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polar-noir

Hérétiques

Publié le par Yv

Hérétiques, Leonardo Padura, Métailié, 2015 (traduit par Elena Zayas)...,

2007, Mario Conde est engagé pour retrouver un tableau de Rembrandt, mis en vente à Londres et volé à des juifs en exil avant la seconde guerre mondiale. En 1939, ce tableau aurait dû permettre à la famille de Daniel Kaminsky de descendre du paquebot S. S. Saint Louis, parti de Hambourg avec à son bord presque mille juifs quittant l'Allemagne ; malheureusement, ils ne seront jamais autorisés à quitter le bord et le paquebot repartira vers l'Europe. Retour en 2007 où Elias Kaminsky, fils de Daniel, veut faire le point sur le trajet de ce tableau, censé n'avoir jamais quitté le paquebot et pourtant qui est resté longtemps à Cuba avant d'être mis en vente. Leonardo Padura décrit également l'Amsterdam des années 1640, celle de Rembrandt et de son atelier foisonnant.

Quel roman, les amis, quel roman ! Leonardo Padura nous promène dans les rues de La Havane, puis dans celles d'Amsterdam du 17° avec autant de verve. Extrêmement documenté, c'est un pavé qui se lit avec avidité. Construit en quatre parties : Le livre de Daniel, Le livre d’Élias, le livre de Judith et Genèsee, références bibliques obligent. Je dois vous dire que malgré mon plaisir de retrouver Mario Conde, j'ai senti beaucoup de lourdeurs et de longueurs dans ce roman. Les deux seules parties qui m'ont vraiment intéressé sont celles ou Conde enquête (Le livre de Daniel et Le livre de Judith). Celle qui concerne Rembrandt (Le livre d’Élias) m'a paru très longue, et j'y ai passé beaucoup de paragraphes sans que cela ne nuise à ma bonne compréhension de l'intrigue du roman. Je reste persuadé que l'on peut aimer et même conseiller un livre alors qu'on ne l'a pas lu en entier, surtout celui-ci qui aurait pu faire trois livres différents, édités individuellement.

Mario Conde est né au mitan des années cinquante, juste avant la révolution, il n'a donc connu quasiment que le règne de Castro dans lequel la religion était interdite. C'est pourquoi, il se pose énormément de questions sur la croyance religieuse. Ses recherches le feront rencontrer des juifs pratiquants, des non-croyants, d'autres qui reviennent à la religion après l'avoir quittée, puis dans la troisième partie, des jeunes gens en recherche d'identité, émo, rockeurs, ... qui amalgament toutes leurs lectures et leur éducation et ressortent le tout en un galimatias à peine compréhensible de croyance en la mort de Dieu (ce qui tendrait à penser qu'il a existé), au bouddhisme, à la métempsycose, ... : en bon athée (comme Conde), ce ne sont pas des questions qui me taraudent, loin de là, et là encore, j'ai sauté des passages longs et répétitifs. Néanmoins certaines phrases m'ont bien plu : "Parce que , ces jours-ci, certaines choses m'ont fait penser que c'est plus facile de croire en Dieu que de ne pas y croire... Tu te rends compte, si Dieu n'existe pas, aucun Dieu, alors que les hommes se sont toujours détestés et entretués pour leurs dieux et pour la promesse d'un au-delà meilleur... si, en vérité, il n'y a ni Dieu, ni au-delà, ni rien.." (p.501) A écouter aussi, la chanson de Souchon, Et si en plus y'a personne.

J'ai été par contre beaucoup plus intéressé par les questionnements de Conde sur son pays qui change en s'ouvrant mais pas forcément pour un mieux-être des Cubains, la jeunesse est en perdition, ne rêve que d'argent facile et de rejeter tout ce que leurs aînés ont avalé pendant cinquante ans. De même les doutes de Conde quant à son engagement auprès de Tamara la femme qu'il aime depuis vingt ans sont intéressants et attendrissants de la part de ce cinquantenaire habitué aux situations difficiles et très emprunté devant la femme qu'il aime.

