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Polars en nord Junior

Publié le par Yv

Tueur nain, Bénédicte Boullet, Ravet-Anceau, 2013

Un jour Alex part en excursion avec sa classe et sa maîtresse, pour avoir le calme, décide de confisquer toutes les consoles et portables, de les mettre dans un grand sac pour les rendre en fin de journée. Mais le sac disparaît. Ce jour-là, Alex, décide de s'improviser détective et compte bien faire la lumière sur ce rapt.

 

 

 

 

 

Pas de braderie pour Charlie, J. Wouters, Ravet-Anceau, 2013

Le papa de Charlie, tous les ans court les encombrants de bonne heure pour dénicher les quelques vieilleries qui feront un malheur le jour de la braderie de Lille. Il les stocke dans un cabanon dans le jardin. Cette année, Charlie l'accompagne dans sa récolte et pour la vente itou. Mais lorsque le cabanon est cambriolé, l’enthousiasme tombe car la braderie pour Charlie semble compromise. c'est sans compter sur les copains.

Cet été, vous partez, ou ne partez pas en vacances et vous emportez des bouquins pour vous. Des polars entre autres, parce qu'un polar si c'est bon toute l'année, c'est encore meilleur au soleil en vacances. Oui, mais avez-vous pensé à vos bambins ? Vous non, mais les éditions Ravet-Anceau oui. Destinés à un public de 8/12 ans, ces deux premiers opus de la série Polar en nord junior sont légers, amusants et peuvent même parfois pousser à réfléchir, sur l'usage immodéré des écrans par exemple, n'est-ce pas Yv, toi qui passes du temps à écrire sur les bouquins et aller voir ce que tes copines (copains ?) de blogs écrivent ? Oui, je sais mes enfants, je vais vous laisser un peu l'ordi, mais bon, il faut bien que je finisse ce que j'ai commencé, à savoir cet article sur ces livres. Tiens d'ailleurs, les avez-vous lus ? Et si oui, qu'en avez-vous pensé, en argumentant un chouïa plus que : "j'ai bien aimé" ou encore "c'est trop bien" ?

Allez, c'est à vous :

"- Bien, j'ai bien aimé. 

- C'est un peu court jeunes hommes !

- Ils sont faciles à lire et je ne me suis pas ennuyé

- Mais encore ?

- Euh, je sais pas trop.

- Bon, j'arrête la torture, je crois que je vais remplir mon article tout seul, donc je vais reprendre l'ordi, vous jouerez après..."

Résumons-nous : deux petits polars destinés aux enfants qui leur plaisent assez courts pour qu'ils ne s'ennuient pas, à la fois tragi-comiques et qui peuvent donner à réfléchir : allez-y foncez !

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Crimes et curare

Publié le par Yv

Crimes et curare, Pierre Machu, Ravet-Anceau, 2013

Une prostituée est assassinée à Lille. Empoisonnée au curare de Guyanne. L'enquête échoit au lieutenant de police Jean-Alain Lejambier. Une seconde femme succombe au même poison, dans la même ville, une femme aisée, styliste et belge. A priori, rien ne lie les deux victimes. Et si le tueur les choisissait au hasard ? Empêtré dans une histoire sentimentale pas facile, le lieutenant tente de faire la lumière à la fois sur son enquête et sur sa vie privée.

Voilà un petit polar bien agréable. Pas par son intrigue assez simpliste ni même pour une enquête secondaire mettant en scène une morte par accident de voiture : disons que pour cette intrigue, pas nécessaire, on est plus proche des énigmes de Picsou magazine ou de celles qu'on peut trouver dans les magazines de jeux d'été que d'un polar sérieux ! Non, ce qui est plaisant, c'est de voir Jean-Alain Lejambier se dépatouiller de sa vie sentimentale, s'enfoncer dans une relation compliquée et en entamer une autre en même temps. Son ex et peut-être future (?) -Ah le suspense est terrible- est insupportable, j'avoue qu'à la place de Jean-Alain, je n'aurais sans doute pas eu sa patience. Pour être clair je l'aurais envoyée se faire voir. Mais bon, je ne suis pas Jean-Alain, ni policier. Ce qui m'a bien plu également, c'est le découragement de ce flic à qui l'on met des bâtons dans les roues alors qu'il n'aspire qu'à faire bien son travail : la hiérarchie est frileuse et pas téméraire. 

