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polar-noir

La dernière couverture

Publié le par Yv

La dernière couverture, Matthieu Dixon, Jigal polar, 2018...

Raphaël est photographe de presse, cornaqué, épaulé par Bernard, un ancien dans le métier, ex-militaire -comme Raphaël. Bernard est réputé, a pris des photos qui ont la une de plusieurs magazines. Du pipole, du politique, du politico-judiciaro-financier, il a touché à tous les domaines assurant sa notoriété et son aisance pécuniaire. Mais ce qui paraît simple pour les lecteurs et pour le public, l'est nettement moins lorsque, comme Raphaël, on pénètre dans ce monde i particulier. Aussi, lorsque Bernard est victime d'un accident d'hélicoptère, le jeune homme commence-t-il à éplucher la vie de son mentor et comprend-il que l'accident n'est est peut-être pas un.

Roman d'espionnage plus que roman policier, Matthieu Dixon plonge dans les coulisses de la presse. Le constat n'est pas très glorieux, entre les vrais-fausses photos volées, les arrangements entre amis pour relancer une carrière, pour en couler une autre qu'elle soit artistique mais surtout politique. Si le pipole nourrit son photographe, Raphaël va assurer ses arrières en y prenant sa place, mais s'intéresser surtout au politique et aux drôles de relations qu'entretiennent certains membres de ce monde avec des hommes d'affaires douteux (le vendeur d'armes qui s'appelle Michel Dossa et qui n'a pas changé sa monture de lunettes depuis les années 80,  je dis bravo). Dès lors, la réflexion sur le rôle de la presse, sur son supposé pouvoir, le quatrième paraît-il, vont émailler et donner l'ossature de ce texte :

"- Tu ne t'es pas demandé si toutes les informations devaient être publiées ? Peut-être qu'il y a des choses que le public ne doit pas savoir ? Dont il faut le protéger ? [...] Cette photo. Tu t'es demandé qui ça servait de la publier ? Quand une information va à l'encontre des intérêts de ton pays, de ses citoyens, des lecteurs, tu fais quoi ? [...]

- Un journaliste n'a pas à prendre parti." (p.138/139)

Tout au fond du livre, Raphaël reste tiraillé entre les deux options : publier vaille que vaille ou ne publier que ce qu'il juge utile, sans nuire aux intérêts de son pays. J'imagine que c'est une discussion fréquente entre journalistes, que les deux options ont leurs défenseurs emplis d'arguments. Son intrigue repose sur cette question et sur le choix à faire. 

J'ai trouvé ce roman original, d'une part parce qu'il me semble que le roman d'espionnage est un peu tombé en désuétude et c'est fort dommage, ensuite par le ton adopté, celui d'un novice qui découvre les arcanes de ce milieu. Matthieu Dixon use d'une écriture simple, qui, en même temps qu'elle explique les découvertes de son héros, fait part de ses doutes, ses peurs. Il écrit de belles phrases sur le deuil, la mort d'un proche et le vide qu'il laisse.

Le roman est foisonnant, parfois trop même -il faut quelques références sur les personnalités politiques et des affaires de ces dernières années , et m'a semblé un peu long au démarrage, mais petit à petit le rythme s'installe et si le suspense n'est pas à la hauteur d'un thriller classique, ce livre que l'éditeur nomme un thriller politique tient la route et ne ménage ni ses personnages -héros compris- ni ses lecteurs qui le refermeront avec l'envie de poursuivre la discussion sur les différents thèmes abordés. Lisez-le et faites-le lire à vos proches, que chacun affute ses arguments.

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La ferme aux poupées

Publié le par Yv

La ferme aux poupées, Wojciech Chmielarz, Agullo, 2018 (traduit par Erik Veaux)....,

Muté, dans le cadre d'un échange de compétences, dans la petite ville de Kretowice, l'inspecteur Jakub Mortka est en fait sanctionné après une sale affaire qu'il a traitée à Varsovie (voir Pyromane).

