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polar-noir

Histoire et faux-semblants

Publié le par Yv

Histoire et faux-semblants, Didier Daeninckx, Ed. Verdier 2007 (existe en Ed. Folio)

"Dans ces quatre nouvelles, les apparences s'avèrent toujours trompeuses. L'histoire refuse que l'on assemble trop vite les bribes qui la constituent." (4ème de couverture)

Matin de canicule : un homme roule sur le périphérique parisien en direction de Lille, mais par le malheureux hasard d'un accident de la route dont il est témoin, il se retrouve à arpenter les rues du quartier de sa jeunesse. Il revoit celle qu'il croit être l'un de ses amours adolescentes.

Mères glorieuses, mères angoissées... : un assassinat à Paris occupée en 1942. Une jeune femme est retrouvée morte dans son chic appartement. Les deux inspecteurs découvrent qu'elle est la maîtresse d'un officier de la Wafen SS, ce qui complique considérablement leur tâche.

Sandrina Spice : une jeune fille se suicide lorsqu'elle apprend que son idole, la chanteuse Sandrina Spice vient d'avoir un accident mortel. Le jumeau de la jeune fille, qui la sauve de justesse, tente de lui redonner envie de vivre.

Un petit air mutin : 1931, aux alentours de Craon, Eusèbe et Edmond sont chargés de faire la chasse aux dépouilleurs de cadavres, aux collectionneurs de tous poils qui creusent les tranchées vieilles de 13 ans. Ce matin-là, ils appréhendent un homme qui se dit Sénégalais, fait assez rare dans la région à cette époque.

Les personnes dont on parle et à qui l'on parle sont-elles bien réelles ? Ne se trompe-t-on pas d'individu ? Toute l'ambiguïté des histoires de Didier Daeninckx repose sur ses faux-semblants, sur l'illusion. Comme toujours chez cet auteur, l'enquête, le suspense est là pour tenir en haleine, mais le contexte est le plus fort. L'Histoire avec un grand H, dans laquelle il insère des morceaux de la petite histoire : la nôtre ou celle de ses héros. Elles sont courtes ses quatre nouvelles. Trop courtes. Elles auraient toutes pu faire, séparément, d'excellents romans. La première, Matin de canicule commence fort  : "Les Parisiens lève-tôt, en route pour leur maison de campagne, croisaient les fêtards en quête d'after sur l'anneau presque désert. Je me suis laissé emporter. L'aiguille du compteur flirtait avec le chiffre cent quand un type, tête nue, queue de cheval dressée à l'horizontale par le vent, a débouché sur ma droite. Il avait dû doper le moteur de son scooter, car après s'être maintenu un instant à ma hauteur, une pression sur la manette des gaz lui a fait prendre une dizaine de mètres d'avance. [...] J'étais en train de l'insulter quand la roue avant de son engin a percuté un morceau de pot d'échappement vraisemblablement perdu par une épave au cours de la nuit. [...] ... j'ai ouvert la portière pour aller regarder ce que je croyais être la pièce métallique à l'origine de l'accident. Le café du petit matin m'a cogné à l'intérieur des dents quand j'ai réalisé que c'était un bras humain." (p.13/14) de quoi faire une excellent polar, n'est-il pas ? C'en est presque frustrant, mais bon, D. Daeninckx a préféré une forme plus courte. Respectons son libre choix.

Ces quatre nouvelles sont toutes excellentes, mais j'ai tout de même une petite préférence pour Un petit air mutin : tous les personnages, autant ceux censés faire respecter la loi que ceux qui l'enfreignent sont en piteux état psychique, mais aussi parfois physique, et ils sont aussi très attachants. Et à travers leur courte rencontre Didier Daeninckx lève le voile sur une partie de notre Histoire pas très glorieuse et inhumaine.

