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polar-noir

Trottoirs du crépuscule

Publié le par Yv

Trottoirs du crépuscule, Karen Campbell, Fayard, 2013 (traduit par Stéphane Carn et Catherine Cheval)

Anna Cameron, jeune femme flic, prend la direction d'une nouvelle unité, une brigade d'intervention rapide sur le Drag, le quartier des prostituées de Glasgow. Mal acceptée par ses collègues qu'elle dirige, elle doit s'imposer, mener l'enquête sur les filles qui se font agresser en dépit des effectifs réduits, de la mauvaise volonté de son équipe et de sa vie amoureuse tourmentée, maîtresse d'un flic bien placé et ex-petite amie d'un de ses subordonnés aujourd'hui marié et père de famille.

Excellent roman policier atypique. Atypique parce qu'il ne se focalise pas sur une seule personne ni sur une seule enquête. C'est la vie quotidienne de l'unité d'intervention dirigée par Anna, la Flexi et la vie quotidienne des gens qui y travaillent. Le fil rouge est bien sûr les agressions envers les prostituées, l'intrigue qui file tout au long du livre et qui prend une grande partie du temps des intervenants. Mais il y a aussi la rencontre d'Anna avec Ezra, un vieil homme attachant qui se fera tuer et dépouiller, une manifestation d'orangistes (Irlandais protestants) en plein cœur de Glasgow.  Néanmoins, la part belle est faite aux relations entre les personnages :  l'ambiguïté entre Anna et Jamie, son ex-petit ami, l'animosité entre Anna et Jenny, la policière sous ses ordres, réticente à toute remarque venant d'elle, ...

Karen Campbell s'intéresse à tous ses personnages, même les seconds rôles, comme Billy Wong, le jeune flic d'origine asiatique, dont on aimerait bien qu'il intègre son équipe. Elle développe plus les caractères d'Anna, de Jamie et de Cath, sa femme et de quelques autres. On  sait presque tout de la pauvreté sentimentale d'Anna, du couple de Jamie et Cath qui part en vrille après la naissance de leur fille et des interactions du travail sur la vie privée et inversement. Elle ne tente pas de nous rendre tel ou tel sympathique, elle n'omet pas ses défauts, comme la tendance à l'emportement d'Anna ou son égoïsme, ou la déprime de Cath, son laisser-aller, ...

On est à la fois en plein cœur du commissariat et en plein cœur des vies des flics, et c'est une très bonne nouvelle, ça fait de ce roman plus qu'un roman policier parmi d'autres. Je n'ai rien contre le genre policier, mais il arrive parfois qu'on tombe sur un livre de ce style qui ne laisse place qu'à l'intrigue au mépris des personnages ou d'une certaine réalité. Pourquoi pas, il en faut pour tous les goûts, et si c'est bien fait, je ne dis pas non a priori. Là, on est en plein réalisme, en plein dans les quartiers chauds de Glasgow avec les descriptions des lieux, parfois sordides, des gens qui y vivent dans la misère, des gens qui y travaillent, des camés, des dealers, des prostituées, ... Le langage adopté sonne juste également, entre familiarités, argot, langage un peu plus soutenu pour d'autres scènes, l'auteure joue avec les différents registres. Le fait qu'elle écrive autant sur ses personnages pourrait me faire dire qu'on est dans un polar social, sociétal ou dans un roman plus classique avec une intrigue policière en toile de fond. Un peu comme dans Furioso, un livre que j'avais beaucoup aimé pour les mêmes raisons, ou comme dans certains polars nordiques dans lesquels les personnages ont une vraie importance, presqu'une vraie vie, mais les horreurs des meurtres en moins, car là, Karen Campbell nous évite le serial killer, l'hémoglobine et les descriptions détaillées des victimes. On pourrait résumer son livre ainsi : de l'humain, beaucoup d'humain et une grosse pointe de policier pour lier le tout, ou vice-versa, mais avec toujours beaucoup d'humanité.

Karen Campbell est une ancienne flic qui écrit là son premier roman débutant ainsi une série selon l'éditeur, que je suivrai très très volontiers. Vivement la suite.

Le livre débute comme ceci (mis à part un mini prologue) : "C'était le temps idéal pour ça. Le vent avait retourné le ciel comme un gant et, par là-dessus, une petite averse avait fini de tout nettoyer. La journée s'annonçait belle.

