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polar-noir

Disparitions en Picardie

Publié le par Yv

Disparitions en Picardie, Gérard Bertuzzi, Ravet-Anceau, 2012

Un chef d'entreprise de travaux publics disparaît. Un retraité promenant son chien itou. Le même jour. Rien ne les relie ce qui embête bien les gendarmes. Puis, dix ans plus tard, lors du chantier d'une piscine, un corps enterré depuis presque dix ans est retrouvé. Tout cela pourrait être une seule et même affaire pense le commandant Bourbon.

Dans le même temps, Nono Radosky tente de refourguer des pièces anciennes et rares à un numismate lillois qui flaire l'embrouille. Mais Nono n'est pas homme à se laisser faire.

Toujours aussi sympa cette collection Polars en Nord des éditions Ravet-Anceau. Nous voici là au coeur de la gendarmerie de Compiègne qui planche sur les disparitions. Le commandant Bourbon est excellemment secondé par le chef Keller. A eux deux, malgré l'intuition et le travail de fourmi, l'enquête piétine. "[...] l'intuition, c'est elle qui fait s'accrocher les hommes comme des morpions à leurs recherches, dans quelque domaine que ce soit. [...] C'est elle aussi qui fait plancher le chef Keller comme un malade, lire, relire encore et encore les dépositions, les constatations, les rapports du légiste, examiner les photos à s'en faire péter la rétine.. Il a un bel os à ronger, le gendarme. Il la sent la solution. Il la sait là, la clef de l'énigme, sous ses yeux, entre ses mains, dans ces deux dossiers qu'il croise méthodiquement et qui finissent par s'entremêler, par lui mettre la cervelle en compote. Il en rêve la nuit, pendant les repas, le week-end, sous la douche, aux toilettes... C'est devenu une obsession." (p.120)

Puis, un événement, la découverte du corps enterré viendra réveiller l'intuition de Bourbon et le travail de fourmi reprendra avec un peu plus de succès.

Pas mal du tout ce petit polar. Écriture simple, alerte pas dénuée d'humour et de légèreté. Si je fais la fine bouche, mon bégueule, je pourrais dire que je ne goûte que moyennement le flot de calembours et de blagues pas toujours très fins, un rien potaches et basiques, mais c'est un écueil largement franchissable. D'autant plus que Gérard Bertuzzi sait mener son intrigue. Au moment où on la croit finie, eh bien, il en rajoute une petite couche pour nous tenir jusqu'au bout de ses 220 pages. Ce n'est pas un thriller, loin de là, le rythme n'est pas effréné, mais un bon petit polar qui ne vous polluera pas l'esprit mais ne vous décevra pas. 

 

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Miséricorde

Publié le par Yv

Miséricorde, Jussi Adler-Olsen, Le livre de poche, 2013 (Albin Michel, 2011, traduit par Monique Christiansen)

Merete Lyyngaard est retenue depuis cinq ans dans une pièce vide, nourrie grâce à des seaux que ses ravisseurs lui passent par un sas. Mais pourquoi, nul ne le sait. Cette ancienne espoir de la politique danoise a disparu du jour au lendemain.

Carl Morck, flic de Copenhague, revient au travail après une interruption due à une fusillade subie par ses collègues et lui. L'un est mort, l'autre est sur un lit d'hôpital, paralysé et Carl est le seul à s'en être sorti. Il emmerde tout le monde. Pour s'en débarrasser, la police crée le Département V chargé d'enquêter sur de vieux dossiers pas encore clos. A la tête de cette unité, Carl, assisté de Hafez al Assad, un Syrien, homme à tout faire. Leur première affaire sera par hasard celle de la disparition de Merete Lyyngaard.

Pas mal du tout ce premier volume des aventures de Carl et Assad. On assiste à la naissance du Département V, à leur première collaboration. Le lecteur suit en parallèle, les tergiversations de Carl pas très emballé pour se coltiner de vieux dossiers avec un homme de ménage réfugié politique au passé inconnu (songez, qu'il porte le même nom que l'ancien dirigeant autoritaire de la Syrie, le père de l'actuel qui ne fait pas mieux voire pire que son papa !) et les souffrances de Merete enfermée dans un caisson pendant cinq longues années. Si l'on peut deviner rapidement les raisons de son rapt, puis celles de sa séquestration et les auteurs, l'intérêt du livre consiste au raisonnement des enquêteurs pour parvenir aux bonnes conclusions et à la relation qui s'instaure entre Carl et Assad. 

