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polar-noir

Le fleuve des brumes

Publié le par Yv

Le fleuve des brumes, Valerio Varesi, Points, 2017 (première édition, Agullo, 2016, traduit par Sarah Amrani)...

La pluie tombe sans arrêt depuis plusieurs jours et les eaux du Pô montent de manière alarmante. Pendant que les policiers tentent d'évacuer les habitants en danger d'inondation, la Tonna, une péniche du nom de son propriétaire part. Bientôt, elle dérive, personne à bord, et Tonna a disparu. Puis, la même nuit, le frère du batelier meurt défenestré. Le commissaire Soneri relie les deux affaires et en enquête sur le passé des deux victimes.

Autre titre sélectionné dans le cadre du Prix du meilleur polar des éditions Points. Initialement publié chez Agullo, une maison que j'aime beaucoup, ce polar m'a néanmoins laissé sur ma faim. Le rythme est lent, très lent, trop lent. On est plus dans du Simenon que dans du thriller haletant évidemment, le commissaire Soneri prend son temps, mais Simenon excelle dans l'art de portraiturer tous ses personnages, Valerio Varesi y parvient moins bien. Certes, l'ambiance est particulière : les pluies qui ne s'arrêtent pas et les paysages qui apparaissent comme dans un tableau de Turner, dans la brume. J'avoue aussi m'être un peu perdu dans la multitude des noms propres, entre ceux des protagonistes et ceux des pays et régions traversés. Et puis, le romancier répète pas mal les indices, les détails qui font avancer -lentement- son commissaire, c'est un peu agaçant.

Voilà, je n'ai pas réussi à entrer dans ce polar à l'atmosphère très particulière, je m'y suis même ennuyé quelque peu. La longueur des chapitres, sans pause possible m'a gêné, oppressé, j'aurais aimé pouvoir y respirer plus aisément. Aurais-je l'honnêteté de dire que j'ai même passé des pages pour arriver au dénouement plus rapidement tant je ne parvenais pas à m'intéresser aux détails ? Ah, oui, je viens de le faire.

Pas mon favori pour le Prix, vous l'aurez compris.

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Les enlisés

Publié le par Yv

Les enlisés, André Lay, French pulp, 2017 (Fleuve noir, 1973)...

Claude Combel est scénariste pour le cinéma. Son dernier film est une histoire d'amour qu'il présente avec le réalisateur lors d'un pince-fesse mondain. En rentrant sa femme, Maud un peu éméchée lui fait le reproche de s'être servi de leur histoire pour son scénario. Alors, à travers cette remarque, Claude comprend que Maud a un amant. Il va monter un plan diabolique pour que les deux cessent de se voir, mais sans montrer à Maud qu'il a deviné sa double vie.

Voilà un polar vite lu, qui, s'il ne restera pas dans les annales est bien agréable et idéal pour un voyage, de quoi le qualifier de roman de gare. Mais entendons-nous bien, c'est un compliment, car réussir à captiver suffisamment un lecteur-voyageur pendant tout son trajet est une entreprise pas aisée. André Lay (1924-1997) l'a écrit en 1973 comme pas mal d'autres, car en trente ans d'écriture, il a publié 140 ouvrages. Et après on se moque des écrivains actuels qui publient leur titre à chaque rentrée littéraire... pfff, petits joueurs ! 

Dire que l'on est dans le summum de la littérature serait mentir. Ecrire que c'est le must en matière de roman noir serait exagérer. C'est une très bonne série B, un truc à lire pour se détendre, à prêter à son voisin de voyage ou à n'importe qui d'autre qui saura apprécier, attention pas un bégueule qui fera la grimace sur le style, la rapidité et de l'intrigue et de son dénouement ni même sur la couverture d'un rouge éclatant (les couvertures French pulp sont selon moi, très réussies, on sait tout de suite à quel genre de romans on à affaire). 

