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polar-noir

Tout du tatou

Publié le par Yv

Tout du tatou, Pierre Hanot, Éd. La branche, 2012

"Bipolaire, Zoran vit d'amours passagères et de désillusions. Jusqu'au jour où il croit toucher le pactole en faisant main basse sur treize kilos de "Vendredi 13", une came nouvelle génération, la Rolls-Royce de la défonce...

Poursuivi par une armada de motards néo-nazis qui veulent récupérer la poudre, coincé entre le marteau de la mafia et l'enclume des flics, Zoran apprendra à ses dépens qu'on ne jongle pas impunément avec la chance. Et que nul ne s'improvise porte-flingue." (4ème de couverture)

Onzième volume de la collection Vendredi 13, assez différent des autres. Moins d'humour que dans les autres -ou alors différent, et je ne l'ai pas compris- et une écriture très particulière. Mais avant de développer, je voudrais évacuer très vite une petite réserve personnelle. Beaucoup de personnages dans ce roman. Trop pour moi. Parfois, je ne savais plus qui était qui. Pour peu que je repose le bouquin un soir et que je ne le reprenne que le lendemain il me fallait plusieurs secondes et pages avant de tout remettre en place. Cette réserve reste mineure dans la mesure où l'on est capable assez aisément si ce n'est de cerner exactement le personnage au moins de savoir dans quel groupe il évolue : entourage de Zoran, les bikers néo-nazis, la mafia, les flics, ...

Ceci étant dit, ce qui me plait le plus dans ce livre c'est l'écriture de Pierre Hanot. Elle emprunte à tous les registres de la langue. Du langage le plus châtié, voire inconnu pour le commun des lecteurs -je vous rassure, juste quelques mots qui n'empêchent pas la bonne compréhension globale- à l'argot, en passant par le langage familier ou le patois argotique local, comme cette phrase en marseillais :

"...les nanas étaient cagoles ou girelles, elles avaient une mounine à la place du minou et se faisaient chasper à la raspaille dans les trapanelles par des chacapans aux alibofis de rascous." Ce qui signifie, selon la note de bas de page : "Elles se faisaient peloter au hasard dans des vieilles guimbardes par des marlous sans scrupules aux testicules de rapias." (p.108)

Il faut bien avouer que parfois certaines expressions me laissaient pantois, voire dubitatif -mot qui, selon Pierre Desproges (qui excellait lui aussi dans le mélange des niveaux de langage, d'où ma référence), ne veut pas dire éjaculateur précoce, mais que le doute m'habite. Mais, comme j'ai eu l'intelligence -mais si, mais si- de l'écrire plus haut, rien qui ne nuise à la bonne compréhension du texte. Le texte de P. Hanot incite à la lecture rapide qui est le rythme des aventures de Zoran : le texte colle à l'image et c'est parfait. Beaucoup d'inventions dans l'écriture, de nouveautés, qui lui donnent une certaine poésie -ou une poésie certaine-, comme par exemple cette définition de la bipolarité :

"Trouble de l'humeur, complexion cyclothymique. Un peu comme un accident de plongée : vous êtes capable d'encaisser la monotonie abyssale d'un boulot qui vous répugne, mais quand il s'agit de remonter à la surface, vous ne respectez pas les paliers de décompression.

Zoran respira à pleins poumons, pas de panique : au fond de la mer dévalant son avalanche longitudinale, les poissons étaient couchés, au-dessus la lune était ronde, lui idem." (p.15)

Ouh la, je m'aperçois, que pris dans mon élan et mon enthousiasme, je n'ai pas parlé de l'histoire de ce polar et mon billet est déjà conséquent ! Je résume pour ne point en rajouter et le rendre trop long -car je sens bien que certains parmi mes visiteurs soufflent déjà d'impatience. Allez plus que quelques lignes, vous êtes bientôt au bout. Ça ne devrait pas effrayer de grands lecteurs comme vous.-, je dirais simplement qu'elle est à la hauteur d'une très bonne intrigue policière, qu'elle n'a rien à envier aux autres titres de cette collection, et si vous me suivez régulièrement, vous savez tout le bien -voire l'excellent- que j'en pense.

Merci Inès de chez Gilles Paris.

