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Articles avec #polar-noir tag

Une vieille affaire

Publié le par Yv

Une vieille affaire, Nicolas-Raphaël Fouque, Ravet-Anceau, 2014....,

Camille Trencavel, journaliste part enquêter sur le viol et l'assassinat d'une jeune fille à Lille. Dans le même temps, dans la même ville, le Président du Sénat est mourant, empoisonné au polonium. Toujours au même endroit, mais quelques semaines auparavant de violent heurts ont eu lieu entre CRS et manifestants du Bergala qui protestent pacifiquement contre le commerce des armes dans ce pays qui profite à la France malgré un embargo, leur leader a disparu depuis deux mois lorsque son corps est repêché dans le fleuve. 

Retour de Camille Trencavel déjà rencontrée dans Le crâne de Boulogne. Et la voici qui patauge dans un monde glauque, celui des compromissions et des affaires, des magouilles et des dossiers, des arrangements entre amis, tout cela au nom du pouvoir politique. Virgile Acarmone est Président de la République, il en est à la fin de son second et donc ultime mandat, mais en faire un troisième le titille sérieusement. Il fait tout pour que Maximilien, son frère soit le prochain candidat, pour garder le pouvoir dans la famille, on ne sait jamais, il pourrait retrouver sa place ensuite... Dans le même temps, Maximilien magouille pour être élu Président du Sénat, d'autres veulent être ministres voire le premier d'entre eux, puisqu'un remaniement est en cours. Se greffe là-dessus une histoire d'héritage industriel du plus grand fabriquant d'armes français. A ce niveau, tout le monde a quelque chose à s reprocher et chacun a un dossier sur son adversaire politique. Haines, rancœurs, hypocrisies, ambitions et jalousie sont les maître-mots de ce monde que décrit NR Fouque. Il invente bien sûr, emprunte à divers personnages pour fabriquer les siens -pas forcément en France, on n'a pas encore eu de Président désireux de changer la Constitution pour faire d'autres mandats, ce qui donne une impression de réalité et d'anticipation qui peut dérouter mais qui, une fois le pli pris donne un contexte formidable. Il faut juste faire un petit effort. NR Fouque est comme je le disais à propos de son premier roman et comme le dit Nicolas Marié dans la préface (vous ne pouvez pas ignorer qui est Nicolas Marié, ce serait une faute de goût : c'est un acteur absolument génial, notamment dans les films d'A. Dupontel : un médecin alcoolique dans Le vilain, ou un irrésistible avocat bègue dans 9 mois ferme, mais aussi un salaud hirsute dans Micmacs à tirelarigot de JP Jeunet, entre autres), NR Fouque disais-je donc avant de me faire interrompre par un extrait de la filmographie de N. Marié, est un auteur qui fait appel à l'intelligence du lecteur :

"Nicolas-Raphaël Fouque a ce talent tout à fait étonnant de nous emporter dans son roman policier avec pour code d'expression majeur les dialogues. [...] Quelle légèreté cela confère à son roman ! Quelle confiance il fait à l'intelligence de son lecteur ! Il ne reste plus alors qu'à se laisser entraîner par les images que chacun ne manque pas de se construire pour alimenter son imaginaire. C'est un peu comme si Nicolas-Raphaël Fouque commandait à chacun de ses lecteurs de se faire sa propre traduction de son roman en images." (p.6)

Là, j'opine, je branle du chef et j'applaudis des deux mains -parce qu'avec une seule ce n'est pas évident !-, le lecteur est obligé de se faire ses propres images, car NR Fouque décrit très peu, quelques mots par personnage, juste des silhouettes ; de même, on passe d'une intrigue à l'autre, d'un jour à un autre ou d'un lieu à un autre (mais les indications temporelles et géographiques sont notées en tête de chaque sous-chapitre, ouf !) ; l'auteur procède par ellipses, par images que l'on doit relier entre elles : "Dans son grand labyrinthe d'images vous allez être ballotté, écartelé, compressé. Et vous n'en sortirez pas indemne. Le point final vous trouvera ému, en colère, étourdi, cabossé." (p.6) Que dire de plus que N. Marié ? Rien ! Je vous laisse donc avec ce bon conseil de lire ce polar (et même si vous êtes tenté, avant, lisez Le crâne de Boulogne) et avec l'espoir que l'adaptation télévisuelle ou cinématographique dont parle Nicolas Marié puisse voir le jour. J'en suis... enfin, en tant que spectateur bien sûr