N'attendez donc rien de ce court roman, vous n'en serez que plus agréablement surpris, il se glissera merveilleusement entre un des romans de la rentrée littéraire insipide et incolore -si si il y en a plein, je ne les ai pas lus, mais je devine, il doit bien y avoir un Angot, un Nothomb ou un Beigbeder (pure méchanceté de ma part puisque je n'ai jamais lu ces deux derniers) qui traîne- et un essai pompeux et/ou grandiloquent d'un philosophe ou d'un auto-proclamé-intellectuel. 

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Seules les femmes sont éternelles

Publié le par Yv

Seules les femmes sont éternelles, Frédéric Lenormand, La Martinière, 2017.....

L'inspecteur Raymond Février, en ce début de la guerre de 1914 n'a d'autre solution que de prendre l'identité d'une femme pour éviter la mobilisation. Il devient Loulou Chandeleur, détective privée au sein de l'agence Barnett que la délicieuse Cecily maintient tant bien que mal depuis que son père est parti au front. La première affaire que ramène Loulou est celle qu'il a été obligé de stopper quand il a quitté la police. La baronne Schlésinger est victime d'un maître chanteur qui menace de tuer son fils envoyé sur le front. Cecily et Loulou se lancent sur une piste semée de surprises et de pièges.

Après la série de Voltaire mène l'enquête, voici le premier opus d'une nouvelle série policière signée Frédéric Lenormand : Les enquêtes de Loulou Chandeleur. Partant de l'histoire vraie de Paul Grappe qui s'est travesti pour échapper au front (cf. le film Nos années folles d'André Téchiné), le romancier bâtit un personnage appelé à revenir. Tant mieux. Ce qui est bien dans ce roman policier, c'est évidemment que Ray-Loulou évolue et que, habillée en femme, il se retrouve confronté aux regards et pire si attirance, des hommes qu'il rencontre. Sa part féminine a tendance à prendre le dessus et même si ses instincts masculins reviennent parfois, cette part féminine l'aide à réfléchir -attendez les filles, ma phrase n'est pas finie, nous aussi les hommes on réfléchit, enfin certains- différemment. Et puis, on ne se refait pas, Ray-Loulou se retourne parfois sur des femmes qu'il croise et dont les robes ont tendance à se raccourcir en ce début de siècle, provoquant l'ire des hommes et des femmes qui le voient et le prennent pour une lesbienne. 

Frédéric Lenormand ne joue pas de la situation pour créer des situations grivoises ce qui eut été facile. Au contraire, il en profite pour relater le comportement masculin, qui n'a pas dû beaucoup changer si j'en juge par ces dernières semaines qui ont vu la parole se libérer et des hashtags se remplir de témoignages. Pour l'intrigue, elle est plus prétexte à faire découvrir les personnages, le contexte et le décor qu'à faire tenir en haleine les lecteurs, même si le tout se tient très bien jusqu'au bout. Dans sa galerie de personnages, principaux et secondaires, le romancier balaye un large spectre des différents comportements des Français pendant cette guerre.

J'ai beaucoup aimé ce premier titre pour tout ce que j'ai dit et aussi pour l'écriture de Frédéric Lenormand, qui sait se renouveler et qui, fort heureusement, n'use pas du même style que pour ses Voltaire. Il se fait plaisir et j'en redemande, j'en veux pour preuve ce chapitre -le 8- avec sa belle et longue métaphore filée culinaire voire légumière.

Ce n'est pas un roman aussi léger que la série avec Voltaire mais l'on sourit et l'on rit à certaines remarques, attitudes. Loulou est appelée à revenir et c'est avec un grand bonheur et une pointe d'impatience que je la retrouverai pour de nouvelles aventures.

PS : merci Le Merydien (voir les commentaires), je savais qu'il existait une BD sur le même sujet mais n'en avais pas retrouvé le titre ni l'auteur, c'est chose faite : Mauvais genre de Chloé Cruchaudet.