 

challenge 1% thrillers

 

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Ça coince ! (10)

Publié le par Yv

Gusse, François Barberousse, Éd. Marivole, 2012

Gusse est un jeune homme au début de la guerre 14/18. Comme ses copains de son village de Sologne, il part sur le front. Quatre ans après la fin du conflit, quatre ans également après la mort de Gusse, son ami, le fils de l'instituteur du village, à l'occasion de l'inauguration du monument aux morts se rappelle sa dernière conversation avec Gusse, avant qu'il ne reparte et ne se fasse tuer.

Étonnant parcours que celui de ce livre. François Barberousse commence à faire parler de lui au milieu des années 30 avec deux romans parus à la NRF Gallimard. Puis, il écrit celui-ci en 38/39, qui ne pourra pas être publié en temps de guerre. Après la guerre, le résistant F. Barberousse renonce à écrire et c'est donc 73 après que son roman est publié pour la première fois. C'est un roman qui peut plaire mais qui moi m'a dérouté par plusieurs aspects :

- l'écriture un rien datée et marquée, avec des expressions régionales nombreuses peu compréhensibles

- un nombre important d'intervenants qui sont parfois nommés par leurs noms, mais aussi par leurs surnoms ou diminutifs : je m'y perds !

Pas pour moi, mais je ne doute pas qu'il puisse trouver son public.

 

Petite anthologie du bien-mourir, Philippe Martin, Éd. Librairie Vuibert, 2012

"Nul ne peut attendre passivement la faucheuse, la camarde, la voleuse aux pieds noirs... Du moins était-ce cela la conviction de nos aïeux, exhortés à préparer toute leur vie durant leur passage dans l'au-delà. Se développa à cette fin, du XVe au XIXe siècle, une littérature d'un genre aujourd'hui oublié, l'ars moriendi, où l'art de bien mourir. Sermons, livres de piété, manuels pour pèlerins, méthodes pédagogiques, poésies pour les enfants et autres images pieuses proposaient rien moins que d'apprivoiser la mort." (4ème de couverture)

L'introduction au bouquin, assez longue puisqu'elle fait 22 pages est très intéressante, alléchante, parlant de la manière dont on peut appréhender ou se préparer à la mort depuis très longtemps jusqu'à aujourd'hui. Et puis, je tombe sur cette phrase qui fait retomber tout mon enthousiasme : "Pour notre part, nous avons décidé de laisser la parole à des auteurs catholiques. Dans les pages qui suivent, nous avons privilégié ce que nous pouvons nommer une "littérature intermédiaire" ou une "théologie de la piété" ; des textes situés entre les réflexions théologiques ou philosophiques et les pratiques ou les rites." (p.21) Et ben, zut alors. Moi, je voulais, certes des textes catholiques inévitables, mais aussi d'autres religions et d'autres d'auteurs athées. J'aurais préféré avoir une vue globale plutôt qu'un seul point de vue. Dommage !

 

Chamamé, Leonardo Oyola, Éd. Asphalte, 2012

"Perro et le Pasteur Noé sont deux amis, deux pirates de la route qui évoluent dans un univers violent et amoral. Une trahison va briser ce binôme et le premier se retrouve à traquer le second dans la région de la triple frontière. A cette chasse à l'homme se mêlent souvenirs du passé carcéral des deux caïds, rivalités de bandes, personnages secondaires fous furieux et scènes de bagarres d'anthologie dignes des films de Tarantino." (4ème de couverture)

Bon résumé de ce polar qui part à cent à l'heure. Une écriture vive, énergique, musicale tendance affichée : le rock'n'roll. Là où je coince, c'est que je ne sais jamais si je suis dans le passé ou dans le présent, et moi, j'ai besoin de repères tangibles pour m'accrocher à une histoire. Si on me balade d'avant en arrière, de gauche à droite sans me laisser de possibilités de me retrouver, on me perd ! Dans la vie courante, je n'ai absolument pas le sens de l'orientation (et pourtant j'ai circulé 8 ou 9 heures par jour pendant plus de dix ans, c'est dire les angoisses), c'est un peu pareil dans mes lectures, j'ai besoin d'une base claire. C'est fort dommage car un récit un tantinet plus linéaire m'eût agréé davantage. Parfois, ça marche, parfois ça coince. Là, ça coince malgré les qualités du bouquin et une playlist vraiment alléchante !

