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Articles avec #polar-noir tag

Peace and death

Publié le par Yv

Peace and death, Patrick Cargnelutti, Jigal polar, 2017...

Une résidente de la maison  de retraite Les lilas, Odette, meurt dans des circonstances douteuses, du moins c'est ce que pense la lieutenant Céleste Alvarez. La vieille femme gît désarticulée, comme tombée de l'escalier, mais dans un endroit auquel les résidents n'ont pas accès.

La colocataire de la chambre de la résidence, Colette, est étonnamment calme, comme étrangère au remue-ménage qui suit la découverte du cadavre. Elle rêve à sa vie passée, le ranch du Nevada, la rencontre avec Rob...

Polar qui démarre très bien, dans une maison de retraite lieu assez insolite pour y placer ce qui ressemble à un meurtre, et peut-être même perpétré par un pensionnaire. La lieutenant Céleste Alvarez est un personnage que l'on n'a pas l'habitude de rencontrer dans ce genre de romans : pas forcément jolie, vestimentairement pas au top et quelques rondeurs qu'elle soigne à coup de kebabs accompagnés de frites, c'est mieux, de burgers et autres viennoiseries. Elle dessine et est sensible aux couleurs qu'elle voit sur les scène de crimes ou d'enquêtes, si elles se répètent c'est alors que l'affaire est pour elle. Point de vue original pour une flicque qui l'est tout autant. L'intrigue est bien menée et si elle souffre de longueurs, elle est notamment assez longue à démarrer et traîne un peu avec des répétitions et des détails qui personnellement ne m'ont rien apporté ni dans la compréhension de l'histoire ni dans la psychologie des protagonistes, elle est quand même prenante jusqu'au bout du bout. Bon, j'aurais bien ôté quelques pages à ce volume qui en compte 350, mais c'est mon côté bougon et amateur de romans courts. Autre bémol : je trouve que Patrick Cagnelutti dialogue trop son polar, mais encore une fois c'est très personnel. Néanmoins, dans la quatrième de couverture, il est fait mention d'un "roman noir hors norme", et là, je rejoins la personne qui a trouvé cette expression. Hors norme, car comme je le disais plus haut, la lieutenant Céleste Alvarez l'est, tant pour son physique que pour son caractère et l'intrigue qui nous emmène jusqu'aux États-Unis dans les années hippies, la guerre du Vietnam, et prend sa source dans la France de la guerre peut être qualifiée avec les mêmes termes. Un autre point primordial est que la part belle est faite à l'humain qui est au centre de l'intrigue et du roman en général. point de technologie de pointe qui prend le dessus, non ici ce sont les femmes surtout et les hommes un peu qui dominent.

Une belle découverte. Un bon polar Jigal -comme d'habitude- qui débute presque par une onomatopée :

"Lundi 9 janvier 2017

Résidence pour personnes âgées Les lilas - 3h30

Tac-tac, tac, tac-tac, tac, tac-tac, tac...

Exaspérant et bruyant, ce déambulateur. Exaspérante, cette lenteur extrême." (p.9)

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Ça coince ! (39)

Publié le par Yv

Dodgers, Bill Beverly, Points 2017 (Seuil, 2016, traduit par Samuel Todd).,

"A quinze ans, East est déjà un petit caïd : devant la taule où on vend et consomme de la dope, il est le chef de l'équipe de guet. Le jour où les flics débarquent, c'en est fini de son job. Pour conserver sa place dans le gang, East doit se racheter. Quitter L.A., récupérer des armes et éliminer un juge à l'autre bout du pays, là où il neige. Le tout dans un monospace pourri et avec une équipe de bras cassés. Une équipée sauvage..." (4ème de couverture)

