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polar-noir

La Tribu

Publié le par Yv

La Tribu. La Maison des horreurs, Stéphanie Lepage, La Bourdonnaye, 2015...,

La maison des Monferreau est cachée dans une campagne profonde. Ceux qui se perdent dans les environs, de préférence la nuit, croient y trouver refuge. Mais lorsqu'ils voient la bâtisse, ils déchantent. Ils croient encore que c'est le malheureux hasard qui les a menés là, alors que tout est prévu. Chez les Monferreau, on vit en famille, à sept pour trois générations. Victor, le patriarche nonagénaire, ses trois filles et ses trois petits-enfants. Lorsqu'Anne et Ludo, en cavale, se retrouvent aux alentours de la maison à la poursuite de leur chien Jasper, ils comprennent que cette nuit changera totalement leurs vies.

La série Pulp chez La Bourdonnaye, ce sont des petits récits qui se présentent comme les feuilletons des temps anciens ou comme les séries télévisées des temps modernes. Des saisons et six épisodes par saison. On peut les acheter en papier ou numérique au choix. Puis, à la fin de la saison paraît l'intégrale, celle que j'ai en ma possession concerne la première de cette série d'horreur. Pourtant pas mon genre de lire -ni de dire- des horreurs, mais je dois avouer que j'ai bien aimé. Notamment parce que Stéphanie Lepage écrit son livre comme si elle nous racontait son histoire au creux de l'oreille ou alors à une assemblé tout ouïe. Elle met en place son suspense, puis prend le temps de revenir sur ses personnages pour nous en dire un peu plus -mais point trop, surprises à ménager-, sème des indices çà et là, revient dessus en en rajoutant d'autres et en les liant. C'est très bien fait. On sort de cette première saison avec pas mal d'interrogations sur le passé et l'avenir de la famille Monferreau et de ceux qui tournent autour. Exactement comme dans une série télévisée qui veut accrocher et retenir les téléspectateur.

Ce qui est bien également dans ce livre, c'est qu'on ne peut faire confiance à aucun des personnages ; ceux qu'on croit méchants ne le sont peut-être pas autant qu'on le pense ou alors ils sont encore pires que ce que l'on imagine ; ceux que l'on croit gentils ont aussi leurs parts d'ombre voire de totale noirceur. Tous nos codes véhiculés notamment par les séries états-uniennes très manichéennes avec des bons et des méchants volent en éclat, et tant mieux ! Stéphanie Lepage n'hésite pas à pousser les limites de la perversité avec Victor, le grand-père. Son récit n'est pas drôle du tout, un peu d'humour aurait sans doute allégé le texte, mais on serait alors tombé dans une parodie de La famille Adams, en plus gore. Mais n'ayez crainte, l'hémoglobine ne coule pas à toutes les pages, rien de pire que dans un thriller qui sont parfois bien plus sanguinolents que La Tribu.

Une belle collection pour des lectures rapides, enlevées et de très bonne qualité qui existe en version papier et en numérique sur le site de l'éditeur. Faites-vous plaisir et peur -ou plaisir en vous faisant peur- cet été sur la plage ou ailleurs.

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Ça coince ! (28)

Publié le par Yv

Le cercle des plumes assassines, J.J. Murphy, Éd. Baker Street, (traduit par Hélène Collon)..,

Dorothy Parker, critique, scénariste, poétesse fut un des membres actifs de la Table Ronde de l'Algonquin, un hôtel du New York des années vingt. Lorsqu'un critique est découvert mort sous cette table, elle se mêle de l'enquête au risque de se mettre en danger, elle et son nouvel ami, un jeune homme du sud venu dans cette grande vile pour tenter de se faire un nom dans l'écriture, William Faulkner.

Pas inintéressant ce roman, mais il y a un je-ne-sais-quoi qui ne m'y retient pas. Et pourtant, au départ, j'étais motivé : l'époque, la prohibition, l'ironie et le décalage de ces intellectuels new yorkais, ce détachement dont fait preuve Dorothy Parker, qui n'a pas le sou mais vit comme si elle en avait, à crédit et grâce à son bagou. C'est léger, drôle... et un peu vide. Je m'y suis ennuyé assez vite et malgré les beaux personnages le plaisir n'y est pas totalement. Peut-être aurait-il fallu en faire plus sur eux, sur l'époque, planter un contexte plus fort, plus présent, parce que l'intrigue en elle-même est fine ?