Kretowice, petite ville sans histoire, sauf que bientôt, une fillette de onze ans disparaît, sans doute enlevée et tuée par un pédophile. Icelui est très vite arrêté mais ce qui semblait être une enquête rapide révèle d'autres aspects lorsque l'inspecteur Mortka, dit Le Kub entre dans les mines d'uranium à l'abandon.

Fin du suspense initié ici même il y a deux jours (voir Pyromane), voici donc le tome N°2 de la série avec Le Kub, dans sa livrée verte fluo, du meilleur effet et très simple à retrouver lorsqu'on ne sait plus trop où on l'a posé, si tant est que l'on se permette de le poser avant de connaître le dénouement. J'avoue l'avoir fait, car il souffre d'un très léger embonpoint pas rédhibitoire certes, mais un petit régime eut été une bonne idée. Ceci étant dit, Pologne oblige, le dépaysement est assuré, mais dans un cadre bien connu celui du roman policier. Vrai polar avec les codes du genre, le flic un peu bourru et solitaire, tête de mule, obstiné et parfois mal embouché, ce deuxième tome de la série ne remet en rien mon envie de continuer à lire les aventures de Mortka, au contraire, je sens qu'il y a là, un vrai bon filon. En plus de filer son enquête, de nous embrouiller, de nous perdre et dans le même temps de nous glisser des indices nous posant question, l'auteur a la bonne idée de parler de son pays. La domination russe est encore très présente dans les esprits, notamment lorsqu'un narrateur s'exprime sur l'histoire de Kretowice et de ses mines d'uranium largement exploitée par l'ex-URSS. L'intrigue est importante, les personnages aussi, chacun, même celui qui n'intervient que peu a le droit à quelques lignes descriptives et la Pologne l'est aussi, plutôt d'un point de vue social, ce que vivent au quotidien les Polonais, leurs humeurs, leurs idées, parfois reçues, parfois dures, mais assez parlantes quant à leur état d'esprit. J'aime bien lorsqu'un polar s'appuie sur un contexte qu'il explique ou qu'il expose. 

Un conseil pour finir ? Voilà, nous sommes au mois de juin, l'été arrive bientôt, et les vacances, commandez ou allez acheter les deux tomes de Wojciech Chmierlaz car ils pourraient bien être vos polars de l'été, et cette couverture verte fluo qui fera sensation sur les serviettes sur la plage ou sur les transats, enfin partout où vous serez, à tel point qu'il vous faudra en conseiller l'achat, chose aisée à faire puisque vous inspirerez alors un excellent moment de lecture.

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Pyromane

Publié le par Yv

Pyromane, Wojciech Chmielarz, Agullo, 2017, (Le livre de poche, 2018, traduit par Erik Veaux).....

Varsovie subit l'hiver le plus froid depuis longtemps, les températures descendent la nuit jusqu'à moins vingt. Mais la ville subit également une série d'incendies d'origine criminelle. L'inspecteur Jakub Mortka, dit Le Kub, est demandé sur le lieu du troisième, car celui-ci a fait deux victimes : un homme mort et une femme grièvement blessée en voulant échapper aux flammes. La victime, Jan Kameron est un industriel qui fraye avec la pègre locale, sa femme Klaudia qui lutte pour survivre est une ancienne miss, ex et éphémère vedette de la chanson polonaise. 

Nouveau venu en littérature policière, le Polonais Wojciech Chmielarz -pas facile à écrire et pas plus aisé à prononcer pour un Français- écrit là le premier tome d'une série avec Le Kub (ce premier, Pyromane, est paru initialement chez Agullo -et aussi cette année au Livre de poche, version dans laquelle je l'ai lu, mais je préfère la couverture Agullo, raison pour laquelle elle illustre ma recension).