Bien sur le papier, la rencontre entre ce texte et moi ne se fait pas. Je décroche dès les premières phrases, tente de poursuivre en m'agrippant aux quelque passages qui me plaisent, je persévère, mais très vite, je sens que j'atteins un point de non-retour, celui au-delà duquel je ne suis pas capable de lire un bouquin qui ne m'intéresse pas. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je ressens vraiment un moment dans une lecture difficile où je ne peux plus avancer où le moindre mot devient un effort. Alors, je ne sais toujours pas pour vous, mais moi, je -"moi je moi je", je me la fais un peu narcissique- n'aime pas me faire du mal et préfère arrêter un livre plutôt que d'aller au bout sans plaisir, avec rien qui ne m'y retient. Beaucoup de personnages, une ambiance pas à mon goût, un style que je n'aime pas, plus plein de détails difficiles à cerner et à expliquer... enfin beaucoup de choses qui ne me vont pas. Voilà voilà voilà, donc Dodgers, sélectionné pour le Prix des meilleurs polars de lecteurs de Points, ne fera pas partie de mes finalistes...

 

 

Tu riras moins quand tu connaîtras les hommes, Florent Bottero, Denoël, 2017..

"Un corps de jeune fille flotte dans une rivière. Tout accuse son père, le redouté Joseph Roubaud, en cavale depuis la macabre découverte, et les villageois organisent une gigantesque battue pour le retrouver. Dans sa fuite, Roubaud fait la rencontre de La Forge, mystérieux colosse au calme olympien. Rejetant sur les gens du village la responsabilité de la mort de son enfant, Roubaud n'a dès lors qu'une obsession : se venger. Scellant un pacte avec son nouvel et puissant allié, il se lance dans une expédition sanguinaire." (4ème de couverture)

Ce roman qui se déroule dans le mitan du dix-neuvième siècle, je trouve qu'il peine à démarrer malgré des morts, des coups de feu, des envies de vengeance et des accès de colère. Il tourne un peu à vide et il faut que je m'accroche pour ne pas céder à le tentation de laisser tomber. Alors, j'avance, mais franchement, rien ne m'attire, les personnages son peu approfondis, la nature est présente certes, mais c'est un rien cliché et comment dire, travaillé, mais on sent le travail, le style n'est pas fluide, pour un peu, on verrait presque les ratures et/ou les taches de sueur sur le papier. C'est peut-être un peu méchant ce que j'écris là, mais c'est vraiment mon ressenti à la lecture de ce premier roman -qui a obtenu le prix Matmut 2017 (ah, putain, je n'en peux plus de la pub Matmut avec Chevalier et Laspalès) qui couronne les premiers romans. 

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Little Tulip

Publié le par Yv

Little Tulip, François Boucq, Jerome Charyn, Le Lombard, 2014, (texte traduit par Jeanne Guyon)...,

Années quarante, Pavel, sept ans est enfermé dans un goulag avec ses parents. Séparé d'eux, il rejoint le bâtiment des orphelins. Doué pour le dessin, il parvient à se faire respecter grâce à ceux qu'il dessine sur les corps des détenus.

Des années plus tard, devenu Paul, il vit aux États-Unis, collabore avec les autorités pour dessiner des portraits robots de suspects. Cependant, il ne réussit pas à dessiner Bad Santa, le tueur en série qui sévit dans les rues, viole et égorge des jeunes femmes.

Une BD majoritairement dans les tons bruns, marron, aux dessins explicites et forts. Les différents contextes le sont aussi, le goulag et la promiscuité, la difficulté d'y survivre, de résister aux manques et à l'extrême violence. Mais aussi le salon de tatouage de Paul et surtout les rues de New York en 1970 et ce tueur qui fait des ravages. L'ensemble fonctionne très bien, tant l'intrigue que les descriptions des environnements et des personnages. Pavel devenu Paul est un taiseux, un mec qui ne se confie pas du tout. Il vit avec Yoko et sa fille Azami, ce sont ses deux seules attaches à ce monde, elles et son travail de tatoueur.

L'histoire est suffisamment dense et forte pour nous tenir en tension et haleine les quatre-vingt-cinq pages de cet album. Vous avez pu remarquer, pour ceux qui me suivent régulièrement (les autres, je me répète, mais ce n'est pas bien, vous devriez venir plus souvent) qu'en ce moment je fais une cure de BD : en fait je suis allé à la bibliothèque de ma commune et comme je n'y étais pas entré depuis longtemps, il y avait plein d'albums que je n'avais pas vus et empruntés. Je suis revenu avec les bras chargés, il y en a donc d'autres à venir...