Carl est un vieux flic à l'ancienne, désabusé, démotivé depuis cette fusillade, qui vit dans une modeste maison en banlieue avec son beau-fils et un locataire éternel étudiant qui le materne. Son ex-femme l'a quitté pour aller vivre ses passions amoureuses dans... l'abri de jardin !

Assad est recruté comme homme de ménage, préposé au café ; il s'avère précieux, doté d'un sens de la réflexion affiné et sensé et malgré quelques initiatives maladroites, très utile :

"Assad avait sûrement extrapolé un peu en remplissant sa mission, mais à quoi fallait-il s'attendre de la part d'un assistant, docteur ès gants de caoutchouc et seau en plastique ? Il faut bien ramper avant d'apprendre à marcher." (p.93)

Cette enquête qui commence en dilettante petit à petit se professionnalise, car Carl reprend goût à son travail, Assad n'y étant pas étranger. Un duo très improbable qui fonctionne. Assad ajoute le côté décalé, humoristique qui fait que l'on ne s'ennuie pas du tout au long de ces 526 pages (version poche). A tel point, pour ne rien vous cacher, bande de petits veinards, que Délivrance, le troisième opus de cette série qui vient de sortir, m'attend gentiment et que je viens d'acquérir la deuxième aventure du Département V, Profanation,  dont je parlerai bientôt.

Merci Anne.

 

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J'aurai ta peau Dominique A

Publié le par Yv

J'aurai ta peau Domnique A, Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez, Glénat, 2013

"Dominique A est un chanteur-compositeur heureux, abordant sa nouvelle tournée avec la sérénité d'un artiste accompli. Une sérénité qui ne fera pas long feu, à cause d'une lettre anonyme annonçant laconiquement : "J'aurai ta peau, Dominique A"... Et pourquoi diable on lui en voudrait à LUI ? Qui peut vouloir la peau d'un inoffensif chanteur même pas si célèbre que ça ? ..." (note de l'éditeur)

Forcément avec un tel titre, je ne pouvais que sauter sur cette BD, moi qui comme je le disais en fin d'année dernière aime beaucoup ce chanteur (clic). Et bien m'en a pris (je tiens ici à remercier Le Merydien qui m'a mis la puce à l'oreille dans l'un de ses commentaires sur l'article concerné par le "clic" précédent).

Voilà donc le chanteur menacé de mort qui devient parano se demandant bien pourquoi on lui en veut. Le soutien de son ami Philippe Katerine n'est pas vraiment là pour le rassurer :

"- C'est bizarre qu'on s'acharne précisément sur toi.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Ben, d'habitude, les dingues, ils s'attaquent aux stars, pas aux chanteurs plus... enfin, moins... C'est juste que t'es pas super connu, tu vois ?

- Ben, si, quand même un peu." (p.13)

Le dialogue qui se poursuit est tout aussi savoureux entre Dominique A un rien vexé de n'être pas reconnu à sa juste valeur et P. Katerine qui se moque gentiment de son copain. C'est d'ailleurs toute la BD qui est savoureuse. Des dialogues et des situations drôles -enfin pour nous lecteurs, peut-être moins pour Dominique A-, un chanteur obligé de réfléchir sur sa condition d'artiste et sur la manière dont il est parvenu à icelle ; parce qu'après tout, il aurait pu faire autre chose que chanteur monsieur Ané ! Le scénario (A. Le Gouëfflec) est plaisant, marrant et original et point n'est besoin de connaître la discographie du chanteur pour apprécier cette BD -même si je ne saurais trop vous conseiller de vous pencher dessus. 

Pour les dessins (O. Balez), je suis un peu moins calé pour les critiquer, mais je peux dire qu'ils me paraissent très bons. En fait, je les aime bien parce qu'ils sont assez réalistes sans aller dans des détails très précis : on reconnaît sans peine les protagonistes. Leurs émotions sont très visibles et l'on ne peut s'empêcher de rire parfois des attitudes ou remarques des uns et des autres. Les couleurs sont plutôt dans des tons chauds (mise à part la vêture de Dominique A, éternellement noire). 

