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polar-noir

Les talons hauts rapprochent les filles du ciel

Publié le par Yv

Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, Olivier Gay, Éd. Le masque, 2012

Fitz, diminutif de John-Fitzgerald, est un clubbeur. Un des ces garçons qui ne vit que par et pour les soirées dans les lieux les plus branchés de Paris. C'est aussi un dealer. Petits bras. Il ne deale que ce qui lui est nécessaire pour vivre selon ses envies : boire, payer le loyer de son petit studio près des Champs-Élysées, et draguer, domaine dans lequel il excelle. Chaque soir, une nouvelle conquête passe dans son lit ou dans un autre, mais toujours avec lui. Jessica, son ex, la seule avec laquelle il ait vécu longtemps, accessoirement commissaire de police chargée de l'enquête sur le tueur en série qui agresse, torture, découpe et tue des jeunes filles adeptes de la nuit parisienne le convoque un jour pour lui demander de collecter des renseignements dans ce milieu qu'il connaît parfaitement. Pour Fitz, c'est l'entrée dans un monde qu'il n'imaginait pas du tout et pour lequel il n'est pas taillé : celui des enquêteurs !

Pas mal du tout ce polar. Alors, certes, l'intrigue est assez linéaire, sans vraiment de rebondissements ni de surprise, même si elle n'est pas totalement dénuée d'intérêt, le livre a plus d'un atout en son sein.

D'abord, il se déroule dans le monde des clubbeurs, des jet-setteurs, bien décrit -enfin, ça, c'est ce que je pense, puisque, personnellement, je n'y connais rien. Et ensuite, Olivier Gay fait montre d'un réel talent d'écriture : humour, détachement, personnages à la fois sympathiques et antipathiques. Fitz est un glandeur, un mec qui n'a aucune ambition et qui ne veut pas travailler. C'est un parasite. Totalement inadapté à la "vraie" vie et a fortiori à celle des flics, il découvre ses limites au fur et à mesure de son aventure. "Je restai un instant prostré sur mon futon. C'était donc ainsi qu'elle me voyait. Un dragueur, un charmeur, mais aussi un loser sans avenir." (p.226) Dans le même temps, il n'est pas dupe du monde dans lequel il évolue ; il sait que les relations qu'il entretient ne tiennent qu'à la coke qu'il vend, à petit prix et régulièrement. Qu'il stoppe son commerce et ses amis lui tournent le dos. "Ici, les prédateurs se voulaient sexuels. De belles filles à l'argent hésitant souriaient à des héritiers, des footballeurs, des stars des médias aux dents ultrabrite. Si j'avais voulu verser dans le cynisme, j'aurais pu dire qu'on voyait ici la prostitution dans sa forme la plus moderne, la beauté et la jeunesse agitées comme un hochet devant de grands enfants prêts à tout dépenser pour satisfaire leurs fantasmes. (...) Et puis du sexe, du sexe mou et gluant, du sexe humide comme la pluie qui me coulait encore dans la nuque, du sexe alcoolisé dans lequel toute dignité disparaissait au profit d'une étreinte bestiale. (p.63/64) 

D'aucun pourront dire que ce roman policier n'est point réaliste. Sans doute : un clubbeur-enquêteur, ça ne fait pas sérieux. Mais il est plaisant et récréatif, original par le personnage principal et le monde dans lequel il évolue. Bon, certes, il y a un énième tueur en série, modèle à la mode des polars actuels, mais bon, il est pardonné à l'auteur.

Très sympa ce polar donc, très loin des standards habituels qui décrivent par le menu les supplices des victimes. Ici, malgré le calvaire qu'elles subissent -certes dit-, le sang ne coule pas, l'horreur n'est pas à toutes les pages. Merci Olivier Gay de nous épargner des descriptions insoutenables et de préserver vos lecteurs. Idéal pour ces vacances ou pour d'autres, ou pour des occasions différentes. Enfin, idéal, tout court !

 

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Impures

Publié le par Yv

Impures, Martina Cole, Fayard noir, 2012

Retour de Kate Burrows pour ce dernier tome de la trilogie (chaque roman peut se lire indépendamment). Cette fois-ci, Kate, en semi-retraite est confrontée à un tueur de prostituées. Les péripatéticiennes de Grantley se font agresser violemment, torturer et meurent de manière atroce. Kate, consultante est chargée de donner un coup de main à Annie Carr, l'enquêtrice. Bientôt, il apparaît que Patrick Kelly, le caïd de la ville et l'ami de Kate est indirectement impliqué. C'est la séparation immédiate qui les fait souffrir tous les deux.

