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polar-noir

Coupable

Publié le par Yv

Coupable, Jacques-Olivier Bosco, Robert Laffont, 2018.....

Lise Lartéguy est lieutenante à la crim'. Lise est aussi une jeune femme très tourmentée, en proie à des crises d'une violence extrême qu'elle canalise avec La Méthode, celle que son père ex-flic lui a apprise : punir ceux qui commettent des crimes terribles mais échappent à la justice. Alors, certaines nuits, Lise enfourche sa moto, se faufile dans des lieux connus d'elle seule et des criminels qui s'y cachent et elle les corrige. Puis, sa vie reprend son cours. Lorsqu'une nuit, sa correction prend une mauvaise tournure et qu'elle reçoit une dose de drogue par l'une de ses victimes, elle part en vrille et ne sait plus ce qu'elle fait. Le lendemain, son parrain et protecteur, ami de son père, chef de la police, est retrouvé mort. Seule Lise, en voyant le cadavre, reconnaît sa méthode, et dès lors comprend qu'elle-même, en colère contre son parrain a pu le tuer. 

Retour de la lieutenante Lise Lartéguy après ses aventures vitaminées de Brutale. Lise est toujours en proie à ses actes de violence qu'elle réserve la nuit et à des êtres malfaisants, violeurs, tabasseurs voire les deux en même temps. Des mecs qui n'ont pas eu à subir les foudres de la justice ou si peu et qui ont laissé des victimes traumatisées à vie, des mecs qui persistent dans leurs actes horribles. Mais Lise est aussi flique et une pugnace qui ne craint ni le danger ni les pires des voyous. Ce second tome des aventures de Lise Lartéguy est comme le premier, dynamique, extrêmement rapide, vif. Pas une seule seconde d'ennui. La violence est parfois difficile à soutenir, mais elle sert le récit et Jacques-Olivier Bosco (JOB) raconte comment Lise en est arrivée à ces crises et comment elle tente de les intégrer à sa vie. Coupable complète donc Brutale de fort jolie manière. Lise est une jeune femme très attachée à ses proches, ses deux collègues, Brigitte et Paupiette, à son amoureuse, Solveig. C'est dans ces relations qu'elle puise sa force de continuer. 

Outre un rythme effréné, JOB nous régale avec des intrigues qui se mêlent, certaines venues du passé de Lise, et il sème des indices qui nous mettent sur la voie ; jamais le plaisir de lecture ne s'émousse. Dans ce roman, il laisse une plus grande part à la personnalité de Lise rendant son polar moins tendu -encore que...- mais tout aussi passionnant. 

J'aime lire JOB parce que ses polars sont efficaces, énergiques, balayent tout sur leur passage, même les envies de dormir ou d'allumer le téléviseur, ce qui est bien, ça l'est un peu moins lorsque je dois préparer le repas du soir (euh, ce soir c'est coquillettes au beurre !). Je ne citerai pas d'extrait, tout simplement parce que je n'ai pas eu le temps d'en prélever un, ça va trop vite. 

Je ne sais pas si Lise reviendra, j'ai l'impression que cette série est un diptyque, que JOB n'a pas voulu prolonger les aventures de son héroïne. Si néanmoins, prend à Lise l'envie de revenir raconter ses enquêtes, nul doute que je les lirai avec attention.

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L'amour propre

Publié le par Yv

L'amour propre, Olivier Auroy, Intervalles, 2018.....

"Au salon de massage de M. Victor, rue de Courcelles, Waan semble jouir d'un statut de favorite. Est-ce parce que le propriétaire des lieux l'a vue grandir ?

Depuis qu'elle est devenue orpheline, Waan sait gré à M. Victor de lui avoir évité la fin tragique de la plupart des filles de sa condition en Thaïlande. Mais toute protection a un prix, et si l'écrin somptueux dans lequel elle pratique aujourd'hui n'a rien à voir avec les arrière-cours miséreuses de Chiang Rai, depuis quelques semaines Waan ressent une inquiétude diffuse." (4ème de couverture)

