuitions, des doutes, des interrogations sur tel ou tel personnage suspect ou pas encore qui sont, quelques lignes plus bas, exprimées par l'un des enquêteurs. L'impression d'être un Expert... et d'être totalement imprégné de cette histoire.

L'intrigue qui semble partir dans pas mal de directions se resserre et tient, elle est retorse, ne se laisse pas deviner aisément et ménage ses effets tout au long des 360 pages -assez aérées, ce qui est plaisant. Le rythme sans être haletant ne baisse jamais et c'est donc une lecture qui ne traîne pas jusqu'à la dernière page.

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Un amour de statue

Publié le par Yv

Un amour de statue, Valérie Lys, Palémon, 2019...,

Éva Myla, célèbre cantatrice est assassinée aux Thermes marins de Perros-Guirrec. Le commissaire Velcro qui vient officiellement de prendre ses fonctions au sein de la PJ de Rennes est nommé sur l'enquête. A peine le temps de s'installer au 28ème étage de la tour des Horizons qu'il doit donc partir sur la côte de granit rose. Sa collègue Déborah est elle aussi envoyée dans le coin pour enquêter sur des dégradations sur le site de la Vallée des Saints. Et ça tombe bien, car Velcro et Déborah aiment bien travailler ensemble, si en plus leurs deux histoires pouvaient se croiser...

Bath ce polar et ce duo d'enquêteurs. Le ton est plutôt léger et Valérie Lys nous promène et nous apprend plein de trucs sur les endroits que ses héros traversent : les carrières de granit de Perros- Guirrec, doit-on écrire granit ou granite ?, les noms des célébrités qui ont séjourné à Rennes ou alentours : Louis-Ferdinand Céline, Igor Stravinsky, Milan Kundera entre autres. C'est bien documenté, bien amené et ça sert l'énigme principale du roman qui tourne beaucoup autour de la culture : musique et littérature. Valérie Lys a la bonne idée d'agrémenter son texte d'anecdotes avérées ou inventées et de ne pas ramener sa science de manière pédante. Son polar est grand public et c'est donc avec plaisir et décontraction que l'on apprend.

Pour le reste, l'énigme n'est pas ébouriffante mais elle tient néanmoins jusqu'au bout. Certes, un lecteur affûté peut subodorer des liens entre les personnages et donc des bouts de compréhension de l'énigme, mais il ne perdra pas pour autant l'envie de connaître les réponses détaillées et de savoir comment le duo d'enquêteurs fera pour assembler toutes les pièces. Velcro et Déborah sont bien sympathiques, leur complicité -pour ne pas dire plus, car Velcro est marié- est bien rendue et apporte de la fraîcheur et de la légèreté à l'ensemble. 

Numéro 7 de la série de Valérie Lys consacrée au commissaire Velcro que je découvre.

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L'aigle des tourbières

Publié le par Yv

L'aigle des tourbières, Gérard Coquet, Jigal polar, 2019....

Albanie 1981, Susan Guivarch, accompagnée de son fils Bobby, 12 ans est à deux doigts d'avoir un rendez-vous avec Enver Hoxha, le dictateur albanais, mais elle est contrainte de quitter le pays dans des conditions précipitées et terribles. 

Clifden, Irlande, 2015, Ciara McMurphy, flicque, mène sa vie tranquillement et gère des affaires courantes et banales avec son collègue Bryan Doyle. Mais l'Albanie et son Kanun, la loi du sang ancestrale qui multiplie vengeances, meurtres et violences débarquent en plein coeur de cette région paisible du Connemara et de la vie de Ciara.

