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polar-noir

Le crépuscule du mercenaire

Publié le par Yv

Le crépuscule du mercenaire, André Fortin, Jigal Polar, 2014...

Stanley est un petit voyou qui pratique le vol à l’arrachée de colliers en or, sacs à mains. Il est repéré à la gare Saint Charles de Marseille par Ange Simeoni, un autre voyou, rangé, mais qui ne rechigne pas au coup ponctuel qui lui rapportera de quoi contenter la belle Marie-Lou, sa femme. Ange est aussi un indic, celui du commissaire Juston, le principal collaborateur d’un juge d’instruction qui a hérité d’une affaire de blanchiment d’argent, qui tourne vite à l’affaire politique lorsqu’un membre du cabinet d’un ministre se fait voler sa mallette pleine d’argent sale à nettoyer, gare Saint Charles. Par Stanley, pour une collaboration avec Ange qui lui-même n’est qu’un sous-traitant.

On suit également Marc Kervadec, agent de la DGSE, dans les années 1990, lorsque de temps en temps il revient en France et qu’il tombe amoureux de Margot, puis sous un autre nom quelques années plus tard en plein cœur de la françafrique en tant que conseiller pour des chefs d’état.

André Fortin a été juge, c’est dire s’il connaît les arcanes du système judiciaire. Pour le reste, j’imagine qu’il s’est documenté, et fort bien pour donner à son histoire autant de réalisme. On se croirait en plein dans une affaire dont on nous rebat les oreilles depuis trente ans et un peu plus en ce moment, car il faut bien dire que certains se gavent un peu plus que les autres et ont carrément non plus des casseroles aux fesses mais carrément des batteries de cuisine entières. Je ne comprends pas comment les politiques, des gens normalement sensés et censés être l’élite de notre pays peuvent encore croire qu’ils pourront impunément piquer dans les caisses pour leurs comptes personnels ou pour se faire réélire.

Quand on ouvre un polar d’A. Fortin, on ne lit pas un livre duquel on ressort groggy par le rythme imposé. Au contraire, le juge prend son temps et l’auteur également, celui de nous expliquer les détails, les dessous des affaires. Le contraire serait totalement irréel lorsqu’on connaît le rythme de la justice française. Néanmoins, pour donner de la cadence à son livre, la construction en courts chapitres alternant les protagonistes est une excellente idée : un pour le juge et le flic, un pour les voyous Stanley et Ange, un autre pour Marc Kervadec et ses amours et un pour le barbouze qui conseille les chefs d’état africains pour le compte de l’état français. Malgré cela, je dois dire que parfois, c’est un peu long, le roman peine à vraiment démarrer et il faut un premier fait commun à deux histoires pour que ça commence à bouger réellement. 

Amateurs de sensation forte, préférez par exemple les livres de Jacques-Olivier Bosco chez le même éditeur -son prochain m'attend. Mais si vous avez plutôt le goût pour les grandes enquêtes, longues, compliquées et très bien expliquées –on comprend tout, parce qu’André Fortin est un excellent pédagogue-, très réalistes, assez loin de nous, mais en même temps proches puisqu’on en parle beaucoup dans les actualités, laissez-vous charmer par l’écriture et les romans d’André Fortin dont ce dernier qui parle par exemple très bien de ce qu'on nomme toujours la françafrique malgré la promesse d'un ancien Président de ne plus se mêler des histoires des pays de ce continent -je vous rappelle que selon lui "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire-", promesse qu'il s'est empressé d'oublier dès lors que des richesses -ressources exploitées par des entreprises françaises en l’occurrence- étaient en péril. Double discours dont parle André Fortin en ces termes : "Un gisement d'uranium découvert quelques mois auparavant constituait la pomme de discorde entre la France et son ancienne colonie. Paris s'était rendu compte, trop tard, que Cyrille Soumaré n'était peut-être pas l'homme de la situation. Mieux aurait valu un dictateur cupide, ç'aurait été tellement plus simple..." (p. 162) C'est cynique, totalement amoral, mais les intérêts financiers de quelques sociétés cotées en bourse prévalent sur la qualité de vie de quelques Africains...

Le mieux, si vous hésitez entre punch et enquête plus pointilleuse, c’est d’essayer les deux et ainsi de varier les plaisirs, Jigal a un catalogue divers et étoffé…

 

rentrée 2014

polars 2015

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Menace

Publié le par Yv

Menace, Muriel Houri, Flamant noir, 2014....