On entre de plein fouet dans ce roman et bien malheureux  serait celui -ou celle- qui ne parviendrait pas à s'intéresser à icelui, car il passerait à côté d'un roman noir étonnant, original et captivant pour ne pas dire envoûtant, de bout en bout. Envoûtant sans doute par le lieu central, le salon de massage. Le travail de Leïla la Marocaine, Katia la Russe et Waan la Franco-Thaïlandaise est minutieusement décrit et concourt pour beaucoup dans la sensualité, l'ambiance très particulière, ouatée mais aussi dure notamment lorsque le désir des hommes est abordé. Ceux qui avec arrogance et suffisance méprisent les masseuses et s'attendent à des extras sexuels. Ceux qui, pourtant pas très attirants sentent que le pouvoir qu'ils exercent dans la société les rend désirables, alors que les trois jeunes femmes ne voient que des corps. L'écriture d'Olivier Auroy est fine, délicate, directe ; s'il sait décrire les corps, les massages sensuellement ou cliniquement, il sait aussi dire les violences que ces femmes ont subies, psychiques, physiques. 

Rendu à la moitié du volume, soit environ à la page 130, je me suis fait la réflexion que je n'étais pas vraiment dans un thriller, que l'histoire avançait doucement, mais en fait, c'est juste que j'étais déjà totalement en empathie avec Waan et que son histoire m'habitait au point de ne pas m'apercevoir que la tension montait irrémédiablement. L'autre raison pour laquelle je me sentais bien dans ce roman, c'est l'ambiance que je décrivais plus haut et les personnages d'Olivier Auroy, très fouillés, les trois masseuses du salon de M. Victor notamment. Chacune d'elle a des raisons de se retrouver à exercer ce job dans des conditions de soumission et de "semi-captivité". De très belles pages leurs sont dédiées, elles-mêmes parfois violentes, dures, mais aussi pleines de tendresse, d'amour et de respect. Et encore ont-elles eu un peu de chance, elles auraient pu se retrouver dans des réseaux de prostitution sans doute encore plus mal loties que dans ce salon. 

La force de ce roman est d'allier "l'univers clos et énigmatique des salons de massage" (4ème de couverture) à une intrigue policière beaucoup plus terre à terre et de nous faire voyager entre la France et la Thaïlande. Je sors de ce roman chamboulé, nul doute que me resteront longtemps en tête Waan et ses collègues, mais aussi tout ce que j'ai pu lire sur les conditions de vie des femmes en Thaïlande (notamment les très jeunes), des femmes dans certains salons de massage attirant des hommes de pouvoir, des femmes en général soumises au désir des hommes et à leur violence. 

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Jeux de mains...

Publié le par Yv

Jeux de mains..., Yves Laurent, Esfera, Imaginons ensemble, 2017....,

Deux ans avant que cette histoire ne commence, l'inspecteur Corduno a dû faire face à une série de cinq meurtres apparemment sans lien, mais néanmoins tous attribués au même tueur qui lançait des défis au célèbre flic, chef de groupe à la crim' de Bruxelles. Puis, la série s'est arrêtée. Mais elle repart de plus belle -deux ans plus tard, merci ceux qui suivent- avec de nouvelles provocations du tueur envers Corduno et son équipe, il faut le dire totalement largués. Rien, pas la moindre piste, pas le moindre indice à exploiter pour trouver le coupable. Et les assassinats s'accumulent, toujours plus spectaculaires et violents...

Heureuse surprise que ce polar/thriller belge écrit à quatre mains par Yves Vandenberg et Laurent Vranjes. Presque 400 pages de suspense et de travail de fourmi des enquêteurs pour dénicher et creuser des pistes qui seront toutes -ou presque- bien sûr des impasses. Certes, on pourrait reprocher quelque longueurs par ci par là et quelques maladresses dans l'écriture (Ah ce "baillant aux corneilles" -p.69- fort malvenu et surtout inexact puisqu'on baille à s'en décrocher la mâchoire mais qu'on baye aux corneilles...), mais cela ne gâche pas la lecture et lui donne même un côté fragile rafraîchissant. Les deux auteurs ont pris le parti d'être ultra réalistes et chaque intervenant du roman a droit à quelques lignes descriptives, même lorsque son intervention ne dure que ces quelques lignes avant de se faire sauvagement trucider -certaines scènes de crimes sont à la limite du soutenable, pour mon petit cœur sensible. A tout seigneur, tout honneur et évidemment David Corduno a le droit aux meilleures pages avec Sasha sa compagne et ses équipiers : Michel l'ami d'enfance dragueur et fidèle second, Pascal jeune futur papa aux blagues lourdes, Alex jeune femme un peu -beaucoup ?- amoureuse de son patron, Fabien l'ex-hacker embauché par Corduno suivent de près, si bien que le lecteur sait vraiment à qui il a affaire. Tout est décrit par le menu, même les moindres gestes du quotidien, donnant au roman un ancrage évident dans la réalité et le quotidien. Il est parfois surprenant de lire le contenu du petit déjeuner en entier, on aurait presque la notice de la cafetière, mais je vais être franc, j'ai bien aimé, ça donne aux personnages un côté humain, comme s'ils étaient nos voisins. 

