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polar-noir

Les hauts du bas

Publié le par Yv

Les hauts du bas, Pascal Garnier, Zulma, 2003 (Zulma poche, 2016).....

Edouard Lavenant, soixante-quinze ans, veuf, méchant et fortuné, mais aussi victime d'un AVC a dû se résigner à s'éloigner de ses affaires et à faire appel à une infirmière qui s'occupe de lui 24h/24h, depuis un an. Thérèse est aussi gentille qu'il est dur, aussi bonne qu'il est cassant... Bref, la cohabitation n'est pas de tout repos. Puis, petit à petit, Edouard change et finit par s'attacher à Thérèse. Ils vivent retirés dans un village de la Drôme, seuls, jusqu'au jour où leur solitude est perturbée d'abord par les égarements d'Edouard, puis par l'arrivée d'un homme prétendant travailler pour la société du vieil homme.

Pascal Garnier, décédé en 2010 a construit une œuvre littéraire discrète et savoureuse. John Banville écrivain irlandais -que je n'ai jamais lu- dit de lui que "Simenon a trouvé son véritable héritier." Eurêka, c'est exactement cela, comme Simenon, ses personnages sont des gens normaux, des sortes d'archétype du type sympa ou pas, de la dame de compagnie dévouée, du mec cassant et imbu, de tous ceux qu'on rencontre tous les jours et sans doute de nous-mêmes aussi.

Dans cet opus, Edouard est un vieux aigri et désagréable qui s'adoucit au contact de Thérèse son infirmière. Ils se rapprochent bien que ne faisant pas partie du même monde. Jusqu'à ce qu'un événement a priori fortuit ne vienne tout remettre en cause. C'est alors l'escalade et nos personnages paisibles s'enfoncent dans une aventure peu banale. En fait en lisant ou regardant des polars, on s'aperçoit qu'il en faut peu pour basculer du mauvais côté : une soirée arrosée, un énervement, de la fatigue et un coup malencontreux ou un simple accident fait pencher la balance. Pascal Garnier provoque cet incident qui transforme notablement et durablement la vie de ses héros.

Comme à chaque fois, il nous mène pile là où il le voulait et on se laisse guider avec grand plaisir, on en redemande même. Il écrit des romans qui paraissent faciles, simples et qui par certains aspects le sont vraiment... à lire car parvenir à tant de simplicité pour un écrivain demande -j'imagine- pas mal de travail, même si "Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément.", comme disait Nicolas Boileau. (Eh, pas mal quand même de conclure mon billet sur une citation de Boileau, n'est-il pas ?)

Je ne saluerai jamais assez la belle initiative des éditions Zulma de rééditer les livres de Pascal Garnier tant lire cet auteur est salutaire et une excellent idée. N'hésitez pas, ces rééditions sont en poche, donc pas chères.

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La lettre et le peigne

Publié le par Yv

La lettre et le peigne, Nils Barellon, Jigal polar, 2016.....

Avril 1945, Berlin est bombardée par les Alliés. Anna trouve à se réfugier dans une cave avec d'autres personnes. Mais bientôt, les Russes, libérateurs de la ville parviennent à entrer dans l'abri, choisissent quatre femmes et les violent. Huit ans plus tard, Anna confie à son cousin une lettre qu'elle lui demande de remettre à son fils Josef si un jour il la lui demande.

Septembre 2012, dans un musée de Berlin, un peigne célèbre, en ivoire est volé, le capitaine Anke Hoffer enquête. Même époque, Jacob Schmidt est violemment agressé par deux hommes cagoulés. Choqué, pas vraiment pris au sérieux par la police, il décide de mener son enquête et de retrouver la lettre dont son père Josef lui a parlé il y a longtemps.