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L'affaire Léon Sadorski

Publié le par Yv

L'affaire Léon Sadorski, Romain Slocombe, Points, 2017 (Robert Laffont, 2016)....,

1942, l'inspecteur principal adjoint Léon Sadorski travaille au RG  dans Paris occupée par les Allemands. En pleine chasse aux juifs, Sadorski, flic zélé n'hésite pas à empocher des pots-de-vin pour éviter l'arrestation à ceux qui peuvent le payer. A ceux qui ne peuvent pas, il ajoute la mention "communiste" pour être sûr qu'ils passeront par les mains de la Gestapo. Mais un jour Sadorski est arrêté par les nazis et emmené à Berlin. Il y est maltraité, interrogé et revient cinq semaines plus tard obligé de collaborer de manière encore plus active. Malgré cela, Sadorski s'entête à retrouver les meurtriers d'une jeune femme, même si pour cela il doit déranger certaines personnes haut placées et bien vues par les occupants.

Premier volet de la série Sadorski et en lice pour le Prix du meilleur polar Points. Pas mal du tout, même si il faut s'enquiller les presque 500 pages et que parfois c'est un peu long. Néanmoins,  Romain Slocombe, que j'avais découvert avec l'excellentissime Monsieur le Commandant, dans lequel Sadorski faisait une apparition, mène son roman de main de maître et à un rythme qui ne peine jamais. Ses personnages, réels pour certains, sont fort bien dessinés, forts et très visuels. Les situations qu'il décrit sont fortes elles aussi, très détaillées, elles fourmillent de détails, de noms de célébrités ayant collaboré activement, de faits et d'anecdotes rappelés ici. De fait, ce polar est bien plus que cela, c'est un roman d'une époque particulièrement difficile, des gens de ces années-là qui n'hésitaient pas à dénoncer, à trahir ; la société française n'en sort pas grandie, mais il faut sans doute cesser de penser que tous les Français ont été des résistants. Je ne juge pas, ni le romancier, qu'aurions-nous fait dans les mêmes conditions ?

Sadorski est un sale type, mais un enquêteur doué et acharné, c'est aussi là tout le sel de ce roman : comment faire d'un mec ignoble le héros d'une série de roman policiers ? Je m'emporte et j'oublie en route ce que je dire : voulais dire, mais en fait, avant de citer les premières phrases et de vous inciter à lire ce livre -qui devient l'un de mes favoris du Prix-, je prends à mon compte l'extrait de la critique de Bernard Poirette (RTL) notée en 4ème de couverture : "C'est bien plus qu'une enquête policière pendant l'occupation. C'est un vrai roman historique, puissant, passionnant, ultra-documenté."

Donc, comme promis, le début du roman :

"Tous les matins, Mme Léon Sadorski, Yvette de son prénom, émerge des brumes du sommeil animée d'une envie immodérée de faire l'amour. La température de son corps s'élève d'un petit degré, son sexe s’humidifie rapidement, elle se blottit contre l'inspecteur principal adjoint Sadorski en poussant un léger soupir. Son époux, en règle générale, répond à ses avances, mais, ce matin du 1er avril 1942, des préoccupations d'ordre moins frivole se présentent à son esprit à peine le réveil-matin a-t-il sonné." (p.19)

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On ne meurt pas la bouche pleine

Publié le par Yv

On ne meurt pas la bouche pleine, Odile Bouhier, Thierry Marx, Sang neuf, 2017....

Deux cadavres à Tokyo, deux membres liés aux yakusas, à la très puissante famille Santoka.

Un mort en France, un riche homme d'affaires japonais et sa femme qui développe un cancer fulgurant, d'une rapidité encore jamais vue. A priori, rien ne relie ces affaires, sauf que le commandant Simmeo y trouve très vite des similitudes et des points de concordance. Pas vraiment en odeur de sainteté auprès de ses chefs, ce flic, qui a fait toute sa carrière au 36 quai des orfèvres, ne se sent pas de le quitter pour le nouveau siège de la police, se met à nouveau la direction à dos en enquêtant en solo sur ces meurtres.