A toi de jouer ! Anna aurait pu voir son sourire se refléter dans ses chaussures qui slalomaient entre les flaques. Quel éclat... Elle était si absorbée qu'elle ne vit rien venir. La fanfare stridente d'un klaxon à l'italienne la força à regagner précipitamment le trottoir. Le conducteur, presque couché dans sa Sinclair C5, secoua la tête et passa en trombe." (p.13)

Serial lecteur a aimé aussi.

 

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Ça coince ! (15)

Publié le par Yv

Hipnofobia, Salvador Macip, Hachette, 2013

"Un homme est retenu prisonnier dans un bunker secret de l'armée américaine, sous la garde d'un scientifique et d'un militaire. Quel est son secret ? Il ne dort pas depuis trois semaines. Ce personnage mystérieux a été retrouvé au milieu d'une centaine de corps calcinés, comme consumés de l'intérieur. Apparemment, tous étaient membres d'une sorte de secte dont on ne sait strictement rien." (note éditeur)

Je me suis ennuyé, mais ennuyé... Le début est lent, très lent. Rien ne se passe. Rien ne me retient. L'idée de départ est plutôt intéressante mais elle tombe très vite à l'eau. Eau qui délaye l'histoire, l'intrigue, la noie même. Et moi, comme je ne sais pas nager, et que je ne veux pas me noyer, eh bien, je suis resté sur le bord à m'ennuyer de plus en plus (un peu comme le mec ou la fille qui tient la chandelle dans une soirée "duo" très sympa... pour ceux qui peuvent en profiter) jusqu'au moment où je range ma pelle et mon seau et je m'en vais. Désolé Salvador, mais ton livre, il n'est pas pour moi.

 

Obsèques, Lars Saabye Christensen, Lattès, 2013

"Le matin du 4 janvier 2001, Kim Karlsen, âgé de cinquante ans, se réveille dans une chambre d'hôtel au nord de la Norvège. Il ne se souvient de rien. Il ne le sait pas encore, mais il est mort." (4ème de couverture)

Imaginez, vous êtes bloqués sur un lit, incapable de bouger et là, une femme à la voix criarde, ou un homme aviné (au choix selon vos préférences), vous parle sans pause, à peine de toutes petites pour reprendre son souffle : une logorrhée insupportable et vous en pouvez rien faire. vous vous sentez oppressés, par ce flot de paroles inutiles qui ne semble mener nulle part si ce n'est à une lassitude pour vos oreilles et vos méninges. Vous y êtes, vous visualisez ? Eh bien, c'est exactement ce qui s'est passé pour moi avec ce roman. Je ne dis pas qu'il ne trouvera pas ses lecteurs comblés, mais moi, il me fatigue. Loin de Paasilinna qui me fait rire avec des digressions drôles et des situations loufoques. Pour reprendre une citation d'un excellent livre lu récemment, Passerelles, je préfère les livres "peu épais, persuadé que quelques pages [suffisent] à exprimer l'idée de l'écrivain, le surplus n'étant que verbiage et digressions. [...] Les livres [que j'apprécie relèvent] de la concision, de la ciselure." 

Voilà c'est dit, c'est dommage. Maintenant, je vais aller ouvrir deux petits livres très tentants avant un prochain pavé de 500 pages, parce que malgré tout, il m'arrive d'en lire et même d'en aimer  !

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Dégage !

Publié le par Yv

Dégage !, Marc Villard, Éd. In8, 2013

Théo est poète et parisien. Marine Le Pen étant devenue Présidente, la culture est très contrôlée, les écrivains ne sont plus forcément bien vus, et les poètes doivent gagner leur vie. Théo repeint et aménage les toilettes publiques de la capitale, job mal payé. Il a toujours espoir de placer un de ses poèmes : il rencontre pour cela Janine Darcier-Schwitters, sous-directrice aux affaires culturelles du Ministère des Loisirs.

Avant que la réalité ne se rapproche voire colle à cette fiction, il vaut mieux en rire, jaune certes, mais en rire. Lorsqu'on sait que la révolte naît dans le Béarn, des centristes, c'est que la France va vraiment très très mal. Mais comment pourrait-elle aller bien, Madame la Présidente a rogné sur la culture, contrôle tout, oblige les agents municipaux tels Théo à repeindre les toilettes publiques mais aussi à monter des cloisons séparant les lieux d'aisance en quatre : deux places pour les hommes, deux places pour les femmes et à l'intérieur de chaque emplacement réservé, une place pour les Français(e)s et une pour les Étranger(ère)s ?