Les personnages sont sympas, leurs relations plus esquissées que vraiment approfondies, la ville de Lille bien présente ainsi que la Belgique, l'intrigue pas folichonne mais suffisante pour tenir les 170 pages. Beaucoup de maladresses par exemple lorsqu'un flic dit à un autre qu'ils ne sont pas dans une série télévisée policière, un procédé douteux plusieurs fois utilisé censé donner de la réalité à un récit. Certes, ils ne sont pas dans une série télévisée, mais dans un roman, c'est kif-kif... 

Pas enthousiasmant, pas vraiment crédible, mais malgré tout cela, j'ai passé un bon moment. Un petit polar sans prétention (enfin j'espère) qui pourra vous faire passer un après-midi de farniente au soleil, sur le sable ou à l'ombre sur un transat ou vice versa, enfin dans toutes les positions que vous désirez, seul ou à plusieurs, je décline toute responsabilité.

Les premières phrases : "Jean-Alain étira son mètre quatre-vingt-cinq et bâilla à s'en décrocher la mâchoire. Décidément, l'horaire de nuit ne lui convenait pas. Il regrettait beaucoup d'avoir accepté ce remplacement pour un mois, il n'arrivait pas à se faire au rythme." (p.7)

 

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L'Exécution

Publié le par Yv

L'Exécution, Robert Badinter , Audiolib, 2009 (Éd. Grasset, 1973), lu par Charles Berling

L'affaire de Clairvaux dans les années 70 : une prise d'otages qui se finit dramatiquement par l'assassinat des otages, un gardien et une infirmière. Les deux accusés, Claude Buffet et Roger Bontems. Si le premier est coupable des égorgements, le second n'a pas de sang sur les mains. Néanmoins, défendu par Philippe Lemaire et Robert Badinter, il sera guillotiné. Cette affaire sera un tournant dans la vie de Robert Badinter qui n'aura désormais de cesse de lutter contre la peine de mort.

Un récit exceptionnel que je ne connaissais pas et que les éditions Audiolib me font découvrir avec bonheur. Ce texte est d'une force peu commune ; tout le cheminement et les questionnements d'un avocat au moment où il aborde un procès qui, il le sait, le changera à tout jamais. Robert Badinter raconte son procès, intercale les conseil de son maître dans ce métier, Henry Torrès, fait le point sur le déroulement de l'affaire pendant les deux premières parties. La troisième étant consacrée plutôt à la demande de grâce et à l'exécution. 

Dans la présentation, Robert Badinter finit en disant : "Fermez les yeux et écoutez", et c'est ce que j'ai fait. La voix de Charles Berling entre dans le casque, paisible au départ, qui enfle lors du procès et devient presque un murmure dans la troisième partie. Si je suis un adepte du livre papier, je dois avouer ici que parfois l'interprétation d'un acteur peut donner de l'ampleur à un texte, quand bien même celui-ci n'en a point besoin. Car, effectivement, le texte se suffit à lui-même, mais C. Berling lui donne une force supplémentaire. Aucun passage n'est anodin, tant ceux concernant le procès que les conseils du maître Torrès, un vrai plaidoyer pour le métier d'avocat, de défenseur, que la fin, tendue, sensible et inoubliable. Je me souviens encore des débats en 1981 autour de l'abolition de la peine de mort, ceux organisés dans les cours au collège et même encore quelques années après au lycée. Ils étaient vifs, emportés et je défendais fermement ma position, celle qui avait enfin gagné. Je ne m'étais jamais demandé comment Robert Badinter en était venu à croire en l'abolition, j'ai maintenant une réponse claire.