Ce roman absolument fou et flamboyant recèle des trésors, même s'il contient également des obstacles. Leonardo Padura a mis trois ans pour l'écrire, mais étant donné l'érudition, la qualité du style et des informations apportées, nul ne saurait s'en étonner. Très bonne lecture, même si pour moi, elle reste très en-deçà d'un de ses romans précédents, excellentissime, L'homme qui aimait les chiens.

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Qu'importe la hauteur du saut

Publié le par Yv

Qu'importe la hauteur du saut (pourvu que le parachute s'ouvre), Martin Rouz, auto-édition, 2015...,

Yohann Brakash est informaticien, taiseux, solitaire. Il travaille pour un très grand groupe, KeOps dont le patron, Alain Jaret a des accointances politiques en très haut lieu. Jaret mène des affaires louches -pour user d'un euphémisme- en tirant toutes les ficelles de ses relations, n'hésitant donc pas à les impliquer. Marion Bellegarde, l'ex de Yohann est une journaliste pugnace et ambitieuse auréolée d'une réussite récente et d'une excellente réputation auprès de ses pairs et du public.

Lorsqu'une prise d'otages à l'ambassade de France de Tripoli tourne au carnage et que le GIGN est en ligne de mire, l'un de ces gendarmes d'élite, alerte Marion de cette bavure dont réellement la DGSE est coupable. Marion, Yohann et quelques autres n'auront de cesse de faire tomber les têtes des vrais coupables.

Mon résumé est un peu long, mais pour ma défense, ce roman est difficilement résumable à quelques lignes tant il est touffu en termes d'intrigue et de personnages. On peut d'ailleurs s'interroger parfois sur la vraisemblance des faits -bien que l'on ait eu vent de tellement d'affaires politico-financières sans doute beaucoup plus rocambolesques que ce que l'on imagine, et certains ont encore tellement de casseroles aux fesses que les faits semblent tout à fait possibles si ce n'est réels- enfin, c'est surtout la manière dont Yohann récolte toutes les informations qu'il détient qui pose question, même si tout s'éclaire à la fin. Voilà ma seule petite -car elle n'entame pas le vrai plaisir de lecture- réserve sur ce roman.

L'intrigue un rien alambiquée et le grand nombre de personnages ne m'ont pas dérangé parce que tout est amené tranquillement, petit à petit et on a le temps de situer un protagoniste avant de passer à un autre. On est autant dans le roman policier que d'espionnage, fort bien mené jusqu'au bout. Toutes les portes qu'ouvre Martin Rouz, et elles sont nombreuses, se referment une à une, personne n'est laissé en rade. Bien écrit, style direct rapide notamment grâce aux dialogues, les descriptions ne sont jamais très longues ; pas mal mis en page -bon quelques erreurs de découpage mais rien d'affolant- la qualité est au rendez-vous. Essentiellement centré sur l'intrigue et la recherche de la vérité, Martin Rouz ne s'attarde pas beaucoup sur ses personnages et l'on aimerait en savoir un peu plus sur eux, mais peut-être reviendront-ils pour d'autres aventures ? On a quelques bribes de la vie de couple de Yohann et Marion, mais pas grand chose sur leurs passés. Mais à sa décharge, je dois dire que l'intrigue est suffisamment complexe pour tenir les 320 pages sans qu'on soit distrait par autre chose. Néanmoins, pas de panique, si elle est compliquée, elle est très largement compréhensible par tout lecteur.

Je ne lis que peu de roman auto-édités -jamais en livre électronique, pas équipé, et un peu vieux jeu, mais j'assume- et pour que je cède aux nombreuses demandes, il faut un petit kekchose en plus. Martin Rouz l'avait dans son courriel, court, sobre et précis -un peu de Yohann Brakash en lui ?- et à la fois dans le titre -avec son sous-titre- de son livre et dans sa présentation : "Roman ( à tendance policière)", sans oublier la couverture, simple et sobre en apparence et qui est une photo de Philippe Leroyer décrite comme cela : "Le 4 novembre 2011, trois cents Indignés pacifistes dépliaient leurs tentes sur l'esplanade de La Défense pur dénoncer les abus du néolibéralisme financier. Ils furent violemment délogés par les CRS. Seuls ces deux cartons résistèrent à l'assaut." Comme quoi, cette photo qui peut sembler banale voire anodine colle parfaitement à ce roman, pas si banal ou anodin que cela sous ses attraits amusants.