Jimmy Gallier, l'éditeur, a l'habitude de trouver des auteurs très différents et tous très talentueux, presque tous Français preuve que le polar est bien ancré chez nous et que nous avons de très bons écrivains qui n'ont rien à envier aux auteurs de romans policiers étrangers. Cette fois-ci, l'auteur est lyonnais, mais son intrigue se déroule pour très grande partie en Allemagne. A coups de retours en arrière, entre les années d'après-guerre, puis celles qui ont suivi la chute du mur de Berlin et 2012, il bâtit une histoire aux racines profondes et historiques. Ce n'est pas un énième roman qui place son intrigue dans la guerre, non, icelle n'en est que le terreau dans lequel elle poussera pour n'éclore qu'en 2012. Disons sans rien dévoiler que la théorie nazie en est la base : "Anke avait stocké toutes les infos collectées dans un dossier et, quand elle éteignit son portable vers deux heures du matin, il affichait deux cents mégaoctets de données. Cependant, si elle avait eu à le résumer, elle aurait dit ceci : il y avait une montée de la pensée nazie qui, si elle n'avait jamais disparu, semblait se structurer sur la dernière décennie. Et ce, à l'échelle mondiale." (p.37) Et force est de constater que Nils Barrellon a raison, la théorie nazie resurgit et se structure depuis quelques années. L'un des deux plus grands totalitarismes de l'histoire -avec le stalinisme- qui a quand même conduit à un génocide et à une barbarie sans nom a encore des adeptes partout dans le monde... c'est totalement inimaginable.

J'ai adoré cette histoire et la façon de la raconter, par petits chapitres revenant parfois sur un même événement mais vu par un personnage différent et donc raconté différemment. J'ai aimé également ces allers-retours dans le passé qui expliquent la personnalité de chacun, qui permettent au lecteur de comprendre ce qu'est l'héritage des non-dits familiaux et comment ils influencent la vie. Plus globalement, l'enquête est passionnante, et si l'on voit se profiler une théorie folle un peu avant la fin, celle-ci réserve quand même une belle surprise. De manière générale, ce polar est un très belle surprise. Vif, palpitant sans faire l'impasse sur la construction psychologique des personnages, il se lit sans temps mort, avec avidité.

Une très belle réussite, efficace et percutante.

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Le printemps des corbeaux

Publié le par Yv

Le printemps des corbeaux, Maurice Gouiran, Jigal polar, 2016.....

Mai 1981, la France est en émoi, l'élection présidentielle est dans quelques jours et le scrutin bien incertain. Qui de Giscard le sortant ou de Mitterrand le challenger sera le prochain président ? Luc Rio, surnommé Louka, vingt ans, marseillais, s'en moque. Son père est mort lors d'un braquage, sa mère est en prison. Après son enfance dans les foyers et familles d'accueil, le jeune homme a monté une combine pour gagner pas mal d'argent. L'informatique est en pleine explosion, lui l'étudie et s'en sert pour monter son arnaque. Mais Louka est intelligent et en veut toujours plus. Un gros coup le tente, mais affronter le Milieu marseillais et les grandes familles de la bourgeoise qui flirtent ensemble depuis ds années n'est pas à la portée de tous.

Maurice Gouiran abandonne son héros récurrent Clovis Narigou pour nous narrer cette histoire d'arnaque et de gangsters sur fond d'élection présidentielle attendue et crainte. Le gros coup de Louka nous amènera également à la guerre 39/45 et à Marseille. On se promènera donc entre ces deux périodes, les actes commis dans l'une ayant des conséquences dans l'autre, mais je n'en dirai rien de plus, pour ne pas déflorer le suspense. Comme toujours, Maurice Gouiran est bien documenté et installe son histoire dans celle du vingtième siècle. Il faut bien se rappeler, qu'en 1981, R. Reagan est président des États-Unis, M. Thatcher, premier ministre anglaise, des libéraux pur jus, durs -M. Thatcher laissera mourir en prison des militants irlandais, le plus emblématique, Boby Sands meurt le 5 mai 1981. En France, Mitterrand est aux portes de l'Élysée, les communistes à celle du gouvernement et les bolcheviks à celles de l'est parisien. Que les plus jeunes d'entre vous ne rient pas, en 1981, certains -les riches, ceux qui avaient du pognon à perdre- pensaient réellement que les Russes allaient entrer dans Paris. D'ailleurs, Reagan et Thatcher ont demandé à Mitterrand de ne pas nommer de ministres communistes...