Un polar qui a dès ses début ce genre de phrase : "La pièce possédait le charme discret d'un bloc opératoire vide. " (p.14) ne peut pas être mauvais. Gérard Coquet met dans le sien tout ce qu'il faut pour alpaguer son lecteur et ne plus le lâcher. Une introduction dans l'Albanie des années 80 assez longue et nécessaire pour bien comprendre toute l'intrigue, qui, justement, bien que dense, multiple et parfois ardue à saisir tient tout le bouquin. L'auteur n'épargne pas les rappels, les topos des flics, bienvenus pour ne pas perdre le fil. C'est très bien fait et vraiment maîtrisé, sans cela, je m'y serais perdu rapidement. Et non, je n'en dirai pas plus, d'une part parce que l'intrigue principale n'est pas facile à résumer sans perdre son intérêt et d'autre part je préfère laisser le suspense.

Un autre atout de ce polar est représenté par les personnages, Ciara en tête, atypique, une flicque au langage familier qui collabore avec Bryan Doyle, qui lui, use d'une lange châtiée et se permet des réparties chiadées qui tranchent avec sa collègue, apportent de l'humour et parfois même un peu de légèreté. Le duo fonctionne bien entre le scientifique qui ne peut s'empêcher d'envisager toutes les hypothèses et l'instinctive qui a des fulgurances qui ne préviennent pas. 

Ensuite, il y a les deux pays : l'Albanie d'abord, ses paysages, pas toujours exceptionnels, surtout en 1981, ses habitants qui vivent sous une double dictature : celle d'Hoxha et celle du Kanun. Puis il y a aussi l'Irlande, son climat froid et humide, ses pubs bondés où la Guiness coule généreusement, ses paysages pas toujours accueillants et exigeants avec les Irlandais, iceux des gens hauts en couleur.

Le tout bien mélangé forme un polar humide, râpeux, malté -bière ou whiskey-, parfois violent, dur, fortement ancré dans une réalité internationale, instructif, ... bref, un excellent polar, tout simplement.

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Autopsie d'un mensonge

Publié le par Yv

Autopsie d'un mensonge, Françoise Le Mer, Palémon, 2018.....

Jean Le Sueur est boulanger à Roscoff, mais depuis quelques mois, il n'est plus vraiment à son travail, Cécile sa femme est en phase terminale d'un cancer. Bien qu'honnête au possible, il fauche dans la poche du Docteur Gauthier un billet de loterie gagnant pour payer un dernier voyage à Cécile. Mais le lendemain, lorsqu'il livre le docteur de ses viennoiseries habituelles, il le trouve mort d'une balle, ainsi que sa fille Léa. Sa femme et son fils ont disparu. C'est le commissaire Le Gwen et le lieutenant Le Fur qui sont désignés pour mener l'enquête.

Je découvre le commissaire Le Gwen et le lieutenant Le Fur pour leur dix-neuvième aventure. Mieux vaut tard que jamais. Adage on ne peut plus vrai dans ce cas tant j'ai aimé le duo. Un duo qui se promène dans la Bretagne et dans une intrigue rondement menée et pourtant qui reste très longtemps dans le flou. Pas mal d'histoires secondaires nous sont présentées à nous lecteurs sans que les flics ne les connaissent encore, elles viendront se mêler à l'enquête principale la faisant gonfler, et nous, supputant une terrible et grosse intrigue aux multiples ramifications. Et nous ne sommes pas déçus. 

Le décor est beau, la Bretagne est joliment décrite avec en prime quelques brins d'histoire, les personnages principaux se vannent -normal en Bretagne-, les secondaires ont de vraies places.  Françoise Le Mer construit son polar diaboliquement, nous donnant des indices, plus qu'aux flics mais en cachant bien son jeu, si bien que je n'ai pas résolu l'énigme avant qu'elle ne me l'explique. Très bien fait, vraiment très plaisant. Je n'irai pas jusqu'à dire que je regrette de ne pas avoir lu les dix-huit enquêtes précédentes -quoique-, mais je suis sur les starting-blocks pour la vingtième...

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Minuit dans le jardin du manoir

Publié le par Yv

Minuit dans le jardin du manoir, Jean-Christophe Portes, Le masque, 2019.....

