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polar-noir

L'infiltré de La Havane

Publié le par Yv

L'infiltré de La Havane, Nikos Maurice, La Différence, 2016.....

Avril 1958, Alfredo Jimenez, révolutionnaire cubain, vient chercher Mortimer Thompson à La Nouvelle Orléans pour lui proposer un job dans ses compétences de détective privé : assurer la sécurité de son fils Jorge, nouveau chef d'un groupe révolutionnaire suite à la disparition du précédent responsable. Alfredo craint que Jorge ne subisse le même sort. Thompson accepte. Il n'a pas été choisi pour rien, il a fait de la prison pour n'avoir pas dénoncé un camarade journaliste, réfugié cubain et communiste et au temps du maccarthysme, ça ne pardonne pas. Thompson se retrouve dès lors infiltré au sein du Comité Pour la République Cubaine (CPRC) ; personne à part Alfredo ne sait qu'il est détective privé engagé pour débusquer le -ou les- traître au mouvement et à la révolution. Dix mois plus tard, le premier jour de l'année 1959, c'est la chute du dictateur Batista.

Excellent. Voilà mon avis, court, précis, il pourrait se résumer à ce seul mot, mais comme je me dois d'avoir sur le blog une certaine tenue, je vais développer.

Excellent parce que l'on est au cœur d'un pays en plein bouleversement : on sent tous les espoirs, les envies que la dictature chute, que les richesses soient partagées, que le peuple cubain puisse enfin décider par et pour lui-même. Jamais Nikos Maurice ne fait d'allusions à la situation actuelle, à ce que deviendra le pays sous la coupe de Fidel Castro, et c'est très bien, on est comme cela totalement plongé avec les Cubains, dans leur quotidien de 1958. Castro et Che Guevara ne sont d'ailleurs que deux figures importantes dont on ne parle que peu puisqu'ils ne sont pas encore aux portes de La Havane. Ils existent dans le livre et dans les discours des révolutionnaires mais encore assez lointains.

Excellent parce que fort bien documenté et fort instructif. J'aime lorsqu'un polar me transporte dans une époque, un pays ou une région que je ne connais pas bien et qu'il m'apporte plein de contenu pour briller en société (ou plus simplement pour ma culture personnelle). En plus, Nikos Maurice à l'élégance d'écrire cela très joliment. Son style est très fluide, agréable à lire, ne se privant pas de touches humoristiques (même si une fois, je me suis esclaffé, lorsqu'après une grosse crainte, Thompson commande une tournée de mojitos pour ses interlocuteurs et "un défibrillateur" pour lui (p.288) : un défibrillateur ? en 1958 ? alors qu'il vient tout juste d'être inventé et pas encore en accès libre ?). Bon, je taquine, parce que franchement ce n'est pas grave au regard de la qualité de ce roman. Plus j'avançais dans ma lecture et plus j'allais vite et ne pouvais décrocher. Un très bon signe. 430 pages qui passent avec bonheur.

Excellent enfin, parce que Nikos Maurice a su créer une belle galerie de personnages et une intrigue sérieuse, suffisamment alambiquée, impliquant la CIA, le FBI, la Mafia, mais aussi très simple à comprendre pour tenir en haleine les lecteurs. L'intrigue ? Démasquer le traître et l'organisation pour laquelle il travaille, sachant que les États-Unis s'accordaient très bien avec la dictature Batista puisque qu'ils possédaient quasiment la moitié du pays, d'où la présence forte de la CIA et du FBI. Les personnages sont tous bien décrits, entre les révolutionnaires purs et durs, ceux qui n'y croient pas vraiment, mais qui participent, les Cubains qui subissent, ceux qui ne croient pas au grand soir, mais qui aident néanmoins. Et puis La Havane qui danse, chante et boit du rhum. Thompson se lie bientôt avec certains du CPRC, flirtant même -voire plus- avec Célia, une jeune femme volontaire et énigmatique. Il passera dix mois dans ce pays à vivre parmi les Cubains, s'y fera des amitiés sincères et fortes.