 

 

 polars 2015

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Esprit de famille

Publié le par Yv

Esprit de famille, Ellen Guillemain, Flamant noir, 2014....,

A l'enterrement de Jean, est réunie toute sa famille, sa femme, Séverine, très belle femme froide, ses enfants : Sophie femme d'affaires accomplie qui ne jure que par la réussite sociale et professionnelle, Marco autiste et Milène dite Nouche la benjamine, trentenaire qui vit plus ou moins avec Samy dealer et petit gangster notoire ; Seda est là aussi, la dernière compagne de Jean, une Cambodgienne. Toute cette belle famille, riche se déchire le jour du passage chez le notaire. Il faudra bien des épreuves et la révélation d'un secret de famille bien caché pour tenter de reconstruire des liens, mais n'est-il pas déjà trop tard ? 

Sur le thème assez classique du secret de famille qui déchire les uns, rapproche les autres et finit par tout détruire lorsqu'il est connu, Ellen Guillemain tire son épingle du jeu. Parce qu'elle a une bonne idée de construction de son roman : elle alterne les points de vue dans les chapitres. Chaque personnage que l'on rencontre dans cette histoire intervient à un moment. Une galerie riche et dense, on se plaît même à penser que chacun aurait pu être un héros de sa propre histoire tellement tous sont présents et bien décrits avec un passé et un présent voire un avenir forts. Un roman avec Seda, pourquoi pas ? On la quitte avec des questions qui si elles ne nous laissent pas sur notre faim pourraient tout à fait faire l'objet d'un roman à part entière. Pareil pour Séverine, qui cache beaucoup de sa personnalité sous une froideur qui lui pèse, et idem pour Samy, Nouche, Marco et Sophie pour ne parler que d'eux. C'est dire si Ellen Guillemain a su dresser les portraits de personnages complexes et humains avec leurs parts d'ombre et de lumière. Bien vu en plus, le chapitre dans lequel Marco est le narrateur et qui change de style littéraire s'adaptant à son handicap : "Quand j'ai demandé à Sophie où était Papa, elle a pleuré et je me suis dit que j'avais encore dit une connerie. J'avais oublié qu'il était mort. Ca me sort de la tête ces trucs-là, surtout si c'est important." (p.83)

Au hasard des dialogues ou des monologues, elle glisse des propos très directs dans la bouche de ses personnages, sur la difficulté à vivre dans les cités surtout lorsqu'on est immigré, sur des faits de société, sur la politique, sur le pape (mon anticléricalisme primaire m'oblige à citer ici des phrases dont j'aime beaucoup le fond et la forme, à propos du pape qui twitte : "Il n'a rien d'autre à faire que twitter, celui-là ? Ah ça, il encourage les jeunes à twitter ! Au moins, pas besoin de capotes pour ça ! Et les pauvres qui ne peuvent pas twitter parce qu'ils n'ont pas d'ordinateur ! Du coup, ils sont désœuvrés ! Du coup, ils couchent sans capotes sur les recommandations du très Saint-Père ! Du coup, ils chopent ou le sida ou un polichinelle dans le tiroir, voire les deux, et ils s'enfoncent encore plus dans la misère ! Mais le pape les bénit en twittant, alors tout va bien !" (p.116) Ces interventions placent ce roman dans son époque, réaliste et résolument actuel.

Ellen Guillemain use d'une écriture réaliste, directe, crue, "brute mais sensible" (dixit la 4ème de couverture que je reprends très volontiers car ces deux adjectifs accolés résument bien l'écriture de l'auteure) qui donne le ton à son histoire. Un roman noir plus qu'un polar, il n'y a pas d'enquête, pas d'indices disséminés qui permettraient aux lecteurs de découvrir un coupable, non c'est l'ambiance, la construction et l'écriture du roman qui lui donnent cette couleur noire. Avec ce thème, E. Guillemain aurait pu faire un énième roman sur une famille qui se déchire après la mort du père. Elle a l'excellente idée et le talent pour ajouter une dose de suspense et pour créer une atmosphère tendue, oppressante qui sortent ce roman de la production banale pour le poser en douceur mais avec fermeté sur des piles de livres à lire sans hésiter. A bon entendeur...