Je retrouve avec joie les rues et le commissariat de Grantley, quelques années après La cassure. Kate a pris des cheveux blancs, mais son caractère ne s'est pas adouci. Au contraire ! Elle est explosive, la dame ! Rigide, elle préfère quitter l'homme qu'elle aime au lieu de s'expliquer sur sa brève et légère implication dans l'enquête. Elle est de mauvaise foi, colérique, sans-gêne, elle manque de savoir vivre lorsque par exemple, après avoir quitté Patrick, elle retourne dans sa maison qu'elle loue à Annie sa collègue et amie, sans se soucier des désagréments et des états d'âme de celle-ci :

"... avec Kate, elles vivaient à deux dans un mouchoir de poche. Cela faisait deux ans qu'elle lui louait sa maison, et elle s'y trouvait bien. Mais là, Kate était revenue pour de bon et, d'intruse un peu honteuse, elle avait repris la posture de la proprio en titre. Or il n'y avait rien d'agréable à se retrouver reléguée au statut de locataire." (p.140)

Tout cela la rend terriblement humaine, sujette aux sautes d'humeur et sur-investie dans l'enquête au détriment du tact et de la diplomatie dont elle devrait faire preuve dans ses relations à autrui. "... sache que pour un enquêteur, personne ne compte tant qu'il, ou elle, cherche à résoudre une énigme. A mon époque, je me suis engueulée avec la terre entière, ou presque, et tu feras la même chose." (p.153)

Et puis, elle a son franc parler Kate, entre gouaille, jargon de flic, argot  et grossièretés, comme quoi ce n'est pas l'apanage des flics hommes. Et tant mieux. Là où je tique un peu c'est qu'entre deux jurons, entre deux aphorismes bien sentis, Martina Cole glisse des formules dignes des plus mauvais romans d'amour lorsque l'inspectrice se sent en empathie avec le témoin ou avec une collègue. Pas terrible, évitable mais finalement, pas vraiment perturbant, juste agaçant.

Ce qui me gêne en fait ce sont ces petites facilités alors que le contexte du roman est fort. Martina Cole nous entraîne dans les bas-fonds de la société anglaise, le monde des prostituées. Certes, celles dont il est question ne travaillent pas dans la rue, mais dans des appartements luxueux, mais les clients sont les-mêmes, avec leur vices, leurs faiblesses, leurs difficultés, leurs demandes particulières et leur mépris pour ces filles. Toutes issues de familles décomposés, battues, violées pour certaines, elles se retrouvent à exercer ce métier en espérant en tirer un profit pécuniaire et en sortir vite. Elles le font souvent pour survivre ou pour nourrir leurs enfants. Parce que c'est leur dernière chance de s'en sortir. Une plongée sordide, bien documentée, dans le monde des violences ordinaires : "Ma mère était dingue, mes frères avaient lâché la bonde et mon père était une brute qui tapait sur n'importe qui, du moment qu'il tapait. On a toutes été en foyers, on a toutes été suivies par les assistantes sociales. Faut pas s'étonner qu'on finisse comme des marginales. Toute notre vie, on s'est senties mises au ban de la société." (p.340) Une peinture sans fard de la société de consommation (du sexe) anglaise, de ses travers, qui est sans doute très largement répandue.

Quant à l'intrigue, elle est bâtie sur le même modèle que la précédente et se révèle passionnante mais réserve moins de surprises. Très fréquentable tout de même. Associée au contexte cette enquête policière saura plaire à ceux qui recherchent du fond et un contexte dans un polar.

Merci Lilas

 

thrillers

 

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Lambersart-sur-Deuil

Publié le par Yv

Lambersart-sur-Deuil, Michel Bouvier, Ravet-Anceau, 2012

Joseph est un étudiant coincé, extrêmement timide, orphelin dès son plus jeune âge, qui a été élevé par une amie de ses parents, Mme Gorlet. Depuis très longtemps, il passe ses vacances chez sa tante, dans sa propriété de l'Avesnois. Lors de son séjour, il apprend que Mme Gorlet vient d'être retrouvée dans son jardin, nue, assassinée. Attristé, intrigué, Joseph veut en savoir plus sur cette femme que finalement il connaît fort peu.

Amateurs de thrillers sanguinolents, de polars vifs dans lesquels la rapidité vaut plus que la vraisemblance ou l'intrigue, passez votre chemin ! Ou alors, venez, mais au risque d'être surpris. Nous sommes dans un roman policier lent, écrit. L'un de ceux qui peuvent réconcilier le genre avec la littérature proprement dite. D'ailleurs, est-ce vraiment un polar ? Certes, intrigue il y a. Mais j'aurais tendance à mettre ce livre dans la catégorie des romans initiatiques, de ceux qui font passer un héros de l'enfance à l'âge adulte grâce à des épreuves.