La Pologne n'est pas le pays auquel on pense immédiatement lorsqu'on parle polar (sauf Les impliqués, Un fond de vérité de Zygmunt Miloszewski) et pourtant tout est juste dans ce roman, tout tourne et s'emboîte admirablement. C'est même un contexte beaucoup plus ressemblant au nôtre que ceux d'Amérique du nord. Bien ancré dans son pays et dans son époque avec un héros attachant, qui se moule dans les codes du genre : divorcé, à fond dans son travail, buvant pas mal, solitaire, ... ce roman se suit avec enthousiasme et beaucoup de plaisir. J'ai aimé suivre Le Kub, flic pas toujours sympathique, avec de grosses qualités bien sûr mais aussi des défauts qui le rendent humain, des peurs, des angoisses, des certitudes et des convictions et des envies fortes comme celle de faire son travail le plus sérieusement possible, de parvenir à résoudre ses enquêtes pour soulager -si tant est que ce soit possible- les victimes. Quitte pour cela à mettre sa vie personnelle en péril.

Roman sans temps mort, une vraie réussite qui donne naissance à un héros que j'ai très envie de suivre dans ses prochaines aventures, et mon petit doigt me dit que je ne vais pas tarder à... Suspense...

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Je suis un guépard

Publié le par Yv

Je suis un guépard, Philippe Hauret, Jigal polar, 2018....

Lino, au service militaire, assiste à un tragique accident qui coûte la vie à Tony avec qui il avait créé des liens amicaux. Vingt années plus tard, Lino végète dans son boulot, au 37ème étage d'une tour, classant et rangeant de la paperasse dans une sale ambiance. Lino est un solitaire, il n'a pas d'amis, rentre chez lui après son taf, picole le ouiquende et repart le lundi matin à peine remis de sa gueule de bois.  Lorsque Jessica vient squatter devant sa porte pour se réchauffer un peu et éviter de se faire agresser dans les rues où elle dort et fait la manche, Lino ne peut s'empêcher de lui filer un coup de main.

Après Je vis, je meurs un peu plat et Que Dieu me pardonne, nettement plus convaincant, retour de Philippe Hauret, toujours chez Jigal polar, pour un troisième titre qui serait un peu le mélange des deux précédents mais un mélange riche qui puiserait dans ce qu'ils ont de meilleur. Lino et Jessica sont des personnes cassées par des événements qui les ont détruits et qu'ils ne parviennent pas à surmonter. Leur drôle de rencontre leur fera connaître des gens de la bonne société, des gens riches qui n'ont que la préoccupation de dépenser leur argent alors qu'eux peinent à en gagner.

Philippe Hauret écrit un roman sur notre société qui ne va pas bien, qui laisse se paupériser un tas de travailleurs et de gens qui vivent avec très peu d'argent pendant que d'autres se goinfrent. Il bâtit son histoire à partir de petits faits qui semblent des détails et qui peuvent devenir importants quelques pages plus loin. Ils s'imbriquent, se jouent des hommes et des femmes, des destins, pour arriver au pire, bien que le meilleur ne soit pas si inaccessible. Ce pire qui n'est jamais loin et qui, souvent lorsqu'il advient, aurait pu être évité de très peu. La vie des personnages de Philippe Hauret se joue à un cheveu, à une seconde près.

Dans ce roman noir l'auteur évite les stéréotypes des riches méchants et pauvres gentils. Tous, qu'ils aient du pognon ou non ont des failles, des fêlures, et subiront les conséquences de leurs actes ou de ceux d'autrui ou de leur inertie. C'est bien vu, bien fait. De la belle ouvrage qui se lit d'une traite tant on se sent happé par ces personnages, leurs vies et la crainte de ce qu'il vont faire. On aimerait leur dire de ne pas se lancer dans telle ou telle entreprise vouée à l'échec et aux terribles conséquences comme on le fait à des gens qu'on aime bien. Parce qu'on les aime bien Lino et Jessica, et Melvin et Charlène aussi -mais comme je ne vous ai pas dit qui étaient ces deux derniers, à vous de les découvrir dans ce très bon roman noir, qui, comme dans les précédents livres de Philippe Hauret recèle néanmoins une once, et même un peu plus, d'espoir. C'est du noir, certes, mais avec des touches de couleurs plus chaudes.

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Au pays des barbares

Publié le par Yv

Au pays des barbares, Fabrice David, sang neuf, 2018...,

Awoise-Gelle dans les Ardennes, le club de foot local qui joue en cinquième division est avant-dernier et menacé de descendre, ce qui signifierait sa fin. Moïse, supporter assidu ne peut se résoudre à cette option et est prêt à tout pour faire mentir les pronostics. Mais son projet mal ficelé risque bien de lui attirer de très gros ennuis... dans le meilleur des cas.