 

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Nocturne le vendredi

Publié le par Yv

Nocturne le vendredi, Scott Phillips, Éd. La branche, 2012 (traduction de Patrick Raynal)

Crandall Taylor est un personnage d'un soap opéra étasunien diffusé en Europe et particulièrement en France. C'est un médecin aux amours compliquées. Véritable star, il arrive en France et cherche à monter un film avec lui en vedette principale. Mais Crandall est aussi un homme à femmes. Elles lui tombent toutes dans les bras et entre ses draps -ou parfois les leurs. Il rencontre Esmée, une femme splendide dont le mari est susceptible d'investir dans le futur film. Bien sûr, coucher avec Esmée serait mal vu de son mari, qui de fait, cocu, serait moins tenté de placer son argent dans le cinéma. Crandall le sait bien, mais la chair -la sienne particulièrement- est faible et la tentation très forte, d'autant plus qu'Esmée est loin d'être insensible à ses charmes. "Quand le mari d'Esmée apprend l'adultère, la vie de Crandall bascule soudainement d'Amour, Gloire et Beauté à Sexe, Mensonge et Vidéo." (4ème de couverture)

Nouveau titre de la collection Vendredi 13 et nouveau roman avec le quel on passe un très bon moment. Si vous n'aimez pas les coucheries, vous risquez de ne pas apprécier, parce que Crandall est un chaud, très chaud, bouillant lapin ! Il tire plus vite que son ombre. Parfois, souvent même, sans réfléchir aux conséquences : maris ou petits copains jaloux, ce qui entraîne rixes, bagarres ou mésaventures diverses. Crandall joue sur sa belle gueule et sur sa notoriété :

"Vous me connaissez, ou plus précisément, vous avez la nette impression de me connaître ; ça revient probablement à la même chose, en tout cas de votre point de vue. Depuis cinq ans, j'interprète le Dr Crandall Taylor, le fils dissolu, lubrique et bon à rien du sénateur Harwood Taylor dans le soap-opéra américain, Ventura County. Chez moi, personne ne regarde plus ce feuilleton qui passe cinq jours par semaine à 11 heures du matin, sauf les plus chaudasses des ménagères solitaires et les plus fainéants des étudiants. En Europe, en revanche, ils ont eu la brillante idée de programmer l'émission dans la soirée, juste en début de prime time, et à la surprise générale, nous avons réalisé une très forte audience" (p.11)

Crandall ne peut résister à une partie de jambes en l'air et plus on avance dans le livre, plus celles-ci amènent des situations loufoques, drôles et totalement improbables. Quoique... La réalité dépassant souvent la fiction peut-être ces scènes sont-elles réalistes. D'ailleurs, dans le dossier de presse (à voir chez Gilles Paris), Scott Phillips raconte que l'idée de ce livre lui est venue lorsque l'un de ses amis, acteur dans Santa Barbara, avait débarqué en France pour la promo du feuilleton. 

S. Phillips en fait un vrai roman noir : les filles sont toutes plus belles les unes que les autres, toutes assez faciles à mettre dans son lit -enfin, pour quelqu'un de la stature de Crandall quand même-, le héros ne pense qu'à finir couché avec elles, qu'à monter... son film, bien sûr.  C'est un bouquin résolument parodique, drôle dans lequel l'auteur fait preuve d'une dose très forte de cynisme et d'ironie. C'est totalement amoral et/ou immoral et qu'est-ce que ça fait du bien ! Il manie une langue (là, je parle de l'écriture uniquement, mais où avez-vous la tête ?) familière voire argotique, jubilatoire. Pas toujours délicate, mais fleurie et explicite. Crandall est un type pas vraiment sympathique, imbu, fier de son statut de star, mais dans le même temps très abordable pour ses fans qu'il ne dédaigne ni ne méprise.

Ce dixième roman de cette excellente collection (le seul pas écrit en français) ne déroge pas à la règle et est donc dans le ton des autres, excellent ! Je me suis régalé, j'ai passé un très bon moment et je ne doute pas que vous en ferez de même.

Merci Inès.

