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polar-noir

La 7ème femme

Publié le par Yv

La 7ème femme, Frédérique Molay, Fayard, 2006

Lundi l'enquête débute par le corps d'une femme retrouvé atrocement mutilé dans un appartement parisien. Nico Sirsky, chef de la brigade criminelle prend l'affaire en charge. Affaire qui prend une tournure autre lorsque le mardi, un deuxième corps de femme pareillement mutilé est retrouvé. Un tueur en série vient d'apparaître, qui bientôt lancera des messages personnels en forme de défi au commissaire divisionnaire Sirsky.

Tout commence par ces premiers meurtres horribles et par la mise en place de l'équipe de la police en charge de l'enquête. Chacun a sa tâche, chacun à fouiller le moindre petit début de piste, attendant des résultats d'analyse, des rapports d'autopsie. Parallèlement, Frédérique Molay installe ses personnages. C'est la première enquête de Nico Sisrky (à l'heure où j'écris ce billet deux autres ont été écrites dont je parlerai très bientôt). Évacuons tout de suite un petit bémol de ma part : tous les personnages sont jeunes et beaux : Nico Sisky a 38 ans, il est pourvu d'un charme indéniable, d'une sensibilité féminine qui les fait toutes craquer, mais il est divorcé, cœur solitaire et difficile à satisfaire. Il rencontre Caroline Dalry, 36 ans "professeur agrégé à l'hôpital, ce qui est tout à fait exceptionnel pour son âge. Elle doit être la seule dans ce cas-là." (p.189) dont il tombe immédiatement amoureux. Quasiment tous les personnages, même les secondaires sont du même acabit, jeunes, beaux, dynamiques. De vraies gravures de mode ; on se croirait dans un épisode d'une série américaine. Voilà, pour ma réserve, uniquement basée sur la jalousie, vous l'aurez bien compris, moi qui ne suis plus si jeune que cela.

Le reste ? Très bien ! F. Molay prend le temps de s'intéresser à tous les gens qui interviennent dans l'enquête (peut-être un peu trop nombreux, au risque parfois de se perdre, mais les principaux sont clairement identifiés). En tout bien tout honneur, Nico a sa faveur et bénéficie d'un traitement particulier. Puis, d'autres protagonistes sont détaillés : ses collègues, sa sœur, sa famille, Caroline. Ce qui donne un côté humain à toute cette équipe. Très prometteur pour la suite des aventures de Nico.

L'intrigue ? Très bien ! L'auteure tisse sa toile dès le départ. Cent premières pages plutôt lentes malgré l'atrocité des meurtres, F. Molay accélère le mouvement gentiment et progressivement, puis à la faveur d'un rebondissement inattendu vers la page 200, elle met la gomme pour tenir son lecteur en haleine jusqu'au bout avec un petit coup de turbo sur la fin. Le récit est construit d'abord avec l'enquête policière dans laquelle petit à petit s'immisce le coupable pour raconter ses meurtres. Ces parenthèses prennent du volume au fur et à mesure que l'on approche de la fin. De chausse-trappes et rebondissements en fausses pistes, F. Molay balade à la fois Nico et son équipe et les lecteurs (j'ai eu un flash vers la page 300 concernant le coupable, mais j'en étais déjà à mon troisième suspect, et j'ai eu encore pas mal de doutes quant aux méthodes et aux mobiles de mon favori jusqu'à la fin !).

Frédérique Molay semble connaître le monde judiciaire assez bien émaillant son texte de références juridiques, légales ou professionnelles qui le rendent réel. Toute proportion gardée et sans vouloir faire de comparaison, j'ai retrouvé dans cette enquête du Wallander : une équipe entière pour une enquête, avec des personnages auxquels l'auteur s'intéresse en dehors de leurs vies professionnelles, des pistes, les plus ténues soient-elles qui sont suivies jusqu'au bout, même si elles ne donnent rien et pour finir, une sorte de "sixième sens" de Nico, un peu comme Wallander qui a parfois des fulgurances bienvenues. Ce rapprochement a pour moi valeur de compliment, et vous comprendrez donc sans peine que je me lance dès  présent dans le tome 2 des aventures de Nico Sirsky !

Livre qui a reçu en 2007, le Prix du Quai des Orfèvres dont le jury est présidé par le Directeur de la Police judiciaire. D'autres avis (assez peu, à ma grande surprise vue la qualité du bouquin)  sur Babelio.

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Paris mutuels

Publié le par Yv

Paris mutuels, Jean-Marie Laclavetine, Ed. La Branche, 2012

Vincent est flambeur. Il tient un club de boxe qui sert également de tripot clandestin. Il joue aux courses. Un jour à l'hippodrome, à l'arrivée d'une course qui l'a rendu encore un peu plus chanceux, il rencontre Léa. La suite, il la raconte. Totalement aveuglé par l'amour qu'il porte à cette femme, il tombera de très haut, fera même de la prison par amour ou par lâcheté. Pourra-t-il tomber encore plus bas ? Eh bien, oui !