Néanmoins, ce roman peut plaire par son ton léger et optimiste, son écriture pour tous même si l'on ne connaît rien de ces années folles.

Sous les ponts, Michel Bouvier, Ravet-Anceau, 2015..,

Jean Clément vient d'être assassiné. Son ex-femme, Catherine est arrêtée par le capitaine Maugrart de la police de Lille qui ne sait pas trop quoi penser d'elle, sauf qu'il ne la croit pas coupable mais qu'il est certain qu'elle lui cache des choses importantes pour son enquête. Sophie, la fille de Catherine est choquée par cette arrestation, elle ne peut se l'expliquer.

J'ai lu et bien aimé les deux romans précédents de Michel Bouvier qui sait allier sens du rythme, personnages bien croqués et surtout une belle plume. Du polar littéraire (cf. le très beau Lambersart-sur-Deuil et Le silencieux). Pour ce troisième polar, tout partait très bien. J'y retrouvais cette belle langue qui me plaît et les deux narrateurs aux formes de discours très différentes, ça me plaisait aussi. Quelques descriptions rapides et excellentes "... Mme Chausson, une espèce de grande dinde toujours parée pour Noël, a fait les yeux ronds de celle qui débarque d'un voyage en Chine et n'a répondu que des sottises de mère poule offusquée." (p.21). Le rythme, lent, collait parfaitement aux méthodes du capitaine Maugrart. Et puis au bout d'un moment j'ai décroché, même les belles longues phrases ne m'ont pas retenu. 

Je suis désolé M. Bouvier, j'aurais tant aimé retrouvé en ce roman ce que j'avais trouvé dans les autres. Je note de manière positive votre changement de style, dans la continuité, avec un langage plus oral et plus familier pour Sophie, des anglicismes francisés -j'aime beaucoup, ça fait très Queneau- "ticheurte", "djinne", mais cela n'a pas suffit. Néanmoins, malgré cet échec de lecture, je vous relirai avec grand plaisir, du polar littéraire ce n'est pas tous les jours qu'on en a sous la main.

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Les vrais durs meurent aussi

Publié le par Yv

Les vrais durs meurent aussi, Maurice Gouiran, Jigal polar, 2015...., (grand format, 2008)

Les légionnaires à la retraite tombent comme des mouches en cet été caniculaire. Non point à cause de la chaleur, car ils sont simplement occis, égorgés, façon sourire kabyle, leurs attributs virils enfoncés dans la gorge. Quatre déjà viennent de mourir à Marseille. Clovis Narigou, journaliste qui n'aime rien autant que sa maison dans les montagnes loin des tumultes de la grande ville, en descend néanmoins pour aider son vieil ami Biscottin qui se sent menacé parce qu'il a recueilli les affaires du Polack, un ex-légionnaire qui se cache pour échapper à l'épidémie de meurtres.

Clovis Narigou, le héros récurrent de Maurice Gouiran est à l'oeuvre dans ce roman sorti en grand format en 2008 et édité en poche cette année, toujours par Jigal. Le principe de Maurice Gouiran est de plonger Clovis dans des histoires liées à la grande Histoire, celle du vingtième siècle. Ici, on parle beaucoup des guerres d'indépendance perdues par la France, Indochine et Algérie, dans lesquelles les légionnaires ont été particulièrement actifs. Pour les légionnaires, le corps auquel ils appartiennent passe avant tout ; ils viennent de divers horizons, ont des histoires dures et tout est oublié en entrant dans la Légion. Dès lors, on y retrouve des gens au passé trouble, surtout lorsqu'ils l'intègrent vers 1945. L'Indochine et particulièrement Dien Bien Phu furent mal vécus par les Français qui ont très rapidement été appelés en Algérie pour une guerre qui ne disait pas son nom et qui allait se révéler un même traumatisme pour eux et pour les Algériens. Maurice Gouiran parle de la torture que l'armée française a utilisée pour faire parler des indépendantistes algériens, du viol des femmes algériennes, tout cela pour garder un territoire qui devait rapporter, au moins aux colons ; ainsi parle Zouba, un ancien de l'Armée de Libération Nationale : "Mes grands-parents étaient autrefois agriculteurs dans la plaine. Ils vivaient modestement mais correctement de leur labeur, et puis les domaines de Européens se sont étalés peu à peu aux dépens des nôtres. Les colons nous ont chassés et sont devenus propriétaires de toute la plaine fertile. Alors nous avons dû quitter nos terres pour la montagne où nous avons créé des villages. Là-bas, c'était une autre vie, beaucoup plus difficile au milieu des terres arides." (p.59/60)