 

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Le Démon

Publié le par Yv

Le démon, Ken Bruen, Fayard noir, 2012 (traduit par Marie Ploux et Catherine Cheval)

Jack Taylor est refoulé à l'aéroport alors qu'il comptait recommencer sa vie aux États-Unis. Il retourne donc à Galway et erre dans les pubs. On lui propose des affaires qu'il accepte de mauvais gré. Ces affaires et ses fréquentations habituelles l'amènent à croiser sur sa route un étrange Mr K. tantôt chauve, tantôt paré d'une longue chevelure blonde. Cet homme laisse dans son sillage des sensations fortes, il ne laisse personne, ni Jack indifférent, sûr qu'il a affaire au Diable personnifié.

Tous les ingrédients d'une enquête de Jack Taylor sont réunis :

- enquêteur qui ne se jette pas vraiment dans l'action

- Galway et l'Irlande

- la religion

- des références extrêmement nombreuses au cinéma, la littérature noire, la musique, les émissions télévisuelles : trop parfois, c'est un peu gênant de n'en connaître pas une sur dix ou vingt, et ça fait un peu inventaire duquel je me sens exclu. Dommage, car le lecteur, c'est quand même moi ! Mais, bon, les autres lecteurs sont sûrement plus instruits que moi.

- l'alcoolisme profond de Jack qui ne carbure qu'au Jameson et à la Guiness (uniquement à la pression et tirée par des pros) auquel il rajoute du Xanax : un peu fatigant sur la longueur, car il n'y a pas une page qui ne fasse mention de son absorption de whisky, de bière et/ou de médicaments. On a compris le problème, l'asséner à toutes les pages est un peu "too much"

Ces deux réserves dites, il est indéniable que j'ai dans les mains un polar hors norme. Jack Taylor y est omniprésent, le narrateur de cette histoire. Il est détective privé, mais ne se précipite pas dans ses investigations ; il laisse venir à lui les informations, fouille un peu quand même mais pas trop. Il est tellement englué dans sa vie personnelle qu'il lui est parfois difficile de faire face. Jack est une épave alcoolisée, un pauvre type, qui, cependant gêne au plus haut point. Désabusé, blasé, plus beaucoup d'espoir en lui et en la société. Il faut dire que l'époque actuelle n'incite pas vraiment à la déconnade tous azimuts :

"Les infos défilaient à l'écran, toutes plus sinistres les unes que les autres : licenciements, gestes désespérés, expulsions, un inceste indicible à moins de trente bornes, arnaques, meurtres en voiture à Dublin devant des petits enfants, une kyrielle de suicides et, pour couronner l'ensemble : les prochaines cérémonies des oscars.

Y'a de quoi sombrer dans l'alcool, pensez pas ?

Tu parles, de nos jours, c'est de l'héroïne pure qu'il faut, pour digérer les infos." (p.92)

Constat que je partage avec lui (sauf pour l'alcool et la drogue, bien sûr, sain de corps et d'esprit je suis -enfin, il paraît.) Mais les rares fois où j'écoute les informations, il me faut bien avouer que cet inventaire à la Taylor y est présent, dans cet ordre ou dans un autre. Une des raisons qui me font boycotter autant que faire je peux les journaux télévisés, papier et même de plus en plus radio, qui se ressemblent tous cherchant l'info qui rapporte (des auditeurs, lecteurs ou téléspectateurs) et qu'ils pourront développer suffisamment longtemps pour garder voire augmenter l'audimat !

Ceci étant dit, revenons au bouquin et notamment à l'écriture de Ken Bruen. Sèche, dénuée de tours et détours, elle va au plus court. Jack Taylor ne parle pas toujours, parfois, il éructe ! Malgré cette économie de moyens littéraires ou grâce à eux, Ken Bruen construit un bouquin passionnant qui ne fait pas l'impasse sur les difficultés du moment : la crise, la violence, la désillusion, ... Enfin, bref que des domaines dans lesquels le Démon intervient en force, à tel point qu'on peut se demander en lisant ce livre s'il n'est pas en train de gagner la partie. Jack Taylor mène un combat contre le Diable, du côté de son Dieu (eh oui, malgré tout ce que j'ai dit plus haut, Jack est croyant). Le classique le Bien contre le Mal, mais à la mode Ken Bruen ! C'est à dire que ça dégage et qu'on est loin des ligues de bonnes vertus. Un combat inégal, sans doute perdu d'avance, assez rare dans les polars, un rien mystique et improbable voire onirique, mais Jack n'a pas dit son dernier mot. Beau travail des traductrices : il fallait bien être deux pour l'ampleur de la tâche.

