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polar-noir

Indian psycho

Publié le par Yv

Indian psycho, Arun Krishnan, Asphalte, 2017 (traduit par Marthe Picard).....

Arjun Clarkson est un Indien qui vit aux États-Unis. Incarnation du rêve américain, Arjun issu d'une basse caste a été adopté par un couple d'Américains resté en Inde. Arjun mène une brillante carrière dans la publicité, mais un jour excédé par une remarque, il poignarde son ex-collègue Emily. Pour ne pas se faire soupçonner, il décide de poignarder le petit ami d'Emily et de faire croire à un tueur qui choisit ses victimes sur le réseau social le plus connu, Myface.

Génial ! Je me suis régalé de bout en bout avec ce polar qui est d'une modernité incroyable, qui joue avec les nouveaux codes de communication, qui n'est pas tendre avec la société étasunienne -je pourrais largement étendre à nos sociétés européennes qui lui ressemblent- ni avec la vie en Inde, les castes, les codes qui semblent dépassés, les conservatismes. "Au croisement de la 73e Rue et de Roosevelt Avenue, deux chiens s'accouplaient, sous les encouragements d'un petit groupe de Pakistanais qui traînait devant le snack Kabab King. Les immigrés regardaient les chiens baiser dans la rue. Les Américains regardaient les Kardashian baiser à la télé. Voltaire avait raison. Il faut bien que les hommes aient un peu corrompu la nature, car ils ne sont point nés loups, et ils sont devenus loups." (p.56) Le constat d'Arun Krishnan est implacable sur les places de chacun, les minorités sont dans les postes les moins intéressants, ses membres ont tendance à se regrouper, ils sont victimes du racisme quotidien. Il l'est également sur la place des réseaux sociaux, sur l'ultra-connection, la technologie qui nous envahit. Le roman questionne sur le sens de la vie en société, sur les relations humaines, sur une certaine idée de société qui nous envahit : publicité à outrance sur tous les supports, multiplication de ces supports, ...

L'autre partie extrêmement réjouissante de ce roman, c'est la partie polar, thriller. Le narrateur est le tueur et il est glaçant, flippant dans ses obsessions, son manque d'empathie, sa psychopathie, ses desseins. Il tue presque par hasard, comme s'il était obligé, même pas par plaisir juste pour ne pas se faire soupçonner. Et comme il est distrait, il a tendance à laisser des indices contre lui, donc à tuer de nouveau. Tout cela est dit de manière assez légère, décalée, comique. Dans sa tête, le lecteur a droit à tous ses cheminements de pensée, ses délires, ses questions et sa manière d'envisager le monde en général et sa vie en particulier. Il faut dire que le jeune homme est né dans une basse caste indienne qu'il a été adopté et élevé par un homme bon mais effacé et une femme vicieuse et perverse, ce qui peut sans doute expliquer une partie de ses agissements. Arrivé aux États-Unis, il se retrouve dans un pays où chacun peut se comporter comme il le veut, mais Arjun est très introverti, inhibé et s'insérer dans cette population lui est difficile. Il réagit encore avec ses repères éducatifs et culturels.

Arun Krishnan dresse un portrait angoissant d'un jeune homme prêt à tout pour exister, pour réussir. Il le fait avec brio, alternant les moments de tension et pas mal de traits d'humour. J'ai été totalement accaparé par l'intrigue, le suspense et totalement incapable de prévoir la fin ; en fait, plusieurs options sont envisageables, je n'ai jamais su choisir et je me suis laissé porter par le romancier. Il m'a mené exactement là où il voulait dans un rythme loin d'être soutenu mais que je n'ai pas pu lâcher. Je l'ai lu attentivement, chaque mot, chaque phrase pour ne rien rater, pas un indice, pas une digression, pas une remarque du héros. Tout est passionnant : "En arrivant en Amérique, un immigré traverse trois phases. D'abord, il est démocrate. Après tout, c'est le parti le plus ouvert et le plus accueillant. Puis l'immigré commence à bien gagner sa vie et passe à la deuxième phase : il devient républicain. Comment ces pourris de démocrates osent-ils redistribuer sa richesse et étouffer la libre entreprise ? Quand l'immigré gagne plus de vingt-cinq millions de dollars, il passe à la troisième phase : il cesse de se soucier des êtres humains et commence à s'intéresser exclusivement aux baleines." (p.249)

Un polar formidablement traduit (Marthe Picard) et paru chez Asphalte. J'en fais un coup de cœur, un roman moderne et drôle, original avec une bande-son incroyable -il faut aimer le jazz ou au moins avoir envie d'en écouter- que vous pouvez retrouver sur le site de l'éditeur et que j'écoute en écrivant ce billet.

