Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

polar-noir

Les deux coups de minuit

Publié le par Yv

Les deux coups de minuit, Samuel Sutra, Flamant noir, 2016.....

Mis sur un coup facile et lucratif par sa bonne -la bonniche, hein, parce que Donatienne, elle est pas vraiment bonne adjectivement parlant- Donatienne, ex-baronne reconvertie dans l'alcoolisme à (très) haute dose et par le baron Edouard de Gayrlasse, ex de Donatienne en grosse difficulté financière, Tonton se rend donc avec son équipe de bras cassés au Royal Monceau, court-circuiter une vente d'armes entre Salvadoriens et ramasser un demi-million d'euros. Le coup réussit presque sans anicroche, et la belle équipe le fête comme il se doit en la demeure de Tonton. Lorsqu'ils émergent de leur comas éthylique, cette dite-demeure est dévastée, retournée de fond en comble, le pognon évaporé. Tonton se serait-il fait doubler ? Qui est l'inconscient qui a osé ?

Ah les aventures de Tonton, c'est tout un poème. J'en suis à 4 (1, 2, 3, et 4 celui que je chronique aujourd'hui) et à chaque fois, je plonge, je me régale, je me réjouis et je rigole au point d'inquiéter pléonastiquement mes voisins proches, ceux qui ne me connaissent pas, mais ceux qui me côtoient habituellement itou. Parce que les aventures de Tonton, c'est avant tout un langage, une écriture entre Frédéric Dard et Alphonse Boudard mâtinée de beaucoup d'Audiard. Un pur plaisir donc. On voit et on entend les protagonistes parler et mimiquer. Par exemple, lorsque suite à son réveil difficile Tonton n'a passé qu'une nuisette qui ne cache pas grand chose de son bazar et que Gérard son second lui demande de s'habiller :

"Disons que depuis tout à l'heure, tu te balades à moitié à poil sans que ça ait l'air de te gêner. Je sais que t'es chez toi, je conteste pas, mais te balader en nuisette avec le matos en vitrine, j'suis désolé, je te le dis comme je le pense, je trouve que ça fait pute ! (...) ... passé un certain âge, les hommes mêmes jeunes ont tendance à se trimballer avec les sacoches au niveau des genoux. C'est la nature, la gravitude a besoin d'attirer les trucs lourds au niveau du plancher et vu leur calibre, tes balloches font partie du lot." (p63/64)

Il y a bien aussi ce chapitre très osé que je ne dévoilerai par aucune citation, disons succinctement qu'un homme et une femme se retrouvent inopinément -si si j'ose- seuls dans une chambre et que la suite est très prometteuse et surtout particulièrement drôle à condition de ne point trop visualiser, sous peine de malaise.

L'intrigue se tient, Tonton est momentanément dépassé, et contre toute attente tant ses acolytes sont habituellement défaillants et pour certains très cons, bien secondé. Il lui faudra néanmoins subir quelques sarcasmes et passer outre une certaine honte à s'être fait blouser si aisément pour mener à bien sa contre attaque. Je vous le dis depuis que j'ai débuté la série de Samuel Sutra, Tonton, c'est le meilleur. Le cador des malfrats. Et l'auteur a toute mon estime et mon admiration pour avoir su le créer de cette manière si enlevée et drôle mais aussi pour savoir le faire durer avec autant de bonheur. Et Nathalie l'éditrice, la cheffe de Flamant noir -j'ai ouï dire que certains des romanciers qu'elle publie l'appelait la taulière- a toute ma sympathie pour son flair dans le choix de ses auteurs et parce qu'elle réédite toutes les aventures de Tonton : Les deux coups de minuit est une nouveauté, mais les deux premiers tomes sont à paraître. J'ai hâte.

Vous ne savez pas quoi lire sur la plage ou à la montagne ou à la campagne ou à la maison ou ailleurs ? Lisez Les aventures de Tonton. Toutes, vous verrez, on ne s'en lasse pas. Au contraire. Pour moi, c'est coup de coeur à tous les coups.