Quoiqu'âgé de 25 ans, Joseph est encore, par ses attitudes, ses atermoiements, un grand ado. Il est extrêmement brillant : thésard en sciences, mais emprunté dans ses relations à autrui en général et aux femmes en particulier. Totalement sous le joug de la religion enseignée par sa tutrice, il n'ose pas vivre comme les gens de son époque de peur de s'attirer les foudres de Dieu. Sa religion -celle que lui a transmise Mme Gorlet- est au centre de toutes ses interrogations :  le carcan qu'elle met en place pour qui veut vivre selon ses principes, la culpabilité qu'elle installe dès lors que Joseph veut vivre plus librement ; sans cesse, il y revient, un peu trop parfois, certains passages sont longs et répétés (mais cela est sûrement dû à mon anticléricalisme primaire hérité d'une éducation religieuse dans laquelle j'ai pu ressentir cette culpabilisation, ce carcan)

On est donc dans le roman d'un jeune homme qui se cherche, dans ses émois, ses tourments, ses interrogations concernant les grands sujets de la vie : les origines -pour lui qui est orphelin, c'est d'une importance capitale-, la religion -encore et toujours-, la spiritualité, l'amour, la mort. Un roman du XIXème ou du début du XXième siècle ? Tout pourrait le faire penser, l'écriture, superbe aux longues phrases subordonnées -avec un "dont" magistral !-, l'ambiance qui découle de cette écriture, les hésitations et les questionnements de Joseph qui font plus XIXème que contemporain, la lenteur, ... L'élégance du style, très "vieille France" -prenez-le comme un compliment-, de très bon aloi impose une sorte d'intemporalité voire un anachronisme puisque ce roman est bien situé de nos jours. Dès les premières pages, on entre dans cette belle écriture par des descriptions des personnages, des lieux, des fleurs, des arbres, et même des légumes du potager ! Richesse du vocabulaire, des tournures, emploi fréquent du mode subjonctif -j'arrête ici mes louanges, il m'en faudrait à peine plus pour que je me pâmasse ici, en direct !-, tout cela apporte une "classe" évidente. "Elle portait solennellement les restes au chien, un énorme mâtin qui lui mettait les pattes aux épaules pour lui léchouiller les joues, et dont Joseph avait une peur affreuse, bien qu'il fût toujours enfermé derrière les grilles de son chenil. Joseph craignait tous les animaux, mais plus particulièrement les poules et autres emplumés de basse-cour, qu'heureusement sa tante n'élevait pas ; pourtant, il aimait écouter les oiseaux, les observer parfois, à la condition que ce fût de loin et qu'ils ne bougeassent pas." (p.10)

On sent que Michel Bouvier -professeur de littérature et spécialiste de la littérature française du XVIIème siècle- s'est fait plaisir et nous fait plaisir en écrivant ce roman qualifié de policier, qui me fait quand même plus penser -au risque de passer pour un radoteur et non pas un rat d'auteur (ouais, bof,...- à un roman initiatique au charme désuet plus qu'évident -de l'art de lire des classiques en lisant du moderne- qu'à un polar contemporain.

Un dernier extrait, qui réunit le genre policier à la belle écriture : "L'inspecteur aimait beaucoup la règle ; il l'évoquait chaque fois qu'il pouvait. Joseph fut gêné de ne ressentir aucune émotion quand on ôta le drap du visage de Mme Gorlet. Elle n'avait rien au visage et il vit à peine son cou tuméfié. L'inspecteur l'observait, mais il en fut pour ses frais : s'il s'attendait à le voir pleurnicher, il pourrait repasser. La tante ne manifesta rien non plus. Elle, c'était par cette force d'âme dont, depuis toujours, il l'admirait d'être si bien fournie ; lui, par contre, il ne comprenait pas bien pourquoi il restait souvent froid aux choses dont il craignait pourtant, bien avant de les affronter, qu'elles le bouleversassent, et il avait peur que ce fût par sécheresse de cœur, bien qu'il s'estimât aussi d'être capable de résister à ses sensations immédiates." (p.93/94)

Excellent surprise !

 

région thrillers

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La cassure

Publié le par Yv

La cassure, Martina Cole, Fayard noir, 2011

Grantley, Royaume-Uni, des enfants disparaissent. Certains sont retrouvés dans des endroits improbables, pour d'autre, malheureusement, il est trop tard. La police, et plus particulièrement Kate Burrows enquête sur ces meurtres et ces disparitions qui ont un point en commun : les enfants sont issus de familles instables, mères prostituées, droguées et/ou alcoolisées et pères au mieux absents voire totalement inconnus, même des mères. C'est au cœur de l'aide sociale à l'enfance anglaise que Kate doit travailler. En parallèle, son compagnon, Patrick Kelly, caïd de la ville, est abattu en pleine rue par des malfrats avides de prendre sa place.