Merci aux éditions Audiolib de mettre ce texte à leur catalogue, car il doit être lu ou écouté très largement. Cet été, en voiture ou sur la plage, dans l'autoradio ou sur vos lecteurs MP3. Puissant. Encore mieux qu'un bon polar. La praticité d'un format à trimbaler partout alliée à l'interprétation formidable de Charles Berling. Pas gai (mais pas pire qu'un thriller, et mieux en terme de qualité) certes, mais inévitable.

 

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Conflit de voisinage

Publié le par Yv

Conflit de voisinage, Rafaële Rivais, Éd. Max Milo, 2013

Lorsque Rachel Kubler, journaliste, revient s'installer à Paris après quelques années passées en Belgique, elle n'a d'autre solution que de louer un souplex chez un bailleur social. Seule avec deux petites filles, elle emploie une jeune fille au pair. Très vite, elle s'aperçoit que sa voisine Audrey Nichelong ne la supporte pas. Et c'est un euphémisme. Tout ce qu'entreprendra Rachel pour améliorer son habitat sera systématiquement vécu comme une provaocation par sa voisine. Et le ton monte très vite. Jusqu'où Audrey Nichelong sera capable d'aller pour nuire à Rachel Kubler ?

Il y a il paraît de nombreux conflits de voisinage en France. Ce roman est d'ailleurs basé sur des faits réels. De petites brimades en gestes plus dangereux, la tension monte et la peur s'installe. Acculée, la victime tente d'alerter bailleur social, police, mais tous sont très occupés à d'autres tâches moins gênantes pour le premier et plus valorisantes pour la seconde. Et Rachel doit alors se débrouiller seule, d'abord contre des petits tracas, avant que ça ne dégénère :

"Elle [Audrey Nichelong] se mit à guetter les allées et venues de sa voisine. Quand elle la savait prête à sortir de l'immeuble, elle préparait une bassine d'eau. S'il n'y avait personne dans la rue, elle la vidait sur sa tête au moment où elle franchissait la porte d'entrée, située au-dessus de sa cuisine. Elle l'entendait avec jubilation remonter chez elle pour se changer. Elle retira le nom de sa boîte aux lettres afin qu'elle ne reçoive plus son courrier. Hélas, l'autre l'écrivit au feutre sur le métal. Lorsqu'elle l'apercevait dans la rue Kubler en train de rentrer chez elle avec sa poussette double et les petites dedans, elle bravait le flot des voitures pour arriver avant elle au pied de l'immeuble : elle maculait d'huile la poignée de la porte d'entrée ou bien appuyait sur la totalité des boutons de l'ascenseur afin qu'il s'arrête à chaque étage et qu'il l'oblige à poireauter. Elle continua d'envoyer les chats faire leurs besoins dans ses plantes, la nuit : non seulement ils les déracinaient, mais ils les remplissaient d'excréments." (p.113)

Le livre se présente comme un roman, je l'ai ressenti plus comme un écrit journalistique. Certes, le suspense et la tension sont bien pesés et bien amenés. Certes, la construction est plutôt romanesque. Mais, l'écriture est journalistique : de petites phrases rapides, claires, nettes, précises qui font mouche mais qui ne réussissent pas à donner à ce livre le charme d'une oeuvre littéraire. Tel n'était peut-être pas le but de l'auteure? Si son but était de construire un roman façon roman noir avec des gens normaux, dans des situations courantes, rien qui malheureusement ne sorte vraiment de l'ordinaire (lorsque je dis cela, ne le voyez pas comme une critique négative, mais comme un simple constat des situations décrites) en faisant monter tension et intérêt du lecteur, le pari est réussi. 

Vous ne verrez plus vos voisins comme avant si vous avez la chance de croiser la route de ce petit roman (188 pages) -ou si vous faites en sorte de l'avoir en mains- rapide et efficace. Quand je pense que j'ai invité les miens il y a quelques semaines...