Voir les commentaires

Van Gogh et ses juges

Publié le par Yv

Van Gogh et ses juges, Marie Devois, Cohen&Cohen, 2014...,

Un tueur en série s'attaque aux juges parisiens. Déjà cinq morts, égorgés, et bientôt un sixième, puis un autre en province. A chaque fois, en guise de signature, un petit paquet est posé sur la victime, qui contient des éclats de peinture. Le commandant Fred Andersen, chef de groupe à la crim' est désemparé. Rien, aucun indice, aucune trace, aucun témoin. Comme si le tueur apparaissait et disparaissait où et quand il veut, totalement invisible, même lorsqu'il sévit en plein jour à Paris. Incompréhensible. L'enquête s'annonce laborieuse et longue et plus elle piétine plus le doute s'installe dans les têtes des flics.

Je remonte dans la production de Marie Devois. après l'excellent Gauguin mort ou vif, publié dans la même très belle collection (Art noir) en 2016, nous voici deux ans plus tôt avec un roman qui tourne autour de la peinture de Vincent Van Gogh. Pas une œuvre en particulier, mais plutôt toutes ses toiles et leurs parcours depuis la mort du peintre, les spéculations, les faux, les escroqueries, ... Il n'y a pas vraiment de héros dans ce roman -même si Fred Andersen et Maëlle Aubier commissaire à l'Office Central de lutte contre le trafic de Biens Culturels sont un peu plus présents-, plutôt des hommes et des femmes qui travaillent dur, qui épluchent les pedigrees des gens qu'ils rencontrent même lorsqu'ils ne sont que simples et vagues témoins, chaque petite avancée est bonne à prendre lorsqu'il n'y a rien à se mettre sous la dent : "Le groupe d'Andersen avait punaisé sur toutes les surfaces disponibles les tirages obtenus et leur avait attribué un numéro. Des dizaines de clichés. Des centaines de visages, de silhouettes, que les hommes comparaient. S'ils repéraient le même visage, la même silhouette sur des photos de séries différentes, ils auraient enfin l'impression de faire un pas. Un grand pas." (p.59). On se demande pendant très longtemps quel indice, quel événement, quelle erreur du tueur, quelle illumination ou intuition d'un flic viendra tout déclencher, mais rien... Rien ne vient et même si nous, lecteur au bout d'un moment en savons plus que les flics, car le tueur de juges vient nous faire des confidences, eh bien on souffre pour eux et on se demande bien comment ils vont se dépatouiller de cette histoire.

Pas mal d'intervenants, d'entrées dans ce polar sans que jamais l'on ne soit perdu. L'intrigue est suffisamment tordue pour qu'on y croie, des circonvolutions autour des œuvres de Van Gogh, une incursion dans les méandres de la vente et de l'exposition des tableaux de maîtres que Marie Devois parvient sans peine à nous expliquer et à nous faire comprendre, et la tâche n'est pas aisée, car ce monde n'est pas toujours reluisant, certains aimeraient bien qu'il reste totalement abscons, ce qui leur permettrait de pérenniser leurs louches affaires. L'auteure maîtrise totalement son sujet et comme dans l'autre roman policer que j'ai lu d'elle, elle le construit de manière à nous apporter des informations en sus de son intrigue et à nous perdre pour mieux nous embobiner et nous surprendre. Vraiment très bien fait.

Voir les commentaires

Ça coince ! (33)

Publié le par Yv

La grande panne, Hadrien Klent, Le tripode, 2016..