Une BD qui sort de l'ordinaire mettant en scène des personnes vivantes, dont Dominique A, qui signe la préface de l'ouvrage s'inquiétant un peu de son sort : "... à l'heure d'aujourd'hui, même si je sais grosso modo de quoi l'histoire retourne, je n'ai eu que quelques planches sous les yeux. Et si je ne m'abuse, il est question d'avoir ma peau dans le titre... Dans quel(s) guépier(s) m'ont-ils fourré ? Comme si la vie n'était pas assez compliquée..." (p. 2)

J'ai adoré cette BD tant par le scénario que par les dessins, l'ambiance qu'ils créent. Un coup de coeur en cette nouvelle année !

Merci Élise.

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Aimer et laisser mourir

Publié le par Yv

Aimer et laisser mourir, Jacques-Olivier Bosco, Éd. Jigal, 2012

Frederico Lopez, avocat à Bogota se retrouve dans une situation très délicate. Pour s'en sortir, il fait appel à Lucas Murneau, dit Le Maudit, tueur à gages, qu'il emploie de temps en temps, depuis une dizaine d'années, pour des missions très délicates en faveur du cartel de Don José.

Amanda est une prostituée de luxe qui a la malencontreuse idée d'entendre des cris au travers de la porte d'une chambre d'hôtel. Surprise par ses occupants, en fâcheuse posture, elle se défend en tuant un homme, quasiment accidentellement. Le frère de sa victime demande réparation.

Amanda et Le Maudit se rencontreront, s'aimeront et s'aideront.

Polar efficace comme l'était déjà Le Cramé. L'action est internationale : Colombie, France, Croatie. Les personnages sont bruts, parfois même primaires : tueurs, trafiquants, proxénètes, putes, ... Tous de grands humanistes, pensant d'abord à leurs gueules plutôt qu'à celles des autres. L'Abbé Pierre et Mère Térésa ne sont pas invités à bord. Ça défouraille souvent, ça canarde pas mal dans des salons feutrés, dans des bars louches, dans les rues. Bienvenue dans le milieu. Dans les milieux devrais-je dire : celui des Colombiens n'a rien à voir avec celui des Croates ou celui des Corses ! Les points communs entre tous ceux qui déclenchent les rencontres ? Amanda ! Puis Lucas Murneau.

Ne connaissant pas du tout ces univers, je ne saurais dire si le roman de JO Bosco est crédible, mais peu importe, il va vite, emporte tout sur son passage, véracité éventuelle ou virtuelle, a priori sur le genre et même mes quelques réserves ayant trait à un certain lyrisme stylistique que perso, je n'aime point trop, pour clore un chapitre et maintenir le suspense, du genre : "C'était bon d'avoir des amis, quand même, se disait-elle. Tant qu'ils étaient vivants." (p.84), ou pour parler de son personnage principal :

"Ce surnom [Le Maudit], plane encore, là-bas, dans l'esprit des paisanos. Dans leurs cauchemars. Lorsque, au plus profond de la nuit, retentissent à nouveau les cris de terreur et de douleur des victimes, montent les flammes et l'odeur de chair brûlée, alors que dans le regard de l'homme aux yeux verts, flambent les feux de l'enfer. On l'appelait le Maudit." (p.22)

Oubliées ces réserves donc parce que l'écriture de JO Bosco n'a pas besoin de ces artifices pour être efficace. Il sait créer une tension qui monte inexorablement et un suspense qui prend le même chemin en côte. Sans fioriture, il va doit au but, même s'il se réserve quelques pages plus douces sur la relation entre Le Maudit et Amanda, sur certains paysages. Langage direct, parfois cru, juste ce qu'il faut pour aimer son livre et ses personnages même si de prime abord leurs métiers n'incitent pas à la sympathie et encore moins à l'empathie :

"Le Corse voulut savoir où se trouvaient ses chefs, plus encore le fameux Croate. Il dut faire griller un deuxième Albanais pour le pousser à parler. Le lieutenant avait trop peur des siens, il fallut opérer différemment avec lui. Un des amis du village lui versa une casserole d'eau bouillante sur les couilles, il finit par donner l'adresse de ses chefs, mais jura ses grands dieux qu'aucun d'eux ne savait où se trouvait le Croate." (p.176)

Excellent polar des éditions Jigal dans lequel vous pouvez plonger sans risque de déception, sauf à ne pas aimer le genre, mais là, vous êtes avertis, c'est dur pur, du vrai !