Martin Rouz a un site (cliquez sur son nom) que je vous conseille d'aller visiter, histoire d'avoir encore plus de renseignements sur son ouvrage que je vous conseille itou...

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Akhänguetnö et sa bande

Publié le par Yv

Akhänguetnö et sa bande, Samuel Sutra, Flamant noir, 2015 (première publication, 2013).....

Tonton, le malfrat, que dis-je ? Tonton, The king of the malfrats se réveille une nuit, alerté par des bruits suspects dans son jardin. Une bande de rigolos est en train de dévaliser son sous-sol après avoir creusé sous le massif de pensées. Sauf que Tonton ne comprend pas : à part des macchabées que lui-même a envoyés ad patres et que Gérard son fidèle second a enterrés ici-même et peut-être quelques rares spécimens que feu son papa au cour de ses cinq décennies de truande a dû planquer lui aussi dans la grande propriété, rien dans son souplex terreux ne vaut qu'on le fore. A part peut-être déterrer un cadavre et le faire chanter -pas le cadavre bien sûr, Tonton ? Mais Tonton ne sait décidément pas ce qu'il a pu enterrer sous ses pensées.

Lorsque je vous aurais signalé que ce roman est sous-titré Tonton, la momie, et Seth et Ra, outre le jeu de mots, vous comprendrez aisément qu'il sera question d'égyptologie. Akhänguetnö -pas facile à écrire, il faut se concentrer un peu- était un pharaon dont le sarcophage et les trésors qu'il contenait ont disparu sitôt sa découverte.

Tonton et sa bande sont de retour, chouette ! En fait oui et non, Flamant noir, l'excellente maison spécialisée dans le roman noir réédite les premiers tomes de la série et je ne les lis donc pas dans l'ordre d'écriture, mais peu importe, chacun peut se lire séparément. Akhänguetnö est estampillé numéro 3, mais j'ai déjà succombé à Le bazar et la nécessité et La bonne, la brute et la truande, tomes 4 et 5. Vivement que les deux premiers volumes soient disponibles, je piaffe d'impatience...

Bon revenons à nos égyptologues de circonstance, Tonton rameutant toute son équipe pour découvrir ce qui lui a été fauché, et sévir, car personne ne peut ni ne doit se permettre d'entrer chez lui, de perforer son parc et de repartir avec quelque chose lui appartenant même acquis de manière irrégulière. Si en plus, il s'avère que c'est un bien familial légué par papa, alors Tonton doit agir pour sauver l'honneur des Duçon (son nom de famille).

Après quelques ratés de lecture dont j'hésite encore à parler sur le blog, j'avais besoin de légèreté, une aventure totonesque était donc idéale. Une langue qui fait dans l'argot, le verlan, le parler des truands, les vrais, ceux qu'incarnaient Gabin, Ventura, Blier et toute la clique. Personnellement, à chaque fois que je lis un Tonton, j'ai en tête des scènes des Tontons flingueurs. Vous dire que c'est un bonheur à chaque page est un euphémisme. Entre Audiard, Lautner, San Antonio et Alexandre Astier dans Kaamelot, Samuel Sutra se réfère aussi à Alphonse Boudard qu'il me faut absolument lire, je sens mon inculture. Les dialogues sont irrésistibles de drôlerie ainsi que les personnages qui les mènent, disons qu'on comprend vite que Tonton est le cerveau -et aussi Mamour, l'aveugle affublé d'un teckel- et les autres les bras et les porte-flingues. Prenons Gérard, le second, le fossoyeur et ses tirades mémorables : "Tonton, sans charre, des macchabées, t'en as partout. Ton parc, c'est Pompéi ! T'as traversé une période de soldes où t'as liquidé à tour de bras. A tel point que les derniers, tellement qu'on manquait de place, j'ai dû les enterrer debout ! Les prochains, faudra d'ailleurs faire venir une benne de terre, histoire de bosser sur deux couches. Ou les pendre à tes saules." (p.19) Vous résistez à ce genre de phrases vous ? Moi, pas. Si en plus, l'intrigue est suffisamment tordue pour vous faire croire à tout moment qu'untel ou untel est coupable, et bien, le pari de l'auteur est très largement tenu : 100% des lecteurs sont ravis. Allez, une dernière tirade pour la route, celle d'Anatole, égyptologue, conservateur de musée qui vient d'expliquer à Tonton et sa bande qui était Akhänguetnö tout en s'abreuvant d'une prune flirtant avec le degré d'ébullition :