L'enquête de Clovis le mènera à Sainte-Livrade, dans le camp aménagé à la hâte pour accueillir en 1956 les Français d'Indochine. Plus de cinquante ans après, certains y vivent encore, totalement oubliés, qui ne rêvent selon Clovis que d'être traités comme les Harkis, ce qui en dit long sur leur misère puisqu'on sait que les Harkis ne sont pas particulièrement bien considérés par la France.

Ce que j'aime dans les romans de Maurice Gouiran, c'est qu'à chaque fois, j'apprends quelque chose, un pan oublié de l'histoire de notre pays ou d'autres nations (ce fut l'Espagne par exemple pour L'hiver des enfants volés). Et il fait cela très bien, en alliant enquête, Histoire, personnages marseillais typiques -avec leur parler qu'un mec du nord comme moi ne capte pas toujours, mais qui ne nuit pas à la bonne compréhension générale des dialogues- , un peu d'humour, de légèreté avec Alexandra, l'ex de Clovis qui revient le voir pour une quinzaine torride -je rassure les lecteurs chastes, tout est suggéré, rien n'est décrit, du tourisme à Marseille -d'ailleurs la pâtisserie tunisienne dans laquelle Clovis rencontre Zouba ressemble fort à l'une que nous avons fréquentée assidûment lorsque nous étions dans cette ville en vacances il y a deux ou trois ans- et dans les environs, ... Avec tout cela on dans les mains un très bon polar, instructif et humaniste car, comme le dit Alexandra à Clovis -et je finirai là-dessus, car je partage son avis- : "Ce qui t'intéresse, bien plus que les faits, ce sont les hommes. Ça transpirait dans tous tes reportages et aujourd'hui tu prends à bras-le-corps des enquêtes et tu t'y investis jour et nuit alors qu'on ne te le demande pas forcément. Si encore c'était pour gagner quatre sous, mais même pas..." (p.236)

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Les morts renaîtront un jour

Publié le par Yv

Les morts renaîtront un jour, Christoph Ernst, Black Piranha, 2015 (traduit par Brice Germain)...,

Käthe a fui l'Allemagne nazie pendant la guerre. Au début des années 1990, elle est invitée comme beaucoup d'autres juifs exilés à un séjour à Berlin. Käthe accepte et en profite pour tenter de récupérer un immeuble qui appartenait à sa famille et dont elle a été spoliée par les nazis. Mais Käthe meurt subitement. Suicide ? Meurtre ? Sa petite-nièce, Maja, désormais sa plus proche parente ne croit pas au suicide et elle décide de prendre les choses en mains, l'enquête et la demande de rétribution de l'immeuble, qui est depuis longtemps la propriété d'un homme d'affaires également homme politique.

Récemment, je suis allé voir au cinéma Le labyrinthe du silence, un film qui raconte comment l'Allemagne post -guerre avait totalement enterré les années du conflit, à tel point qu'à la fin des années 50, les jeunes de l'époque ignoraient l'existence des camps de concentration. Il a fallu l'obstination de plusieurs personnes pour qu'enfin elle regarde l'histoire en face. C'est d'ailleurs un film, certes un peu académique, que je vous recommande.

Dans ce roman Christoph Ernst aborde beaucoup plus de points : la spoliation des biens juifs, l'enrichissement de certains Allemands qui répugnent à rendre des années plus tard ce qu'ils ont mal acquis ; l'aryanisation a enrichi quelques personnes facilement, sans scrupules. Dans les années 90, il est toujours difficile de parler de cette spoliation, de l'élimination des juifs, du nazisme. Une phrase du fil suscité me revient : un des juges demande à celui qui fait tout pour faire connaître l'existence des camps (je cite de mémoire, donc les termes exacts sont peut-être légèrement différents) : "Mais vous voudriez que chaque Allemand se demande si son père était un nazi ? Oui, lui répond le juge." Là réside sans doute la difficulté d'aborder ces questions, à chaque fois, il est légitime de se demander ce que faisaient les Allemands des générations précédentes.

