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La nuit, in extremis

Publié le par Yv

La nuit, in extremis, Odile Bouhier, Presses de la cité, 2013

Lyon 1921, Anthelme Frachant sort de prison, incarcéré après une mutinerie pendant la guerre. Victor Kolvair est persuadé que cet Anthelme est un assassin, celui qui a tué un ami des tranchées, et qu'il recommencera dès qu'il sera sorti. Il décide de la surveiller, seul. A cette date, Lyon est aussi à la veille de la visite d'un secrétaire d'état et les anarchistes, très présents en cette ville pourraient bien en profiter pour mener une action d'éclat.

Une nouvelle enquête des ancêtres des experts mérite que je bouscule mes priorités de lecture. Certains livres restent longtemps au fond des piles. Celui-ci est commencé à peine dans mes mains. Les deux premiers tomes, Le sang des bistanclaques et De mal à personne étaient tellement bien, que j'aspire très vite à retrouver cette atmosphère si particulière créée par Odile Bouhier, un (gros) brin de modernisme dans l'époque troublée de l'après-guerre. Les 30/40 premières pages resituent les personnages ou permettent à ceux qui ne les connaissent pas encore de savoir qui est qui. Puis l'enquête ou plutôt l'attente de Victor Kolvair démarre. Et je me dois de dire ici que je suis un peu déçu par le début de ce polar. Chaque personnage, que ce soit, Victor Kolvair le commissaire, Bianca Serragio l’aliéniste, Hugo Salacan le scientifique, Jacques Durieux son assistant ou encore Damien Badou le légiste, chacun est dans son coin, mène sa vie, son propre travail indépendamment de ses collègues. Ils ne travaillent pas tous sur la même histoire. H. Salacan et D. Badou sont préoccupés par des histoires personnelles, J. Durieux par les anarchistes, B. Serragio frustrée de ne pas voir V. Kolvair et lui-même empêtré dans ses certitudes et ses vieux démons. L'ensemble est un peu décousu, comme si Odile Bouhier avait écrit plusieurs histoires, une par personnage,  puis, les avait accolées en un seul livre ensuite. Il manque un lien entre toutes.

Puis, l'histoire et la collaboration démarrent enfin lorsque 3 cadavres sont retrouvés mutilés. Et comme dans les épisodes précédents, Odile Bouhier développe son contexte, la toile de fond de son roman. Elle s'intéresse aux avancées de la médecine des années 20. Bianca Serragio est très en avance et prend en compte les nouvelles théories de médecins étrangers sur l’aliénation, les maladies psychiatriques. Elle s'oppose avec vigueur à ceux qui ne veulent pas évoluer, sûrs de leur savoir. Elle parle de schizophrénie, de paranoïa là où ils ne parlent que de simulation et de "jeux d'acteurs". Pendant ce temps, H. Salacan s'intéresse de près aux travaux de chercheurs canadiens sur l'insuline qui soignerait les diabétiques. C'est la recherche médicale qu'elle soit classique ou psychiatrique qui peut relier les différents acteurs de cette histoire. Les traumatismes de la guerre sont également au cœur de ce livre, tant du côté des meurtriers que des enquêteurs. Toute ce contexte, très bien documenté, donne tout l'intérêt à cette troisième enquête de l'équipe.

Malgré mes réserves (mais peut-être est-ce parce que j'ai un peu trop idéalisé l'équipe Kolvair-Salacan ? ), je n'ai pas boudé mon plaisir de replonger dans le Lyon des années 20. Et puis, je n'ai pas tout dit, le procureur Rocher est toujours aussi antipathique, réactionnaire, et l'inspecteur Legone toujours aussi retors et mauvais. Et il en reste encore à découvrir dans ce troisième tome, mais je laisse un peu de suspense...

Les premières phrases : "1er août 1915, Fontenoy

Anesthésié par les coups de soleil qui, toute la journée, avaient boxé la vallée de l'Aisne et aplati le relief calcaire, le 96e régiment d'infanterie établit son campement provisoire dans le secteur ouest, l'ombre y étant plus franche. Un an qu'ils avaient quitté les moissons la bouche en cœur et la fleur au fusil, certains d'être de retour pour les vendanges, pourtant il avait bien fallu se rendre à l'évidence : la guerre prenait ses aises, elle était bien la seule." (p.11)

Une histoire qui a bien plu à Claude Le Nocher

 

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thrillers

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Le dernier des treize

Publié le par Yv

Le dernier des treize, Mercedes Deambrosis, Éd. La branche, 2013

Ils sont treize. Treize copains qui, une nuit de leurs quinze ans décident de payer un tueur à gages pour les éliminer le jour où ils trahiraient leurs idéaux. Lorsque le premier d'eux décède, 30 ans plus tard, on peut croire à une maladie. Mais treize jours plus tard, un deuxième meurt. Alcoolémie aggravée ou meurtre ? Suit un troisième, treize jours plus tard et là, le doute s'installe chez les survivants. C'est alors que Louis-Edouard Dudeuil, fils de préfet, inspecteur prend l'affaire en charge.