"La deuxième nouvelle, M'sieur Tonton, relève davantage d'un sentiment personnel, une sorte de mal-être, quelque chose d'intime. Vot'prune est en train de me dévaster les conduits et je crains l'incident. On s'oriente vers du grandiose. Si vous aviez moyen, dans la poignée de secondes qui viennent, de m'indiquer fissa les vatères, je sens venir un événement marquant, que mon falzard pourra dire "j'y étais !" (p.84)

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L'été Diabolik

Publié le par Yv

L'été Diabolik, Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse, Dargaud, 2016.....

Été 1967, Antoine joue un match de tennis contre Erik, la finale d'un tournoi. Il le gagne. Mais le père d'Erik, en colère agresse le père d'Antoine et les prend même en chasse sur la route quelques heures plus tard. Ce qu'Antoine ne sait pas encore c'est que cet été, celui de ses quinze ans sera totalement inoubliable : entre son premier véritable amour, son amitié bizarre avec Erik, les relations troubles de son père avec un M. de Noé. Cette histoire qui oscille entre roman initiatique et roman d'espionnage est racontée, vingt ans plus tard, dans un roman par Antoine, qui tente de recoller toutes les pièces pour y comprendre enfin quelque chose.

Dès les premières pages, voire dès la couverture, on est frappé par les couleurs dont use Alexandre Clérisse. Vives, criardes parfois, peu courantes dans les bandes dessinées, elles collent à l'époque décrite, la fin des années 60. Même les paysages parfois subissent cet afflux de couleurs, collines roses ou rouges, champs violets... et tout cela donne une BD totalement atypique et formidable visuellement. Ajoutons à cela des cases de différentes tailles, formes, voire pas de cases, justes des dessins qui se suivent et vous comprendrez mon enthousiasme pour cet ouvrage franchement réjouissant.

Le scénario, maintenant : entre roman initiatique et roman d'espionnage disais-je au début de ma recension, c'est tout à fait cela, et les deux s’entremêlent, se joignent, s'imbriquent pour nous surprendre ou nous faire plaisir. Pari réussi. Construite en deux parties (la seconde expliquant les manques de la première), cette BD est une vraie découverte pour moi et un pur bonheur. Surpris, je l'ai été, tant mieux j'adore ça.

Pas long mon article, pas besoin, jetez-vous sur cette BD.

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L'infiltré de La Havane

Publié le par Yv

L'infiltré de La Havane, Nikos Maurice, La Différence, 2016.....

Avril 1958, Alfredo Jimenez, révolutionnaire cubain, vient chercher Mortimer Thompson à La Nouvelle Orléans pour lui proposer un job dans ses compétences de détective privé : assurer la sécurité de son fils Jorge, nouveau chef d'un groupe révolutionnaire suite à la disparition du précédent responsable. Alfredo craint que Jorge ne subisse le même sort. Thompson accepte. Il n'a pas été choisi pour rien, il a fait de la prison pour n'avoir pas dénoncé un camarade journaliste, réfugié cubain et communiste et au temps du maccarthysme, ça ne pardonne pas. Thompson se retrouve dès lors infiltré au sein du Comité Pour la République Cubaine (CPRC) ; personne à part Alfredo ne sait qu'il est détective privé engagé pour débusquer le -ou les- traître au mouvement et à la révolution. Dix mois plus tard, le premier jour de l'année 1959, c'est la chute du dictateur Batista.