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Les particules et les menteurs

Publié le par Yv

Les particules et les menteurs (Tonton, l'art et la manière), Samuel Sutra, Flamant Noir, 2017 (première parution, 2012).....

Ruffy, vous connaissez ? Ruffy, peintre obscur du début du siècle dernier a peint deux toiles presque identiques, sauf une. Celle-ci est très recherchée, notamment par David Chicaude prêt à payer une fortune pour se la procurer. Tonton sait où est la toile. Le problème, c'est que pour en devenir très momentanément l'heureux propriétaire, il doit la subtiliser à une famille d'aristocrates, et c'est Gérard qui devra se faire passer pour un particulé pour préparer le terrain au reste de l'équipe. Autant dire mission impossible, Gérard chez les aristos c'est comme... non franchement, je ne vois pas d'image c'est simplement inimaginable.

Tome 2 des -excellentes- aventures de Tonton et sa bande ; vous reporter à mon précédent billet pour comprendre pourquoi je lis le 2 maintenant alors que j'ai déjà lu le 6 et tous les autres. C'est dans ce volume que l'on fait connaissance avec Donatienne de Gayrlasse qui deviendra la bonne de Tonton, et hop, l'équipe est complète. Plonger Tonton et sa bande dans le monde délicat et feutré de l'aristocratie, mais quelle mouche a piqué Samuel Sutra ? Bon, pour la mouche, je ne sais pas mais elle devait avoir de lourds antécédents. Par contre, le monde délicat et feutré vole en éclat et s'il n'adopte pas les mêmes codes que celui de la truande on ne peut pas dire qu'il soit plus glorieux, par exemple, la description de Donatienne : "La dame, d'une cinquantaine bien secouée, mais à la mise impeccable, aux souvenirs de Tonton, était la riche descendante d'une longue lignée de militaires qui s'étaient transmis le sang bleu de génération en génération, à grands coups de consanguinité. L'arbre généalogique devait compter certaines branches ayant donné plus de fruits que de noyaux. Lignée remontant, à ce que l'on disait, à des temps forts reculés, où l'on se battait à mains nues et à pied, le cheval n'ayant pas encore été inventé." (p.9)

Que dire que je n'aurais pas dit sur un roman avec Tonton ? C'est difficile tant à chaque fois, je me régale, je me marre, j'apprends de nouvelles tournures d'argot que je suis bien incapable de retenir, non pas que je soye coincé et que je répugne à user de vocables un rien familier voire pire, mais tout simplement parce que je ne les retiens pas. Il m'a fallu des visionnages et des visionnages des Tontons flingueurs (pas cités innocemment, bien entendu) pour en retenir quelques mots et pareil pour les excellents OSS 117 (mais là, il n'y a pas trop de rapport sinon que j'aime). L'autre référence, hors Audiard, Dard et Lautner, et qui est notée dans la très courte biographie de l'auteur en fin de volume est Alexandre Astier et son Kaamelott, et c'est vrai que le langage pratiqué par l'un et par l'autre se ressemblent ou du moins procurent le même plaisir. Visualisez cette scène : Gérard qu'on pourrait aisément qualifier d'abutyrotomofilogène -mot trouvé sur divers sites et qui signifie "qui n'a pas inventé le fil à couper le beurre", il y en a tout plein de mots comme ça rares, inventés, oubliés, désuets, c'est marrant à replacer dans un papier-, donc Gérard entre dans un bar gay -déjà c'est dur à imaginer- à la recherche de sa cible et demande :

"- Je cherche un mec, avoua-t-il.

Le serveur le dévisagea, parcourant la piste des yeux comme pour vérifier la nature de l'endroit.

- Tu déconnes ? Tu rentres dans un bar gay et tu cherches un mec ? T'es du genre à bouffer quand t'as faim, ma grande. Ça me chavire, les gars comme toi. Le mystère... L'imprévu..." (p.102)

Moi aussi, ça me chavire, si vous ça ne vous fait rien, je ne peux rien pour vous si ce n'est vous prescrire une dose maximale de Tonton pour vous dérider, maintenant qu'ils sont tous parus chez Flamant noir, commencez par le numéro 1, puis le 2, etc etc... Si au contraire vous aussi ça vous chavire, eh bien, commencez par le 1, le 2 etc etc...