L'ambiance est morose donc chez les bourgeois. Personnellement, j'avais 15 ans et je me souviens encore de la tête de certains copains au lendemain de l'élection (ben oui, j'étais à l'école privée et entouré de gens friqués, moi qui venais de la cité HLM). A Marseille, Louka fréquente une jeune femme issue de cette catégorie sociale qu'il exècre et dont il veut profiter. La grande force du polar de Maurice Gouiran est de mêler des personnes réelles avec ses personnages et d'en faire un roman au rythme soutenu. Pas un seul moment de relâchement, de détente, on tremble pour Louka en se demandant s'il sera assez fort pour tenir tête à tous ceux qu'il a contre lui. On sourira à l'occasion, notamment lorsque Louka révélera son pseudonyme pour monter sa première arnaque.

Maurice Gouiran aime sa ville, Marseille, mais pas au point d'oublier tout ce qui s'y est passé. pas au point de faire l'impasse sur les comportements de ses habitants pendant la guerre, ni sur ceux de la pègre locale acoquinée aux grandes familles et aux politiciens. Il ne dit pas qu'ailleurs ce n'était pas la même chose, mais sans doute à Marseille, tout est exacerbé. En tous les cas, amoureux de Marseille ou pas, il faut lire les romans de Maurice Gouiran, toujours excellents et intelligents qui au pire rappellent l'histoire de notre pays et au mieux nous l'apprennent de la manière la plus agréable qui soit, la lecture de polars.

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Monet, money

Publié le par Yv

Monet, money, Henri Bonetti, Cohen&Cohen, 2016.....

Depuis qu'il a été viré de son poste de cadre à la banque, Benoît Thérin rêve de se venger de son ancien ami qui fut aussi son directeur et donc l'artisan de sa mise à la porte, Ludovic Taillefer. Ce même Ludovic Taillefer, lui-même viré quelque temps plus tard, un type imbuvable, est l'heureux possesseur d'un tableau de Claude Monet, exposé dans sa luxueuse villa méditerranéenne. Ce tableau est volé. Entrent alors en scène, Karim Kacem, enquêteur pour la compagnie d'assurances, Nathalie fonctionnaire des impôts qui veut se payer Taillefer, exilé fiscal, Ange, un truand qui veut faire son come-back avec un vol de Monet, plus quelques seconds couteaux...

Tout cela a l'air confus... et rien ne l'est. Le talent d'Henri Bonetti est de ne jamais nous perdre entre les divers protagonistes qui se croisent sans se connaître, puis finissent par se connaître. Ils ont tous en commun cette toile de maître, inconnue et pourtant tant convoitée. Le romancier procède par petits chapitres, eux-mêmes calibrés en courts paragraphes, ce qui fait qu'on a le temps de se repérer dans ses nombreux personnages, et je vous le dis ici, si je ne me suis pas perdu, aucun risque que vous ne le fassiez, tant je me perds aisément lorsque les entrées d'un roman sont multiples.

Je me suis régalé de bout en bout. L'auteur harponne le lecteur dès les premiers mots et ne le lâche plus avant la toute fin, bouquet final de cette aventure formidable. Le rythme est enlevé, alerte, les personnages sont parfois pitoyables, mesquins, désagréables, sympathiques... Certains restent tout du long ce qu'ils sont réellement tandis que d'autres changent parfois radicalement et se retrouvent dans des situations dans lesquelles on ne les attendait pas. Les seconds rôles ne sont pas en reste, bien présents et décrits, comme des seconds rôles de cinéma, du temps des grands polars français : on pourrait presque voir les gueules de ceux qui jouèrent ces rôles et qu'on a tous en tête sans connaître leurs noms.

