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polar-noir

Bilan (suite)

Publié le par Yv

En ce début d'année, je ne voulais pas vous laisser sans idée de lectures, celles de l'an dernier qui sont passées tout près du coup de cœur, je ne sais même pas pourquoi elles n'ont pas eu cet honneur, c'est tellement subjectif.

Là encore, j'ai été obligé de faire un choix terrible, mais assez varié, ce qui représente bien mes goûts. Prêts ? c'est parti :

- Autoportrait, Edouard Levé (qui est resté longtemps sur ma table de chevet, pour y piquer des phrases)

- La revue Schnok (merci Pierre du conseil)

- Toute la série Infinity 8 (je mets le lien vers mon préféré, le tome 2, Retour vers le Führer)

- Lettres d'Ogura, Hubert Delahaye (et plus globalement les éditions L'Asiathèque qui m'ont fait découvrir la littérature asiatique)

- Le cave du Vatican, Etienne Liebig 

- Amoursky boulevard, Jacques Enaux

- La voix de Cabo, Catherine Baldisseri

- Toute la série des Tonton, Samuel Sutra (je mets le lien vers le numéro sept Les particules et les menteurs, mais lisez-les tous, (ré)édités chez Flamant noir c'est un pur délice)

- Vermines, Romain R. Martin (à nouveau chez Flamant noir, maison à découvrir si ce n'est déjà fait, voilà une bonne résolution de 2018)

- Point de lendemain, Vivant Denon

- Seules les femmes sont éternelles, Frédéric Lenormand

- Le goût des jeunes filles, Dany Laferrière (et toutes les rééditions de l'auteur chez Zulma)

- Schtilibem 41, Georges Arnaud 

Cette fois-ci, j'ai fini le bilan 2017, n'hésitez pas il y a des lectures excellentes là-dedans...

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Je suis innocent

Publié le par Yv

Je suis innocent, Thomas Fecchio, Ravet-Anceau, 2017....,

Lorsqu'un viol suivi du meurtre d'une jeune femme est perpétré près du domicile de Jean Boyer, il en est le suspect n°1. il a passé trente années de sa vie en prison pour ce genre de crimes et en est sorti depuis peu. Le capitaine Germain cède à la pression et embarque Boyer. Sauf qu'icelui crie son innocence. seul Germain veut bien y croire mais il faut dire que tous les éléments ramènent à Boyer. Finalement libéré, Jean Boyer décide de faire sa propre enquête. Le capitaine Germain continue lui aussi, cherche, creuse la vue de la victime et de ses proches ; la tension est au maximum, entretenue par un ministre de l'intérieur, qui en cette année 2006 prépare activement sa campagne pour les présidentielles de 2007.

Deuxième ouvrage prêté par Zazy (après La daronne), celui-ci était un petit plus, en fine mouche, Zazy a dû se dire qu'il me plairait, tant il est loin de la banalité. Bien joué et bon choix, ce polar m'a tenu éveillé jusque très tard hier soir. Pour ne rien cacher, le début est assez conventionnel, classique, le temps que la situation et les personnages s'installent. Les flics d'abord, Germain le capitaine un peu frêle voire fragile qui mène l'enquête, secondé par des collègues un peu lourdauds -c'est un euphémisme-, le lieutenant Martinetti et ses deux sbires adeptes de la fonte, des poids à soulever et des baffes à distribuer à ceux qu'ils estiment être des salauds. Le suspect ensuite, Jean Boyer, un sale type, violeur et tueur récidiviste qui pense juste ne pas avoir de chance dans ses rapports avec les femmes. Il est toujours en proie à des pulsions mais depuis sa sortie de prison, il se tient, suit un programme qui lui permet de se maîtriser. Néanmoins, et c'est cela la force du roman, j'ai été très mal à l'aise en sa présence, et il est très fortement présent puisque l'un des narrateurs du roman, l'un des écrans par lequel le lecteur passe pour avancer dans cette intrigue, l'autre étant Germain. Ses réflexions, ses pulsions, ses tentatives de minimiser ses actes dérangent et même s'il crie son innocence, je n'avais pas très envie qu'il s'en sorte tant je sentais qu'il ne parviendrait jamais à s'extraire de cette spirale du crime. C'est terrible ce que j'écris là, parce que même si un homme est innocent puisque le romancier fait en sorte que le doute soit présent dans tout son livre, jusqu'à la fin, en entrant dans sa tête, j'ai eu des volontés de le remettre en prison ou dans un établissement adapté, malgré mon assurance affichée que lorsqu'un criminel a payé sa dette, il doit pouvoir se réinsérer. Je le disais, dérangeant ce roman qui pousse à la réflexion, et interroge mes convictions. 