Une tête sur un pique en bois est trouvée dans le jardin du manoir de Colette Florin, vieille femme excentrique. Son petit-fils, Denis, notaire réservé, gauche, passionné par les armes et batailles anciennes -il reconstitue soldat après soldat celle de Marignan- passe pour une sorte d'idiot du village. Il fait un suspect idéal, surtout lorsque, pris de panique, il s'enfuit. Jean-Michel Trividec bellâtre de la police de Rouen mène l'enquête qui s'épaissit bientôt avec la disparition de Colette.

Excellent roman policier contemporain de Jean-Christophe Portes, plutôt spécialisé dans le policier historique avec son héros Victor Dauterive, gendarme qui officie pendant la Révolution. Mais chassez le naturel, il revient à un moment ou un autre, puisque ce roman a pour base l'Histoire ancienne et plus récente, formidablement décrite.

Au moins quatre narrateurs très identifiés, qui alternent leurs points de vue. D'abord Trividec, le flic sûr et content de lui, un peu bas de plafond fort heureusement bien secondé par Miss Je-sais-tout ainsi qu'il l'a nommée. Puis, Denis Florin, le notaire-suspect à qui il va arriver pas mal d'aventures. Ensuite, Monroy, un richissime homme d'affaires dont on se demande bien -au début- ce qu'il vient faire là. Et enfin, Nadget Bakhtaoui, journaliste habituée aux situations de guerre qui, par hasard, se retrouve embarquée dans cette intrigue.

Habilement, JC Portes construit son roman en petits chapitres qui donnent du rythme et permettent au lecteur d'être toujours en haleine et en alerte. Ça va très vite, on ne s'ennuie jamais puisque l'on saute de surprises en rebondissements et de rebondissements en surprises. Pas un seul temps mort, les personnages se révèlent, changent sans que cela ne soit gênant ou grotesque. L'auteur mène là un récit léger, c'est de l'aventure avant tout, donc tout -ou presque- est possible. Il y glisse des remarques bien senties sur notre monde actuel : les chaînes d'informations continues qui brodent souvent, extrapolent, font leur beurre sur les faits divers les plus sordides possibles, les talk-shows (comment dit-on en français : les causeries ?) dans lesquels des chroniqueurs donnent leurs avis nullement argumentés -et qui n'ont qu'à peine la valeur de ceux du célèbre café du Commerce- et dont on se fout sur tous les sujets et qui vont même jusqu'à s'auto-estampiller spécialistes.

Bref, voici un roman policier qui saura détendre et intéresser les moins ardents des lecteurs et aussi les lecteurs plus avertis ; chacun passera un vrai bon moment dans cette histoire virevoltante, énergique, légère et toujours surprenante. Vous aimez l'aventure ? En voilà ! Et quelque chose me dit qu'on pourrait bien revoir quelques uns des personnages rencontrés ici dans une série...

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Demande à la savane

Publié le par Yv

Demande à la savane, Jean-Pierre Campagne, Jigal polar, 2019.....

Cœur léger était flic. Il a été viré et s'est établi en tant que privé. Jane, sa sœur, son amour de jeunesse, son amie, journaliste, lui demande de l’assister lorsqu'elle doit s'entretenir avec un informateur sur le trafic d'ivoire qui continue au Kenya. Lenos, garde forestier est le témoin du massacre de trois éléphants tués pour leurs défenses. Cette chasse aux trafiquants d'ivoire croise celle d'un terroriste, donnant à cette histoire un ton plus que terrible.

N'y allons pas par quatre chemins, j'ai adoré !

Quelle claque ! Ce roman de 150 pages est d'une originalité et d'une force incroyables, et je pèse mes mots. L'écriture de JP Campagne est un régal qui oscille entre poésie, brutalité, descriptions des lieux et des personnes qui pourraient paraître courtes et qui pourtant sont juste suffisantes. Une langue au minimum. "Cœur léger a vieilli, il a pris du poids, il a déjà un pli à la nuque quand il porte la veste. Le jour où il en aura deux, si ce jour arrive, il rejoindra la bande des gonflés, des réussis, des pas crève-la-faim, pas crève-de-palu, pas crève-du-sida." (p.7/8)

Une langue qui dit tout sans détour, qui ne digresse pas. Sans doute faut-il entrer dedans et prendre le pli de lire entre les lignes tout ce qui y est clairement noté et si tel est le cas, ce roman noir devient tout simplement l'un des tout meilleurs lus dernièrement. JP Campagne joue avec les images, les mots, c'est un peu comme quand un taiseux s'exprime, il ne lui faut que quatre mots pour se faire comprendre là où le bavard moyen a besoin d'une page entière.