Un cinquième titre pour la collection noire des éditions de La Différence. Une nouvelle très belle réussite, qui commence, comme pour les autres par une couverture elle aussi excellente et tout à fait en lien avec le contenu du livre.

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Jeux Tue Ils

Publié le par Yv

Jeux Tue Ils, Muriel Houri, Flamant noir, 2016.....

Alice vit en région parisienne. Mariée à Julien et mère de deux enfants. Elle n'a plus goût à la vie depuis que sa fille Sally est morte écrasée par une voiture, elle avait à peine deux ans. Alice vivote donc dans son pavillon entre et pour Julien et Jack leur fils de trois ans. Un soir, lors d'une fête dans sa maison, elle s'isole et s'endort sur le canapé. A son réveil, un mot dans sa main lui faisant croire que son mari a une maîtresse prénommée Myriam. Puis d'autres messages suivent, des textos sur son portable, celui qui va déclencher sa peur : "Myriam est morte...", et bientôt d'autres très menaçants pour elle et son fils. Alice n'a pas d'autre choix que de suivre les règles du jeu que son interlocuteur lui impose.

Je suis loin, très loin d'être un spécialiste du thriller, genre qui joue sur nos peurs et nos angoisses. Je serais bien incapable de dire si tel ou tel est écrit avec des grosses ficelles -encore que certaines sont quand même très vite identifiables-, mais il me semble que celui de Muriel Houri est finement bâti et habilement mené. Enfin, moi, il m'a plu de bout en bout. Le lecteur est beaucoup dans la tête d'Alice, un peu dans celle de Julien et parfois dans celle d'autres intervenants, amis du couple ou famille que l'on sent manipulateurs, pas "francs du collier" comme disait mon papa. Tous les personnages sont troubles, bizarres, étranges. On sent que chacun d'eux à un truc à cacher, même Alice qui semble la plus fragile, qui est la plus présente du roman, puisque c'est elle qui est choisie pour cible du jeu mené par... Par qui d'ailleurs ? J'avoue avoir été bien incapable de penser à un des protagonistes en particulier.

Julien et Alice sont enfermés dans leur mutisme, il aurait suffit d'un rien, d'un mot pour que toute cette histoire montée en thriller se déballonne très vite et ne soit qu'une explication peut-être un peu vive entre deux conjoints. Mais bon, je concède que vu comme cela, le roman aurait fait trente pages assez plates et qu'il n'aurait pas eu l'effet escompté par l'auteure, celui de tordre un peu les boyaux du lecteur sensible que je suis.

On ne lit pas un thriller pour le style littéraire adopté par son auteur -même si en la matière, Muriel Houri n'a pas à rougir, son écriture est directe, simple et fluide- mais pour son efficacité, et croyez-moi sur parole celui-ci en regorge : à peine 400 pages avalées en un rien de temps, car tout juste posé sur un coin de table ce roman reprendra place entre vos mains fébriles jusqu'à son dénouement.

Dernier né de la famille Flamant noir -pour le moment, il y en aura encore plein d'autres- et deuxième livre de l'auteure édité par la maison, je le trouve nettement meilleur que Menace que j'avais pourtant beaucoup apprécié. Plus angoissant. Un excellent cru.

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Promesse

Publié le par Yv

Promesse, Jussi Adler-Olsen, Albin Michel, 2016 (traduit par Caroline Berg).....

1997, île de Bornholm, une jeune fille, Alberte est retrouvée morte, dans un arbre, projetée par un véhicule. 2014, Le policier qui l'avait trouvée, Christian Habersaat, planche sur cette affaire depuis dix-sept ans. A l'âge du départ en retraite, il téléphone à Carl Morck, du Département V, ce service qui enquête sur les vieilles affaires non résolues, et lui demande de reprendre le flambeau. Carl Morck, dans un mauvais jour, le reçoit mal. Quelques heures plus tard, Christian Habersaat se suicide au milieu de son pot de départ. Contraint et forcé par Rose encouragée par Assad, ses deux assistants, Carl se rend sur l'île de Bornholm bien décidé à expédier vite fait ce qu'il croit être un banal accident de la route et un suicide d'un flic au bout du rouleau.