Après Paraphilia qui traitait des déviances sexuelles en se mettant régulièrement dans la tête des pédophiles, c'est un nouveau polar anglais qui traite du sujet, mais cette fois-ci, du côté des flics et des travailleurs sociaux qui atténuent les circonstances. C'est un thème délicat à aborder mais qui risque bien de se développer dans la littérature policière étant donnée le nombre d'affaires du genre de plus en plus médiatisées : "Il y a une trentaine d'années, la maltraitance enfantine et la pédophilie passaient complètement inaperçues, les parents étaient terrorisés à l'idée de déballer tout ça au grand jour. Du coup, le pédophile s'en tirait, au pire, avec une bonne raclée. La police n'était même pas informée, tout ça restait sous le manteau. C'est encore trop souvent le cas, tu sais. La plupart des gens se taisent, sans se rendre compte qu'ils offrent aux agresseurs la possibilité de recommencer." (p.285)

Moins dur que le livre dont je parlais plus haut, c'est néanmoins un roman qui secoue et qui tient en haleine du début à la fin. Le plus difficile est de se retrouver dans la multitude d'intervenants, mères célibataires, témoins des enlèvements, personnes qui fortuitement retrouvent les enfants disparus, malfaiteurs en plein règlement de compte, ... Tous ont des noms, des descriptions physiques plus ou moins sommaires qui embrouillent surtout si l'on ajoute les diminutifs des prénoms, les coquilles (une femme se prénomme Kathy p.270, puis Kelly, p.271, pour revenir à Kathy). Ceci étant mis à part, voilà un gros polar (presque 600 pages) qui se dévore. L'auteure nous plonge dans les bas-fonds de l'Angleterre, dans ce qu'elle a de plus miteux : misère, prostitution, drogue, alcool, prostitution enfantine, des indignités presque ordinaires dans certains milieux. C'est fort, c'est cru et direct. Un polar qui ne laisse pas insensible ses lecteurs et qui doit rester en mémoire par les images qu'il y imprime. Parent d'une part et travaillant à l'Aide sociale à l'Enfance auprès des enfants en difficulté, il trouve en moi un double écho.

L'écriture accentue encore ce ton franc et direct, le langage de Kate Burrows, femme-flic, est assez fleuri :

"Kate lui répondit par un sourire lourd de sarcasme.

- Gardez donc ça pour les jurés, ils adorent ce genre de conneries. Je vais vous ficeler un dossier tellement serré qu'à côté un cul de poule aura l'air d'un trou d'obus." (p.247)

Bon, là, évidemment, je tente de visualiser, et sans aller jusque dans mon poulailler -dans lequel, paisibles grattent Fernande et Félicie (années des "F", hommage à la chanson française) et Honorine (plus jeune, année des "H")- je vois nettement l'image. Bon, blague à part, le style est -pardonnez-moi l'expression, mesdames en particulier- "couillu", les jurons pleuvent, les paires de baffes aussi, les images abondent et les invectives fusent de part et d'autre de la table d'interrogatoire. Décapant et réjouissant.

Venons-en à l'histoire maintenant : glauque, terrible qui tient la route jusqu'au bout, surtout si on l'associe à l'agression de l'ami de Kate, à son combat pour avoir une vie en dehors du commissariat. Tout ce que j'aime : une flic dont on peut suivre en parallèle des enquêtes, la vie personnelle, pas facile, bien sûr.

L'été arrive et la lecture des polars monte en flèche -la preuve, regardez ce blog qui est quasiment devenu un repaire de lecteur de romans policiers- ; celui-ci peut et doit faire partie de vos futures plongées dans les mondes troubles des enquêtes "flicales " (j'ai cherché un synonyme à "policières" pour éviter la répétition et n'ai rien trouvé).

NB : à savoir que Kate Burrows apparaît dans un premier roman intitulé Le tueur et dans un troisième (La cassure étant le second), Impures (que je vais lire pendant mes vacances qui approchent à grands pas, et dont je vous parlerai à mon retour) ; chaque livre peut se lire indépendamment.

Merci Lilas.

 

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Histoire d'os à Evreux

Publié le par Yv

Histoire d'os à Evreux, Roger Delaporte, Ravet-Anceau, 2012

Momo, collégien, pique des os à l'hôpital d'Evreux, les planque dans son sac et, trop en retard pour les livrer à son commanditaire, file directement au collège. Lors d'une altercation, son sac s'ouvre les os en sortent et subséquemment, le principal du collège, Landier qui revient juste de convalescence se retrouve pris dans une histoire bizarre qui lui fera côtoyer des néo-nazis, un inspecteur de l'Éducation nationale ambitieux, une ancienne élève de ses débuts de prof et son ancien chef de section pendant la guerre d'Algérie. Comme fin de convalescence, on a vu plus tranquille.

Nouveau petit polar des éditions du nord Ravet-Anceau (j'en ai un autre qui attend) :  j'aime bien le format de leurs livres qui tiennent bien dans une poche, pas trop gros (168 pages pour celui-ci), des bouquins pratiques si l'on ne parle que de l'objet et pas trop chers (9 €). Venons-en maintenant au contenu.