Ma deuxième belle rencontre avec les éditions Flamant noir qui prouvent là le travail efficace et commun de l'éditeur -l'éditrice en l'occurence- et de l'auteure.

 

 polars 2015

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Le bazar et la nécessité

Publié le par Yv

Le bazar et la nécessité, Samuel Sutra, Flamant noir, 2014...., 

Tonton, Aimé Duçon pour l'état-civil -l'inventeur de la cédille ai-je lu quelque part-, est un gangster. Attention pas un malfrat à la petite semaine. Non, Tonton, c'est "ZE" gangster ! La référence ès coups de maître, gambergés et qui rapportent. Malgré une équipe de baltringues, la Baronne la bonne alcoolique, Bruno un zélé, Gérard un lourdaud bas de plafond aidé par Pierre son neveu : "Il n'était pas vraiment idiot, mais pas vraiment intelligent" (p.72) et Mamour, un aveugle au talent pour ouvrir toutes les portes jamais égalé. Tonton apprend par lettre qu'il a un fils, Antoine Bresson, trente ans... et flic. Qui plus est un flic pas mauvais du tout et qui sachant qui est son géniteur veut le coffrer, histoire de lui montrer où est la loi. Mais Tonton bien qu'attendri par sa toute nouvelle paternité n'a pas dit son dernier mot. 

Le bazar et la nécessité est déjà la quatrième aventure de Tonton, et je ne le connais que maintenant ! Mais quel affreux oubli, car si les tomes précédents sont aussi bons que celui-ci, nul doute que j'ai raté de très bons moments.

Un titre et une couverture qui ne font pas "polar" mais plutôt essai sur tel ou tel auteur et pourtant nous voilà en pleine comédie policière, mâtinée d'Audiard, de Lautner, de San-Antonio (la préface est d'ailleurs rédigée par Patrice Dard, fils de... et désormais aux commandes des aventures de San-A). Si les descriptions des personnages, des lieux ou les situations portent souvent à sourire, les dialogues sont savoureux et peuvent provoquer des éclats de rire -à tel point que mes co-locataires de canapé m'ont regardé plus d'une fois d'un œil envieux ou interrogatif. Par exemple, lorsque deux compères de Tonton parlent de son fils découvert à trente ans :

"- Il devait bien s'en douter qu'à force de jouer les snipers de plumards, il allait mettre une cartouche dans le mille. Ça arrive aux meilleurs. La preuve, même moi on a essayé de me faire porter le chapeau. 

- Et t'y étais pour rien ?

- Si, mais c'est pas une raison. Donner, c'est donner. Je supporte pas les nanas qui te refilent ta semence après avoir fait pousser des bras dessus !" (p 103)

Et je vous en passe un tombereau d'autres dans divers domaines, on imagine un Lino Ventura ou un Bernard Blier les prononcer avec volupté. Un roman très cinématographique, avec des scènes aisément visualisables, comme LA scène de sexe, absolument inédite et inénarrable par un autre que Samuel Sutra.

Une lecture jubilatoire, réjouissante, parfaite pour cet été. Ce Samuel Sutra, il a un bon Karma (désolé, je n'ai pas pu m'en empêcher, même si je suis persuadé cher Samuel qu'on vous l'a faite à de nombreuses reprises...)

Je découvre là les éditions Flamant noir et ne m'arrêterai pas là... sauf pour quelques jours, puisque je ferme jusqu'à mi-août (chut Félix !). Bonnes vacances à tous.

 

 polars 2015

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Le diable s'habille en Voltaire

Publié le par Yv

Le diable s'habille en Voltaire, Frédéric Lenormand, Le masque, 2014 (Lattès, 2013)...

Lorsque le père Pollet, confesseur du Cardinal de Fleury, qui gouverne la France de 1733, trouve au sein de son abbaye un cadavre, puis autour d'icelui des traces de pas de bouc, il sait tout de suite qu'il a à faire au Malin. Conscient que divulguer cette mort risque de lui jouer des tours, il veut une enquête discrète et soigner le Mal par le Mal. Il la confie donc à celui qui, à ses yeux, et à beaucoup d'autres de l'époque, est le Diable personnifié, Voltaire. Celui-ci tout heureux de pouvoir affronter enfin un adversaire à sa mesure, relève le défi, toujours accompagné d'Emilie du Châtelet, sa maîtresse et de Linant son secrétaire dévoué, plus un petit nouveau, Lefèvre. 