Revoilà pour une sixième enquête, le trio du Département V, enrichi d'un quatrième larron, Gordon, qu'on avait déjà rencontré sur le tome précédent (L'effet papillon) et qu'on ne verra qu'en deuxième partie de roman, la première se déroulant en grande partie sur l'île de Bornholm. Fidèles à eux, ils sont cossards, flegmatiques, rusés, colériques, étranges, mystérieux, déprimés, de mauvaise foi, ... chacun empruntant tour à tour l'un de ces adjectifs et parfois même plusieurs en même temps. J'aime beaucoup cette série, je trouvais que depuis les deux derniers tomes, elle dérivait vers du divertissement et que ça pouvait être aussi une bonne chose, mais là, Jussi Adler-Olsen revient à des choses plus sérieuses. Son roman est assez complet sur les adorateurs du soleil, les sectes, gourous et thérapeutes de tout genre qui pullulent depuis quelques années (Jussi Adler-Olsen a l'intelligence de ne pas se positionner sur telle ou telle pratique, ou technique de soin laissant chacun se faire son opinion). C'est sans doute un signe que la société va mal et qu'individuellement, les gens ont besoin de se ressourcer, de revenir à des fondamentaux. Beaucoup sont perdus et un mec qui passe par là en leur promettant monts et merveilles peut les emmener dans son sillage. Atu Abanshamash Dumuzi est l'un de ceux qui ont l'aura suffisante pour créer un groupe voire une religion, la religion celle qui prétend être la mère de toutes les autres. En parallèle de l'enquête du Département V, on suit Atu et Pirjo, son bras droit qui est amoureuse de lui et prête à tout pour lui et pour le garder, même si lui voit en elle sa vestale. Classique dans sa construction, ce roman nous emmène là où son auteur le veut sans que le plaisir n'en soit émoussé. C'est très habile et finement joué.

L'isolement de quelques jours sur l'île de Bonholm est propice aux questionnements et Carl, la cinquantaine entamée, largué par Mona, seul avec son ancien collègue handicapé à charge (victimes tous les deux d'une fusillade avant le premier volume de la série, seul Carl s'en est sorti physiquement, leur troisième collègue est mort ; l'enquête est toujours quasiment au point mort, mais elle avancera encore un peu cette fois-ci).

Un vrai polar nordique, lent où chaque enquêteur est chargé d'un véritable travail de fourmi, en cela le déménagement de toutes les paperasses accumulées par Christian Habersaat au Département V en est presque le paroxysme : j'ai rarement vu autant de papiers et de démarches à faire, et c'est Gordon qui s'y colle ! En prime et en fin de roman, Carl Morck passe par Ystad, en Suède, un clin d'œil au flic référence des polars du nord, Kurt Wallander ; clin d'œil d'autant plus évident que cette sixième enquête se rapproche nettement de celles du flic d'Henning Mankell, plus dense, plus fouillée que les dernières de Carl et ses acolytes.

Une série que ne me déçoit pas, au contraire... la preuve, je n'ai pas vu défiler les 640 pages.

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Paix à leurs armes

Publié le par Yv

Paix à leurs armes, Oliver Bottini, Piranha, 2016 (traduit par Didier Debord)...

Un cadre d'une entreprise d'armement allemande est enlevé à Constantine en Algérie, en 2012, alors qu'il était sous surveillance appuyée. La piste des terroristes est bien sûr tout de suite envisagée et privilégiée, mais Ralf Eley, le responsable de la sécurité de l'ambassade allemande flaire une embrouille. Il y a des indices qui ne le trompent pas et malgré les ordres, il décide de mener sa propre enquête, dans un pays violent notamment envers les Européens. En outre, Ralf entretient une relation avec une femme algérienne. Ils se cachent, se voient peu et toujours au secret. Une période compliquée pour Ralf.