Merci Flora

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Le bar du caïman noir

Publié le par Yv

Le bar du caïman noir, Denis Humbert, Presses de la cité, 2013

Guyane, pas loin de Kourou, dans un coin perdu, à Regina, des hommes et des femmes se retrouvent, tous venus ici pour se perdre ou se retrouver, pour oublier, pour se faire oublier, pour un sursaut... Thomas tient le bar du coin, le caïman noir. Alia la jeune chercheuse, Simon le golden boy, Frantz l'autochtone, Sofia la serveuse, Caporal Bob le physionomiste et le docteur Charpentier, tous ont une bonne raison d'être présents.

Denis Humbert a plein de très bonnes idées dans ce roman. D'abord le titre de ses chapitres : "Un an avant le jour où c'est arrivé", puis, "Huit mois avant le jour où c'est arrivé" jusqu'au dernier intitulé logiquement : "Le jour où c'est arrivé". En tout, dix chapitres en comptant le petit prologue : "Le lendemain du jour où c'est arrivé". Et voilà le lecteur ferré, conscient qu'il va se passer quelque chose. Le suspense, même s'il n'est pas le ressort principal du livre monte progressivement.

Ensuite, le paysage, la moiteur du climat, la forêt amazonienne, le coin perdu au bout de nulle part, un bar improbable comme on peut en voir dans de vieux films étasuniens, en bois dans lequel viennent se réfugier des hommes et des femmes en attente de changement ou bien au contraire des gens qui n'attendent plus rien de leur vie : "... cet endroit n'était rien d'autre qu'un cloaque putride, un mouroir marécageux infesté de moustiques. [...) Il faudrait s'en accommoder. Serrer les dents et faire bonne figure, supporter cette moiteur perpétuelle et ce sentiment d'être en train de glisser dans le conduit d'un vide-ordures." (p.78) Le livre est très imprégné de cette atmosphère humide, poisseuse qui colle aux vêtements et aux corps.

Enfin, le romancier s'intéresse à ses personnages et leur donne de l'épaisseur. Dans chaque chapitre, des paragraphes ont pour titre et pour sujet principal un ou plusieurs protagonistes du roman. On connaîtra ainsi les raisons qui les ont poussés à venir s'enterrer ici, les relations qu'ils ont entre eux, leurs envies, leurs désirs. Il y a aussi les orpailleurs : "... En Europe, lorsqu'on parle d'or, on pense au luxe, aux bijoux ou même aux cours de la bourse. Huit mille kilomètres plus à l'ouest, en Guyane, on voit les choses différemment. On pense orpaillage clandestin, pollution des fleuves et délinquance..." (p.227). La défiguration du paysage, de l'écosystème et des relations humaines vient également de cette soif de l'or. 

Le texte de Denis Humbert fait la part belle aux paysages et aux relations entre les personnages. On se projette aisément si ce n'est dans le bar, au moins dans des représentations cinématographiques qui lui collent. Un style alerte, vif qui sied aux situations et à l'histoire. Une écriture visuelle, une région parfaite en tant que contexte géographique, des personnages forts et attachants qui ont tous leurs deux faces la vitrine et le côté sombre, caché. 

Une belle réussite que ce roman qui vous dépaysera (sauf si vous êtes guyanais) et qui vous tiendra du début à la fin sans que jamais vous n'ayez vraiment envie de quitter le bar du caïman noir.

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Requiem pour le juge

Publié le par Yv

Requiem pour le juge, André Fortin, Éd. Jigal, 2010, sortie poche, 2013

Le juge Galtier est insomniaque, surtout si la soirée avec sa femme s'est finie par une dispute. Ange Simeoni est un malfrat marseillais, qui, une nuit, pour échapper à des gens malintentionnés se réfugie sur un balcon. Celui du juge. Qui justement tente de combattre une insomnie sur ce-dit balcon. 

Très loin de cette rencontre fortuite, le prince Al-Walid réunit les gens qui pour lui, aux quatre coins du monde, font des affaires pas toujours honnêtes. Parmi eux, Charlie Sacomano, agent immobilier marseillais aux grandes ambitions. Lorsque la maîtresse d'icelui est assassinée, le juge Galtier est saisi.