Pas très facile d'accès ce polar de Roger Delaporte. Tout d'abord, le style déroute, il faut quelques pages pour s'y faire et puis, ensuite, une fois le rythme pris, ça roule, pour le meilleur. Enfin, si l'on excepte la surdose de calembours et des références parfois absconses qui cependant s'éclairent -presque toutes- au fur et à mesure qu'on avance dans les pages. Je disais déroutant plus haut pour le style de l'auteur, parfois elliptique, parfois argotique, d'autres fois plus châtié :

"Il ne va pas bien vite, une appréhension le domine, le freine, des tas de questions se bousculent, dont les réponses ne dépendent pas de lui. Tempête sous le crâne d'un con, ça va exploser pépère. Chaque être humain a sa peur, Landier n'a pas peur de ses supérieurs, des élus qu'il rencontre parfois, ni même d'un danger physique quelconque. Quant à l'idée de la mort, il y a longtemps qu'elle lui est familière, il ne laissera personne, il s'en fout." (p.68)

En ce qui concerne l'intrigue, plus on avance, plus on patauge. La noirceur se fait de plus en plus sombre (relisez bien cette phrase !). Le burlesque cède à l'ubuesque ou au grotesque : on se croit parfois dans un roman surréaliste ou dans un monde parallèle. Ou alors comme dans un vieux James Bond dans lequel le méchant est totalement barré et rêve de prendre le pouvoir mondial grâce à des inventions bizarres, aberrantes et incroyables (je lisais très récemment dans un magazine que pour faire un bon texte, il ne fallait pas trop d'adjectifs. Zut, encore raté !). C'est drôle, un peu effrayant et surtout hors mode. On ne lit plus vraiment ce genre de délires dans les romans policiers du moment dans lesquels coule l'hémoglobine et les dépeçages suivent des meurtres horribles minutieusement décrits. Merci M. Delaporte de ne pas faire dans le produit de consommation courante !

En plus, au hasard d'un chapitre consacré à un chapitre de la guerre d'Algérie de Landier, on peut lire des phrases beaucoup plus graves racontant le calvaire des Algériens qui se sont battus pour la France :

"Impossible de retourner en Algérie ! Les Français; qui ne pensent qu'à parader avec leurs "racines" dont on ne comprend pas qu'ils puissent en être fiers puisqu'ils n'en sont pas responsables, nous considèrent comme des sous-hommes ! Le mépris alors que je suis plus français que la plupart des Français ! Je n'ai pas essayé de me faire pistonner pour éviter le service militaire ni fait semblant d'avoir mal dans le dos comme beaucoup d'entre eux à l'époque ! Quand je pense que j'ai risqué ma peau pour ces cons-là !" (p.56)

Ce n'est pas le sujet principal du livre, mais ce chapitre est fort et inévitable, et il reprend quasiment mot pour mot mon interrogation principale apparue lors du fameux -et lui très évitable- débat sur l'identité nationale : "Pourquoi être fier d'être Français puisque je n'y peux rien et que je n'ai rien fait pour l'être, au contraire de certains qui luttent pour le devenir ?".

Pour le reste, eh bien, je l'ai déjà dit, un petit -par la taille- polar atypique qui est déjà la quatrième aventure du principal Landier, un anti-héros en proie à des vrais questionnements, de vrais doutes sur son parcours, sa vie, la trace qu'il laissera, ...

Dans les allusions pas très évidentes, l'une est faite concernant Le géranuim ovipare, recueil de poésie de Georges Fourest (merci Goo...) qui m'était passé entre les mains il y a longtemps. Je l'ai racheté depuis cette lecture : un polar qui vous donne envie de lire de la poésie, pas courant n'est-il pas ?

Merci Agnès.

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L'heure des gentlemen

Publié le par Yv

L'heure des gentlemen, Don Winslow, Éd. du masque, 2012

Boone Daniels est un ex-flic devenu privé, qui, comme souvent dans ces cas-là ne roule pas sur l'or. Il faut dire que ce que Bonne préfère c'est passer son temps avec ses copains de la Patrouille de l'aube, sur leurs planches de surf, dès potron minet. Le procès de l'agresseur de l'icône de la communauté surf locale débute bientôt. Le cabinet d'avocat qui représente le jeune agresseur, par l'intermédiaire de Petra l'avocate qui rend dingue Boone, lui demande de l'aider à défendre le jeune homme. Boone accepte se mettant à dos la communauté surf, la Patrouille de l'aube dont l'un des membres, ami de Boone est le flic qui était chargé de l'enquête. Ajoutez à cela des barons de la drogue mexicains, des punks néonazis et le mélange devient vite explosif.