Excellent. Voilà mon avis, court, précis, il pourrait se résumer à ce seul mot, mais comme je me dois d'avoir sur le blog une certaine tenue, je vais développer.

Excellent parce que l'on est au cœur d'un pays en plein bouleversement : on sent tous les espoirs, les envies que la dictature chute, que les richesses soient partagées, que le peuple cubain puisse enfin décider par et pour lui-même. Jamais Nikos Maurice ne fait d'allusions à la situation actuelle, à ce que deviendra le pays sous la coupe de Fidel Castro, et c'est très bien, on est comme cela totalement plongé avec les Cubains, dans leur quotidien de 1958. Castro et Che Guevara ne sont d'ailleurs que deux figures importantes dont on ne parle que peu puisqu'ils ne sont pas encore aux portes de La Havane. Ils existent dans le livre et dans les discours des révolutionnaires mais encore assez lointains.

Excellent parce que fort bien documenté et fort instructif. J'aime lorsqu'un polar me transporte dans une époque, un pays ou une région que je ne connais pas bien et qu'il m'apporte plein de contenu pour briller en société (ou plus simplement pour ma culture personnelle). En plus, Nikos Maurice à l'élégance d'écrire cela très joliment. Son style est très fluide, agréable à lire, ne se privant pas de touches humoristiques (même si une fois, je me suis esclaffé, lorsqu'après une grosse crainte, Thompson commande une tournée de mojitos pour ses interlocuteurs et "un défibrillateur" pour lui (p.288) : un défibrillateur ? en 1958 ? alors qu'il vient tout juste d'être inventé et pas encore en accès libre ?). Bon, je taquine, parce que franchement ce n'est pas grave au regard de la qualité de ce roman. Plus j'avançais dans ma lecture et plus j'allais vite et ne pouvais décrocher. Un très bon signe. 430 pages qui passent avec bonheur.

Excellent enfin, parce que Nikos Maurice a su créer une belle galerie de personnages et une intrigue sérieuse, suffisamment alambiquée, impliquant la CIA, le FBI, la Mafia, mais aussi très simple à comprendre pour tenir en haleine les lecteurs. L'intrigue ? Démasquer le traître et l'organisation pour laquelle il travaille, sachant que les États-Unis s'accordaient très bien avec la dictature Batista puisque qu'ils possédaient quasiment la moitié du pays, d'où la présence forte de la CIA et du FBI. Les personnages sont tous bien décrits, entre les révolutionnaires purs et durs, ceux qui n'y croient pas vraiment, mais qui participent, les Cubains qui subissent, ceux qui ne croient pas au grand soir, mais qui aident néanmoins. Et puis La Havane qui danse, chante et boit du rhum. Thompson se lie bientôt avec certains du CPRC, flirtant même -voire plus- avec Célia, une jeune femme volontaire et énigmatique. Il passera dix mois dans ce pays à vivre parmi les Cubains, s'y fera des amitiés sincères et fortes.

Un cinquième titre pour la collection noire des éditions de La Différence. Une nouvelle très belle réussite, qui commence, comme pour les autres par une couverture elle aussi excellente et tout à fait en lien avec le contenu du livre.

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Jeux Tue Ils

Publié le par Yv

Jeux Tue Ils, Muriel Houri, Flamant noir, 2016.....

Alice vit en région parisienne. Mariée à Julien et mère de deux enfants. Elle n'a plus goût à la vie depuis que sa fille Sally est morte écrasée par une voiture, elle avait à peine deux ans. Alice vivote donc dans son pavillon entre et pour Julien et Jack leur fils de trois ans. Un soir, lors d'une fête dans sa maison, elle s'isole et s'endort sur le canapé. A son réveil, un mot dans sa main lui faisant croire que son mari a une maîtresse prénommée Myriam. Puis d'autres messages suivent, des textos sur son portable, celui qui va déclencher sa peur : "Myriam est morte...", et bientôt d'autres très menaçants pour elle et son fils. Alice n'a pas d'autre choix que de suivre les règles du jeu que son interlocuteur lui impose.