Nouveau numéro de l'excellente collection Vendredi 13. Il trouve naturellement sa place parmi les autres très bons titres. Vincent raconte ses malheurs, mais c'est tellement gros, impensable que c'en est drôle. JM Laclavetine se moque gentiment de son héros, le faisant passer pour un gentil, un peu naïf qui gobe tout, même le plus incroyable, par amour et pour les quelques et de plus en plus rares moments d'intimité avec Léa. Léa dont il est totalement sous la coupe. Léa qui fait ce qu'elle veut de cet homme qui se laisse facilement mener, par fainéantise ou par confort. Léa qui le ruine. Léa qui vit lorsque lui ne fait que l'attendre. (Z'avez vu ? J'use de l'anaphore, genre très couru depuis le débat d'entre les deux tours de la présidentielle, et qui a priori fonctionne bien ; je tente, on ne sait jamais, ça peut me rapporter des voix à moi aussi)

La première partie du livre est drôle, j'avoue avoir beaucoup souri aux mésaventures de Vincent. En même temps, je me disais que c'était un peu de sa faute s'il se faisait avoir comme cela malgré les conseils de son ami Angelo. Jusqu'au mariage, journée très particulière comme il se doit : "La cérémonie à la mairie fut expédiée sans tralala, suivie d'une verre au café de l'Europe et d'une promenade dans le square Marcel-Pagnol jonché de crottes de chiens, on a déjà fait plus romantique. La mariée était pressée, et nos deux témoins, Fred et Angelo, n'avaient pas grand-chose à se dire. Le temps de signer le registre sous l’œil du greffier, de boire un coup, et nous nous sommes retrouvés seuls. [...] Mon épouse m'accordé une fantaisie : faire un détour par les rues de Vienne et de Madrid pour contempler d'en haut les voies ferrées avant de rentrer à la maison : ce fut notre voyage de noces." (p.46/47) 

Malgré cette superbe journée, inoubliable, comme il se doit pour un mariage, Vincent ne voit rien, et continue de ne vivre que pour Léa. Mais il n'a pas encore atteint "son" pire : le moment culminant de cette idylle particulièrement romantique, la naissance de Violette, qui ressemble étrangement à Fred, le frère de Léa. Car Vincent n'aime pas les enfants, ce qui nous vaut une tirade de l'auteur particulièrement vacharde :

"On devrait naître à dix-huit ans. Treize quatorze, à la rigueur. Tout ce qui se passe avant est nul et non-avenu, stupide, superficiel, inintéressant. [...] On fait semblant de trouver merveilleuse cette époque où l'on ne savait parler que par borborygmes et où l'on ne maîtrisait pas ses sphincters, où l'on se cassait la figure toutes les cinq minutes faute de savoir poser un pied devant l'autre et où l'on se fourrait la cuiller de purée dans le nez. [...] Période qui se prolonge avec l'adolescence, où l'on commence à s'intéresser à l'autre sexe et où tout se termine dans des foirades poisseuses et grotesques, des chocs d'appareils dentaires et des rougeurs de peaux acnéiques. Franchement. Ne me dites pas que vous avez vraiment aimé ça." (p.69)

La seconde partie est moins humoristique, Vincent survit plus qu'il ne vit sans Léa, abruti par un travail original qu'il ne fait pas avec plaisir. L'heure est grave, et l'auteur fait une pause dramatique, noire dans son roman. Puis, la fin redevient plus enlevée, plus joyeuse et JM Laclavetine conclut son livre dans une belle pirouette réjouissante à souhait. 

Belle écriture de JM Laclavetine, qui met ce bouquin pour moi au niveau de celui de Michel Quint que j'avais adoré surtout pour ses qualités littéraires. Beaucoup d'humour, d'ironie, d'auto-dérision, de situations "abracadabrantesques". Vincent est "un cave" comme on disait dans les films noirs des années 50/60. A propos de cinéma, il serait très bien ce livre, adapté à ce format.

Merci Pauline, de chez Gilles Paris

Même plaisir que chez moi, chez Action-Suspense.

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Une conspiration de papier

Publié le par Yv

Une conspiration de papier, David Liss, Ed. Lattès, 2001 (Ed. du masque, 2012)

Benjamin Weaver se décide à raconter sa vie aventureuse dans le Londres des années 1720. Ce qui au départ devait être des mémoires se révèle être son rapport de l'enquête qu'il a menée sur la mort de son père. Fâché avec lui depuis une dizaine d'années, certains indices lui laissent croire que son père a été assassiné pour de sombres histoires de spéculation boursière. Il se lance véritablement dans ces investigations tel l'ancien pugiliste à mains nues qu'il est sans se soucier dans un premier temps des coups bas et des peaux de bananes qu'on lui glisse sous les semelles.

J'avais beaucoup aimé L'assassin éthique de David Liss et je ne savais pas ce qu'il avait pu écrire avant ce roman ; eh bien, maintenant je sais. C'est un gros, très gros roman policier (710 pages dans sa version poche) extrêmement documenté, fouillé et intéressant. Il raconte la vie dans le Londres de 1719, cette grande ville sale, dangereuse où l'on peut se faire dépouiller -voire pire- à n'importe quel coin de rue.