Le contexte est là aussi, pesant, la future élection présidentielle avec un candidat qui communique beaucoup et réagit par l'émotion en voulant faire de la sécurité son credo, c'est lui -et d'autres de ses amis- qui nous a mis en tête qu'un récidiviste n'avait plus de chance de réinsertion, son discours martelé, asséné, bien que je n'écoute pas vraiment les discours politiques, laisse des traces : "Forlain se leva, attrapa un journal et le lui tendit. C'était un exemplaire du Monde avec en première page la photo du ministre de l'Intérieur. Il déroulait un plan sécuritaire qui serait un tremplin électoral formidable pour la présidentielle de 2007. Ses deux principaux leviers : plus de pouvoir aux policiers et des peines planchers pour éviter tout laxisme de la part des juges, surtout avec les récidivistes." (p.72) Germain est sous pression, parce que son patron l'est directement par le ministre. Il faut faire vite et puisque le suspect est le sale type qu'on connaît, pourquoi chercher plus loin ? 

Si je mets en réserve de trop nombreuses répétitions, des rappels des faits redondants qui n'apportent rien au récit si ce n'est 50 pages de trop, ce premier roman est très convaincant -assez pour me faire dépasser l'heure de mon coucher habituel. Une entrée en littérature policière pour Thomas Fecchio pas banale, dérangeante et fracassante. Un polar très hautement addictif. 

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Ça coince ! (41)

Publié le par Yv

Le jour ou Beatriz Yagoda s'assit dans un arbre, Idra Novey, Les escales, (traduit par Caroline Bouet), 2017.,

Un jour la grande et un peu oubliée écrivaine Beatriz Yagoda, criblée de dettes, monte dans un arbre avec sa valise et s'y assoit. Puis, elle disparaît, personne ne sait plus ce qu'elle est devenue. Alors, sa traductrice aux Etats-Unis, qui connaît sa vie presque mieux qu'elle part pour Rio et tente de la retrouver. 

Un résumé tentant. Hélas, ça ne fonctionne pas. Dès le début, je sens fleurir la mièvrerie et la trop grande légèreté là où j'aurais espéré de l'humour mais pas celui-ci. Le roman est qualifié "plein d'esprit qui rappelle les films des frères Coen..." Je n'ai pas dû voir les mêmes films que le critique du Wall Street Journal, parce que je ne sens pas de frères Coen là-dedans. Rien de subversif, de décalé, de loufoque...

Pour être franc, je reste totalement hermétique au style et donc à l'histoire. Pas grave, un livre de plus à rejoindre mon carton "à donner"...

 

 

Wonderland, Jennifer Hillier, Points 2017, traduit par Claire Desserrey (Hugo et Cie, 2016)..

"Vanessa Castro pensait avoir fait le choix de la tranquillité en rejoignant les forces de police de Seaside, sur la côte ouest des Etats-Unis. Mais quand des employés de Wonderland, le parc d'attractions qui fait la fierté de la ville disparaissent les uns après les autres, elle comprend que cet endroit est loin d'avoir livré tous ses secrets. Et elle craint d'avoir jeté sa propre famille dans un piège diabolique. Car à Wonderland, les attractions peuvent être véritablement mortelles." (4ème de couverture)

Dernier titre reçu en lice pour le Prix du meilleur polar Points et donc, forcément loin d'être retenu de mon côté. Je ne suis ni spécialiste ni amateur des thrillers étasuniens, mais là, j'ai eu l'impression de lire un condensé (un condensé de 425 pages tout de même) de clichés, bavardages, redondances, dialogues inutiles, scènes familiales convenues et attendues,... pour être bref du "déjà-vu-déjà-lu" des centaines de fois. Rien, même pas le fait que tout se déroule dans une petite ville et dans un parc d'attraction n'est novateur, ni même haletant, je me suis traîné en sautant des passages, et j'avoue avoir été vite à la fin grand-guignolesque et encore une fois tellement vue et lue qu'elle en est risible. 

Pour amateurs du genre qui n'aiment pas les surprises et qui ne jurent que par les productions de banale série B. Pfff, à oublier très vite...

Tiens, c'est déjà fait, mais de quoi que je cause là ?

Un thriller ?

Bah non, je m'en souviendrais...