L'intrigue tient la route également. J'ai lu une critique sur Babelio disant que le coupable était facile à trouver dès la première partie et bien que nenni ! J'ai quasiment suspecté chaque protagoniste au moins une fois pour des raisons plus ou moins sérieuses. Soit ma sagacité légendaire m'a fait ici défaut soit les auteurs ont savamment écrit leur histoire pour emmener les lecteurs dans leur sillage jusqu'à la toute fin. Ce que je peux dire c'est que je n'ai jamais eu de certitude que forcément la majorité de mes soupçons ne s'avéra point et que la fin ne m'a pas déçu. Pour toutes ces raisons, j'écrivais plus haut : "heureuse surprise"

Si comme moi, vous lisez toutes les pages jusqu'aux dernières présentant l'ouvrage et les auteurs, vous verrez que la suite des aventures de Corduno et son équipe est en cours d'écriture. En voilà une bonne nouvelle. 

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Le festin de l'aube

Publié le par Yv

Le festin de l'aube, Janis Otsiemi, Jigal polar, 2018.....

Le lieutenant de la gendarmerie, Boukinda, rentre d'un mariage avec sa femme lorsqu'il heurte une jeune femme sur la route, une jeune femme qui se jette littéralement sous ses roues. Boukinda et sa femme la transportent à l'hôpital où elle décède mais pas des suites de l'accident, d'une manière plus étrange.

Le même soir, c'est un camp militaire qui est cambriolé par des hommes bien renseignés qui y volent une véritable arsenal.

Quelques jours plus tard, c'est un fourgon de transports de fond qui est attaqué à l'arme lourde en plein centre de Libreville. C'est la PJ, et les deux capitaines, Koumba et Owoula qui sont chargés de ces deux dernières enquêtes.

Après de bons polars chez Jigal dont La bouche qui mange ne parle pas et Les voleurs de sexe, et un moins bon chez Plon Tu ne perds rien pour attendre, Janis Otsiemi revient en très grande forme pour cet opus. Ces deux flics, Kouba et Owoula rencontrent ces deux gendarmes, Boukinda et Envame pour tenter de tirer au clair plusieurs affaires a priori sans lien et qui, bien sûr, en auront un. Mené tambour battant et sans temps mort, ce polar se suit avec attention et beaucoup d'intérêt. D'abord parce que les intrigues sont crédibles et tiennent le lecteur jusqu'au bout sans aucune once d'ennui. Ensuite, parce que le contexte du Gabon, en attente des élections présidentielles avec des candidats controversés dont l'actuel président, fils de l'ancien -qui a tenu plusieurs décennies- qui se représente malgré des doutes et protestations sur la validité de sa candidature est très présent et fournit la couleur du livre. Et enfin, parce que l'écriture de Janis Otsiemi est particulièrement vivante et donne un rythme soutenu et énergique.

Janis Otsiemi écrit des polars qui sont bien plus que cela. Ils parlent de son pays, de la pauvreté, de la corruption, de la politique, de la société gabonaise. C'est du noir sociétal permet d'apprendre sur le Gabon, sur les gabonais. J'aime beaucoup ça dans les polars quand ils m'offrent plus qu'une simple énigme à résoudre. C'est la raison pour laquelle, par exemple, j'aime beaucoup Henning Mankell qui a décrit son pays et ses mœurs à travers son héros Kurt Wallander et bien d'autres auteurs aussi, mais c'est le nom qui me vient à l'esprit présentement. La plume de Janis Otsiemi est plus fantasque que celle du Suédois, plus imagée, décalée, argotique. Elle est un vrai plus, un ravissement supplémentaire que l'on déguste au fil des pages.

