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polar-noir

Le crâne de Boulogne

Publié le par Yv

Le crâne de Boulogne, Nicolas-Raphaël Fouque, Ravet-Anceau, 2013

Le directeur d'une fondation hospitalière de Boulogne-sur-Mer chute mortellement le soir du premier tour des élections présidentielles. Tout pourrait faire penser à un suicide, mais très vite apparaissent des éléments de malversations financières. Lorsque la politique et le financement de campagnes électorales sont évoqués, aucun doute ne subsiste quant à la mort de cet homme : un meurtre pour tenter de cacher l'affaire.

Ce polar m'a un peu surpris et dérouté, non par le fond mais par la forme. Commençons par le fond : une histoire politico-financière qui monte au plus haut de la République. Ça vous évoque quelque chose ? Nicolas-Raphaël Fouque fait un mix des différentes affaires qui ont encombré les journaux et autres médias depuis des années, pour en créer une à la mesure de son livre et de ses personnages. Clairement expliquée, on comprend aisément les rouages et les implications de chacun. Pas nouveau, malheureusement. Ce que je ne comprends pas dans ces affaires-là, c'est comment des hommes censés être des gens intelligents peuvent encore penser passer entre les mailles des filets de la justice. Comment après toutes les histoires de détournements de fonds, de trafics divers dont on nous rebat les oreilles depuis 30 ans, des hommes de pouvoir tentent encore le diable pour un peu plus de pouvoir ou d'argent ?

Bon, cet aparté clos, venons-en au fond qui m'a dérouté, mais pas désagréablement, au contraire, je trouve toujours plaisant d'être un peu bousculé dans mes lectures. L'auteur débute son histoire par une présentation de certains personnages dans une écriture nette, précise qui n'omet aucun détail, une écriture quasi chirurgicale (c'est pour être raccord avec le thème) :

"Hadrien Grandvillier invita Camille Trencavel à déjeuner. Ils restèrent dans la cafétéria. Il s'étonna toutefois qu'elle ne fût pas plus pressée de partir pour couvrir d'autres événements. La mort de Fregelsberg n'était pas la seule actualité locale même si elle devait certainement être la principale. La jeune femme lui indiqua qu'elle était en congé pour la semaine. Le décès serait couvert par le collègue avec lequel elle était arrivée. Avant d'accepter l'invitation, elle s'était isolée quelques minutes pour prévenir Clément qu'il était inutile qu'il l'attende." (p.40)

Puis, il déroule son scénario de la même manière, comme un rapport minutieux des faits : des petits chapitres très clairs, précisément situés dans le temps par rapport à la mort du directeur de la fondation. On n'est jamais perdu, que l'on soit dans le présent ou dans le passé. C'est un vrai reportage qui démonte les mécanismes de la malversation point par point et les implications des politiques : "J'ai identifié tous les gérants de la liste que tu m'as remise. Ils sont tous liés indirectement soit à Yves Wettingem, soit à l'entourage du président du conseil régional, Maximilien Acarmone. Ce n'est pas le même parti politique. C'est d'ailleurs ce qui m'inquiète. La tartine a visiblement été beurrée des deux côtés à parts égales." (p.87)

Là où il est déroutant NR Fouque, c'est que par moments, il procède totalement différemment, par ellipses, par petites touches successives, notamment lorsqu'il s'intéresse à la vie privée de ses personnages. Le lecteur doit deviner entre les lignes ce qu'il ne dit pas clairement. Un peu comme si l'éditeur (l'excellente maison Ravet-Anceau) avait omis de publier certaines pages du manuscrit. Déroutant un peu au départ parce qu'il nous a habitués à lire tous les détails au début de son roman, mais comme les habitudes sont faites pour être changées, le procédé est une excellente idée qui oblige le lecteur à faire lui même le lien entre les informations que l'auteur distille ça et là. Faire confiance à l'intelligence du lecteur, c'est un pari risqué, mais quand ça tombe sur moi, ça passe facilement (comment ça mes chevilles ? Elles vont très bien !).

Un polar de 200 pages, actuel, ancré dans la réalité, très maîtrisé (pas mal pour un premier essai de l'auteur dans ce genre), très bon quoi, comme très souvent chez Ravet-Anceau. 