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La daronne

Publié le par Yv

La daronne, Hannelore Cayre, Métailié, 2017...,

Patience Portefeux, la cinquantaine est interprète pour la police. Travailleuse, elle a élevé seule ses deux filles et doit s'occuper de sa mère sénile qu'elle a été contrainte de placer en EHPAD. Un concours de circonstances, une opportunité, et la voici transformée en Daronne, celle qui refourgue avec un certain talent du cannabis haut de gamme à des dealers, rendant chèvre la police puisqu'elle joue toujours un coup d'avance. Mais une dilettante saura-t-elle déjouer tous les pièges des flics comme des voyous ?

Étrange personnage que cette Patience Portefeux. Interprète de l'arabe au français et vice-versa, elle a été élevée dans une famille pas banale. Son père était dans les "affaires", de celles qui rapportent beaucoup d'argent... et de prison si l'on se fait prendre. Mais Patience est honnête et ce n'est que la cinquantaine passée, que les gènes la titillent. 

Hannelore Cayre sait écrire des comédies policière si ce n'est déjantées au moins très plaisantes. On sourit souvent aux remarques et saillies de Patience, on peine avec elle lorsqu'elle porte ses valises, lorsqu'elle doit subir les récriminations de sa mère, ses cris et les remarques peu amènes de la directrice de l'EHPAD. Au passage, la romancière égratigne un peu ces institutions surtout lorsqu'elles sont gérées par des investisseurs qui veulent des dividendes et se moquent bien des personnes âgées qui y résident. L'humanité n'est pas de leurs valeurs ni même de leur vocabulaire. 

Mais revenons à Patience qui va vivre moult aventures et tracas. Son histoire est un peu longue à démarrer mais l'écriture et la légèreté dont Hannelore Cayre fait preuve font passer le temps agréablement. Je ne vais pas ici simuler un enthousiasme béat que je n'ai point ressenti, mais je ne voudrais pas non plus laisser croire que ce roman ne m'a pas plu. Pile entre les deux. Pas mon polar préféré du moment, mais loin, très loin d'être le pire. J'ai passé un très bon moment, je dois même confesser -merci mon père- une impatience à connaître le final et savoir si Patience s'en sortait ou pas et comment. Et si vous cherchez bien, vous trouverez nombre de bonnes voire excellentes critiques générées par ce roman qui, comme la photo le montre a obtenu le Prix Le Point du polar européen. Pas mal. 

Je remercie Zazy pour son prêt et vous laisse avec les premières phrases de La daronne :

"Mes fraudeurs de parents aimaient viscéralement l'argent. Pas comme une chose inerte qu'on planque dans un coffre ou que l'on possède inscrit sur un compte. Non. Comme un être vivant et intelligent qui peut créer et tuer, qui est doué de la faculté de se reproduire. Comme quelque chose de formidable qui forge les destins. Qui distingue le beau du laid, le loser de celui qui a réussi. L'argent est le Tout ; le condensé de tout ce qui s'achète dans un monde où tout est à vendre. Il est la réponse à toutes les questions. Il est la langue d'avant Babel qui réunit tous les hommes." (p.11)

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La disparue de Saint-Maur

Publié le par Yv

La disparue de Saint-Maur, Jean-Christophe Portes, City éditions, 2017.....

Fin novembre 1791, Victor Dauterive, jeune lieutenant de la toute nouvelle gendarmerie est mandaté par l'un de ses supérieurs pour rechercher une jeune femme disparue. Les parents d'icelle, aristocrates pauvres ne veulent pas que l'on se mêle de cette histoire, le scandale et la honte -pire que la ruine- les effrayant sans doute. Victor cherche néanmoins. Mais bientôt, son mentor, le marquis de La Fayette le décharge de cette enquête pour lui demander de faire des recherches sur Jérôme Pétion, candidat à la mairie de Paris contre lequel il veut se présenter. Les investigations de Victor l'emmèneront jusqu'en Angleterre, les Anglais étant très attentifs au déroulement et aux conséquences de la Révolution française.

Après le bon L'affaire des corps sans tête, puis l'aussi bon L'affaire de l'homme à l'escarpin, voici cette troisième aventure de Victor Dauterive, jeune noble en rupture familiale, versé dans la gendarmerie par son protecteur La Fayette à qui il croit devoir fidélité et reconnaissance, dans des temps particulièrement troublés et violents ; il faut dire que le marquis le tient : "Vous êtes mineur, Victor. Pendant deux ans, votre père a encore tous les droits sur vous. Y compris celui de vous placer en maison de correction, tête de mule que vous êtes. Et il le ferait, croyez-moi, si vous n'étiez pas officier de gendarmerie. Que croyez-vous qu'il se passerait si ce n'était plus le cas ?" (p. 165).