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Snjór

Publié le par Yv

Snjór, Ragnar Jónasson, Points, 2017 (La Martinière, 2016), traduit de la version anglaise d'après l'islandais, Philippe Reilly)....,

Ari Thór, jeune flic vit à Reykjavík avec Kristin son amie étudiante en médecine. Lorsqu'on lui propose un poste intéressant à l'extrême nord du pays dans la petite ville de Siglufjördur, Ari Thór n'hésite pas et accepte. Il s'installe dans la petite ville seul, Kristin continuant ses études dans la capitale. Le travail de policier à Siglufjördur est tranquille, tout le monde s'y connaît. L'adaptation du jeune homme est assez facile ainsi que son quotidien. Jusqu'au moment où un écrivain célèbre fait une chute mortelle dans le théâtre de la ville. Un accident ? Un meurtre déguisé en accident ? Ari Thór enquête avec Tómas son chef.

Roman nordique sélectionné pour le Prix du meilleur polar Points. Beau choix. On ne peut plus classique dans la forme avec un enquêteur qui cherche les moindres indices, la plus petite piste et des intermèdes en italique d'une future ou ancienne victime agressée chez elle. Pour le fond, rien de bien neuf non plus pour qui connaît un peu la littérature policière nordique. La neige, le froid, les conditions de vie très dures qu'ils impliquent, les caractères trempés. Néanmoins, la petite ville où tout le monde se connaît et personne ne peut bouger une oreille sans que son voisin et donc bientôt toute la communauté le sache apporte une nouveauté, ainsi que le jeune flic nouvellement débarqué qui, comme nous lecteurs, découvre la vie à Siglufjördur et les us et coutumes du coin. Natif de la ville l'auteur sait de quoi il parle et raconte bien son passé riche et animé grâce à la pêche aux harengs, depuis presque disparue et donc l'exode qui suit, vers le sud, Reykjavík en particulier. Pour le fun, les noms sont toujours aussi compliqués à lire qu'à prononcer, ce qui rajoute un brin d'exotisme.

Dans ce modèle assez formaté, Ragnar Jónasson tire très largement son épingle du jeu et son histoire se suit avec entrain et beaucoup de vivacité sans aucune lassitude. J'ai suivi Ari Thór dans sa découverte de la ville et de ses habitants avec plaisir et même si l'enquête proprement dite ne débute que tardivement, toute la première partie est intéressante par ce qu'on y apprend. Elle permet également de faire connaissance avec un personnage qui revient dans un deuxième tome intitulé Mörk -qui se déroule cinq ans plus tard- et qui me tente terriblement.

Je ne sais pas encore si Snjór sera mon choix final pour le Prix du meilleur polar Points, mais il est en bonne position. Il faut dire qu'il gagne pour le moment, faute de combattants, j'ai abandonné le premier livre reçu...

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Baad

Publié le par Yv

Baad, Cédric Bannel, Points, 2017 (Robert Laffont, 2016)..,

Kaboul, des fillettes sont retrouvées sans vie, elles ont été violées, torturées. Le qomaandaan Kandar, ancien sniper de Massoud dirige l'enquête, difficile dans ce pays dans lequel les talibans sont encore forts et dans lequel les us et coutumes sont très présents et accroissent les difficultés pour enquêter.

Paris, Nicole Laguna, chef de la Brigade Nationale de Recherche des Fugitifs est enlevée ainsi que son mari et ses deux enfants. Pour les sauver, elle doit retrouver un homme rechercher par la mafia. Les routes des deux enquêteurs se croiseront.