Troisième tome des aventures de Voltaire mène l'enquête, chacun pouvant se lire indépendamment. Le même plaisir qu'à la lecture de Meurtre dans le boudoir. Cette série est à la fois érudite, légère et littéraire. Pas mal pour un polar, genre que d'aucuns classent rapidement dans une espèce de sous-catégorie, de celle qu'on lit uniquement pour se distraire, en été de préférence. Le style est alerte, enlevé, souvent très drôle, les réparties de Voltaire font mouche, mais aussi son ridicule, ses tenues vestimentaires d'occasion, démodées, sa perruque très haute, l'immense estime de soi qu'il a et c'est un euphémisme, l'assurance qu'il a d'être le meilleur de tous, sa tendance très forte à l'hypocondrie ou à la plainte pour qu'on s'occupe de sa grande personne, ce dont ses habitués ne sont pas dupes : "Les Dumoulin [ses logeurs] le rassurèrent [Lefèvre, son nouveau secrétaire] : quand on meurt si lentement, l'entourage peut profiter du mourant sans trop d'inquiétude." (p. 41)

Dans cette série, on est toujours entre le conte voltairien, l'enquête policière, le récit historique, car Frédéric Lenormand est documenté. Les mœurs de l'époque sont décrites par le menu, les croyances, l'hygiène. Il parle également de la tragédie Adelaïde Du Guesclin que Voltaire tente de monter à la Comédie française et qu'il va devoir mettre en scène en bousculant les acteurs et actrices habitués à déclamer ; lui veut qu'ils jouent, qu'ils fassent pleurer le public ; les acteurs de l'époque (quid de maintenant ?) ne sont pas faciles à manœuvrer, la résistance et le corporatisme sont très présents, les réparties particulièrement bien senties également, notamment de deux d’entre eux, Quinault et Grandval.

En dépit de toutes ces qualités, cet épisode souffre de quelques longueurs en son mitan, des situations un brin répétitives dont on peut aisément se passer qui nuisent un tantinet à la bonne humeur générale, qui revient cependant bien vite en fin de volume. 

On ne lit pas Voltaire mène l'enquête pour les intrigues, mais pour le plaisir de suivre un enquêteur peu ordinaire, imbu, petit et souffreteux mais aux ressources physiques insoupçonnées, celles de son brillant esprit ne nous surprennent pas mais au service de résolutions de meurtres, elles étonnent fort agréablement. Une série vraiment plaisante, originale et décalée que je suis puisque le tome suivant attend juste que je l'ouvre.

 

 polars 2015

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Les risques de l'improvisation

Publié le par Yv

Les risques de l'improvisation, Delphine Solère, Michalon, 2014....,

Élysée Gaumont est saxophoniste de jazz. Récemment victime d'un AVC, il est contraint par son médecin de se mettre au vert quelques temps : légumes verts, thé vert, eau et sport... pour cet amateur de bonne chère et de bons alcools et sportif comme moi, l'adaptation est rude, il préfère donc quitter Paris pour Marseille histoire de tout changer. Lors d'une montée à vélo vers la bonne mère, une jeune fille blonde lui demande la permission d'accrocher son vélo haut de gamme avec le sien, car elle a oublié son antivol. En gentleman, Élysée accepte, mais la jeune fille ne revient jamais. Début de questionnements du jazzman qui mènent très vite vers une vraie enquête. 

Repéré chez Claude Le Nocher, ce polar tient tout à fait sa promesse de "polar à lire cet été" (dossier de presse). Un grand moment de musique : on entend le jazz des grands : Miles Davis, Duke Ellington, Ella Fitzgerald, Chet Baker, ... et beaucoup d'autres, et il donne même envie de les (ré)écouter. Bon, on y parle aussi variété française, puisque pour vivre Élysée écrit des musiques sur des paroles très "variétés", parfois il vaut mieux écouter des chansons étrangères, au moins on ne capte pas la vacuité des propos. Mais, c'est un travail alimentaire pour Élysée qui lui permet des extras comme payer le train, le taxi ou l'hôtel pour filer tel suspect, se cacher de ses poursuivants : merci Léo Fériot (le parolier et interprète payeur). 