J'ai déjà rencontré Oliver Bottini, qui, comme son nom ne l'indique pas, est un écrivain allemand, dans ses deux romans précédents : Meurtre sous le signe du zen et L'été des meurtriers. Changement d'éditeur français cette fois-ci et changement de décor, Louise, sa flicque alcoolique, torturée et peut-être sauvée par la méditation laisse la place à Ralf Eley, qui doit marcher sur des œufs pour ne froisser personne, et surtout pas les décideurs algériens et les vendeurs d'armes allemands. Le plus gros problème de ce roman c'est qu'il a tellement d'entrées et de personnages qu'il en est confus surtout au début. Certaines explications arrivent au fur et à mesure, mais mon esprit ne fait pas toujours le lien entre toutes les situations, les protagonistes. C'était déjà un peu le cas avec les romans précédents de l'auteur. Et puis, il faut bien dire que le monde des fabricants d'armes est opaque pour ne pas dire plus et s'y retrouver dans ses arcanes relève du défi.

Néanmoins, le contexte décrit par Oliver Bottini est fort, surtout pour les lecteurs français qui pourront voir certaines explications comme superfétatoires, qui ne le sont évidemment pas pour les lecteurs d'autres pays qui ne connaissent pas forcément les liens entre l'Algérie et la France. Toute l'intrigue naît au temps de la guerre d'indépendance, puis continue dans la décennie noire du pays (les années 1990 et le combat contre les extrémistes). 2012, le pouvoir algérien est encore fragile, et d'autres groupes d'extrémistes ont fait leur apparition, Aqmi, Al-Qaïda,... Les Européens sont ultra-protégés, mais font encore du commerce notamment d'armes ; les entreprises d'armement ne faisant pas dans l'humain se moquent des conséquences : "Les hommes n'ont aucune importance. Les trusts d'armement et les gouvernements ne travaillent pas en fonction des valeurs et des idéaux des hommes, mais en fonction des impératifs économiques. Les processus sont automatisés. Tu veux investir dans mon pays ? Bien, je veux tes blindés ! Tu veux notre pétrole ? Notre gaz ? Notre énergie solaire ? Bien, je veux tes fusils d'assaut !" (p.156) Je ne découvre rien, je ne suis pas naïf à ce point, mais ce monde fort bien décrit par O. Bottini fait peur et nous entraîne vers la violence et la haine avec un cynisme affiché et insupportable.

Assez peu d'espoir dans ce roman, le ton est froid, les hommes à peine plus chauds ; le thème n'inspire pas la gaudriole et le style et le rythme exacerbent sans doute ce sentiments de noirceur. A conseiller à ceux que le genre ne rebute pas et qui prendront du temps pour ne pas se perdre en route. Ceux-là trouveront sans doute un livre excellent. Moi, je m'y suis un peu perdu, ce qui ôte une partie de sa saveur.

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Coups de cœur 2015

Publié le par Yv

Je ne pouvais pas vous laisser comme ça sans nouvelle pendant cette fin d'année, alors comme l'an dernier, je vais lister mes coups de cœur, ceux que j'ai classés comme tels au moment de la rédaction de la recension les concernant, et comme l'an dernier, je prends la même illustration. Cette année, je fais court, j'ai lu beaucoup de livres, certains m'ont beaucoup plu mais je ne les ai pas classés en coup de cœur, j'aurais peut-être pu, mais tant pis, c'est fait. Que personne ne m'en veuille, ce classement est purement subjectif et assez restreint, la crème de la crème de ce que j'ai lu en 2015. Par ordre d'apparition sur le blog :

- Manuel de dramaturgie à l'usage des assassins, de Jérôme Fansten (Anne Carrière). Totalement barré et maîtrisé, un polar fou absolument génial.