"Une explosion dans une mine de graphite italienne provoque l'apparition d'un immense nuage qui menace de s'enflammer au contact des lignes à haute tension. Pour éviter la catastrophe, une coupure électrique générale est décidée dans toute l'Italie, plongeant le pays dans le chaos. Le nuage se déplace vers le nord, et la France décide à son tour de procéder à un black-out sur son propre réseau. Le gouvernement part s'installer sur l'île de Sein, en Bretagne, pour superviser la panne qui s'annonce." (4ème de couverture)

Très bien sur le papier, je suis très tenté, mais je déchante vite, pour diverses raisons. D'abord, le texte est très dialogué, trop à mon goût, d'autant plus que ces paroles échangées n'ont rien d'exceptionnel et tournent même à vide, n'apportant rien à l'histoire, l'alourdissant même par des formules un peu faciles et légères. Ensuite, il y a beaucoup de personnages qui déboulent tous en même temps, trop pour mon petit cerveau étriqué, et même la liste du début de roman, pour utile qu'elle soit, ne m'aide pas plus que cela. Enfin, la mise en place des la situation, des différents lieux et des différentes histoires est longue,très longue. Je m'embrouille et je m'ennuie. Je passe mon tour.

Pour être complet je dois dire que j'ai lu quelques articles sur ce roman, plus positifs que le mien, certains même, ceux de Keisha et de Gwen m'ont incité à la découverte...

De force, Karine Giebel, Belfond, 2016.,

Un soir, promenant son chien, Maud, la fille du professeur Reynier, patron d'une clinique sur les hauteurs de Nice est agressée. De peu, elle échappe au viol, grâce à Luc un joggeur qui court dans le coin et qui met en fuite l'agresseur. Luc est garde du corps, ça tombe bien, le père de Maud l'engage pour protéger sa fille car elle a reçu des menaces, et à travers elle, lui bien sûr, l'homme à la belle situation, très en vue. Luc accepte et se rapproche ainsi de Maud qui ne le laisse pas insensible, et vice-versa.

J'ai lu pas mal d'articles sur les romans de Karine Giebel, tous assez élogieux, je m'attendais donc à découvrir un polar efficace et, si ce n'est original au moins captivant. Las, je tombe sur un ouvrage empli de clichés, de stéréotypes et dès la page 50 on sait qui a fait le coup et pourquoi -et encore, je dis page 50, mais je suis un peu lent... Je vous le dis ? Non, non n'insistez pas, on ne sait jamais, certains pourraient aimer et me reprocher d'avoir dévoiler le pot-aux-roses.

Personnages caricaturaux, situations déjà vues ou lues. Absolument rien d'original, ni dans le fond ni dans la forme. 515 pages de pures banalités, il faut s'accrocher un peu, moi, perso, ça me gave dès que j'ai trouvé la solution, alors, franchement, hors de question de me fader la totalité de l'ouvrage. Je lis vite, en diagonale, pour arriver à la solution, qui oh miracle est totalement différente de ce que j'avais pensé... Euh, en fait non, c'est tout comme j'avais prévu. Déception de bout en bout !

Voir les commentaires

Troubles

Publié le par Yv

Troubles, Jesper Stein, Piranha, 2016 (traduit par Jean Renaud).....

2007, Copenhague est en émoi, la police a délogé le squat nommé la "Maison des jeunes". Suivent des heurts, des manifestations violentes dans lesquels la police est toujours mise en cause par les journalistes et les manifestants. En plein milieu de la zone de conflit, un cadavre est découvert, dans un cimetière, adossé à un mur, étranglé. Tout laisse à croire que c'est un policier qui a fait le coup. Axel Steen, flic de la criminelle, solitaire et pas conventionnel, qui habite dans le quartier en révolte est chargé de l'enquête.

Il y a un moment que je n'avais pas lu un aussi bon polar venu du nord. Il y eut une très belle période avec les Mankell, Indridason et autres Scandinaves talentueux, puis la mode nous a aussi envoyé des romans moins aboutis, qui surfaient sur l'engouement. Puis une nouvelle salve de bons est arrivée avec Adler Olsen notamment et même des Français s'y sont mis (Olivier Truc, par exemple). Si j'écris ce petit préambule, c'est que ce Troubles est de manière évidente dans cette lignée de bons romans noirs qui s'intègrent dans un pays, une société. Le contexte est ultra présent, il est à la fois un moyen de connaître le pays, les préoccupations des Danois, leurs difficultés à accepter le changement de société qui a cours depuis plusieurs années avec la mondialisation, la circulation rapide des informations, des biens et des personnes. Ce contexte social, politique cache au départ les vraies raisons du meurtre, puis au fur et à mesure qu'on se dirige vers un trafic de drogue, le milieu activiste, celui qui manifeste dans les rues reste soupçonné. L'intrigue est dense, aux multiples ramifications qui nous empêchent de trouver le ou les coupable(s) avant Axel Steen, et pourtant, on a des indices supplémentaires...