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Dans l'ombre du viaduc

Publié le par Yv

Dans l'ombre du viaduc, Alain Delmas, Intervalles, 2017

1957, Arnaud Madrier, jeune ingénieur est envoyé en Espagne, à Valence, pour un chantier. Se liant d'amitié avec Paco, celui-ci l'invite à passer quelques jours à Teruel son village natal pour assister à la feria. Teruel, c'est aussi le village dans lequel le père d'Arnaud a combattu pendant la guerre d'Espagne, dans les Brigades Internationales avant de disparaître mystérieusement. Arnaud veut profiter de ce séjour pour comprendre cette disparition, mais vingt ans après les faits, sa présence dérange encore. En plus, il tombe amoureux d'Inès, la fille du maire.

Roman noir, roman sur la quête de l'identité, des origines et de l'histoire de ses parents. Peut-on en être fier ? Doit-on en avoir honte ou peur ou la rejeter ? Doit-on vivre avec le poids des fautes et des erreurs de ses parents, doit-on ou peut-on s'en affranchir ?

Voilà, c'est un peu tout cela ce roman et plein d'autres choses, sur l'amitié, l'amour, la haine, la vengeance, la trahison. Très bien fait, tout commence comme un séjour plaisant dans un charmant village espagnol et la tension monte crescendo, quasi imperceptible au départ puis de plus en plus prégnante. L'intensité est surtout due aux rapports entre les personnages, Paco et Arnaud en particulier. Au fur et à mesure qu'ils se découvrent et apprennent leur histoire leur amitié se renforce mais explose également. Paco est un sanguin qui réagit très vite, contrairement à Arnaud qui prend plus le temps de la réflexion.

Le rythme n'est pas haletant, c'est plus un polar d'ambiance que de situation. Point de courses poursuites, d'actions explosives, violentes, d'objets connectés -on est en 1957-, de bagarres à toutes les pages. L'Espagne est là, présente et très décrite. Franco est encore au pouvoir et l'on sent bien que les gens subissent, n'osent pas dire ou agir de peur de subir les foudres du pouvoir. L'homme fort de Teruel, représentant du caudillo, a les moyens de faire taire les plus téméraire, les plus combatifs.

Ce qui est très agréable dans ce roman, c'est le mélange bien dosé par Alain Delmas : le contexte géographique : Teruel et ses petites rues pittoresques ; le contexte culturel -même si je sais que ça va faire hurler de parler de culture à propos des corridas, mais il n'empêche que c'est culturel, même si l'on n'est contre la mise à mort de taureaux- ; le contexte historique : Franco est à la moitié de son règne, la guerre civile est encore récente et les blessures non refermées, les voisins peuvent s'être combattus durement et vivent maintenant à côté ; l'intrigue qui, si elle n'est pas insoupçonnable ni même hyper originale, est fort bien mise en scène et permet d'aller allègrement au bout des 288 pages sans jamais rechigner ; l'histoire d'amour compliquée est là également pour ajouter une part de drame et de douleur en même temps qu'une dose de sensualité, rien que la description d'Inès laisse le lecteur que je suis tout émoustillé.

Alain Delmas signe là son premier roman, publié chez Intervalles -beau choix-, très prometteur pour la suite.

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L'inconnu de Port Bélon

Publié le par Yv

L'inconnu de Port Bélon, Jean-Luc Bannalec, Presses de la cité, 2017 (traduit par Amélie de Maupeou)....

Un corps est vu par une promeneuse de Port Bélon, pas n'importe qui, Mlle Sophie Bandol, la célèbre actrice venue passer ses vieux jours dans ce petit coin de Bretagne, enfin, c'est ce qu'apprend le commissaire Georges Dupin, sous le charme de l'actrice. Le problème, c'est que le corps qu'elle a vu a disparu et que Sophie Bandol a quelques troubles de la mémoire... Néanmoins, Dupin commence à fureter dans le monde ostréicole. Lorsqu'un second cadavre est découvert dans les Monts d'Arrée, l'enquête prend une nouvelle tournure.