Livre sélectionné pour le Prix du meilleur polar Points pour lequel je suis juré. Sûrs de leur fait, les éditeurs ont ajouté un bandeau "Captivé ou remboursé !" avec les modalités au dos pour se faire effectivement rembourser au cas où le roman ne plairait pas. C'est gonflé et bien joué, mais le problème c'est que le premier point est "Acheter Baad le roman de Cédric Bannel..." Bon, je ne peux pas me faire rembourser puisque l'on m'a envoyé ce livre... Dommage ! Car force m'est de dire que je n'ai pas été captivé, à peine intéressé. Difficile de dire pourquoi. L'ensemble ne prend pas, je trouve pas mal de longueurs, des passages superflus. Cela peut être aussi la manière de raconter qui ne me sied point. Rien de rébarbatif pourtant. En fait, je ne parviens pas à m'intéresser aux soucis des uns et des autres, ni aux enquêtes, ni même au contexte afghan qui pourtant devrait me plaire.

C'est ma première lecture pour ce prix, j'espère que les autres seront meilleures, sinon, je vais me faire jeter... Moi qui ne postulais plus pour des jurys, mon démarrage n'est pas folichon. Pour ce prix, je dois recevoir 9 titres, j'en ai deux autres qui m'attendent pour cet été, un islandais et un étasunien.

Voilà, ce sera mon dernier article avant les vacances. Je ferme pour quelques semaines. Retour après le 15 août, je ne sais pas trop quand encore, surveillez bien pour ne rien rater.

Bonnes vacances et bel été à tous.

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Justice soit-elle

Publié le par Yv

Justice soit-elle, Marie Vindy, Sang neuf, 2017....

Lorsque la jeune Perrine Clémang est retrouvée morte cachée dans un sous-bois par deux jeunes pré-ados, elle vient allonger la longue liste des femmes assassinées dans ce coin de Bourgogne et dont les meurtres n'ont jamais été élucidés. L'équipe de gendarmerie menée par Élise Félicité commence les investigations, bientôt sous le commandement du capitaine Humbert dépêché sur place. Déborah, avocate, tente de recueillir un maximum d'informations sur les quatorze meurtres de femmes de la région non élucidés pour en faire rouvrir les dossiers et tenter de retrouver le coupables et les faire juger. A toutes ces femmes qui enquêtent, s'ajoute bientôt Laurine, la fillette qui a découvert le corps de Perrine, elle veut savoir qui a tué sa mère qui fait partie de cette liste macabre.

Roman très féminin et féministe, peuplé de femmes battues, de femmes qui se battent pour faire éclater la vérité et sortir les autres du cycle de la violence et d'hommes brutaux, violeurs et assassins, machos au possible, sûrs de leur force et de leur supériorité. Certes, il y a aussi des mecs bien, le capitaine Humbert en tête, mais le genre garçon est mis à mal dans ce polar qui s'inspire de faits réels. Ce préambule n'est absolument pas négatif, au contraire. On sait, on nous le dit régulièrement, que des femmes meurent sous les coups de leurs compagnons, que beaucoup se font violer, harceler, frapper, mais la justice est souvent relativement clémente avec les hommes coupables de ces faits. Marie Vindy écrit là un roman de femme indignée et révoltée et tout lecteur en ressort remué par la perversité des auteurs de violences sur les femmes. Marie Vindy, je l'avais déjà lue dans Une femme seule, un polar que j'avais bien aimé et dans lequel le capitaine Humbert était déjà présent. Lorsque j'ai vu qu'elle avait écrit chez Sang neuf, le mien n'a fait qu'un tour et après deux relatives déceptions chez cet éditeur, je pensais bien qu'une femme réussirait à me faire changer d'avis. C'est largement le cas.

J'ai aimé le rythme délibérément lent, les histoires sont anciennes et peu de chance que que de nouveaux éléments viennent mettre le feu à la région, mais elles avancent doucement ; le travail de Déborah et des gendarmes est méticuleux, minutieux, ils engrangent des témoignages, des indices, des preuves les menant vers les coupables. J'ai aimé aussi les multiples points de vue, celui du major Élise Félicité, ceux des mères ou amies des victimes, celui de Déborah, celui de Laurine, et même si le grand nombre d'intervenants m'a un peu perturbé au départ, la romancière nous rappelle les faits et les liens des personnes entre elles régulièrement et judicieusement.