Je suis loin, très loin d'être un spécialiste du thriller, genre qui joue sur nos peurs et nos angoisses. Je serais bien incapable de dire si tel ou tel est écrit avec des grosses ficelles -encore que certaines sont quand même très vite identifiables-, mais il me semble que celui de Muriel Houri est finement bâti et habilement mené. Enfin, moi, il m'a plu de bout en bout. Le lecteur est beaucoup dans la tête d'Alice, un peu dans celle de Julien et parfois dans celle d'autres intervenants, amis du couple ou famille que l'on sent manipulateurs, pas "francs du collier" comme disait mon papa. Tous les personnages sont troubles, bizarres, étranges. On sent que chacun d'eux à un truc à cacher, même Alice qui semble la plus fragile, qui est la plus présente du roman, puisque c'est elle qui est choisie pour cible du jeu mené par... Par qui d'ailleurs ? J'avoue avoir été bien incapable de penser à un des protagonistes en particulier.

Julien et Alice sont enfermés dans leur mutisme, il aurait suffit d'un rien, d'un mot pour que toute cette histoire montée en thriller se déballonne très vite et ne soit qu'une explication peut-être un peu vive entre deux conjoints. Mais bon, je concède que vu comme cela, le roman aurait fait trente pages assez plates et qu'il n'aurait pas eu l'effet escompté par l'auteure, celui de tordre un peu les boyaux du lecteur sensible que je suis.

On ne lit pas un thriller pour le style littéraire adopté par son auteur -même si en la matière, Muriel Houri n'a pas à rougir, son écriture est directe, simple et fluide- mais pour son efficacité, et croyez-moi sur parole celui-ci en regorge : à peine 400 pages avalées en un rien de temps, car tout juste posé sur un coin de table ce roman reprendra place entre vos mains fébriles jusqu'à son dénouement.

Dernier né de la famille Flamant noir -pour le moment, il y en aura encore plein d'autres- et deuxième livre de l'auteure édité par la maison, je le trouve nettement meilleur que Menace que j'avais pourtant beaucoup apprécié. Plus angoissant. Un excellent cru.

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Promesse

Publié le par Yv

Promesse, Jussi Adler-Olsen, Albin Michel, 2016 (traduit par Caroline Berg).....

1997, île de Bornholm, une jeune fille, Alberte est retrouvée morte, dans un arbre, projetée par un véhicule. 2014, Le policier qui l'avait trouvée, Christian Habersaat, planche sur cette affaire depuis dix-sept ans. A l'âge du départ en retraite, il téléphone à Carl Morck, du Département V, ce service qui enquête sur les vieilles affaires non résolues, et lui demande de reprendre le flambeau. Carl Morck, dans un mauvais jour, le reçoit mal. Quelques heures plus tard, Christian Habersaat se suicide au milieu de son pot de départ. Contraint et forcé par Rose encouragée par Assad, ses deux assistants, Carl se rend sur l'île de Bornholm bien décidé à expédier vite fait ce qu'il croit être un banal accident de la route et un suicide d'un flic au bout du rouleau.