Un peu brouillon par moment : des paragraphes pas vraiment nécessaires qui alourdissent le poids du livre sans rien lui apporter, des pistes évoquées qui ne vont pas jusqu'au bout, des portes ouvertes non refermées, enfin des maladresses un poil agaçantes qui émoussent un peu le plaisir de lecture ce qui est fort dommage, car malgré cela, ce roman se lit très vite et les plongées au Japon et dans les coulisses de la nouvelle cuisine ne sont pas étrangères à l'intérêt qu'il suscite. En plus, il faut dire que j'aime beaucoup Odile Bouhier que je connais notamment grâce à sa très bonne trilogie avec Victor Kolvair (ici, ici, et ici). Thierry Marx est lui, plutôt connu pour sa cuisine qualifiée de moléculaire. Les deux ont mis leurs savoirs et leurs talents au service de Simmeo et de sa recherche de la vérité, alliant intrigue policière proprement dite et cuisine, et le tout fonctionne. C'est parfois un peu technique, mais ça passe surtout si plutôt que de technicité on parle d'inventivité et de culture générale qui augmente grâce à ce polar culinaire. Maintenant, j'hésite, je goûterais bien la cuisine de Thierry Marx -mais il faut que vous m'invitiez cher Thierry, je n'ai pas les moyens, ou alors, que vous veniez à la maison nous préparer un repas (en plus, j'ai une nouvelle cuisine)-, mais évidemment, j'ai des craintes,  il y a quand même des morts dans son roman !  

L'autre aspect vraiment bien de ce roman, c'est le Japon et tout ce qu'on apprend sur sa culture, sur les yakusas et les samouraïs, notamment lorsque Simmeo visite le musée du samouraï, ça me rappelle l'exposition sur ce thème l'an dernier au Château de Nantes avec des armures, des sabres, des casques, ... je comprends aisément la fascination.

Pour résumer, malgré mes réserves, j'ai bien aimé ce polar, le dépaysement, l'originalité de l'intrigue et du contexte, Simmeo le flic français un rien blasé qui boit pas mal de Champagne Perrier-Jouët Belle époque, j'ai vu le prix ce n'est pas non plus dans mes moyens, mais si je le dis plusieurs fois, ça fait placement de produit, il y a moyen de faire un petit kekchose M. Perrier-Jouët, même pas forcément un Belle époque ? Perrier-Jouët, Perrier-Jouët, Perrier-Jouët, ...

Si avec tous ces appels du pied très discrets, je ne mange pas Marx ni ne boit Perrier-Jouët, je n'y comprends plus rien. Allez bon appétit mais avant un petit apéro champagne , non non, je ne redirai pas le nom de Perrier-Jouët ? Ah si, tant pis... ou tant mieux si mon appel est entendu...

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La Seine est pleine de revolvers

Publié le par Yv

La Seine est pleine de revolvers, Jean-Pierre Ferrière, French Pulp, 2017..,

Lorsque Marion et Fanny se retrouvent seize ans après le collège, elles reprennent leur amitié comme si elle n'avait jamais cessé. Leur crainte que leurs maris ne s'entendent pas est bien vite apaisée, car Vincent et Edouard deviennent eux-mêmes les meilleurs amis du monde. Et c'est donc à quatre qu'ils passent les ouiquendes et les vacances. S'ajoutent bientôt Bruno, le jeune frère de Fanny et son épouse Pauline. 

Lorsque Vincent espère un héritage conséquent, les choses se gâtent, Bruno et Pauline ne résisteront pas et bientôt Marion et Fanny envisagent de tuer leurs maris suffisamment coupables à leurs yeux, mais avoir l'idée est une chose, passer à l'acte nécessite quelque préparation.

Très inégal ce roman policier qui me laisse dubitatif. Pas emballé, mais néanmoins il reste fréquentable. Bon d'abord, oublions les coquilles qui émaillent le texte et qui évidemment ne le servent pas. Ensuite, sur les 370 pages, élaguons, coupons un bon tiers inutile sauf à ennuyer le lecteur par des redites, des détails dont il se moque éperdument et qui ne servent ni le rythme -au contraire- ni l'intrigue -au contraire itou, ils perturbent la lecture et alourdissent et le livre et la compréhension et peuvent faire perdre le fil. 