Treizième numéro de cette collection Vendredi 13, et un seul échec pour moi (ici). Ce dernier m'a à la fois épaté et déconcerté. Épaté par les personnages que l'auteure décrit, par les situations. Les treize amis sont très différents les uns des autres : ils travaillent tous dans la même société de surveillance de sites sensibles. Il y a l'alcoolique avéré, le dragueur, la flipée, la charmeuse, l'obèse, l'homo, ... Tous sont nommés, sauf le narrateur à la première personne, l'un des treize dont on ne connaît ni le nom ni le prénom et dont on se doute qu'il est le dernier des treize. L'autre narrateur (à la troisième personne) est le flic, et disons-le le personnage le plus intéressant du bouquin. Fils de préfet de région, promis donc à un bel avenir, il se fait une gloire et une joie de n'avoir aucune ambition, de n'être qu'"inspecteur" alors qu'avec l'ancienneté et ses appuis familiaux, il pourrait être au moins commissaire. C'est un dandy, raffiné, extrêmement élégant, très atypique dans le monde des flics.

Ce qui me déconcerte, c'est d'abord l'arrivée simultanée des treize personnages, on ne sait plus qui est qui, mais on se repère assez vite, finalement. Non, le plus déroutant c'est l'écriture de Mercedes Deambrosis. Elle utilise régulièrement les pronoms "elle" et "il", jusque là, rien que de très normal, mais ces pronoms ne concernent pas le personnage cité juste avant dans la phrase, mais celui cité un peu plus loin. Ce qui fait que très souvent, je me suis posé la question de savoir qui avait fait quoi. Ce qui, dans un polar est problématique, car ne pas être sûr du coupable de certains actes posent un problème de compréhension évident. Et la fin est identique. J'avoue ne pas avoir saisi toutes les subtilités du dénouement : ni le ou les vrai(s) coupable(s) et encore moins les motivations d'icelui, d'icelle ou d'iceux (ça c'est pour ne laisser aucun indice dans mon billet). Je reste donc sur ma faim et sur une relative déception.

Déception relative donc parce que dans le développement de son histoire et de son intrigue, l'auteure nous gratifie de passages très justes, drôles, enlevés ou plus critiques voire cyniques :

"- Ah, les quatre morts... Elle demeura songeuse, se déplia et très rapidement revint avec une calculette. [...] L'incidence sur la masse salariale est intéressante, certes, mais guère significative. Nous sommes loin, très loin du ratio que nous pouvions escompter... Elle rougit. Je veux dire que la Direction escomptait." (p.151)

L'entreprise qui mise sur ces morts inattendues pour renouveler son personnel qui lui coûte par des jeunes moins chers n'en sort pas grandie, ni la presse ou la politique en général :

"Le crime en série [...] était le summum pour le journaleux dans l'ère  du tout-sécuritaire. Après le nettoyage des banlieues, devenu une véritable guerre urbaine, l'expulsion des sans-papiers, qui hélas continuait à provoquer bien des remous et atermoiements, l'Intérieur projetait de s'attaquer à d'autres îlots de nuisance, les Roms, peut-être." (p.165)

Pour résumer : un début confus, une fin qui ne l'est pas moins et un milieu très bon. Pas banal ! Moi qui trouve souvent un ventre mou dans les livres, je n'en ai pas trouvé ici, c'est plutôt la tête et la queue, si je puis m'exprimer ainsi  ("elle est où la têtête et elle est où la queuequeue ?", désolé, on a les références qu'on peut, mais j'assume et même les revendique) qui pêchent un peu.

Babelio recense quelques critiques.

 

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Le manuel du serial killer

Publié le par Yv

Le manuel du serial killer, Frédéric Mars, Éd. Hachette, 2013

Thomas Harris est un jeune homme, étudiant à Harvard, bénéficiant d'une bourse pour étudier, car très bon élève, mais orphelin depuis le jour de ses dix ans : ses parents se sont noyés lors d'une balade en barque. Une série de meurtres d'enfants qui convulsent, perdent leur sang se produit à Boston, comme dix ans auparavant. Thomas, étudiant renfermé et notoirement amateur de romans policiers, est amené à s'y intéresser par la directrice de la section littérature, qui le lui conseille pour valider sa thèse. Un binôme est créé avec une étudiante, qui étrangement porte le même nom de famille que lui, Sophie Harris.