Théo, qui après sa rencontre avec Janine a l'espoir de voir son poème publié déchante lorsque lors de la seconde rencontre, on lui dit que deux mots gênent les hautes autorités, deux mots qui en eux-mêmes sont acceptables, mais point accolés, cela "pourrait déplaire"  (p.9) ; ces deux mots : "juif sympathique" (p.8). Déçu et appelé sous les drapeaux (car le service militaire est rétabli) Théo pense rejoindre les Poètes en Résistance groupe qui lutte de Pau contre le pouvoir en place, assez mollement il faut bien l'avouer.

"-Soit tu rentres dans le rang et tu effectues cette connerie de service militaire et l'obscurantisme du pouvoir. Soit tu passes à l'opposition et tu ne tombes pas mal car les Poètes en Résistance m'ont informé que trois fronts préparent en France la future révolution. L'un des foyers de la révolte est situé à Pau, autour de François Bayrou.

- Vous me faites marcher ?

- Pas du tout. Rama Yade y dirige même un corps d'infirmières." (p.33)

Mais alors où sont les autres ? Eh bien, ils s'arrangent avec le pouvoir actuel, comme par exemple cet élu écologiste, qui depuis le rétablissement de la peine de mort et l'édification d'un échafaud, place de la République a obtenu de repeindre cet objet funeste en vert.

Très court texte qui ravira les amateurs d'ironie, de dérision et d'uchronie (qui restera toujours uchronie espérons-le). Le déferlement de haine, de violence, la descente dans les rues des intégristes de tout poil (sauf sur le caillou pour certains) pour casser de l'homo et du flic (et doublement du flic homo) au moment du texte sur le mariage pour tous, que les élus et les responsables des partis politiques opposés à ce texte ne condamnent pas fortement et fermement, -certains d'entre eux se laissant même aller à des actes de violence au sein même de l'Assemblée, légitimant ainsi la violence dans les rues- ne m'incite pas vraiment à l'optimisme quant à une éventuelle rébellion de leur part contre l'extrême droite si -ou lorsque- elle aura plus d'ampleur et de pouvoir que maintenant.

Une lecture saine qui peut faire réfléchir, parue dans la collection Social Fiction des toujours excellentes Éditions IN8 : de la Science Fiction Sociale.

Oncle Paul, Claude Le Nocher en parlent aussi

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Le homard

Publié le par Yv

Le homard, Pascale Dietrich, Éd. In8, 2013

Camille vit avec Pierre qui, suite à un accident de moto quelques années auparavant a une vis dans le cerveau, ce qui a sensiblement modifié son comportement. Camille fréquente les tombolas de la petite ville bretonne dans laquelle elle habite : elle donne des lots pour faire le ménage dans ses placards, le dernier en date est un pic à glace. Lors de l'une d'elles, elle gagne un homard vivant qu'elle plongera dans ... un aquarium, incapable de l'ébouillanter ; elle lui parle, se confie à lui. Un soir, elle rentre mais Pierre à fait cuire et découpé le homard. Elle quitte la maison. Simultanément à ces déboires conjugaux, la ville est sous le choc de deux meurtres inexpliqués de touristes anglais : un serial killer breton ?

Petit roman de la collection Polaroïd des excellentes Éditions In8, spécialisées dans les nouvelles et les courts romans. Je vous en ai déjà parlé pour JB Pouy, Marcus Malte, ou le coffret Eros entre autres. Ce homard ne déroge pas à la qualité de ces petits livres.

Camille ne se sent pas bien dans son couple même si elle aime toujours Pierre, mais les comportements de son conjoint sont parfois difficiles à supporter. Elle trouve donc des ressources auprès du homard :

"Je m'approchai de l'aquarium et le homard agita les pinces. Je restai immobile face à lui. De temps à autres des rires fusaient en provenance du salon. Il me fixait lui aussi. Une espèce de sérénité avait envahi la pièce. J'éprouvais une profonde sympathie à son égard, on ne peut plus sincère, et je le lui dis, doucement, du bout des lèvres, à la surface de l'eau : "J'ai partagé ce sentiment de connivence avec bien peu de personnes". Il hocha la tête. A ce moment-là, il ne fit pour moi aucun doute qu'il avait compris." (p.26)

Une histoire à l'ambiance policière, car n'oublions pas qu'un meurtrier sévit à Ploudalmaiseau, qui avance l'air de rien. Les personnages sont loufoques, un peu barrés, mais également très ordinaires, des gens parfois comme vous et moi : pourquoi ne pas parler à un homard, on parle bien aux chats, aux chiens, aux plantes ? J'avoue même parler à Honorine, Fernande et Félicie, les trois poules du fond du jardin, lorsque je vais les nourrir et nettoyer leur enclos. Une histoire vue par les yeux de Camille, construite simplement. On a parfois l'impression que rien en se passe, mais finalement en 93 pages, Pascale Dietrich construit une intrigue, certes pas palpitante au sens de la découverte de tel ou tel indice ou même du ou des coupables, mais passionnante par l'atmosphère décrite. L'humour est présent, mais aussi de la mélancolie, et de l'attachement pour les personnages, Camille et Pierre en tête, sans oublier Simon Le Floch, le flic désabusé mais tenace.