Léo est veuf depuis deux ans. Mathilde sa femme est morte dans des circonstances qu'on ne connaît pas et depuis, Thomas, son fils de douze ans le déteste. Léo a rencontré Esther six mois auparavant et tous les deux ont décidé de vacances en commun au fin fond de la Bretagne, à quatre. Léo et Thomas. Esther et sa fille Morgane, douze ans également. Très vite ce qui devait être un séjour pour tenter de créer un semblant de lien familial tourne à un affrontement père/fils à une alliance inattendue des enfants contre leurs parents. Chacun ayant quelque chose à se reprocher, on se demande qui va lancer le premier les hostilités. C'est alors que l'environnement, la maison et son entourage et les quelques très rares personnes qui passent font monter la tension déjà palpable. 

Un thriller implacable, dès le début, on sent que la situation ne pourra que s'envenimer, et pourtant, il suffirait de peu pour que tout soit différent, simplement que Léo et Thomas se parlent calmement, mais aucun des deux n'en est capable. Lorsque les deux garçons arrivent à la maison de vacances, la colère entre eux deux est déjà bien installée et dure, mais lorsqu'Esther et Morgane arrivent, une tension encore plus nette s'installe. Dès lors, n'importe lequel des protagonistes peut faire exploser le groupe et en arriver aux pires exactions. Léo, désemparé qui ne sait plus parler à son fils et qui peut avoir des accès de colères terribles ? Thomas, mutique, qui hait son père et encore plus sa nouvelle compagne et sa fille ? Morgane, inquiétante, perverse ? Esther, qui semble douce, éthérée et qui cache un secret pas très avouable ? Tous ont un truc à cacher. Voilà où l'on en est dès les premières pages. Ajoutez-y des mouettes menaçantes (un peu comme dans Les Oiseaux, le film d'A. Hitchcock), et puis, dès la page 61, des chapitres en italique d'un homme mystérieux qui a transformé son apparence et en veut à un(e) ou des personnes de la famille recomposée peut-être bientôt décomposée. Tous les ingrédients sont là pour faire de ce thriller un bouquin qu'on a du mal à lâcher. En plus, la construction du roman aide à faire monter l'angoisse créée par la situation. Courts chapitres dans lesquels les informations sont diffusées au compte-gouttes, ajoutant à chaque fois une face du personnage concerné que l'on ne connaissait pas encore. Une irruption d'un plombier local faisant des révélations sur le passé de la maison, qui elle-même devient une source de tension.  Et puis, cette belle idée de titre des chapitres : "Premier jour. Lundi. 8h43. Menace : 4%" (p.35), "Lundi. 11h23. Menace : 6%" (p.49), et comme ça pendant tout le livre, jusqu'aux inévitables 100% !

Trois voix pour ce thriller, celle de l'inconnu, en italique, celle de Léo et elle de Thomas. Muriel Houri fait bien la distinction entre toutes, notamment entre celles des adultes et celle de l'enfant, plus orale, enfantine, adolescente. Sa plume est directe, franche et va au plus court, c'est sans doute la raison pour laquelle son thriller ne fait que 243 pages, là où d'autres en font presque deux fois plus mais avec des longueurs, des considérations pas toujours utiles. Là, l'auteure ne fait pas dans la digression, et je l'en remercie, moi qui ne cours pas après les pavés parfois indigestes. 

Je ne suis pas spécialiste ni vraiment amateur du genre thriller, je n'en ai pas beaucoup lu, je ne saurai donc pas dire si l'auteure a pris référence là ou là, si son histoire ressemble à telle ou telle. Ce que je sais, c'est qu'elle m'a tenu en haleine et que les quelques reproches que je lui faisais au long de ma lecture, disparaissent d'un coup à la fin par un final inattendu qui les éclaire. Que demander de plus ? 

 

 

polars 2015

rentrée 2014

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Anomalie P

Publié le par Yv

Anomalie P, Stéphane Pajot, L'Atalante, 2014.....

Tristan Madec est l'un des conducteurs de l'éléphant des Machines de l'île de Nantes. Il est aussi recruté, en sa qualité de pêcheur de batraciens, par le professeur Jean Rostand qui étudie les grenouilles polydactyles du Lac de Grand-Lieu. Tristan est miné par la disparition de son jumeau une quinzaine d'années plus tôt sur ce même lac. Il est aussi adepte et consommateur du Batraxil, un comprimé aux effets similaires au LSD issu d'un mélange de glandes de crapauds.

Pablo est un futur marié qui, le soir de l'enterrement de sa vie de célibataire disparaît sur le lac de Grand-Lieu, on ne retrouve pas son corps.

Kalash est un tueur à gages qui supprime un marin ne voulant plus fournir la filière en crapauds bufo bufo, principal ingrédient du Batraxil, il lui semble que Tristan l'a vu tuer ledit marin. 