Je veux rester très léger dans mon résumé, ne dévoiler aucun des rebondissements du livre, et des rebondissements, il y en a légion. Plus que dans deux ou trois thrillers réunis parfois. Jusqu'à quasiment l'ultime ligne. Un roman qui commence très fort par l'agonie d'une première petite victime, pas détaillée, donc très supportable (dans un roman uniquement bien sûr) ; l'hémoglobine n'est d'ailleurs pas le fond de commerce de ce livre ; Frédéric Mars suggère, décrit mais laisse l'imagination du lecteur faire son oeuvre. C'est très bien, drôlement bien mené et maîtrisé et si l'on sent au cours de l'histoire que certains détails ne collent pas ou si même on peut se sentir un peu perdu (ce qui a été mon cas assez régulièrement), c'est pour mieux servir le dénouement et l'explication finale. Les personnages sont assez complexes pour tenir la route jusqu'au bout, Thomas est un jeune homme coincé, phobique : "Je ne pratique mes incursions hors de Cabot, jusqu'au réfectoire de l'autre côté de la grande pelouse du Quad, qu'aux heures les plus creuses. Je vais jusqu'à utiliser mes jumelles pour scruter le réfectoire illuminé et dénombrer les étudiants qui s'y restaurent. A plus de dix occupants, je renonce. A moins, je m'y aventure, non sans d'infinies précautions." (p.100). Tous les autres, les seconds rôles peuvent à tout moment être des "amis" de Thomas ou des suspects, à chacun leur tour.

Voilà pour tout le bien que je pense de ce bouquin, mais je dois dire que si je l'ai trouvé très bon, je l'ai aussi trouvé long et bavard. Les à-côtés, les débuts de chapitre ralentissent le rythme et ne sont pas particulièrement indispensables au bon déroulement de l'histoire. Ils peuvent avoir plusieurs fonctions :

- grossir le bouquin (462 pages) ? Inutile à mes yeux, un thriller ne peut avoir que 300 pages et ne pas lésiner sur la qualité.

- faire des effets de style ? Le thriller n'est pas le genre le plus littéraire qui soit (d'ailleurs F. Mars le dit lui-même dans son roman), et l'auteur à l'écriture agréable, fluide ne fait pas montre ici d'un style qui ferait passer ses apartés pour des petits bijoux littéraires inévitables.

J'avoue donc ici avoir lu pas mal de pages en diagonale pour ne pas rater l'intrigue, mais pour ne pas m'appesantir sur des considérations moins captivantes.

L'expérience néanmoins reste positive car F. Mars sait jouer avec nos nerfs, avec nos pensées. Il les dirige puis les emmène vers d'autres pistes pour les embarquer encore totalement ailleurs. Du grand thriller -un peu trop délayé pour moi-, qui ne se lâche pas tant qu'on a pas la fin mot de l'histoire.

On en parle sur Babelio,

Merci Inès et Gilles Paris

 

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Ça coince ! (13)

Publié le par Yv

Hypérion Victimaire, Patrick Chamoiseau, Éd. La branche, 2013

Un commandant de police prêt au départ à la retraite est tenue en joue par un tueur. Une nuit durant, ils se racontent l'un à l'autre.

Il fallait bien qu'un jour cela arrivât : je n'ai pas accroché à un roman de la collection Vendredi 13 ! Non pas que le thème ne me plût point. Non pas que cette confrontation ne m'attirât pas. Que nenni ! Non, en fait, j'ai eu du mal avec le style de Patrick Chamoiseau -et en fait, je me souviens que j'avais également eu beaucoup de mal avec son Texaco- : entre citations latines, et mots créoles, je ne comprends pas tout ce qu'Hypérion Victimaire raconte. Et puis, pour être franc, je m'emmerde un peu. Alors peut-être que lire dans le salon d'attente de l'aéroport puis dans l'avion n'est pas le meilleur endroit, surtout que moi, un deuxième voyage aéroporté -eh oui, j'ai fait mon premier vrai vol en mars 2013 si j'occulte un précédent vol de 45 minutes mouvementées lors de mon service militaire (beurk), dans un coucou à hélices d'une vingtaine de places, au dessus de la ville de Saint Dizier (re-beurk, que les Bragards me pardonnent, mais la base aérienne 113 n'est pas un bon souvenir de leur ville- m'angoisse un tantinet ? Qu'il eut fallu que je lusse bien confortablement dans mon canapé ? Oui, mais non (ce qui ne veut absolument rien dire). Je passe donc, mais vous trouverez de très bonnes chroniques positives sur Libfly et sur Babelio.