En fait, on ne lit pas ce roman pour en connaître le dénouement mais pour passer un moment avec les personnages dans cette petite ville de Bretagne et pour goûter le sel et l'humour de l'écriture de l'auteure :

"Il se mit à bruiner. Les adultes se réfugièrent sous le préau et les chapiteaux. [...] Un marchand de fringues rapatriait dans sa boutique des caisses de tee-shirts à cinq euros. [...] Les lots de chaussettes avaient disparu à leur tour. Bientôt tout le village subirait le même sort. Parfois, la Bretagne me faisait l'effet d'un canapé convertible. Selon les caprices du temps, elle était dépliée, repliée, dépliée à nouveau..." (p.57)

Tout au long de la lecture, on a l'impression d'être sur la côte bretonne, dans la vieille maison qui fait rêver Pierre : les Bretons apprécieront la description de leurs paysages, les autres auront envie d'y venir goûter les embruns. Pascale Dietrich écrit là son premier roman (après des nouvelles), très prometteur pour la suite ; j'aime beaucoup les romans avec une ambiance forte, de beaux personnages, des trouvailles comme le homard, la vis dans la tête, l'amatrice de tombola (très importantes les tombolas à Ploudalmaiseau), ...

Un petit tour en Bretagne ? Vous n'êtes pas Anglais ou Parisien, allez-y vous ne risquez rien du serial killer ! Autrement, allez-y quand même, il faut savoir vivre dangereusement.

 

 

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Beso de la muerte

Publié le par Yv

Beso de la muerte, Gilles Vincent, Éd. Jigal, 2013

1936, le poète Garcia Lorca est assassiné à cause de ses sympathies républicaines. 2007, Thomas Roussel est commissaire de police à Pau. Il vit avec Claire, une jeune femme passionnée du poète assassiné, qui ne supporte plus son alcoolisme et qui le quitte après 5 ans de vie commune. Quatre ans plus tard, Thomas est toujours commissaire mais sobre. Il se marie avec Délia qui l'a aidé à sortir de son addiction. La nuit même de son mariage il reçoit un appel au secours de Claire qui lui dit être retenue en otage à Marseille. Thomas appelle ses collègues de Marseille et lorsqu'il apprend qu'un corps de femme carbonisé a été retrouvé sur des rails, il sait que c'est Claire. Il décide de se rendre sur les lieux et de prêter main-forte à la commissaire marseillaise, Aïcha Sadia.

Me voici polyglotte ("Moi, j'sais parler toutes les langues, toutes les langues, moi j'sais parler les langues du monde entier" disait Henri Dès dans sa chanson Polyglotte. Désolé, élever 4 enfants, ça laisse des traces.) : après I hunt killers, je me mets à l'espagnol, Beso de la muerte, un polar qui plonge dans les secrets d'États. Sans dévoiler le cœur de l'histoire, il y est question des GAL (Groupes Antiterroristes de Libération) créés par le Premier Ministre espagnol dans les années 80 pour lutter contre l'ETA qui perpétrait ses attentats en Espagne et se réfugiait ensuite en France bénéficiant d'une certaine immobilité de la police à leur égard. Ne pouvant compter sur la France, l'Espagne créa ces escadrons de la mort qui enlevaient ou assassinaient les membres d'ETA sur le territoire français. Tout est très bien expliqué dans le roman, simplement ; ce n'est pas non plus une thèse sur les GAL. Des piqûres de rappel pour les gens de ma génération qui ont entendu parler de ces événements au fil des années 80. Le contexte historique proche est planté de manière forte et si certains noms sont dits comme Felipe Gonzales ou Jacques Chirac, d'autres intervenants de l'époque ont des pseudonymes ; mais qui peut bien se cacher derrière l'ancien Ministre de l'Intérieur Agostini : "En dépit de la gravité de l'instant, elle ne put s'empêcher de sourire à l'accent de son interlocuteur. Un mélange de Raimu et de Fernandel qui les avait tous fait rire lors de la prise de fonction d'Agostini en 1986. Mais cette musique pagnolesque dissimulait une main de fer et un caractère bien trempé, rompu à toutes les combines. Très vite après le débarquement place Beauvau du nouveau ministre de l'Intérieur, la loi "Sécurité et Liberté" avait effacé le sourire des fonctionnaires de police." (p.107) ?