C'est plein de rebondissements, des choses joyeuses, car ce roman est avant tout joyeux, c'est une aventure qui si elle ne décroche pas de gros rires laisse le sourire aux lèvres parce qu'il faut bien le dire, tous ces gangsters et apprentis gangsters forment quand même une belle bande de loosers.

Hyper agréable à lire, le temps passe à un rythme fou, en fait c'est en arrivant à la fin qu'on remarque qu'on vient de lire 300 pages. Le genre de polars que l'on emporte partout pour profiter de cinq ou dix minutes d'attente ou de temps libre pour avancer dans l'histoire. Un coup de coeur polar.

Et comme toujours dans cette collection Art noir de chez Cohen&Cohen, le livre est très beau, tranches et couverture noires à peine colorées d'une petite représentation d'une toile de Monet et du texte en blanc. Je suis devenu accroc à cette collection...

PS : et ce titre qui sans cesse me met en tête Abba, Money, money, money... Y'a pas de raison que je sois seul à souffrir avec cet air toute la journée.

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La tête de l'Anglaise

Publié le par Yv

La tête de l'Anglaise, Pierre d'Odvidio, Jigal polar, 2016.....

Joël, fermier bourru et taiseux est accusé d'un meurtre. Mais avant cela, Joël est le fils d'un sous-officier pendant la guerre d'Algérie, violent, une brute qui ne croit qu'aux coups et aux brimades pour dresser -et non pas élever- ses enfants, et pourquoi pas sa femme également. Très tôt confronté à ce père, Joël devient taciturne, solitaire et craintif. L'âge n'aidera pas à son intégration dans son village, se renfermant sur lui et sa ferme, malgré quelques tentatives pour se faire des relations, notamment un mariage assez vite fini. Lorsque le meurtre est avéré, c'est assez facilement que les soupçons pèsent sur lui.

Élevé par un père adepte de la violence et du dressage, Joël est un enfant triste :

"Un garçon taciturne, avait diagnostiqué sa maîtresse dès la première année de sa scolarité. "On ne l'entend pas beaucoup, votre garçon, Josiane. Il est comme ça à la maison ?" "Affirmatif" aurait dit Alphonse. Josiane s'était contentée d'un "oui" étranglé, à peine audible. L'institutrice avait soupiré. Fin de l'entretien. Elle avait eu tort de rapporter l'avis de l'institutrice à son mari : le gamin s'était fait engueuler. Déjà qu'on ne l'entendait pas beaucoup, maintenant, il ne parlait que pour répondre aux questions directes. Un taiseux." (p.18/19)

La suite n'est guère mieux et Joël subira toute son enfance cette violence tant physique que psychologique. Il n'est finalement guère surprenant de le retrouver quelques années plus tard au rayon des faits divers... Mais qu'on ne s'y trompe pas, le roman de Pierre d'Ovidio est bien plus fin que cette relation de cause à effets basique. Par une construction étonnante, absolument pas linéaire qui suit plutôt les méandres de la pensée qu'un rapport de police ou qu'un article de journaliste, le romancier excelle à brouiller les pistes. Il passe d'une période à une autre très rapidement et habilement, parfois dans le même paragraphe ; curieusement, le lecteur n'est pas dérouté, chaque fois, il s'y retrouve. Et pourtant, en plus de cela, Pierre d'Ovidio procède par allusions pour évoquer un événement pas encore connu, qu'il expliquera quelques pages plus loin, ce qui pourrait perdre un peu plus le lecteur. Que nenni, jamais je ne me suis senti largué, au contraire, cette construction puzzlesque maintient le lecteur en éveil jusqu'à ce que toutes les pièces lui soient données, elle augmente le suspense et tient en haleine jusqu'au bout du livre, tout au bout...

