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polar-noir

La vie est un tango

Publié le par Yv

La vie est un tango, Lorenzo Lunar, Éd. Asphalte, 2013 (traduit par Morgane Le Roy)

Léo Martin est commissaire dans le quartier de son enfance dans la ville de Santa Clara, à Cuba. Il s'occupe des petits trafics en tout genre, ferme souvent les yeux pour ne pas léser ses copains d'enfance et pour que chacun puisse vivre et gagner quelques malheureux pesos. Léo tente également de vivre entre Luisa sa compagne, Mariana son ex-femme et Mayita, une prostituée pour qui il éprouve un désir et un sentiment ambivalents. Lorsqu'un jeune homme est assassiné dans le quartier, César, son chef lui demande d'enquêter dessus et sur la cause présumée de ce meurtre, un trafic de lunettes.

Après une ou deux rencontres ratées entre les éditions Asphalte et moi sans lien avec la qualité des livres qu'elles proposent, mais juste parce qu'ils ne me convenaient pas, en voici une belle, réussie. Je suis entré tout de suite dans ce roman noir et ne l'ai plus lâché jusqu'au bout : tout me va : le thème, le contexte géographique, l'écriture et le format condensé, 158 pages. Le thème : roman noir, policier sans violence, sans hémoglobine ou cadavre décrit avec minutie. Léo n'intervient que sur des petits trafics, ne voit pas tout ce qui se passe autour de lui, parce qu'il idéalise son quartier et qu'il vit sur ses souvenirs d'enfance. Il a été placé à ce poste de commissaire par un des cadres du parti, a été formé à La Havane puis est revenu travailler à Santa Clara. Son emploi n'est pas de tout repos, seul dans son quartier à en assurer la sécurité, qui lui a déjà valu la séparation d'avec Mariana et de ne plus beaucoup voir leur fille Yanet. Il est en train également de mettre en péril sa relation avec Luisa qui lui reproche ses absences et ne sait pas prendre de décisions quant à sa malsaine relation avec Mayita, la prostituée. Outre ces questionnements, Léo doit faire face à l'enquête demandée par son chef et va découvrir une facette de son quartier qu'il ne connaissait pas ou qu'il ne voulait pas voir. Cette enquête et la vie de Léo tiennent le lecteur jusqu'à la fin sans jamais d'ennui, d'envie de passer des pages, et lui permettent d'améliorer sa connaissance de Cuba. Le contexte géographique est finement décrit, on comprend aisément la difficulté de vivre dans un pays en crise dans lequel on ne peut pas toujours tout dire, dans lequel certains ne peuvent vivre que grâce aux trafics, au travail au noir, où la prostitution est quasiment le seul moyen pour certaines femmes de s'en sortir et de faire vivre leur famille. Fela, la mère de Léo est celle qui fait le lien entre l'avant 1959 et la vie actuelle sous Castro : les idéaux oubliés, la misère pour beaucoup : "Avant, une prostituée était mal vue. Sa famille la reniait. Elle devait oublier père, mère, frères et sœurs et faire sa vie seule, jusqu'à la fin. Maintenant, il faut voir avec quel toupet les mères racontent que leurs filles font le trottoir." (p.48), celle qui tente d'ouvrir les yeux de son fils sur l'état du pays, sur sa vie.

L'écriture est directe, va droit au but et s'attarde peu sur les descriptions des paysages et des personnages, tout juste sait-on qu'untel est dégingandé ou bien au contraire gras ou qu'unetelle a un beau cul et de grandes jambes (les prostituées qui traversent le livre sont les plus décrites). Les tourments de Léo sont écrits également franchement : "Parfois, je me dis que mon problème, c'est la peur. La peur peut être héréditaire. Oui, j'ai la trouille. La trouille depuis cette fameuse nuit où j'ai vu le corps de Pinky porté à bout de bras, dans la foule, atteint par le coup de poignard mortel d'un délinquant. J'ai peur de subir le même sort. Peur de crever. Et peur de tuer aussi, parce que je suis convaincu que cela peut arriver un de ces quatre. Il suffit d'une détente sur laquelle appuyer ou d'une prise de karaté." (p.41/42)

Pas de chichi dans le discours, le langage peut être cru, la violence est décrite, présente, quotidienne, celle des hommes frappant les femmes, celle des gens ne trouvant pas de quoi manger, celle des envieux de ceux ou celles qui "réussissent" fut-ce en vendant leurs charmes, ...

C'est un roman noir social duquel sort peu d'espoir, les personnages semblent résignés, désabusés, englués dans des vies difficiles, dans un pays qui ne bouge pas. On ne peut pas dire que Cuba soit à la pointe de la démocratie et que les Cubains vivent dans l'aisance, ce qui ressort très bien de ce livre. Un très bon roman noir dans la lignée de ce que j'ai pu lire de Leonardo Padura, avec un côté plus actuel notamment dans le langage ; vous auriez tort de passer à côté.

Merci Estelle.