Fatima, une jeune femme que le juge Galtier a aidée lorsqu'il était juge pour enfants débarque un jour et lui demande de surveiller son frère Rachid qu'elle pense sur la mauvaise pente, celle de l'islam intégriste. De toutes ces affaires apparemment déconnectées, le juge sera le point commun.

Chez Jigal, j'étais habitué aux polars assez rapides, efficaces, comme récemment Beso de la muerte ou L'autel des naufragés, mais là pas du tout, c'est un roman qui prend son temps. Un peu bavard et pas mal de répétitions, mais on est à Marseille, là où on enjolive les faits, où une simple anecdote prend des tournures d'histoire du siècle. Je dois sûrement ici écrire un cliché, mais il faut bien reconnaître que ce roman de 272 pages (dans sa version grand format) aurait pu être réduit nettement sans perdre de son intérêt. Ceci étant dit, c'est un roman qui m'a beaucoup plu. D'abord, le ton est léger, le style entre ironie, sarcasme et humour, on lit avec un sourire aux lèvres -pas permanent, car les digressions de l'auteur sont bien senties et sérieuses, mais j'y reviendrai-, mais qui tient une bonne partie du livre : "Le prince Al-Walid qui avait fait ses études secondaires en Angleterre, au prestigieux collège d'Eton, puis ses humanités à Oxford parce que, cette année-là, les étudiants de cette université avaient battu Cambridge aux avirons, n'en était pas moins un partisan convaincu du despotisme absolu. Ça tombait bien parce que le despote, dans son pays, n'était autre que son grand-oncle et que cet ancêtre tout puissant avait le sens de la famille. On avait eu beau apprendre au jeune dandy qu'il était alors, la philosophie des Lumières avec Locke puis Montesquieu et Voltaire (et non pas Rousseau, il ne faut tout de même pas exagérer...), rien n'y avait fait." (p.13)

Ensuite, on suit l'intrigue du côté du juge d'instruction, qui lentement, cherche à établir les responsabilités et à ne pas faire payer des lampistes mais les bons coupables. Enfin, entre deux interrogatoires, et des discussion avec Juston le flic, le juge Galtier nous fait part de ses opinions sur la justice française (André Fortin s'y connaît un peu, il a été magistrat) : "J'ai toujours été, par principe, opposé à cette législation et à cette juridiction d'exception [la juridiction anti-terroriste] : augmentation considérable des droits de la police, durée de garde à vue doublée, voire triplée, détention provisoire allongée, accointances entre justice et services de renseignement, cour d'assises sans jurés, incriminations élastiques, droits de la défense réduits... Un système que l'on croirait relever d'un régime totalitaire et non d'une démocratie européenne du XXIe siècle?" (p.219) et également sur les réseaux de l'islam intégriste dans les cités : recrutement de jeunes désœuvrés et en recherche d'un sens, implication dans des affaires financières douteuses, ... Dans ces moments, l'écriture est plus grave, pas donneuse de leçons, elle constate en s'appuyant sur l'expérience d'un juge.

On est en plein roman noir social ou sociétal. Un polar très ancré dans le vrai, sans doute encore au-dessous de la réalité qui, on le sait, dépasse toujours la fiction. Très prenant grâce au rythme, à l'écriture très plaisante d'André Fortin et au réalisme de ses intrigues.

Avis en partie partagé par Oncle Paul

 

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L'autel des naufragés

Publié le par Yv

L'autel des naufragés, Olivier Maurel, Jigal, 2013

Novembre 1963, la veille de l'assassinat de Kennedy, un homme, criminel de guerre nazi est abattu dans une rue de New-York par Simon Slick, agent de la DST. 