Mais le livre, qui se déroule juste après la chute du Mur parle aussi de la difficile réunification des deux Allemagne, les haines, les rancœurs sont fortes et ont été entretenues des deux côtés. De la question d'Israël et de la Palestine pour laquelle l'auteur ne mâche pas ses mots. De celle qui peut se poser aux descendants des juifs persécutés qui ne s'expliquent pas le lien que leurs aïeux on avec l'Allemagne. Des juifs qui sont restés en Allemagne pendant toute la guerre et de leurs conditions de vie, des comportements qu'ils ont dû adopter pour survivre.

Un roman dense et parfois un peu long qui cependant vaut qu'on s'accroche pendant les premières pages, car il se bonifie au fil d'icelles. Ce n'est pas vraiment un polar -je dis ça pour ceux et celles que le terme rebute-, mais plutôt un roman avec un fil conducteur qui est la recherche des origines, de l'identité. Bien construit, avec des personnages qui évoluent, qui ne font pas forcément ce que l'on attend d'eux au départ. J'ai sûrement oublié pas mal de choses tant ce roman est dense et intéressant. Mais ça laisse aussi de la surprise pour les futurs lecteurs qui seront passés avant sur le blog.

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De mort naturelle

Publié le par Yv

De mort naturelle, James Oswald, Éd. Bragelonne, 2015, (traduit par Jean Claude Mallé)...,

L'inspecteur Tony McLean est un emmerdeur. Son chef, l'inspecteur en chef Duiguid ne l'aime pas surtout lorsqu'il vient marcher sur ses plates-bandes. L'inimitié est réciproque. Duguid est un ambitieux qui délègue beaucoup et récolte rapidement les fruits du travail des autres. McLean travaille dur et emmagasine les moindres détails, suit toutes les pistes, ce qui lui sert toujours en fin d'enquête. Duguid hait McLean pour sa personne et par jalousie. Mc Lean n'aime pas Duguid pour son incompétence. Lorsqu'une série de meurtres s'abat sur Édimbourg, la superintendante McIntyre préfère confier l'enquête à Duguid, laissant à McLean et sa petite équipe, le sergent Bob la Grogne, flic expérimenté et Stuart McBride, jeune recrue, un vieux dossier, le corps d'une jeune fille retrouvée dans une maison en rénovation et qui doit reposer ici depuis très longtemps. McLean qui vient d'enterrer sa grand-mère qui l'a élevé à la mort de ses parents, hérite d'une belle fortune, ce qui ne l'empêche pas de se jeter dans le travail et bien sûr d'aller fureter en plus de son enquête du côté des meurtres en série pourtant réservé à Duguid.

Précision liminaire : James Oswald est fermier en Écosse. Il élève des moutons et à ses heures perdues, il écrit. D'abord de la fantasy, puis du thriller, sur les conseils d'un collègue romancier dont il use du nom dans ce roman, Stuart McBride. Ce roman est la première enquête de Tony McLean, et pour être franc, j'espère que ce ne sera pas la dernière...

Vous voulez un thriller pour les vacances ? Eh bien en voici un. Tout ce qui fait le charme du genre est dedans : une rivalité entre flics, l'un des deux étant meurtri par un passé qu'on devine et dont on aura d'autres bribes dans les numéros suivants, un vieux sergent bougon et une jeune recrue très compétents et travailleurs -enfin, surtout le jeune-, une idylle naissante, des coupables vraiment méchants et un rien de fantastique, juste une larmichette. Secouez le tout et vous pouvez obtenir le pire des bouquins à vous tomber des mains ou alors un bon roman qui ne vous lâchera plus et vice-versa. James Oswald a choisi la seconde option, tant mieux pour nous.