 

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L'hôtel hanté

Publié le par Yv

L'hôtel hanté, Wilkie Collins, Éd. Sol Publishing 90 (Espagne), 2008 (écrit en 1878)

La comtesse Narona vient consulter un médecin anglais réputé pour la finesse de son diagnostic, car elle croit devenir folle. Future épouse de Lord Montbarry, elle vient d 'apprendre que celui-ci a annulé les fiançailles qu'il avait prévues avec une autre femme, Agnès, sa cousine. Celle-ci prend la chose assez philosophiquement, mais lorsque les deux femmes se rencontrent et malgré la bonté d'Agnès, la comtesse Narona ne se sent pas bien, sûre qu'Agnès est celle qui la mènera jusqu'à sa fin. Son ange de la mort en quelque sorte. Le mariage est prononcé et le couple part à Venise dans un palais dans lequel un drame se joue.

Il y a quelques années, en me baladant dans une librairie, j'ai vu les livres de cette collection proposée par Ouest-France, La crème de crime. Pour le prix, j'ai dû en prendre deux ou trois et seul celui-ci a survécu à diverses réorganisations de notre habitat. Ont été publiés également, Gaston Leroux, Edgar Allan Poe, Paul Féval, entre autres. Bouquin pas cher, format poche, présentation minimale, même pas le nom du traducteur. Au moins, le nom de l'auteur, Wilkie Collins (1824/1889), qui je l'apprends très récemment est connu -mais pas par moi- pour ses écrits appelés "romans à sensation" et précurseurs du roman policier ou à suspense (source Wikipédia).

Me voilà donc en présence de mon premier Wilkie Collins et j'avoue n'avoir point été déçu. Classique, efficace, flirtant avec le surnaturel, ce roman se déguste en douceur et est en plus d'un roman à suspense une peinture de la société anglaise des années 1860. Ces Lords qui vivaient aux Indes et revenaient dans leur pays au bout de quelques années fonder une famille, ces grandes familles qui voyageaient facilement et souvent, passaient du temps en France, chez "le peuple le plus gai du monde entier" (p.118) -comme quoi les temps changent, d'abord je ne suis pas sûr que de nos jours un Anglais aurait le même discours, et ensuite aurait-il tort puisque nous sommes, paraît-il, en tête de consommation d'anxiolytiques ?- et en Italie, notamment à Venise. Les tergiversations d'Agnès, ses hésitations ou ses pudeurs, ne voulant pas céder au frère de son ex futur-mari (vous me suivez), et les longues cour et attente de celui-ci sont  un rien désuètes et ajoutent un charme à ce livre.

Wilkie Collins est un malin, il nous prend par la main au début de son livre et ne nous lâche plus jusqu'à la fin : il nous mène là où il veut. Exactement. Son intrigue est très bien menée, les détails sont disséminés ça et là dans le texte qui seront utiles au dénouement. On le sait, on sait même quels sont ceux qui vont servir mais point encore comment et pour qui ou avec qui. Un vrai Cluedo.

Et puis l'écriture est belle, très 19ème avec des tournures dont on n'use plus guère, des paraphrases, des portraits simples et très visuels ; la comtesse Narona, par exemple :

"Ses vêtements étaient de couleur sombre et d'un goût parfait, elle semblait avoir trente ans. Ses traits : le nez, la bouche et le menton étaient d'une délicatesse de forme qu'on rencontre rarement chez les Anglaises. C'était, sans contredit, une belle personne, malgré la pâleur terrible de son teint et le défaut moins apparent d'un manque absolu de douceur dans les yeux." (p.7)

Ou encore celui d'une femme de chambre :

"C'était une grande femme osseuse, arrivée à l'automne de sa vie, avec des yeux enfoncés, des yeux gris fer. [...] On voyait du premier coup d’œil que Mme Rolland devait avoir sa réputation intacte ; elle avait d'épais et larges sourcils, une voix profonde et pleine de solennité, des gestes raides et secs et, dans sa figure, pas la moindre ligne courbe caractéristique de son sexe : tout était anguleux ; en un mot la vertu, dans cette excellente personne, se montrait sous son aspect le moins engageant. Et quand on la voyait pour la première fois, on se demandait pourquoi elle n'était pas un homme." (p.101)

Daté ce roman, c'est évident, mais très plaisant et puis, c'est comme de revoir un vieux film d'Hitchcock -pas de comparaison dans les dates-, depuis on a fait plus nerveux, plus rapide, plus moderne, mais pas forcément plus tortueux et plus captivant, suggérer étant nettement plus fort que de tout dire ou montrer. Un bémol uniquement pour les coquilles, les approximations de ponctuation à ne point imputer à l'écrivain mais à une mise en page bas de gamme.

 

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L'inconnue de Bangalore

Publié le par Yv

L'inconnue de Bangalore, Anita Nair, Albin Michel, 2013 (traduit par Dominique Vitalyos)

La première nuit du Ramadan à Bangalore, un jeune prostitué est agressé et brûlé vif. Puis, un autre meurtre suit, la victime est un homme étranglé et égorgé par un fil garni de petits morceaux de verre, comme la première victime. L'inspecteur Borei Gowda se voit confier l'enquête. Gowda est un flic qui approche de la cinquantaine, brimé dans ses avancements à cause de son mauvais caractère, de sa manie de suivre son instinct plutôt que les procédures. Un jeune homme, l'inspecteur-adjoint Santosh est affecté dans son service.