Axel Steen est un flic peu ordinaire, mais on a déjà pu en rencontrer d'autres du même type : vie privée chaotique, vie professionnelle qui ne suit pas la pente naturelle vers le haut pour cause de travail personnel, de méthodes toujours à la limite des procédures voire carrément en dehors, d'un manque de respect pour la hiérarchie... mais tout cela est fait pour la recherche de la vérité, pour l'élucidation des meurtres, par égards pour les victimes et leurs familles. Il est comme ça Axel, entier et totalement dévoué à son travail. Il fait équipe avec un procédurier qui se révélera très loyal, même si sa description et son nom prêtent à sourire : "C'était l'inspecteur qui portait le pantalon le plus moulant de la police danoise. Il lui remontait si haut dans l'entrejambe qu'on se serait attendu que sa bouche émette un chant de castrat chaque fois qu'il l'ouvrait. Cette étroite enfourchure était l'objet de bien des commérages entre haut et bas -notamment chez les collègues féminines- car on distinguait le renflement de sa bite, enroulée comme un serpent assoupi du côté gauche. Et l'intérêt était d'autant plus grand que John Darling avait l'allure d'un vrai mannequin." (p.26)

Je pourrais aussi vous parler de la rivalité entre la police criminelle et le Renseignement, de toutes les pages consacrées au financement du terrorisme international, de celles qui concerne le trafic de drogue, de la défiance des Danois envers les immigrés (là-dessus, nous n'avons pas de leçon à donner), de Christinia, ce quartier autoproclamé "ville libre" depuis les années 1970 et qui fonctionne toujours, des visites de la ville en compagnie d'Axel Steen dans des rues aux noms impossibles à lire -alors à prononcer...

Je pourrais aussi vous signaler que ce roman est le premier d'une série, que d'autres sont déjà écrits et pas encore traduits et que j'espère très fortement que Piranha aura la bonne idée de refaire appel à Jean Renaud pour traduire la suite que je lirai avec très très grand plaisir, tant ce premier tome est annonceur d'une excellent série. Vivement le retour d'Axel Steen !

Voir les commentaires

Notre quelque part

Publié le par Yv

Notre quelque part, Nii Ayikei Parkes, Zulma poche 2016, (Zulma, 2014), (traduit par Sika Fakambi).....

Lorsque la maîtresse d'un ministre ghanéen est de passage dans le village de Sonokrom et qu'elle découvre horrifiée dans la case d'un certain Koffi Atta, un morceau de chair apparemment humaine sanguinolente, elle est dans tous ses états et son amant veut lui apporter des réponses. C'est le jeune diplômé de médecine légale, Kayo qui est désigné volontaire pour faire les constatations et mener l'enquête. Kayo arrive dans le village et plutôt que de jouer les cadors, il salue les anciens et se met à l'écoute de l'un d'entre eux, chasseur et raconteur d'histoires, Yao Poku.

Kayo, de son vrai prénom Kwadwo est allé faire ses études en Angleterre et est revenu au Ghana pour travailler. Mais, il bosse pour un laboratoire n'ayant pas été recruté pour être médecin légiste à Accra la capitale du pays. Un concours de circonstance l'amène à enquêter dans ce village. Fort de son éducation, il aurait pu snober les habitants, mais au contraire, il les écoute et c'est ainsi qu'il avancera dans ses investigations. J'ai souvenance d'une nouvelle parue dans un recueil Nouvelles de Côte d'Ivoire, dans laquelle, un peu de la même manière, un jeune golden boy revenait dans son village d'origine et retrouvait les gestes et le goût de la simplicité, des croyances et des coutumes de ses aïeux. C'est la rencontre de deux mondes, le Ghana ancien et le moderne que nous narre Nii Ayikei Parkes. Il décrit fort joliment l'un comme l'autre et le télescopage n'est pas si violent que cela, avec de l'écoute et de la compréhension, les deux mondes se côtoient et vivent ensemble.