La bataille est rude entre les divers groupes de députés et les nombreuses formations politiques en présence. Les aristocrates en exil montent une armée pour rétablir le roi, d'autres en France rêvent d'une monarchie constitutionnelle, d'autres de se défaire de celui qu'ils considèrent comme un despote. Les coups sont bas et pleuvent. Tout est permis pour incriminer son adversaire et profiter de ses faiblesses pour le discréditer. La guerre est en attente, aux portes de Paris, le sujet de discussion du moment. C'est donc dans ce monde-là que Victor évolue et cette fois-ci, il sera plus espion qu'enquêteur. Néanmoins, ça ne l'empêche pas de tomber dans des pièges, des traquenards, sa jeunesse et sa relative naïveté au moins sa confiance en les lois et les règles ne lui servant pas pour les déjouer. Il est frais et c'est cela qui est bien, loin des flics habituels blasés et qui réussissent tout du premier coup. Il s'endurcira sans doute, mais comme JC Portes a la bonne idée de resserrer ses intrigues sur quelques mois (puisque la première se déroule début 1791), Victor reste un poil candide. Sa volonté, son opiniâtreté, sa force de caractère et son intelligence lui permettent de s'en sortir. Je l'aime bien Victor, il est vivant, humain, certes, un peu coincé, mais bon il vit en 1791, les mœurs ne sont pas tout à fait les mêmes que de nos jours. 

Plus haut, je parlais des bons tomes 1 et 2, là, vous me permettrez d'écrire l'excellent tome 3. Les quelques réserves émises pour les deux premiers ont -presque- disparu (il reste quelques coquilles, gênantes mais pas rédhibitoires). La longueur, eh bien, je ne l'ai pas ressentie dans ce volume, sans doute parce que, bien que plus gros de 100 pages (530 pages avec les notes et les remerciements de l'auteur), JC Portes maîtrise de mieux en mieux son sujet. Le contexte est passionnant, je ne suis pas spécialiste de l'époque, j'apprends beaucoup. Ses personnages s'épaississent, Victor bien sûr, mais aussi son ami Olympe de Gouges très présente, ses amis et ses ennemis du moment (j'aime bien le clin d’œil à Alexandre Dumas avec le nom de la belle anglaise, Miss Winter, amie ou ennemie (?), je n'en dirai pas plus). On pourrait croire que Victor et son créateur s'éparpillent puisque deux affaires sont en cours de ce volume, mais que nenni, un gendarme peut enquêter sur deux histoires simultanément, "sacrediou", comme dirait Olympe qui aide son ami sans son accord.

Tout cela est drôlement bien ficelé et se lit avec un grand plaisir, une impatience à connaître le dénouement et une volonté de prolonger un peu les moments passés en cette compagnie et cette époque, bien au chaud dans mon canapé. Troisième tome très convaincant, à consommer et partager sans modération, un coup de cœur !

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Il était une fois l'inspecteur Chen

Publié le par Yv

Il était une fois l'inspecteur Chen, Qiu Xiaolong, (traduit par Adélaïde Pralon), Points, 2017 (Liana Levi, 2016)...,

L'inspecteur Chen est un personnage récurrent de Qiu Xiaolong. Cet opus relate sa jeunesse, son entrée dans la police et sa première enquête. Jeune homme dont les parents ont subi les humiliations en pleine Révolution culturelle de Mao, Chen réussit néanmoins à apprendre l'anglais et suivre des études sur la littérature anglaise. Bientôt, il est nommé inspecteur de police mais est cantonné à un rôle de traducteur des méthodes de la police étasunienne. Puis, s'intéressant à une affaire de meurtre, il découvre des indices intéressants qui mènent l'inspecteur Ding, son chef vers une piste inexplorée. 

Ce roman est en sélection pour le Prix du meilleur polar points. 

J'ai beaucoup entendu parler de la série avec l'inspecteur Chen, mais ne l'ai pas encore lue, c'est donc avec une certaine curiosité que j'ouvre ce livre, assistant en quelque sorte à la naissance d'un personnage récurrent que je pourrais bien retrouver sur mon chemin de lecteur. Plus qu'un roman, c'est une suite de nouvelles, qui se suivent certes, mais qui ne constituent pas un polar à proprement parler. Un peu comme si Qiu Xiaolong, avant de donner de l'épaisseur à son héros s'était essayé à le mettre en situation pour le tester. Parfois certains tests sont très concluants, comme celui-ci et donc les publier est une excellente idée. 