Magguy et Annie vivent ensemble à plusieurs centaines de kilomètres d'Awoise-Gelle. Un traumatisme subit par Magguy remonte à la surface et pourrait bien lui faire croiser la route de Moïse.

Mises à part quelques maladresses et erreurs, je dois dire que ce polar ne laisse pas insensible. Évacuons les erreurs : la nourrice d'un garçonnet qui va jouer un rôle important est une fois asiatique et quelques pages plus loin antillaise..., la voiture du papa est lorsqu'il arrive à un rendez-vous une Mercedes et deux pages plus loin, lorsqu'il repart, une Audi. Les maladresses, maintenant ou plutôt la maladresse qui est de parler dans le couple lesbien d'une des deux qui fait l'homme, ou alors c'est moi qui suis trop politiquement correct.

Ces réserves dites, j'ai passé un moment particulier avec ce roman qui met mal à l'aise tant les personnages décrits et les situations sont réalistes et glauques. Fabrice David parle d'arnaques de pauvres types, prêts à tout pour sauver un obscur club de foot d'une obscure petite ville sinistrée. De l'arnaque à la petite semaine où l'on craint pour sa vie pour moins de cent euros et où 500€ représentent une somme impossible à réunir, même à plusieurs. On est loin des polars qui brassent des centaines de milliers d’euros et des joueurs de foot stars qui empilent les millions pour taper dans la baballe (et non, je n'aime ni le foot ni surtout le fric qui corrompt tout et notamment le sport et qui est désormais un but à atteindre pour beaucoup de jeunes qui voient ces "stars" comme des héros et des modèles).

Le polar de Fabrice David est rural -Awoise-Gelle est une petite ville-, humide, froid, pisseux. On y ressent et/ou sent et/ou voit la crasse, les odeurs, les taudis, les gens à 50€ près pour qui la grande Histoire de France n'est pas la préoccupation principale -cf notre Président méprisant les petites gens- leur souci quotidien est de pouvoir se nourrir et trouver de quoi tenir jusqu'à la fin du mois.

Le romancier est journaliste sportif, travaille pour "Téléfoot", bon, personne n'est parfait. Il bâtit un roman avec différents narrateurs, seul Moïse dit "je", alterne les chapitres avant que tous ne se mêlent très adroitement je dois dire. La tension est nette et monte au point de ne pas se coucher tôt pour connaître le dénouement.

Noir, sombre, ne donne pas forcément une belle image de la région qui est un contexte fort et qui participe de cette ambiance froide et humide où les hommes font ce qu'ils peuvent pour vivre ou survivre dans des boulots mal payés, purement alimentaires et où gagner 2000€ mensuels vous fait passer dans la catégorie des riches. Très bon roman, à ouvrir si l'on n'est pas submergé par des envies suicidaires. Frissons et tension garantis.

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Hunter

Publié le par Yv

Hunter, Roy Braverman, Hugo thriller, 2018.....

Hunter est incarcéré depuis plus de dix ans pour une série de meurtres commis à Pilgrim's Rest, une vallée perdue des Appalaches. Cinq hommes assassinés et leurs femmes disparues. Hunter s'évade et revient dans la vallée pour se venger et trouver celui pour qui il a payé, car il se dit innocent. Mais il est suivi de près par Freeman, le père de l'une des femmes disparues qui l'enlève et veut lui faire avouer ses crimes et l'emplacement du corps de sa fille. Mais une série d'événements, et parmi eux la neige qui tombe en abondance et le froid extrême, vient chambouler les plans de tous les acteurs de ce polar.

Roy Braverman écrit là son premier thriller sous ce nom puisqu'il est plus connu sous un autre pseudonyme, celui de Ian Manook auteur de la trilogie avec Yeruldelgger, le flic mongol. J'ai tellement aimé cette série que j'hésitais un peu avant de me lancer dans une autre, enfin pas trop longtemps et tant mieux parce que Hunter -qui devrait aussi être une trilogie- est captivant, haletant. On est loin, très loin de la série précédente, tant géographiquement que pour l'écriture et l'intrigue. 