Boone est en plein questionnement existentiel sur le sens de sa vie, sur la direction lui donner lui, qui arrive à la quarantaine : c'est une grande partie du bouquin. Pourquoi pas ? Disons qu'avec ce livre, Don Winslow se rapproche des polars ou des romans noirs classiques avec un héros qui se pose des questions, qui vit au delà de ses enquêtes. Là où il m'avait totalement surpris et bluffé dans Savages, il ne me renverse pas avec ce roman. D. Winslow s'assagit et avec lui ses histoires. Mais attention, on est loin d'un mauvais bouquin. Dans ce genre de littérature, Don Winslow se révèle être très fort, c'est juste parce que j'avais lu mieux que j'ai été un peu déçu, mais qui ne connait pas encore cet auteur peut y trouver un vrai plaisir de lecture -qui le connait aussi d'ailleurs, parce que globalement, j'ai bien aimé. D'abord et surtout par son écriture, hachée, qui alterne les belles phrases classiques, à celles tronquées du langage parlé ou d'un rythme différent :

"Il a donné sa vie pour la cause ! mugit Boyd. (Ses yeux sont mouillés de putain de larmes) Nous devons tous nous tenir prêts à donner notre vie pour elle.

Ouais, se dit Boone. Non. Sans moi. Pas pour cette cause là. Suprématie blanche, néo-nazis, petites bites, QI à deux chiffres, respiration buccale, conneries merdiques de charognards déglingués.

Les skins se balancent à présent -l'adrénaline gicle, la circulation du sang s'accélère. Parfait, songe Boone. Saignez donc à blanc." (p.162)

L'enquête avance pendant que Bonne s'interroge sur les liens amicaux, sur l'amour. Petra lui fait toujours beaucoup d'effet, mais elle est très différente : avocate ambitieuse et lui, détective privé ultra cool qui n'aspire qu'à profiter de la vie, des vagues et des copains. Certains liens se délitent pendant que d'autres se renforcent. L'intrigue est un prétexte pour l'auteur qui lui permet de parler de ces thèmes et également de faire une critique de la société de consommation étasunienne et plus particulièrement de la bonne société californienne :

"On peut trouver sur le marché matrimonial sud-californien quelques milliers de liaisons profondément cyniques -des hommes qui acquièrent des épouses trophées jusqu'à ce que la date de péremption les incitent à s'en séparer ; des femmes qui épousent des nababs afin d'obtenir leur indépendance financière par le truchement de la pension alimentaire ; des jeunes hommes qui convolent avec de vieilles dames pour le gîte, le couvert et les cartes de crédit, pendant qu'ils sautent serveuses et modèles. Si l'on doit vraiment, absolument, s'occuper d'histoires de couples, telles sont les affaires qu'il faut accepter, car elles n'impliquent que bien peu d'émotions authentiques." (p.21) Cynisme ou réalité ? Sans doute un  peu des deux, la réalité californienne entraînant le cynisme des lucides. 

Beaucoup d'à-côtés aussi, plus ou moins en relation directe avec le texte principal, plus ou moins intéressants qui permettent de voir que Don Winslow est également capable d'écrire de manière moins déjantée, d'adopter un style plus classique.

Un polar très fréquentable même s'il n'est pas le meilleur de l'auteur.

Merci Audrey.

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Boulogne stress

Publié le par Yv

Boulogne stress, Patrick-S Vast, Éd. Ravet-Anceau, 2012

Bertrand est un jeune cadre dynamique de l'entreprise New Events, spécialisée dans l'événementiel. Mais rien ne va plus, il est littéralement harcelé par son patron, qui lui demande de signer une fausse attestation qui lui permettrait de licencier un collègue de presque 60 ans. Bertrand peut d'autant moins s'y résoudre que les derniers quinquagénaires virés se sont suicidés : 3 en à peine un an. Le patron, Franck Brasseur, ne dirige ses troupes qu'en usant de harcèlement, moral pour les hommes, sexuel et moral -double dose- pour les femmes. Un jour, arrive dans la société, un jeune aux dents extra-longues, Lionel Durieux, ambitieux, prêt à tout pour réussir. Brasseur le colle dans les pattes de Bertrand.

Les éditions nordiques Ravet-Anceau -elles sont situées à Villeneuve d'Ascq- font dans le polar régional. La plus grande partie de leurs titres se passe dans le Nord, mais elle est aussi délocalisée. J'ai déjà eu l'occasion de lire le très bon Le cercle de Faidherbe et me voici maintenant à Boulogne.

Comme d'habitude, je vais évacuer vite les points faibles de ce livre pour ensuite me consacrer à ce que j'ai bien aimé, puisque globalement c'est un petit polar que je conseille. Je trouve que parfois l'auteur cède à la facilité : certaines situations ou des rebondissements sont prévisibles -mais il faut dire à décharge qu'il n'en est pas avare, et que donc dans le nombre, d'autres sont plus intéressants. De même parfois, Patrick-S Vast tourne court : il "torche" en deux phrases une fin de chapitre, de situation alors qu'elle aurait mérité un peu plus de développement et qu'en tant que lecteur j'aurais aimé en savoir un peu plus. Mais bon, le format du livre ne se prête pas aux débordements intempestifs.