Il est sympa Tony McLean. Il cherche. Il engrange. Fouille toutes les pistes. Part de très loin. Abat avec McBride et Bob la Grogne un boulot de titan. Méticuleux. Travailleur. Opiniâtre. N'hésite pas à prendre des risques pour sa carrière s'ils peuvent faire avancer son enquête ou sauver une vie. Il n'est pas dupe de l'estime en laquelle on le tient en haut lieu et sait pourquoi, lorsque la victime est un VIP on lui demande de collaborer : "McIntyre l'affectait à cette enquête parce qu'il y avait un risque très élevé d'échec. D'autres meurtres de citoyens importants par exemple. Ou la disparition pure et simple du coupable, dont on n'entendrait plus jamais parler. Si ça tournait mal, il ne fallait pas que ce soit la faute de la superintendante en chef McIntyre. Ni de l'inspecteur en chef Duguid. Si McLean était "invité" à participer, c'était pour que la police de la région du Lothian et des Marches Écossaises ait une victime expiatoire à jeter en pâture aux fauves, si ça devenait nécessaire." (p.64/65) Rien n'entame sa détermination. Dans le même temps, sa vie n'est pas folichonne, sa grand-mère meurt et sa vie sentimentale est plate pour ne pas dire creuse. Il fonctionne beaucoup à l'intuition, il comprend vite, avant tout le monde parce qu'il observe finement et se sert de chaque détail.

Thriller parfois un peu crade sur certaines descriptions de cadavres -mais on peut passer vite- qui tient en haleine jusqu'au bout et qui se lit très agréablement, notamment parce qu'il est construit en courts chapitres rapides qui permettent de lire un petit peu, de poser l'ouvrage pour préparer le repas -ce sera sans doute un peu dur- avant de le reprendre en pleine digestion pour le reposer, le temps de coucher les petits et de s'y replonger goulûment.

Une belle découverte, je suivrai très volontiers Tony McLean dans ses prochaines aventures qui ne manqueront pas de paraître, qui me permet au passage de découvrir également les éditions Bragelonne qui s'enrichissent donc d'une belle série à venir.

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Padre cocaïne

Publié le par Yv

Padre cocaïne, Luc Venot, La Bourdonnaye, 2015...,

Corto et Alban, hommes de main de Francis Dibramar, enlèvent au Portugal un nommé Pepe, coupable d'avoir voulu arnaquer le boss et le ramènent à Paris. Figo et Cortesao, deux flics portugais sont sur l'affaire, ils veulent remonter la filière jusqu'à Dibramar. Gilles et Melody sont amoureux. Elle aussi a arnaqué Dibramar, elle doit se sauver. C'est Gilles que Dibramar charge de la retrouver. Aux mêmes moments, au Portugal sévit un tueur en série, surnommé l’Évêque, qui torture, viole et tue ses victimes.

Quel rapport entre toutes ces histoires ? Dibramar, le roi de la drogue, encore plus qu'un mafieux, c'est le diable en personne.

Au départ, je dois dire que je fus un brin décontenancé voire perdu dans les quatre histoires qui alternent, se croisent dont on sent bien qu'elles vont se rejoindre totalement, mais le mystère -ou l'opacité- reste entier. Puis je me suis attaché à Alban, totalement barré, Chinois adopté à 2 ans et abandonné à 4 et à Corto aux manières élégantes, plein d'attentions pour les gens qu'il aime. Et l'écriture vive, rapide et souvent drôle de Luc Venot m'a permis d'avancer sans difficulté et de prendre vraiment goût à ma lecture, car dès lors que tout se met en place, c'est un bouquin qu'on ne lâche plus. Certains passages sont excellents comme cette description d'un des deux flics portugais, qui reprend pas mal de stéréotypes des flics de fiction et annonce clairement la couleur : "A même pas 26 ans, il est totalement désabusé par la nature humaine, complètement blasé, vicieux, teigneux. Presque le flic parfait. Il manque encore de méchanceté, mais Figo se dit que ça viendra avec l'expérience et le dégoût." (p.24) Un autre m'a marqué parce qu'il m'a fait beaucoup rire : la visite par Alban et Momo sous acide, de la ménagerie d'un zoo, (p. 129 à 135) avec en point d'orgue la découverte des éléphants... Je vous laisse le plaisir de la surprise lorsque vous lirez le roman.

Le réseau monté par Francis Dibramar est une énorme pieuvre et lorsqu'on y est entré -pas toujours volontairement- il est impossible d'en sortir. Le réseau, c'est une variation moderne du mythe de Faust dans le monde peu reluisant des gangsters. Dibramar est le diable qui achète les âmes de ses futurs collaborateurs. Lorsqu'iceux ont signé, ils sont protégés, soignés, vivent très bien, souvent assez paisiblement jusqu'au moment où il leur faudra rendre service, n'importe lequel à n'importe quel prix : "Dibramar est plus grand que toutes les mafias, les triades, les Yakusas. Supérieur aux États, aux armées... C'est un grand sorcier." (p.168). Il ne peut pas perdre, vacille à peine, il faut dire qu'il a su et sait toujours s'entourer ; il a de multiples contacts politiques, tant en France que dans le monde.