Pour raconter son histoire, le romancier joue avec les codes du polar, puisqu'enquête il y a, avec les plaies de certains pays d'Afrique -pas chez nous, non, nous en Europe... c'est comment dire ? c'est pas pareil- : corruption, intimidation, régime autoritaire qui ne supporte donc pas la moindre contrariété ou contradiction, argent qui passe de mains douteuses en d'autres mains douteuses, ..., avec les codes du roman d'initiation, du conte du griot et avec les différences entre les cultures occidentale et africaine. C'est très bien vu et très bien fait. C'est assez drôle dans les dialogues, léger et vif :

"Bon, mon ami, veuillez décliner vos nom, prénoms et profession.

- Kayo Odamtten. Je travaille dans un laboratoire scientifique.

- C'est ça le nom que votre père a trouvé pour vous faire sortir au grand jour ?"

Il y avait dans la voix du sergent un mélange d'agacement, d'amusement et de cynisme.

"Donnez-moi votre vrai nom.

- Kwadwo Okai Odamtten." (p.75)

La langue de Nii Ayikei Parkes est métissée lorsqu'il fait parler ou intervenir Yao Pokou, le vieux chasseur du village. Je dois même confesser que le premier chapitre m'a troublé, déstabilisé, mais je voudrais inciter ici tout futur lecteur à passer au-dessus de cet éventuel écueil, parce que la suite vaut le détour, largement, très largement, très très largement. Il faut saluer le travail de la traductrice Sika Fakambi qui a dû se torturer les méninges pour reproduire la vitalité et le métissage du style de l'auteur.

Encore une fois les éditions Zulma publient un très joli livre, dépaysant, original, formidable. Et en plus, il sort en poche... Pourquoi se priver ?

Voir les commentaires

Je vis je meurs

Publié le par Yv

Je vis je meurs, Philippe Hauret, Jigal polar, 2016...

Serge la soixantaine tout juste entamée, veuf, désabusé, tombe sous le charme de Janis, la serveuse de son bar habituel. Mais la jeune femme vit avec José, un homme violent mêlé de très prêt à un réseau de drogue. La fréquentation de Janis ne sera pas de tout repos pour Serge.

Franck Mattis est un flic à la ramasse, au bord de l'implosion. Tous les travers à éviter, il fonce droit dedans. C'est en enquêtant sur une affaire de drogue qu'il croise la route de José avant que celui-ci ne disparaisse.

Un roman noir qui débute doucement avec des personnages ordinaires, blasés, désabusés qu'une petite étincelle saura remettre en vie au moins pour un moment, celui de cette histoire. Confrontés à la médiocrité de leur vie, à la monotonie, ils s'enfoncent irrémédiablement dans une certaine torpeur, se laissent aller à la dérive sans rien faire, tout en s'apercevant bien qu'ils sombrent, comme s'il leur était impossible d'agir seuls, de lutter seuls contre l'inéluctabilité de leur destin. Un fait, pas toujours joyeux ou une conséquence malheureuse de leurs actes les obligera à enfin réagir pour se retrouver dans des situations difficiles et dangereuses qui leur permettront de sentir de nouveau la vie et tout ce qu'il leur reste à accomplir.