Pour l'intrigue, j'avoue avoir été un peu agacé par de multiples rappels des événements, des sortes de rapport d'enquête faits tour à tour par Aïcha, par d'autres collègues, dont Sébastien Touraine, un privé qui ne parle pas beaucoup mais s'imprègne de tout ce qu'il voit et entend et peut ensuite faire un résumé complet en se glissant en quelque sorte dans la peau des autres, ou encore par les auteurs des faits eux-mêmes. Si mon QI et ma capacité de concentration ne sont pas exceptionnels, il n'empêche que je réussis encore à lire un polar de 250 pages sans qu'on ait besoin de me "raccrocher"  toutes les 50 pages. Faire confiance à l'intelligence de son lecteur !

Malgré ces quelques réserves et d'autres concernant quelques facilités dans la résolution de l'enquête -que je ne dévoilerai pas, car c'est peut-être ma grande perspicacité qui m'a valu de me douter très fortement de choses bien avant les flics-, je dois dire que ce livre se lit avec rapidité et plaisir. Bien menée, dans un contexte fort et habilement planté, cette histoire peut aussi révéler quelques rebondissements et décrit des flics normaux, pas des surhommes, juste des enquêteurs qui suivent les pistes les unes après les autres. L'équipe constituée de flics, d'un privé et du médecin légiste est plutôt convaincante et ce serait un grand plaisir que de la revoir. En fait, si je fais fi de mes réserves, c'est tout ce que j'aime : une histoire -policière ou pas- qui prend dès le début du bouquin, qu'on ne lâche plus et qui, une sorte de fil rouge qui permet, grâce au contexte d'apprendre sur une période historique, sur des coutumes, des pays, ...

Bien écrit, ce roman se lit d'une traite, l'ombre de Garcia Lorca flottant au-dessus du lecteur jusqu'à la fin, et peut-être même un peu après.

Dernière minute : ce livre est finaliste du Prix Landernau 2013

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I hunt killers

Publié le par Yv

I hunt killers, Barry Lyga, Éd. Msk, 2013

Jazz est un adolescent qui vit à Lobo's Nod. Son père Billy est en prison. Un serial killer avec plus de 120 assassinats à son actif. Billy a élevé Jazz seul, lui a tout appris de ses meurtres, l'a même fait participer à des suppressions d'indices. Depuis, Jazz est évidemment perturbé, ne sait pas s'il est "normal" ou s'il peut à tout moment basculer dans l'horreur de crimes. Lorsqu'un cadavre est découvert dans une plaine de Lobo's Nod, il enquête. Lorsqu'un second corps est découvert, il parie pour un serial killer qui imiterait son père. Pas d'autre moyen pour lui, pour prouver son innocence que de tenter de trouver le coupable.

Ce livre est présenté dans un sac à pièces à conviction accompagné d'une bande jaune "police line do not cross", d'un avis de recherche, d'une carte d'identification de corps et d'un doigt coupé -en plastique, ouf- puisque le tueur coupe des doigts de ses victimes et en laisse un sur le lieu du crime. Résolument bâti pour la jeunesse, c'est un roman policier qui pourtant présente de vraies longueurs. On comprend que Jazz puisse s'interroger sur son risque ou même son éventuel passage à l'acte criminel, mais ses doutes et ses interrogations reviennent très (trop) régulièrement. Cela pourrait être intéressant s'ils évoluaient, mais les questions sont finalement toujours les mêmes. Elles ralentissent le rythme du roman, notamment dans sa première partie. Et puis, lorsque Jazz commence à cerner le tueur, le rythme s'emballe et la fin est suffisamment bien construite pour tenir jusqu'aux ultimes lignes.