 

Le mur de mémoire, Anthony Doerr, Albin Michel, 2013 (traduit par Valérie Malfoy)

Recueil de 6 nouvelles dans lesquelles "les personnages [sont] tous hantés par la perte et la résurgence de leur passé, et confrontés à ce manque vertigineux de ce qui a été mais n'est plus." (4ème de couverture)

Le meilleur de moyen de savoir si un bouquin me plaît c'est l'envie ou l'agacement que j'ai d'abord de le poser pour faire autre chose que le lire et ensuite l'envie de le reprendre après un temps d'interruption pour vaquer à d'autres occupations, et oui, il y en a d'autres dans une maison même tenue par un homme ! Force m'est de constater que cette envie n'est pas présente pour ce recueil. J'ai lu ces nouvelles sans déplaisir mais sans vibrer. Pourtant, la plupart du temps les idées de départ sont bonnes et l'écriture sèche, directe, qui va droit au but a tout pour me plaire. C'est un style littéraire presque clinique notamment dans la nouvelle qui concerne Imogène et Herb qui tentent tout pour avoir un enfant. Leur parcours est sinueux et très difficile. Je le savais par des gens autour de nous étant passés par le même parcours, mais le voir écrit aussi directement ajoute le côté clinique et purement médical, plus aux États-Unis, le fric fou qu'il faut pour faire des procréations assistées ! 

De fait, ce livre n'a pas réellement "coincé" comme le suggère le titre de mon article puisque je l'ai lu, mais que ce fut long et pas vraiment un plaisir. Je le classe donc dans mes échecs toutefois à relativiser, puisqu'il a plutôt un bon accueil que vous pourrez constater de visu en allant sur Babelio ou sur Libfly.

Merci Laure.

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Roubaix police blues

Publié le par Yv

Roubaix police blues, Luc Watteau, Ravet-Anceau, 2013

Franck Malmaison est policier à Roubaix à la fin des années 70. Il a 25 ans, est marié et père de famille. Tout se présente bien pour lui. Mais la police des années 70, c'est aussi les réformes, la mise en place de structures qui chamboulent un peu le travail des flics. Leur quotidien, c'est les plaintes de routine, les voies de fait, les ivrognes, ... Puis arrive un jour l'affaire qui oblige à faire des choix pas toujours simples.

Ce qui est étonnant dans ce roman policier, c'est qu'on a l'impression d'être dans un reportage minute par minute sur le quotidien de flics d'un commissariat de Roubaix. Le début du bouquin parle de la nouvelle organisation de la police de manière détaillée, il y a beaucoup de noms et de titres dont on pourrait sans doute se passer et qui peuvent gêner la bonne compréhension. Néanmoins, pendant que je me demandais si cette partie était vraiment utile, je me sentais retenu par un petit kekchose qui m'obligeait à avancer, à continuer ma lecture. Je me suis senti un peu comme un copain de Franck Malmaison ; il me raconte sa journée de travail, le soir autour d'un verre. Rien d'extrêmement palpitant, mais c'est son quotidien, et on s'intéresse au quotidien de ses amis sans se forcer.

C'est donc intéressé que je continue ma lecture, et d'autres références me viennent en tête : une impression de voir ou revoir un épisode de PJ, cette série policière qui passait il y a quelques années sur France 2. Personnellement, j'aimais bien : des personnages crédibles, qu'on croise tous les jours, des histoires banales traitées par ces flics et au milieu de toutes ces histoires, des rapports, des auditions, une affaire plus importante, celle qui va obliger le flic à prendre des initiatives pas toujours bien vues en haut lieu. Pareil pour ce polar dans lequel Franck Malmaison devra faire des choix. Il y a donc une affaire qui grandit et finit par prendre la plus grande place du roman. Bien menée, elle tient son rôle jusqu'au bout.

Luc Watteau écrit simplement et on ne peut plus directement : "Je m'appelle Franck Malmaison, j'ai 25 ans et je suis inspecteur de police depuis 1975. Commissariat du 1er arrondissement de Roubaix, rue Saint-Vincent-de-Paul." (p.11) c'est du franc, sans fioriture. Souvent argotique, son style vogue parfois vers des eaux un peu douteuses, de l'humour franchement beauf :

"- Elle est bonne, cette Carole;

- Voyons monsieur Malmaison...

- Non... Je veux dire au travail.

- Oui, oui. Je sais. Cela dit, effectivement elle est charmante et pas des plus farouches a priori. Qu'en dites-vous ?