Luc Venot écrit là un polar original, drôle et violent, un peu comme les films de Quentin Tarantino -c'est la première image qui me vienne, je dois confesser ici un manque évident de culture cinématographique, sûrement d'autres noms viendront aux esprits de lecteurs plus avisés que moi en la matière-, là où la violence survient juste après ou avant une scène de franche rigolade, où elle peut être atténuée par un dialogue drôle et décalé (je pense à la scène de la balle perdue dans la voiture dans Pulp Fiction). En plus de toutes les belles choses que j'ai dites sur ce roman, je trouve la couverture très réussie (et très Tarantino-cinématographique), et chez La Bourdonnaye, les livres existent aussi en versions numériques à des prix très abordables.

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Alabama shooting

Publié le par Yv

Alabama shooting, John N. Turner, L'aube noire, 2015....,

Huntsville, Alabama, ce 10 février 2010, en fin d'une réunion à l'université, la professeure Joan Travers sort une arme de son sac et tire sur plusieurs collègues, en tue trois et en blesse autant. Puis, elle sort calmement et appelle son mari pour qu'il vienne la chercher à la sortie du bâtiment. Elle se fait arrêter et nie en bloc, dit ne se souvenir de rien depuis l'entrée dans la salle de réunion. Version qu'elle maintient au fil des jours. Son avocat, dépité, prépare néanmoins son jugement. En prison, Joan, revoit sa vie, de ses années d'enfance près de Boston, jusqu'à cette fameuse journée dont elle ne se souvient plus. Elle souffre, ses enfants lui manquent.

Roman basé sur un fait divers réel, malheureusement récurrent aux États-Unis. Ensuite l'auteur bâtit son histoire et modèle son personnage principal d'une manière bluffante qui nous tient de bout en bout sans jamais nous lâcher. Nous sommes dans la tête de Joan Travers, c'est elle qui s'exprime. On est aussi étonné qu'elle lorsqu'elle est arrêtée pour la fusillade, puis lorsqu'elle est interrogée et qu'elle nie toute participation. Lorsque les preuves s'accumulent on prend un peu de recul, et c'est à ce moment là que l'auteur débute la jeunesse de Joan. Née en 1965, elle devra se construire entre des parents qui "ont toujours campé aux antipodes. (...) Mon père était aussi taciturne que maman était volubile. Il était aussi ombrageux et cassant qu'elle pouvait être douce et avenante." (p. 29). Plutôt hippies mais avec une petite volonté bien enfouie -qui ne demande qu'une occasion pour sortir- de s'élever dans la société. Lorsque cette occasion se présente, ils viennent s'installer à Boston et feront désormais partie de la bourgeoisie locale. Keith, le frère de Joan naît. Surdoué, il la dépasse très vite et Joan est oubliée. Toute son enfance sera marquée par la volonté d'être un garçon, elle comprend vite qu'elle ne pourra pas être aimée seulement parce qu'elle est une fille. "Keith et moi n'appartenions pas à la même caste. Le couperet était tombé. Pour mon plus grand désespoir, mon père avait la même vision sexiste et rigide que maman." (p.78/79) Elle subira son adolescence plus qu'elle ne la vivra, pour preuve cette simple phrase qui résume bien tout cela : "En 1983, nous atterrîmes mollement en terminale." (p.71) Et je vous laisse découvrir la suite tout aussi morose.