"Attention, âmes sensibles et esprits étroits s'abstenir !" est-il écrit en quatrième de couverture. Je confirme en précisant que rien n'est dur ou sanglant dans ce fabuleux court roman, "âmes sensibles" vaut surtout pour le sens premier d'âme puisque certaines d'artistes étant venus à Nantes et ayant eu un destin tragique se retrouvent dans les animaux du bestiaire des Machines de l'île -que vous devez absolument visiter, au moins aller sur le site voir les photos. En tant qu'habitué et amateur du lieu comme quasiment tous les Nantais, après ma lecture de ce livre, je ne verrai plus l'éléphant ni les animaux du Carrousel de la même manière, il se peut même que je m'arrête et que je tente d'entrer en communication avec eux ! 

"Esprits étroits", parce que Stéphane Pajot part dans un délire absolument formidable, basé sur les légendes liées au Lac de Grand-Lieu, notamment celle de la cité engloutie d'Herbauges, sorte de Sodome de la région qui fut noyée car rétive à l'évangélisation de Saint-Martin. Sous la plume de l'auteur elle perdure sous le nom d'Herbadilia, habitée et gouvernée par des grenouilles. Dès lors, il ne reste plus qu'à se laisser porter par la poésie, l'étrangeté de l'histoire et de ses personnages, tant les animaux vivants ou non que les hommes fictifs ou réels (le professeur Jean Rostand a bien existé, il est le fils d'Edmond et de Rosemonde Gérard dont il serait bien étonnant que vous ne connaissiez au moins un poème appris à l'école, et a bien étudié les grenouilles polydactyles*). Stéphane Pajot mélange tout cela dans un roman joyeux et jouissif. Il y ajoute même une part de polar, une histoire de dictature aux thèses proches de celles des nazis qui affronte aussi une Résistance, une part de fantastique, un récit naturaliste, un hymne à la nature, à la diversité et à la différence et un guide du Lac de Grand-Lieu et de la région nantaise. Et tout cela en seulement 154 pages ! Une fable, un conte qui se déguste lentement pour faire durer le plaisir.

Comme à chaque fois que je ressors d'un livre enthousiaste avec la folle envie de le faire partager au plus grand nombre, je me trouve maladroit et pas totalement en phase avec tout ce que j'ai envie de dire. Sachez que depuis septembre, j'ai lu avec bonheur quelques romans ou BD dans lesquels l'aventure est de retour, l'aventure à la Jules Verne. Celui-ci en fait partie avec une petite partie de folie en plus, un gramme de fantaisie qui m'a ravi. Et comme j'aimerais tellement que vous tous qui passez me lire régulièrement -ou pas- plongiez immédiatement dans le Lac de Grand-Lieu, je vous laisse avec le meilleur argument possible tiré de la page 123 du livre, celui qui résume le livre et ne peut que faire mouche auprès des plus curieux d'entre vous :

"Il suffit de percer la bulle du quotidien dans laquelle on vit, de balayer de temps à autre les codes, les idées toutes faites. Souvenez-vous des mondes fabuleux de l'enfance, des histoires extraordinaires." 

Stéphane Pajot est journaliste à Presse Océan, écrivain -j'ai déjà chroniqué pas mal de ses livres-, amoureux de sa ville, Nantes. Ce bouquin est né d'un projet autour de la légende d'Herbadilia, lui écrit le roman et avec Philippe Guihéneuf, un scénario pour un film, "un éco-polar fantastique où tout sera permis." (p.155) Vivement la projection !

Claude, d'Action-suspense en parle également.

*avec des doigts supplémentaires

L'Atalante est une maison d'édition nantaise et une librairie.

Dernière minute : Stéphane Pajot sera en rencontre-dédicace le mardi 14 octobre, à 19h30 à la Librairie Lise&Moi de Vertou. Je passerai le saluer et le remercier de m'avoir fait passer un aussi bon moment.

 

 

polars 2015

rentrée 2014

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Un fantôme dans la tête

Publié le par Yv

Un fantôme dans la tête, Alain Gagnol, Le Passeur, 2014....,
Marco Benjamin est lieutenant de police à Lyon, sur une enquête difficile : un tueur en série dépèce littéralement des jeunes filles, les viole et les laisse pour mortes. Déjà quatre filles ont été retrouvées pareillement mutilées. Puis, Marco est mis sur la piste d'une autre victime par Ismaël, un médium-gourou d'une communauté paisible d'Ardèche. C'est Marco qui découvre la jeune fille qui succombe dans ses bras. Là, trop c'est trop, entre son divorce qui ne se passe pas bien, sa fille de 16 ans qui... a 16 ans quoi, et le cadavre de cette jeune fille, Marco pète un câble. Il est en arrêt de travail, voit un psy et s'invente un personnage, un super héros, Suicide-Man qui pourra lui semble-t-il résoudre cette enquête ! 