 

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Fête fatale

Publié le par Yv

Fête fatale, William Katz, Presses de la cité, 1986, réédition 2012 (traduit par Danielle Michel-Chich)

Samantha est une femme heureuse. Trente-cinq ans, elle vit le parfait amour avec son récent mari Marty. Pour ses quarante ans, elle lui prépare une fête et voudrait y ajouter une surprise : des témoignages d'amis d'enfance, d'anciens professeurs, ... Mais elle ne trouve personne. Marty n'a pas de passé à ce nom-là. 

L'inspecteur Spencer Cross-Wade, proche de la retraite est lui, sur son ultime affaire, celle qu'il suit depuis six ans. Depuis qu'un tueur, tous les 5 décembre, assassine une femme selon un rituel bien défini. Il compte bien mettre fin à ces agissements avant de partir à la retraite.

Polar écrit en 1984, traduit en français en 1986 et réédité cette année. Plus qu'excellente idée ! On est dans la tête du flic, dans celle de Samantha supposée être la future victime, dans celle de Marty, supposé être le tueur du 5 décembre. Je dis supposé, parce que tout au long du livre on pense que les rôles sont répartis comme cela tout en se disant que c'est trop facile. Je n'en dirai pas plus sinon que l'intrigue tient le lecteur jusqu'aux toutes dernières lignes. 

Loin d'être spécialiste du genre polar, j'ai comme l'intuition que celui-ci est dans les premiers du genre thriller avec serial killer comme on dit en bon français ! Pas daté du tout sauf pour le manque de moyens techniques. Maintenant, depuis Les Experts, les films, séries et bouquins regorgent d'ordinateurs, de techniques plus abouties les unes que les autres pour confondre un assassin : ADN, géolocalisation, ... Ici même pas de portable, pas de PC ni de smart phone : 

"- Où vas-tu passer la nuit ? Demanda-t-elle en saisissant un papier et un crayon.

- Je ne sais pas encore. Mais je serai de toute façon impossible à contacter ! Mon client ne prend pas d'appel à son bureau et a réservé une chambre d'hôtel pour éviter la presse. Je dois rester avec lui mais je t'appellerai dès que je pourrai." (p.213)

Incroyable n'est-il pas ? Lui, pas joignable et elle qui prend "un papier et un crayon" ! Quelle joie, ça repose et ça permet de se concentrer sur les personnages qui passent par plusieurs phases. Le flic, S. Cross-Wade passe du train-train à l'enthousiasme pour boucler l'affaire ; Samantha de la peur d'être victime au soulagement de ne plus l'être puis elle a de nouveau peur ; Marty du statut de tueur présumé à celui d'innocent, puis redevient suspect. Rien n'est simple dans cette histoire qui pourtant au départ paraît facilement résoluble. Rien non plus n'y est extra-ordinaire, on pourrait l'avoir lue ou vue plusieurs fois, imitée, plagiée mais malgré cela j'ai pris un très grand plaisir à être dans toutes les têtes en même temps : une gymnastique qui tient en haleine jusqu'au bout.

Grand merci à l'éditeur (Presses de la cité) et à Babelio (masse critique) pour ce partenariat très largement favorable.

Gérard Collard de la griffe noir a aimé aussi et dit même pourquoi ce livre est très symbolique pour lui (ici).

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Guerre totale

Publié le par Yv

Guerre totale, Jean-Luc Marret, L'Éditeur, 2012

"C'est la guerre, la vraie, sans fards, baroque... totale ! L'humanité s'étripe enfin pour de bon. Au milieu de ce marasme, l'Albanistan, un petit pays réputé pour ses oignons et fasciné par les Kalachnikovs et le disco, mène, sous le joug de l'Union patriotique, un combat de traîne savates contre son voisin. Mais la guerre totale, c'est aussi la guerre des sexes. A votre gauche, sur le ring, Ali Karaté, un mâle de taille et d'intelligence moyennes, essaie d'échapper à Manjola, à votre droite, 95C d'intelligence et de séduction. Tout ça risque de mal finir." (4ème de couverture)

Comment dire ? Comment dire ? Que ce bouquin est un objet non identifié, non identifiable ? Que j'ai lu un truc magnifique ? Ou au contraire absolument illisible ? Le moins qu'on puisse dire c'est que si vous ouvrez ce livre, vous ne pourrez pas vous contenter d'un laconique : "ouais, bof !" Indifférence impossible. Pour ma part, histoire de déflorer le suspense tout de suite, je peux vous affirmer que j'ai été passionné par ce roman, avec néanmoins quelques réserves. 