Février 2009, le corps d'une femme est retrouvé atrocement mutilé à Milly-la-Forêt. Andréa Slick, patron de la BRI est chargé de l'enquête. Andréa est le petit-fils de Simon. Chez les Slick, on est flic ou barbouze de père en fils depuis plusieurs générations. Chez les Slick, de père en fils, on a aussi une particularité : on voit la mort brutale dans les yeux des gens juste avant qu'elle ne survienne. Andréa devra affronter ses démons intérieurs pour tenter de terrasser la bête  terrible qui torture et tue, guidée par une théorie immonde, ignoble.

Thriller vitaminé, qui s'il n'invente rien dans l'intrigue générale, est néanmoins très bien ficelé, grâce notamment aux personnages très bien campés et à leurs spécificités : "Tous les hommes de la famille Slick étaient flics de père en fils, depuis des générations. Tous avaient aussi en commun de voir apparaître des stigmates sur les personnes qui allaient décéder. A quelques secondes de mourir, les yeux de ces personnes devenaient intégralement blancs. Nul ne savait pourquoi les Slick avaient cette faculté. Il s'agissait d'un secret dont personne ne parlait." (p.16) Chez les Slick, il y a ceux qui vivent avec ce secret, qui réussissent une vie quasi-normale, ceux qui ne réussissent pas à l'affronter, Paul, le père d'Andréa se suicidera et ceux qui utilisent des béquilles pour rester debout, tel Andréa, alcoolique notoire, taciturne voire franchement désagréable pour le moins peu enclin à faire des efforts dans ses relations à autrui. Néanmoins, une qualité lui est reconnue de tous, c'est un flic excellent, pugnace et tenace. 

Quelques bémols pour moi : certains rebondissements ou enchaînements de faits sont un peu prévisibles voire téléphonés si on lit ou regarde un peu de polars ou de thrillers -je ne suis pas spécialiste, mais parfois j'ai cru être doté d'un flair holmesien-, et une morale du héros un peu douteuse calquée sur les standards étasuniens : la loi du talion ! Un peu plus de finesse ne saurait nuire. Mais, malgré mes remarques, le livre se lit très vite, sans ennui, au contraire, l'efficacité est au rendez-vous. Le tueur est particulièrement retors, pervers et détestable, adepte d'une théorie purificatrice de la race humaine très personnelle, mais dont certaines parties remontent à la surface en ces temps de crises dans nos rues.

Le style d'Olivier Maurel varie entre des dialogues enlevés, directs parfois crus, du langage d'hommes d'actions (ou d'hommes entre eux), des descriptions plus classiques et d'autres très détaillées des différents services de la police, de son fonctionnement et des interactions avec le service pénitentiaire ou la justice ; ça peut paraître trop détaillé, mais ça place ce thriller dans le monde réel alors qu'il pourrait partir très vite vers du totalement fictionnel et absolument pas en phase avec une certaine réalité. 

Et puis, pour finir, le plus intéressant sans doute, O. Maurel s'installe dans la peau d'Andréa Slick ainsi que dans celle du tueur, pour mieux nous faire ressentir leurs questionnements : de celui qui ne va pas bien, tourmenté par ses visions, son alcoolisme chronique et sa volonté d'en finir sans oser franchir le pas lui-même à celui qui, fort d'une théorie qu'il croit la meilleure de toutes se permet des actes odieux sans remords. Une plongée dans l'âme humaine comme dit l'éditeur en quatrième de couverture.

Peu d'avis en ligne, un sur Babelio.

 

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La Vierge-Folle

Publié le par Yv

La Vierge-Folle, Frédérique Volot, Presses de la cité, 2013

Le cadavre d'une femme mutilée, aspergée de vitriol est découvert dans une rue du Paris de 1861. Dans sa main un mot prétendant attenter à la vie de l'Empereur Napoléon III. Fort inquiet de la tournure des événements, le Ministre de l'Intérieur, le Comte de Persigny fait appel à Achille Bonnefond pour trouver l'identité de cette femme et connaître les réelles intentions de son assassin. Achille, bel homme, habitué aux salons, à la vie aisée, aux parfums, beaux vêtements et bonne chère devra faire des sacrifices pour connaître le Paris miséreux, celui des chiffonniers, accompagné de l'un d'entre eux, Baise-la-Mort.