Très bon retour de Janis Otsiemi dans le giron Jigal polar.

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Corruption ordinaire

Publié le par Yv

Corruption ordinaire, Christophe Gavat, sang neuf, 2018....,

Sainte-Jeanne, commune de dix mille habitants, Pays basque, l'endettement le plus fort de France. A sa tête, Robert Delacour, amateur d'art qui a confondu sa maison et son bureau de maire avec l'hypothétique musée de la ville, l'arlésienne de la commune. 

C'est sur dénonciation d'un élu que les policiers, menés par le commissaire Stanislas Midlak vont enquêter sur les pratiques du maire et de son équipe. C'est par sérendipité qu'ils vont mettre à jour une corruption et des pratiques inégalées, de celles qui font inévitablement penser au "tous pourris".

Dans le même temps,  Stanislas et ses hommes sont confrontés à une bande de cambrioleurs de distributeurs de billets, organisée, efficace et difficile à cerner.

Christophe Gavat est commissaire de police. Il fut mis en examen dans "l'affaire Neyret", puis relaxé. Son premier livre fit l'objet d'une adaptation cinématographique par Olivier Marchal sous le titre Borderline (excellent, je l'ai vu).

Roman policier réaliste qui relate parfaitement le travail de fourmi des enquêteurs surtout lorsqu'ils vont dans le monde impitoyable, tortueux et abstrus des affaires politico-financières. Dès qu'ils ont trouvé un fil, ils le tirent, et les découvertes toutes plus époustouflantes les unes que les autres se font jour. Si ce n'est parfois un petit souci avec l'unité de temps -des allers-retours, le maire que je croyais en prison qui revient- vite dépassé, je dois dire que je n'ai pas pu quitter le bouquin. Je n'ai pas été au point des flics de Christophe Gavat qui laissent leur vie de famille de côté, mais à certains moments, j'aurais pu rester dans mon canapé à lire plutôt que de préparer le repas ou aller à une réunion de boulot. Mais je suis un garçon raisonnable, ce ne furent que des velléités.  

Tout cela pour dire que, aussi incroyable que cette affaire puisse paraître, elle aurait très bien pu faire la une des journaux actuels et les choux gras des médias. "En enquêtant sur ce dossier, les policiers ont pris conscience que, aussi rigoureuse et précise soit leur enquête, elle ne sera jamais que le reflet de dix pour cent de la réalité corruptive, prégnante à Sainte-Jeanne. Ils ne pensaient pas que cette affaire les amènerait à tirer cette conclusion désespérante : tel un cancer incurable, la corruption se propage de la tête à la base." (p.249)

Christophe Gavat sait de quoi il parle et mène son récit sans temps mort. Il est passionnant, par son enquête, mais aussi par les hommes -et femmes- qui l'incarnent. Stanislas Midlak en tête qui sent que son couple ne tiendra pas le choc mais qui se cache la vérité, et les autres plus ou moins célibataires, dragueurs, pour qui la vie professionnelle passe avant tout. Ecrit par un flic dont le point de vue est partial voire contestable ne représentant que des flics intègres et des politiques pourris, il peut même frôler la caricature, mais sans doute y a-t-il plus de politiques que de flics poursuivis pour divers délits et les sommes, les objectifs et les conséquences ne sont-ils pas les mêmes ? Le politique à l'image de Robert Delacour, agit pour son propre compte, pour son profit personnel pas encore, pour détourner un titre de Pierre Combescot, "Pour [son] plaisir et [sa] délectation charnelle", mais d'autres réels et connus l'ont fait. Il agit pour le pouvoir et pour jouir de sa position de force, et toujours au détriment des citoyens que nous sommes, car au bout du compte, c'est nous qui rembourserons. Sainte-Jeanne est la commune la plus endettée de France, je n'ai pu, tout au long de ma lecture me défaire de l'image du maire de Levallois-Perret et de son épouse mis en examen plusieurs fois et qui continuent à gérer la ville, un modèle pour Robert Delacour à n'en pas douter.