Merci Agnès

 

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PS : laissez vos commentaires, je ne répondrai peut-être pas tout de suite, je suis parti quelques jours..., mais comme je suis bon, j'ai programmé quelques recensions pour ne pas vous laisser en manque.

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Froid mortel

Publié le par Yv

Froid mortel, Johan Theorin, Albin Michel, 2013 (traduit par Rémi Cassaigne)

"Une école. Un centre de détention psychiatrique. Entre les deux, un couloir souterrain... que les enfants franchissent régulièrement pour rendre visite à leur parent interné. Jan Hauger, qui a réussi à se faire embaucher au sein de ce dispositif expérimental étroitement surveillé, ne rate pas une occasion d'être leur accompagnateur. Mais que cherche-t-il ? Et que se passe-t-il réellement dans les sous-sols obscurs et labyrinthiques de la clinique ?" (4ème de couverture)

 

C'est mon second essai de lecture de Johan Theorin. Je ne me souviens plus du premier que j'ai commencé et pas terminé, mais il ne m'avait pas emballé, et pour cause, puisque je ne l'avais même pas fini. Eh, bien me croirez-vous si je vous dis : "bis repetita" ? Ouais, je fais mon fiérot, je place une locution latine. En fait, je peaufine mes langues mortes, parce que la place de pape est vacante à partir de demain, alors si des cardinaux sont tentés par ma libre pensée et mon athéisme forcené, je fais les valises, je pars avec femme(s) -non, je déconne, vous pouvez oublier le "s", enfin surtout si c'est toi qui lis, Madame Yv !- et enfants -là, y'en a bien un "s"- direction Rome. Bon, j'avoue que m'habiller en grande robe blanche ne me fait pas "triper", mais je peux faire des sacrifices vestimentaires. A bon entendeur...

Bon, ad abrupto (je vous avais prévenu, je peaufine), revenons à nos préoccupations littéraires plutôt qu'à des hypothèses totalement loufoques -quoique. J'ai ouvert ce polar à la très belle couverture, très motivé. Très vite j'ai déchanté. Ab initio, je m'ennuie et plus je persiste et plus la motivation initiale rapetisse. Je ne parviens pas à m'intéresser à cette histoire qui traîne en longueur(s), je commence donc à passer des paragraphes, puis des pages, c'est mon modus operandi dans ces moments-là. Ce qui, je dois l'avouer n'est pas bon signe. Dans les livres où l'histoire ne me ravit point totalement, je me raccroche au texte, mais là, rien de bien folichon : ni mauvais ni bon. Alea jacta est. J'abandonne. Certes, je me sens un peu seul, car j'ai lu  des billets positifs : Clara et Keisha entre autres (désolé pour ceux et celles que j'oublie). Mais, de gustubus et coloribus non disputadem. Comme je ne prétends pas détenir la vérité absolue sur ce coup et que errare humanum est, in fine, nolens volens, je veux bien dire que ce livre est un bon polar mais que j'y ai rien capté. Mais je ne partirai pas sans cette déclaration finale urbi et orbi : veni, vidi, vici ; vox populi, vox dei. Magister dixit : cogito ergo sum.

Si après tout cela, je n'ai pas le job, je n'y comprends plus rien : audaces fortuna juvat pourtant. Non mais.

Merci Carol, malgré cet échec et merci à Wikipedia et à Le français : langue de culture pour les locutions latines que je leur ai empruntées.

 

 

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Criminels ordinaires

Publié le par Yv

Criminels ordinaires, Larry Fondation, Fayard, 2013 (traduit par Alexandre Thiltges)

Recueil de textes plus ou moins longs ou plus ou moins courts selon qu'on aime ou pas, dans la même veine que Sur les nerfs du même auteur. Larry Fondation place ses personnages dans des situations difficiles, dans des quartiers dangereux et chauds de Los Angeles. Il décrit des faits de la vie quotidienne qui tournent au tragique ou des actes moins courants comme des agressions, des vols, voire des meurtres mais qui deviennent quasi naturels dans ces quartiers. C'est un peu la version moderne de sexe, drogue and rock'n'roll qui se traduirait par sexe, drogue, rap and guns. Il suffit d'un regard parfois pour que ça tourne mal :

"Je regardais juste dans le vide, je rêvassais, si vous voulez, sans rien mater de particulier. Il ne voyait pas les choses de la même manière ; il pensait clairement que je l'observais. 