 

dialogues croisés

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La rigole du diable

Publié le par Yv

La rigole du diable, Sylvie Granotier, Albin Michel, 2011

"Catherine, une jeune avocate parisienne, doit assurer dans la Creuse la défense d'une femme soupçonnée d'avoir empoisonné son époux, un riche et vieux paysan. Tout accuse sa cliente. Mais, de manière inattendue, c'est à son propre passé que Catherine se retrouve confrontée, à travers un crime jamais élucidé : celui de sa propre mère dont elle a été, enfant, le témoin innocent." (4ème de couverture)

Quatrième livre du Prix des lecteurs de l'Express. Je finis par croire que je ne suis pas dans une bonne passe de lecture, tant ce que je lis en ce moment me déçoit. Ce livre ne m'attire pas. Je l'ai commencé, mais rien ne m'y retient. Les personnages me paraissent plats, falots, et caricaturaux. Déjà vus. Déjà lus. Même l'intrigue ne relance pas mon intérêt. Mais, ça doit venir de moi. Avant d'ouvrir un livre, quel qu'il soit, j'ai toujours des secondes de plaisir : j'ai envie d'être surpris par l'histoire, par le style, par l'originalité du propos ; j'ai envie de lire du nouveau, si ce n'est dans l'histoire, au moins dans la manière de la raconter ; j'ai envie pourquoi pas d'être choqué -mais là, il faut y aller fort- quitte à ensuite dire que je n'aime absolument pas. Ce qui peut m'arriver de pire, c'est de ne rien ressentir, d'avoir l'impression de lire des mots qui ne me racontent rien ou qui me racontent des choses qu'on m'a déjà dites. Dans ces-moments là, je referme l'ouvrage et le laisse à ceux qui sauront mieux apprécier que moi. C'est donc ce que je fais avec ce livre de Sylvie Granotier. Pas forcément mauvais. Juste pas pour moi.

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Le jaguar sur les toits

Publié le par Yv

Le jaguar sur les toits, François Arango, Métailié, février 2011

1996, Mexico, un homme d'affaires mexicain, responsable d'un laboratoire pharmaceutique disparaît. Quelques jours plus tard, sa famille reçoit son cœur dans un paquet, probablement arraché de sa poitrine selon un vieux rite aztèque. Alexandre Gardel, journaliste français est détaché par son journal pour suivre cette affaire. Il faut préciser qu'il est l'auteur d'un livre : Racines mythologiques et religieuses des crimes rituels, ce qui fait de lui un spécialiste de ce genre de crimes. Il fera équipe avec le chef de la crim' de la ville, vieux flic bourru, Rodolfo Suarez,  et une jeune femme anthropologiste, Catarina Marin. Sur fond de révolte des Indiens, de la corruption des élites mexicaines, de la recherche de la jeunesse éternelle, quelques autres morts viendront émailler l'enquête et la relancer.

Thriller très atypique. Loin d'une construction-type d'un thriller états-unien. Tout d'abord, François Arango part très vite avec la restitution du coeur de la victime à sa famille. Ensuite, il prend le temps de placer le décor : le Mexique, les légendes, traditions aztèques, la révoltes des Indiens extrêmement pauvres et qui agonisent. Tout au long du livre, viennent s'intercaler des paragraphes entiers qui nous racontent tout cela, ce qui fait qu'on est totalement plongé au coeur de ce pays, avec ses habitants. Un contexte magistralement décrit.

Ensuite, l'histoire proprement dite est menée assez vite, mais point trop pour qu'on puisse en comprendre toutes les subtilités. Heureusement d'ailleurs, parce que l'intrigue est fouillée et plutôt maîtrisée : entre pillage des coutumes indiennes, bio-piraterie, trafic de médicaments et bien sûr gros sous, toujours dans les parages.

Enfin, les personnages, l'auteur ne s'arrête pas trop sur les détails croustillants : on sent bien, dès le début que Catarina et Alexandre vont avoir une relation beaucoup plus que professionnelle, mais cela se fait  presque naturellement, sans que François Arango ne soit pesant sur le sujet. Par allusions, plus que par phrases directes, on sait le moment où les deux protagonistes passent aux choses sérieuses, physiques, pour être plus direct. Parents, soyez rassurés, pas de sexe dans ce livre !