Marie Vindy écrit un roman original par sa construction en petits chapitres aux multiples points de vue exclusivement féminins, par le fonds malheureusement très actuel et présent dans nos sociétés ; regrouper toutes ces violences dont sont victimes les femmes -même Déborah n'est pas épargnée par son ex-mari, comme quoi toutes les femmes de toutes les classes sociales peuvent être harcelées ou pire- fait de ce roman un cri de colère et d'alarme. Un roman à faire lire à toutes les femmes et à tous les hommes, parce que bien sûr, les violences faites aux femmes en particulier et le féminisme en général ne sont pas des affaires exclusivement de femmes.

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Le pire du milieu

Publié le par Yv

Le pire du milieu (Tonton et ses chinoiseries) Samuel Sutra, Flamant noir, 2017 (première édition, 2011).....

Tonton, le plus grand truand de tous les temps, le cador, le maître ès coup du siècle bat le rappel de ses troupes pour une nouvelle affaire d'excellent rapport, d'autant plus qu'elle ne devrait durer que quelques heures, temps de préparation inclus. Gérard son fidèle bras droit, conducteur émérite d'un tank survitaminé estampillé Mercédès AMG, Pierre le pleutre neveu du précédent qui bénéficie honteusement du droit de la famille à être sur les bons coups et Mamour accompagné de Kiki son teckel d'aveugle, car tel est Mamour, non-voyant, tous les trois donc arrivent à Saint-Maur dans la propriété familiale de Tonton pour être mis au parfum de ce coup particulièrement juteux.

Revoilà Tonton et sa bande en très grande forme. Quand je dis revoilà, je devrais dire voilà Tonton et sa bande, car, il faut que je vous essplique : j'ai déjà lu et bafouillé quelques chroniques sur cette esscellente série, mais celui-ci est le premier. Pas le premier que je lis, j'en suis à 5 icelui inclus! Ce Tonton, Le pire du milieu, est le premier écrit par Samuel Sutra pour amuser sa famille et éventuellement la galerie de ses amis, car le romancier -qu'il est devenu depuis- est facétieux. Non, j'ai commencé la série par le n°4 (Le bazar et la nécessité), puis logiquement continué par le n°5 (La bonne, la brute et la truande) et avant d'attaquer le n°6 (Les deux coups de minuit), j'ai rattrapé mon retard avec le n°3 (Akhänguetnö et sa bande). J'ai donc lu tous ceux du milieu -pas les pires- il ne me manquait que les premiers. La futée éditrice de Flamant noir flairant elle aussi le bon coup -une parente de Tonton ?- et surtout ne pouvant pas résister aux charmes non pas de l'auteur -je suis pour la paix des ménages- mais de sa série a décidé de tout rééditer. Voici donc le n°1 et le n°2 est attendu pour cet été itou. Cet avant-propos un peu longuet touchant à sa fin et même n'ayons pas peur des mots étant quasiment fini, je m'en vais livrer un avis de lecture hautement distingué : j'ai adoré !

Voilà, ne vous reste plus qu'à courir dans vos bonnes librairies acheter ou commander cet opus et tous les autres, sous peine de passer à côté de LA série humoristico-policière française. Du développement ? Vous voulez que je développe ? Bon, eh bien, euh... Samuel Sutra écrit ses Tonton comme Audiard ses dialogues et on le lit comme on regarde Les tontons flingueurs (par exemple). On attend le bon mot, la phrase drôle qui vient parfois d'une manière plus subtile -mais drôle- qu'attendue : "Ses [ceux d'Aimé Duçon, alias Tonton] parents s'étaient considérablement enrichis pendant la guerre d'une manière aussi rapide qu'inattendue, dans le commerce des biens non chrétiens faits de métaux non ferreux. […] Durant la guerre, papa Duçon, conscient du poids de l'alternative qui se présentait, hésita longtemps entre la collaboration et la résistance. Cette mûre réflexion le mena à afficher ouvertement ses sentiments patriotiques dès l'été quarante-neuf, creusant un peu plus ce sillon de droiture et de courage qui caractérisait les Duçon depuis tant de générations." (p.25/26), avec au passage une référence à Pierre Desproges et son fameux sketch sur la collaboration et la résistance qui ne fit pas rire tout le monde à l'époque -mais moi si. Bon, je vous pourrais vous citer pas mal d'autres passages, du plus châtié -non, j'déconne- au plus graveleux : "A ce moment, le Belge s'est tenu le même raisonnement que celui que tu tiens à une infirmière quand elle te plante un thermomètre dans le prose. Si après un an et un jour, elle n'est pas venue récupérer son matériel, il est à toi." (p.212), là j'ai fait sobre, parce qu'on est à une heure de grande écoute...