Difficile de dissocier le fond de la forme. Une partie des chapitres de JL Marret parle d'un conflit international, mondialisé. Dans ces paragraphes, l'auteur s'amuse avec la mise en pages : nombreux points de suspension pour des propos soi-disant censurés par tel ou tel groupuscule, polices de caractères et couleur de texte différentes parfois dans un même mot ! L'auteur tape sur nos sociétés, sur ceux qui nous dirigent. Ses premières phrases :

"L'humanité se lâchait et pas qu'un peu, cette fois-ci. Plus de guerres justes, plus d'invasions, plus de batailles décisives. Rien. Plus de petites guéguerres soi-disant mondiales. Rien ! Des jeux d'enfant, tout ça. Billevesées. Du travail d'amateur. Et pourquoi ? Pour pas grand chose, du boulot inachevé, ni fait ni à faire. Non, là, c'était la bonne, l'Apocalypse. Des millénaires à trépigner, à s'entraîner, à faire semblant et là, on y était. La guerre totale. La vraie. L'Apocalypse." (p.9)

Pas mal non ? Et puis un auteur qui place le mot billevesées mérite le respect (intime joke, billevesée étant un mot que j'aime beaucoup, mais ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien. C'est. Et c'est tout.) Par contre, les réserves dont je faisais état plus haut sont dans ces passages, parfois un peu longs et répétitifs. Je trouve qu'ils alourdissent le roman déjà pas très léger ni dans le thème ni dans son histoire ni dans le volume (445 pages). 

Dans les autres paragraphes qui concernent le "petit" conflit Albanistan/Serbie et quelques personnages en particulier, Ali Karaté et le Commandant Zobsky notamment, le style est plus classique, apaisé. Mais bien sûr tout est relatif, parce que du classique ou de l'apaisé chez JL Marret, ça remue encore et toujours : "Ali esquissa un maori mataka -externe- avec la main droite et répéta... Le mot ! Bon sang, le mot ! Zoboromouk !!... L'homme aggrava son cas, avec talent d'ailleurs, par une initiative malheureuse... Je ne sais plus... J'arrive... Et il s'approcha pour toucher Ali, s'abriter auprès de lui, établir un meilleur contact, qu'ils se palpent, se reconnaissent, s'apprécient, s'émeuvent, peut-être même qu'ils s'embrassent ! Au lieu de quoi, Ali eut peur. Brusquement, prêt à tirer, il pointa sa Kalachnikov vers le type... Nom de Dieu ! Le mot !? Tu te rappelles plus alors ?!! Le mot !! Halte, 'culé !! Le mot!!... Et un peu raide et à froid, il lança un coup de pied circulaire dans le vide, histoire d'impressionner." (p.185/186)

L'auteur joue avec les mots, les triture, les déforme, en invente et fait preuve d'une belle innovation qui personnellement me ravit. Je prends, j'applaudis des deux mains (parce qu'à une seule c'est pas facile, essayez un peu !). Je me suis régalé à lire les mésaventures d'Ali et de Zobsky, j'ai ri souvent. Il y a un chapitre irrésistible dans lequel l'auteur parle du rapport des chanteuses disco avec les combattant albaniks. Il est fort dommage que je ne puisse le reproduire dans son intégralité ici, mais il est à tomber (à partir de la page 110).

Difficile de ne pas penser à Céline qui a été un des premiers à exploser l'écriture avec génie. Jean-Luc Marret ne peut nier son influence, l'ombre de Bardamu flotte au-dessus de l'Albanistan. Un premier roman inclassable qui laisse augurer d'autres livres du même auteur, alléchants (les livres à venir bien sûr, pas l'auteur).

Merci Léna.