 

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Ça coince ! (9)

Publié le par Yv

Soudain trop tard, Carlos Zanon, Éd. Asphalte, 2012

"Barcelone. Un bar de quartier populaire, au petit matin. Epi Dalmau tue son ami Tanveer à coups de marteau, puis s'enfuit sans un mot retrouver Tiffany Brisette, la femme pour laquelle il a commis l'irréparable. Témoin de la scène, le frère aîné d'Epi, Alex, va tâcher de lui sauver la mise en faisant porter le chapeau à quelqu'un d'autre. Mais quel secours un ancien toxicomane schizophrène est-il capable d'apporter ?" (4ème de couverture)

 

 

J'ai fait l'amour avec la femme de Dieu, Serge Gonat, Éd. Myriapode, 2012

"Bernado est un enfant de choeur, chaste, dévot et scrupuleux, qui fait partie de la Communauté des Bas-Cieux de Quérouville. Il est engagé comme lecteur particulier par madame Gilbert, personne dotée d'une forte personnalité avec une propension à charmer les hommes qui l'approchent et qui prétend être la Femme de Dieu" (4ème de couverture)

Rendez-vous raté entre ces deux livres et moi-même. Je me suis totalement noyé dans les deux, sans jamais réussir à vraiment sortir la tête de l'eau. Et en plus, je ne sais pas nager ! Je suis un vrai "bout-de-bois" disaient de moi mes professeur d'EPS que je faisais beaucoup rire à mon corps défendant. Rendez-vous compte, j'ai même failli me noyer en cours de natation : c'est un copain qui est venu me sortir, ou plutôt me remonter du fond de l'eau d'où je tentais désespérément et vainement de remonter (on ne rigole pas SVP). Mais, je ne suis pas là pour vous parler de mes exploits sportifs, mais de mes lâches abandons livresques qui ne regardent et ne concernent que ma petite personne en dépit des qualités évidentes des deux romans. La preuve, Ys a aimé le premier et le second aura sûrement également des amateurs

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Meurtre au château

Publié le par Yv

Meurtre au château, Yves Jacob, Presses de la cité, 2012

Normandie, près de Falaise, dans le petit village de Fresné-la-Mère, début du XXe siècle, le baron Maxime de Couvrigny vit dans son château, entouré de sa femme et de leurs quatre enfants. Seulement l'atmosphère n'est pas au beau fixe, Marguerite de Couvrigny, la baronne est alcoolique, ne se lave plus, néglige tous ses devoirs. Elle est d'une nature sexuelle généreuse pour se faire payer à boire par des inconnus, mais aussi avec ses domestiques, jeunes filles esseulées. Le baron tente de faire bonne figure au milieu des siens et de la population locale, mais une telle ambiance, chacun le sent, engendrera un jour ou l'autre une tragédie.

Yves Jacob part d'un fait réel. Un meurtre au château de Fresné-la-Mère, en 1912. Il reproduit même certaines lettres, certains passages avérés. Il n'invente rien sur les faits minutieusement décrits. Là où son rôle de romancier intervient, c'est dans les personnages. Il se glisse tour à tour dans la peau des uns et des autres pour tenter de recréer l'atmosphère du moment, pour cerner les tentations et les raisonnements qui vont pousser au meurtre.