- Ce que j'en dis ? C'est que, forcément, une grande cheminée comme elle, ça doit tirer fort ! balancé-je, sans trop réfléchir, détendu tout à coup." (p.122)

Pas vraiment délicat, un univers assez masculin, sans doute même très policier à défaut d'être policé et sûrement daté -enfin j'espère- (n'oublions pas que cette histoire se déroule en 1978). J'aurais pu citer d'autres exemples du même type, qui s'ils ne sont pas présents à toutes les pages (heureusement) émaillent de temps et temps les réflexions des policiers. C'est un écueil pas insurmontable (peut-être que pour vous mesdames, ce sera plus difficile, mais pensez à vos conversations sur les mecs lorsque vous êtes entre vous, je ne suis pas sûr que ce soit tellement mieux...). Probable même que cet humour masculo-macho-beauf fasse partie du décor. Luc Watteau décrivant très précisément l'univers des flics de ces années-là (il est commandant de police à la retraite) se doit de reproduire l'ambiance des commissariats, un monde très masculin et... viril ; il faut aussi ajouter à cela, les tournées d'apéro, les pots pour telle ou telle raison. Ça picole presque plus que ça bosse !

Une plongée très réaliste au cœur d'un commissariat de Roubaix dans les années 70 vous tente ? N'hésitez plus, c'est ce livre qu'il vous faut. A découvrir. Un polar qui change des productions habituelles, ce qui est déjà un bon point. En plus, il est digne d'intérêt, donc deux bons points.

Merci Agnès.

 

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J'ai fait comme elle a dit

Publié le par Yv

J'ai fait comme elle a dit, Pascal Thiriet, Éd. Jigal, 2013

Pierre est vaguement agent immobilier et nettement amoureux de Sahaa, ancienne boat people, asiatique et traquée par Tom-Tom, celui pour qui elle a quitté Pierre. Elle lui a piqué un bon paquet et lui, dealer notoire, la recherche avec deux malabars en costards. Pour couronner le tout, Sahha est aussi une bio-clef, celle qui ouvre un coffre-fort qui abrite une découverte scientifique révolutionnaire. La traque débute à Paris, passe par Anvers, Zurich, Venise.

Ça commence comme ça, si après cet extrait, vous n'avez pas envie de poursuivre, je ne comprends pas :

"Comme j'avais faim, j'avais décidé de me faire un sandwich ou de manger des Tucs, ces biscuits salés et plats comme des crackers. Dans un sens, le sandwich ça cale et, si on met des bons trucs entre des tranches de bons pain, c'est bon. Les Tucs, par contre, c'est pas très bon et je ne sais pas trop pourquoi j'en ai toujours. C'est bourratif. [...] Finalement j'ai coupé la tranche de pain en deux et j'ai mis un Tuc entre les deux demi-tranches. Ça a fait un sandwich au Tuc. Franchement je ne compte pas déposer le brevet pour la recette. Il m'a fallu toute une canette de Coca pour faire descendre mon goûter." (p.5/6)

Je ne peux pas en citer plus, parce que c'est un peu long, mais le premier chapitre est excellent et met dans le bain tout de suite. Le roman est un road movie dans lequel le narrateur, Pierre, n'est pas le personnage principal. C'est Sahaa qui mène la danse. D'ailleurs, Pierre n'est que sa "dame de compagnie". Il est influençable, tombe amoureux au premier regard. Sahaa est plus organisée, moins sentimentale. Elle baise utile. Leur périple les emmènera chez des rockers français en pays flamand, les fera croiser une call-girl diplômée en astro-physique, des skinheads suisses doux, des tueurs, des fêlés, ... Une galerie haute en couleurs pourrait-on dire en usant d'une expression toute faite. Pour être complet, je ne peux pas passer outre quelques longueurs dans le mitan du bouquin, rien d'insurmontable cependant, juste des pages moins marquantes, un peu plus mornes, comme la vie à Zurich qu'elles décrivent. L'action repart très vite jusqu'à la fin.

C'est un roman dans lequel les femmes décident, jouent avec les mecs, ce n'est pas très courant. En plus, écrit par un homme. 

"Finalement, c'est Sahaa qui a parlé en premier. A Béate.

- Bon, je te le prête. Tu connais un bon hôtel par ici ?

- Qu'est-ce que tu racontes ? Tu me le prêtes ? C'est ton chien ou quoi ? Et qu'est-ce qui te fait croire que j'en ai envie ?