David Liss place son roman dans une époque historique réelle : la première crise boursière européenne, la crise de la Compagnie des mers du Sud (ou South Sea Bubble). Dans son roman, interviennent des personnages ayant réellement existé (dont les noms peuvent être changés) et d'autres totalement fictifs. A l'époque, une véritable guerre se livrait entre la Banque d'Angleterre et la Compagnie des mers du Sud pour le contrôle des finances du pays. Benjamin Weaver est au cœur de ce scandale qu'il permet de dévoiler. Trop long à vous expliquer les arcanes et les méandres des tractations financières, des corruptions, des spéculations et des malversations, David Liss y revient en long en large et en travers, ce qui est d'ailleurs un peu le bémol de ma critique : beaucoup de répétitions sur cette affaire, sur le statut des juifs de l'époque (j'y viens un peu plus loin) qui certes enfoncent le clou, mais qui appuient un peu trop le propos. Un certain allègement -voire un allègement certain- sur tous ces paragraphes  eût été de bon aloi et de nature à rendre le livre moins lourd à porter. Mais que ceci ne vous retienne pas de vous plonger dans cette aventure passionnante, car on peut survoler si ce n'est parfois sauter quelques passages sans nuire à la bonne compréhension de l'histoire et du contexte.

Ce livre (écrit en 2000) a de curieuses répercussions de nos jours ; c'est un étrange télescopage entre Histoire et réalité actuelle : la crise, la finance, les spéculateurs, les actionnaires, les riches, les pauvres, les travailleurs, ... : "La presse unanime dénonçait le poids de la dette nationale, qui, disait-on, ne pourrait jamais être remboursée, et ne cessait d'augmenter... C'était une époque d'exubérance et de tumulte, de prospérité et de débauche." (p.8/9) On pourrait presque réécrire cette phrase maintenant, dans un ouvrage politique, et elle serait crédible ! Douze ans après sa première publication ! 300 ans après le premier krach boursier européen !

L'autre thème, outre l'intrigue dont je reparle tout à l'heure, qui sonne vrai et actuel, c'est le traitement fait aux juifs en particulier et plus généralement aux miséreux de Londres. Les juifs -Benjamin en est un quoiqu'ayant pris quelque recul avec la religion et ses préceptes- sont tolérés mais n'ont pas le droit d'être propriétaires de maisons, sont accusés de tous les maux et vivent à part, hors de la société des Anglais, ne pouvant bien évidemment pas accéder au statut qui fait les grands du pays : "Si tu venais travailler avec moi, tu deviendrais riche, mais tu comprendrais aussi les dangers d'être un Juif fortuné dans ce pays. Nous n'avons pas droit à la propriété, nombre de secteurs d'activité nous ont été interdits. Depuis des siècles nous avons été contraints de nous occuper de leur argent, et dans le même temps, nous sommes honnis parce que justement nous pratiquons la seule activité qu'ils nous ont concédée" (p.605) Ils veulent s'intégrer aux gens de ce pays, mais ne le peuvent parce qu'on les en empêche. Très près de nous, récemment, la France n'a pas eu à s'enorgueillir du résultat du premier tour des élections présidentielles : presque 20% pour un parti qui prône la haine de l'étranger, de la personne différente et le repli sur soi -et dans quelques interviews "off" de son ex-Président, le racisme et l'antisémitisme-, pour bien rester entre soi sans ouvrir les portes à ce que l'on ne connaît pas et qui pourrait déranger. Aisé de se rendre compte que certains parmi nous n'ont pas plus d'ouverture d'esprit que nos aïeux qui malgré leur rejet des autres (probablement excusable par une moindre information, des croyances plus largement répandues et encore très ancrées) n'ont pas réussi à sauver leurs pays des guerres, des krachs et d'autres horreurs. Rester entre soi ne garantit donc pas une totale sécurité tant financière que des personnes !

Revenons donc pour finir plus légèrement à l'intrigue : un vrai sac de nœuds : tout le monde paraît être en cheville avec tout le monde et plus Benjamin avance et plus la solution s'éloigne et le mystère s'épaissit. Comme le dit l'un des protagonistes, cette histoire est un labyrinthe dans lequel on avance, mais que certains -les meneurs- voient du haut et s'ingénient à rendre de plus en plus ardu, opaque et flou, si tant est que l'on puisse dire d'un labyrinthe qu'il est flou et opaque.

Belle, belle et longue surprise que ce roman policer historique : une preuve ? Je déteste les gros livres, eh bien celui-ci je l'ai lu en entier sans barguigner (sauf sur quelques pages de techniques financières ), et croyez-moi sur parole, 710 pages pour moi, c'est quasi un exploit !

Avis totalement différent chez Akialam

Merci Audrey.