A la manière d'un numéro de l'émission de télévision Faites entrer l'accusé, il raconte les circonstances, l'environnement, tous ces petits événements qui, mis bout à bout mènent certains à l'assassinat. Mais, Yves Jacob évite le côté pesant de l'émission. Au contraire, il pose son œil et sa plume alertes (un œil alerte ???) et ironiques pour décrire des scènes pathétiques. Il vole dans la première partie du roman une certaine légèreté en opposition au thème du bouquin, qui s'échappe totalement dès qu'on entre un peu plus dans le château. On l'attend le meurtre annoncé dans le titre. On l'attend car il tarde à venir. Mais sans impatience, car en son absence, on a notre lot d'aventures, de coucheries, d'aléas de la vie d'une famille de châtelains désargentée avec madame la baronne en pochtronne en chef ! On en est presque à redouter qu'il survienne ce meurtre et à émettre des hypothèses sur le nom de la future victime : le baron ? la baronne ? Rouillère, le journalier ? la petite bonne délurée ? Robert, le fils aîné ? Et quid de l'agresseur ? J'aurais pu m'éviter toutes ces interrogations en lisant la quatrième de couverture, qui bien que peu explicite donne un indice certain sur le nom de la victime, mais c'est une chose que je ne fais que rarement, ce qui, comme vous pouvez le constater, me procure du suspense supplémentaire. Et puis, le meurtre survient. Après une préparation active pour que le tueur soit efficace. Puis l'enquête et le procès. 

Un petit bémol quand même au milieu de ces compliments ? Celui-ci peut-être : plus j'avançais dans ma lecture, plus je pensais que l'auteur exagérait un peu et qu'il caricaturait ses personnages : la baronne en alcoolique finie, aux mœurs débridées (et c'est un euphémisme), Robert le fils aîné, haineux en proie à des pulsions sexuelles, Marie-Louise, la jeune bonne délurée, le baron un homme apprécié par les gens (hormis sa famille) pour sa bonté, sa bonhomie et sans doute par pitié aussi. Mais que nenni ! Car, dès que j'ai refermé le livre, je me suis précipité (enfin, point trop rapidement quand même, pas échauffé, je pourrais me faire du mal) sur Internet pour y faire des recherches sur ce meurtre, et là, quelle ne fut pas ma surprise de lire que les personnages auxquels Yves Jacob redonne vie étaient tels qu'ils les décrit. Certes, il prévient bien le lecteur dans un préambule : "Je n'invente rien. Chaque scène que je décris, avec la liberté créatrice de l'écrivain, a été au départ transcrite avec une froide et implacable précision dans les interrogatoires et confrontations établis par les magistrats penchés sur cette affaire. Une fois encore, la réalité dépasse la fiction." (p.11), mais le voir écrit dans des documents d'époque (un article du Petit Parisien, notamment) l'innocente totalement du délit d'exagération.

Je n'ai donc plus rien à reprocher à Yves Jacob ; il vous reste donc à lire cet excellent roman qui montre qu'il n'est parfois point besoin d'aller chercher bien loin les idées pour construire une histoire policière sordide mais passionnante. Une telle histoire inventée par l'auteur et on crierait à l'incroyable, au manque de véracité.

Merci Laura et Yves Jacob pour la dédicace.

 

région

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Les six compagnons à Scotland Yard

Publié le par Yv

Les six compagnons à Scotland Yard, Paul-Jacques Bonzon, Hachette, 1968 (2010 pour la présente édition)

Les six compagnons, Gnafron, Le Tondu, Bistèque, Corget, Mady, Tidou et son chien Kafi reviennent d'un pique nique aux abords de l'aéroport de Lyon lorsqu'ils découvrent une voiture accidentée avec une personne à l'intérieur. Vite, ils lui viennent en aide, arrêtent une voiture qui va chercher des secours. L'homme est sauvé. Sur les lieux, Kafi trouve une montre anglaise qui ne peut pas être au blessé, anglais lui-aussi parce qu'il en a déjà une. La bande de "gones" commence alors son enquête qui la mènera jusqu'à Londres.

Et là, certains d'entre vous se demandent si je ne suis pas retombé en enfance. Qu'ils se rassurent, je crois n'en être jamais réellement sorti et ce livre est là pour me le rappeler. Depuis une année, je co-écris sur un blog collectif, les huit plumes, né de notre participation au jury du Prix de l'Express en 2011. Pour fêter le premier anniversaire de notre collaboration l'un des nôtres, Éric pour ne pas le nommer, a eu l'idée d'un jeu. Ma récompense fut donc ce livre, le tome 4 de la série. Pour expliquer cet envoi, sur la route des vacances, nous nous sommes arrêtés à Lyon, ville que nous ne connaissions pas et Éric fut notre éminent guide. Lorsque nous fûmes à la Croix Rousse, je lui fis part de ma connaissance de ce lieu par Les Six compagnons, lecture de ma jeunesse. Et voilà donc comment, quelques semaines plus tard, grâce à un jeu et à son créateur qui a de la suite dans les idées, je me suis retrouvé dans Lyon puis à Londres.