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Furioso

Publié le par Yv

Furioso, Carin Bartosch Edström, JC Lattès, 2012 (traduit par Frédéric Fourreau)

Les musiciennes du quatuor Furioso s'isolent sur un îlot privé appartenant à Louise, l'une d'entre elles, premier violon, pour enregistrer leur prochain disque. Mais Louise se blesse juste avant le départ et demande au grand Raoul Liebeskind de la remplacer. Raoul, artiste mondialement reconnu, séducteur impénitent avec qui au moins la moitié du quatuor a couché. Ce huis clos favorise la résurgence de rivalités, d'histoires anciennes. Un soir, un corps sans vie est retrouvé sur l'île. Ebba Shröder, commissaire, est chargée de l'enquête, chargée de trouver qui, parmi les îliens du moment a pu commettre le crime.

Dans la plus pure tradition des romans policiers nordiques. Lenteur, pistes poussées jusqu'au bout même si elles débouchent sur des impasses, point de flic à sixième sens ou à flash. Tout est méthode et travail et la vérité se fait jour, fruit des recherches des uns et des autres, des consultations, des regroupements d'idées. Si vous n'aimez pas le genre, tant pis. Mais si vous avez aimé les Wallander, Erlendur, et autres, stop ! Arrêtez-vous et prenez le temps de savourer ces 587 pages particulièrement fines.

Mais revenons au début. Ce roman ne débute pas comme un polar classique. Les 250 premières pages sont consacrées à la musique classique et surtout aux relations qu'entretiennent ces quatre femmes avec Raoul, entre elles et lui avec elles. Car évidemment, il est au centre de toutes les attentions : lui, la star des violonistes, charismatique, séduisant et séducteur pour user d'un euphémisme. Chaque protagoniste est présenté en détail, ses relations aux autres analysées, scrutées. L'auteure nous fait entrer dans l'intimité de chacun, nous dresse des portraits précis : "Caroline avait posé son violoncelle par terre pour s'attacher les cheveux. Des boucles rebelles retombèrent devant son visage, l'obligeant à renouveler l'opération. Elle tourna la tête d'un mouvement svelte, si bien que son cou s'étira, puis, quand elle passa les bras derrière sa nuque, sa poitrine ronde se souleva, ce qui eut pour effet de faire remonter le bas de son T-shirt, découvrant, l'espace d'une seconde, l'anneau en argent qu'elle portait au nombril." (p.73)

(Peut-on dire d'un geste ou d'un mouvement qu'il est "svelte" ? Ou parler de "coopérativité", p.405 ?)

On pourrait juger qu'elle fait trop dans le détail, qu'elle dilue le texte, mais même moi qui ne suis pourtant pas fan des pavés -et ça, c'est une vraie litote-, je n'ai jamais eu cette idée en lisant, je trouvais que tout se mettait en place lentement, un peu comme si j'étais avec ces femmes et Raoul pendant leur séjour. Un roman d'atmosphère à la Agatha Christie ou à la Georges Simenon qui savaient magnifiquement s'introduire dans la vie intime de leurs personnages et créer une tension seulement avec cela. A tel point d'ailleurs, que dans Furioso, on sait qu'il va y avoir un mort, mais pendant ces 250 premières pages, on ne sait pas qui ! Tout le monde pourrait y passer, tué par n'importe lequel des autres. Un petit aparté pour remercier ici le ou la concepteur(trice) de la 4ème de couverture, pour une fois exactement comme il faudrait qu'elles soient toutes : tentantes sans en dire trop !

Et puis, le cadavre apparaît -mais je ne vous dirai pas qui- et Ebba Shröder aussi avec Vendela, sa collègue. Alors, l'écheveau des relations entre tous déjà très emmêlé se complique encore. Jusqu'au bout j'étais bien incapable de trouver le ou la coupable : tous à mes yeux étaient suspects avec de bons motifs. Dans cette seconde partie du roman, CB Edström nous présente sa commissaire, intimement, comme elle l'avait fait avec les musiciens. Sa vie privée (assez terne, classique), sa vie professionnelle et ses relations avec ses collègues. M'est avis que Ebba Shröder pourrait revenir dans d'autres enquêtes. Sincèrement, j'adorerais ! Rendez-vous compte quand même qu'à propos de ce bouquin, j'ai parlé de H. Mankell, de A. Christie, de A. Indridason et de G. Simenon ! Et tout cela parce qu'ils me sont venus spontanément à l'esprit pendant ma lecture. Comment alors pourrais-je patienter, ou plutôt, comment alors vais-je pouvoir attendre plus longtemps la suite des aventures d'Ebba ? Et d'ailleurs y en aura-t-il une ?