Autant prévenir tout de suite, il vaut mieux avoir l'estomac bien accroché pour résister à la description du cadavre de la quatrième victime, et ce, dès les premières pages. Mais, finalement, je ne sais pas par quel miracle l'auteur réussit l'exploit de faire passer cela assez aisément. Un peu comme ces gens qui savent raconter des blagues dégueulasses qui font rire tout le monde alors que si j'en raconte une à moitié moins sale, je vais me faire huer ! Sans doute, ce qui fait passer la cruauté, c'est l'humour -noir évidemment- présent dans ce bouquin. Certaines situations, très visualisables, sont irrésistibles, comme cette chevauchée de Marco dans un champ, poursuivi par une vache, voire même cette nuit où accoutré de son T-shirt de Superman -j'en ai un moi aussi, tout neuf, que j'arbore fièrement, mais je ne me sens pas l'âme d'un super héros, trop épuisant- il sauve une famille d'un détraqué. C'est ce que j'ai aimé dans ce roman, à la fois, une partie franchement glauque, terrible, des gens qui ne vont pas bien, tant le tueur, évidemment un grand malade que le flic, un peu dépressif voire beaucoup par moments, et tout cela est présenté avec une bonne dose d'humour, des situations décalées, des personnages loufoques. Ajoutons à cela une petite dose de paranormal, d'ésotérisme, bienvenue pour alléger encore le propos, une communauté post-hippie à l'hôtesse d'accueil charmante, une rivalité entre flics, et l'Inspection Générale des Services qui attend de Marco qu'il fasse les pires infractions au règlement, histoire d'entrer au Guinness autant lui qu'eux et de pouvoir dire : "je le connais, j'y étais !", ...

Lecture facile, texte très dialogué avec des réparties savoureuses, des situations très drôles, d'autres beaucoup moins, mais avec souvent un trait d'humour. Les chapitres sont courts, ça donne du rythme à un livre qui n'en manque déjà pas. L'écriture est efficace, à la fois glaçante mais avec toujours le mot ou les mots qu'il faut pour faire descendre la tension. En l'ouvrant, j'ai regardé comme je fais toujours, le nombre de pages, 354. Bon, quelques jours, je me suis dit. Tu parles Charles ! Une seule journée -bon d'accord un samedi peinard- et une longue soirée, jusque tard dans la nuit. Attention donc, risque de dépendance !

Ce formidable polar commence ainsi :

"La fille était morte quand elle a été violée. Et ça, c'était la bonne nouvelle. Quand l'information en provenance du bureau du médecin légiste s'est répandue dans les bureaux, les visages ont pris un air soulagé."(p. 11)

PS : Je découvre là en même temps, Le Passeur éditeur et Alain Gagnol qui n'en est pourtant pas à son premier roman, et qui multiplie les talents, figurez-vous qu'il est aussi le co-réalisateur d'un film d'animation que j'ai beaucoup apprécié -et que je vais sûrement revoir, ça m'a donné l'envie, il faut que je trouve le DVD-, Une vie de chat. Si vous hésitez, n'hésitez plus, lisez le roman et regardez le film !

 

 

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polars 2015

 

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Le violoniste

Publié le par Yv

Le violoniste, Mechtild Borrmann, Le Masque, 2014 (traduit par Sylvie Roussel)..... 

Ilja Grenko est un violoniste virtuose dans la Russie de 1948, marié à la belle Galina, actrice, ils ont deux enfants Pavel et Ossip. Un soir, à l'issue d'un concert, ovationné, Stradivarius en mains, il est arrêté et emmené à la Loubianka, siège du KGB. On lui reproche d'avoir voulu quitté le territoire avec femme et enfants. Ilja qui ne vit que pour la musique n'a jamais eu cette idée, mais le KGB ne l'entend pas ainsi. Il est condamné à vingt ans de goulag et sa famille est envoyée loin de Moscou dans une zone désertique, tous biens leur sont retirés, Stardivarius compris.

2008, Sacha Grenko, petit-fils d'Ilja et Galina, citoyen allemand est contacté par sa sœur qu'il n'a pas vue depuis dix-huit ans, elle est sur la piste du Stradivarius de leur grand-père et a besoin d'aide. Sacha se lance à la poursuite du violon ne sachant rien de l'histoire de sa famille, il ira de surprise en surprise. 

Excellent roman qui nous met dans le bain dès les premières pages et qui ne nous lâche plus, jusqu'à la toute fin, à peine 250 pages plus loin. La machination est terrible : lorsqu'Ilja est arrêté, le KGB fait croire à sa femme qu'il s'est enfui à l'étranger et qu'elle-même doit partir :

"Elle ouvrit. Un type entra, la bousculant au passage, suivi de deux autres. La porte se referma. Elle reconnut les deux qui l'avaient conduite chez Kourach.

- Fais tes bagages ! ordonna le plus petit. Juste ce que tu peux porter.

Elle ne bougea pas. C'était idiot, mais elle était tétanisée par ce "tu".