- Qu'est-ce que tu mates, là, enculé ? il m'a demandé en me foutant un coup de matraque sur la tronche." (p.78)

Parfois entre deux histoires noires, violentes une pause survient et la chance ou la bonne fortune sourit à l'un des héros. Ce ne sont pas les nouvelles les plus répandues dans le livre, mais elles donnent une note d'espoir malgré tout.

Comme dans Sur les nerfs, les textes de Larry Fondation sont courts, très courts ou un peu plus développés. Il excelle dans les versions ramassées sachant raconter des petites histoires percutantes avec des personnages à la dérive, menés par l'alcool, la drogue ou le sexe et parfois les trois en même temps. Phrases courtes qui claquent. Efficaces. Il est une expression qui dit livre-coup-de-poing qui siérait parfaitement à cette oeuvre. Les héros de Larry Fondation sont de pauvres types, des filles paumées travaillant peu ou pas ou dans des jobs peu enviables :

"C'était un boulot de merde, man. Nettoyer par terre, les chiottes, tous ces putains de bureaux de luxe, la nuit. Plus personne, pas âme qui vive. Mais de tonnes de gens comme nous ; de partout. Impossible de faire la différence entre les chefs et nous. Tout le monde se ressemblait." (p.130)

Un bouquin dur mais intéressant. Prudes et puritains s'abstenir car la violence et le sexe sont présents mais jamais gratuitement ; à chaque fois que L. Fondation décrit une scène terrible ou sexuée (voire les deux ensemble) elle est justifiée. Très actuel, sans doute très étasunien, mais croyez un non-amateur -mais point primaire- de la littérature de ce pays en particulier et sa culture en général (ah, ils en ont une ???), c'est un bouquin qui mérite un instant d'arrêt sur ses pages.

Merci Dominique.

 

 

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Le paradis pour demeure

Publié le par Yv

Le paradis pour demeure, Pierre d'Ovidio, Presses de la cité, 2013

Bertrand, agriculteur dans le centre de la France monte à Paris pour voir les putes. Chemin faisant, il rencontre dans les rues parisiennes une jeune SDF, Marianne. Il discute avec elle, lui paye un verre et lui propose de venir quelques temps chez lui, contre rien. Juste pour avoir une présence le soir en rentrant de ses tâches quotidiennes. Et plus si affinités...

Pas mal sur le papier, et puis finalement, rien de folichon. Cette rencontre très improbable pourrait être intéressante, mais j'ai trouvé que ça tournait en rond. Les procédés narratifs sont archi-connus : la rencontre entre deux êtres qu'absolument tout oppose, le paysan naïf et la petite jeune de la banlieue parisienne qui a déjà vu pas mal de choses moches, le billet de 50€ déchiré par Bertrand pour attirer Marianne dans sa campagne, ... L'auteur le sait, il l'écrit que tout cela a déjà été dit : "La moitié de billet ? Le procédé ne lui paraissait plus aussi convaincant. Il avait dû lire ce truc ridicule dans une histoire de mafia. Ou d'espionnage..." (p.68/69), mais il persévère tout de même. Comme pour se donner bonne conscience d'écrire des banalités, ou prendre du recul ou de la hauteur ? Ou alors une forme d'humour que je n'ai pas comprise ? 

Alors, certes, les personnages évoluent, apparaissent beaucoup plus complexes qu'ils ne pourraient le laisser penser au départ, chacun ayant sa part de mystère ou ses énormes casseroles... 

Certes encore, la lecture n'est point désagréable, Pierre d'Ovidio emprunte à différents registres de langage donnant du rythme et une certaine réalité à son récit...

Alors quoi ? Eh bien, tout ce que j'ai dit au départ fait que je n'adhère pas à ce bouquin, très visuel pourtant, les images viennent facilement à l'esprit : je m'imaginais presque un samedi soir de fatigue, devant un téléfilm un peu vieillot à l'intrigue éculée, avec des comédiens qui font ce qu'ils peuvent pour tenter de nous intéresser à leur histoire. Qui n'a pas vécu ce genre de soirée ? Pas insurmontable, presque pas désagréable. Reposante et loin d'être inoubliable.