Le lecteur est placé en connaisseur de quasi -parce qu'une surprise n'est pas à exclure- toute la situation et en sait donc plus que les policiers et que chacun des protagonistes, sans que cela ne nuise à son plaisir de voir l'intrigue se dérouler. Habilement construit, le récit alterne les narrateurs et revient sur des faits à travers différents points de vue ce qui nous permet de mieux les comprendre et d'envisager la situation globale. Courts chapitres qui permettent de souffler dans cette histoire dure, violente et froide. Tout est hostile : le climat, les habitants du coin, le flic local, les agents du FBI qui tardent à arriver, bref une ambiance délétère pour qui viendrait paisiblement en ce lieu isolé. Ce presque huis clos est oppressant, tendu de bout en bout. Une tension qui ne retombe pas, pas même à la fin, cardiaques attention exigez la pose d'un pacemaker avant d'en commencer la lecture. Roman noir, très noir, d'un noir très sombre pourrais-je écrire si je ne craignais pas les pléonasmes. 

Entre deux traques, deux engueulades entre mecs et deux rebondissements -qui ne manquent pas-, Roy Braverman en profite pour placer des banderilles contre le système étasunien qui laisse des centaines de personnes innocentes en prison et dans les couloirs de la mort, contre l'extrême violence qui règne dans les lieux de détention, la privation de liberté certes, mais aussi la privation de l'humanité. Son propos est fort et virulent, à l'image de tout son livre qui pourra peut-être gêner les plus sensibles d'entre nous, mais j'ai souvenance que Yeruldelgger n'était pas un tendre non plus. Tout le talent de l'auteur réside dans le fait de nous faire oublier la Mongolie, ses us et coutumes et de nous plonger totalement dans un thriller étasunien. Tout change, les lieux, les paysages, les personnages mais aussi l'écriture de Roy Braverman, je ne saurais dire comment, il faudrait que je relise la série précédente, mais aucun doute possible on est bien aux Etats-Unis dans un coin perdu, rural et pas très accueillant.

Est-il besoin de préciser que j'attends la suite avec impatience ?

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Le salon de beauté

Publié le par Yv

Le salon de beauté, Melba Escobar, Denoël, 2018 (traduit par Margot Nguyen Béraud)..,

"La Maison de la Beauté est un luxueux institut de la Zona Rosa, l'un des quartiers animés de Bogotá, et Karen l'une de ses esthéticiennes les plus prisées. Mais son rôle dépasse largement l'art de la manucure et de la cire chaude. Ses clientes lui confient leurs secrets les plus intimes. Un petit massage avant l'épilation... et Karen apprend tout sur leurs implants mammaires, leurs week-ends à Miami, leurs divorces ou leurs amourettes.

Un après-midi pluvieux, une adolescente entre dans le salon -en uniforme d'écolière et sentant très fort l'alcool : Sabrina doit être impeccable pour une occasion très particulière. Le lendemain elle est retrouvée morte." (4ème de couverture)