- Mes enfants, il n'y aura personne avec mes enfants.

- Tu emmènes tes gosses.

Ils lui agitèrent un papier sous le nez. Les lettres se brouillaient devant ses yeux.

... retrait des droits civiques... les biens d'Ilia Vassilievitch Grenko... restitués au peuple... La femme et les enfants à être déportés. Elle lut "Karaganda". Elle n'avait jamais entendu ce nom." (p.69)

Plus on avance dans le livre, plus l'intrigue se densifie, s'ossature ; des détails s'ajoutent à d'autres, forment une histoire, une cabale diabolique et très solide. La construction du roman qui alterne les chapitres aide à maintenir le suspense et faire monter la tension : un chapitre consacré à Ilja au goulag, un autre à Galina et les enfants en déportation et un autre à Sacha et sa quête d'informations sur sa famille et sur le Stradivarius. Très bien fichu, ce roman noir nous plonge dans la Russie de 1948 et ses dénonciations qui valaient à certains de tout perdre jusqu'à la vie, même en n'ayant rien fait, sur un simple soupçon d'un fonctionnaire zélé. On voyage aussi dans la Russie d'aujourd'hui qui n'est pas encore libérée de certaines habitudes, encouragées même par un président qui joue les gros bras. Et je vous passe beaucoup de détails pour vous laisser la joie de découvrir par vous-mêmes.

C'est aussi un roman sur la recherche d'identité, sur les liens familiaux et l'héritage familial, sur la difficulté à avancer sans connaitre ses parents, grands-parents.

Bref, un excellent roman d'une auteure allemande, sorti fin août qui devrait ravir un bon nombre de lecteurs.

Sandrine aime aussi.

 

 

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L'île du Point Némo

Publié le par Yv

L'île du Point Némo, Jean-Marie Blas de Roblès, Zulma, 2014..... 

Un magnifique diamant de Lady MacRae vient d'être dérobé. Martial Canterel dandy richissime, ex-amant de Lady MacRae flanqué de l'incomparable Miss Sherrington, puis son ami Holmes, pas Sherlock, l'un de ses descendants, accompagné de son majordome Grimod de la Reynaudière partent à sa recherche. Le voleur est sans doute l'insaisissable Enjambeur Nô que recherche également Litterbag, le policier irascible et opiniâtre qui suit le groupe, l'aide et le sauve parfois de situations embarrassantes. Tout ce petit monde part dans des aventures rocambolesques, incroyables et jubilatoires. 

Que voilà un roman d'aventures foisonnant, et encore je ne vous ai pas tout dit ! Dans mon résumé volontairement succinct, je ne vous ai pas parlé de Monsieur Wang, directeur d'une usine de liseuses électroniques, un pervers, ni de Charlotte et Fabrice deux de ses employés ; j'ai également omis de vous parler d'Arnaud, l'ancien propriétaire de cette usine qui de son temps, aidé par sa bien-aimée Dulcie atteinte d'une étrange maladie, sorte de comas dont elle ne sort pas, fabriquait des cigares, comme à Cuba où existait dans de telles fabriques des lectures à haute voix pendant le travail ; et il me manque Dieumercie, impuissant dont la femme Carmen tente par tous les moyens de réveiller son sexe endormi. Tous ses personnages divers et variés sont dans ce livre absolument passionnant. Il est un hommage aux grands romans d'aventures de Jules Verne (L'île mystérieuseVingt mille lieues sous les mers, pour les plus flagrants), de H. Melville, RL Stevenson et bien d'autres, Agatha Christie également (Le crime de l'Orient-Express) ou Conan Doyle évidemment avec l'emprunt du nom Holmes voire même M. Leblanc, j'ai trouvé que M. Canterel avait des petits airs d'Arsène Lupin.

JM Blas de Roblès a une imagination débordante dans tous les domaines pour nous emmener loin, très loin et quand on y est, il en rajoute encore un peu pour nous éloigner plus, jusqu'à l'île du Pont Némo, lieu absolument extra-ordinaire que je vous laisse découvrir par vous-mêmes. Il regorge d'idées pour mettre ses personnages dans des situations étonnantes, risquées, drôles (comme les inventions de Carmen pour que son Dieumercie puisse enfin la combler sexuellement) ; à chaque fois une péripétie en amène une autre tout aussi folle. C'est un vrai plaisir  que de retrouver l'ambiance de mes lectures enfantines ou adolescentes. Mais là où l'auteur est malin, c'est que son roman n'est pas qu'une aventure, un récit pour jeunes hommes et jeunes filles, c'est aussi un ouvrage plein de questionnements et de réflexion :

- sur la littérature, la lecture (de grands passages sont voués à la lecture à voix haute dans les ateliers de fabrique de cigares qui ont permis à beaucoup d'ouvrières d'accéder à la littérature), sur l'avenir du livre (Monsieur Wang fabrique des liseuses),

- sur la philosophie, la médecine et la science qui n'en finissent pas de chercher et de trouver des solutions pour tel ou tel souci, qui repoussent ainsi les limites de l'humanité et posent des questions éthiques,

- sur l'écologie, et la manière dont nous traitons la Terre, certains jusqu'au-boutistes pensant qu'elle se régénérera seule,

- sur la politique mondiale, cette course à la croissance dont on ne sait pas jusqu'au bord de quel gouffre elle nous mènera.