L'idée de départ est bonne : le fils d'un serial killer qui connaît toutes les "ficelles du métier" si je puis m'exprimer ainsi qui part à la recherche de tueurs. Qui pourrait être mieux placé ? Nul doute que ce thriller- qui appelle une suite- fera la joie des jeunes lecteurs. La mienne fut un peu émoussée parce que je ne suis pas vraiment la cible voulue (je viens juste de sortir de l'adolescence... enfin de celle de ma fille) et que le style adopté ne me sied point. Non pas que je n'aie pas apprécié, mais en terme de polars, j'ai lu mieux. Mais, parmi les adultes moins grognons et rabat-joie que moi, il pourrait bien y en avoir qui se laissent séduire par ce livre, si l'on oublie les quelques fautes d'orthographe (de frappe), comme : "C'était donc à ça qu'ils ressemblaient, cette bande d'allumés, persuadés que Billy étaient victimes d'une machination..." (p.279) ou encore : "Quand t'es entré ici... engoncé dans ton armure, froid, avec l'air du fil de pute le plus blindé du monde." (p.302), cette dernière faute qui, vous me l'accorderez amoindrit un tantinet la portée de l'insulte, ou alors est en rapport avec un travail de couture d'une sus-nommée (sans arrière pensée ni jeu de mots) péripatéticienne, et quelques autres dans les pages précédentes

Pour résumer, pas une déception, mais plutôt un bon roman policier quand on est le public ciblé. Je vais donc de ce pas le poser près des lecteurs potentiels de la maisonnée.

Les lignes du début pour allécher : "C'était une belle journée. Le champ était superbe. Sauf qu'il y avait un cadavre." (p.9)

Merci Anne.

 

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La nuit, in extremis

Publié le par Yv

La nuit, in extremis, Odile Bouhier, Presses de la cité, 2013

Lyon 1921, Anthelme Frachant sort de prison, incarcéré après une mutinerie pendant la guerre. Victor Kolvair est persuadé que cet Anthelme est un assassin, celui qui a tué un ami des tranchées, et qu'il recommencera dès qu'il sera sorti. Il décide de la surveiller, seul. A cette date, Lyon est aussi à la veille de la visite d'un secrétaire d'état et les anarchistes, très présents en cette ville pourraient bien en profiter pour mener une action d'éclat.

Une nouvelle enquête des ancêtres des experts mérite que je bouscule mes priorités de lecture. Certains livres restent longtemps au fond des piles. Celui-ci est commencé à peine dans mes mains. Les deux premiers tomes, Le sang des bistanclaques et De mal à personne étaient tellement bien, que j'aspire très vite à retrouver cette atmosphère si particulière créée par Odile Bouhier, un (gros) brin de modernisme dans l'époque troublée de l'après-guerre. Les 30/40 premières pages resituent les personnages ou permettent à ceux qui ne les connaissent pas encore de savoir qui est qui. Puis l'enquête ou plutôt l'attente de Victor Kolvair démarre. Et je me dois de dire ici que je suis un peu déçu par le début de ce polar. Chaque personnage, que ce soit, Victor Kolvair le commissaire, Bianca Serragio l’aliéniste, Hugo Salacan le scientifique, Jacques Durieux son assistant ou encore Damien Badou le légiste, chacun est dans son coin, mène sa vie, son propre travail indépendamment de ses collègues. Ils ne travaillent pas tous sur la même histoire. H. Salacan et D. Badou sont préoccupés par des histoires personnelles, J. Durieux par les anarchistes, B. Serragio frustrée de ne pas voir V. Kolvair et lui-même empêtré dans ses certitudes et ses vieux démons. L'ensemble est un peu décousu, comme si Odile Bouhier avait écrit plusieurs histoires, une par personnage,  puis, les avait accolées en un seul livre ensuite. Il manque un lien entre toutes.

Puis, l'histoire et la collaboration démarrent enfin lorsque 3 cadavres sont retrouvés mutilés. Et comme dans les épisodes précédents, Odile Bouhier développe son contexte, la toile de fond de son roman. Elle s'intéresse aux avancées de la médecine des années 20. Bianca Serragio est très en avance et prend en compte les nouvelles théories de médecins étrangers sur l’aliénation, les maladies psychiatriques. Elle s'oppose avec vigueur à ceux qui ne veulent pas évoluer, sûrs de leur savoir. Elle parle de schizophrénie, de paranoïa là où ils ne parlent que de simulation et de "jeux d'acteurs". Pendant ce temps, H. Salacan s'intéresse de près aux travaux de chercheurs canadiens sur l'insuline qui soignerait les diabétiques. C'est la recherche médicale qu'elle soit classique ou psychiatrique qui peut relier les différents acteurs de cette histoire. Les traumatismes de la guerre sont également au cœur de ce livre, tant du côté des meurtriers que des enquêteurs. Toute ce contexte, très bien documenté, donne tout l'intérêt à cette troisième enquête de l'équipe.