L'écriture ajoute également à la tension, nerveuse, rapide, parfois très oralisée. C'est rural poisseux, ça colle aux basques comme la boue aux bottes de Joël. L'histoire se déroule au fin fond de la France, elle pourrait être transposée au cœur des États-Unis, dans un état rural et ça en ferait un roman noir américain excellent, sans doute remarqué, car remarquable. Du made in France à ne pas rater, de la belle ouvrage, des personnages qui marquent et restent en mémoire.

PS : de Pierre d'Ovidio, j'avais déjà apprécié Étrange sabotage.

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Spada

Publié le par Yv

Spada, Bogdan Teodorescu, Éd. Agullo, 2016 (traduit par Jean-Louis Courriol)....,

Les rues de Bucarest ne sont plus très sûres pour les petits truands, un tueur, vite surnommé Le Poignard sévit et d'un seul coup de poignard les égorge. Sa cible : des repris de justice roms. Les médias se déchaînent et ce qui est un fait divers devient une affaire d'état, un problème à régler de toute urgence avant que les relations internationales même ne se dégradent. La vie politique roumaine est en ébullition, accords, désaccords, alliances de circonstances et coups bas seront les maitres mots pendant des semaines.

Les éditions Agullo sont toutes jeunes, nées en mai de cette année. Elles ont commencé avec deux romans noirs dont celui-ci, Spada. Beau livre, couverture soignée et très réussie -pensez-vous, même le bandeau que d'habitude je jette à peine le livre en ma possession, cette fois-ci, je l'ai gardé- et mise en page de belle qualité, l'objet est donc déjà un succès. Le contenu maintenant. Eh bien, il est à l'avenant de l'objet, réussi lui aussi. Bogdan Teodorescu n'écrit pas ce polar sous l'angle de l'enquêteur qui va chercher des indices, travailler sérieusement et méticuleusement pour trouver la moindre piste, non, pas du tout, il écrit son roman sous deux angles : ceux des dirigeants politiques et ceux des journalistes. Autant vous dire que ces deux mondes qui se croisent, se côtoient voire plus si affinités et souvent affinités il y a -ou s'il n'y a pas, on peut alors parler d'inimitié voire de haine qui lient tout autant les protagonistes- sont un véritable panier de crabes. C'est à celui qui pincera le plus fort, qui ira le plus loin pour obtenir pouvoir et reconnaissance. Un roman de politique-fiction sur base de tueur en série qui décrit des mondes où tout est permis même -et surtout- la trahison. Tous les coups sont bons pourvu qu'ils rapportent, même les plus sordides. Certains n'hésiteront pas à faire monter la haine entre Roumains et Tziganes, quitte à déclencher des heurts violents et la remontée des bas instincts de racisme, xénophobie et de communautarisme. Tout fait est montré, décrit, exagéré et tourne en boucle dans les journaux et télévision : "Avec lui, c'est toute la presse du jour qui accorde une large place aux incidents d'hier au centre de la capitale. Pour ne citer que quelques titres : Sang et violence à Bucarest ; La Roumanie en guerre civile : les Tziganes attaquent un supermarché dans le centre de la capitale ; La police est arrivée comme d'habitude pour compter les cadavres ; Comme au Moyen Âge, les employés d'un supermarché se défendent l'arme à la main contre des bandes d'agresseurs ; Explosion de violence au centre de Bucarest ; L'axe de la violence Constantsa-Movilà-Bucarest ; Maricel Iovista défend un supermarché contre les Tziganes. Et nous, qui nous défend ?" (p.190)

Bogdan Teodorescu montre les rôles de chacun, celui des politiques qui veulent être réélus ou qui veulent la place de l'autre et donc prêts aux alliances avec leurs ennemis d'hier, pas forcément pour le bien du pays, même si cette notion entre en jeu dans l'esprit de certains. Ceux du parti de l'Union Nationale qui profitent de chaque incident mettant en cause un Rom pour parler de patriotisme et de la Roumanie aux Roumains (remplacez Rom par Immigré -Maghrébin est encore mieux- La Roumanie aux Roumains par La France aux Français et Union Nationale par Front National et vous verrez que la montée des extrêmes se base partout sur les mêmes peurs et haines). Chaque homme politique est soucieux de sa place, de sa réélection éventuelle et de sa place dans les sondages, il cherche donc avant tout à éliminer les autres, puisque maintenant, aucun n'est élu sur un programme, des idées, une vision pour son pays mais uniquement en opposition à celui -ou ceux- qu'on ne peut plus voir. C'est sans doute un détail mais ça change tout : le seul but, ne pas décevoir pour se maintenir, et donc lorsque les événements se corsent eh bien chacun tire la couverture à soi.

