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polar-noir

Moteur !

Publié le par Yv

Moteur !, Pascal Louvrier, TohuBohu, 2018.....

James Katenberg est un scénariste réputé à Hollywood, fils d’Eva Lopès, grande actrice des années 50, ayant joué avec les plus grands : Brando, Kazan, Von Stroheim, ... Arrivé en France quelques années auparavant pour écrire une série pour la télé, James a fait la connaissance d'Eden, une jeune femme qui a purgé une peine de huit mois de prison pour détention et vente de drogue. Il vient la chercher à sa sortie, et décide de retourner chez lui, dans son ranch en plein désert d'Arizona. Eden le suit, amoureuse de ce type protégé par le FBI pour on ne sait quelles raisons.

Très bonne surprise que ce roman noir s'il en est avec un héros revenu de tout, désabusé, blasé, alcoolique, aux accès de violence chroniques qui vit dans le souvenir de sa mère grande star d'Hollywood et dont il voudrait comprendre les raisons du suicide. A ses côtés, Eden, jeune et jolie fille un peu perdue, droguée, qui passe de l'amour à la haine en une fraction de seconde, du rire aux larmes, d'une déclaration enflammée à une colère terrible, violente. 

Sur fond de cinéma étasunien des années 1950, Pascal Louvrier construit un roman noir, sec, dans lequel il ne s'embête pas avec des fioritures. L'écriture est directe, sèche elle aussi, va au plus rapide, sans passer par des circonvolutions peu intéressantes. Ses personnages sont bien sûr archétypaux, ce qui est dans les codes du genre noir. Il parvient habilement à nous les rendre sympathiques en allant au plus profond de leurs débordements, de leurs doutes et peurs, interrogations, et James en a des tonnes.

On est loin du rythme d'un thriller, James prend son temps, même s'il est pressé par Eden pour changer, pour sortir de cette adoration morbide pour sa mère et les raisons de son suicide. Rien de déplaisant pour le lecteur, bien au contraire, qui prend lui aussi le temps de vivre avec les personnages pour ensuite sentir monter l'intrigue et tenter de résoudre l'énigme. Icelle est fort bien menée qui tient jusqu'au bout, sans doute par l'atmosphère pesante, lourde et orageuse comme le climat du désert de l'Arizona.

Franchement, j'ai beaucoup aimé, je me suis régalé de bout en bout -malgré quelques paragraphes superflus. Pascal  Louvrier a écrit pas mal de biographies (Michel Delpech, Françoise Sagan, George Bataille et Johnny Halliday) ; Moteur ! est son troisième roman, qui en plus me fait découvrir les éditions TohuBohu.

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Haines

Publié le par Yv

Haines, Pierre Pouchairet, Palémon, 2018.....

Léanne, bretonne d'origine, qui a passé une longue période à Nice, aux stups, prend la tête de la PJ finistérienne. Retour aux sources donc et retrouvailles avec ses deux amies d'enfance, Elodie médecin-légiste et Vanessa psychologue dans la police. D'où le nom de la série qui débute avec ce tome, Les trois Brestoises. 

A peine arrivée, une vieille dame est retrouvé à son domicile, assez sauvagement assassinée. Pas forcément appréciée de son voisinage, Corentine Ledantec n'était pourtant point menacée. Les trois amies se retrouvent à s'entraider sur cette affaire délicate.