J'en suis encore sur le cul. J'aime beaucoup le travail de la maison Jigal, j'y ai lu beaucoup d'excellent romans, celui-ci entre dans mon panthéon jigalien. Croyez-moi sur parole : inévitable, chaud, poisseux, lourd, râpeux, la violence y est présente sans être décrite on la ressent, noir, très noir, éléphantesque si je puis me permettre.

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Des coccinelles dans des noyaux de cerise

Publié le par Yv

Des coccinelles dans des noyaux de cerise, Nan Aurousseau, Folio, 2019 (Buchet-Chastel, 2017).....

François est un demi-sel, un petit voyou parisien, incarcéré à Fresnes. Il partage sa cellule avec Le Vieux, un malfrat de la même envergure, fatigué. Pour leurs derniers mois, c'est Mehdi qui viendra faire le troisième dans leur neuf mètres-carrés, et là ce n'est plus le même sirop. Mehdi, c'est le grand banditisme, l'élite de la profession, braquage en tous genres et magot bien planqué, que personne n'a trouvé, ni les flics ni ses complices. François a un plan, un gros coup à Paris, un truc auquel il cogite depuis longtemps et si Mehdi lui tendait la paluche, ça aurait de la gueule.

Il m'a suffit de ce titre énigmatique pour me tenter. Et qu'est-ce que j'ai bien fait de céder ! Ce roman qui débute comme un petit polar un peu pépère s'emballe et se punchise pour enthousiasmer ses lecteurs. Je ne savais pas à quoi m'attendre et même si j'avais eu une petite idée, j'aurais été surpris, alors dire que je me suis régalé est un euphémisme. 

D'abord, il y a François, un personnage pâlot, qui se met en ménage avec une pièce spéciale : "J'ai quand même une amie, une femme, ma femme, elle est pas trop vieille mais elle est laide, c'est une vraie conne et elle m'aime." (p.14). Les portraits sont réjouissants, pas ragoûtants, on ne fréquente pas la crème de la crème. Et avec tout cela, Nan Aurousseau construit un roman noir excellent. Ensuite, il y a la langue qui fait qu'on s'y plaît, une langue de voyou, crue, directe, argotique, violente. Et puis il y a le crescendo de l'intrigue qui m'a cueilli et m'a empêché de regarder un bon gros navet à la télé puisque je devais absolument en connaître le fin mot. Pour tout cela, que Nan Aurousseau soit remercié. Quel pied !

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La bête de l'Aven

Publié le par Yv

La bête de l'Aven, François Lange, Palémon, 2019....,

Été 1858, l'inspecteur François Le Roy s'ennuie un peu dans la ville de Quimper lorsqu'il est intrigué par trois personnages patibulaires installés au fond d'une taverne. Il les écoute et comprend vite qu'ils projettent d'attaquer la malle-poste. Désœuvré, il commence alors à étudier le trajet du fourgon postal et les raisons pour lesquelles ces trois malfrats envisagent leur mauvais coup.

Mais bientôt, Faňch Le Roy est obligé de se rendre à Pont-Aven, petite commune dans laquelle officie son ami gendarme Corentin Kerloc'h et qui compte déjà trois jeunes filles sauvagement assassinées sans que le meurtrier ait pu être arrêté.