- Non, ce n'est pas mon chien. Si c'était mon chien je te le prêterais pas. T'as pas une tête à aimer les chiens. Mais pour ton envie, t'as raison, j'en sais rien, mais Pierre, lui, il est comme malade de te vouloir. Ça je le sais. Alors disons que c'est professionnel : tu me diras demain combien tu prends pour la nuit. Tu verras, il est pas fatigant, c'est un sentimental." (p.151/152)

Et vachement bien écrit. Un style rapide, très oral, qui rappelle les polars ou romans noirs étasuniens des années 50. Je dis, ça, mais en fait, je n'ai pas beaucoup de références en la matière, juste quelques lectures à droite et à gauche ; ça m'a surtout rappelé les romans noirs de Vernon Sullivan dans l'ambiance créée et dans le style, parce que le contexte est actuel, moderne ; la technologie sans être étouffante est très présente. Et Pascal Thiriet fait preuve de beaucoup d'humour, écrit pas mal d'aphorismes, des réflexions très drôles, frappées au coin du bon sens, très imagées :

"Léo, je ne sais pas si c'est du lard ou du lard. C'est le genre homo croyant mais pas pratiquant. Il est tout en gêne et en désir, comme un bedeau. Bref, il a un truc à me dire et il va te le dire et si tout va bien, je vous rejoindrai. S'il y a un problème tu ne me verras pas et on se retrouve à l'hôtel. Tu prends ton pistolet à bouchon, les bedeaux, parfois, c'est pas clair." (p.105)

Un premier roman déjanté qu'on ne lit pas trop vite pour garder le plaisir plus longtemps.

 

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Ne lâche pas ma main

Publié le par Yv

Ne lâche pas ma main, Michel Bussi, Presses de la cité, 2013

Île de la Réunion, Liane et Martial Bellion sont en vacances avec leur fille Josapha, surnommée Sofa. Un jour, Liane disparaît. Martial est le suspect n°1. Il devient le coupable idéal du meurtre présumé de son épouse lorsqu'il fuit, emmenant avec lui Sofa. Aja et Christos, les deux gendarmes qui s'occupent de l'affaire peinent à le retrouver. La traque débute.

Qu'il est long à commencer réellement ce roman policier ! Les 100/120 premières pages n'en finissent pas, entre guide touristique et historique de l'île de la Réunion. Déjà que j'avais très envie d'y aller avant de lire ce livre, maintenant, c'est pire. Michel Bussi raconte l'histoire de cette montagne poussée dans l'océan, les origines de ses habitants, les Zoreilles (Français métropolitain installés), les Malbars (Réunionnais non musulmans d'origine indienne), les Cafres (Réunionnais d'origine africaine), les Zarabes (Réunionnais musulmans d'origine indienne), les Touristes et les Créoles. Intéressant, moi qui aime lorsqu'un polar a du contexte, je suis servi. Mais ce qui est pas mal c'est quand l'histoire démarre.

Puis, lorsque la traque commence vraiment, les choses deviennent sérieuses et le bouquin passionnant et "inlâchable". On continue de parcourir les rues et routes de l'île, mais cette fois avec du suspense. On sent bien que l'intrigue n'est pas aussi simple que les flics le croient. Cette intrigue tient jusqu'au bout, grâce à des détails que livre de page en page, l'auteur.

Michel Bussi construit également ses personnages, il leur crée une histoire, un passé, une personnalité. Chacun son genre, la gendarme têtue et obstinée, son collègue flemmard qui aime beaucoup plus la croupe de sa compagne Imelda que le travail -peut-on le blâmer ?-, Imelda justement, qui retient tout ce qu'elle voit et entend et veut apporter son aide :

"- Ma copine de plumard. Une Cafrine, l'Intel Core, elle a cogité toute la nuit sur l'affaire. Elle aussi trouve qu'il y a quelque chose de louche là-dessous. Une sorte de logique sous-jacente.

- C'est une qualité de savoir déléguer, Christos. Elle fait dans la divination comorienne, ta copine ? Marc de café Bourbon ou entrailles de bouc ?

- Plutôt dans l'Harlan Coben. Genre divination à trois chapitres de la fin..." (p.165/166)

N'oublions pas non plus les gens qui travaillent dans les hôtels de luxe de l'île, et les touristes, ni Liane, la métropolitaine qui disparaît et Martial au passé plus trouble qu'on ne pourrait le croire de prime abord.

En conclusion, si une visite de l'île de la Réunion (un peu longue au départ, mais il est pardonné à Michel Bussi qui se rattrape très largement sur l'ensemble de son roman ; et en plus, j'ai appris plein de trucs sur son histoire et ses habitants) et une chasse à l'homme haletante vous tentent, n'hésitez plus, vous avez trouvé le livre qu'il vous faut.