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Le Bar parfait

Publié le par Yv

Le Bar parfait, JB Pouy, Ed. de l'atelier in8, 2011

Un homme arpente les rues de Paris à la recherche du bar parfait, selon ses propres considérations. Il trouve aux puces, un jeu de Monopoly et décide de faire les rues selon l'ordre du plateau de ce jeu. Pour lui, l'objectif est de se voir servir un Blanc meilleur que du sauvignon  et d'avoir des compagnons de boisson qui ont des choses à dire, mais point trop. Dans le même temps, un mauvais coup se prépare dans la capitale dont on se demande bien comment il pourrait croiser la route éthylique du héros.

Tout part d'un constat terrible :

"- Un verre de Blanc, s'il vous plait.

- Muscadet ou sauvigon ?

- Au revoir monsieur.

Et je suis sorti du rade. Faut pas pousser. Y a toujours, quand même, au moins, du Mâcon, du petit Chablis, du Cheverny ou du Quincy..." (p.7)

Terrible parce qu'habitant en plein cœur des vignes de Muscadet, je suis meurtri de voir que JB Pouy n'aime pas ce vin blanc. Aïe, aïe, aïe, mon chauvinisme en prend un coup. Allez, pour me remonter, je vais me servir un petit Menetou-Salon (en cachette, des fois que mes voisins me verraient !)

Dans un style absolument réjouissant JB Pouy nous fait visiter les rues de Paris ou plutôt ses cafés. Bourré d'aphorismes, de jeux de mots drôles, parfois faciles mais qui font sourire, ce petit texte fera le bonheur de ses lecteurs comme ce fut le cas pour moi. Ça commence par exemple par une phrase attribuée à Prévert : "je ne suis pas vraiment un alcoolique, je suis un ivrogne" (p.8), ou encore celle-ci que j'aime beaucoup, affichée au-dessus du bureau d'un flic, et attribuée à Alphonse Allais : "Ce n'était pas une lumière parce qu'il était niais." (p.61) (A lire à haute voix pour les plus... lents d'entre vous !)

Un régal vous dis-je, il ne manque plus  que de lire cette nouvelle avec un verre de Sancerre ou de Chablis à la main (à consommer avec modération, bien entendu). En outre, à chaque fois que le héros boit un verre de Beaujolais -notamment le nouveau- il lui arrive des misères, et comme je le comprends moi qui n'aime pas non plus ce breuvage imposé à coups de marketing et qui ne vaut pas tripette. Il se promet donc de ne pas recéder à la tentation annuelle ; moi itou !

J'aurais pu vous citer le bouquin entier, et je suis bien embêté pour ne prendre que des bouts ici ou là, celui-là par exemple : "C'est le vrai problème le travail. Tout dépend de lui et personne n'en parle jamais. Personne ne veut travailler et tout le monde se plaint de ne pas en avoir, du travail. Ça a un peu rétabli la moyenne, le vin à la place du boulot, vaste programme." (p.31)

Envie d'une balade à Paris en bonne compagnie ? D'une balade qui vous fera sourire et qui par moment saura se faire plus surprenante, plus pétaradante (lorsqu'on est auteur de roman noir, on doit avoir du mal à résister à un bon mitraillage M. Pouy ?) ? Ne cherchez plus, vous avez de quoi passer une heure ou deux ou plus pour ceux qui vont remplir leur verre au rythme du marcheur-buveur parisien de vrai plaisir de lecture avec ce Bar parfait.

Avis qui ressemble sur Biblioblog.

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Le sang du suaire

Publié le par Yv

Le sang du suaire, Sam Christer, MA éditions, 2012

Une femme scénariste à Hollywood est assassinée dans sa villa de Beverly Hills. Son corps est retrouvé sur une plage. Nic Karakandez et sa supérieure Mitzi Fallon sont sur l'enquête. La victime travaillait sur un film intitulé Le suaire, dont la fin est un secret protégé promettant quelques révélations sur l'authenticité ou l'inauthenticité du suaire de Turin. Parallèlement à l'enquête longue et difficile, l'assassin est connu : il s'agit de John James, un jeune homme qui choisit ses victimes, les torture et s'auto-mutile.

Pour ceux (et celles) d'entre vous qui viennent régulièrement voir mes billets , celui-ci vous paraîtra sans doute incongru, étonnant voire détonnant, et pour ceux qui visitent ce blog pour la première fois, soyez les bienvenus (un verre de muscadet - je fais local- vous sera virtuellement servi en fin de lecture). En effet, je lis pas mal de romans policiers, mais assez peu de thrillers et encore moins de thrillers ésotériques ou se basant sur la religion ou sur des croyances. En fait, Pauline (de chez Gilles Paris) m'a envoyé ce gros livre pensant me faire plaisir et en retour, je me suis dit : "Yv, mon P'tit gars - report humoristique vers un article datant de quelques jours icitu es un garçon poli et bien élevé, tu dois au moins lire les premières pages pour savoir si ça te plaît ou non" (je me parle tout seul et j'en rajoute, parce que certaine -qui se reconnaîtra- de mes lectrices aime ça et qu'il faut bien que je soigne mon petit -par le nombre évidemment et non point par le talent- lectorat). J'ai donc commencé ce thriller et puis, de fil en aiguille (non, non je ne couds pas en même temps : même si je me souviens de quelques boutons au service militaire passés entre mes mains loin d'être expertes en la matière) je me suis fait avoir et j'ai donc continué. Un test : vous ferez-vous tenter par les premières lignes de ce livre ? 

"Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles il tue. Pour lesquelles, à cet instant précis, il s'apprête à tuer à nouveau. 

C'est un besoin. Une envie maladive. Un désir compulsif. Comme le sexe. Quand il ne le fait pas, il y pense. Il fantasme, planifie, se répète la scène. Pour lui, tuer est aussi nécessaire que de respirer. Mais plus agréable. Plus mémorable. Cette fois, ce sera facile. Parfait. Le meilleur... pour l'instant. C'est toujours ainsi avec les non-tuées. C'est ainsi qu'il les appelle. Ce n'est ni une personne vivante, ni la prochaine victime.

C'est une non tuée." (p.9)

Voilà, ça démarre comme cela et la rapidité, et le style sec continuent plusieurs chapitres. Dès qu’apparaissent les deux enquêteurs l'humour fait son entrée, un peu téléphoné, type série télévisée étasunienne, mais point désagréable.

"-La demoiselle a un fichu caractère. Et c'est sûrement la première douche qu'elle prend de l'année.

- Elle est peut-être sale, mais vous, vous êtes un con. Dans dix minutes, elle sera propre, mais vous serez toujours aussi con. Il y a certains trucs qui ne partent pas au lavage." (p.323)

Disons que l'auteur ne fait pas preuve de beaucoup d'originalité dans l'écriture, dans le traitement de ses personnages -un peu quand même avec la femme-flic-battue- ni dans le début de l'intrigue proprement dite. Ensuite, lorsqu'il est plus directement question du suaire de Turin, j'ai l'impression qu'on entre dans une partie moins traditionnelle, mais comme je le disais au départ, je ne  suis pas spécialiste de ce genre de littérature.

Malgré de grosses longueurs (malheureusement quasi inévitables dans ces pavés -480 pages !-), je ne me suis pas ennuyé, mais j'ai survolé certains passages, descriptions inutiles. De grosses ficelles aussi, mais une fois pris, on gobe ou on n'en pense pas moins pourvu qu'on arrive au bout de cette intrigue qui part dans beaucoup de sens, rassemblés dans un final rapide qui tient ses promesses. 

En résumé, très bien pour se distraire et frissonner un peu si l'on accepte quelques longueurs ou quelques facilités. Idéal pour les vacances ; ben quoi, le cerveau a le droit a quelques jours lui aussi, n'est-il pas ? Le mien a apprécié, mais bon ce n'est qu'un pauvre petit cerveau masculin !

Et pour finir réellement, chose promise, chose due, aux nouveaux lecteurs de ce formidable blog, j'offre un muscadet virtuel : ici. Et puisque je suis généreux, tournée générale (avec modération) !

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Film noir à Odessa

Publié le par Yv

Film noir à Odessa, William Ryan, Editions des deux terres, 2012

1937, à Moscou, l’inspecteur Korolev est réveillé en pleine nuit par un milicien. Il craint le pire, et ceci d’autant plus que son enquête précédente l’a mené sur les terrains délicats de la politique. En fait, remarqué par les plus hautes autorités, il est envoyé en Ukraine pour faire la lumière sur le supposé suicide d’une jeune actrice, accessoirement maîtresse de Iejov, chef du NKVD, la police politique.  Une enquête qui s’annonce encore une fois difficile et dangereuse.

J’avais quitté Korolev en 1936 dans sa précédente aventure, Le royaume des voleurs. Je le retrouve ici, fidèle à lui-même, pas très à l'aise dans ce pays qui déporte n'importe qui pour n'importe quoi. Lui, ayant touché à des secrets impliquant des dirigeants craint pour sa relative liberté. Tout le monde est suspect : "Des militants s'accusaient mutuellement de ne pas faire preuve d'assez de vigilance, de cacher leurs origines sociales, d'être d'anciens mencheviques, ou pire encore, des partisans de Trotsky l'exilé. Et parfois un de ses collègues disparaissait." (p.24) La paranoïa organisée par Staline gangrène le pays entier et personne n'est à l'abri de se voir déporter en Sibérie ou de disparaître totalement. C'est donc dans ce contexte que Korolev doit aller enquêter sur la mort de la maîtresse d'un des hommes les plus forts du pays, l'un de ceux qui d'un claquement de doigts peut vous anéantir. C'est donc muni d'un "puissant instinct de conservation", "d'un cerveau en état de marche" (p.33) et d'une grande prudence que l'inspecteur s'envole pour Odessa. 