De même, à part une ou deux descriptions de cadavres ou de mutilations -mais très supportables-, l'hémoglobine ne coule pas à flots continus. Tout le talent de l'auteur est de créer du suspense sans décrire de situations insoutenables. A nous d'imaginer les scènes avec nos propres images, ce qui, de mon avis, est bien plus efficace.

J'ai cependant une petite réserve : la dernière partie n'est à mes yeux pas indispensable. Ces 30 dernières pages expliquent précisément les causes, conséquences et raisons de l'intrigue, avec force détails médicaux, chimiques, hormonaux. Somme toute, ce n'est pas bien grave, parce qu'à ce niveau du livre, l'enquête est bouclée, on a bien compris de quoi il retournait. C'est une espèce d'épilogue redondant que l'on peut passer vite sans rien perdre du bouquin.

Très bon bouquin, bien écrit : les descriptions des personnages sont assez fameuses, par exemple celle de Suarez : "Le petit homme en civil à demi assis sur l'arête de son bureau portait son ventre comme une majesté et un pantalon pratiquement remonté jusqu'au sternum. Une cravate à pois barrait sa chemise avec autant d'incongruité qu'un bandeau Miss Amérique latine. Surtout, un nez vermillon séparait  sa fine moustache de son front, un tout petit front planté de cheveux drus et calamistrés. Au milieu, un sourcil broussailleux reliait les deux tempes d'un seul trait. L'exemplaire unique, pensa Gardel, à mi-chemin entre l'homme des cavernes et le sybarite recuit par le mezcal." (p.78) Alors, ça ne fait pas envie de faire sa connaissance ? Au moins de l'auteur qui réussit à placer dans une seule phrase "calamistrés" et "sybarite". Chapeau !

Premier roman de François Arango, qui "dans le civil" est chef de service de réanimation dans un hôpital parisien.

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Barjot !

Publié le par Yv

Barjot !, Jean-Hugues Oppel, Ed. Payot et Rivages, 2011 (1ère éd. Gallimard, 1988)

Jérome-Dieudonné Salgan est un homme ordinaire. Il habite un pavillon de banlieue. Est marié. A deux grandes filles. Un bon job. Trompe sa femme avec collègues, femmes de clients, voire prostituées. Ne supporte pas que l'on puisse manger sans lui, chez lui. Ce soir-là, sa famille l'attend pour un dîner avec les Barruh, leurs meilleurs amis et les beaux-parents de Jérome-Dieudonné. Retardé par une crevaison, il n'assiste pas au massacre des toutes les personnes présentes dans son salon. Par erreur. Lorsqu'il arrive devant son pavillon en flammes, Jérome-Dieudonné devient fou. Barjot !

Roman noir diablement efficace. Une écriture rapide, sèche, directe. La description de la fusillade est un exemple du genre : terrible, horrible. Filmée "à la lettre" la scène serait insoutenable. Écrite, chacun y met ses propres images pour la rendre supportable. Le reste du bouquin est moins "hard", mais, je le redis, efficace. La transformation de ce père de famille en barjot total et incontrôlable est impressionnante. Pas incroyable, parce que le talent de J-H Oppel est justement de nous faire croire à l'incroyable, nous y amenant par petites touches : Salgan a la baraka, la chance du débutant, la haine totale et plus aucune raison de s'émouvoir. Une idée de la rapidité du style ? Salgan arrive devant les ruines fumantes de sa maison : "Jérome-Dieudonné Salgan s'affole derrière son volant. Il voudrait écraser tous ces cons qui lui barrent le passage. Des voisins en pyjama. D'autres en tenue d'intérieur, tricot de corps et bretelles pendantes sur les fesses. Des bigoudis. Des robes de chambre. Des normaux habillés, les pantoufles aux pieds. Se couchent pas tous comme les poules, dans la Cité.