Si l'on oublie tout cela, eh bien ma fois, le roman se lit avec plaisir. Les personnages ne sont pas si stéréotypés que prévu et certain(e)s se révèlent même glaçant(e)s. Les femmes n'ont pas le beau rôle, les hommes point trop non plus occupés qu'ils sont à faire des projets, délaissant donc leurs épouses. L'argent, ah l'argent, c'est lui qui fera tout exploser, les rêves qu'il permettrait de réaliser réveillent les rancœurs, les jalousies, les frustrations. Tout n'est pas tout blanc ou tout noir, l'auteur ménage ses effets et insère ici ou là des rebondissements, des personnages ou des intrigues secondaires qui rajoutent une pointe de suspense. C'est bien vu, on sent le romancier habitué à construire des histoires rocambolesques, folles et tortueuses. Dommage que tout cela soit noyé dans un bouillon trop dilué. Plus court, le texte aurait gagné en punch et en vivacité et m'aurait semblé nettement meilleur, d'un autre acabit.

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Lagos lady

Publié le par Yv

Lagos lady, Leye Adenle, Points, 2017 (première édition, Métailié, 2016, traduit par David Fauquemberg)....,

Guy Collins, journaliste britannique pour une start-up, est envoyé par son patron à Lagos, Nigéria, pour enquêter sur les prochaines élections présidentielles et les risques élevés de fraude. Un soir, une jeune femme est tuée, les seins tranchés, Guy, sur les lieux est emmené par la police pour être entendu et suspecté. Il est tiré de ce mauvais pas par la sublime Amaka, ange-gardien des prostituées de Lagos qui compte sur lui pour faire un reportage sur ses protégées.

Nouveau titre dans la sélection du Prix du meilleur polar Points, et très bon choix. Si je relate quelques longueurs en fin de volume, qui ralentissent un peu le rythme, c'est vraiment pour dire du mal, c'est mon côté râleur, parce que ces courts passages sont vite oubliés tant ce polar est bon. Rythme et ambiances tendus, c'est vraiment un roman noir, très noir. En plus de nous embarquer sur une enquête passionnante, Leye Adenle parle de son pays, de la corruption, de la pauvreté, des riches -parfois pas Nigérians- qui contrôlent le pays et font en sorte d'en profiter. Le constat est violent, amer et cruel, toutes ces filles jeunes voire très jeunes, contraintes à la prostitution et ces hommes violents et impitoyables avec elles : "Certaines épongeaient les dettes de leur famille. Pas une ne dépensait cet argent pour des choses aussi frivoles que des vêtements de marque ou des vacances. Toutes vendaient leur corps pour une bonne raison, aussi dérangeant que cela puisse paraître." (p.267/268). Je ne sais pas si l'association d'Amaka existe réellement, qui tente de sortir ces jeunes femmes de la rue, mais elle est plus que nécessaire, vitale. Leye Adenle n'est pas tendre avec les élites de son pays qui trempent dans toutes les combines possibles pourvu qu'elles rapportent : drogue, prostitution, meurtres rituels, ...

La femme nigérianne est totalement bafouée. Lorsqu'elle est mariée, elle est allègrement trompée. Lorsqu'elle ne l'est pas, elle sert de jouet sexuel aux hommes. C'est tout cela que nous fait découvrir le romancier nigérian, en plus des conditions de vie difficiles de beaucoup de ses compatriotes, opposées à ceux qui croulent sous les dollars, la violence quotidienne qui vient parfois de ceux censés protéger, les policiers, ... Vivre au Nigéria ne doit pas être reposant. Ce polar, par son rythme, les images qu'il fait naître, les personnages forts et ambigus le montre bien. Car en plus d'être un polar disons social ou sociétal, il repose sur une intrigue alambiquée, qui ne se dévoile vraiment qu'à la fin, chaque intervenant laissant planer un doute quant à son implication réelle dans tel ou tel camp. De fait, on ne sait jamais -sauf pour Guy Collins- si untel est un malfrat, voire un tortionnaire, ou un type bien qui cherche à protéger les prostituées et à aider Amaka -elle-même nous fait douter parfois...