 

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Délivrance

Publié le par Yv

Délivrance, Jussi Adler-Olsen, Albin Michel, 2013 (traduit par Caroline Berg)

Une bouteille à la mer. Retrouvée en Écosse. Elle atterrit sur le bureau de Carl Morck, responsable du Département V de la police de Copenhague, chargé d'enquêter sur de vieilles affaires non classées. Très vite, Carl et son équipe (Carl, Assad et Rose) comprennent que cette lettre émane d'un jeune garçon probablement enlevé avec son frère des années plus tôt au Danemark. Commence alors un travail de fourmi pour savoir qui sont les enfants enlevés et non signalés comme tels et bien sûr qui est le kidnappeur.

En ouvrant un livre de Jussi Adler-Olsen concernant cette équipe du Département V, je me demande toujours le dossier qui en sera la clef de voûte finira sa course sur le bureau de Carl Morck. Par hasard, comme dans Miséricorde ? Par "piston", comme dans Profanation ? Eh bien, ici, c'est le moyen le plus vieux, le plus élémentaire voire enfantin : une bouteille à la mer ! Un bout de papier dans une bouteille, un message écrit avec du sang, celui d'un enfant ! Et voilà que l'auteur construit son gros polar (665 pages tout de même !) et déroule son histoire, sans longueurs, sans que le lecteur à un moment ou un autre ne se sente perdu.

En débutant ma recension, je me demandais comment l'écrire. J'ai été conquis par le premier tome, enthousiaste sur le deuxième, comment serais-je pour ce troisième ? Au risque de faire des déçus, je suis encore un cran au-dessus. Rien à dire de plus que : j'adore ! Voilà, je peux remballer, et vous vous précipiter sur cette série. Là où je suis très inquiet, c'est que le cinquième tome va prochainement paraître au Danemark et que les aventures du Département V devraient compter onze volumes ! Il va falloir être très bon pour tenir le rythme et tenter de dire tout le bien des prochaines parutions (si tant est qu'elles soient bonnes, mais j'ai bon espoir) sans se répéter.

Pour Délivrance, rien ne change mais ce n'est absolument pas la même histoire. Rien ne change car on retrouve Carl, Assad et Rose et leurs rapports parfois compliqués. Carl n'est toujours pas motivé par son boulot : il ne pense qu'à faire des siestes : "Encore une histoire qui va m'empêcher de poser mes jambes sur la table et de faire la sieste, songea Carl tandis qu'il redescendait l'escalier en soupesant le carton. Quoique. Un petit roupillon d'une heure ou deux n'allait pas détériorer les relations dano-écossaises." (p.42)

Malgré tout les personnages évoluent, Assad ne dévoile toujours rien de sa vie, et Carl a des doutes quant à son passé en Syrie et même son présent au Danemark. Rose, elle se fâche et envoie Yrsa, sa jumelle la remplacer, ce qui n'est pas forcément pour faire plaisir à Carl. On se demande parfois qui de Carl, Yrsa ou Assad est le plus efficace ; si l'on reconnaît un grand patron à sa capacité de déléguer et de synthétiser alors Carl en est un ! Cossard avéré, mais bien entouré, qui plus est par deux personnes qui ne sont pas des policiers, Carl finit toujours par retrouver cette petite étincelle qui le propulse et ne le fera plus lâcher son enquête quoiqu'il lui en coûte.

Parallèlement, on suit le kidnappeur, mais aussi ses nouvelles victimes, sa femme ; beaucoup de personnages mais tout est bien classé et je ne me suis pas perdu, malgré des noms  de personnes et de lieux pas toujours faciles à retenir. Le danois n'est pas une langue facile ! L'intrigue tient la route et en haleine jusqu'au bout. Totalement maîtrisée, menée grand train sur la fin, on ne s'y ennuie pas une seule seconde. En outre, Jussi Adler-Olsen a la bonne idée de ne pas faire de ses personnages des gens aigris, blasés. Il y a beaucoup d'humour, apporté soit par des éléments totalement inattendus, comme ces mouches vertes qui volent dans le bureau et qui fascinent Carl, soit par Assad et Rose ou Yrsa. Lorsque celle-ci lui fait part du résultat de ses recherches par exemple en les racontant par le menu  et que Carl ne s'intéresse qu'au résultat :