Là-bas, il sera secondé par une jeune policière, Slivka qui se révélera être d'une aide précieuse. Il reverra aussi les personnes présentes dans la première aventure, le Comte Kolya, prince des voleurs, Babel l'écrivain. Son enquête ne sera pas de tout repos. L'intrigue est suffisamment retorse pour tenir en haleine jusqu'au bout, alternant multiples suspects, rebondissements, divers trafics, des trahisons et des complots. Bien charpentée donc cette enquête et solidement ancrée dans ce pays et dans cette époque si tendus et si propices à de bons romans. J'aime beaucoup les polars avec contexte et là je suis servi. Comme dans le premier tome, la tension est plus que palpable, nette. Les personnages sont constamment sur le qui-vive, par exemple lors d'une exclamation banale :

"- Mon Dieu, non, dit Shymko, avant de se ressaisir lorsque Babel exprima sa réprobation d'un petit claquement de langue : prononcer le nom du Seigneur était devenu un blasphème." (p.72)

Le religion est un thème récurrent de ce livre, Korolev se posant la question de ses propres croyances : "Voilà pourquoi il devait demeurer vigilant, ce qui voulait dire vivre sur le fil du rasoir, en avoir conscience, et faire confiance au Seigneur pour veiller sur lui et les siens. Évidemment, certaines personnes pourraient lui dire que le Seigneur était une fiction et une superstition, inadaptée à la réalité scientifique et logique du pouvoir soviétique. Pourtant, il était prêt à parier ses belles chaussures que la moitié de ces personnes priaient avec la même ferveur que lui pour être guidées dans cette vallée de larmes. A vrai dire, il en était certain. Ces individus avaient beau parler comme des bolcheviques, ils demeureraient toujours des croyants dans leurs cœurs de Russes. C'était dans leur nature." (p.121/122)

A certains moments on a la sensation que les personnages ne peuvent pas donner le meilleur d'eux-mêmes, qu'ils sont brimés, limités par la chape de plomb qui règne dans la Russie de l'époque. C'est particulièrement vrai pour les deux principaux protagonistes, Slivka et Korolev dont on sent bien que s'ils étaient dans un pays libre, ils pourraient se lâcher et faire éclater leur potentiel, faire exploser les carcans qui les entourent pour enfin donner libre cour à leurs vraies personnalités. C'est très bien vu par l'auteur qui réussit avec ce stratagème à nous faire toucher du doigt le malaise et le malheur de ces années et la difficulté à vivre dans un pays qu'on aime mais qui est gouverné par des tyrans. 

Pour conclure : un héros récurrent qui prend de l'ampleur dans sa deuxième enquête (une coéquipière qui mériterait d'en prendre aussi, mais mon petit doigt me dit...), un contexte particulièrement bien senti et fort, eh bien voilà de très bons ingrédients pour un roman policier de très bonne qualité qui appelle une suite, un troisième numéro ; je suis déjà sur la liste des prochains lecteurs !

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Brumes de sang

Publié le par Yv

Brumes de sang, Jacques Mazeau, Presses de la cité, 2012

02 août 1914, l'heure de la mobilisation générale vient de sonner. Dans le paisible village bourguignon de Narcy, les hommes aussi doivent partir au front. Mais la nouvelle qui court les rues ce matin-là, c'est que le curé a été retrouvé mort dans l'église, vidé de son sang avec une étrange morsure au cou. Stupeur et tremblements, comme dirait l'autre. La jolie institutrice, Isabelle qui dégage un charme et une attirance toute particulières décide de s'intéresser à l'histoire. Elle est bientôt concurrencée par Hubert de Monchicourt, policier hautain et dédaigneux, dépêché sur les lieux lorsque la liste des meurtres s'allonge.

Étrange livre que celui-ci qui débute comme une chronique villageoise, ensanglantée certes, mais qui aurait pu tourner à l'enquête pépère et qui finalement nous plonge dans les troubles arcanes (pléonasme ?) du monde des vampires. Vous avez bien lu, il s'agit donc de combats de vampires, de partage du monde entre les méchants vampires, ceux qui veulent tuer les hommes et les gentils, ceux qui veulent vivre à leurs côtés en toute harmonie, sans d'ailleurs que les hommes ne sachent quoi que ce soit sur leur condition extra-humaine. L'incrédulité des hommes et des femmes de l'histoire -et la mienne, il faut bien le dire- face à l'existence des vampires et à leur arrivée en France, en 1914, au fin fond d'un village bourguignon est de mise :

"A l'invitation du docteur, Isabelle évoqua la thèse d'un vampire. Le maire éclata de rire avant même qu'elle eût terminé son exposé.

- Quelle idée saugrenue ! s'exclama-t-il. Pourquoi pas une licorne, un dahu, un dragon ?

Lambert se tourna vers Laurencin. N'avait-il pas une hypothèse plus sérieuse à suggérer ? Le docteur avoua piteusement qu'il n'en avait aucune, puis il proposa à boire." (p.41) Comme quoi, le bon sens français est toujours présent : "buvons un coup !"