Les journalistes ne sont pas en reste, cherchant le sensationnel, ce qui fera exploser les ventes et parler d'eux. Collusions, accointances ou même carrément collaborations voire chantages et/ou pots-de-vins sont donc courants pour ne pas dire plus. Ce sont eux qui jouent sur les peurs et les fantasmes du peuple.

Extrêmement bien maîtrisé et mené, Spada est un roman qui pose question sur notre monde actuel. Bogdan Teodorescu analyse et décortique le monde politico-médiatique -et vice-versa. Il a la bonne idée de ne pas verser dans le "tous pourris" qui n'aurait fait que rendre son livre exagéré et ridicule. Même s'il n'y a pas d'enquête à proprement parler, Spada est passionnant, il se lit avec enthousiasme et intérêt grandissant de page en page et même l'abondance de personnages ne nuit pas -trop- à la bonne compréhension du texte.

Un exercice brillant. Une maison d'édition à découvrir, que je retrouverai avec un énorme plaisir pour un autre titre dont je parlerai bientôt.

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La patrouille de l'aube

Publié le par Yv

La patrouille de l'aube, Don Winslow, (traduit par Franck Reichert), Livre de poche, 2011 (Le masque, 2010).....

La patrouille de l'aube, c'est une bande de copains, à San Diego, Californie, tous fondus de surf. Il y a là, un sauveteur en mer, un contremaitre de chantier, une serveuse dans un restaurant (Sunny Day), un flic (Johnny Banzai) et un détective privé (Boone Daniels). Tous attendent avec impatience la très grande vague, la déferlante prévue pour dans deux jours, Sunny en tête car elle pourrait alors être remarquée et faire carrière dans le surf. C'est le moment où Petra, avocate d'un cabinet d'assurance débarque pour proposer à Bonne de retrouver une strip-teaseuse témoin-clef dans une histoire d'arnaque à l'assurance (il y en a pour plusieurs millions de dollars). A contre cœur, mais bien obligé pour manque cruel de finance, Boone Daniels accepte ce travail qui le mènera loin, beaucoup plus loin qu'une simple recherche de personne.

Deux remarques liminaires :

- D'abord, ne lisez surtout pas la quatrième de couverture sur laquelle le suspense et les surprises sont totalement déflorés. Mais qui peut bien prendre le sadique plaisir à tout dévoiler ainsi ?

- Un grand merci à deux personnes : Anne Blondat en premier lieu qui, lorsqu'elle était attachée de presse chez Lattès m'a fait parvenir Savages de Don Winslow en me disant que c'était "une référence à ne pas manquer". Moi qui ne suis ni connaisseur ni amateur -l'un découlant sûrement de l'autre- de littérature étasunienne, je me suis pris alors une claque, comme je me l'étais prise quelques années avant avec, dans un autre genre, Jim Harrison. Ma copine Cécile (qui vient d'ouvrir un blog allez-y de ma part, vous verrez, elle est charmante : Sélectrice), avant son déménagement avait ouvert sa bibliothèque et j'y avais choisi ce titre.