Dit comme cela, ça ne paraît pas hyper gai. De fait, ça ne l'est pas. C'est du roman noir dans lequel la drogue, le sexe et l'alcool sont omniprésents. L'alcool particulièrement, je ne bois pas en une semaine -voire en un mois- ce que certains éclusent en une soirée... heureusement pour mon foie. Histoire classique, écriture itou. Pas de grosses surprises, ce n'est pas un roman qui fait grimper aux rideaux -ce qu'il vaut mieux éviter de faire, sauf à vouloir se retrouver par terre, enroulé dans des voilages et assommé par une tringle qui n'aura pas supporté notre poids-, mais il est du genre qui se lit très agréablement de bout en bout. Ce qui est surtout notable et bien travaillé, c'est l'évolution des personnages principaux, leur prise de conscience de leur descente et l'aide apportée de l'extérieur dont ils se saisissent pour tenter de remonter la pente.

Un roman noir publié chez Jigal polar c'est forcément bien, celui-ci n'est pas une exception. Un auteur que je relirai très volontiers.

Les toutes premières lignes :

"Le lieutenant de police Franck Mattis somnolait sur le siège passager d'une voiture de type utilitaire aux vitres sans tain. Il planquait, avec Rémi, son coéquipier, devant un immeuble haussmannien de la rue d'Alésia dans le 14° arrondissement de Paris." (p.9)

Voir les commentaires

Gauguin mort ou vif

Publié le par Yv

Gauguin mort ou vif, Marie Devois, Cohen&Cohen, 2016....,

Alors qu'il se promène sur le chemin des peintres au Pouldu, Luc Péron voit sur une plage, un corps. Un homme grand et fort, manifestement mort. Des affaires et un plateau de jeu de l'oie proches de lui. Luc appelle la gendarmerie. A peine le temps de se retourner et le corps a disparu. Mais Luc a une bonne mémoire et décrit très fidèlement les tatouages vus sur le supposé cadavre. Un tatoueur de Quimper se souvient les avoir dessinés. Puis, se sont quelques événements d'apparence moindre qui se déroulent dans un musée. Quel(s) lien(s) entre toutes ces affaires. Ce sera aux gendarmes, puis au commandant de police Paul Magnin et au procureur Stern de démêler cet écheveau.

Nouveau titre de la collection Art noir chez Cohen&Cohen. Nouvelle belle lecture, cette fois-ci comme son titre l'indique, autour de Paul Gauguin. Alambiqué, très habile et original dans sa construction, ce polar ne se lâche pas une fois ouvert. De nombreux intervenants dont on se demande ce qu'ils font là avant que l'auteure ne vienne nous l'expliquer. Elle procède de la même manière en nous énonçant des faits qu'on ne comprend pas trop avant de tout éclaircir avec les pages suivantes : le premier chapitre peut décontenancer un brin, mais très vite, on retombe sur ses pieds. En fait, on avance au rythme des enquêteurs au début du roman et puis on entre petit à petit dans la tête du manipulateur sans tout comprendre au départ, ce procédé, largement utilisé par d'autres auteurs de polars rajoute du suspense car on est à la fois dans la tête des enquêteurs qui ne comprennent pas tout et dans celle de celui qu'ils recherchent qui sait tout mais n'en dit que peu. Le suspense ne tombe qu'à la toute fin, l'originalité de l'intrigue est alors dévoilée et ne déçoit pas malgré toutes les attentes qu'elle a suscitées.

En prime à cette intrigue bien menée et magistralement maîtrisée, Marie Devois nous dévoile Paul Gauguin sous un jour nouveau. Le peintre est bien sûr décrit dans son travail, mais aussi dans sa vie privée, ses bassesses par jalousie, son goût des très jeunes filles-modèles aux Marquises : "Il écrit qu'il est venu aux îles Marquises car on peut y trouver des modèles pour une poignée de bonbons. Des gamines sans défense, des filles toujours plus jeunes qu'il entraîne à l'étage de sa case entièrement tapissée de photos porno pour leur faire l'amour. Quel porc ! Quant tu sais qu'en plus il était syphilitique et qu'il avait le corps couvert de plaies..." (p.163) Son œuvre reste, bien sûr, mais l'homme descend de son piédestal, il fut, d'après ce qu'on lit dans ce roman, un type détestable.