Ce préambule fait, ma première surprise fut de voir que la série que je lisais en bibliothèque verte est désormais rose. Un coup dur ! Excusez du peu, mais moi, je lisais de la verte , la rose c'était pour les filles ou les petits ! Non mais ! A part ça, eh bien, c'est comme il y a ... ans (je laisse le suspense sur mon âge, c'est pour élargir mon public : ramener et/ou garder les jeunes et ne pas faire fuir les (plus) vieux !). J'ai descendu les pentes de la Croix Rousse à vélo (les descendre, c'est facile, j'y arrive, c'est les remonter qui me pose un problème) avec toute la bande et Kafi qui court derrière. D'ailleurs, Kafi, c'est le seul de toute l'équipe qui était encore très présent à ma mémoire, les autres j'avais un peu oublié leurs noms ou leurs caractéristiques physiques. Tout est resté comme avant, l'amitié, la gentillesse, la joie de vivre des enfants et leur enthousiasme. Peut-être un rien désuet pour des enfants d'aujourd'hui qui préfèrent les mangas ? Mais ils ne savent pas ce qu'ils ratent. Les Six compagnons, quand même ! Tiens d'ailleurs, j'en ai deux à la maison qui sont dans le bon âge, je vais laisser traîner ce livre sur la table de salon, ça ne m'étonnerait pas qu'ils le feuillettent et le lisent. Peut-être même que les plus grands... 

Un très beau retour en enfance (si tant est, comme je le dis plus haut, que j'en sois sorti) que je dois à Éric, le Lyonnais. Sois-en mille fois remercié, parce que de moi-même, je n'aurais sans doute pas accompli cet acte de régression littéraire, qui m'a oh combien ravi.

PS : un livre que je classe, bien évidemment, dans la communauté "Culure Polar".

 

thrillers

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Cool

Publié le par Yv

Cool, Don Winslow, Seuil, 2012 (traduction assurée par Freddy Michalski)

"Cool raconte les débuts des héros déchirants rencontrés dans Savages. Ben le biochimiste, Chon le mercenaire des guerres au Moyen-Orient, et Ophélie, dite O. La bimbo blonde et si aimante. Le cerveau, les muscles et la beauté. Inséparables, irrésistibles. En lançant leur fort lucrative entreprise de production/commercialisation d'un précieux cannabis cultivé hors sol, ils n'anticipent ni la violence des dealers qui tiennent la Californie du Sud ni le cynisme impitoyable des agents corrompus de la DEA. L'affrontement va les éclairer sur leurs origines : vingt ans plus tôt, leurs parents eux aussi ont vécu de la drogue, et l'héritage est sanglant." (4ème de couverture)

Préquelle (j'apprends ici le mot = -pour les ignorants comme moi- une oeuvre réalisée après une oeuvre de référence mais dont l'action se déroule précédemment d'un point de vue scénaristique, d'après Wikipédia) de Savages, du même auteur. Je ne sais s'il faut y voir un argument commercial : Cool sort en même temps que la version filmée de Savages, par Oliver Stone. Toujours est-il, et je vais déflorer ici le suspense, que si Savages est un roman qui m'a scotché, pris par surprise (retournez voir mon billet, si vous en doutez) Cool, malgré le manque de surprise, puisque je connaissais déjà l'ambiance et l'écriture de l'auteur m'a ré-embarqué dans un monde qui m'est pourtant a priori totalement étranger et que ne me fascine pas vraiment : la Californie, le sexe, l'argent, la drogue, la violence extrême. Formidablement raconté et écrit. Certes, on peut détester cette manière d'écrire, mais elle va droit au plexus et au but. Pas de fioriture, du brut. Même genre de premier chapitre, très court, expéditif et qui annonce la couleur : "Fuck you", pour Savages et "Fuck me" pour Cool (p.9). Pas élégant, mais efficace. La suite est du même acabit. Ben, Chon et O. vivent sans vraiment se poser de questions comme des jeunes friqués et en proie à toutes les envies. Ils se marrent et nous avec : 

"Elle lui montre une belle Asiatique du Sud aux cheveux noirs et soyeux qui mettent en valeur sa robe de plage blanche.