Le label Sang neuf -dirigé par Marc Fernandez- chez Plon s'enrichit d'un titre fort qui bénéficie en plus d'une couleur de couverture inédite et du plus bel effet, entre le vert et le bleu, turquoise peut-être ?

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Rue des Fantasques

Publié le par Yv

Rue des Fantasques, André Blanc, Jigal polar, 2018....

Une sale nuit pour le commandant Farel, chef de groupe à la BRB lyonnaise. A peine endormi et en plein rêve érotique, il est réveillé par son téléphone. Quelques minutes plus tard, rue des Fantasques, il regarde le corps d'une jeune femme défenestrée après avoir été tuée par balle. Les nuits et les jours suivants n'apporteront pas le repos à l'équipe de Farel qui tire un à un les fils d'une enquête qui s'élargit. Ce qui se profile c'est une affaire politico-financière d'une envergure internationale mettant en scène des hauts personnages de l'état et des voyous de la pire espèce si tant est que les premiers cités ne fassent pas partie de la seconde catégorie.

Revoilà le commandant Farel après ses aventures mouvementées de Farel et Violence d'état.  Ceux qui ont eu la chance de lire ses précédentes enquêtes ne seront pas perdus et retrouveront avec plaisir la rigueur, le travail acharné, la pugnacité et l’opiniâtreté du commandant et de son équipe. Presque que des mecs : Lucchini, le Corse l'ami de Farel et son second ; Balme, Comont, Dumont, Havery et Jimmy Liergal un génie de l'informatique. Puis Maud, la compagne de Guillaume Farel, flic à Interpol qui se remet doucement des ses blessures et qui aidera l'équipe grâce à ses connaissances en informatique, ses intuitions et ses déductions toujours justes. Les lecteurs qui ne connaissent pas encore les héros d'André Blanc peuvent débuter par n'importe quel titre, ils ne seront pas perdus, l'auteur expliquant les liens de tous, faisant des allusions à ses titres précédents, certes, mais pas gênants pour comprendre ce livre-ci. 

Rien de fantasque dans ce roman -un peu facile, mais je n'ai pas pu résister-, sauf son titre : la rue des Fantasques existe réellement à Lyon, je me suis renseigné, elle est perpendiculaire au tunnel de la Croix Rousse. Rien de fantasque disais-je, André Blanc décrit une équipe de flics au boulot, qui se heurte à beaucoup de difficultés dès lors qu'elle s'intéresse à des personnages hauts placés, à des mafieux. Farel veut travailler vite et discrètement, mais il a affaire à des adversaires retors, vicieux. Comme à son habitude, il va s'appuyer sur son équipe au complet et sur la juge Fournier. 

André Blanc décrit une arnaque politico-financière mais a le bon sens de ne pas faire dans le "tous pourris". Il base son histoire sur une fraude à la taxe carbone qui a réellement existé (quelques informations ici et ) et à la lecture des deux articles en lien, ses escrocs sont influencés par la réalité. C'est sans doute pour cela que son histoire est très crédible, son roman policier tout à fait réaliste et minutieux, rigoureux. Il ne se lit pas vite au risque de rater une information importante, eh bien oui, tout caser en 260 pages, relève de l'exploit et donc nécessite de la part du lecteur quelques efforts qui d'ailleurs n'en paraîtront pas tant il est difficile de décrocher. Dans ce polar, c'est l'intrigue qui prime, la vie des héros est peu racontée, juste celle de Farel et de Maud et plus largement celles des escrocs. Ce n'est pas un problème, au contraire, les flics récurrents gardent un peu de leur mystère qui se révélera sans doute petit à petit dans la suite, car sûrement suite il y aura, même si ça ne paye pas comme l'écrit André Blanc "Mon dentiste qui écrit des polars, se plaint toujours que son éditeur lui verse des clopinettes." (p.166) ; est-il besoin de préciser qu'André Blanc est docteur en chirurgie dentaire ?

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Ça coince ! (42)

Publié le par Yv

Pays provisoire, Fanny Tonnelier, Alma, 2018..

Amélie est modiste à Saint-Pétersbourg depuis sept années. Arrivée de France en 1910, elle a repris une boutique de chapeau et ses créations se vendent très bien dans la bourgeoisie russe. Mais en cette année 1917, le pays change et la révolution s'étend. Amélie est obligée de fuir, de quitter le pays. Première étape, la Suède.