Par contre, là où il est bon, c'est qu'il situe son roman dans le monde du travail ; en outre il y est question de harcèlement moral et sexuel ce qui le rend très actuel puisque le Conseil Constitutionnel  déclaré le 4 mai 2012 que la loi française sur le harcèlement était non-conforme à la Constitution. P-S Vast doit avoir un sixième sens puisque son livre est sorti en mai 2012 ! Le monde du travail est un contexte malheureusement formidable pour y situer un polar. Certes, dans Boulogne Stress, le patron cumule les fautes et les tares, mais pour marquer les esprits, il faut grossir un peu le trait. Encore que je ne sois pas sûr que de tels spécimens n'existassent point. "Ben, si je voulais donner dans le second degré, je dirais qu'en presque trente ans de carrière, c'est la boîte la plus nickel qu'il m'ait été donné de voir. Tout semble baigner. Les salariés ne se plaignent jamais. Les filles doivent porter des minijupes et des chemisiers transparents, mais c'est de leur bon vouloir, il y a deux cents salariés et aucun élu du personnel, mais c'est parce que personne n'en voir l'utilité... " (p.33)

Le suspense est bien mené qui monte inexorablement vers un acmé et qui reste sur ce point culminant en ajoutant rebondissements et  retournements de situation assurant au lecteur le plaisir de tourner les pages rapidement pour redescendre lentement vers un final plutôt bien vu.

Et puis, il y a aussi le pays, car c'est un roman régional -mais si l'on y réfléchit bien, tous les romans sont régionaux, ils se passent bien dans un endroit précis, n'est-il pas ? Sauf à faire voyager le héros aux quatre coins du globe-, et là je soupçonne l'auteur d'aimer cette région. A tel point qu'on a envie de découvrir la côte qu'il décrit, la Pointe de la Crèche sur laquelle Bertrand fait son jogging. Tiens, petits veinards que vous êtes, si vous êtes curieux comme moi, eh bien, voici -avant que vous n'y alliez en chair et en os- un site qui permet de découvrir ces lieux : Eden 62

En résumé : bon petit polar, pas exempt de défauts bénins et mineurs, qui vous fera passer un bon moment dans le monde du travail et dans une région qui doit mériter le déplacement.

L'auteur a un site : ici.

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Flora des Embruns

Publié le par Yv

Flora des Embruns, Hervé Jaouen, Presses de la cité, 2012

Un jour, un homme étranger, danois, Hans Rosen, débarque dans un village breton. Il s'installe à l'hôtel, face au café  des Embruns. Il l'observe par la fenêtre. Ce café est tenu par Flora. Dix-huit ans auparavant, très belle jeune femme, elle y était serveuse. Fiancée à Vinoc, puis mariée, puis veuve presque aussitôt les noces, la rumeur lui a prêté une aventure extra-conjugale. Malgré les années, Flora n'a rien oublié de son mari disparu en mer et chaque jour, elle prie Notre-Dame des Péris-en-mer.

Deuxième roman d'Hervé Jaouen paru dans la collection Les petits romans noirs que je lis et deuxième très très belle appréciation. Très différent de Le fossé, il prouve tout le talent de l'auteur pour se diversifier et nous raconter des histoires. Là, le livre est plus local, se déroule dans le milieu des marins bretons : des hommes durs au mal, taiseux, courageux qui vivent essentiellement pour leur travail et des femmes vouées à l'attente, à élever les enfants et à faire vivre la famille pendant les longues absences. Flora, au départ, belle jeune fille enjouée devient par les aléas de la vie, une femme renfermée qui se consacre à son café. L'ambiance est lourde, les traditions sont omniprésentes, le pays dur et la rumeur tenace. C'est un village dans lequel tout le monde se connaît et les histoires se transmettent de pères en fils et de mères en filles, même celles qui ne sont pas avérées.

Comparaison n'est pas raison, certes, mais ce livre est à rapprocher de ce qui se fait de bien dans le genre roman noir avec ambiance poisseuse, paysage et climat très présents qui ajoutent une pesanteur à l'atmosphère déjà lourde. La Bretagne se prête bien à cette ambiance et Hervé Jaouen qui la connaît bien, la décrit excellemment : elle est à la fois une sorte de personnage secondaire et un contexte de lieu fort et parfois angoissant. Après coup, je me dis que Hervé Jaouen réussit à faire dans son livre ce que font très bien des auteurs étasuniens avec la Louisiane : même ambiance, même rôle des lieux.

Je disais un peu plus haut que H. Jaouen savait se diversifier, car autant dans Le fossé on est dans l'action pure autant là, l'auteur prend le temps de nous décrire les lieux, les personnages et bien sûr les situations, les événements qui les ont menés jusqu'à ce village dans ces conditions. Un tout autre exercice de style, largement réussi.