Quatrième enquête du commissaire Georges Dupin depuis cinq ans en Bretagne, en provenance directe de Paris. Après le très bon Un été à Pont-Aven, le Étrange printemps aux Glénan de même niveau et le un peu moins bon Les marais sanglants de Guérande, Dupin revient pour un bon cru. Si la Bretagne cherche un laudateur, un amoureux fou de cette région capable d'en faire une publicité très élogieuse, qu'elle ne cherche plus Jean-Luc Bannalec (écrivain allemand) est là. En bon chauvin (bon d'accord, je suis Nantais, mais quand même Breton), je suis évidemment tout à fait en accord avec tout ce qu'il écrit sur la région, sur les paysages à couper le souffle, sur la gastronomie -qui ne se limite pas aux galettes de sarrasin-, sur les Bretons gens étranges aux caractères bien trempés que semble bien aimer l'auteur : "Un point, cependant, était décisif : en règle générale, les Bretons étaient indifférents à l'eau du ciel. Une conduite très sage, selon Dupin. Ils n'étaient pas pour autant habitués à la pluie. Cette attitude reposait sur deux raisons essentielles : d'une part, il ne s'agissait tout de même que de météo. Il existait des choses plus importantes : la vie par exemple. Il ne serait venu à l'esprit de personne, ici, d'annuler l'une ou l'autre des nombreuses festivités traditionnelles à cause de quelques gouttes. D'autres part, les Bretons détestaient se laisser dicter quoi que ce soit par un élément extérieur, qu'il s'agisse du temps ou de mesures prises par un gouvernement centralisé. Une réplique était très populaire, quand on se plaignait du climat : "En Bretagne, il ne pleut que sur les cons."" (p.22). On frise parfois le dithyrambe, mais comme c'est dit par un non-Breton -qui mériterait d'être naturalisé ou au moins fait citoyen d'honneur- il faut le croire sur parole. Le contexte étant placé et formidablement décrit, qui prend une place très importante dans les romans de JL Bannalec, intéressons-nous aux personnages et à l'enquête. Georges Dupin est omniprésent et sa vie privée qui change est assez largement décrite. C'est bien, j'aime lorsqu'une série policière dresse des portraits assez forts et minutieux des personnages récurrents. On pourrait attendre un peu plus sur les collègues du commissaire, mais peut-être dans d'autres épisodes.

Pour l'enquête, elle avance doucement, toutes les pistes sont minutieusement suivies jusqu'à ce qu'elles débouchent sur des informations ou qu'elles soient abandonnées. Quatre jours d'enquête pour Dupin et son équipe dont sa fidèle et précieuse collaboratrice, puits de science bretonne, Nolwenn. Son adjoint Le Ber est assez calé également, et l'on apprend plein de choses sur les huitres, l'élevage, l'affinage, les différences entre les plates et les creuses, les différentes crises parfois très graves lorsque les exploitants sont vraiment menacés à cause d'une bactérie qui tue les mollusques. Vous ressortirez de ce roman en en sachant beaucoup plus sur l'ostréiculture et surtout avec l'envie de manger des huitres de Bretagne -mais pas que, il y a aussi tous les fruits de mer et toutes les spécialités qui font le bonheur des protagonistes. Finalement, ma seule -très relative- déception vient de la résolution de l'intrigue qui ressemble un peu à des choses déjà vues ou lues -ou alors c'est l'habitude de lire des polars et donc d'être moins surpris-, mais comme elle arrive en toute fin et que tout le reste est très bien, j'aurais tendance à pardonner au romancier. Néanmoins, s'il pouvait trouver des énigmes un peu plus pêchues, mon plaisir serait décuplé.

Un petit voyage en Bretagne vous tente ? Laissez-vous faire, Jean-Luc Bannalec et Georges Dupin vous guident.

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Choucroute maudite

Publié le par Yv

Choucroute maudite, Rita Falk, Mirobole, 2016, (traduit par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux).....

Viré de Munich pour sanction disciplinaire, Franz Eberhofer est flic dans la petite ville de Niederkaltenkirchen, sa ville natale en Bavière. Il habite la maison familiale entre son père, cossard fabuleux et sa grand-mère, la Mémé de toute la ville qui court les promotions en tout genre. Rêvant d'un minimum d'indépendance Franz tente d'aménager une annexe à la maison en habitation privée. Il passe ses journées à un boulot répétitif, sort Louis II, son chien toujours sur le même trajet chronométré. Lorsque les membres de la famille Neuhofer disparaissent l'un après l'autre et que leur terrain est vendu pour bâtir une station service, Franz flaire une embrouille. il se lance mollement sur une piste.