Trio de filles donc, avec en plus des juges, des substitutes du procureure... plein de filles dans ce polar breton, je crois même que c'est la première fois que j'en vois autant... sous une plume masculine. Filles qui n'échapperont pas aux remarques et discours machistes et qui se feront respecter par leur travail et leurs compétences. En plus, tout cela se passe en pays bigouden, entre Brest, Quimper et un peu plus loin Rennes -Corentine Ledantec est tuée à Combrit-, donc le plaisir est doublé voire triplé. Parce qu'évidemment plaisir il y a. D'abord, j'aime beaucoup assister à la (quasi) naissance d'héroïnes récurrentes auxquelles l'auteur sait nous intéresser ; sur ce tome, la part belle est faite à Léanne, il serait alléchant qu'il en fasse de même avec Vanessa et Elodie lors des volumes suivants. Ensuite, on ne s'ennuie pas dans ce livre qui multiplie les intrigues et brouille les pistes et qui ne fait pas des filles des super héroïnes qui règlent tout en deux trois questions et quelques coups de feu. Non, c'est beaucoup plus réel et subtil. Puis, Pierre Pouchairet qui a déjà écrit des polars (le très bon La prophétie de Langley et l'excellent Tuez-les tous... mais pas ici) sait ménager ses effets et maintenir le suspense. Langue simple, dialogues vifs et réparties parfois cinglantes, tout est là pour que les pages se tournent vite. Enfin, et je l'ai écrit plus haut, il y a la Bretagne, ses paysages, son climat et ses habitants. Très bon tout cela. Vivement la suite !

Le début : "Un demi-sourire aux lèvres, Léanne reposa son téléphone. Elle venait de décrocher son premier dossier en sol breton. En bruit de fond, elle entendait sas collègues qui se marraient. Ils en étaient au café et le major Kerantec devait encore faire le spectacle en racontant de nouvelles vannes." (p.9)

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Les enfants de Lazare

Publié le par Yv

Les enfants de Lazare, Nicolas Zeimet, Jigal polar, 2018.....

Pierre Sanak, photo reporter à France télévisions s'ennuie un peu dans son travail. Un jour, il rencontre Agathe, jeune chanteuse des laveries parisiennes, d'origine cambodgienne. Pierre tombe sous le charme, apprend à la connaître.

Dans les mêmes instants, il lit un entrefilet dans la presse concernant un jeune garçon mort et revenu brièvement à la vie, au Cambodge. Immédiatement, il fait le lien entre cette histoire de mort imminente et ce qu'il sait de la vie d'Agathe. Il s'envole pour le Cambodge pour enquêter.

Quel polar mes amis, quel polar ! Dépaysant au possible et fortement attractif, au point d'en vouloir tourner les pages rapidement, mais point trop quand même pour en profiter au maximum et rester un peu avec Pierre, au Cambodge. Le pays est magnifiquement décrit, il attire, étonne et charme. Et pourtant Nicolas Zeimet ne fait pas l'impasse sur l'extrême pauvreté de certains habitants, sur la richesses d'autres, la corruption galopante, la liberté de la presse pas au top, la justice qui n'est pas vraiment au meilleur niveau non plus, n'ayant par exemple pas jugé tous les anciens chefs khmers rouges. Malgré tout cela, l'attirance est forte, les habitants chaleureux et le pays superbe et pas seulement le site d'Angkor que Pierre visitera -et nous aussi par son intermédiaire.

Très documenté, Nicolas Zeimet parle longuement de l'ouverture du Cambodge, du trafic d'enfants à adopter auquel certains se sont livrés, de toutes les bassesses liées. Il évoque aussi très longuement les EMI (Expérience de Mort Imminente), argumente, étaye son récit. Tous ces thèmes et ce contexte forment un roman excellent, minutieux, auquel il ne manque aucun détail sans pour autant être lourd ou barbant. C'est tout le contraire. Passionnant et original. 

Il ne peut laisser insensible, marquera je pense, de manière assez durable ses lecteurs. Disons pour faire clair que l'on n'en sort pas exactement pareil que l'on y est entré. C'est formidable lorsqu'un livre parvient à ce résultat. Et l'auteur de devenir avec ce cinquième roman l'une des voix fortes et originales du catalogue Jigal mais aussi des romanciers noirs français.