Pas mal a priori, je ne frémis ni ne parvins réellement à m’intéresser aux mésaventures de la jeune femme. Rien pourtant ne fut rebutant, histoire plaisante, les quelques allers-retours entre Saint-Pétersbourg et la vie d'avant d'Amélie à Paris renseignant un peu sur son parcours.

Je ressentis bien que ce roman put être truffé d'aventures, de surprises, de paysages et de rencontres, néanmoins, je peinai à en tourner les pages. Un roman à refiler à des amateurs du genre qui se réjouiront.

 

 

 

Condor, Caryl Ferey, Folio, 2018 (Gallimard, 2016)..

"Dans le quartier brûlant de La Victoria, à Santiago, quatre cadavres d'adolescents sont retrouvés au cours de la même semaine. Face à l'indifférence des pouvoirs publics, Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par sa destinée chamanique et les souffrances de son peuple, s'empare de l'affaire. Avec l'aide de son ami Stefano, militant rentré au Chili après plusieurs décennies d'exil, et de l'avocat Esteban Roz-Tagle, dandy abonné aux causes perdues qui convertit sa fortune familiale en litres de pisco sour, elle tente de percer le mystère. Dans un pays encore gangrené par l'héritage politique et économique de Pinochet, où les puissances de l'argent règnent en toute impunité, l'enquête dérange, les plaies se rouvrent, l'amour devient mystique et les cadavres s'accumulent..." (4ème de couverture)

Voilà, c'est bien dit, sauf que je n'y crois pas. Entre stéréotypes voire caricatures, et entrées en grand nombre de protagonistes dont au bout d'un moment je ne sais plus qui ils sont ni ce qu'ils font là, je ne parviens pas à m'intéresser à cette histoire. J'apprends des trucs sur l'histoire du Chili et de l'Amérique du sud, mais ça ne suffit pas à me faire tenir le coup toutes les pages. Le reste est convenu, déjà-lu. Rien de bien affolant. Ni l'histoire d'amour très Roméo et Juliette, ni l'intrigue. 

Ma première lecture de Caryl Ferey, j'aurais peut-être dû commencer par un autre titre...

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Coupable[s]

Publié le par Yv

Coupable[s], Samuel Sutra, Flamant noir, 2018...,

Jean-Raphaël Deschanel est flic aux RG. Trois meurtres ont été très récemment commis en région parisienne sans que rien ne les rassemble. Un quatrième meurtre est attribué au même assassin et là, un point commun se fait jour entre les quatre homicidés : Haïti. Tous les quatre ont un lien avec cette île. Jean-Raph', est haïtien et se retrouve versé à la crim' pour tenter d'aider les enquêteurs à élucider ce quadruple assassinat. Assez vite, il trouve que le passé haïtien des victimes est trouble et lié au terrible séisme de 2010 qui a fait des milliers de morts.

Petite remarque en préambule : dans le titre, le "s" est volontairement entre crochet et donc, dans mon article, lorsque je parlerai de coupable, entendez le coupable ou la coupable ou les coupables, les trois propositions s'offriront à vous.

Nouveauté Flamant noir et nouveauté Samuel Sutra l'auteur de l'excellente série avec Tonton mais aussi d'un très bon polar sur fond de jazz, Kind of black. Cette fois-ci, bien que le roman, entre policier et thriller, se déroule entièrement en France, Haiti est omniprésente. Si j'ai découvert assez vite qui était coupable-vous reporter à la note du début-et que la pirouette finale m'a un peu déçu, mon plaisir n'en a point pour autant été émoussé et c'est gaillardement et avec entrain que j'ai lu ce dernier opus de S. Sutra, il me faut préciser que pas mal d'indices sont distillés dans les chapitres qui permettent d'échafauder la même hypothèse que la mienne, qui s'est avérée. J'ai aimé l'ambiance et la bonne idée de mettre Haïti au centre sans tomber dans la caricature avec le vodou et autres images que l'on pourrait avoir de l'île. Bien sûr, il en est question, mais justement pour aller plus loin que cela, il explore les suites du séisme et l'aide humanitaire qui arrive de partout. Samuel Sutra ne bâtit pas un polar historique sur Haïti, il se concentre sur ces dernières années -dans le genre polar haïtien très bien documenté, Tonton Clarinette de Nick Stone, m'avait fait beaucoup d'effet. J'ai aimé aussi, comme toujours chez Samuel Sutra, ses personnages, normaux, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs limites et leurs déchirures. Tout cela fonctionne très bien dans un roman rythmé, très actuel, moderne dans son histoire, dans sa construction qui alterne les points de vue, et dans son écriture, loin des Tonton, preuve que l'auteur ne fait pas toujours dans la gaudriole. Ce polar -forcément conseillé par mézigue- débute par ces phrases :