Vous m'avez compris : roman policier et même plus que cela excellent. A ne pas rater.

Merci beaucoup Anne (des éditions Lattès) pour cette découverte. Tapé dans le mille encore une fois.

PS : Carin Bartosch Edström est suédoise, directrice d'orchestre et compose de l'opéra et de la musique de chambre. 

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Le chant du diable

Publié le par Yv

Le chant du diable, Frédérick Rapilly, Éd. Critic, 2012

Marc Torkan, journaliste, se retrouve en Thaïlande à enquêter sur la mort d'une escort-girl russe. Accompagné de Kiefer Wiseman, un redoutable garde du corps engagé, comme lui, par une riche femme d'affaires. 

Pendant ce temps, Katie Jeckson, son ancienne collègue photographe est appelée à la rédaction de Paris-flash pour se mettre sur la piste d'un tueur particulièrement pervers qui a envoyé la vidéo de son crime au journal.

Ce roman policier est une suite de Le chant des âmes, un polar original et de très bonne qualité. Dans Le chant du diable, F. Rapilly rappelle l'intrigue de son précédent roman, ce qui permet soit de se replonger dedans (pas inutile lorsque qu'on a lu le premier il y a plus d'un an) soit de lire le second indépendamment du premier. Il reprend également ce qui a fait le succès de son premier, à savoir une intrigue autour de la musique (avec bande-son et play-list) ; chaque chapitre est introduit par des phrases de la chanson Paint it black des Rolling Stones. Pas désagréable, mais la surprise du premier est un peu émoussée et resservir les mêmes recettes peut fatiguer. C'est un peu le cas en ce qui me concerne. 

Je me suis longtemps demandé ce qui pouvait lier les deux affaires, pourquoi Katie et Marc ne se rencontraient jamais dans ce roman. Pourquoi pas me direz-vous ? Eh bien oui, vous renchérirais-je, pourquoi pas ? C'est un parti pris de l'auteur tout à fait respectable, qui peut néanmoins gêner le lecteur. Mais il peut aussi plaire, parce que non conforme à ce qu'on lit habituellement où le duo fonctionne en osmose ; personnellement, ce côté un peu hors cadre me plaît bien. Là où j'émettrais une réserve c'est sur les deux personnages d'hommes : Marc est un solitaire qui a perdu sa femme dans un attentat, et qui, attention c'est horrible, avait retrouvé le goût de vivre grâce à Jillian, une D'Jette, mais elle est portée disparue à la fin du tome précédent en tentant de confondre le tueur en série. Donc le voilà de nouveau revenu de tout, blasé, dégoûté de la vie... Vous croyez que j'en fais trop ? Que nenni, c'est pas moi... Quant à Kiefer Wiseman, F. Rapilly lui consacre quelques pages en italique sensées instiller une dose de suspense supplémentaire, or elles font pschittt tel que l'a si bien un ancien Président. Et moi de me questionner sur l'utilité de ces pages en me disant : "tout ça pour ça !"

Pour résumer, je dirais que Frédérick Rapilly reprend tous les codes du genre, insérant ici où là quelques surprises mais surtout de gros clichés.

Néanmoins, je me dois de dire que ce roman policier se lit très vite et qu'on se laisse prendre à son intrigue (même si la fin est un peu vite bâclée). Écriture simple, rythme rapide, tout ce qu'il faut pour tenir et retenir le lecteur : "Le souffle court, Katie dévisageait le rédacteur en chef adjoint, cherchant un contact visuel, guettant ses gestes avant qu'il ne poursuive. En la comptant, ils n'étaient que quatre dans la pièce, un bureau du journal plongé dans un début de pénombre maintenant que le jour commençait à s'enfuir. Nul ne soufflait mot. Katie attendait. C'était comme si le Mal s'était brusquement invité au milieu de leur petite assemblée, une présence indicible mais insidieuse." (p.42).