Polar allemand et très drôle. Une douce folie, un humour décalé, déjanté qui me font de l'effet à quasiment toutes les pages. Un coup les personnages totalement barrés, Franz en premier qui ne sait jamais s'il doit enquêter ou pas, qui a tendance à toujours croire le dernier qui a parlé. Sa Mémé ensuite qui lui impose de l'emmener dans tous les magasins du coin dès qu'il y a une promotion, quelle qu'elle soit. Son père, anti-tout sauf les Beatles qu'il écoute très fort et en boucle, sauf le joint qu'il allume dès que son fils de flic rentre, sauf les manifestations auxquelles il participe, peu importe le motif, il faut que ce soit une manifestation. Son frère Léopold qui en fait des caisses pour être le préféré du père. Et tous les habitants de Niederkaltenkirchen, du boucher au plombier en passant pas la secrétaire de mairie, plan cul de Franz (et vice-versa). Une autre fois, les situations, toutes plus cocasses les unes que les autres : les morts des Neuhofer, pas banales ou cette soirée où la femme de Léopold fait des avances à Franz : "Un moment, je sens son pied à travers son collant sur mes parties intimes, tant et si bien que les yeux m'en sortent de la tête. Je dois tousser, j'ai du mal à avaler ma quenelle qui se coince dans ma gorge. Quand je me lève, un fil mauve de son collant est coincé dans ma fermeture éclair et son bas est filé. Et bien que la Mémé hurle : "Regarde mon garçon, tu as un fil mauve à ta braguette ! " et plus tard : "Regarde Roxanna, tu as une maille filée à ton collant ! ", personne ne remarque rien." (p.15). Ou encore cette soirée où Franz est appelé par la supposée propriétaire du domaine Sonnleitner qui a vu du monde dans sa propriété : "Bon, alors je relève d'abord les identités. [...] Prénom : Mercedes. Mercedes ! Benz ! Vingt-huit ans, un mètre soixante et un, soixante-deux, cinquante et un kilos. Cheveux brun foncé. Yeux bleus. Elle répond impeccablement à tout. Ce n'est qu'à la question sur le tour de poitrine qu'elle marque la surprise." (p.21)

Ajoutez des dialogues savoureux, des décalages permanents et ce côté looser de Franz qui le rend à la fois sympathique, attachant, touchant et très chanceux et vous obtenez un roman réjouissant de bout en bout. On me dit que Rita Falk a écrit toute une série avec Franz Eberhofer. Cette Choucroute maudite date de 2010, si Mirobole a l'excellente idée de traduire et publier les autres, je suis preneur les yeux fermés -juste rouverts pour lire. On me dit aussi -décidément on est bavard- que des films ont été tirés de cette série et notamment du roman en question -mais disponibles en allemand, ach, mes vieux reste de germaniste médiocre ne suffiront pas, il faut que je trouve une version sous-titrée-, j'ai vu une bande annonce qui semble très fidèle : je veux le voir !

Mon ami Eric est au moins aussi enthousiaste que moi; allez voir son blog Débredinages.

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Ça coince ! (38)

Publié le par Yv

Un bref moment d'héroïsme, Cédric Fabre, sang neuf (Plon), 2017.,

Marseille, lorsqu'un élu veut faire un discours, une bande d'individus commence des combats à mains nus, empêchant la manifestation de se dérouler et l'élu de s'exprimer. Arborant des T-shirts sur lesquels certains propos du politique sont imprimés, les combattants entendent lutter contre la vacuité des propos et des actes, le cynisme des politiciens ne cherchant qu'à se faire réélire. Lang, l'un des protagonistes rencontre un jour Awa, une jeune femme qu'il a connue longtemps auparavant et qui lui demande de s'occuper de son fils Arsène.