Des uniformes, aussi. Beaucoup. Qui s'écartent devant la Mercedes. Se méprennent." (p.37)

Jean-Hugues Oppel nous plonge dans les arcanes de la raison d'état, dans les magouilles des puissants pour se débarrasser de ceux qui les gênent. Les officines secrètes, obscures qui font le sale boulot, dirigées par des personnages louches, sans scrupules. Les secrets d'état bien gardés, par des hommes prêts à tout pour que rien ne s'ébruite.

Une sacrée bonne idée de Payot et Rivages de rééditer ce roman très noir qui n'a pas pris une ride, (écrit en 1988), et ceci malgré l'absence d'Internet, de téléphones portables et autres gadgets dont sont remplis les romans récents. Souvent à juste titre, mais parfois jusqu'à l'overdose.

 

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Alerte sur Fangataufa

Publié le par Yv

Alerte sur Fangataufa, Geluck (scénario et dialogue) et Devig (dessin), Casterman, 2009

Surtitré : Les aventures de Scott Leblanc, cet album, le premier de la série qui pour le moment ne compte... qu'un seul numéro, nous emporte en compagnie du journaliste le plus nul et le plus lamentable de la BD, Scott Leblanc, sur les traces de quatre scientifiques ayant mis au point en 1950, une arme redoutable. De peur que certains ne l'utilisent à mauvais escient, chacun d'entre eux a gardé en sa possession sa part de travail, rendant donc inutilisable cette arme à qui n'aurait pas réuni les 4 parties. Mais voilà, en 1966, un homme réussit à subtiliser toutes les études scientifiques. Le professeur Moleskine, l'un des inventeurs, traîne véritablement Scott Le blanc dans cette aventure à la recherche du "méchant".

Avez-vous déjà vu, lu ou entendu un journaliste mauvais ? Oui sûrement ! Eh bien, je vous l'affirme, ce journaliste aurait le Prix Pulitzer, le Prix Albert Londres et tous les prix journalistiques, s'il devait concourir face à Scott Leblanc ! Scott Leblanc, le journaliste le plus nul de la BD. Physiquement, il est entre Tintin et Charles Trénet -avec un p'tit coup de Stéphane Bern en plus ; quel mélange !-. Intellectuellement, il est largement dominé par Milou, et peut-être même par les Dupondt. Scott Leblanc, qui se promène toujours avec son volatile prénommé Tino, (référence assumée à Tino Rossi, le rossignol corse) n'écrit des articles que sur les animaux domestiques et les stars ; le summum du bon article pour lui est celui qui a pour sujet l'animal de compagnie d'une star ! Aussi, lorsque son rédacteur lui demande d'aller interroger le professeur Moleskine, il voit d'un bon œil que celui-ci ait un chat, qui, sans en dévoiler trop, aura un sort funeste. C'est tout l'opposé de Tintin, curieux, intelligent et rusé et souvent accompagné de scientifiques gaffeurs ; lui, Scott c'est le gaffeur et le naïf de service, heureusement que le professeur est là pour faire le boulot.

Les auteurs multiplient les références à la BD belge : Tintin évidemment, pour les personnages, la mise en page, le dessin, ..., mais aussi Blake et Mortimer (le célèbre juron "By jove") et sûrement d'autres que je n'ai pas vues.

C'est bon comme une vieille BD qu'on ressort de la bibliothèque pour la relire. C'est juste un moment de lecture, de dérision à apprécier en toute simplicité.

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Point de non-retour

Publié le par Yv

Point de non-retour, André Vltchek, Ed. Yago, 2010

Karel est grand reporter au Weekly Globe. Toujours entre deux avions. Toujours sur des conflits, sur tous les continents. Il parcourt le globe du nord au sud de l'est à l'ouest, passe de temps en temps dans son appartement pied-à-terre de Lima, au Pérou. "A la fois idéaliste et désinvolte, amateur de femmes et assoiffé d'ivresse, il traverse les soubresauts de notre époque à la poursuite de la vérité." (4ème de couverture). Tout en se posant des questions sur son rôle, sa vie, il entame une histoire d'amour avec Reiko, journaliste japonaise, mariée et mère d'une petite fille.