Merci Marie-Jeanne

 

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Les mannequins ne sont pas des filles modèles

Publié le par Yv

Les mannequins ne sont pas des filles modèles, Olivier Gay, Éd. Le masque, 2013

John-Fitzgerald Dumont, plus connu dans le monde de la nuit parisienne sous le seul diminutif de Fitz, dealer-juste-ce-qu'il-faut-pour-vivre est sollicité par son ami Moussah pour rechercher sa nouvelle copine prénommée Cerise. Elle vient de disparaître alors qu'elle était la favorite d'un concours de mannequins censé lancer les carrières. Fitz, assisté de Moussah et Deborah commence timidement une enquête. Mais bientôt, il tombe sous le charme d'Aurélie une autre candidate-favorite. Puis, alors qu'il glane ici et là des renseignements, certaines menaces physiques l'amènent à reconsidérer sérieusement son engagement pour retrouver Cerise.

Revoilà Fitz et ses amis pour une nouvelle "enquête". Je mets délibérément ce mot entre guillemets car aucun des trois n'a la stature d'un détective privé ou l'étoffe d'un héros. Ils font des recherches avec les moyens du bord, trouvent ou échouent, mais à chaque fois commettent des gaffes ou partent sur des mauvaises pistes assez évidentes. On est loin des fins limiers qui flairent le tueur dès le début de leurs investigations grâce à leur instinct et qui le traquent jusqu'à l'ultime ligne du bouquin. J'avais déjà apprécié la première apparition du trio dans Les talons hauts rapprochent les filles du ciel -Olivier Gay a de l'inspiration également pour ses titres- et je renouvelle mon plaisir avec cette deuxième aventure -et sans doute pas la dernière, quelques indices laissant penser à une (ou des) suites. Chouette !.

Fitz étant un dragueur, un homme à filles, superficiel et fier de l'être, il est ravi de pouvoir assister aux répétitions du show des mannequins pour glaner des informations. Il réussit à assouvir le fantasme des hommes : être entouré d'une trentaine de filles toutes plus belles les unes que les autres. Il est dans son élément, drague, profite de la vue et des atours visibles des filles. Mais Aurélie, sa nouvelle conquête guette, de même que l'organisateur du spectacle, Nathan, qui le cerne très vite : "Sérieusement, on ne se connaît pas depuis longtemps, mais je sens qu'on va avoir l'occasion de se recroiser. Tu as l'air d'avoir un talent naturel pour attirer les emmerdes, je trouve ça fabuleux." (p.112) Voilà, c'est ça Fitz, ce talent naturel et un dilettantisme évident. Il ne fait rien à fond : ne s'engage jamais vraiment dans une relation, ne vend de la drogue que pour se payer son studio aux Champs-Élysées et pour les faux-frais, commence une enquête mais la stoppe dès les premiers obstacles, ... Un mec quoi, me diront quelques unes des filles -non, pas toutes ?- qui me lisent de temps en temps. Il est humain quoi ! Donc crédible.

Dans la forme, Olivier Gay ne change pas -il aurait tort d'ailleurs-, toujours le même ton : humour et dérision -voire même auto-dérision-, situations à peine réalistes ou pour le moins pas sérieuses dans le genre polar. Il se moque gentiment des jet-setteurs, des gens de la nuit, mais aussi des mannequins, des truands, en fait de tout le monde. Rien de bien méchant, juste une ou deux saillies : "Ma dernière histoire un peu sérieuse, ç'avait été Julie, et mes souvenirs restaient mitigés à ce sujet. Rien que d'y penser, je tendis la main pour aller caresser du doigt la cicatrice qui me mangeait le visage. Le médecin avait fait ce qu'il avait pu, mais je garderais à vie cette zébrure rageuse sur la joue droite. Moussah prétendait que ça me donnait du caractère -mais Moussah aimant aussi le look de M Pokora, je prenais ses commentaires avec un peu de recul." (p.19) Ça me rappelle certains livres de la collection jaune du masque que je lisais lorsque j'étais plus jeune, certains Exbrayat par exemple : une intrigue, des personnages sympas, de l'humour, un cocktail pas trop fort, on peut en prendre deux ou trois à la suite (donc si vous n'avez pas encore lu Les talons hauts..., n'hésitez pas, puis enchaînez avec Les mannequins...), qu'on apprécie sur le moment et dont on garde le goût en mémoire avec grand bonheur. Dès qu'il est passé au shaker de l'écrivain puis à celui de l'éditeur, j'en reprendrai bien un troisième moi !

Merci Anne

 

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PS : Ah, ah normalement, je rentre aujourd'hui, mais aurais-je le temps de me jeter sur l'ordi et de répondre à mes milliers de fans qui m'ont laissé des commentaires ? Je n'en sais rien encore....