Non point par l'odeur mais par le contexte fort original pour un polar, alléché, j'ai dit oui à ce partenariat avec les éditions Denoël. Et je reste sur ma faim. Si l'originalité est bien réelle quant à la localisation de l'intrigue  : un salon de beauté à Bogotá ; si elle est là également dans la manière de raconter cette histoire, en alternant les narratrices -peu d'hommes- dont seule l'une parle à la première personne, qui toutes ont à voir de plus ou moins loin avec le meurtre ou au moins avec une connaissance de la victime -parfois le fil n'est pas évident à remonter- ; si l'originalité est encore bien là pour un polar puisqu'il n'y a pas d'enquête à proprement parler, juste des femmes qui cherchent à savoir la vérité et qui nous l’apprennent par bribes ; si donc, comme je le disais l'originalité est évidente, elle n'a pas suffi pour me passionner pour ce roman. Selon El Tiempo, il est "à la fois roman social, récit urbain, roman d'apprentissage, thriller sur fond de corruption politique." Et c'est vrai qu'il prend à tous ces genres et qu'a priori, ça devrait me plaire sauf qu'à force d'être inclassable et de prendre à tous les genres, il peut finir par les rater. Je suis un peu dur car tout n'est pas raté, mais l'auteure aurait dû à mon sens se limiter pour qu'on puisse avoir le temps de s'intéresser à tous ses nombreux personnages, aux relations qu'ils entretiennent, au contexte socio-politique et/ou à l'intrigue, car finalement quel besoin de glisser un meurtre là-dedans si ce n'est pour surfer sur une vague de polar social ? Et c'est cette partie qui selon moi pêche, Melba, si je puis me permettre de vous appeler par votre prénom chère auteure (Ouh que je suis drôle, moi, un fou, je vous dis, avec ce genre de blague, bientôt, je monte un spectacle, au moins. Me croiriez-vous si je vous disais que je ne l'avais pas programmée ? Non ? Et pourtant c'est vrai, je crois que j'ai la fibre comique, même si ce genre de blagues provoque la tristesse ou la compassion chez mes proches)

Tout cela pour dire que loin d'être raté, c'est un roman qui traîne un peu en longueurs, en dialogues qui durent là où une description en quelques lignes eut été plus convaincante et qui aurait mérité d'être resserré, limité pour vraiment être efficace ; néanmoins, les alternances de narratrices, les ellipses qui obligent le lecteur à faire la liaison entre les informations sont intéressante et donnent à cette lecture un côté moderne et dynamique, preuve qu'il y a du bon en lui.

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Le rêve armoricain

Publié le par Yv

Le rêve armoricain, Stéphane Pajot, D'Orbestier, 2018.....

Qu'est-ce qui peut lier une série de décès inexpliqués lors d'un concert de La Folle Journée de Nantes en 2016, le meurtre d'une jeune femme vingt ans plus tôt, la disparition d'un acrobate, Willy Wolf, qui, en 1925 sauta du pont transbordeur de Nantes et ne remonta pas à la surface et la naissance des premiers transports en commun au début du 19° siècle ?

Vous le saurez en lisant le dernier-né du journaliste de Presse Océan, Stéphane Pajot, par ailleurs collectionneur averti de cartes postales et de photos anciennes (par exemple celle qui illustre ce roman et qui représente le fameux Willy Wolf lui appartient) et spécialiste émérite de Nantes, de ses coins et recoins oubliés, des faits divers qui s'y sont déroulés, des personnages emblématiques, typiques, artistes de rue, clochards, ... et auteur de nombreux livres sur la ville et de polars divers (allez voir à la lettre P de mon index, vous verrez une toute petite partie de sa production).

Dans Le rêve armoricain, Stéphane Pajot nous promène dans Nantes, remonte le temps avec un fil rouge ou même plusieurs, au moins deux personnages réels, Willy Wolf et William Turner. On passe, en plusieurs étapes de 2016 à 1826, apprend plein de choses sur les personnalités nantaises, sur la ville et ses évolutions.

La part belle est faite au journaliste Mathieu Leduc, qui en 2016, vingt ans après avoir été innocenté dans l'affaire du meurtre d'une jeune femme, couvre les décès tragiques et inexpliqués au concert de musique classique. L'auteur s'amuse à nous perdre, à nous faire douter. Il joue aussi avec les mots, avec des citations cachées dans son texte, telles : "marcha tel un robot dans les couloirs du métro" (Trust) et "par hasard et pas rasé" (S. Gainsbourg) et sûrement d'autres que je n'ai pas notées par méconnaissance ou tout simplement parce qu'elles sont si bien intégrées dans le texte qui m'a absorbé que je ne les ai pas vues.

Tout cela concourt à faire de ce court polar un roman original et ce qui définitivement le classe comme tel, c'est sa construction, un peu comme le très bon Selon les premiers éléments de l'enquête, qui s'appuie sur le travail de la presse quotidienne régionale, qui remonte le temps, je le disais plus haut, par un ou des fils rouges qui peuvent un moment perturber le lecteur qui ne verra les liens qu'en avançant. On pourrait, si l'on s'arrêtait à la structure, parler de nouvelles, ce qui ne serait pas une injure, mais l'auteur assez subtilement glisse des liens de continuité dans tous ses chapitres.