Un exercice totalement maîtrisé par Leye Adenle -même si parfois, les noms et surnoms m'embrouillent un peu-, un premier roman bluffant, terriblement excitant tant on se refuse à le poser avant de l'avoir fini.

Pour le moment, c'est avec Snjor, pour moi, le meilleur de la sélection.

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La reine noire

Publié le par Yv

La reine noire, Pascal Martin, Jigal polar, 2017.....

Lorsque Wotjeck, vêtu de noir des pieds à la tête, obligé de porter une paire de lunettes noires pour protéger ses fragiles yeux, roulant très vite dans une BMW noire, revient à Chanterelle le village de son enfance qu'il a quitté  il y a très longtemps, plus rien n'est comme avant. La reine noire, la grande cheminée de la raffinerie de sucre est toujours debout mais ne sert plus à rien, Spätz, l’actuel maire du village a fermé l'usine autrefois. L'accoutrement de Wotjeck et son argent font jaser, mais ce qu'ignorent les habitants c'est que Wotjeck est un tueur à gage, l'un des tous meilleurs. 

Michel Durand, le fils de l'ex-directeur de l'usine, revient lui aussi à Chanterelle, au même moment. Il se fait passer pour un psychiatre, il est flic à Interpol. Depuis leur arrivée, d'étranges événements se déroulent au village provoquant l'exaspération des habitants.

Excellent. Coup de cœur. Voilà, tout est dit. Courez acheter ce roman et ouvrez-le dans un endroit où vous êtes confortablement installés, car vous ne le lâcherez que fini, soit 250 pages plus loin. Vous en voulez plus ? OK, je me fends d'un billet.

Je commence par l'ambiance générale, le contexte. Un village désertifié, appauvri par la fermeture de l'usine qui employait tout le monde. Un paysage désolé, qui pourrait être beau mais qui n'est que désespoir. Et puis, le déclencheur, l'arrivée de Wotjeck et de Durand, deux hommes qui se connaissent de leur enfance, n'ont pas eu la même vie, et continuent à vivre très différemment. Dès qu'ils franchissent les frontières du village, les vieilles rancœurs, les peurs, les veuleries, les jalousies, les trahisons remontent et chacun rejoue son rôle, celui du pleutre, du soumis ou au contraire celui du rebelle -ils sont peu à jouer ce rôle, Marjolaine, la jeune serveuse l'endosse le plus facilement. Les hommes passent leur temps à jouer aux cartes dans le café, à refaire le monde, les femmes étrangement peu présentes ou alors avec des caractères bien trempés, telle la fameuse Marjolaine ou bien la mère Lacroix et sa fille Marie-Madeleine simple d'esprit maltraitée par sa mère qui peut à chaque seconde exploser dans un festival de mots colorés et fleuris (à la fois drôle et violent). 

Les personnages maintenant. On est loin, très loin des stéréotypes du genre policier. Outre les femmes dont j'ai parlé plus haut, Wotjeck et Durand ne sont pas forcément là où on les attend, et leur enfance, leurs relations d'enfance s'immiscent dans cette nouvelle rencontre. Tous ceux qu'on rencontre ont un grain, une fêlure qui ne demande qu'à s'aggraver et Wojteck et Durand feront péter des câbles à certains, parfois involontairement, d'autres fois moins. 