Malgré mes réserves (mais peut-être est-ce parce que j'ai un peu trop idéalisé l'équipe Kolvair-Salacan ? ), je n'ai pas boudé mon plaisir de replonger dans le Lyon des années 20. Et puis, je n'ai pas tout dit, le procureur Rocher est toujours aussi antipathique, réactionnaire, et l'inspecteur Legone toujours aussi retors et mauvais. Et il en reste encore à découvrir dans ce troisième tome, mais je laisse un peu de suspense...

Les premières phrases : "1er août 1915, Fontenoy

Anesthésié par les coups de soleil qui, toute la journée, avaient boxé la vallée de l'Aisne et aplati le relief calcaire, le 96e régiment d'infanterie établit son campement provisoire dans le secteur ouest, l'ombre y étant plus franche. Un an qu'ils avaient quitté les moissons la bouche en cœur et la fleur au fusil, certains d'être de retour pour les vendanges, pourtant il avait bien fallu se rendre à l'évidence : la guerre prenait ses aises, elle était bien la seule." (p.11)

Une histoire qui a bien plu à Claude Le Nocher

 

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Le dernier des treize

Publié le par Yv

Le dernier des treize, Mercedes Deambrosis, Éd. La branche, 2013

Ils sont treize. Treize copains qui, une nuit de leurs quinze ans décident de payer un tueur à gages pour les éliminer le jour où ils trahiraient leurs idéaux. Lorsque le premier d'eux décède, 30 ans plus tard, on peut croire à une maladie. Mais treize jours plus tard, un deuxième meurt. Alcoolémie aggravée ou meurtre ? Suit un troisième, treize jours plus tard et là, le doute s'installe chez les survivants. C'est alors que Louis-Edouard Dudeuil, fils de préfet, inspecteur prend l'affaire en charge.

Treizième numéro de cette collection Vendredi 13, et un seul échec pour moi (ici). Ce dernier m'a à la fois épaté et déconcerté. Épaté par les personnages que l'auteure décrit, par les situations. Les treize amis sont très différents les uns des autres : ils travaillent tous dans la même société de surveillance de sites sensibles. Il y a l'alcoolique avéré, le dragueur, la flipée, la charmeuse, l'obèse, l'homo, ... Tous sont nommés, sauf le narrateur à la première personne, l'un des treize dont on ne connaît ni le nom ni le prénom et dont on se doute qu'il est le dernier des treize. L'autre narrateur (à la troisième personne) est le flic, et disons-le le personnage le plus intéressant du bouquin. Fils de préfet de région, promis donc à un bel avenir, il se fait une gloire et une joie de n'avoir aucune ambition, de n'être qu'"inspecteur" alors qu'avec l'ancienneté et ses appuis familiaux, il pourrait être au moins commissaire. C'est un dandy, raffiné, extrêmement élégant, très atypique dans le monde des flics.

Ce qui me déconcerte, c'est d'abord l'arrivée simultanée des treize personnages, on ne sait plus qui est qui, mais on se repère assez vite, finalement. Non, le plus déroutant c'est l'écriture de Mercedes Deambrosis. Elle utilise régulièrement les pronoms "elle" et "il", jusque là, rien que de très normal, mais ces pronoms ne concernent pas le personnage cité juste avant dans la phrase, mais celui cité un peu plus loin. Ce qui fait que très souvent, je me suis posé la question de savoir qui avait fait quoi. Ce qui, dans un polar est problématique, car ne pas être sûr du coupable de certains actes posent un problème de compréhension évident. Et la fin est identique. J'avoue ne pas avoir saisi toutes les subtilités du dénouement : ni le ou les vrai(s) coupable(s) et encore moins les motivations d'icelui, d'icelle ou d'iceux (ça c'est pour ne laisser aucun indice dans mon billet). Je reste donc sur ma faim et sur une relative déception.

Déception relative donc parce que dans le développement de son histoire et de son intrigue, l'auteure nous gratifie de passages très justes, drôles, enlevés ou plus critiques voire cyniques :

"- Ah, les quatre morts... Elle demeura songeuse, se déplia et très rapidement revint avec une calculette. [...] L'incidence sur la masse salariale est intéressante, certes, mais guère significative. Nous sommes loin, très loin du ratio que nous pouvions escompter... Elle rougit. Je veux dire que la Direction escomptait." (p.151)

L'entreprise qui mise sur ces morts inattendues pour renouveler son personnel qui lui coûte par des jeunes moins chers n'en sort pas grandie, ni la presse ou la politique en général :