Voilà le début du chapitre 1 : "Assis au bout de la table de la salle de conférence, son exemplaire du Parisien sous les yeux, Pierre Sanak passait le temps en noircissant les espaces blancs à l'intérieur des lettres de la une. Il venait de terminer de remplir le deuxième o d'Euro Millions quand un éclat de rire général secoua les membres de la rédaction de France 3. Son regard s'égara à l'extérieur. Il pleuvait à torrents, on ne distinguait même pas la ligne élancée du pont du Garigliano dans la grisaille striée d'épais sillons argentés." (p.10)

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La femme à la mort

Publié le par Yv

La femme à la mort, Samuel Sutra, Flamant noir, 2018.....

Une femme est retrouvée morte dans une chambre d'hôtel de La Rochelle, porte et fenêtre fermées. Tout pousse à croire au suicide. L'enquête a été vivement menée voire court-circuitée par l'ambassade russe qui voulait rapatrier le corps de la jeune femme, fille d'une famille puissante du pays. Mais, le commissaire divisionnaire Jacques Verdier, proche de la retraite ne parvient pas à se faire à la thèse trop vite annoncée, quelque chose cloche. Il fait appel à son vieil ami, ex-flic, ex-Rochelais, Stanislas Jana, qui reprend les éléments un à un.

Très belle intrigue dans laquelle on avance pas à pas et à pieds dans La Rochelle, au rythme de Stan. Chaque indice est exploité qu'il mène à un cul-de-sac ou pas. Difficile de ne pas voir la référence au Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux. Dans son polar, Samuel Sutra ne parle pas du fameux "Bon bout de la raison" de Rouletabille mais fait référence à un principe que je ne connaissais pas, le rasoir d'Ochkam. "C'est un principe en science, qui encourage la simplicité. Vous entendez battre des sabots, vous pensez cheval avant de penser zèbre. Les hypothèses les plus simples sont les plus vraisemblables. C'est un principe de parcimonie, d'une certaine manière, qui fait en grande partie la beauté des théories avérées." (p.140)

Evidemment, l'auteur sème doute et confusion dans l'esprit des lecteurs, car tout n'est pas si simple qu'il pourrait y paraître. En fait, on peut être amené à douter de tous à un moment ou un autre : et si c'était lui ? Ou elle ? L'intrigue est donc bien menée, embrumée jusqu'au bout -personnellement, j'avais quelques idées, mais pas les bonnes-, joliment agrémentée de personnages sympathiques, attachants. Le polar de Samuel Sutra fait aussi dans les relations humaines et ne se contente pas d'aligner des indices. Stan, qui revient à La Rochelle, un poil nostalgique ; son ami Jacques Verdier, un peu perdu à l'idée de quitter son boulot sur une affaire qui le titillera longtemps, et la belle Catherine la légiste, et Angèle la réceptionniste de l'hôtel, et Natasha la victime...

Tout s'emboîte parfaitement bien dans ce roman qui se lit d'une traite bien que -ou grâce au fait que- il n'y ait ni coup de feu, ni violence, ni description morbide, ni sexe -disons que si sexe il y a, Samuel Sutra décrit plutôt la montée du désir et laisse la porte close pendant les ébats.

De l'auteur, j'ai lu pas mal : la série des Tonton (voyez dans l'index au nom de Sutra) par exemple mais aussi d'autres titres, pas sur le registre de l'humour, l'excellent Kind of black par exemple ; on serait plus dans ce registre, du polar qui même si cette fois-ci n'a pas le jazz en fond sonore, est très mélodieux. La langue de l'auteur y est pour beaucoup, à la fois classique qui peut s'encanailler, passer du très factuel au tendre, du langage du flic au sensuel. Grand écart très largement réussi.

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Requiem pour l'Ankou

Publié le par Yv

Requiem pour l'Ankou, Hugo Buan, Palémon, 2018.....