"L'église est rayonnante. Je la situe étrangement sur les hauteurs de Les Cayes. Sur un coteau où, pourtant, je sais qu'il n'y a jamais eu cette église. Je pense que j'avais besoin qu'elle soit là et pas ailleurs. Elle est peinte, comme le sont encore certaines églises ici. D'un rose pâle et délicat. On croirait une goutte de sang qui viendrait troubler le lait. Elle ressemble à Notre-Dame de l'Assomption, la cathédrale de Port-au-Prince." (p.11)

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Bretzel blues

Publié le par Yv

Bretzel blues, Rita Falk, Mirobole, 2018 (traduit par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux).....

Franz Eberhofer, de la police de Niederkaltenkirchen est plutôt dans une bonne période. Récemment, il a résolu un quadruple meurtre (Choucroute maudite) et depuis un moment, il gère les petits tracas du quotidien. Lorsque M. Höpfl, le directeur de l'école, est porté disparu, il ne s'inquiète pas outre mesure mais commence néanmoins à fureter. Le directeur revient. Puis, il disparaît de nouveau pour ne plus jamais revenir, sauf sous forme de cadavre. Suicide ou meurtre ? Franz est reparti pour une nouvelle enquête. 

Deuxième tome des aventures de Franz Eberhofer, toujours aussi savoureuses, à tous niveaux. D'abord parce qu'elles sont drôles, décalées et ensuite parce que la Mémé, la grand-mère de Franz n'arrête pas de cuisiner et lui de penser à manger, et la nourriture allemande est plutôt roborative, ce n'est pas de la gastronomie aux portions pesées. Ce qui rend drôle cette série, c'est le relâchement de Franz, cet espèce de dilettantisme ou de je-m'en-foutisme qui le caractérise. Son machisme également qui pourrait être agaçant, hors époque -je rappelle que l'auteure est une femme- et qui le rend ridicule et sympathique parce que ce trait de caractère a tendance à se retourner contre lui. Malgré ces traits pas forcément positifs, de ceux qui n'aident pas habituellement à résoudre des enquêtes, Franz se révèle efficace et intuitif. Il saura aussi s'entourer de personnes à peine plus engageantes que lui et tout aussi efficaces.

Ce qui rend drôle également la série, ce sont les personnages secondaires : la Mémé bien sûr et le Papa qui vivent à côté de Franz, ou plutôt l'inverse, puisqu'icelui a aménagé l'ancienne porcherie en son antre. Puis Léopold, le frère abhorré, lèche-cul de service, qui s'attire toujours les bonnes grâces du Papa, qui revient épisodiquement avec sa nouvelle femme et son bébé. Puis Louis II, le chien de Franz, un peu moins présent cette fois-ci. Et d'autres encore, habitants de Niederkaltenkirchen et amis de Franz, son ex-collègue et la Susi, plan-cul de Franz, mais qui aimerait sans doute passer à une relation plus sérieuse. 

Enfin, tout ce petit monde est bien barré et c'est un véritable plaisir que de les retrouver. Ma fille -qui vit actuellement en Allemagne- m'a dit que 8 tomes étaient écrits, je supplie les traductrices, Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux, de travailler vite et bien -comme d'habitude- et l'éditrice de continuer la série et de l'éditer d'aussi belle façon, parce que chez Mirobole, le travail est bien fait. 

Il paraît qu'il existe également deux films tirés des deux premières aventures de Franz, mais uniquement en allemand. Que les programmateurs de cinéma ou télévision français se penchent sur le problème, je veux les voir moi, mais je ne parle ni ne comprends l'allemand...

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