Un polar drôle, léger et musical, quoi de mieux pour cet été ? C'est drôle et léger parce que les personnages sont assez peu attendus dans les situations auxquelles ils font face, ils sont maladroits, gênants, bruyants là où il faudrait du calme et ne pensent qu'à la musique qui les habite (et les nourrit). Je dis les personnages car Élysée s'adjoint les services (et plus car affinités) de "Déborah, la belle contorsionniste douce comme une ballade de Richard Galliano" (4ème de couverture) et de Vauchillon, un collègue marseillais qui lui trouve du boulot et la planque lorsque les ennuis commencent. C'est drôle aussi parce que Delphine Solère fait preuve d'un style audiardien qui mêle argot, expressions humoristiques, une gouaille fort bienvenue et fort agréable ; par exemple lorsque les jazzmen jouent à l'enterrement d'un richissime éleveur de poulets (accessoirement père de la jeune fille évaporée à Notre Dame de la Garde) : "Il y avait un passage assez chiant à cause d'un changement de rythme que le batteur négocia avec la maestria d'un coureur de Formule 1, puis les endimanchés, à la vitesse d'un gastéropode qui aurait fumé du libanais, disparurent dans la grande église." (p. 60)

L'enquête est longue à démarrer puisque c'est uniquement page 110 qu'Élysée se sent "mêlé à une sale affaire. J'ai su aussi que je ne pouvais plus faire confiance à personne. Ni les amis ni la police. J'ai ressenti un trouble que je ne connaissais pas. Le sentiment d'avoir cherché volontairement à me mettre dans une situation débile et maintenant de ne plus pouvoir la maîtriser." Mais cette relative lenteur du début n'est pas rébarbative, bien au contraire, tant on se plaît en compagnie d'Élysée et de ses amis, les musiciens vivants et les morts. En fait, on aimerait bien prolonger un peu les moments avec eux tous, les bons moments du début ou les plus durs (mais toujours drôles de la suite). Je ne sais pas si une suite est prévue, mais si oui, j'en suis !

L'avis d'Oncle Paul, emballé lui aussi. 

 

polars 2015

 

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Le paradoxe du cerf-volant

Publié le par Yv

Le paradoxe du cerf-volant, Philippe Georget, Jigal, 2014 (version poche).....

Pierre Couture est un boxeur professionnel qui commence à penser à sa reconversion suite à son dernier match qu'il a perdu. Sergueï, un ami lui parle de Lazlo, un prêteur sur gages croate qui cherche des gros bras pour intimider les mauvais payeurs. Pierre accepte une mission, et tout de suite se rend compte que ce n'est pas pour lui. Le lendemain, Lazlo est retrouvé mort, assassiné, et les empreintes sur l'arme du crime sont celles de Pierre. Le boxeur tente de comprendre ce qui a pu se passer et se retrouve au centre d'une histoire aux multiples ramifications qui le dépasse. Une histoire qui a rapport avec l'Histoire des Balkans. En bon sportif, il n'abandonne pas la partie, bien au contraire...

Qu'il est difficile de décrocher de ce roman noir ! Une fois commencé, c'est fichu, on ne peut plus le lâcher. Époustouflant et à couper le souffle, pourrais-je dire si je ne craignais pas la tautologie. Rien, à part une malheureuse phrase p.409 ne vient gâcher le plaisir : "J'ai poussé comme j'ai pu dans la jungle des foyers éducatifs. J'ai cru pouvoir me reposer dans des familles d'accueil qui n'étaient que des repères de pédophiles." Arrgh, je m'étrangle, moi, assistant familial, dont le métier est de protéger des enfants en les accueillant dans ma famille ; dans certaines situations, on peut même mettre la nôtre en danger, je suis sidéré par cette phrase, à laquelle j'accorde sans doute trop d'importance, qui doit être plus maladroite qu'accusatrice (même si je ne nie pas certains actes abominables de collègues envers les enfants qu'ils sont censés protéger, ils restent très largement minoritaires. Fort heureusement !).

C'est la seule maladresse de ce livre, parce que le reste est absolument maîtrisé, tant dans l'écriture que dans le déroulement des intrigues, dans le fait de distiller des indices, des explications çà et là ou dans la description de ses personnages ou encore dans les explications historiques des faits évoqués. L'écriture pour y revenir, est vive, dynamique, alterne les descriptions, des dialogues aux réparties piquantes, ironiques, vaches ou drôles :

"J'allume ma cigarette et tire une première bouffée.