Bon, dégageons tout de suite l'histoire d'amour qui est loin d'être le point culminant du livre : elle en est le fil rouge et le moyen littéraire qu'a trouvé l'auteur pour que les personnages abordent les questions existentielles : peut-on sacrifier sa vie personnelle pour informer et faire son travail de journaliste ? Jusqu'à quel point peut-on s'impliquer dans son travail aux dépends de sa vie privée ? Quel sens a la vie sans passion amoureuse et sans passion professionnelle ?

Cette histoire est donc le moyen de faire parler Karel et Reiko, de les faire se confronter, eux, qui sont tous les deux journalistes, mais d'horizons professionnels tellement éloignés.

Encore une fois, le contexte fait le livre. Il est tout simplement époustouflant. André Vltchek sait en plus de quoi il parle puisqu'il est lui-même "romancier, poète, essayiste, journaliste et réalisateur. Il a couvert de nombreuses zones de conflit : Bosnie, Pérou, Népal, Sri Lanka, Timor Oriental, Congo, Proche Orient ..." (4ème de couverture). C'est ce qui fait le plus peur, parce que ce qu'il raconte lui est probablement arrivé et qu'il est très crédible. Il dénoue les liens étroits qui lient les Etats-Unis avec à peu près tous les conflits possibles. Il dénonce la corruption, et la participation des pays riches à la paupérisation des autres pays : "la plupart des pays pauvres, dans le passé, ont été pillés brutalement par les puissances coloniales. Certains continuent de l'être. Souvent, l'indépendance signifie bien peu -les frontières historiques ont déjà été effacées, les gouvernements progressistes élus par le peuple ont été soudoyés, minés ou carrément renversés. [...] Les régimes corrompus -surtout sponsorisés par l'Occident- ont reçu des prêts qui ont disparu dans les poches de quelques-uns, tandis que la majorité réduite à la misère est ensuite priée de payer la note. [...] Plus le pays est pauvre et endetté, plus il y a de chances qu'il se soumette aux exigences des multinationales et aux intérêts géopolitiques du monde riche." (p.156)

Karel est désabusé, mais se refuse à croire que son travail ne sert à rien, que les gens des pays riches ne veulent pas entendre parler des conflits lointains. Pour lui, chaque homme qui paie de sa vie sa révolte est plus important que celui qui le regarde tomber quasiment en direct, en dînant en famille. Et puis, Karel, véritable alter-ego de l'auteur, (ça, je l'ai "piqué"chez Catherine), parle aussi de l'influence et de l'implication des écrivains et de la littérature, jugeant celle de notre époque, absolument plus en phase avec les événements du monde. "Pour la première fois dans l'histoire moderne, romans et poèmes sont réduits au silence. Les écrivains ont perdu tout pouvoir, toute signification. La dictature des marchands les tire vers le bas -vers son propre niveau- les forçant à accepter de nouvelles règles et à cesser de rêver à un monde meilleur. Certains de ceux qui acceptent deviennent riches. De riches amuseurs, des prostitués. D'autres, qui refusent, sont condamnés à l'exil intérieur [...] le roman, forme littéraire qui nous [est] si chère [...], paraît fini, vendu, souillé par une collaboration apparente -quoiqu'un peu hésitante- avec les intérêts commerciaux et affairistes de ceux qui dirigent nos sociétés." (p.282/283)

Vous le voyez, c'est un livre qui ne peut laisser indifférent, un bouquin riche, fort et dense, un premier roman, à se procurer absolument pour lire intelligent !