Du travail bien fait, avec rien qui ne dépasse, auquel il manque juste la petite étincelle du premier tome, mais qui ne devrait décevoir aucun lecteur.

dialogues croisés

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Ça coince ! (11)

Publié le par Yv

Ça coule de source, Jean-Pierre Fleury, Éd. Marivole, 2012

Dans ce roman, JP Fleury explique à deux enfants, Basile et Augustin le cycle de l'eau, "de son trajet aléatoire de la source à la mer ainsi que, remontant vers le ciel, de son difficile retour vers la terre." (4ème de couverture)

Thème intéressant s'il en est et on ne peut plus d'actualité. L'eau ne se crée pas, on ne fait qu'utiliser celle de nos aïeux et nos petits-enfants utiliseront la même que nous, d'où bien entendu, le soin que l'on doit lui apporter. Malgré mon intérêt pour cette question, et l'écriture de l'auteur, alerte, souvent drôle, parfois agaçante mais jamais mièvre ou de mauvaise qualité, ce livre ne me touche pas et m'ennuie. JP Fleury hésite entre roman et essai et ça ne me plaît pas. Je comprends qu'il ait envie de faire passer des messages auxquels je suis très sensible, mais peut-être parce que je suis déjà dans une démarche de consommation bio et/ou locale, de tri, de limite de consommation d'eau, d'énergie, ce livre ne retient pas mon attention. 

Dans un genre assez proche, je peux conseiller Croissez et multipliez de Caroline Bruno-Charrier dont la partie romancée est sans doute un peu légère mais elle permet de toucher quelques points essentiels à la survie de la planète.

 

Dans la peau du diable, Luke Delaney, MA Éditions, 2012 (traduit par Etienne Menanteau)

Un jeune homosexuel se fait massacrer dans son appartement londonien. L'inspecteur principal Sean Corrigan mène l'enquête. Lui qui fut abusé dans son enfance a une sorte de sixième sens très fin lui permettant d'identifier la part sombre de chaque individu. Ses soupçons se portent sur James Hellier, un homme très en vue dans le milieu financier de Londres. Mais celui-ci est retors et se tire de toutes les situations qui pourraient lui être fatales.

Ce thriller commence dans la tête du tueur -et on y revient régulièrement- par une scène difficile presque insoutenable du meurtre du jeune homosexuel et de la jouissance de son agresseur. Mis à part ce chapitre, le livre débute doucement jusqu'à ce que Sean Corrigan soupçonne James Hellier. L'affrontement devient intéressant. Mais très vite, le bouquin révèle des longueurs inutiles. Là où dans certains polars les à-côtés sont consacrés aux vies des flics, à leurs interrogations existentielles, dans ce roman, Luke Delaney délaye dans des répétitions concernant l'enquête, le présumé tueur. C'est long, très long, trop long. Alors, bien sûr, je pourrais écrire qu'enfin, dans la dernière partie du livre le rythme s'accélère et que les rebondissements pleuvent. C'est le cas, mais que de pages passées ou survolées pour en arriver à cela. J'imagine qu'il y a un format "réglementaire" pour un thriller pour que les auteurs aillent écrire 400 pages ou plus (414 pour ce livre), là où manifestement la moitié suffirait à tenir le lecteur -donc moi- en haleine de bout en bout ! 

Pour finir et être très franc, même si l'auteur écrit des rebondissements, rien n'est vraiment surprenant dans ce thriller. A réserver sans doute aux amateurs du genre qui ne seront ni surpris ni déçus, à condition quand même qu'ils puissent supporter des scènes de torture à filer la gerbe.

 

Appel du pied, Risa Wataya, Éd. Philippe Picquier, 2005 (traduit par Patrick Honnoré)

Une jeune lycéenne, seule, n'ayant que peu de rapports avec ses condisciples se rapproche d'un garçon isolé comme elle. Elle découvre qu'il est fan d'une mannequin célèbre qu'elle a eu l'occasion de rencontrer quelque temps auparavant. C'est sur cette base que débute leur relation.

Lu dans le cadre du club de lecture de la bibliothèque municipale pour le thème de la littérature asiatique. Mon commentaire : A quoi bon ? Quel intérêt ? Une lecture pour des jeunes filles peut-être ? 

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