L'écriture de JM Blas de Roblès est riche, très riche, tour à tour "vieille France", qui colle aux romans d'aventures auxquels il fait référence, lorsqu'il évoque l'épopée de Canterel, Holmes, Grimod et Lady MacRae : l'écriture pourrait faire penser qu'on évolue au début du XX° et puis on comprend qu'on évolue dans un monde inventé dans lequel la plus grande technique côtoie des us et coutumes du début XX°, un monde néo-rétro : "Après une courte nuit, abrégée par de légitimes récapitulations sur la poursuite qui s'engageait, mais surtout par l'aptitude de Holmes à renouveler son verre de whisky avant d'émettre le moindre avis, ils grimpèrent tous les quatre dans un cab aux alentours de midi. Depuis la réouverture des mines de houille et le retour du coke dans tous les domaines de l'industrie, un épais brouillard pesait désormais sur les métropoles européennes. Autrefois célèbre, le fog londonien avait repris sans peine ses lettres de noblesse, si bien que même à cette heure du jour il réduisait les rues à de lugubres canyons peuplés de silhouette vagues."(p.68/69) ; elle se fait beaucoup plus moderne lorsque l'écrivain s'intéresse à Monsieur Wang et ses employés ou à Carmen et Dieumercie, ce qui personnellement me plaît beaucoup, ce télescopage d'époque tant dans la description des lieux, des personnages, des habitudes, des vêtements que dans l'écriture.

Vous comprendrez aisément que j'ai plongé avec délices dans le roman de JM Blas de Roblès, que j'en suis encore à peine remis, que je le conseille à tous ceux qui veulent lire à la fois de l'aventure, une "critique radicale des idéologies et des gouvernances anonymes, tentaculaires, doublée d'une piquante réflexion sur l'art littéraire" (4ème de couverture), un livre totalement maîtrisé et vachement bien écrit et en plus magnifiquement illustré de cette couverture signée David Pearson (comme toutes les couvertures Zulma). Je le classe dans "Culture polar" et dans le challenge de Liliba, sans que cela le réduise à cet aspect : il est plus vaste, il enjambe plusieurs genres ; un vrai roman d'aventures !

Livre de la fameuse rentrée littéraire 2014 donc pile pour le challenge du même nom de Hérisson.

Hélène est aussi enthousiaste que moi.

 

 

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La casse

Publié le par Yv

La casse, Marc Ménis, Ravet-Anceau, 2014... 

Dans les années 50 ou 60, une jeune fille est prise en stop par un homme charmant qui l'emmène chez elle, la séquestre, abuse d'elle et la tue.

De nos jours, une jeune punk qui squatte l'ancienne gare de triage de Lille est retrouvée morte, assassinée. Le commissaire Sandre prend en charge cette affaire, assisté du capitaine Morel, des lieutenants Jérémie Tchang et Milena Nowak. Bientôt, dans un jardin d'un vieux quartier de Lille deux squelettes sont découverts, c'est Morel qui prend l'enquête. 

Marc Ménis est Lillois, féru de rock, comme son commissaire Sandre qui écoute Les Ramones à fond dans sa voiture. La casse, son premier roman, n'est pas totalement abouti, mais il contient de belles promesses. Il est assez long à démarrer et ne devient vraiment intéressant qu'aux alentours de la page 8O lorsque les deux squelettes sont déterrés et que le capitaine Morel se charge de l'enquête. Avant, ça ronronne, ça s'allonge en des considérations pas toujours palpitantes. Puis, petit à petit, les personnages prennent du corps et de l'épaisseur, Sandre et Morel en particulier, mais leurs histoires peinent encore à s'intégrer de manière fluide dans le récit : elles sont présentes, mais arrivent parfois comme un cheveu sur la soupe, sans transition.

Autre constat : l'intrigue des corps enterrés cinquante ou soixante ans plus tôt, nous dit Marc Ménis, touche et remue ses deux flics, mais le problème c'est qu'on ne le sent pas vraiment, il aurait été judicieux, plutôt que de nous le dire plusieurs fois de nous le faire ressentir par le comportement d'iceux, leurs questionnements... Le choix de deux enquêtes séparées n'ayant rien en commun me plaît bien, on a tellement l'habitude de voir deux dossiers totalement opposés se rencontrer en fin de volume, parfois de manière artificielle, au moins Marc Ménis évite l'écueil. Son roman est très réaliste, ancré dans le temps. 