Je n'en dirai pas plus ; pour une fois, je fais court pour faire plaisir à une partie mon large auditoire -non, je blague- qui me reproche parfois de me laisser aller à des longueurs. Mais je reviendrai avec des articles plus longs, pour satisfaire à l'autre partie de ce large auditoire -je blague toujours, c'est la répétition qui est censée être drôle... et le mot "large" aussi, je me dois d'être totalement honnête- qui me réclame à cors et à cris des billets encore plus longs. Fichtre, que c'est dur de faire plaisir à tous !

Oncle Paul et Claude le Nocher sont sur le coup eux aussi.

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658

Publié le par Yv

658, John Verdon, Livre de poche, 2012 (Grasset, 2011)

Dave Gurney est un flic à la retraite. Après avoir arrêté les tueurs les plus retors pendant ses vingt-cinq années de carrière, il profite maintenant de son repos pour s'adonner à une pratique artistique consistant à retoucher des photos de criminels. Il reçoit un jour un mail d'un de ses anciens camarades étudiant qu'il n'a pas revu depuis très longtemps, Mark Mellery. Celui-ci, sorte de gourou pour dépressifs riches, fait appel à Dave parce qu'il est menacé. Il a reçu plusieurs courriers intrigants qui commencent à l'effrayer. Dave se prend au jeu, mais l'enquête se révèle beaucoup plus énigmatique et sanglante que prévue.

Au risque de passer pour un ignare en matière de polar -je n'en suis pas très loin, je l'avoue humblement- voire un benêt en matière d'énigme ou de goûts littéraires, j'ai beaucoup aimé ce thriller ! Mon préambule vaut parce qu'avant d'écrire ce billet je suis allé voir ce que les autres lecteurs-blogueurs en pensaient -ce que je ne fais que très très rarement. Et j'ai vu de tout :  des emballé(e)s, des mitigé(e)s et des franchement ronchons (voir sur Babelio notamment).

J'ai été embarqué dès le départ et jusqu'au bout (même si je concède que les dernières pages, celles de dénouement sont vraiment "cliché"). L'intrigue est énigmatique : un tueur envoie un courrier à l'une de ses futures victimes lui demandant de penser à un nombre et dans ce même courrier est glissé un billet dans une petite enveloppe sur lequel est inscrit le nombre auquel la victime à réellement pensé, celui qui donne au livre son titre, 658 ! Mais comment est-il réalisable ce tour de divination ?

Le reste de l'intrigue est à l'avenant, original et bien mené. Ce gros polar de 573 pages dans sa version Livre de poche (merci Marie) ne m'a jamais ennuyé. Et c'est un exploit !

Tout repose sur le principe énoncé par Sherlock Holmes ou Rouletabille : trouver "le bon bout de la raison", autrement dit : éliminer ce qui est impossible et le possible est alors la vérité, 

"Calme-toi, Jack. Il faut qu'on trouve un point de départ qui ait un sens. Ce qui semble s'être produit n'a pas pu se produire. Par conséquent, ce qui semble s'être produit ne s'est pas produit." (p.184)

Ce que d'aucuns peuvent juger un point faible, à savoir la lenteur du récit, est tout le contraire pour moi. J'aime bien lorsque l'enquête et l'enquêteur prennent leur temps. Je ne suis pas fan des thrillers hémoglobineux qui vont à deux cents à l'heure sans souci de la moindre réalité -même si parfois, j'en lis sans aucun scrupule et même pas en cachette Là, Dave Gurney est bien obligé de prendre son temps. Parce qu'il réfléchit Dave, et c'est même sa spécialité : relier entre eux tous les indices pour en dégager une théorie fiable autant que faire se peut, puis réussir ensuite à formuler LA réponse évidente, celle qui ne peut qu'être la réalité. Cela en fait un flic un peu hors norme, loin des flingueurs. C'est celui qui met la touche finale.

En prime, la vie conjugale de D. Gurney est en jeu, sa relation avec sa femme Madeleine est questionnante et peut-être pas aussi solide qu'il le pense. Elle se pose beaucoup de questions sur sa vie de femme de flic -peut-être quelques stéréotypes- et c'est ce qui rend ce récit crédible et les personnages humains, ce qui facilite l'identification du lecteur. A mon bémol sur les questions de Madeleine je peux ajouter celui sur les répétitions flagrantes des moindres indices, l'auteur prenant sans doute son lecteur pour un malade d'Alzheimer à qui il faut tout redire sans cesse, mais bon, il fait cela plutôt habilement et dans ma grande bonté, je lui pardonne.

En résumé, pour moi, un très bon polar qui fera très bien sur la plage cet été (en poche, il n'est pas trop lourd à placer dans le fond du sac). Cependant, une dernière question -extrêmement importante, que dis-je, essentielle à la bonne compréhension du roman- me turlupine : l'auteur parle souvent de "l'odeur humide de la neige" (p.296), la neige a-t-elle une odeur ? N'habitant pas dans une région connue pour ses chutes de neige abondantes, je croyais à sa consistance inodore et sans saveur. John Verdon -ou des lecteurs du blog-réussira-t-il à me convaincre du contraire ?

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