" Carl se redressa dans son fauteuil. "Vraiment ?". Elle le fixa d'un air mutin. "Ah, on commence à se réveiller, mon petit monsieur". Elle tapota affectueusement le bras poilu de Carl. "Et on aimerait bien en savoir plus, maintenant." Il n'en croyait pas ses oreilles. Lui, qui avait participé au long de sa carrière à plusieurs centaines d'enquêtes plus compliquées les unes que les autres se retrouvait à jouer aux devinettes avec une intérimaire en collant vert pomme." (p.163)

Excellent polar qui a en son sein tout ce que j'aime : des personnages vraiment intéressants et bien décrits, de belles intrigues, de l'humour et même malgré les thèmes abordés souvent lourds, de la légèreté. Incontournable ! Indispensable ! Inévitable !

Tout plein de critiques sur Babelio.

Merci Carol

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Profanation

Publié le par Yv

Profanation, Jussi Adler-Olsen, Albin Michel, 2012 (traduit par Caroline Berg)

Le dossier d'un double meurtre perpétré 20 ans plus tôt atterrit sur le bureau de Carl Morck. Le problème est que le coupable est sous les verrous. Alors pourquoi ce dossier est-il là, puisque le Département V ne s'occupe que des affaires non résolues ? En l'ouvrant, Carl et Assad s'aperçoivent qu'il met en cause trois hommes aujourd'hui très puissants au Danemark. Ont-ils voulu étouffer l'affaire ? Quel rôle a joué Kimmie, cette jeune femme de bonne famille devenue SDF qui se cache de tout le monde et particulièrement de ces trois hommes, ses trois anciens camarades ?

Deuxième enquête du Département V créé dans Miséricorde, ici chroniqué : j'ai dit tout le bien que je pensais de ce livre. Au risque de décevoir tous mes fans -euh, est-ce bien le terme approprié ?-, je ne ferai pas preuve d'originalité, puisque ce deuxième roman mettant en scène Assad et Carl est tout aussi bon. Certes, il n'y a plus la surprise de découvrir les personnages, mais il y a un certain plaisir à les retrouver quelques mois après leur premier dossier bouclé. Assad est toujours aussi surprenant et Carl toujours aussi peu enclin à bosser ; mais lorsqu'on lui met des bâtons dans les roues, lorsqu'on le met à pied parce qu'il s'intéresse de trop près aux trois hommes influents du pays, il renâcle et agit. Carl est un électron libre qui n'obéit à personne. Qu'on se le dise au royaume du Danemark ! Cependant, il aura fort à faire avec cette enquête qui le mènera dans un monde qu'il ne fréquente pas d'habitude, celui du fric, des héritiers, des écoles de prestige. En plus, comme sa précédente enquête a été appréciée, on lui adjoint une secrétaire, Rose, qui s'avère tout comme lui et Assad, ingérable, mais d'une efficacité redoutable :

"Alors c'est toi qui l'a récupérée, Carl ? Eh ben ma poule, si tu veux un bon conseil : évite de la faire boire. [...] ... pour résumer, elle est maladroite, ingérable dans le boulot et la plupart du temps elle fait carrément preuve de mauvaise volonté." (p.452)

Je me suis donc régalé à la lecture de ce roman policier nordique qui prend à la fois certains traits à ce genre comme les enquêtes longues, précises, le travail minutieux même s'il mène dans une impasse et qui n'oublie pas aussi de s'en éloigner un peu en faisant preuve d'humour. Carl est certes désabusé, revenu de tout, fatigué et peu énergique, mais il garde une ironie certaine sur sa vie, ses relations.

 "Ils avaient passé une heure à table, et Mona Ibsen commençait à se dégeler un peu quand soudain il fut submergé par une telle vague de soulagement et de bien-être qu'il s'endormit comme une masse. La tête artistiquement disposée au milieu de son assiette entre le steak et les brocolis." (p.462)

Assad est totalement décalé, ne parle pas un danois impeccable ce qui provoque quelques quiproquos (Jussi Adler-Olsen a le bon goût d'en jouer sans en abuser), et son enthousiasme à lui tranche avec la relative apathie de Carl. Rose, qui vient d'arriver a l'air pas mal déjantée également. Un trio improbable, dépareillé mais efficace. 