Merci, grand merci à Gilles Paris

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Rupture

Publié le par Yv

Rupture, Simon Lelic, Ed. du Masque, 2010

Une fusillade a lieu dans un collège de Londres, tuant cinq personnes : trois élèves et un professeur, la cinquième victime étant le tireur, Samuel Szajkowski, professeur d'histoire dans l'établissement, qui a retourné l'arme contre lui. L'inspectrice Lucia May recueille les déclarations des témoins dans le but d'entériner la version du tueur devenu fou. Mais elle remarque très vite que le drame est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Samuel Sjakowski semblait être harcelé par des élèves et par un collègue sans que personne n'intervienne. Lucia décide d'approfondir ses recherches et de continuer l'enquête "malgré la directive de sa hiérarchie : classer l'enquête au plus vite." (4ème de couverture)

Ce livre est un polar : il y a l'inspectrice Lucia May, les circonstances du drame qui génèrent une enquête, mais c'est plus qu'un simple polar, c'est aussi un véritable constat de l'état de délabrement de l'enseignement en Grande-Bretagne, du racisme, de l'individualisme de la société anglaise et du harcèlement dont les plus faibles sont les victimes : "Rupture est un cri de révolte qui dénonce avec originalité une crise de société tristement contemporaine" (4ème de couverture)

Très habilement écrit, les chapitres alternent entre ceux qui mettent en avant les doutes, les interrogations et les décisions de Lucia May, elle-même en proie au harcèlement d'un collègue particulièrement odieux,  et ceux qui relatent les dépositions des témoins. Ces chapitres rapportent les dires des témoins, bruts, sans interruption ; petit à petit, le lecteur comprend l'espèce de machination ou de silence énorme et assourdissant qui règne sur le collège et sur la société londonienne qui préfère cacher ce qui ne va pas plutôt que de le montrer.

Énervant à plus d'un titre, parce qu'on a très envie d'entrer dans le livre et d'aller dire franchement à certains personnages ce qu'ils sont réellement, des pleutres, des monstres, de véritables beaufs machos, et pour certains des assassins passifs. Elle est gentille Lucia et on meurt d'envie d'aller l'aider lorsqu'elle flanche, et je ne dis pas cela parce que c'est une bombe puisque l'auteur ne la décrit que très peu ; c'est d'ailleurs le personnage important du livre qui est le moins décrit physiquement. Étonnant puisque l'histoire tourne autour d'elle, mais par contre, on en sait pas mal sur son caractère et ses tourments : une enquêtrice qui mériterait de revenir dans d'autres livres de Simon Lelic !

Un bouquin très maîtrisé, qui fonde son suspense sur les relations humaines, et qui est écrit dans un style rapide : phrases courtes allant à l'essentiel (traduction : Christophe Mercier).

Vous aimez les polars qui ont du fond ? Ce livre est donc pour vous !

Je remercie vivement Anne Blondat des éditions Lattès.

Ankya a beaucoup aimé aussi.

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Le pique-nique du crocodile

Publié le par Yv

Le pique-nique du crocodile, Serge Brussolo, Ed. Librairie des Champs-Elysées, 1995

Conan Lord, cambrioleur professionnel est "recruté" par Dexton Colby, citoyen des Etats-Unis pour enquêter sur des disparitions d'enfants ayant lieu depuis des années dans sa famille. La famille Colby est sous le coup d'une malédiction : habitant le marécage des Everglades, elle croit dur comme fer qu'un crocodile fantôme capture et dévore ses enfants âgés de dix ans. "Délire paranoïaque ou machination diabolique ? Il est urgent que quelqu'un se décide à élucider cette énigme avant qu'un autre enfant ne soit victime du "crocodile" mystérieux !" (4ème de couverture)

Second tome des aventures de Conan Lord, célèbre cambrioleur ; le premier tome, que j'ai lu il y a assez longtemps, s'intitule : Conan Lord, Carnets secrets d'un cambrioleur. On y apprend, qu'en fait Conan Lord est un duo formé par Peggy et Tiny. Peggy est une jeune femme de 30 ans, dompteuse de fauves et Tiny, un jeune homme de 28 ans atteint d'une maladie qui a empêché son organisme de grandir : il a la taille et le développement d'un enfant de dix ans, mais le cerveau d'un adulte ; il s'exhibe dans les foires et autres cirques anglais des années 40/50.

Il y a longtemps que je n'avais pas lu de Brussolo et j'ai retrouvé avec joie son imagination débordante, son plaisir évident de nous trimballer dans des lieux propices aux légendes, aux maléfices, aux malédictions et aux sortilèges, bref, à toutes sortes de croyances.