John N. Turner maîtrise totalement son sujet et sous sa plume Joan se révèle. Un portrait dense et fort de cette femme et de son parcours qui la mènera jusqu'à ce geste incroyable. Le roman se lit sans s'arrêter, aucun temps mort et même si le rythme n'est pas trépidant, on est totalement happé par cette histoire et cette femme qui se dévoile. Plus j'avançais dans ma lecture et plus je me disais -parfois à voix haute, il m'arrive de me parler tout seul, mais bon lorsque vous saurez que je parle aussi aux distributeurs automatiques, aux pompes à essence à carte... bon en fait, souvent, je ne fais que répondre à leurs bonjour, au revoir et merci... euh, parfois je peux leur demander si leur journée à été bonne...-, pouf pouf, je disais donc que plus j'avançais, plus je me disais que ce livre était bien écrit et finement traduit, élégance du style, français impeccable. Je suis donc retourné aux premières pages chercher le nom du traducteur ou de la traductrice. Et là, surprise, John N. Turner est Français ! Selon l'éditeur, il est un scientifique de renommée internationale, fin connaisseur des États-Unis, qui écrit là son deuxième roman. RRrr, j'en ai marre de ces gens qui sont bons partout, ça va finir par me donner des complexes.

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La bonne, la brute et la truande

Publié le par Yv

La bonne, la brute et la truande, Samuel Sutra, Flamant noir, 2015.....

Tonton, le roi des gangsters revient dans une nouvelle aventure. Et quelle aventure ! Rien de moins que de faucher l'énorme Waïen-Bicôze, le plus gros diamant du monde, exposé et protégé à l'hôtel Drouot. Facile pour Tonton et son équipe, oui, mais une fois le caillou en la possession du boss, les équipiers d'icelui réclament leur dû. Sauf qu'on ne refourgue pas un tel joyau le lendemain de sa disparition, il faudra attendre pour le partage. Mais Gérard, Bruno et Mamour ont des frais et le report des bénéfices de l'affaire ne les arrange pas du tout.

Revoilà Tonton que j'avais découvert avec Le bazar et la nécessité. Même équipe : Tonton, le patron, c'est sa silhouette qui est sur la couverture ; Gérard son second, un balèze, un exécutant obéissant et doué, mais qui ne devrait pas prendre d'initiatives, son cerveau ne suit pas, une sorte de Bérurier de la cambriole ; Pierre le neveu de Gérard, pas fait pour la cambriole, mais qui suit bêtement son oncle, bêtement c'est ce qu'on peut dire de plus juste sur lui : Bruno, toujours prêt à rendre service et à aider un ami dans le besoin, même si pour cela, il use de grands moyens ; Mamour, l'aveugle accordeur de piano à l'ouïe exceptionnelle et à l'oreille qui traîne partout, même là où elle ne devrait pas "Mamour était un complice précieux. Il compensait sa vue en berne par une ouïe hors du commun, une dextérité étonnante et une jugeote qui faisait défaut à tout le reste du groupe. A lui seul, il parvenait à faire remonter dans le positif la moyenne générale de Q.I. de l'équipe." (p.24) : Donatienne, ex-bourge devenue femme à tout faire de Tonton, mais surtout femme à tout boire, elle est rarement à jeun, mène tant bien que mal son service dans la maison, mais il lui est pardonné car elle est la reine des mélanges alcooliques explosifs qui requinquent et démontent n'importe quel caïd.

Voilà la fine équipe sur laquelle j'insiste un peu car, comme le dit le sous-titre de l'ouvrage, Tonton, ses hommes, l'effet salaire, ils seront pour une grande part dans cette aventure, chacun aura une partie du roman à lui consacrée, son quart d'heure de gloire en quelque sorte, même si la gloire, eh bien, elle file assez vite entre leurs doigts comme le Waïen-Bicôze.

La série des Tonton, c'est un savant mélange entre l'intrigue, l'humour, les réparties qui vous font rire à la surprise parfois des gens qui vous entourent, qui eux, lisent sérieux. Samuel Sutra invente des expressions, écrit argot, décrit des personnages hors normes (Donatienne est particulièrement gratinée), des situations cocasses, folles et drôles qui pourraient être tragiques et sanglantes dans un polar noir, parce qu'on parle quand même de gangsters qui s'arnaquent, de règlements de comptes, ...En plus, cette fois-ci le scénario et la construction du roman rajoutent du plaisir de lecture, je n'en dirai pas plus, pour laisser de la surprise et du suspense.

Ce dernier Tonton est une réussite, comme le précédent, il me tarde de découvrir les 3 premiers qui seront réédités chez Flamant noir. Samuel Sutra écrit aussi sérieux, son très beau Kind of black le prouve. Quels talents !

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Étrange printemps aux Glénan

Publié le par Yv

Étrange printemps aux Glénan, Jean-Luc Bannalec, Presses de la cité, 2015 (traduit par Amélie de Maupeou)....