J. Adler-Olsen distille quelques informations sur la vie de ses personnages au fil des pages. Si on connaît celle de Carl, on imagine que celle d'Assad est très différente du peu qu'il en dit et une rencontre musclée dans le métro met la puce à l'oreille de Carl, mais nous n'en saurons pas beaucoup plus. Il parle aussi en filigrane de la société danoise, même si ses romans ne sont pas des polars sociaux comme peuvent l'être ceux d'Henning Mankell par exemple. Néanmoins, entre les lignes, on peut lire une critique ou un constat de ce pays : ses riches, ses pauvres, sa police qui manque de moyens mais à  laquelle on demande de plus en plus, le racisme quotidien, ...

Autant vous dire que désormais je suis totalement ferré et que le troisième tome qui m'attend sagement tout en bas de ma très modeste pile de livres risque de monter de plusieurs crans.

 

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Ça coince ! (12)

Publié le par Yv

Mouche', Marie Lebey, Éd. Léo Scheer, 2013

Mouche' avec l'apostrophe, c'est le surnom de la maman de Marie Lebey. Fantasque, parfois ridicule, originale, d'origine belge tout cela la caractérise. Marie Lebey parle d'elle, mais aussi d'elle-même, de ses enfants...

Le livre de l'auteur qui parle de ses parents est quasiment un passage obligé. Certains s'en tirent bien, très nombreux, trop pour que les cite ici. D'autres font de leurs vies et de celles de leurs proches l'essence même de leur littérature. Je ne connaissais pas du tout Marie Lebey, n'avais donc aucun a priori, mais je n'ai pas accroché à son récit. Brouillon, passant du coq à l'âne de faits intéressants à des actes plus anecdotiques, je n'ai réussi à m'intéresser ni à sa vie ni à celle de Mouche' ni à la manière de les narrer ou plus exactement de les écrire. Pas convaincu, je me suis ennuyé, même si je suis allé au bout de cette lecture, bon d'accord, 125 pages, l'effort ne fut point immense !

 

Six problèmes pour don Isidro Parodi, Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares, Rober Laffont, 2013 (Denoël, 1967) (traduit par Françoise-Marie Rosset)

Don Isidro est en prison pour un acte qu'il n'a pas commis. Depuis sa cellule, il est connu pour résoudre des cas difficiles, des énigmes. Viennent à lui des notables, des hommes qui cherchent réponses à leurs questionnements, qui veulent rétablir une situation bancale. 

Je comptais sur le nom des auteurs pour me captiver, mais las, je n'ai pas les codes pour entrer dans leur littérature. Beaucoup de noms dont je ne sais s'ils sont réels ou pas, beaucoup de références à la vie en Amérique du sud que je ne connais pas. Chaque nouvelle -au nombre de 6 comme dit dans le titre- débute par ces noms et références et me perd quasi définitivement. Dommage. D'autant plus déçu que je me faisais une joie d'ouvrir ce livre à la si belle couverture et aux noms d'auteurs si prestigieux.

 

 

Génération H, Alexandre Grondeau, Éd. La lune sur le toit, 2013

"Sacha, Jo et leurs amis appartiennent à la génération H. Amateurs de Skunk, de double zéro, de pollen, de charasse ou d'aya, ils passent leurs journées à fumer des deux ou trois-feuilles, à tirer des bangs, à se faire tourner des shiloms et des pipes en tout genre." (4ème de couverture)

Aïe, aïe, aïe. M. Grondeau et Mme La-lune-sur-le-toit, je suis désolé, je n'ai rien de perso contre vous, je n'avais pas aimé votre collaboration précédente (Pangée), je n'apprécie pas plus celle-ci. Ça part très mal entre nous je sais mais que voulez-vous, parfois, ça ne peut pas coller. Le mieux est que nous en restions là de notre histoire commune. Ça fait mal, sans doute, mais persévérer ne ferait qu'aggraver les choses. Continuez à écrire des histoires qui ne me siéent point ni dans l'écriture ni dans les thèmes, mais qui ont sûrement leur public, et je demanderai à l'attaché(e) de presse de ne plus me les envoyer. Restons-en là, ça vaut mieux pour nous tous. Pour vous qui ne lirez ni ne verrez plus paraître d'articles désagréables fâcheux émanant de moi -même si, en toute modestie, je ne suis pas dupe de la très très relative portée d'iceux. Pour moi qui ne me creuserai point trop l'esprit pour tenter d'écrire un billet soft, alors que ma propension -on ne se refait pas- me pousserait à n'en dire que du mal. 