J'ai l'impression d'avoir lu un roman policier inachevé, un plan très détaillé et très prometteur, une bonne base pour un roman d'une autre envergure. Les idées, les personnages et l'écriture de Marc Ménis, sa fluidité, sa simplicité à la fois classique et moderne me donnent à penser que ce premier roman ne sera pas le dernier et que les bonnes choses aperçues dans ce livre reviendront développées et musclées dans un prochain opus.

 

 

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Crimes et condiments

Publié le par Yv

Crimes et condiments, Frédéric Lenormand, Ed. Lattès, 2014..... 

Tout devrait mener Voltaire à la Bastille en cette année 1734 : le gouverneur du lieu en rêve, il pourrait ainsi organiser des dîners philosophiques que le Tout-Paris voudrait fréquenter et la parution imminente des Lettres philosophiques dudit philosophe devrait précipiter l'incarcération d'icelui. C'est alors que Voltaire échappe miraculeusement à des tentatives d'assassinat. Lui qui cherche à tout prix à investir dans des affaires juteuses, parfois à la limite de la tolérance de l'époque, fait des rencontres, un cuisinier très "nouvelle cuisine", un chien, un mendiant. Mais qui en a après son auguste personne ? 

Quatrième aventure de Voltaire en tant qu'enquêteur. Cette fois-ci, il est plus victime que meneur, ne se rend pas toujours compte des tentatives de meurtre contre lui, et est beaucoup plus concentré sur ses futures affaires financières et sur le mariage qu'il arrange entre la jeune Elisabeth de Lorraine-Harcourt et le duc de Richelieu, par ailleurs son débiteur, pour justement assurer les remboursements de son prêt par la descendance qui naîtra forcément -le pense-t-il- de cette union. Heureusement pour lui, sa maîtresse Emilie du Châtelet veille sur lui.

Quel plaisir de retrouver l'illustre philosophe dans la série qui porte son nom. Le moins "polar" des trois que j'ai lus et celui que je préfère, pas de temps mort, pas le "ventre un peu mou" -juste quelques longueurs en leurs mitans-  que je pouvais reprocher aux autres. Pas de véritable enquête, mais Voltaire virevolte, papillonne, n'arrête pas de gesticuler toujours habillé à l'ancienne mode avec sa haute perruque datée, toujours à l'affût d'une bonne affaire. Lorsqu'il rencontre le cuisinier qu'il lui faut pour son estomac délicat -il faut dire qu'en 1734, les repas sont copieux, roboratifs, un peu de légèreté (relative) ne fait pas de mal- il le débauche et l'embauche bien qu'il ne sache rien de lui, ce sera dès lors, une suite de plats fins, inventifs dont certains font encore le délice de nos palais. 

Le ton est toujours drôle, léger, Frédéric Lenormand n'ayant pas de scrupules à écorner le mythe voltairien à tel point qu'on se demande s'il n'en rajoute pas, mais, en fin de volume, il cite des extraits de livres, de journaux, certains de cette époque, qui abondent dans son sens : "Voltaire avait le front élevé, les yeux noirs, tout de feu, et dans une agitation continuelle. Son esprit était vif et ardent. [...] Il croyait être né pour l'ornement de son siècle, pour donner le ton aux poètes, aux historiens, aux orateurs, aux géomètres, aux physiciens, aux philosophes et même aux théologiens. Aussi était-il d'un orgueil insoutenable. [...] Il était sans amis, et ne méritait pas d'en avoir. Il avait un si grand penchant à l'avarice qu'il sacrifiait tout, lois, devoirs, honneurs, bonne foi, à de légers intérêts." (François Toussaint -1715/1772-, Anecdotes, cité p. 337)

La langue est belle, même dans les insultes lorsque des carrosses de courtisans et d'un ministre sont bloqués dans la rue par des gens mécontents qui s'écrient : "Attrapeminons*  ! Rats de palais ! Vieux manches de gigot ! Moineaux de carême !"(p.150) Quand je pense qu'aujourd'hui on a droit à du "Casse toi pauv'con !"...  Les mœurs changent, le niveau de vocabulaire aussi.

Entre deux cabrioles et deux situations ridicules, Voltaire ne peut s'empêcher de placer des répliques vaches, drôles, philosophiques qui sont un vrai plaisir à lire : "Tout le monde aime le sucre, il est à la cuisine ce qu'est à la religion la promesse d'une vie éternelle : un mensonge agréable qui dissimule l'amertume du reste." (p.177). Je flatte ici mon anticléricalisme. Je me suis régalé avec ce tome narrant les aventures de Voltaire autour de la table et de la bonne chère, cette série est décidément très digeste, un bon petit plat à partager qui ne reste pas sur l'estomac qu'à l'instar du célèbre écrivain, j'ai fragile. Et puis, ces aventures m'ont aussi donné l'envie de relire Voltaire, je crois bien avoir dans le fond de ma bibliothèque Zadig**, Candide et peut-être même Micromégas...