Mais que m'arrive-t-il pour ne pas parvenir à m'intéresser à ce titre ? Tout est là pour moi pourtant. Mais, de fait, dès le début, je n'accroche pas et je trouve que le romancier s'embourbe dans des répétitions, des longueurs. Il est bavard et radoteur. Je n'ai rien contre les digressions, les parenthèses, les théories sur le sens de la vie, sur la difficulté de vivre lorsqu'on a plus de boulot, de toit et qu'on ne croit plus vraiment en quelque chose... mais c'est sans doute la manière de l'écrire qui ne passe pas. Je ne sais pas, je n'y crois pas, je ne me projette jamais et pour être franc, ne réussis pas à avoir une quelconque envie de connaître la fin de l'histoire. Tant pis.

Le gang des honnêtes gens, Pierre Nemours, French pulp, 2017..,

Paul Récord vient d'être remplacé au poste très intéressant qu'il occupait par un plus jeune que lui. Depuis, il envisage un gros coup, cambrioler une banque. Pour cela il s'adjoint les services d'un employé de cette banque qui a besoin d'argent pour soigner sa fille très handicapée, d'un flicqui peut se procurer les plans de sécurité de l'établissement et d'un quatrième larron.

Pas mal sur le papier ce roman se révèle assez vite un peu longuet et pas au meilleur niveau des productions des années 70/80. Pierre Nemours (1920/1982) fut un écrivain productif et populaire, mais je ne suis pas certain que ce titre fut l'un de ses plus grands succès. Il traîne en longueurs et j'ai peiné à m'y intéresser totalement. Le cambriolage se monte doucement, très doucement, et de ce temps, l'auteur ne profite pas pour vraiment dresser de vrais portraits de ses personnages qui resteront toujours un peu vides.

Le roman s'emballe sur la fin et finalement seule la dernière partie, celle qui concerne l'après-cambriolage est vraiment passionnante et haletante (enfin, tout cela est très personnel et ce livre pourra plaire à certains). Un peu tard, il eût été bon que le suspense naquît bien en amont de l'épilogue.

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La religion des ratés

Publié le par Yv

La religion des ratés, Nick Toshes, Folio, 2011 (Gallimard, 1996), (traduit par Jean Esch)...

"Louie est un petit arnaqueur de second rang qui entretient des rapports difficiles avec sa maîtresse. Sa seule lumière, c'est son grand-oncle Giovanni, une gloire locale de la mafia new-yorkaise, spécialisée dans les arnaques à la loterie. Giovanni a une nouvelle idée d'arnaque, un plan pour détourner plusieurs millions de dollars à la loterie d’État. L'ennui c'est que plus le gâteau est gros, plus les rats sont nombreux..." (4ème de couverture)

C'est Sibylline, du site Lecture-Ecriture qui m'a récemment interpellé car l'auteur du mois (en fait avril et mai) sur son site, c'est Nick Toshes et qu'elle était étonnée de ne rien voir de lui chez moi. Normal, je ne connaissais pas. Nick Toshes est poète, écrivain, biographe et journaliste spécialiste du rock étasunien. Dans sa bibliographie, j'ai choisi son premier roman, écrit en 1988 et traduit chez Gallimard en 1996 (il aurait bénéficié d'une première traduction et sortie chez Gérard de Villiers en 1989, sous le titre Les pièges de la nuit, si Wikipédia dit vrai).

Voilà un vrai roman étasunien, ça fleure New-York, les petites arnaques, les bars louches et leur fréquentation de drogués, alcooliques, joueurs, filles cherchant un mec pour la soirée et inversement, ... Les rues sont pleines de gens pauvres, largués par la société, qui se débrouillent. Et au milieu de tout cela Louie se promène, tente de récupérer l'argent qu'il a prêté, il s'est lancé dans la carrière d'usurier, mais Louie est trop gentil, n'a ni les méthodes ni la violence des usurier habituels, l'argent ne rentre donc pas si facilement...

C'est un roman noir, mais pas seulement, Nick Toshes s'attarde longuement sur des pans entiers de la société new-yorkaise, sur le racisme, le sexisme, le machisme, le féminisme, la pauvreté. C'est un langage direct, oral qui lorgne parfois très franchement sur la poésie. On visualise bien les situations, les dialogues pourraient être filmés, ils sont souvent drôles :

"L'amour par téléphone, déclara le vieil homme d'un air solennel. C'est nouveau. Tu appelles, tu payes et la nana te cause. Ils en ont parlé à la télé dans l'émission de Donahue l'autre jour. Tu te rends compte ? Payer une bonne femme pour qu'elle cause ! C'est comme payer un oiseau pour voler !" (p.58)

Certes, un peu machiste, mais c'est un peu le genre qui veut cela, on reste dans le genre roman noir étasunien des années 80/90, très masculin. Ma réserve -assez importante tout de même- viendrait de l'arnaque montée par Giovanni et que l'auteur raconte par le menu, et là, je dois dire que je fus largué, c'est technique et finalement peu important -pour moi (les chiffres, les chiffres, décidément ce n'est pas mon truc). Je suis parvenu à saisir l'essentiel du message sans comprendre l'arnaque dans les détails, j'avoue même avoir passé les -nombreuses- pages la décrivant assez vite.