Cette collection Art noir est vraiment très réussie, Marie Devois y collabore pour la troisième fois -je n'ai pas lu les deux précédents. Un roman noir dans le monde de l'art c'est toujours du plaisir de lecture et du suspense associés à de la culture. Et malgré le thème central commun à toute la collection, les divers romans que j'ai eus entre les mains, outre le fait qu'ils m'ont tous plu, sont très différents dans l'écriture, l'artiste concerné, les intrigues, et les styles littéraires. ... Preuve qu'Art noir mérite toute notre attention.

Voir les commentaires

L'origine du crime

Publié le par Yv

L'origine du crime, Sébastien Lepetit, Flamant noir, 2016....

Le commissaire Bruno Morteau, pas insensible au charme d'une veuve récente -c'est lui qui a résolu le mystère de la mort de son mari- ne résiste pas à sa demande de fouiller un peu dans un dossier : la police vient de lui prendre un tableau, un Courbet, jugé volé voire faux, mais elle n'en croit pas un mot. Puis, un peintre que Morteau veut interroger meurt de manière rapide et étrange, et encore un autre cadavre apparaît... C'est un peu beaucoup pour une même affaire, Morteau assisté de Fabien Monceau, jeune lieutenant impétueux enquête.

La maison Flamant noir s'étoffe : après des polars humoristiques, du réalisme, du jazz, des thrillers, voici un polar doubiste pointilleux, qui explore toutes les pistes méticuleusement ; il pourrait être qualifié de drôle parfois, de réaliste parfois. Pour l'apprécier, il faut savoir prendre son temps ; le lieutenant Fabien Monceau qui ne sait pas le faire est plus d'une fois remis à sa place par Bruno Morteau. Si vous connaissez Besançon, Ornans, les plats et les vins régionaux, vous ne serez pas perdus parce que Morteau est un amateur de bonnes tables et de plats roboratifs accompagnés de savagnin et/ou de poulsard et ne dédaigne pas une bière entre les repas -enfin, une ou plusieurs. Si vous ne connaissez rien à cette région, ne vous inquiétez pas, ne fuyez pas, au contraire, vous aurez très envie d'aller la visiter, je parle d'expérience.

Morteau est alcoolique, divorcé, seul, son âge n'est pas dit, mais il a dépassé la cinquantaine, amoureux de sa région, rien ne pourra l'en faire sortir, il se plaît à nous la faire visiter. C'est un laborieux qui explore toutes les pistes, qui est donc lent et ne se base que sur les faits et jamais sur des hypothèses, des suppositions. Un acharné des faits qui recadre sans cesse son lieutenant qui lui, part tout de suite dans des déductions hâtives : "Morteau haussa les épaules et préféra ne pas polémiquer. Il aimait bien Monceau, mais cette façon de vouloir sauter directement aux conclusions sans prendre le temps de les étayer l'agaçait." (p.132) Ça tombe bien, moi non plus je n'aime pas les flics -dans les livres ou les séries- qui échafaudent tout de suite des hypothèses, c'est souvent tiré par les cheveux et lorsque la solution est au bout d'une de leurs idées, on voit la grosse ficelle. Donc Morteau est à mon goût, un mix de Maigret, Colombo, Wallander, le Doubs en plus, l'alcool itou ; il roule en 404 lorsqu'il ose conduire, est un peu négligé, mal rasé, mal sapé, ... Bon, j'avoue un petit -tout petit- agacement dans les répétitions des hypothèses de son second et des "remises en place" du commissaire, ça devient presque un peu "too much", mais passé cela, ce roman policier est très bien.