Plus qu'un polar haletant ou une enquête trépidante menée par Achille, fils spirituel de Vidocq, ce roman est une plongée dans le Paris du second empire. La ville est transpercée, trouée de toutes parts par le baron Haussmann pour en changer totalement le visage. Les quartiers sont vidés de leurs pauvres pour construire des bâtiments ou des jardins (le Parc Monceaux -avec un "x" à l'époque- par exemple) qui feront la renommée de la capitale. Les miséreux de la ville se regroupent dans des quartiers, de véritables bidonvilles dirions-nous maintenant, des vraies cours des miracles. Les descriptions sont claires, sans tabous ni détours, on a presque les odeurs qui montent aux narines. La crasse, la pestilence, la maladie sont présentes tout au long des pages consacrées aux pauvres de Paris.

Le livre regorge de détails, d'anecdotes de l'époque et ce qui est le véritable intérêt du livre en est aussi peut-être un inconvénient parfois, car on peut avoir l'impression que F. Volot a voulu absolument mettre tout le produit de ses recherches documentaires dans son livre. C'est toujours instructif, intéressant, néanmoins, parfois lourd à digérer et à vrai dire un peu inutile, comme ce passage, un parmi d'autres, qui clôt un chapitre :  "Certains regrettaient la destruction d'une suite d'hôtels construits par Ledoux, Cherpitel ou Brongniart. Que de souvenirs disparaissaient avec eux ! Qui se souviendrait que dans cette même rue le baron von Grimm avait recueilli chez lui le jeune Mozart, après la mort de sa mère, en 1778 ?" (p.130) Peut-être aurait-il mieux valu instiller ici et là des descriptions de la ville en mutation et en garder d'autres pour la suite, car je sens que suite il y aura. L'auteure installe ses personnages dans le long terme ; elle les décrit au plus précis, décrit leur entourage et leurs relations diverses : on sent le début d'une série avec des rôles distribués, des héros qui vont évoluer même si leurs traits sont déjà très précis. Achille, en premier : "Achille écarquilla les yeux. Au fur et à mesure que ses pas le guidaient dans le quartier Maubert, il réalisait que jamais il n'y avait mis les pieds. Jamais ! Ni dans son enfance protégée, ni dans sa jeunesse dorée, ni du temps de la création de son agence de détectives avec Félix. Lui trouvait les affaires, recevait les clients, son ami faisait le reste, se salissait les mains, plongeait dans la boue putride." (p.164/165). Mais aussi Félix, son ex-associé, Tamara sa servante à laquelle il est très lié et qui le lui rend bien, Baise-la-Mort, le chiffonnier dont on connaît les malheurs qui l'ont entraîné jusque dans ces quartiers, jusqu'à Pakoune la chatte obèse et borgne. 

Mis à part mon bémol sur la surabondance d'informations pas toujours nécessaires, j'avoue avoir passé un excellent moment avec Achille et ses comparses. L'enquête n'est pas captivante -mais pas inintéressante non plus-, elle est le fil rouge de l'histoire qui nous permet de nous intéresser à l'époque et aux personnages de fiction de Frédérique Volot mêlés à ceux qui ont réellement existé. Elle permet également de connaître ce qu'était le Paris d'avant, ce qu'étaient les relations -ou l'absence d'icelles- entre les riches et les pauvres : deux mondes qui se côtoyaient sans se voir. Un roman très accessible, au ton résolument léger (même si les passages qui relatent la misère humaine de l'époque ne sont pas particulièrement joyeux) qui, comme je le disais plus haut appelle une suite, ce qui, de mon avis, ne manquera pas d'advenir. Une deuxième aventure sous Napoléon III, je veux bien.