Le commissaire Lucien Workan est heureux. Ce jour d'août bientôt fini, les vacances sur le canal du Midi avec sa compagne, la lieutenante Leila Mahir -mais chut, ça doit rester secret- commencent. A peine une heure avant la délivrance, le directeur les appelle tous les deux et les voici obligés de partir sur le pèlerinage breton catholique : le Tro Breiz (sans H). Depuis six ans, des jeunes femmes qui l'ont fait disparaissent dans le mois qui suit. Et cette année, la dernière du cycle du pèlerinage, pourrait voir une septième victime. Leila Mahir et Workan, bien que chagrins à l'idée de reporter leurs vacances n'ont pas d'autre choix que d'aller marcher entre Quimper et Saint-Pol-de- Léon.

Une comédie policière c'est soit formidable quand c'est réussi soit un calvaire -et en Bretagne, Dieu sait qu'il y en a à tous les coins de rue- pour le lecteur, l'humour, s'il ne fait pas rire, ratant donc sa fonction première. Et Hugo Buan m'a fait rire et sourire tout au long de son pèlerinage. Imaginez un flic d'origine polonaise, certes, du village de Jean-Paul II, re-certes, mais ignorant en matière de religion et il faut bien le dire un rien bouffeur de cureton -là, je ne le blâmerai point-, macho, un peu réac, un poil à côté de la plaque, du moins pas en phase avec l'évolution de la société, n'aimant pas le camping -comme je le comprends !-, accompagné d'une superbe lieutenante qui n'hésite pas à dire très haut ce qu'elle pense, loin très loin de la religion et en particulier de celle dont il est question ici, plongés tous deux dans un cortège de croyants dont certains, traditionalistes. Les situations sont cocasses, décalées, les personnages caricaturaux, et c'est pour cela que ça fonctionne parfaitement. 

"... je n'ai pas envie de coucher sous une tente, s'émut Workan, on pourrait attraper des maladies

- [....] on peut aller voir si Triathlon est ouvert, ils ont tout pour le camping.

- Ça va pas bien la tête, non ? J'exècre le camping, je hais les campeurs et les randonneurs. Je déteste faire la cuisine sur une petite bouteille de gaz.

- Eh bien, t'as pas de chance ; dans le genre campinge, on ne peut pas faire pire que le Tro Breiz... Et le tout, accompagné de chants chrétiens. Me faire ça, à moi ? Je n'en reviens pas !" (p.59)

Le pire c'est qu'on se marre aux aventures et aux réparties de Workan, qu'on le prend même en sympathie alors que franchement, il est un peu vieille France et je ne suis pas sûr que j'aimerais passer des soirées en sa compagnie. 

Et l'intrigue, bon si je me suis douté de certains points, j'avoue avoir été surpris par d'autres, donc encore un bon point. Hugo Buan se sert des codes du genre policier, pour nous mener tranquillement et dans la bonne humeur là où il veut. Il écrit là le dixième tome avec son commissaire -que personnellement je découvre- ; je me ferais bien la série en entier...

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Salve de bandes dessinées

Publié le par Yv

Chevalier Brayard, Zidrou, Porcel, Dargaud, 2017...,

De retour d'une croisade, sept ans après son départ, le chevalier Brayard fait route avec un moinillon porteur des reliques de sainte Bertrude, patronne de son ordre religieux. En chemin, ils sont attaqués par une jeune princesse Hadiyatallah qui veut retourner dans son pays d'où elle a été enlevée par un chevalier ami de Brayard revenu des croisades lui aussi. C'est Brayard et son compagnon le moine, qui vont l'escorter.

Toujours dans la catégorie des livres lus avant l'été et pas chroniqués...

Un petit tour à la bibliothèque et j'entame avec cet album une salve de bandes dessinées. Détente et amusement sur fond historique pour celle-ci. Brayard porte bien son nom,  Hadiyatallah est redoutable dans tous les domaines et le moinillon bien naïf et sans doute secrètement amoureux de la jeune princesse. C'est drôle, léger et tendre. De quoi passer une heure ou deux dans un Moyen Age truculent et animé. 