Après avoir parlé des personnages, parlons de l'intrigue. Titré L'origine du crime, sous-titré Deux enterrements à Ornans, il ne vous échappera pas que ce polar fait référence à Gustave Courbet, enfant du pays, qui a peint L'origine du monde et Un enterrement à Ornans, entre autres. Trafic de tableaux, faux ou volés ou les deux en même temps, tous en référence au peintre. Si vous ne connaissez que peu Courbet, eh bien, c'est comme pour le pays, vous ressortirez de ce polar un peu plus initiés. C'est quand même vachement bien ces romans qui, sous le prétexte de nous divertir avec un flic peu conventionnel et une intrigue policière, nous instruisent -ou vice-versa. En plus, dans celui-ci, vous n'avez la solution qu'en toute fin, bien difficile à découvrir avant que le commissaire Morteau ne l'énonce. Alors, pourquoi se priver ? Apprendre en se faisant plaisir et en se distrayant, il n'y a rien de mieux.

Voir les commentaires

Pères, fils, primates

Publié le par Yv

Pères, fils, primates, Jon Bilbao, Mirobole, 2016 (traduit par Marc Fernandez).....

En voyage au Mexique pour le mariage de son beau-père, Joanes attend un coup de téléphone crucial pour la survie de son entreprise de climatisation. Un ouragan est annoncé et l'hôtel dans lequel il séjourne avec sa femme, sa fille, son beau-père et sa femme est évacué vers Valladolid. lors d'un tour en voiture juste avant le départ, Joanes renverse une femelle chimpanzé, l'enterre dans la jungle et rentre mais trop tard, l'hôtel a été vidé. Il part en voiture, trouve sur la route l'un de ses ex-professeurs et sa femme handicapée. Il les prend à bord de son automobile. Commence alors une journée particulière avec ce professeur que Joanes juge coupable de quelque mauvaise action contre lui, lui ayant fait échapper le boulot particulièrement attrayant qu'il briguait juste à sa sortie de l'université.

Roman d'une descente aux enfers : jusqu'où l'homme peut s'abaisser pour obtenir ce qu'il veut et les conséquences des actes commis sur l'entourage ? Il débute simplement, une évacuation d'une ville à cause d'un ouragan : les habitants sont habitués et tout devrait se dérouler normalement mais quelques grains de sable d'abord assez éloignés les uns des autres viennent gripper un peu la belle mécanique. Et puis ces grains de sable, ces détails, se révèlent importants au fil de l'histoire et prennent tout leur sens, loin d'être anecdotiques.

Avec son idée, Jon Bilbao aurait pu en faire des tonnes, allonger son roman, ajouter des effets dramatiques ça et là, mais il a eu l'intelligence et le talent pour ne rien en faire. 217 pages, rien de trop, rien ne manque. Les personnages sonnent juste et les liens entre eux également. A part la présence de l'ouragan le livre est écrit avec une économie de moyens assez inhabituelle, l'auteur va à l'essentiel.

D'habitude lorsque je lis, je note des pages qui me marquent pour diverses raisons pour alimenter mon article. Là, je n'ai rien noté, non parce que je n'ai rien trouvé, mais parce que je me suis coulé totalement dans l'histoire subtilement amenée et menée, un peu à la manière de Sukkwan island de David Vann (toute comparaison gardée, les récits se ressemblent en certains points et notamment dans la construction qui va vers une inévitable catastrophe).

Je ne vais donc pas faire dans l'allongement que je reproche souvent à certains auteurs, mon article sera court -ouf, enfin, entends-je par ici-, juste, je cite le tout début, les premières phrases, mais faites-moi plaisir, n'hésitez pas à lire ce Pères, fils, primates, à la couverture très réussie comme toujours chez Mirobole :

"Les animaux se cachaient, ou peut-être avaient-ils senti ce qui allait arriver et avaient-ils fui à l'intérieur des terres en quête d'un refuge. Depuis son arrivée au Mexique, Joanes n'avait aperçu que des oiseaux, omniprésents et bruyants, et des lézards aux grandes pattes qui couraient partout autour de la piscine de l'hôtel. Aucune trace des anacondas, des jaguars et des singes qu'il avait espéré trouver là, s'exhibant juste pour lui, perchés au sommet des branches touffues." (p.9)

Voir les commentaires