D'autres avis similaires : Oncle Paul, Claude Le Nocher

Merci Laura

 

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Deadline à Ouessant

Publié le par Yv

Deadline à Ouessant, Stéphane Pajot, L'Atelier Mosésu, 2013

Luc Mandoline est thanatopracteur. Son métier c'est donc de préparer les morts avant leur ultime voyage. Invité à Ouessant par la mère d'un de ses amis disparu en mer, il compte y passer trois jours et revenir sur le continent. Mais c'est sans compter avec le hasard qui met sur sa route un, puis deux puis trois cadavres. Il a l'habitude certes, mais lorsque ceux-ci n'ont pas trépassé naturellement, Luc Mandoline ne peut s'empêcher de fouiner. Et la petite histoire et les légendes d'Ouessant de rencontrer la grande Histoire, celle pour laquelle on peut encore se battre, voire pire...

Connaissez-vous Luc Mandoline ? Non ? Eh bien, à l'image d'un Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe ou d'un Léo Tanguy, Luc Mandoline est un personnage créé (par Sébastien Mousse) et mis à la disposition d'écrivains qui peuvent s'emparer de son univers pour le temps d'une aventure. Tout cela est bien expliqué sur le site de L'Atelier Mosésu. Stéphane Pajot, qui a déjà excellemment sévi avec Le Poulpe ou Léo Tanguy se colle cette fois-ci à la thanatopraxie. Et le moins qu'on puisse dire c'est que ça commence fort : à peine débarqué à Ouessant, Luc est témoin d'une altercation entre deux vieux dont l'un chute et se fracasse le crâne sur un banc, l'autre s'en allant attendre les gendarmes chez lui. Puis Luc reçoit des messages énigmatiques sur son portable. Ensuite, il échoue dans un café et se lie avec les poivrots locaux qui ne dessaouleront pas du livre. Puis, Stépane Pajot déroule son histoire, entre jeux de mots ou blagues bien pourris (mais assumés) et assénés par un pochtron sympathique quoiqu'un poil lourd : "Sais-tu qu'en Chine, on pleure quant on meurt et on riz cantonais ?" (p.35), argot, tournures de phrases bien senties, fleuries, et citations de chansons connues placées discrètement par-ci par-là, j'en ai repéré plusieurs dont une de Renaud (et d'autres mais comme je n'ai pas noté les pages, je ne les ai pas retrouvées en feuilletant), ainsi qu'une bande-son : JP Capdevielle (la belle Chiquita oblige ! Merci Stéphane, j'ai le morceau en tête depuis plusieurs jours), Miossec (inévitable), Neil Young, The Saints, ... Il parle également beaucoup d'anecdotes locales, de légendes bretonnes et ouessantines, comme l'Ankou (la mort) qui se promène dans les rues pour faucher ceux qui le croisent. Mais Ouessant a aussi rendez-vous avec l'Histoire :  De Gaulle et les résistants mais aussi la section Bezenn Perrot qui, forte d'une poignée de Bretons à fait beaucoup plus que collaborer avec l'ennemi nazi.

Extrêmement bien documenté c'est un polar qui se lit très agréablement : S. Pajot a l'intelligence d'alterner les passages sérieux et historiques avec d'autres plus légers, d'englober tout cela dans un roman noir et dans une écriture enlevée, légère et dynamique.

Bon, avec tout ça, j'ai très envie d'écouter The Saints (ce que je fais en écrivant les texte, Swing for the crime), mais j'ai surtout très très envie d'aller à Ouessant. Alors si par hasard, un Ouessantin ou une Ouessantine passe sur mon modeste blog et si par le même hasard, cette personne se trouve en possession d'un gîte ou d'une chambre de coût modéré, je serais ravi de lier connaissance et de passer quelques jours (voire plusieurs jours, du genre une semaine). Il va sans dire que Madame Yv voudra être du voyage. J'avais bien penser à faire cette proposition en sélectionnant des livres qui se passent aux Seychelles, à l'Île Maurice ou dans d'autres lieux paradisiaques, mais c'est très surfait, alors que Ouessant c'est authentique ! (avec ça, je crois que j'ai mis tous les atouts de mon côté).

A bientôt Ouessant ! Et merci Stéphane, la Bretagne, finalement, y'a rien de mieux !

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