 

Big Bill est mort, Wander Antunes, Walter Taborda, Vance Caines, Paquet, 2005...,

Big Bill est mort, pendu à un arbre devant la maison de sa mère et de ses deux frères qui le regardent en attendant l'arrivée du shérif. Alors qu'ils n'osent pas le détacher pour ne pas souiller la scène du crime, les deux frères refont le parcours de Big Bill pour savoir qui, dans la petite ville, aurait pu le tuer. Les candidats sont très nombreux.

Les Etats-Unis, sur fond de racisme, probablement à la fin des années cinquante, les noirs ne sont pas appréciés et celui d'entre eux qui ose vivre comme les blancs est très mal vu d'iceux voire méprisé ou pire. Big Bill a pas mal d'ennemis, entre les racistes, les jaloux de ses succès, les maris cocus, les joueurs de poker qu'il a plumés... 

Le scénario (Wander Antunes) est intéressant, à coups de retours en arrière, on apprend l'essentiel de la vie de Big Bill. Bien mis en dessins (Walter Taborda) aux traits réalistes et expressifs, aux couleurs chaudes ((Vance Caines), cette BD, si elle ne joue pas dans la catégorie de celles qui ont un truc en plus, qui déchirent comme diraient les jeunes, n'en est pas pour autant déplaisante. Au contraire, je me suis fait un plaisir de la lire et je vais aller la remettre dans les rayonnages pour que d'autres puissent en bénéficier.

 

Le retour, Duhamel, Grand angle, 2017...

Cristobal, artiste reconnu, a grandi sur une île volcanique. Parti exposer aux Etats-Unis, il revient sur son île natale, la quarantaine à peine passée et décide de faire de ce lieu un des endroits les plus beaux du monde. Il fustige le tourisme de masse et veut imposer sa vue de l'architecture de l'île. C'est un colérique, comme son père. Il s'emporte souvent, ce qui peut le desservir, ses détracteurs sont assez nombreux, ceux qui veulent s'enrichir avec le tourisme. Convaincant, Cristobal commence ce qui deviendra son oeuvre. 

Librement inspiré de la vie de César Manrique et de son île Lanzarote, cet ouvrage est intéressant et pose pas mal de questions sur la création, l'art, l'élitisme, la beauté, ... Il est aussi question de la conservation d'un patrimoine, de la nature et le prix qu'il faut payer pour les habitants, renoncer à certains rêves, à un certain confort auquel beaucoup ont droit. On parle aussi de la solitude du créateur, de sa mégalomanie, de ses compromissions. Un bel album, original.

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Le tableau de Maï

Publié le par Yv

Le tableau de Maï, Anne-Solen Kerbrat, Palémon, 2018...,

Anna Carantec, morlaisienne et psychologue aime chiner et fréquente les salles de vente aux enchères. Lors de l'une d'elles, elle assiste à la vente d'un tableau qui n'aurait jamais dû quitter sa famille. Intriguée, elle demande alors à son cousin, le commandant Perrot de Nantes, opportunément en congés maladie de l'aider à résoudre cette énigme. Le cousin arrive, furète un peu et s'en remet assez vite au commandant de police local, Mével qui prend la suite. Cette histoire du tableau ayant appartenu à la grande-tante d'Anna, la célèbre Lady Mary, née pauvre, fille de meunier et ayant fini sa vie en Lady, propriétaire du château de Coat-an-Noz l'intéresse au plus haut point.

Les éditions Palémon peuvent s'enorgueillir d'un catalogue riche : Jean Failler et sa Mary Lester, Firmin Le Bourhis (récemment dédécé) et Hugo Buan, entre autres. Anne-Solen Kerbrat en est pour sa part, à son douzième roman policier. Celui-ci, après un début un peu longuet qui présente les divers intervenants, leurs liens, les retours en arrière avec la tante et la grande-tante d'Anna, la vie actuelle d'icelle, morne et répétitive, commence à accélérer dès lors que le cousin flic débarque à Morlaix et met son nez dans l'affaire du tableau. Ensuite, sans être un polar haletant, il est fort bien construit et mené, Anne-Solen Kerbrat mêlant habilement la fiction et la réalité. Car oui, Lady Mary a bien existé : née fille de meunier elle a fini par épouser un Sir anglais et revenir au pays. Ses châteaux existent encore, ses descendants, je ne sais pas.