 

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Codex Lethalis

Publié le par Yv

Codex lethalis, Pierre-Yves Tinguely, Hachette Black Moon, 2013

Jason Reeds, inspecteur à la crime de Los Angeles est appelé sur les lieux d'un massacre. Un homme à tué sa femme et sa petite fille avant apparemment de se suicider. Le cerveau de cet homme et ses globes oculaires ont bouilli. Plusieurs scènes identiques se déroulent ensuite. Le point commun entre toutes : le tueur est soudain pris d'une crise de démence meurtrière après avoir visionné une vidéo de huit secondes. Jason Reeds est alors secondé par Franklin Harris, inspecteur lui aussi et par Marc Davis, détective privé doté d'une sorte de pouvoir : il voit le danger autour des gens ou des personnes sous forme de halos plus ou moins rouges.

Thriller pas reposant du tout. Si je commence à lire pas mal de polars, j'avoue ne point trop apprécier les thrillers souvent trop rouge sang pour moi. Mais là, Pierre-Yves Tinguely, à part plusieurs scènes de tueries assez glauques nous épargne l'hémoglobine à toutes les pages. Il construit son intrigue sur des faits et sur une croyance fantastico-religieuse ou religio-fantastique, c'est comme on veut. Et ça fonctionne très bien. Ceci étant, ne nous fâchons pas, on n'est pas dans le DaVinci Code (je dis ça, mais en fait je n'en sais rien, je ne l'ai pas lu ni vu et n'en ai absolument pas l'envie !). La croyance dont il parle est celle qui "justifie" le modus operandi des meurtres, mais pas la raison d'iceux.

L'auteur ne fait pas la part belle qu'à son intrigue sur laquelle je reviendrai, mais aussi à ses personnages, même secondaires : "La soixantaine certifiée Bourbon, maigre comme un clou. De petits yeux noirs occupés par une partie de tennis imaginaire, et une bouche en lame de rasoir. Sa tignasse d'un gris jaune tentait d'échapper à l'emprise d'une casquette rouge vif, brodée à la gloire des Mets. Quelques mèches rebelles matées par la bruine lui collaient sur le front tandis que son visage glabre présentait une foule d'éruptions cutanées." (p.11/12)

Les personnages principaux sont évidemment eux-aussi décrits et on peut s'intéresser à leur vie personnelle lorsqu'ils en ont une. Il ne me paraîtrait pas inconcevable que beaucoup d'entre eux reviennent pour d'autres aventures : Jason Reeds a formé une équipe solide composée de flics, d'un détective, de spécialistes en informatique ; beaucoup de personnes très aisément identifiables sans effort pour le lecteur.

Venons-en à l'intrigue maintenant, si les motivations du tueur ne sont pas très différentes de ce qu'on peut lire ou voir par ailleurs, PY Tinguely a su les mettre en mots efficacement. La tension est là dès les premières pages et ne vous quitte plus, pire, elle augmente même jusqu'à la fin, soit  367 pages plus loin. Le contexte mystico-religio-fantastique est présent mais point trop (et tant mieux)  : "Cet ouvrage est une marche à suivre, Marc. Il permet d'invoquer sur terre des forces qui n'ont rien à y faire.[...] C'est l'ouvrage le plus rare, le plus ancien et le plus dangereux jamais conçu par l'homme. Son nom est le Codex Lethalis." (p.222/223). Mais ce qui rend ce livre captivant, c'est à la fois qu'on voit que les enquêteurs progressent, resserrent les liens autour du tueur, mais que dans le même temps, il continue à agir, et à chaque fois, on apprend de nouvelles horreurs commises par lui, de nouveaux pièges : il prévoit tout.

Malgré cette atmosphère étrange et inquiétante, quelques plaisanteries émaillent les dialogues voire même le texte comme celle-ci par exemple, mais je ne sais pas si elle est voulue ou fortuite :

"- Non, il se trompait. Il est mort après que son cerveau et ses globes oculaires ont bouilli.

Les yeux de Reeds s'arrondirent, Harris se pencha en avant.

- Quoi ? s'écrièrent-ils de conserve." (p.46)

Cette note comique (?) pour finir mon billet sur ce thriller loin de l'être -comique- lorgnant plutôt vers le fantastique, le rapide, l'efficacité voire le flippant. Un premier roman de PY Tinguely que, si vous avez la chance de l'ouvrir, vous ne pourrez plus lâcher.

Merci Inès pour cette découverte très convaincante.

 

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PS : je ne suis toujours pas rentré (enfin, si tout se passe bien), mes vacances durent... Je répondrai à vos commentaires à mon retour

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