Maintenant que les remerciements sont faits, eh bien, je me dois de vous dire, que Don Winslow, c'est vachement bien, même si comme moi, vous n'êtes pas amateur de surf -pensez-vous, je ne sais même pas nager. C'est un roman très parlé qui ose s'attarder sur des points historiques, économiques, sociétaux, sociaux, concernant le surf, la Californie, les États-Unis, ... On y apprend plein de choses et en plus on se fait plaisir, car c'est aussi un roman policier, avec enquête et intrigue qui tiennent très largement jusqu'au bout des presque 500 pages, tant il y a de rebondissements et surprises. Je ne vous en dirai pas plus pour laisser l'entièreté de la surprise, je ne suis pas le type sadique qui écrit les quatrièmes de couverture. En plus, Don Winslow a de l'humour qu'il distille ça et là :

"Vous êtes plus malin que vous n'en avez l'air, en réalité, déclara Petra à Boone.

- Vous ne placez pas la barre bien haut, répond Boone." (p.215)

Et surtout, il y a cette galerie de personnages, les principaux : Boone Daniels, Petra, Johnny Banzai, Sunny Day et tous les autres, ceux de la patrouille de l'aube bien sûr, mais aussi ceux qui gravitent autour, les surfeurs, les trafiquants en tous genres que traquent Johnny et Boone. Beaucoup de questions se posent autour de chacun d'eux, et particulièrement autour de Boone Daniels : pourquoi a-t-il arrêté son métier de flic ? Pourquoi est-il devenu détective mais ne travaille-t-il presque pas ? Et son histoire avec Suny Day va-t-elle durer ? Et Petra au milieu...

Un excellent roman policer, qui a eu une suite L'heure des gentlemen (je viens de relire mon article assez mitigé, je devrais le relire, histoire de retrouver toute l'équipe et de réviser -peut-être- mon jugement)

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La moisson des innocents

Publié le par Yv

La moisson des innocents, Dan Waddell, Babel noir, 2016 (Le Rouergue, 2014), traduit par Jean-René Dastugue.....

A quelques jours d'intervalle, deux jeunes hommes disparaissent, l'un empoisonné et l'autre brûlé dans sa voiture. Leur point commun ? Vingt-deux ans auparavant, alors âgés de 9 et 10 ans, ils furent jugés pour avoir sauvagement assassiné un vieil homme dans leur ville du nord de l'Angleterre. Ce vieil homme, héros local, ancien mineur en avait sauvé d'autres lors d'un accident dans la mine. Cette affaire avait fait grand bruit, et les deux enfants furent libérés quelques années après leur incarcération, puis intégrés dans un programme de protection avec changement de noms et de vies. L'inspecteur principal Grant Foster se demande comment les assassins ont pu se procurer leurs nouvelles identités et adresses.

Troisième tome de la série Les enquêtes du généalogiste, qui cette fois-ci porte mal son nom tant Nigel Barnes, le généalogiste est sinon totalement absent du moins pas vraiment au travail d'enquêteur. C'est sans doute la raison qui m'a fait lire à deux ou trois reprises que ce volume était moins bien que les autres. Que nenni ! Certes, la recherche généalogique y est moins développée que dans les autres, mais on en apprend plus sur Nigel Barnes, sur son passé, et Grant Foster, l'inspecteur principal, qui est de fait, le personnage principal de cette série l'est ici encore plus. Moi, ça ne me gêne pas, je l'aime bien Foster, abimé, cabossé, un flic solitaire et seul, qui révèle là-aussi une partie de son passé, de ses débuts de flic. Finalement, seule Heather Jenkins, l'adjointe de Foster et la petite amie de Nigel Barnes perd un peu de son importance. Je trouve pas mal de cohérence dans cette suite, et rien ne dit que si quatrième tome -voire plus- il y a, il ne sera pas centré sur Heather ou de nouveau sur Nigel ; une continuité assez logique qui se ressent également par le fait que l'éditeur choisit toujours le même traducteur, Jean-René Dastugue, donc une continuité également dans la narration.