Et puis, on s'aperçoit que certains son assez réceptifs à cette incroyable possibilité. Ils se laissent convaincre voire convertir. Bon, je n'en raconte pas plus pour laisser le suspense à peine défloré, juste de quoi titiller l'esprit des futurs lecteurs.

Personnellement, je ne suis pas amateur de ce genre de littérature. Disons que les vampires ne m'attirent pas, aussi beaux ou belles soient-ils (et surtout elles) ! Lorsque j'ai ouvert ce livre je ne m'attendais pas à cela : j'avais lu très vite la quatrième de couverture, et encouragé par mes récentes lectures de cet éditeur dans cette collection (Presses de la cité, collection terres de France), je me suis dit "-Vas-y mon P'tit gars Yv, ça va l'faire !" (eh oui, comme disait le très regretté Pierre Desproges quand je me parle à moi-même, je m'appelle mon P'tit gars, parce que si je m'appelle ma P'tite fille, ça m'excite et après je ne peux plus rien dire ou écrire. Et il concluait par ces deux mots : "Pouf, pouf."), je disais donc avant de m'auto-interrompre que j'ai commencé ce livre sur la base de ce que j'avais déjà lu et aimé chez cet éditeur (je tiens d'ailleurs, ici, devant la France entière, que dis-je le monde entier, à remercier chaleureusement Laura qui se reconnaîtra) ; sans cela, je n'aurais sans doute pas pris ce livre et c'eût été dommage. Car je me suis bien marré. Bon, je ne sais pas si c'est l'argument numéro un pour le vendre, mais sincèrement, je crois que l'auteur a voulu avant tout écrire une histoire pour se faire plaisir et pour dire qu'on pouvait nous aussi en France écrire des histoires de vampires. Et ça marche ! Il faut le prendre au second ou au troisième degré et la lecture passe merveilleusement comme une détente. On n'échappe pas aux caricatures, aux stéréotypes, au manichéisme du bien et du mal, mais c'est la base même de ce genre d'histoires. Ce que j'aime vraiment bien, c'est que ce bouquin associe malicieusement et judicieusement une histoire de vampires, un suspense de roman policier, un mélange de croyances transylvaniennes et celtes et une chronique villageoise de 1914/1916. Pari réussi, pour qui évidemment veut passer un bon moment et ne prend pas ces histoires au sérieux. 

Et ailleurs on en dit quoi : Blue moon ?

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De mal à personne

Publié le par Yv

De mal à personne, Odile Bouhier, Presses de la cité, 2012

Lyon, 1920, un riche industriel est retrouvé mort dans une petite rue, derrière un hôtel-restaurant. Frappé à mort par un enfant sans doute, ou une personne de petite taille. Le commissaire Kolvair aidé par le professeur Salacan enquêtent. Salacan est un spécialiste de la science au service de la police. Encore balbutiante mais en plein essor. On retrouve aussi Bianca Serraggio, l'aliéniste, Jacques Durieux l'assistant de Salacan ainsi que le controversé inspecteur Legone des Brigades du Tigre pour cette deuxième aventure du premier laboratoire de police scientifique au monde !

Ah, quelle joie de revoir toute l'équipe du laboratoire, Victor Kolvair et le professeur Salacan en tête ! Sans publier bien un autre personnage important, Bianca Serraggio qui entame une liaison pas toujours facile avec le commissaire. La première enquête intitulée Le sang des bistanclaques m'avait plu et avait fait parlé notamment le très connu libraire de La griffe noire Gérard Collard qui avait aimé lui aussi. Cette seconde intrigue est encore mieux selon moi. Les personnages sont bien installés, Odile Bouhier sait leur donner vie en dehors de leur travail ; il s'affirment, tissent des liens entre eux, d'amitié, d'amour, de respect, de pouvoir mais aussi de défiance, notamment Kolvair/Legone. L'intrigue est prenante jusqu'au bout et les à-côtés, la vie des différents protagonistes donne de l'humanité au roman.

Ce qui est très bien également dans ce roman, c'est tout le travail qu'a dû faire Odile Bouhier pour se -et nous- plonger dans le Lyon de 1920. La ville, certes, mais aussi bien sûr les débuts de la police scientifique et encore les colonies pénitentiaires pour mineurs délinquants. Car, comme il est envisageable qu'un enfant ait commis le meurtre, l'auteure nous emmène visiter un centre de détention pour mineurs et franchement, ça fait peur. Au départ, les raisons pour lesquelles les enfants sont envoyés dans ces centres ne sont pas toujours justifiées :

"- Savez-vous que pour le même larcin, alors qu'un voleur adulte est condamné à quelques semaines d'emprisonnement, le jeune voleur, sous prétexte d'éducation, s'en va pour trois, quatre voire dix ans en internat ?" (p.132)

Ensuite, les conditions d'accueil, si je puis utiliser ce vocable, sont plus que déplorables, elles sont absolument lamentables. Les enfants sont battus, certains isolés, au mitard et d'autres abusés par des plus grands ou victimes de réseaux de pédophilie. Le constat est terrible. Un juge, le juge Puzin se bat -dans ce roman- pour tenter de créer le premier tribunal pour enfants de Lyon contre sa hiérarchie et contre une partie de l'opinion publique qui raffole encore et assiste aux exécutions publiques. Alors, certes, les conditions actuelles de Protection de l'enfance ne sont pas au top -essentiellement pour cause de manque de fonds : il vaut mieux sauver les banques que les enfants en danger (raccourci facile sûrement)-mais, je le sais pour travailler dans ce domaine depuis 5 ans, énormément d'efforts, de travail et de professionnalisation ont été fort heureusement effectués depuis ces années terribles et même depuis une vingtaine d'années.