- Tu fumes de nouveau ?

Je me retourne. Sergueï. Je n'avais pas reconnu son accent, c'est normal : il roule les "r" et y'en avait pas dans sa phrase." [...]

- Faut pas se fier aux apparences, Sergueï. Tu vois, j'ai mes chaussures aux pieds et, pourtant, je ne marche pas !" (p.30/31)

Pierre Couture est un type de 27 ans qui se pose beaucoup de questions sur son avenir, la boxe semble être derrière lui désormais et sur son passé également, père et sœur morts dans un accident et mère suicidée lorsqu'il était très jeune, d'où ses séjours en foyers et familles d'accueil. Il travaille à mi-temps au café de la poste, vit dans un petit appartement au-dessus du périph parisien, rien de bien folichon. Lui même n'est pas guilleret, boit beaucoup et ne recule jamais devant un coup de poing à donner. Malgré cette relative tiédeur du personnage principal, ou grâce à elle, car il va se révéler pugnace, c'est un polar haletant, on ne comprend pas bien dans quelle affaire est tombé Pierre, mais on sait que ce panier de crabes est une nasse de laquelle il est ardu de s'extirper ; et petit à petit, l'auteur nous lance des bribes d'explications, des indices, qui une fois regroupés font sens, et il use parfaitement des rôles du diplomate ou du journaliste -procédé littéraire simple, pas toujours aisé à insérer élégamment dans un récit et très efficace, qui arrive ici naturellement- pour éclairer notre lanterne quant à la guerre entre les Serbes, les Bosniaques et les Croates au début des années 1990-, et d'un coup tout devient limpide.

Franchement, jamais je n'ai senti de longueur dans ce bouquin, j'ai retenu mon souffle durant ma lecture et croyez moi, pendant 416 pages, denses et en petits caractères, c'est long, j'ai dû friser l'arrêt respiratoire plusieurs fois, pour la bonne cause, bien sûr, savoir comment Pierre allait se sortir -ou pas - de ce guêpier trop complexe pour lui.

Quant au titre, un rien énigmatique, éclaircissements page 351, je laisse le suspense...

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Étrange sabotage

Publié le par Yv

Étrange sabotage, Pierre d'Ovidio, Presses de la cité, 2014...,

Le 4 décembre, 1947, le rapide Paris-Lille déraille près d'Arras faisant vingt morts et  des blessés graves. Les policiers sur place privilégient très vite la piste du sabotage. En cette année agitée, dans laquelle les grèves et manifestations se multiplient et durent, qui a intérêt à faire dérailler ce train et plus généralement le tout nouveau gouvernement en place ? Maurice Clavault, flic de Paris est envoyé en renfort à Arras pour tenter de démêler ce qui pourrait bien être une affaire politico-criminelle. 

Le très bon point de ce bouquin, c'est de nous faire vivre l'époque de l'immédiat après-guerre en France. Une époque difficile, la IVe République est fragile, les gouvernements itou. Les communistes sont encore nombreux, actifs et pèsent sur la politique générale, notamment par la branche syndicale du Parti, la CGT. Les gaullistes tentent de s'implanter avec le nouveau parti créé par le Général en avril 1947, le Rassemblement du Peuple Français. Paul Ramadier est le Président du Conseil et Jules Moch, Ministre de l'Intérieur, inflexible contre les grévistes mineurs du Nord de la France. Ce contexte de violence et de répression musclée est fort bien décrit par Pierre d'Ovidio, il installe une tension tout au long du roman. Ajoutons à cela l'inflation qui explose, les tickets de rationnement qui sont toujours présents, les salaires qui stagnent, le froid de l'hiver nordiste, le manque d'argent pour chauffer les logements, et il n'y avait pas la coupe du monde de football pour réchauffer les cœurs (non, je déconne, la coupe du monde de foot ça ne réchauffe que les portefeuilles des joueurs, celui de la FIFA et des chaînes de télévision). 