Nouvelle enquête de Faňch Le Roy, après le très bon Le manuscrit de Quimper. Et cette fois-ci encore, très bon moment passé dans la Bretagne du XIX° siècle. François Lange écrit ses enquêtes en à peine 200 pages, ce qui est très bien, rien ne manque, rien n'est en trop. Peut-être lui faudra-t-il néanmoins décrire plus intimement son héros, mais cela viendra, pour le moment, il parle admirablement de la région, de ses us et coutumes et des gens de l'époque. C'est vraiment très agréable, car bien écrit, fluide, limpide. L'histoire se suit très facilement et l'on se prend au jeu de savoir qui a commis les crimes et comment Faňch et Corentin vont conclure les deux affaires qui les lient.

Et ces deux intrigues, si elles ne révolutionnent pas le genre, sont mises en scène fort habilement et encore une fois, dans un cadre original et fort présent. Pas de temps mort dans ces pages. On y croise des personnalités réelles qui elles, rencontrent des personnages de roman -à chaque fois, une note de bas de page indique que telle ou telle personnalité a vraiment vécu et parle de son lien avec la Bretagne. J'aime beaucoup ce genre de romans qui nous font passer un très bon moment en s'échappant quelques instants de notre réalité, de nous rappeler comment vivaient nos aïeux. La mission est très largement remplie, j'en redemande, car je suis certain que Faňch va revenir. Il ne peut en être autrement.

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L'inspecteur Dalil à Paris

Publié le par Yv

L'inspecteur Dalil à Paris, Soufiane Chakkouche, Jigal polar, 2019....

L'inspecteur Dalil coule sa retraite dans sa maison bringuebalante de bord de mer, entre la pêche et les dialogues avec sa Petite Voix, omniprésente. Lorsque les services secrets marocains lui font comprendre qu'il est fermement invité à se rendre à Paris pour enquêter en collaboration avec le chef de la Crim, le commissaire Maugin, il y va contraint, mais sans réel enthousiasme. Quelques jours plus tôt, Bader Farisse, un étudiant en transhumanisme, un petit génie qui vient d'inventer une puce révolutionnaire a été enlevé. Les autorités craignent que ce soit l'oeuvre de terroristes islamistes.

Un polar comme je les aime. Court, avec des héros rugueux, pas forcément sympathiques, ni antipathiques. Ils ont des humeurs, des emportements, des avis tranchés et restent avant tout des professionnels de la traque des malfrats. Dalil a ce petit plus d'avoir sa Petite Voix qui lui parle et à laquelle il répond. Un peu désabusé, un peu à côté, un peu vieux, un peu has-been, c'est l'image qu'il donne aux autres, qui devraient se méfier, car la nonchalance de Dalil cache une grande réflexion, une capacité de déduction et une intelligence de haut vol.

Soufiane Chakkouche a la bonne idée d'enjoliver son texte, déjà fort plaisant, décalé, de réflexions drôles, de remarques qui jouent sur les mots, les expressions, Dalil parle certes bien le français mais pas parfaitement l'argot ni même le jargon des flics parisiens. Et dès le début, dès que je lis le portrait suivant de Dalil, je sais que la suite sera à mon goût :

"A vrai écrire, Dalil était à l'adolescence de la vieillesse ; il entrait dans sa soixante et unième année, mais il en faisait 51, et il s'en foutait éperdument. "Comment peut-on ressembler à un chiffre ?" avait-il l'habitude de répondre à ceux qui le saupoudraient d'un tel compliment. Cette illusion physiologique était principalement due à deux attraits de son physique : sa ligne et ses cheveux." (p.8)

Et la suite ne m'a pas déçu, bien au contraire. J'ai pu visiter Paris avec les yeux de Dalil, qui fait un peu comme quand moi j'y vais avec mes yeux de Provincial : une certaine innocence et un émerveillement évident en même temps qu'un agacement de la pollution et du bruit. Voilà un roman qui met le terrorisme en fond sans pour autant être plombant, angoissant. Une belle enquête d'un flic atypique à qui on ne la fait pas. Un héros qui gagnera à être rencontré de nouveau et qui, très franchement, sans jamais faire qu'on veuille le revoir -il cultive sa liberté, sa solitude et une certaine agoraphobie-, donne au lecteur très envie de le revoir.

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