On sent que dans son personnage, le romancier a mis pas mal de lui et certains de ses amis et fréquentations se retrouvent aussi dans ses histoires ainsi qu'il le raconte lui même dans le dernier chapitre autobiographique. C'est une très belle découverte pour moi, associée à une salivation terrible lorsque Chen évoque les divers plats qu'il goûte, car la cuisine est très présente dans son roman. Ainsi que la Chine communiste qui commence sa métamorphose vers le capitalisme et le libéralisme. Et la poésie. Chen n'est pas un flic comme les autres, c'est sans doute pour cela qu'il plaît. Érudit, prenant le temps d'écouter tous le gens du plus petit au plus important, il mène son enquête tranquillement. C'est très bien fait, c'est beau et émouvant. Cela n'en fait pas pour autant mon favori pour le Prix, il y manque un petit quelque chose mais c'est une très belle découverte, et je retrouverais très volontiers l'inspecteur Chen dans ses aventures ultérieures.

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Le fleuve des brumes

Publié le par Yv

Le fleuve des brumes, Valerio Varesi, Points, 2017 (première édition, Agullo, 2016, traduit par Sarah Amrani)...

La pluie tombe sans arrêt depuis plusieurs jours et les eaux du Pô montent de manière alarmante. Pendant que les policiers tentent d'évacuer les habitants en danger d'inondation, la Tonna, une péniche du nom de son propriétaire part. Bientôt, elle dérive, personne à bord, et Tonna a disparu. Puis, la même nuit, le frère du batelier meurt défenestré. Le commissaire Soneri relie les deux affaires et en enquête sur le passé des deux victimes.

Autre titre sélectionné dans le cadre du Prix du meilleur polar des éditions Points. Initialement publié chez Agullo, une maison que j'aime beaucoup, ce polar m'a néanmoins laissé sur ma faim. Le rythme est lent, très lent, trop lent. On est plus dans du Simenon que dans du thriller haletant évidemment, le commissaire Soneri prend son temps, mais Simenon excelle dans l'art de portraiturer tous ses personnages, Valerio Varesi y parvient moins bien. Certes, l'ambiance est particulière : les pluies qui ne s'arrêtent pas et les paysages qui apparaissent comme dans un tableau de Turner, dans la brume. J'avoue aussi m'être un peu perdu dans la multitude des noms propres, entre ceux des protagonistes et ceux des pays et régions traversés. Et puis, le romancier répète pas mal les indices, les détails qui font avancer -lentement- son commissaire, c'est un peu agaçant.

Voilà, je n'ai pas réussi à entrer dans ce polar à l'atmosphère très particulière, je m'y suis même ennuyé quelque peu. La longueur des chapitres, sans pause possible m'a gêné, oppressé, j'aurais aimé pouvoir y respirer plus aisément. Aurais-je l'honnêteté de dire que j'ai même passé des pages pour arriver au dénouement plus rapidement tant je ne parvenais pas à m'intéresser aux détails ? Ah, oui, je viens de le faire.

Pas mon favori pour le Prix, vous l'aurez compris.

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Les enlisés

Publié le par Yv

Les enlisés, André Lay, French pulp, 2017 (Fleuve noir, 1973)...

Claude Combel est scénariste pour le cinéma. Son dernier film est une histoire d'amour qu'il présente avec le réalisateur lors d'un pince-fesse mondain. En rentrant sa femme, Maud un peu éméchée lui fait le reproche de s'être servi de leur histoire pour son scénario. Alors, à travers cette remarque, Claude comprend que Maud a un amant. Il va monter un plan diabolique pour que les deux cessent de se voir, mais sans montrer à Maud qu'il a deviné sa double vie.

Voilà un polar vite lu, qui, s'il ne restera pas dans les annales est bien agréable et idéal pour un voyage, de quoi le qualifier de roman de gare. Mais entendons-nous bien, c'est un compliment, car réussir à captiver suffisamment un lecteur-voyageur pendant tout son trajet est une entreprise pas aisée. André Lay (1924-1997) l'a écrit en 1973 comme pas mal d'autres, car en trente ans d'écriture, il a publié 140 ouvrages. Et après on se moque des écrivains actuels qui publient leur titre à chaque rentrée littéraire... pfff, petits joueurs ! 