Malgré cela, je me dois ici de remercier Sibylline, car grâce à elle, j'ai découvert un auteur qui dans  un genre parfois un peu superficiel se distingue par la profondeur de son propos et de ses personnages. Pas si mal.

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Les bras cassés

Publié le par Yv

Les bras cassés, Yann Le Poulichet, Denoël, 2017...,

Lorsque Jules répond au téléphone dans l'appartement qu'il loue avec ses deux potes Virgil et Nico, il a oublié que l'ancien locataire était un détective privé, et lorsque la voix lui demande s'il exerce cette profession, il ne peut s'empêcher de répondre par l'affirmative. Partant sur un banal adultère, le voici embarqué dans une enquête beaucoup plus compliquée dans laquelle des coups, un enlèvement et des cadavres apparaissent. Une histoire qui dépasse le trio qui va pourtant devoir faire face.

Pas inoubliable mais loin d'être désagréable, tel pourrait être mon résumé laconique de ce roman. Il démarre très fort, un langage jeune, moderne, pas mal d'humour dans les personnages un peu décalés, dans les expressions, je me dis que je vais passer un excellent moment.

"Finalement, il est sorti à la suivante, à la hauteur de Longjumeau. en voyant le panneau, je me suis dit que c'était la ville où les 2Be3 avaient passé leur enfance. Puis je me suis demandé comment je pouvais savoir un truc pareil, c'était pas vraiment ma génération ces trois couillons. Ça m'a un peu turlupiné en suivant de pas trop loin la Mercedes. Pas longtemps." (p.19)

Ce qui est le cas jusqu'au milieu du livre, et puis, un petit coup de mou, je ne sais pas si c'est le mien ou celui du romancier. Des longueurs, des répétitions, on tourne en rond, comme les trois copains d'ailleurs. Il y a toujours ici et là des pages plus intéressantes, plus drôles, même si cette fin de roman est nettement moins légère que son début. Je frôle l'agacement et l'épuisement lorsque la petite lueur -l'indice- vient mettre le feu au final et je retrouve de l'allant pour aller au bout des aventures de Jules, Virgil et Nico.

Globalement, je garderai l'idée d'un roman agréable, un peu long (les 280 pages auraient pu être condensées), des mecs sympas, décalés, un peu glandeurs, pas mal alcoolisés, perdus et qui se découvrent des ressources qu'ils ne soupçonnaient pas, des amateurs quoi ; c'est cela qui les rend touchants, attachants et sympathiques. On n'a pas envie qu'il leur arrive des bricoles, ils pourraient être nos fils, neveux, frères, cousins (rayez la mention inutile). Des à-peine trentenaires qui découvrent la vie, une sorte de roman initiatique moderne, très ancré dans la société actuelle.

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Nocturne au Louvre

Publié le par Yv

Nocturne au Louvre, Brigitte Joseph-Jeanneney, Cohen&Cohen, 2017.....

Lorsque Nicolas Lesur, en cette fin d'année 1995, prend ses fonctions de directeur de la sécurité du Louvre, la France est paralysée par des grèves contre la politique du 1er ministre d'alors, Alain Juppé. Mais ce qui va directement occuper le nouveau directeur, c'est qu'à peiné arrivé, des tableaux sont dévissés et pendent dangereusement vers le sol. Tout se passe la nuit sans que rien en soit décelé. Diane, une copiste séduisante intrigue Nicolas par ses attitudes et ses relations. Saura-t-il résoudre l'énigme et s'assurer ainsi de son poste ?