- Elle.

- Éliminée, répond Chon. Pas mon type.

- Et c'est quoi ton type ? demande O, frustrée

- Bronzée, répond Chon, mince, le visage doux, de grands yeux marron, avec de longs cils.

O se tourne vers Ben.

- Ben, Chon veut baiser Bambi." (p.14)

La déconnade et l'insouciance cessent bien vite face aux altercations et à la véritable guerre que le trio devra mener face aux dealers qui veulent tout le marché de la drogue.

Parallèlement, Don Winslow dresse le portrait d'une autre jeunesse californienne, dans les années 70 : les hippies qui deviendront les parents de Ben, Chon et O. C'est vraiment très bien fait, et l'on se perd en conjectures : untel est le père de Ben, une telle la mère de O. Le parcours des parents pouvant expliquer celui des enfants, dans un trafic identique mais pas avec les mêmes ambitions. Comme quoi la jeunesse n'invente rien, elle reproduit même si les objectifs finaux ne sont point les mêmes. Et les plus "désintéressés" ne sont pas forcément ceux auxquels on pense de prime abord.

Un conseil si vous voulez lire ce préquelle (maintenant que je connais le mot, je ne m'en prive pas), ne soyez pas trop à cheval sur la ponctuation, les règles concernant les majuscules, ne craignez point les acronymes, les initiales : le texte en est truffé qui lui donnent d'ailleurs un ton résolument moderne, un brin déstructuré qui change des lectures habituelles.

J'avais adoré Savages, je réitère pour Cool. Merci à Babelio et à l'éditeur  (Seuil) pour ce partenariat très réussi. 

 

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L'Ange du matin

Publié le par Yv

L'Ange du matin , Arni Thorarinsson, Métailié, 2012 (traduction assurée par Éric Boury)

Einar, journaliste islandais trouve une postière agonisante dans les rues d'Akureyri, ville du nord du Pays. Elle meurt des suites de ses blessures. Elle était malentendante. De retour à Reykjavik pour écrire un article sur l'un des "nouveaux vikings", ceux qui ont endetté le pays et l'ont fait courir à la faillite, Einar décide d'enquêter sur ce meurtre et bientôt également, sur la disparition d'une fillette.

D'Arni Thorarinsson, j'avais aimé le précédent roman mettant en scène Einar, Le septième fils.  Là, je ne m'y retrouve pas. Les histoires sont très lentes à démarrer ; enfin vers la page 100, l'action débute pour... retomber aussitôt dans des discours, des discussions autour de la faillite du pays, des responsables, des payeurs, ... C'est bien, mais une fois que le constat est fait, l'auteur tourne un peu en rond  en des cercles plus ou moins larges. L'action n'est jamais là qui pourrait mettre un peu d'intérêt, de rythme dans cette enquête. Ajoutons que je me suis perdu dans les noms propres des nombreux personnages : à chaque fois que je lisais un prénom, j'étais obligé de m'arrêter deux secondes pour le remettre sur le bon intervenant. Ajoutons encore que j'avais du mal à me repérer entre Reykjavik et Akureyri, car l'auteur ne dit pas vraiment distinctement où est située l'action (je sais n'avoir pas le sens de l'orientation -mon côté féminin-, mais je croyais être capable de me repérer dans un bouquin. Eh bien non. Je tombe de haut !).  Ça discute, ça ronronne, ça n'avance pas. Les enquêtent piétinent, stagnent. D'habitude, c'est ce qui, selon moi, fait la force des polars nordiques, on suit les moindres pistes, fussent-elles fausses. Dans ce roman, on ne suit pas de piste, on assiste à de longues discussions entre journalistes sur la crise, sur leur métier, la déontologie, la crise de la presse et la restructuration du journal, qui va mal. La fin s'anime un peu tout de même et relève le niveau du livre par un retournement habile et original, mais il est un peu tard (de 14 juillet)  pour moi. Dommage !

Tant pis, c'est assez rare que ce genre de déception m'arrive chez Métailé. Je vous conseille, pour lire un excellent polar de cet éditeur, de vous plonger immédiatement dans Le dernier Lapon (clic) dont j'ai dit le plus grand bien. Vous m'en direz des nouvelles !

 

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