Les Everglades, le climat torride, humide et poisseux, les crocodiles, les habitants tous plus bizarres les uns que les autres, tout est là pour créer une ambiance tendue. Peggy et Tiny, sont présentés par Dexton Colby comme mère et fils et comme lointains cousins anglais. Il s'insèrent dans la maison Colby et commencent leur écoute et leur enquête. Pendant ce temps, les autres convives règlent leurs comptes, s'insultent copieusement, s'envient, se détestent et s'aiment. Tout est là pour faire de ce livre un excellent roman noir.

Si vous ne connaissez pas encore Serge Brussolo, sachez qu'il écrit énormément et pour tous, adultes et jeunesse et dans tous les styles, polars, anticipation, ... A chaque fois que j'ai ouvert l'un de ses livres, j'ai été ravi de l'expérience. J'ai pour le moment une petite préférence pour Dernières lueurs avant la nuit dont je me souviens encore assez nettement bien que ma lecture date de 2000. Il sait parfaitement faire monter l'angoisse chez ses lecteurs. Un auteur français qui à mon avis, mériterait d'être plus connu, qui vaut très largement certains auteurs étrangers, ultra-atlantiquais ou nordiques -et au fil de mes billets, vous avez pu voir que j'aime beaucoup les polars du nord (pas forcément utile que vous relisiez tous mes articles, mais si l'envie vous en prend, je ne peux qu'aller dans votre sens, en plus, ça augmentera mes statistiques de visites !)

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Deux mille kilomètres avec une balle dans le coeur

Publié le par Yv

Deux mille kilomètres avec une balle dans le cœur, David Agrech, Ed. Le masque, 2010

Daniel Ferrey est un petit parieur aux courses. Il "travaille" pour son beau-frère Victor, dont on sent bien qu'il trempe dans des magouilles pas très claires. Mais Daniel non. Lui, il parie petit, gagne petit et s'en contente. Un soir, dans un abribus, il se fait tirer dessus et passe très près de la mort. Au moment de sombrer, la jeune femme photographiée sur l'affiche, dans l'abribus se matérialise et le soutient jusqu'à l'arrivée des secours. Opéré, sorti d'affaire, Daniel veut la retrouver.

Très bonne idée de bouquin, qui commence très bien. L'écriture est simple, alerte et l'histoire se déroule agréablement. Et puis, au bout de la 100ème page, je me suis demandé, d'abord où voulait m'emmener l'auteur et ensuite, si son histoire était vraiment intéressante et tenait la route sur 379 pages ! Terrible à dire, mais la réponse est : "non" ! J'ai eu peine à croire aux rencontres féminines que fait Daniel, aux liens qu'il crée avec ces femmes. J'ai eu la sensation d'une histoire vaine, sans vraiment de développement solide. Daniel se traîne tout au long du livre, n'a pas de personnalité, est falot jusqu'à la caricature. Finalement, je me serais contenté d'un livre de 200 pages -ce qui est déjà bien-, plus ramassé, plus concentré avec des personnages qui agissent plutôt que subissent. Aucun d'entre eux n'est réellement crédible, ce qui pourrait être envisageable dans un livre totalement décalé et hors réalité, mais ce n'est pas le contexte du livre.

La fin et le personnage de Yelena arrivent comme un cheveu dans la soupe. Je n'ai pas su faire le lien entre son histoire et ce que nous avait raconté l'auteur précédemment, mais je dois avouer que j'avais commencé à décrocher un peu avant et que cette irruption ne m'a pas captivé au point de relancer mon intérêt.

Cruelle déception pour ce partenariat B.O.B/Editeur, et ceci, d'autant plus que le livre est couronné du Prix du Roman d'Aventures, que je ne connais pas, certes, mais qui pouvait me promettre un meilleur moment. Ou alors, c'est moi qui suis passé totalement à côté de ce roman, ce qui est tout à fait concevable également.

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