Comme toujours dans la collection Art noir de chez Cohen&Cohen, l'art est au cœur de l'intrigue. Cette fois-ci, plus qu'une œuvre ou qu'un peintre, c'est tout le musée du Louvre qui est le lieu quasi unique du roman. Si le fond du problème peut sembler anodin aux amateurs de thrillers, de polars avec des morts à toutes les pages, l'enquête n'a pourtant rien à envier à ces ouvrages. Ce coté un peu léger fait même mon bonheur, car je peux lire tranquillement les aventures de Nicolas Lesur sans craindre un déferlement de violence. Et puis en prime, Brigitte Joseph-Jeanneney nous fait la visite du Louvre, parle de certaines œuvres, des célèbres et d'autres moins, La Joconde bien sûr, Le radeau de la méduse itou, ... mais on suit aussi en partie les visites d'une charmante conférencière qui s'intéresse -et nous intéresse- à la collection du marquis Giovanni Pietro Campana Di Cavelli. Son histoire est passionnante et véridique : collectionneur compulsif, arrêté et sauvé par Napoléon III, l'auteure en parle formidablement bien.

Son roman tourne parfaitement, il aurait pu aller jusqu'au bout sans que je me lasse, mais une belle surprise, un retournement final permet de prendre encore plus de plaisir aux dernières pages. Finalement assez original ce polar qui ne pet en scène aucune mort, aucune torture. Il est ancré dans le quotidien du Louvre, certes un peu bousculé, mais dans un rythme tranquille ; on est plus dans un bon Columbo que dans un épisode d'une série virevoltante. Et du coup c'est reposant et ça fait un bien fou.

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Le cave du Vatican

Publié le par Yv

Le cave du Vatican, Etienne Liebig, La Musardine, 2017.....

Lorna Wajda est flic à Paris. Elle affiche de très bons résultats dans son travail n'hésitant pas à donner de son corps pour obtenir des renseignements. Lorsque son nouveau chef lui apprend qu'elle doit aller enquêter au Vatican où le corps d'un ressortissant français bien connu des services de police et de Lorna vient d'être retrouvé, elle se fait une joie d'aller dans la ville de l'amour. Mais le commissaire lui adjoint Pierre-Paul Glossu, un collègue lourdingue, ce qui freine un peu son entrain.

Etienne Liebig  est un auteur dont je n'ai pas soupé -désolé, il fallait que je la fasse sinon, elle m'aurait pollué toute la rédaction de ma recension- et dont j'ai déjà lu et commenté Les contes de mémé lubrique eux-mêmes parus à La musardine. Après le conte, le voici dans le polar et le moins que je puisse dire c'est que ça lui réussit bien. Alors, évidemment, la première référence qui vienne en tête, c'est San-Antonio. J'imagine que c'est assumé, mais de toutes façons Frédéric Dard a tellement marqué le genre qu'à chaque fois qu'un romancier voudra écrire un polar avec de l'argot, des personnages hauts en couleurs et du sexe, il en passera sûrement par là. Maintenant qu'elle est évacuée, passons au roman lui-même. Lorna est belle, intelligente efficace et pas avare de ses charmes, mais bon, pas avec n'importe qui quand même... quoique... Imaginez-la au Vatican dans ce lieu où les femmes ne sont pas les plus représentées, très portée sur la chose surtout lorsqu'elle rencontre des hommes auxquels cette chose est normalement interdite. Ah, l'interdit ! Que ne ferait un ecclésiastique -ou un autre- pour le braver, surtout lorsqu'il prend la jolie tournure et les jolies cambrures de Lorna ! Elle va mettre le feu aux caleçons des prêtres et au sein de la cité papale. Adjoignez-lui un flic un peu bas de plafond, mais opiniâtre et finalement moins con qu'il n'y paraît et le pape lui-même devra faire une apparition contrainte -et chaste- dans cette histoire.

Un pur bonheur que de lire les aventures de Lorna et Pierre-Paul. Drôles, enlevées, peu vêtues -mais je rassure les plus puritains d'entre vous, enfin ceux qui n'ont pas encore fui ce blog, il n'y en a pas à toutes les pages, l'enquête prime. Dialogues savoureux -merci Lorna de traduire Glossu, difficile de saisir son sabir-, enquête flirtant avec le mystique -je ne suis pas fan de ce genre, mais si c'est Lorna, je veux bien- menée jusqu'au bout de main de maîtresse si je puis m'exprimer ainsi, scènes chaudes, ... Comment ? Vous voudriez passer à côté ? Mais pourquoi diable ? Etienne Liebig m'a même redonné l'envie de relire San-Antonio.

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