Un bon polar, plus classique que les deux premiers. Encore une fois, Dan Waddel nous sort une intrigue qu'il complique à souhait grâce à un grand nombre de personnages, principaux et secondaires qui ont tous leur importance, et cette fois-ci on compte un peu moins sur les ascendants des uns et des autres pour nous embrouiller encore plus. Comme d'habitude, c'est très bien mené, totalement maîtrisé. Une enquête solide qui par l'intermédiaire de Grant Foster permet de se poser des questions sur la justice, notamment celle des mineurs, mais aussi sur la réinsertion, le pardon des familles des victimes, la loyauté, les conséquences d'un meurtre sur l'entourage large de la victime mais aussi sur celui du ou des meurtriers.

Excellente série, que je ne saurais trop vous conseiller de commencer par le début avant qu'elle ne compte beaucoup de volumes et que le retard soit trop lourd à rattraper. En plus, les trois volumes existent en poche chez Babel.

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Depuis le temps de vos pères

Publié le par Yv

Depuis le temps de vos pères, Dan Waddell, Babel noir, 2013 (Le Rouergue, 2012), traduit par Jean-René Dastugue.....

Katie Drake, actrice qui n'a plus d'engagements depuis quelques années est retrouvée morte, dans le jardin de sa maison londonienne. Sa fille, Naomi, 14 ans est introuvable. Grant Foster, inspecteur à la criminelle, à peine remis de sa dernière enquête qui a failli lui coûter la vie s'investit totalement dans la recherche de la jeune fille. Seul un cheveu est récolté sur la scène de crime, qui d'après les analyses ADN appartient à un parent de la victime. Foster demande alors à sa collègue Heather Jenkins de prendre contact avec Nigel Barnes, le généalogiste qui les a déjà aidés auparavant.

Sous titré, Les enquêtes du généalogiste, ce volume est le deuxième de la série qui en compte pour le moment trois. La première, Code 1879, m'a laissé un souvenir assez bon pour que je me penche sur la suite. 400 pages sans temps mort, qui nous plongent dans le passé de l'église des mormons, pas glorieux qu'ils voudraient bien gommer totalement pour passer pour des anges -si vous me permettez cette facilité. Très bien mené, et malgré la multitude d'intervenants, des noms qui parfois se ressemblent, je ne me suis jamais senti perdu, parce que Dan Waddell revient régulièrement nous rappeler qui est qui.

Grant Foster est un flic solitaire, un peu "vieille Angleterre", et si parfois, on peut oublier que l'histoire se déroule outre-Manche, un détail essentiel -que dis-je, LE détail- nous y ramène : Grant Foster boit du thé ! Bon, pour faire bonne mesure, chez lui, il boit aussi du bon vin, hérité de son père : il vide la cave de la maison qu'il habite seul et dont il a hérité. Amoché par son enquête précédente (Code 1879), il a du mal à se mouvoir sans douleurs et ses chefs aimeraient que ce dinosaure aux méthodes un peu personnelles soit moins présent, genre 9h-17h, ce qui, pour un flic tel que lui est inenvisageable.

Heather Jenkins et Nigel Barnes ont vécu un rapprochement sérieux dans le tome précédent, et ils ont l'air un peu en froid dans celui-ci, ce qui n'empêchera par une étroite collaboration qui les mènera jusqu'à Salt Lake City, fief des mormons, et Mecque des généalogistes, puisque iceux ont fiché plusieurs millions de personnes, ils en arrivent même à baptiser des morts, ce qui est à la fois crétin et absolument irrespectueux ; crétin, parce qu'une fois qu'on est mort, eh bien, on est mort et qu'on se fout un peu des bêtises terrestres et religieuses et enfin, de quel droit baptiser des morts, qui de leur vivant n'avait rien demandé ?

Bon, revenons à notre enquête, prenante de bout en bout et diablement -désolé les mormons, je n'ai pas pu m'en empêcher- maîtrisée. Très originale cette série qui fait de la généalogie le moyen de résoudre des énigmes, en plus, elle n'oublie pas les codes du genre : flic solitaire, idylle, noirceur -car il faut bien dire que l'on ne rit que très peu-, et contexte fort et bien expliqué. Si ce n'est pas encore fait, le mieux, c'est de débuter par le premier tome...

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