"Le crime en série [...] était le summum pour le journaleux dans l'ère  du tout-sécuritaire. Après le nettoyage des banlieues, devenu une véritable guerre urbaine, l'expulsion des sans-papiers, qui hélas continuait à provoquer bien des remous et atermoiements, l'Intérieur projetait de s'attaquer à d'autres îlots de nuisance, les Roms, peut-être." (p.165)

Pour résumer : un début confus, une fin qui ne l'est pas moins et un milieu très bon. Pas banal ! Moi qui trouve souvent un ventre mou dans les livres, je n'en ai pas trouvé ici, c'est plutôt la tête et la queue, si je puis m'exprimer ainsi  ("elle est où la têtête et elle est où la queuequeue ?", désolé, on a les références qu'on peut, mais j'assume et même les revendique) qui pêchent un peu.

Babelio recense quelques critiques.

 

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Le manuel du serial killer

Publié le par Yv

Le manuel du serial killer, Frédéric Mars, Éd. Hachette, 2013

Thomas Harris est un jeune homme, étudiant à Harvard, bénéficiant d'une bourse pour étudier, car très bon élève, mais orphelin depuis le jour de ses dix ans : ses parents se sont noyés lors d'une balade en barque. Une série de meurtres d'enfants qui convulsent, perdent leur sang se produit à Boston, comme dix ans auparavant. Thomas, étudiant renfermé et notoirement amateur de romans policiers, est amené à s'y intéresser par la directrice de la section littérature, qui le lui conseille pour valider sa thèse. Un binôme est créé avec une étudiante, qui étrangement porte le même nom de famille que lui, Sophie Harris.

Je veux rester très léger dans mon résumé, ne dévoiler aucun des rebondissements du livre, et des rebondissements, il y en a légion. Plus que dans deux ou trois thrillers réunis parfois. Jusqu'à quasiment l'ultime ligne. Un roman qui commence très fort par l'agonie d'une première petite victime, pas détaillée, donc très supportable (dans un roman uniquement bien sûr) ; l'hémoglobine n'est d'ailleurs pas le fond de commerce de ce livre ; Frédéric Mars suggère, décrit mais laisse l'imagination du lecteur faire son oeuvre. C'est très bien, drôlement bien mené et maîtrisé et si l'on sent au cours de l'histoire que certains détails ne collent pas ou si même on peut se sentir un peu perdu (ce qui a été mon cas assez régulièrement), c'est pour mieux servir le dénouement et l'explication finale. Les personnages sont assez complexes pour tenir la route jusqu'au bout, Thomas est un jeune homme coincé, phobique : "Je ne pratique mes incursions hors de Cabot, jusqu'au réfectoire de l'autre côté de la grande pelouse du Quad, qu'aux heures les plus creuses. Je vais jusqu'à utiliser mes jumelles pour scruter le réfectoire illuminé et dénombrer les étudiants qui s'y restaurent. A plus de dix occupants, je renonce. A moins, je m'y aventure, non sans d'infinies précautions." (p.100). Tous les autres, les seconds rôles peuvent à tout moment être des "amis" de Thomas ou des suspects, à chacun leur tour.

Voilà pour tout le bien que je pense de ce bouquin, mais je dois dire que si je l'ai trouvé très bon, je l'ai aussi trouvé long et bavard. Les à-côtés, les débuts de chapitre ralentissent le rythme et ne sont pas particulièrement indispensables au bon déroulement de l'histoire. Ils peuvent avoir plusieurs fonctions :

- grossir le bouquin (462 pages) ? Inutile à mes yeux, un thriller ne peut avoir que 300 pages et ne pas lésiner sur la qualité.

- faire des effets de style ? Le thriller n'est pas le genre le plus littéraire qui soit (d'ailleurs F. Mars le dit lui-même dans son roman), et l'auteur à l'écriture agréable, fluide ne fait pas montre ici d'un style qui ferait passer ses apartés pour des petits bijoux littéraires inévitables.

J'avoue donc ici avoir lu pas mal de pages en diagonale pour ne pas rater l'intrigue, mais pour ne pas m'appesantir sur des considérations moins captivantes.

L'expérience néanmoins reste positive car F. Mars sait jouer avec nos nerfs, avec nos pensées. Il les dirige puis les emmène vers d'autres pistes pour les embarquer encore totalement ailleurs. Du grand thriller -un peu trop délayé pour moi-, qui ne se lâche pas tant qu'on a pas la fin mot de l'histoire.

On en parle sur Babelio,

Merci Inès et Gilles Paris

 

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