Voilà, c'est tout cela ce roman d'Odile Bouhier. On peut le lire sans avoir lu le premier mais si vous avez l'occasion, lisez les deux, je vous promets que vous ne le regretterez pas ! Vous ai-je déjà menti ? Bien sûr que non, donc faites-moi confiance et allez-y les yeux fermés (et rouvrez les pour lire, ce sera plus facile.)

Merci beaucoup Laura.

D'autres avis : le blog du polar,  Claude Le Nocher

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Le chien de Don Quichotte

Publié le par Yv

Le chien de Don Quichotte, Pia Petersen, Ed. La Branche, 2012

Hugo est l'exécuteur des basses œuvres d'un grand patron pas très regardant sur les méthodes appliquées pour le débarrasser de concurrents ou de gêneurs. Hugo n'a pas d'états d'âme lorsqu'il s'agit d'occire tel ou tel qui s'oppose à Esteban, son patron. Mais un soir, dans un bar, Hugo rencontre un prêtre alcoolique qui a perdu la foi. Celui-ci lui donne un livre qui va changer la vie du tueur. Bouleversé par sa lecture, il décide de faire le bien, à commencer par recueillir et s'occuper du chiot qu'il trouve dans un parking souterrain. 

Nouveauté de l'excellente -on ne le dira jamais assez- collection Vendredi 13 des éditions La Branche. Cette fois-ci il est question de cybercriminalité, de hackers et d'un tueur confronté à ses doutes et son désir de faire le bien. Sauf qu'évidemment, faire le bien n'est pas évident dans cette profession souvent expéditive et atypique. Pia Petersen s'amuse avec ses personnages, joue des stéréotypes, des clichés, en rajoute dans la caricature, et nous lecteurs, eh bien on sourit à la lire. On n'éclate pas de rire, mais un sourire effleure les lèvres tout au long de la lecture. Le "prêtre-athée", personnage secondaire mais déclencheur des événements est drôle, décalé et absolument pas en phase avec le monde qui l'entoure. C'est d'ailleurs ce décalage, cette vie hors des normes qui le rendent drôle. La présentation des hackers, chacun avec ses spécialités, ses motivation pour en arriver là son envie d'en découdre au sein du collectif Vendredi 13 est un régal : on pourrait presque les voir se matérialiser devant nous.

Et que dire de Hugo qui se promène avec son chiot, même lorsqu'il doit effectuer une mission délicate ? Cela donne des situations irréelles presque surréalistes : imaginer un tueur  effectuer son oeuvre tout en protégeant son chien, en le portant lorsqu'il est trop fatigué, ... A quasiment chaque page, j'ai pensé à ce film que j'ai beaucoup aimé, de Pierre Salvadori, Cible émouvante, dans lequel Jean Rochefort est un tueur à gages qui entre deux missions apprend et récite les verbes irréguliers anglais. C'est pour moi le même genre d'humour, noir, décalé et peu probable.

J'ajoute que dans son livre, Pia Petersen dresse un portrait peu flatteur du grand patron, sans scrupules, sans regrets ni remords, en lien très étroit avec les politiques, ce qui ici, est une litote ou un euphémisme :

"Le président s'approcha et lui parla sur le ton de la complicité. On ira jusqu'au bout. On m'a élu pour faire le boulot. Pas question de reculer. Esteban le salua et descendit les marches. Le rendez-vous était terminé. Esteban monta dans sa voiture et quitta l'Élysée et le chauffeur prit la direction du café. Le ciel était sombre et menaçait de se coucher sur les toits. Il faisait un froid de chien." (p.140).

On ne peut pas dire de ce roman qu'il dénonce quoi que ce soit, mais il met le doigt (bon, c'est une image puisqu'un livre, évidemment, n'a pas de doigts) sur des situations et des faits réels dans une ambiance quelque peu barrée et réjouissante. La scène finale que je ne raconterai pas pour laisser le suspense total et entier est absolument hilarante, enfin j'espère que c'est bien comme cela qu'il fallait la voir. Je dis bien "la voir" car les livres de cette collection sont aussi faits pour être filmés et là, je salive déjà à l'avance à l'idée de regarder le film, qui j'espère portera le même formidable titre que je répète juste pour le plaisir : Le chien de Don Quichotte.  

Action-Suspense a aimé, Livrogne moins 

Merci Pauline de chez Gilles Paris.

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