- Les Amazoniques, de Boris Dokmak (Ring). Une quête lente et belle, une remontée de fleuve poisseuse.

- La bonne, la brute et la truande, de Samuel Sutra (Flamant noir). Parce qu'un bon polar, bien tourné, avec des tronches, c'est quand même vachement bien.

- Corps désirable, de Hubert Haddad (Zulma). Lorsque la science est poussée à l'extrême, quelles sont les questions réelles et physiques à se poser ?

- Les échoués, de Pascal Manoukian (Don Quichotte). Formidable, Magnifique, je n'ai pas assez de mots pour qualifier ce livre à lire et faire lire partout autour de vous.

- Quand le diable sortit de la salle de bain, de Sophie Divry (Noir sur blanc). Pour l'originalité du ton et de la forme.

- Libertalia, de Mikaël Hirsch (Intervalles). Parce que Mikaël Hirsch est quasiment tout le temps dans ma liste de coups de cœur.

- Le vol du Jocond, de Jean-Pierre Bernhardt (Cohen&Cohen). L'aventure dans le monde de l'art. Jouissif.

- J'étais la terreur, de Benjamin Berton (Christophe Lucquin). Un point de vue osé, un parti pris qui peut diviser et qui me plaît beaucoup.

- Lettres contre la guerre, de Tiziano Terzani (Intervalles). Parce qu'on a besoin de gens comme Tiziano Terzani qui pensent d'abord à l'humain et à la paix. Un sage.

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L'intégrale illustrée

Publié le par Yv

L'intégrale illustrée, Edgar Allan Poe, Éd. Archipoche, Collection La bibliothèque des classiques, 2015.....

Ouvrage qui regroupe les romans : Aventures d'Arthur Gordon Pym, Le journal de Julius Rodman, les contes et nouvelles : Histoires extraordinaires, Contes inédits, Histoires grotesques et sérieuses, le théâtre : Politien, l'essai : Eurêka et la poésie d'Edgar Allan Poe. 780 pages d'un gros et beau volume, traduit par Charles Baudelaire, Emile Hennequin, William Little Hughes, Félis Rabbe, Stéphane Mallarmé, Gabriel Mourey. Illustré par Harry Clarke, Arthur McDormick et Gustave Doré

Autant vous le dire tout de suite, je vous parle ici d'un livre que je n'ai pas encore fini. Mais je sais qu'il est bien puisque Edgar Allan Poe, c'est bien, c'est même encore mieux que bien. Qui ne connaît pas au moins de lui les Histoires extraordinaires : La lettre volée, Le scarabée d'or, m>Double assassinat dans la rue Morgue ? Je les ai lues, adolescent, en même temps que je m'empiffrais de séries Les six compagnons, ou des romans de Jules Verne, et que je commençais tout juste à lire les romans de Victor Hugo, Les Misérables mon premier Hugo. Mais autant, j'ai arrêté la série française avec six copains, autant j'ai continué à lire et relire Jules Verne, Victor Hugo et Edgar Allan Poe.

On ne présente plus Edgar Allan Poe, écrivain américain du 19° siècle (1809/1849), célèbre pour ses contes et ses Histoires extraordinaires, les plus marquantes pour moi furent Double assassinat dans la rue Morgue et Le scarabée d'or . On dit souvent de lui qu'il est le précurseur du roman policier, de la science fiction ou de l'anticipation. Je ne sais pas si c'est la réalité, mais il est sans doute celui que j'ai lu en premier dans quasiment tous ces genres, et celui qui m'a donné envie de continuer à lire de l'aventure. D'ailleurs les meilleurs ne s'y sont pas trompés puisque Charles Baudelaire le traduisit ainsi que Stéphane Mallarmé pour la poésie.