J'ai beaucoup aimé mon voyage dans l'hiver de Morlaix -ville que je ne connais pas encore- Anne-Solen Kerbrat est très pointilleuse, méticuleuse -parfois un peu trop sans doute et se répète, notamment dans la résolution de l'énigme vue par différents protagonistes, mais rien de rédhibitoire. C'est un polar d'atmosphère, un livre qu'il fait bon lire pour prendre un bon coup de Bretagne de plein fouet, ce qui est bon pour la santé, c'est mon docteur qui l'a dit, mais malgré tout, ça n'est pas remboursé par la sécu. A lire au coin du feu quand il fait froid comme à Morlaix cet hiver-là, ou sur la terrasse au soleil quand il fait chaud ou partout ailleurs quand il fait n'importe quel temps. A lire quoi ! 

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Le testament noir

Publié le par Yv

Le testament noir, Jean-Luc Aubarbier, City (et City poche), 2017....

San Diego, Californie, le 10 septembre 2001, un homme âgé qui profite de son jacuzzi se fait assassiner. Le lendemain, ce sont les tours jumelles de Manhattan qui tombent.

1920, Jérusalem, les services secrets britanniques engagent un jeune homme, juif, qui parle plusieurs langues pour espionner les chefs musulmans islamistes qui sont approchés par les membres de la secte allemande Thulé, celle-ci même qui forgea les bases du nazisme.

Retour en 2001 où Pierre Cavaignac et Marjolaine Karadec, archéologues se retrouvent embarqués dans une histoire qui lie ces deux dates.

Pour ne rien cacher, c'est le deuxième livre de Jean-Luc Aubarbier que je lis, le premier (qui est le troisième tome des aventures des deux archéologues), intitulé La vengeance de Gaïa s'intéressait à la Préhistoire, et ne m'avait pas emballé. Pour Le testament noir -qui est chronologiquement la deuxième aventure du couple-, ma sensation est toute autre. J'ai beaucoup aimé. Sans doute l'époque, le contexte m'ont-ils concerné davantage puisque la construction des deux livres est la même.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, je précise que JL Aubarbier est historien des religions, libraire et franc-maçon -personne n'est parfait, ça doit arriver à plein de gens bien ; plaisanterie mise à part, ce détail est important car la maçonnerie est très présente dans ses livres. Il a aussi écrit des essais sur le Périgord, les Cathares, les Templiers, autant de sujets qui me plaisent bien.

La bonne idée de ce roman est de parler des origines de l'islamisme, très fortement lié au nazisme "L'islamisme est à l'islam ce que le nazisme fut à l'Allemagne." (p.154), de déplacer notre regard d'occidentaux sur la seconde guerre mondiale, vers le Moyen Orient. J'ai appris une foultitude de choses. En bon Européen moyen, je n'avais jamais cherché vraiment à savoir comment le conflit avait pu s'étendre là-bas. Certes, j'avais bien notion de Rommel en Egypte et de divers fronts, mais pas à ce point. La secte Thulé qui cherche à étendre son pouvoir de nuisance, la naissance des Frères musulmans : "Dans les années 1920, le grand mufti de Jérusalem et la secte des Frères musulmans se sont mis au service d'Hitler. Après la défaite de 1945, de nombreux dignitaires nazis ont gagné les pays arabes et ont poursuivi la lutte clandestinement. Sans eux, le conflit israélo-arabe n'aurait jamais eu lieu. "Celui qui s'en prend à un juif trouvera en moi un ennemi le jour du jugement dernier", a dit Mahomet. Mais comment faire la paix quand le ministre de l'information de Nasser se nomme Hans Appler, collaborateur de Goebbels ?" (p.194). J'ai trouvé ça passionnant, JL Aubarbier semble très documenté et connaisseur, il s'appuie sur des ouvrages et des faits cités en fin de volume. Son livre donne une autre ouverture sur le monde dans lequel on vit actuellement, très loin de ce que l'on apprenait à l'école sur cette période. Il est vrai que la colonisation et le découpage des territoires en frontières créées de toutes pièces n'étaient pas au programme.