En outre, le premier d'une série, c'est assister à l'accouchement. On sait pourquoi untel ou untel fait partie de l'équipe. Il manque encore Donatienne, l'alcoolique cuisinière de Tonton, mais elle ne devrait pas tarder à venir enrichir les rangs. Je ne sais pas vous, mais moi, j'ai hâte de lire le n°2, qui, je vous le rappelle, sera mon n°6 -vous suivez toujours ? Vous êtes des lecteurs plus classiques, plus linéaires ? Commencez par le n°1 et puis le 2 -qui arrive-, le 3, le 4, le 5 et le 6... et avec un peu de chance, il y en aura d'autres. Dépêchez-vous, tout retard n'est pas rédhibitoire, ma lecture aléatoire en est la preuve, mais votre été pourrait bien souffrir d'une certaine mélancolie si vous ratez les Tonton ; il faudrait vous rattraper sur l'hiver...

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Poulets grillés

Publié le par Yv

Poulets grillés, Sophie Hénaff, Livre de poche, 2016 (Albin Michel, 2015)...,

Le jour où la commissaire Anne Capestan est convoquée chez le grand patron de la police suite à une mise à pied de plusieurs mois pour usage un peu prononcé de la gâchette, elle s'attend à tout, sauf à être nommée cheffe d'une brigade. A peine désignée, elle déchante puisque cette brigade qui n'a pas de nom ni d'existence pour les autres services est constituée des éclopés : alcooliques, dépressifs, flemmards, brutes, tous ceux qui encombrent les services du 36. A la tête de quarante personnes potentielles, Anne découvre les lieux attribués, un vieil appartement, meublé avec de vieux restes. Bientôt, trois, quatre collègues arrivent, tous aussi peu motivés les uns que les autres. Il faut dire qu'ils vont devoir traiter les vieilles affaires non classées, inintéressantes. Parmi elles, cependant, l'équipe découvre deux meurtres, l'un vieux de vingt ans, un marin et l'autre de huit ans, une vieille dame.

Une mise en place des personnages, des lieux, des circonstances, des affaires, un peu longue et confuse : j'ai mis beaucoup de temps à repérer qui est qui et de quelle affaire il s'occupe ; de même, j'ai galéré pour suivre les deux intrigues, à chaque fois l'une m'échappe dès que l'on passe à l'autre, et vice-versa, sachant qu'en plus entre les enquêtes on s'intéresse un peu aux raisons de chacun pour atterrir dans cette brigade d'éclopés, lorsque reprend l'enquête, je dois faire un effort pour m'en souvenir, même si Sophie Hénaff en rappelle les grandes lignes de temps en temps. Une entrée en matière un peu dure pour moi qui m'attendais à un récit plus drôle d'après ce que j'avais déjà pu en lire sur les blogs et autres supports. De fait, même si l'ambiance est bon enfant, ce roman n'est pas vraiment drôle. Certes, on sourit beaucoup notamment grâce aux personnages pittoresques, à leurs manies et difficultés à accepter de travailler dans cette brigade et vivre tous ensemble, mais pour le reste, on est dans un polar assez classique avec enquête, renseignements divers, ...

L'équipe est bien sympathique et détonne dans le flot habituel des polars où l'on croise toujours les meilleurs des meilleurs, là c'est l'inverse, on a la lie de la police, les poissards, les cossards, les parieurs, les alcoolos, les tarés, ... Cela fait un bien fou de voir que l'on peut bâtir un roman policier avec des gens comme ça. Sophie Hénaff  nous distrait joyeusement avec sa brigade et son intrigue se tient jusqu'au bout. Il existe un deuxième volume des enquêtes de Anne Capestan, Rester groupés qui ferait une bonne lecture estivale à la suite de celui-ci.

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