Bien à vous, 

Yv.

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Chambre froide

Publié le par Yv

Chambre froide, Tim Weaver, MA Éditions, 2013 (traduit par Véronique Gourdon)

David Raker est un ex-journaliste. Il a arrêté le métier pour consacrer ces derniers mois à sa femme mourante, Derryn. Cependant quelques mois avant sa mort celle-ci l'a encouragé à rechercher un enfant disparu, puis comme il le fit avec succès, à en faire son activité principale. Dix-huit mois après le décès de sa femme, David, pas toujours bien remis, rencontre Mary Towne qui lui dit avoir revu son fils Alex, alors qu'il est censé être mort depuis un an. Pas convaincu, David accepte néanmoins ce travail, pour Mary, ancienne collègue et amie de Derryn. Une enquête terrible pas avare en  découvertes. 

"Ouah" et "ouf" me dis-je en refermant ce thriller anglais, et non pas une contraction de ces deux onomatopées qui me ferait passer pour un toutou à sa mémère. "Ouah", parce que Tim Weaver m'a emmené très loin des thrillers communs pleins de tueurs en série et d'hémoglobine. "Ouf", parce que tard dans la nuit j'allais enfin pouvoir éteindre la lumière : difficile de quitter ce bouquin lorsqu'on est à cent pages de la fin. Ceci étant, une fois fini, tard dans la nuit donc, le sommeil ne sera peut-être pas exempt de quelques images fortes, voire de cauchemars. Pourtant, tout commence plutôt sobrement et lentement : la recherche d'un homme porté disparu depuis 6 ans et reconnu comme mort depuis un an. Mais très vite, David se heurte à des secrets : une société secrète, mystérieuse serait derrière cette disparition. La tension monte, à tel point qu'on se demande pourquoi David persévère : "Je restai figé sur place, sentant l'incertitude couler dans mes veines. Je me sentis oppressé, une sensation que j'avais déjà ressentie avant, dans les semaines qui avaient suivi la mort de Derryn. L'impression d'être au bord d'un précipice et de regarder le sol se dérober sous mes pieds. Mais quand j'aperçus mon reflet dans la vitrine d'un magasin, je compris à quel point cette affaire avait donné un sens à ma vie. J'avais retrouvé mon énergie. Et je compris que si je voulais continuer à aller de l'avant, je devais le faire. Il fallait que je franchisse le pas." (p.134)

Le suspense monte du début à la fin, maîtrisé, terrible pour finir sur des pages haletantes, prenantes. Loin d'être spécialiste du thriller, j'avoue avoir été pris quasiment de bout en bout (j'ai commencé ce bouquin un week-end, en même temps qu'un virus gastro-grippo-bizaroïde qui m'a cloué à la maison trois jours durant ; profitable pour la lecture et le régime ; il faut voir le bon côté des choses, mon éternel optimisme !). Le personnage de David Raker n'est pas mal travaillé, on entre en lui (c'est le narrateur-première personne); on devine ses pensées, ses craintes, ses doutes. Quelques réserves quand même sur David qui ne vit quasiment plus sans feue son épouse en tête (mais bon, c'est aussi elle qui le fait avancer), procédé un peu répétitif et surtout sur les coups qu'il se prend dans le final qui m'évoquent inévitablement les films d'action étasuniens dans lesquels les gros bras se castagnent et sortent à peine essoufflés et amochés. Certes David l'est, amoché, il passera plusieurs jours à l'hôpital. Mais un centième de ce qu'il endure suffirait à me tuer, moi homme "normal", mais j'ai quand même mon virus qui me diminue, parce qu'habituellement ... . Je me dis que c'est le genre qui veut ça, et puis, le reste est quand même très bon, donc je passe allègrement sur ces détails. D'ailleurs il a intérêt à être bon le contenu, parce que les livres MA Éditions sont assez austères : mise en pages dense, pas de chichi ; le minimum syndical du lecteur. Heureusement, le livre de Tim Weaver est largement dialogué, ce qui aère un peu les pages.