Roman noir plus que polar, il n'est néanmoins pas dépourvu d'étincelle de vie, de lumière et d'espoir. Pas du tout plombant au contraire, le rythme est assez vif et fluide. Pascal Martin mène et maîtrise son sujet de bout en bout, il nous balade, nous emmène exactement là où il veut et nous, eh bien on se laisse faire avec un plaisir non dissimulé et même revendiqué. J'ai passé un très grand moment,  je découvre cet auteur qui n'en est pourtant pas à son premier essai. Très belle pioche des éditions Jigal ! Le début ? Allez, voici les premières lignes :

"La BMW noire filait sur la route à grande vitesse. L'homme au volant portait des lunettes noires, rondes. Des manchons, des sortes de ventouses en cuir, s'échappaient des montants et venaient se plaquer sur ses tempes. On ne voyait pas ses yeux. Il était entièrement vêtu de noir, chemise, imper et pantalon." (p.5)

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Vermines

Publié le par Yv

Vermines, Romain R. Martin, Flamant noir, 2017....

Bourganeuf, département de la Creuse, un des coins les plus centraux de France, pas très peuplé et rural. C'est là que vit Arnaud, taxidermiste, et son copain Pascalin, sorte d'idiot du village, alcoolique, mais qui a la bonne idée de détenir une boutique dans laquelle les deux jeunes hommes travaillent. 

Arnaud a un chien depuis une semaine lorsqu'une armoire normande lui tombe dessus et l'occis. Mais lorsque le chien et l'armoire disparaissent, Arnaud commence à se poser des question et à paranoïquer un poil.

Dernière publication de l'excellente maison Flamant noir, qu'il va m'être difficile de mettre dans une case si tant est que je le veuille. Très étranges lecture, écriture et sensation. Ambiance noire, polar sans aucun doute, mais le reste, oscille entre chroniques, roman, aphorismes, délire total, humour noir voire très noir... Voyez un peu la relation mère-fils décrite par Arnaud : "Dès le départ, notre relation fut biaisée : à peine posé sur le ventre flasque de maman que déjà son odeur me révulsait. La faute à une très mauvaise peau puant le tabac tiède, trop longtemps badigeonnée de crèmes en tout genres sous forme d'échantillons, jetés gratuitement au fond de son sac plastique par des vendeuses trop zélées. Notre rencontre n'a donc jamais eu lieu, ou alors disons qu'elle fut d'un genre du troisième type." (p.16/17) Le reste est à l'avenant. Humour franchement noir, caustique, ironique, ravageur, je pourrais rajouter des tonnes de qualificatifs, acerbe, amer, sardonique, narquois voire diabolique... tous sont justes et le tout donne un ton unique et génial. J'ai ri, souri aux mésaventures d'Arnaud même si je me posais pas mal de questions, car la construction du roman est telle qu'on a des bribes d'informations sur la vie du héros, mais pas vraiment d'explications à son existence actuelle, tout arrive à la fin, tout s'éclaire. Quand j'écris tout s'éclaire, je parle du sens de l'histoire, parce qu'icelle reste définitivement noire. Elle entre dans le glauque, le bizarre, le burlesque, l'étrange : aucun des personnages n'est fréquentable, tous ont des attitudes étonnantes, des comportements déconcertants, inattendus et très fort est celui qui découvre avant le dénouement le fin mot de l'histoire. 

C'est une lecture pas banale que ce Vermines ; au détour d'une page, se glisse une phrase-choc comme la suivante qui est un exemple parmi tant d'autres : "Une nuit irascible, agacée, telle une compagne qui n'a pas joui." (p.105/106), autant vous dire que je me suis régalé de bons mots, de tournures à retenir -que je ne parviendrai pas à retenir-, de beaux moments de langage châtié aussitôt suivi d'un dialogue plus familier. 

Cette étrange ambiance est le fait d'une part du style de l'auteur, d'autre part de ses personnages décalés, totalement barrés et iconoclastes et enfin de son histoire racontée par petits morceaux que le lecteur doit recoller avant l'explication finale. Le tout donne un roman très original qui m'a surpris et ça j'adore ça. Etre surpris par un livre, ça n'arrive pas tous les jours, à tel point que j'en ai totalement occulté mes habituels bémols. Mais peut-être tout bonnement n'y-en-a-t'il pas ?

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