Revoilà pour une sixième enquête, le trio du Département V, enrichi d'un quatrième larron, Gordon, qu'on avait déjà rencontré sur le tome précédent (L'effet papillon) et qu'on ne verra qu'en deuxième partie de roman, la première se déroulant en grande partie sur l'île de Bornholm. Fidèles à eux, ils sont cossards, flegmatiques, rusés, colériques, étranges, mystérieux, déprimés, de mauvaise foi, ... chacun empruntant tour à tour l'un de ces adjectifs et parfois même plusieurs en même temps. J'aime beaucoup cette série, je trouvais que depuis les deux derniers tomes, elle dérivait vers du divertissement et que ça pouvait être aussi une bonne chose, mais là, Jussi Adler-Olsen revient à des choses plus sérieuses. Son roman est assez complet sur les adorateurs du soleil, les sectes, gourous et thérapeutes de tout genre qui pullulent depuis quelques années (Jussi Adler-Olsen a l'intelligence de ne pas se positionner sur telle ou telle pratique, ou technique de soin laissant chacun se faire son opinion). C'est sans doute un signe que la société va mal et qu'individuellement, les gens ont besoin de se ressourcer, de revenir à des fondamentaux. Beaucoup sont perdus et un mec qui passe par là en leur promettant monts et merveilles peut les emmener dans son sillage. Atu Abanshamash Dumuzi est l'un de ceux qui ont l'aura suffisante pour créer un groupe voire une religion, la religion celle qui prétend être la mère de toutes les autres. En parallèle de l'enquête du Département V, on suit Atu et Pirjo, son bras droit qui est amoureuse de lui et prête à tout pour lui et pour le garder, même si lui voit en elle sa vestale. Classique dans sa construction, ce roman nous emmène là où son auteur le veut sans que le plaisir n'en soit émoussé. C'est très habile et finement joué.

L'isolement de quelques jours sur l'île de Bonholm est propice aux questionnements et Carl, la cinquantaine entamée, largué par Mona, seul avec son ancien collègue handicapé à charge (victimes tous les deux d'une fusillade avant le premier volume de la série, seul Carl s'en est sorti physiquement, leur troisième collègue est mort ; l'enquête est toujours quasiment au point mort, mais elle avancera encore un peu cette fois-ci).

Un vrai polar nordique, lent où chaque enquêteur est chargé d'un véritable travail de fourmi, en cela le déménagement de toutes les paperasses accumulées par Christian Habersaat au Département V en est presque le paroxysme : j'ai rarement vu autant de papiers et de démarches à faire, et c'est Gordon qui s'y colle ! En prime et en fin de roman, Carl Morck passe par Ystad, en Suède, un clin d'œil au flic référence des polars du nord, Kurt Wallander ; clin d'œil d'autant plus évident que cette sixième enquête se rapproche nettement de celles du flic d'Henning Mankell, plus dense, plus fouillée que les dernières de Carl et ses acolytes.

Une série que ne me déçoit pas, au contraire... la preuve, je n'ai pas vu défiler les 640 pages.

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Paix à leurs armes

Publié le par Yv

Paix à leurs armes, Oliver Bottini, Piranha, 2016 (traduit par Didier Debord)...

Un cadre d'une entreprise d'armement allemande est enlevé à Constantine en Algérie, en 2012, alors qu'il était sous surveillance appuyée. La piste des terroristes est bien sûr tout de suite envisagée et privilégiée, mais Ralf Eley, le responsable de la sécurité de l'ambassade allemande flaire une embrouille. Il y a des indices qui ne le trompent pas et malgré les ordres, il décide de mener sa propre enquête, dans un pays violent notamment envers les Européens. En outre, Ralf entretient une relation avec une femme algérienne. Ils se cachent, se voient peu et toujours au secret. Une période compliquée pour Ralf.

J'ai déjà rencontré Oliver Bottini, qui, comme son nom ne l'indique pas, est un écrivain allemand, dans ses deux romans précédents : Meurtre sous le signe du zen et L'été des meurtriers. Changement d'éditeur français cette fois-ci et changement de décor, Louise, sa flicque alcoolique, torturée et peut-être sauvée par la méditation laisse la place à Ralf Eley, qui doit marcher sur des œufs pour ne froisser personne, et surtout pas les décideurs algériens et les vendeurs d'armes allemands. Le plus gros problème de ce roman c'est qu'il a tellement d'entrées et de personnages qu'il en est confus surtout au début. Certaines explications arrivent au fur et à mesure, mais mon esprit ne fait pas toujours le lien entre toutes les situations, les protagonistes. C'était déjà un peu le cas avec les romans précédents de l'auteur. Et puis, il faut bien dire que le monde des fabricants d'armes est opaque pour ne pas dire plus et s'y retrouver dans ses arcanes relève du défi.