Dire que l'on est dans le summum de la littérature serait mentir. Ecrire que c'est le must en matière de roman noir serait exagérer. C'est une très bonne série B, un truc à lire pour se détendre, à prêter à son voisin de voyage ou à n'importe qui d'autre qui saura apprécier, attention pas un bégueule qui fera la grimace sur le style, la rapidité et de l'intrigue et de son dénouement ni même sur la couverture d'un rouge éclatant (les couvertures French pulp sont selon moi, très réussies, on sait tout de suite à quel genre de romans on à affaire). 

N'attendez donc rien de ce court roman, vous n'en serez que plus agréablement surpris, il se glissera merveilleusement entre un des romans de la rentrée littéraire insipide et incolore -si si il y en a plein, je ne les ai pas lus, mais je devine, il doit bien y avoir un Angot, un Nothomb ou un Beigbeder (pure méchanceté de ma part puisque je n'ai jamais lu ces deux derniers) qui traîne- et un essai pompeux et/ou grandiloquent d'un philosophe ou d'un auto-proclamé-intellectuel. 

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Seules les femmes sont éternelles

Publié le par Yv

Seules les femmes sont éternelles, Frédéric Lenormand, La Martinière, 2017.....

L'inspecteur Raymond Février, en ce début de la guerre de 1914 n'a d'autre solution que de prendre l'identité d'une femme pour éviter la mobilisation. Il devient Loulou Chandeleur, détective privée au sein de l'agence Barnett que la délicieuse Cecily maintient tant bien que mal depuis que son père est parti au front. La première affaire que ramène Loulou est celle qu'il a été obligé de stopper quand il a quitté la police. La baronne Schlésinger est victime d'un maître chanteur qui menace de tuer son fils envoyé sur le front. Cecily et Loulou se lancent sur une piste semée de surprises et de pièges.

Après la série de Voltaire mène l'enquête, voici le premier opus d'une nouvelle série policière signée Frédéric Lenormand : Les enquêtes de Loulou Chandeleur. Partant de l'histoire vraie de Paul Grappe qui s'est travesti pour échapper au front (cf. le film Nos années folles d'André Téchiné), le romancier bâtit un personnage appelé à revenir. Tant mieux. Ce qui est bien dans ce roman policier, c'est évidemment que Ray-Loulou évolue et que, habillée en femme, il se retrouve confronté aux regards et pire si attirance, des hommes qu'il rencontre. Sa part féminine a tendance à prendre le dessus et même si ses instincts masculins reviennent parfois, cette part féminine l'aide à réfléchir -attendez les filles, ma phrase n'est pas finie, nous aussi les hommes on réfléchit, enfin certains- différemment. Et puis, on ne se refait pas, Ray-Loulou se retourne parfois sur des femmes qu'il croise et dont les robes ont tendance à se raccourcir en ce début de siècle, provoquant l'ire des hommes et des femmes qui le voient et le prennent pour une lesbienne. 

Frédéric Lenormand ne joue pas de la situation pour créer des situations grivoises ce qui eut été facile. Au contraire, il en profite pour relater le comportement masculin, qui n'a pas dû beaucoup changer si j'en juge par ces dernières semaines qui ont vu la parole se libérer et des hashtags se remplir de témoignages. Pour l'intrigue, elle est plus prétexte à faire découvrir les personnages, le contexte et le décor qu'à faire tenir en haleine les lecteurs, même si le tout se tient très bien jusqu'au bout. Dans sa galerie de personnages, principaux et secondaires, le romancier balaye un large spectre des différents comportements des Français pendant cette guerre.

J'ai beaucoup aimé ce premier titre pour tout ce que j'ai dit et aussi pour l'écriture de Frédéric Lenormand, qui sait se renouveler et qui, fort heureusement, n'use pas du même style que pour ses Voltaire. Il se fait plaisir et j'en redemande, j'en veux pour preuve ce chapitre -le 8- avec sa belle et longue métaphore filée culinaire voire légumière.

Ce n'est pas un roman aussi léger que la série avec Voltaire mais l'on sourit et l'on rit à certaines remarques, attitudes. Loulou est appelée à revenir et c'est avec un grand bonheur et une pointe d'impatience que je la retrouverai pour de nouvelles aventures.

PS : merci Le Merydien (voir les commentaires), je savais qu'il existait une BD sur le même sujet mais n'en avais pas retrouvé le titre ni l'auteur, c'est chose faite : Mauvais genre de Chloé Cruchaudet.

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