C'est un livre que je ne vais pas dévorer en entier, je vais piquer dedans, une histoire entre deux autres lectures, je ne vous cacherai pas qu'à peine reçu, je l'ai déjà commencé -et c'est toujours aussi excellent- et qu'il traîne dans un endroit où je peux le reprendre rapidement, à la maison, car ses dimensions m'empêchent de l'emporter en dehors. C'est un ouvrage fait pour rester dans une bibliothèque : belle couverture, tranche supérieure dorée, feuilles fines et écriture dense. Enfin, quand je dis "rester", non, pas exactement, il doit en être sorti pour le montrer, le lire et le faire lire. Vade retro les bouquins qu'on expose sans jamais les ouvrir !

Une belle idée cadeau pour les amateurs de lectures ou l'énigme, le mystère et l'intrigue ont la part belle. En plus, il ne coûte que 32€

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Comment va la douleur ?

Publié le par Yv

Comment va la douleur ?, Pascal Garnier, Zulma,2006 (réédition 2015).....

Simon, tueur à gages vieillissant et malade se retrouve un peu par hasard à Vals-les-Bains. Il y rencontre Bernard, un jeune homme qui vient y voir Anaïs sa mère qui végète dans sa boutique qui, malgré diverses destinations n'a jamais marché. Elle est désormais le lieu de vie d'Anaïs qui survit grâce à la présence du rhum Négrita. Simon engage Bernard pour deux jours en tant que chauffeur, un ultime contrat à honorer au Cap d'Agde. Entre eux se nouent des liens improbables et commence le voyage dans le sud de la France, très différent de ce qu'imaginait Simon pour son dernier déplacement.

Quelle belle idée de rééditer les romans de Pascal Garnier, spécialiste du roman noir français, décédé en 2010. J'en ai lu pas mal, pas tous chroniqués ici, car lus avant la création du blog. Néanmoins, vous pouvez relire -avec indulgence, je démarrais- mes billets : Les haut du bas, Lune captive dans un œil mort, Le grand loin. A chaque fois que je lis un roman de Pascal Garnier ou que j'en relis un, comme Comment va la douleur ? que je relis ici, je me dis : "Ah, c'est celui-ci que je préfère". Donc pour cet article, c'est Comment va la douleur ? que je préfère jusqu'à ce que je relise un roman de l'auteur.

Pascal Garnier aime se faire rencontrer des personnages a priori totalement opposés. Qui aurait pu croire que Simon, vieux tueur à gages fatigué, malade, usé et blasé rencontrerait un jeune homme gai et positif et qu'ils s'entendraient ? Et la rencontre avec Fiona la jeune maman célibataire et son bébé Violette ? Et celle de Rose, la femme qui rêve de rencontrer l'homme de sa vie à l'âge de la retraite ? A partir de personnages banals (bon, je vous l'accorde, le tueur à gages ce n'est pas courant), l'écrivain bâtit une histoire noire réjouissante avec un grain de sable qui dévie les plans des uns et des autres. Anaïs, la mère de Bernard apporte la touche d'humour, de légèreté ; sa description ainsi que celles de ses multiples activités et de ses multiples déconfitures dans son pas-de-porte vaut le détour. Elle a également des réparties savoureuses :

"-J'aime bien être fatiguée, ça me repose...

- Et toi, qu'est-ce que tu vas faire ?

- Comme d'habitude, une bonne sieste avant d'aller me coucher." (p.31/32)

Le ton est caustique, l'écriture oscille entre belles phrases bien travaillées pour les descriptions et dialogues au vocabulaire courant voire familier, un régal. Pascal Garnier parle de la vie, de la mort, de l'amour, de la difficulté à trouver sa place dans la société. Son roman est avant tout humain comme les autres, basé sur les rencontres, les interactions entre des gens pas censés se parler. Certains y trouvent leur compte dès le départ, comme Bernard, pour d'autres c'est un peu plus long, mais chacun malgré tout pourra retirer du positif d'avoir pris du temps pour connaître celui ou celle qui lui est opposé. Comme quoi, j'ai l'air d'insister au fil de mes articles, mais tout est toujours dans la rencontre, dans la connaissance d'autrui aussi différent de nous soit-il et je dirais même plus, le plus différent de nous il est, le plus on s'enrichit.