Sur fond de société française en plein désarroi, en pleine déroute, Pierre d'Ovidio construit une intrigue politico-crimino-ferroviaire très réaliste, avec des personnages réels et d'autres fictifs. Les fictifs sont ceux qui sont mis en première ligne, les travailleurs et les flics ; Maurice Clavault a dû déjà résoudre des énigmes dans d'autres livres de l'auteur, mais pour moi c'est ma première rencontre avec lui, convaincante. Intrigue bien menée, maîtrisée dont j'ai cru un court moment qu'elle allait finir en queue de poisson, mais non, l'explication finale est là, claire, nette et précise. Nul doute que l'on retrouvera Maurice Clavault et sa compagne Ginette, la pétillante actrice pour des feuilletons radio qui étaient à l'époque très écoutés, et qui voudrait bien percer au cinéma.

Fort bien écrit, une plume documentée et très à l'aise à la description des personnages, des faits et des lieux. Des dialogues, mais point trop.

Un roman qui débute comme ceci :

"Bel engin ! Ouais... Belle mécanique, pour sûr, pensa Jules, ahanant pour relever les barrières du passage à niveau. Même pour une ricaine, chapeau ! Faut reconnaître ce qui est : "ils" savent construire les locos. Le Parti a beau dire !" (p. 9)

 

polars 2015

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Le sang des cors

Publié le par Yv

Le sang des cors, Gérard Bertuzzi, Ravet-Anceau....

Le commandant Bourbon et son adjoint Le lieutenant Keller sont chargés de se renseigner sur la disparition étonnante et inquiétante de la comtesse Edmonde de la Villaudière. La demande n'émane pas du comte qui ne s'émeut pas vraiment puisque pour lui, sa femme a quitté le domicile conjugal suite à de multiples mésententes. 

Dans le même temps, le comte est sollicité pour l'achat d'un tableau par un jeune homme, Morgan Ferneth qui dit agir pour un antiquaire de Paris. Quelques temps après la transaction, Morgan est porté disparu. Une deuxième fois, les gendarmes interrogent le comte sur une disparition de gens qu'il est, selon la célèbre expression, le dernier à avoir vus en vie. Beaucoup de coïncidences pour les deux enquêteurs chevronnés.

J'ai déjà rencontré avec bonheur, Bourbon et Keller dans une aventure précédente, Disparitions en Picardie.  Je les retrouve fidèles à eux-mêmes, amateurs de jeux de mots, de calembours et enquêteurs opiniâtres et travailleurs. Cette fois-ci ils ont fort à faire avec les disparitions autour du comte de la Villauderie qui ne s'arrêteront pas aux deux seules préalablement citées. Au fur et à mesure de l'avancée de l'histoire, les blagues s'estompent et le professionnalisme des gendarmes prend le dessus, sans pour autant disparaître (non, tout ne disparaît pas dans ce polar), ce qui serait d'ailleurs fort dommage car elles nous permettent de sourire et elles allègent un peu la noirceur du bouquin. Car là, Gérard Bertuzzi fait dans le lourd, la description parfois à la limite de l'insoutenable, notamment une (une seule sur tout le bouquin) scène terrible que je ne citerai pas par égard aux petits yeux qui pourraient me lire mais aussi par égard aux futurs lecteurs que vous serez, je n'en doute pas, et qui n'aimeraient pas voir le suspense dévoilé. 

L'histoire que construit G. Bertuzzi est assez alambiquée, pleine de tours et détours, de pistes diverses, de circonvolutions ; de nombreux personnages apparaissent, mais elle est diablement bien maîtrisée. Construite en tous petits chapitres alternant les points de vue qui permettent une lecture aisée tant dans la possibilité de poser le roman puis d'y revenir pour un court moment que dans la compréhension du rôle de chacun, des interactions entre tous les protagonistes. Bien vues également, ces deux premières parties qui, pour la première nous expose par petites touches des faits divers sans forcément de rapport entre eux et pour la deuxième, grâce à un ingénieux flash-back nous les explique par leur naissance dans l'esprit des acteurs. L'écriture de Gérard Bertuzzi est claire, fluide et limpide non dénuée d'humour et de réflexions parfois plus fortes: "Si elle attire les chiens, descendants directs du loup, l'odeur du sang n'en attire pas moins les humains par journalistes interposés. Désormais garants de la dose d'hémoglobine nécessaire au bon équilibre mental du peuple, les médias sont à l'affût du moindre fait divers sanglant. Si le spectacle est à la hauteur, l'audience est au rendez-vous, l'arène est bondée." (p. 80) 

Très ancrée dans la Picardie entre Compiègne et Chantilly, dans la crème de la société, ce roman policier que d'aucun dédaigneront parce qu'il est régional a des qualités évidentes (sans doute aussi des faiblesses, comme par exemple un manque de contexte fort comme je les aime : historique, sociétal, culturel,...) et se hisse selon moi bien plus haut que le simple divertissement dont je parlais pour Disparitions en Picardie du même auteur : de belles intrigues bien menées et remarquablement maîtrisées qui tiennent du début à la fin.