En quatrième de couverture, il est précisé que ce roman "est le premier volume d'une trilogie axée sur le personnage de David Raker, un homme qui recherche des personnes disparues". Si les autres sont du même acabit, je prends.

Merci Inès.

 

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Les mâchoires du passé

Publié le par Yv

Les mâchoires du passé, Bernard Boudeau, Éd. In Octavo, 2013

Jean-Pascal Gontier est un ex-militaire reconverti en enquêteur spécialisé dans la veille technologique. Ses clients sont des entreprises. Le jour où sa compagne, Margaux lui demande de rechercher un homme disparu depuis un an, Haritz, il accepte. Mais malgré sa bonne volonté, son enquête au Pays Basque piétine. Il décide alors d'honorer un contrat d'une société française victime de rumeurs de la part de la concurrence qui le mènera à San Fransisco, a priori loin du Pays Basque. Mais les hasards des rencontres déjouent parfois les a priori.

J'ai eu un tout petit peu de mal à entrer dans le livre parce que déboulent des noms et des situations directement liés au tome précédent des enquêtes du commandant JP Gontier. Même le statut du narrateur, JP Gontier n'est pas clair, on ne sait à quel titre il intervient ! Mais finalement, tout rentre très vite dans l'ordre et c'est avec un plaisir grandissant que j'ai lu les 420 pages de ce polar très réussi. Si tous les indices du départ ne sont pas dévoilés (tant mieux, ça me permettra de lire les aventures antérieures de JP Gontier sans que le suspense ne soit défloré), le principal, ce qui permet la bonne compréhension de cet épisode se dévoile petit à petit. 

Amateurs d'enquêtes classiques, minutieuses, précises dans lesquelles le moindre détail a de la valeur, vous serez comblés. Dans la première partie, celle qui consiste à rechercher une personne disparue, JP Gontier suit toutes les pistes, va d'informateur en informateur, de rixes en discussions, de dialogues de sourds en menaces. Dans la seconde partie, celle qui concerne l'intelligence économique, le vrai métier du héros, on apprend plein de trucs sur les méthodes des entreprises pour discréditer un concurrent, pour le disqualifier et prendre de l'avance sur lui. Là encore, l'enquêteur doit faire preuve de discrétion, d'initiatives, de flair et d'obstination. La technique est la même que pour une recherche de personne : essayer toutes les pistes, même la plus insignifiante au départ. 

D'habitude, dans un polar, on suit deux histoires en parallèle qui se rejoignent à la fin du livre, deux visions d'une même histoire souvent. Là, plus original, c'est la même personne qui mène deux enquêtes totalement opposées qui doivent normalement avoir des points communs ; franchement, ces points communs sont loin d'être évidents lorsque débute la seconde partie.

"Dans sa conversation, sa femme lui conseillait d'abandonner l'enquête basque. Elle lui disait que, s'il avait le sentiment de perdre son temps il valait mieux qu'il abandonne. [...] L'enquête sur les nouvelles technologies serait arrivée à point nommé pour lui donner le prétexte de laisser tomber Haritz.

- Et de quelles technologies s'occupe ce cher détective ?

- Un fil... [...] un croisement, une greffe entre une araignée et un plant de coton.

- Effectivement, c'est loin des préoccupations de Nathalie Ossaty, un croisement entre une araignée et un plant de coton." (p.280/281)

Polar très bien mené, maîtrisé. Ça ne va pas à cent à l'heure, mais la tension est palpable dès le début et augmente au fur et à mesure des pages qu'on ne lâche plus. Même le passage d'un pays à l'autre, d'une enquête à l'autre ne la fait point retomber. Une ballade entre le Pays Basque et les États-Unis, plus particulièrement la Californie et le Nevada, le lac Tahoe (déjà présent dans un autre excellent polar Tahoe l'enlèvement de Todd Borg)

Merci Inès (Gilles Paris)

 

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