Et l'intrigue, celle qui lie tous les éléments entre eux et fait intervenir des personnages fictionnels au milieu de ceux qui ont réellement existé ? Un rien fantastique : une relique de deux mille ans en est la clef de voûte. Elle se suit très bien et même plus puisque l'envie d'arriver à l'épilogue et de comprendre toute l'histoire est très forte et tient en haleine jusqu'aux ultimes pages. Pierre Cavaignac et Marjolaine Karadec sont obstinés, têtus, fins et très calés dans leur domaine professionnel, ce qui nous en apprend également pas mal sur la ville de Toulouse -que je ne connais pas encore, mais j'ai de bonnes idées de visites et même un restaurant s'il existe encore. Ils pourraient paraître un peu "justes" mais le fait est qu'ils ne sont pas enquêteurs ni flics et donc leurs limites sont excusables, et puis les héros tout-puissants, ce n'est pas trop mon truc. 

En résumé, une excellente lecture que je conseille pour cette fin d'été -ou après- et si vous aimez la Préhistoire, laissez-vous tenter également par La vengeance de Gaïa (City poche) qui devrait fonctionner tout pareillement. Et pour être complet, la première aventure du duo d'archéologues s'intitule L’échiquier du temple

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Le plus beau des bersagliers

Publié le par Yv

Le plus beau des bersagliers, Charles Exbrayat, Le masque, 2009 (Librairie des Champs-Elysées, 1970)...,

Bien que de Vérone, Roméo Tarchinini, commissaire se trouve affecté à une enquête à Turin. Dans cette ville, à l'invitation du chef de la police turinoise pour expliquer ses méthodes personnelles, Roméo Tarchinini, pour qui, toutes les enquêtes doivent être vues sous l’œil de l'amour sera secondé par Alessandro Zampol, veuf taciturne, le total opposé du commissaire. Tous les deux devront élucider le meurtre de Nino Regazzi, bersaglier, Don Juan local. Les suspects sont nombreux surtout chez les maris ou fiancés jaloux.

Petite remarque liminaire à tous ceux qui, comme moi ignoreraient ce qu'est un bersaglier. Pour les autres, descendez d'un paragraphe et passez directement à la suite, s'il vous plaît sans la ramener trop, moi aussi il y a des mots que je connais et pas vous... non mais, bande d'effrontés. Bon, je disais donc qu'un bersaglier, pour la faire courte, est un soldat d'infanterie légère de l'armée italienne. 

Ah, quelle joie que de relire du Exbrayat. Cette fois-ci, il nous emmène en Italie, dans une Italie caricaturale, avec des personnages qui ne le sont pas moins, mais c'est pour la bonne cause, c'est un divertissement. Tout est exagéré dans ce roman. Tout du long, j'ai visualisé Tarchinini, sorte de Poirot italien amoureux et obnubilé par ce sentiment, et les autres protagonistes, tous fort bien décrits, et leurs mimiques,leurs réactions, très appuyées, amplifiées. Ils parlent fort et avec les mains, on est plus dans Don Camillo que dans Pasolini. C'est une blague, une farce policière qui fait du bien et comme à chaque fois avec Exbrayat, ça marche, ça fait rire ou sourire et ça fait passer un très bon moment. Que demander de plus ? 

Reprise en douceur donc après ces quelques jours d'interruption...

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