Tout coule extrêmement bien, dans un texte qui emprunte à beaucoup de styles, tour à tour très dialogué et oralisé, puis descriptif, puis un poil poétique, décalé avec ces fameuses citations. Le genre de livre qui fait du bien -même si l'on ne connaît pas Nantes- dont on ressort en se disant qu'on a lu un truc différent loin des productions courantes. Tout ce que j'aime. En plus, D'Orbestier -l'éditeur- a la bonne idée de faire sa collection Bleu cobalt en format poche pas chère. Plus rien ne vous retient.

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Coupable

Publié le par Yv

Coupable, Jacques-Olivier Bosco, Robert Laffont, 2018.....

Lise Lartéguy est lieutenante à la crim'. Lise est aussi une jeune femme très tourmentée, en proie à des crises d'une violence extrême qu'elle canalise avec La Méthode, celle que son père ex-flic lui a apprise : punir ceux qui commettent des crimes terribles mais échappent à la justice. Alors, certaines nuits, Lise enfourche sa moto, se faufile dans des lieux connus d'elle seule et des criminels qui s'y cachent et elle les corrige. Puis, sa vie reprend son cours. Lorsqu'une nuit, sa correction prend une mauvaise tournure et qu'elle reçoit une dose de drogue par l'une de ses victimes, elle part en vrille et ne sait plus ce qu'elle fait. Le lendemain, son parrain et protecteur, ami de son père, chef de la police, est retrouvé mort. Seule Lise, en voyant le cadavre, reconnaît sa méthode, et dès lors comprend qu'elle-même, en colère contre son parrain a pu le tuer. 

Retour de la lieutenante Lise Lartéguy après ses aventures vitaminées de Brutale. Lise est toujours en proie à ses actes de violence qu'elle réserve la nuit et à des êtres malfaisants, violeurs, tabasseurs voire les deux en même temps. Des mecs qui n'ont pas eu à subir les foudres de la justice ou si peu et qui ont laissé des victimes traumatisées à vie, des mecs qui persistent dans leurs actes horribles. Mais Lise est aussi flique et une pugnace qui ne craint ni le danger ni les pires des voyous. Ce second tome des aventures de Lise Lartéguy est comme le premier, dynamique, extrêmement rapide, vif. Pas une seule seconde d'ennui. La violence est parfois difficile à soutenir, mais elle sert le récit et Jacques-Olivier Bosco (JOB) raconte comment Lise en est arrivée à ces crises et comment elle tente de les intégrer à sa vie. Coupable complète donc Brutale de fort jolie manière. Lise est une jeune femme très attachée à ses proches, ses deux collègues, Brigitte et Paupiette, à son amoureuse, Solveig. C'est dans ces relations qu'elle puise sa force de continuer. 

Outre un rythme effréné, JOB nous régale avec des intrigues qui se mêlent, certaines venues du passé de Lise, et il sème des indices qui nous mettent sur la voie ; jamais le plaisir de lecture ne s'émousse. Dans ce roman, il laisse une plus grande part à la personnalité de Lise rendant son polar moins tendu -encore que...- mais tout aussi passionnant. 

J'aime lire JOB parce que ses polars sont efficaces, énergiques, balayent tout sur leur passage, même les envies de dormir ou d'allumer le téléviseur, ce qui est bien, ça l'est un peu moins lorsque je dois préparer le repas du soir (euh, ce soir c'est coquillettes au beurre !). Je ne citerai pas d'extrait, tout simplement parce que je n'ai pas eu le temps d'en prélever un, ça va trop vite. 

Je ne sais pas si Lise reviendra, j'ai l'impression que cette série est un diptyque, que JOB n'a pas voulu prolonger les aventures de son héroïne. Si néanmoins, prend à Lise l'envie de revenir raconter ses enquêtes, nul doute que je les lirai avec attention.

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