 

polars 2015

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Meurtre dans le boudoir

Publié le par Yv

Meurtre dans le boudoir, Frédéric Lenormand, Le Masque, 2013 (Lattès, 2012)..., 

En l'an de grâce 1733, Voltaire est fébrile. Son prochain livre, Les lettres philosophiques anglaises dont il nie la paternité risque bien de lui valoir un autre séjour à la Bastille. C'est aussi le moment où un assassin s'inspire d'un roman licencieux pour faire son ouvrage. Sollicité par le lieutenant de police Hérault et espérant par l'aide qu'il peut lui apporter une certaine clémence dudit Hérault, Voltaire se lance à la recherche de l'auteur du roman inspirateur des meurtres et à la poursuite de l'assassin.

Deuxième tome des aventures de Voltaire mène l'enquête, qui est pour moi le premier que je lis et qui est également une belle surprise. Un roman policier historique donc, vous vous en doutez puisque François-Marie Arouet, dit Voltaire en est le héros. Malgré lui serais-je tenté de dire, parce qu'il va enquêter dans les endroits libertins de Paris pour tenter de sauver la chèvre et le chou, c'est-à-dire, à la fois son nouveau livre (même s'il nie en être l'auteur) et sa liberté, car l'un pourrait bien lui valoir l'autre ; mais aussi en toute connaissance de cause, car Voltaire aime bien se mettre en avant, adore qu'on parle de lui. Frédéric Lenormand fait de Voltaire un être geignard, vantard, cabot (ce qu'il devait être sans doute), qui se plaint de ses maladies, de ses douleurs stomacales et ne jure que par les lavements et les lentilles (il est alors âgé de 39 ans, et vivra encore 45 ans !). Mais c'est aussi un homme à l'esprit particulièrement brillant et vif, pas avare de quelque vacherie :

"Ces objets étaient d'autant plus faciles à identifier qu'ils portaient le blason des princes de Guise, "des gens charmants, tout à fait libertins, très propres à s'être trouvés dans cette maisonnette alors qu'on y assassinait un homme en tenue d'Adam".

-Pensez-vous que le prince..., dit Emilie

- Le seul crime dont je le crois capable, c'est de servir du bordeaux avec une sole meunière." (p. 45/46)

Voltaire est aussi, lorsque ses investigations l'y obligent, un vrai casse-cou, un Belmondo en personne, qui ne pense plus alors à ses douleurs, mais peut marcher sur un rebord de mur à vingt pieds du sol (environ 6.50 mètres), quitte à s'écraser et repartir comme si de rien n'était. F. Lenormand met son personnage dans des situations périlleuses, dans des lieux dans lesquels on ne pourrait pas forcément l'imaginer, lui qu'on pense plutôt être un adepte des salons où l'on cause philosophie, ce qu'il fait d'ailleurs causer philosophie, même lorsqu'il escalade ou franchit un obstacle ! Une fois accoutumé à la narration particulière de l'auteur, on prend un grand plaisir à lire les aventures de Voltaire, on croise Crébillon père et fils, Émilie de Breteuil, marquise du Châtelet, maîtresse de Voltaire et aide précieuse, des mathématiciens célèbres, car en plus d'être la maîtresse de Voltaire, Émilie était aussi une femme instruite (à l'époque c'était assez rare), scientifique reconnue. L'écriture est disais-je particulière, qui peut emprunter des tournures anciennes pour mieux coller à l'époque décrite, qui procède aussi parfois par ellipses ; elle est à la fois précieuse, drôle, enlevée, légère et érudite, pleines de des bons mots de Voltaire, de ses réparties cinglantes. 

En résumé, un très bon roman policier, original quant à la participation active du personnage principal, un peu moins sur l'intrigue, mais peu importe, le plaisir est bien là, présent de bout en bout, et je compte bien passer plusieurs jours encore cet été en compagnie de Voltaire puisque les tomes 3 et 4 m'attendent. Il y a pire compagnie...

 

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