Néanmoins, le contexte décrit par Oliver Bottini est fort, surtout pour les lecteurs français qui pourront voir certaines explications comme superfétatoires, qui ne le sont évidemment pas pour les lecteurs d'autres pays qui ne connaissent pas forcément les liens entre l'Algérie et la France. Toute l'intrigue naît au temps de la guerre d'indépendance, puis continue dans la décennie noire du pays (les années 1990 et le combat contre les extrémistes). 2012, le pouvoir algérien est encore fragile, et d'autres groupes d'extrémistes ont fait leur apparition, Aqmi, Al-Qaïda,... Les Européens sont ultra-protégés, mais font encore du commerce notamment d'armes ; les entreprises d'armement ne faisant pas dans l'humain se moquent des conséquences : "Les hommes n'ont aucune importance. Les trusts d'armement et les gouvernements ne travaillent pas en fonction des valeurs et des idéaux des hommes, mais en fonction des impératifs économiques. Les processus sont automatisés. Tu veux investir dans mon pays ? Bien, je veux tes blindés ! Tu veux notre pétrole ? Notre gaz ? Notre énergie solaire ? Bien, je veux tes fusils d'assaut !" (p.156) Je ne découvre rien, je ne suis pas naïf à ce point, mais ce monde fort bien décrit par O. Bottini fait peur et nous entraîne vers la violence et la haine avec un cynisme affiché et insupportable.

Assez peu d'espoir dans ce roman, le ton est froid, les hommes à peine plus chauds ; le thème n'inspire pas la gaudriole et le style et le rythme exacerbent sans doute ce sentiments de noirceur. A conseiller à ceux que le genre ne rebute pas et qui prendront du temps pour ne pas se perdre en route. Ceux-là trouveront sans doute un livre excellent. Moi, je m'y suis un peu perdu, ce qui ôte une partie de sa saveur.

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Coups de cœur 2015

Publié le par Yv

Je ne pouvais pas vous laisser comme ça sans nouvelle pendant cette fin d'année, alors comme l'an dernier, je vais lister mes coups de cœur, ceux que j'ai classés comme tels au moment de la rédaction de la recension les concernant, et comme l'an dernier, je prends la même illustration. Cette année, je fais court, j'ai lu beaucoup de livres, certains m'ont beaucoup plu mais je ne les ai pas classés en coup de cœur, j'aurais peut-être pu, mais tant pis, c'est fait. Que personne ne m'en veuille, ce classement est purement subjectif et assez restreint, la crème de la crème de ce que j'ai lu en 2015. Par ordre d'apparition sur le blog :

- Manuel de dramaturgie à l'usage des assassins, de Jérôme Fansten (Anne Carrière). Totalement barré et maîtrisé, un polar fou absolument génial.

- Les Amazoniques, de Boris Dokmak (Ring). Une quête lente et belle, une remontée de fleuve poisseuse.

- La bonne, la brute et la truande, de Samuel Sutra (Flamant noir). Parce qu'un bon polar, bien tourné, avec des tronches, c'est quand même vachement bien.

- Corps désirable, de Hubert Haddad (Zulma). Lorsque la science est poussée à l'extrême, quelles sont les questions réelles et physiques à se poser ?

- Les échoués, de Pascal Manoukian (Don Quichotte). Formidable, Magnifique, je n'ai pas assez de mots pour qualifier ce livre à lire et faire lire partout autour de vous.

- Quand le diable sortit de la salle de bain, de Sophie Divry (Noir sur blanc). Pour l'originalité du ton et de la forme.

- Libertalia, de Mikaël Hirsch (Intervalles). Parce que Mikaël Hirsch est quasiment tout le temps dans ma liste de coups de cœur.

- Le vol du Jocond, de Jean-Pierre Bernhardt (Cohen&Cohen). L'aventure dans le monde de l'art. Jouissif.

- J'étais la terreur, de Benjamin Berton (Christophe Lucquin). Un point de vue osé, un parti pris qui peut diviser et qui me plaît beaucoup.

- Lettres contre la guerre, de Tiziano Terzani (Intervalles). Parce qu'on a besoin de gens comme Tiziano Terzani qui pensent d'abord à l'humain et à la paix. Un sage.

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