Cathe et Sibylline en parlent aussi.

* Hypocrites

** J'ai failli écrire Zadig et Voltaire, les mœurs changent, le niveau de culture aussi...

 

 

polars 2015

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La part du mal

Publié le par Yv

La part du mal, Gilles Delabie, Ravet-Anceau, 2014....,

Hiver 54, connu pour avoir été très rigoureux. A Rouen, Vivien Malet, un simple d'esprit qui aide les commerçants du marché est retrouvé assassiné, transpercé par un pic à bœuf. Le commissaire Kléber Bouvier est chargé de l'enquête, il est secondé par Charles Péqueri, jeune inspecteur qui sort tout juste de l'école. Pendant que K. Bouvier part sur les terres du clan Malet, dans la campagne du pays de Caux, Péqueri se concentre sur la fiancée de Vivien. 

Deuxième aventure du commissaire Kléber Bouvier déjà rencontré dans Les communiants de Rouen. En relisant ce que j'avais écrit du premier tome, je m'aperçois avec grande joie que Gilles Delabie change la construction de son roman, non que le premier fût mauvais, bien au contraire, mais de cette manière, on n'a pas l'impression de lire le même livre. Et il est bon ce polar, excellent même. D'abord l'intrigue est suffisamment alambiquée pour tenir la route jusqu'aux ultimes lignes, pour nous embarquer sur de mauvaises pistes, des mauvaises intuitions. Ensuite, une belle part est faite aux personnages, Kléber Bouvier en particulier, mais aussi Gustave Malet, le père du défunt, un très riche propriétaire terrien qui a bâti sa fortune pendant la guerre.

Peu d'humour dans ce roman, une ou deux saillies de-ci de-là : 

"Péqueri s'empressa de prendre le chargement et monta les marches quatre à quatre.

- Tu parles d'une flèche ! Ils sont tous comme ça les nouveaux cette année ? ironisa Marini.

- Non, lui il est exceptionnel, il a un an d'avance..." (p.40)

Non, le ton est lourd, l'ambiance noire et glauque, le froid extrême de l'hiver 54 (celui de l'appel de l'Abbé Pierre qui l'a rendu célèbre) n'allège pas l'ensemble, au contraire. Le commissaire Bouvier se débat dans cette enquête dont il ne voit pas l'issue, il faut dire que dans la campagne du pays de Caux, les têtes sont dures et les gens taiseux (et on dit des Bretons, les Normands n'ont pas l'air en reste). Chacun sait une bribe -ou plusieurs- mais personne ne dit rien par peur des représailles de l'homme fort du canton, Gustave Malet qui est un type odieux (et le terme est faible). Bouvier patauge et sa vie personnelle n'est pas idyllique non plus, partagé qu'il est entre Clémence sa femme et Suzanne sa maîtresse. C'est aussi le moment ou surgit du passé un homme, Leperron, ancien milicien qui, pendant la guerre, a tout fait pour emprisonner Kléber et Clémence qui étaient dans la Résistance. Des révélations sur ses pratiques déstabilisent le couple Bouvier qui n'a pas particulièrement besoin de ça. 

Un polar social et historique, drôlement bien fichu, bien écrit ce qui rajoute au plaisir de le lire, maîtrisé de bout en bout qui fourmille de considérations politiques, historiques, sociales, philosophiques : "Il existe un état supérieur à tout sentiment, dévorant les rêves, les envies, les joies, les peines, les êtres tout entier, un état tout puissant, invincible : la honte. Lorsqu'elle nous traque, on a beau user de subterfuges, brosser son âmes à l'eau bénite, la camoufler sous l'alcool, la jeter en pâture à la folie, la claquemurer dans l'oubli, elle finit toujours par nous anéantir, à l'aide d'une corde, d'une balle ou d'un précipice..." (p. 162). Un polar qui ne peut laisser indifférent, qui ne fait pas dans l'anecdotique, mais dans le lourd. Faites connaissance avec Kléber Bouvier, vous ne le regretterez pas, et même si je puis me permettre un conseil, comme il n'en est qu'à deux enquêtes, commencez par la première -Les communiants de Rouen- et continuez avec celle-ci, La part du mal ; n'hésitez pas, vous ne prenez qu'un risque, celui de vouloir le suivre dans ses autres aventures.

En plus, le livre est en format poche, comme toujours chez Ravet-Anceau, pratique donc sur la plage ou dans les transports en commun pour ceux qui ont déjà repris le travail.

 

 

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