Je ne sais pas si Zulma va republier l'ensemble des romans de Pascal Garnier, mais ce serait une excellente idée, relire Comment va la douleur ? m'a fait un bien fou. Je relirais bien les tout premiers que j'avais bien aimés, L'A26 entre autres m'avait laissé un très bon souvenir.

PS : il a été tiré de ce roman un téléfilm avec Bernard Le Coq en Simon. Je l'avais vu et trouvé pas mal du tout.

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Les filles oubliées

Publié le par Yv

Les filles oubliées, Sara Blaedel, Éd. Terra Nova, 2015 (traduit par Martine Desoille)...

Le corps d'une femme défigurée est retrouvé dans une forêt du Danemark, près du lac d'Avnso. Louise Rick vient de prendre la direction du Département des Personnes Disparues. Elle hérite de cette enquête puisque le corps retrouvé n'est pas identifié. Aidée par Eik, un flic porté sur la bouteille, elle réussit à retrouver une vieille dame qui reconnaît la victime mais qui soutient qu'elle est morte, enfant, trente ans auparavant. Elle se prénommait Lisemette et était pensionnaire d'un hôpital psychiatrique. Elle avait également une sœur jumelle.

Pas mal de similitudes avec le Département V de Jussi Adler-Olsen, un service dédié aux vieilles affaires non closes, des flics peu motivés pris par leurs vies personnelles, il me semble même me souvenir d'un épisode de cette série traitant d'un sujet proche : des jeunes filles abandonnées dans des centres glauques ; ou alors c'était un autre écrivain danois, je ne sais plus, mais j'ai déjà lu un polar là-dessus. Malgré tout, je dois dire que j'ai bien aimé cette lecture, assez tranquille au départ, il faut attendre les toutes dernières pages pour bien sentir toute l'horreur de l'histoire. Ce n'est donc pas un thriller qui prend aux tripes dès le début et sans vous lâcher vous dégoûte un peu par les descriptions des victimes ou des actes violents, le sang qui coule ou les interventions paranoïaques ou psycho-sociopathes du tueur en série. Non, le rythme est plutôt calme, les investigations sont menées à tous petits pas. Il faut dire que Louise enquête dans la petite ville de son enfance et qu'elle n'y a pas que de bons souvenirs, un certain Ole Thomsen y a fait régner une loi personnelle et brutale lorsqu'ils étaient au collège et l'ombre de ses exactions rode encore. Louise y a aussi vécu un deuil, celui d'un petit ami dont elle a eu du mal à se remettre, une des raisons pour lesquelles elle a quitté la ville. Elle vit avec son fils adoptif, Jonas, adolescent et apprécie l'amitié avec un vieux voisin qui les chouchoute, Melvin. A quarante ans, sa vie sentimentale est dans un creux, alors que sa meilleure amie, Camilla file le parfait amour avec un riche héritier qu'elle va épouser. Voilà, tout n'est donc pas pour le mieux, surtout que cette enquête fait remonter des souvenirs qu'elle voulait enfouir une bonne fois pour toutes.

Tous ces ingrédients mélangés font passer un très bon moment. Franchement, je pourrais largement me laisser tenter par la suite, puisque Louise est une héroïne récurrente et que ce roman n'est pas le premier ni le dernier de la série ; peut-être aurait-il été plus judicieux de commencer par le numéro 1 d'ailleurs ?

Présentation minimaliste, sobre, aérée, ce roman de 317 pages n'est jamais long ou ennuyeux. En poche, avec des caractères plus petits et une mise en page plus resserrée, allez, je vous le fais à 250 pages, très abordable quoi, la bonne longueur.