Trois corps sont retrouvés sur une plage des Glénan. Le naufrage est vite écarté lorsque le commissaire Georges Dupin apprend que les victimes étaient droguées. L'une d'elles est un homme d'affaires très lié aux milieux politiques, l'autre est un navigateur ayant gagné plusieurs courses et le troisième un industriel riche. Bien accueilli aux Glénan malgré la nouvelle, le commissaire commence son enquête dans ce lagon exceptionnel ; il lui faudra travailler avec les éléments naturels, mais aussi avec le préfet sans cesse sur son dos.

Deuxième aventure pour le commissaire Georges Dupin après Un été à Pont-Aven. Je rappelle, pour ceux qui ne me lisent pas attentivement, d'abord que ce n'est pas bien et ensuite que Jean-Luc Bannalec est le pseudonyme d'un écrivain allemand amoureux de la Bretagne, d'où la traduction d'Amélie de Maupeou. Georges Dupin -j'imagine un hommage aux écrivains, Simenon, George Sand née Dupin- est un commissaire parisien arrivé à Concarneau quatre années auparavant et qui se plaît tellement en Bretagne qu'il en adopte rapidement les coutumes. Bougon, il mène son enquête comme il le veut, cherche absolument dans tous les coins, toutes les idées sont creusées, abandonnées si elles ne donnent rien, mais d'autres surgissent. "Il n'était pas rare qu'une enquête révèle plusieurs pistes sérieuses, mais la plupart du temps, l'une des deux refroidissait au fil des investigations, petit à petit ou d'un coup, selon l'affaire. Dans ce cas, c'était le contraire : les pistes se démultipliaient sans cesse." (p.320)

L'intrigue est bien menée, et l'on hésite longtemps entre la piste politico-magouilles (dans laquelle plusieurs hypothèses sont évoquées, comme quoi l'imagination des escrocs déborde) ou celle d'une jalousie, d'un simple règlement de compte sur fond de recherche de trésors (beaucoup d'épaves sont échouées au large de l'archipel). Mon seul bémol est sur l'omniprésence du portable : pendant les trois jours, le commissaire l'a vissé à son oreille et l'on n'échappe pas aux conversations, qui apportent des indices certes, mais qui peuvent être parfois fatigantes. On m'objectera que la situation sur des îles, loin de tout contact l'exigeait. Sans doute, mais pourquoi désormais les enquêtes nécessitent-elles toutes une surabondance des dernières technologies ? Voilà, moi aussi, quand je veux, je peux être bougon, comme Georges Dupin, qui, malgré mon ronchonnement m'a fait passer un excellent moment. Dupin, il s'installe dans un lieu, il y reste pour bien comprendre les us et coutumes, pour bien cerner les habitants -d'où cet éloignement et l'usage immodéré du portable, sûrement. Son truc, c'est de regarder, écouter, comprendre tout et tous : "J'aimerais que nous interrogions une nouvelle fois tous les gens d'ici. Quelles relations les liaient aux trois victimes ? J'ai besoin de comprendre précisément le fonctionnement de cette communauté. Je veux avoir une image très précise de ce petit monde." (p. 274) C'est formidable parce que le roman devient une belle galerie de personnages tous plus crédibles les uns que les autres, tant les suspects que les collègues de Dupin, Nolwenn sa secrétaire en tête, car si on ne la "voit" jamais, elle est la clef de voûte de l'édifice qui passe son temps au téléphone à donner des informations, à calmer le préfet, à distiller moult détails sur la Bretagne et à glaner tous les renseignement voulus par son patron. Mais ce roman est aussi une magnifique vitrine pour la Bretagne. Vous voulez visiter la région ? Pas de souci, prenez un des deux -ou les deux- romans de JL Bannalec, ils valent largement un guide touristique. Je suis même persuadé qu'il est plus complet et qu'il peut en apprendre aux Bretons de Bretagne, qui,comme chacun de nous près de chez lui, à force de vivre dans ces endroits, ne les voient plus avec l'œil du découvreur.

Gros succès en Allemagne où les deux romans ont été adaptés pour une série télévisée in situ ; rien que pour voir Concarneau et les Glénan, je veux bien les regarder -j'espère que les polars allemands ont évolué depuis Derrick !-, même si le mieux est d'y aller en vrai.

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