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Quartier rouge

Publié le par Yv

Quartier rouge, Simone Buchholz, Éd. Piranha, 2015 (traduit parJoël Falcoz).....

Hambourg, début des années 2000, une jeune femme est retrouvée morte, droguée, étranglée et scalpée, une perruque synthétique de couleur sur la tête. Chastity Riley, procureure germano-étasunienne est chargée de l'affaire. Avec l'aide de Faller, vieux flic fatigué mais toujours obstiné dans la recherche des coupables et toute son équipe de flics expérimentés, elle dirige son enquête au cœur du Quartier rouge de la ville, celui des prostituées, des dealers, des bars louches, des clubs de strip-tease. Lorsqu'une deuxième victime est trouvée, même modus operandi de la part du tueur, la tension augmente. Chastity et Faller doivent mettre les bouchées doubles.

Excellente surprise que ce polar allemand, pour pas mal de raisons : la visite de Hambourg et de ses quartiers atypiques, la vie nocturne dans ces quartiers, la procureure Chastity Riley et sa vie amoureuse compliquée, l'équipe de flics très minutieuse et professionnelle mais aussi le format de l'ouvrage, 200 pages qui ne laissent aucun répit et ne souffrent d'aucun temps mort, d'aucune longueur.

Chastity, c'est une procureure punk, jamais à son bureau, toujours sur le terrain, dans un bar -elle boit beaucoup avec son amie Carla-, au stade de foot à encourager le FC Sankt Pauli, le club du quartier du même nom, au commissariat avec son équipe de flics, chez elle à se poser la question de savoir s'il est bon de coucher et tomber amoureuse -ou vice-versa- de son voisin, Klatsche, cambrioleur repenti désormais serrurier hors pair et particulièrement bien infiltré dans les milieux interlopes de Hambourg mais de quinze ans plus jeune qu'elle qui flirte avec la quarantaine. Elle applique ses méthodes particulières entre la minutie du travail des flics et son instinct, son intuition, sa capacité à se mettre dans la tête des malfrats, à ressentir au plus profond d'elle-même des sensations terribles lorsqu'elle croise un être qui dégage de la violence, de la haine ou un très fort mal-être ; un peu comme un chamane elle ressent tout cela en elle, mais contrairement au-dit chamane, elle ne sait pas quoi en faire et ces expériences la laissent désemparée.

Elle arpente les rues de Hambourg, est tombée sous le charme de cette ville qui n'est pourtant pas dans le classement des villes les plus belles, et particulièrement du port : "Chaque fois que je le vois [le port de Hambourg] apparaître brusquement au milieu de l'obscurité, ça me coupe le souffle. La nuit, le port est un trésor, mon trésor. Un coffre gigantesque rempli de joyaux étincelants, que j'ai trouvé il y a dix ans quand je suis arrivée à Hambourg. Découvrir un tel trésor a été une grande surprise car, à l'époque, je ne suis venue ici que pour le boulot." (p.48) Mais le quartier Sankt Pauli n'est pas en reste, omniprésent dans le roman, le contexte géographique. Je ne connais pas la ville, mais après cette lecture, franchement, j'irais bien y faire un tour.

Une très belle réussite donc que ce polar bourré d'humour malgré l'horreur des situations ; je me permets d'ailleurs de rassurer les âmes sensibles, point d'hémoglobine ou de descriptions sanguinolentes dans le livre, tout est dit mais pas décrit, et très supportable. Simone Bucholz use d'une plume vive, percutante, accrocheuse qui ferre le lecteur et ne le lâche qu'à la toute fin de son histoire. Une mention particulière pour le pénultième chapitre (p.174/179) qui permet d'avoir une jolie surprise encore, juste avant la fin, plus dans la forme que dans le fond, certes, mais j'ai apprécié.

Très bonne pioche des éditions Piranha avec une couverture particulièrement réussie.

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