Petites précisions géographiques avant d'entamer mon billet : Bangalore est une ville du sud de l'Inde, d'environ 8.5 millions d'habitants, capitale de l'État du Karnataka, considérée comme la Silicon Valley indienne (source : Wikipédia et l'éditeur).

Revenons maintenant au roman d'Anita Nair qui m'a fort agréablement surpris. J'avoue, à ma grande honte (ouh, ouh, ouh), avoir une idée dépassée de l'Inde, des habitants réservés, un rien compassés, des us et coutumes très ancrés. Il me faut dire également que ce n'est pas un pays pour lequel j'ai un intérêt particulier et que je ne suis jamais allé chercher d'information sur la vie moderne indienne. Tous mes préjugés volent en éclat et c'est tant mieux. Ce polar met en scène à la fois des coutumes et des scènes ou des mœurs beaucoup plus modernes : il y est beaucoup question de sexualité, de trans-sexualité, des rapports qu'entretiennent entre eux les gens d'une grande ville, de la corruption, des accointances entre politiques et chefs de la police, de prostitué(e)s, de sans-papiers, de faux-monnayeurs, d'eunuques et de travestis. L'auteure réussit le tour de force de donner beaucoup de modernisme tout en gardant les traditions de son pays très présentes. Son personnage principal Borei Gowda n'est pas un mec éminemment sympathique, ni antipathique d'ailleurs, il est mal embouché, bourru, néanmoins, il a des côtés touchants et attachants, mais s'emporte très vite, ne supporte pas beaucoup les autres : "Gajendra pâlit. C'était toujours comme ça quand la tendance de Gowda à la méchanceté remontait à la surface. Il parlait sur un ton suave qui, au lieu de désamorcer la violence intérieure, l'amplifiait. Le brigadier éprouvait une grande sympathie pour Santosh. On avait vu des hommes plus endurcis retenir leur souffle quand Gowda optait pour la douceur." (p.39)

Il a des raisons pour être comme cela, c'est un excellent flic, doté d'un sixième sens, mais qui se heurte à la hiérarchie souvent plus occupée à s'occuper d'elle-même que des meurtres commis dans les rues, fussent-ils perpétrés par un tueur en série : "Il se passe beaucoup de choses dans votre juridiction. Des Africains en ont fait leur quartier général. Certains sont impliqués dans un trafic de drogue. Occupez-vous de ça. Il y a aussi un consortium de propriétaires de carrières en quête de bons filons qui voudrait qu'on regarde ailleurs. Mettez-y bon ordre. Ça nous fera le plus grand bien, à vous comme à moi. Laissez ces absurdités de tueur en série à la Criminelle." (p.217)

D'aucuns pourront dire qu'il n'y a là rien de nouveau. Certes, je ne crois pas qu'Anita Nair veuille révolutionner le roman policier, mais elle y ajoute un contexte géographique, politique assez différent de ce que je peux lire habituellement. Ça suffit pour me plaire, surtout si dès lors qu'on tente de comprendre qui peut être le ou la coupable, on patauge un peu, A. Nair nous embrouillant avec des termes indiens tels "Anna" (=frère aîné), "Akka" (=sœur aînée)", certes expliqués en un bienvenu glossaire de fin de volume, mais qui, s'ils peuvent désigner une personne particulière -celle que l'on pense être un coupable parfait- sont aussi des termes génériques qui peuvent s'adresser à plusieurs personnes -donc d'autant plus de suspects.

Voilà donc pour ce polar indien qui devrait plaire à un grand nombre de lecteurs, peut-être pas aux plus exigeants des amateurs de romans policiers qui en verront les ficelles, sauf s'ils se laissent prendre par l'ambiance mi-moderne mi-traditionnelle qu'a su créer Anita Nair.

 

Merci Laure.

PS : petite note à l'attention du traducteur, qui cette fois-ci pourrait revenir me voir avec des intentions plus sympathiques et des mots (lui qui a l'habitude de les manier) moins désagréables que pour le livre de Tarun Tejpal.

 

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Trottoirs du crépuscule

Publié le par Yv

Trottoirs du crépuscule, Karen Campbell, Fayard, 2013 (traduit par Stéphane Carn et Catherine Cheval)

Anna Cameron, jeune femme flic, prend la direction d'une nouvelle unité, une brigade d'intervention rapide sur le Drag, le quartier des prostituées de Glasgow. Mal acceptée par ses collègues qu'elle dirige, elle doit s'imposer, mener l'enquête sur les filles qui se font agresser en dépit des effectifs réduits, de la mauvaise volonté de son équipe et de sa vie amoureuse tourmentée, maîtresse d'un flic bien placé et ex-petite amie d'un de ses subordonnés aujourd'hui marié et père de famille.

Excellent roman policier atypique. Atypique parce qu'il ne se focalise pas sur une seule personne ni sur une seule enquête. C'est la vie quotidienne de l'unité d'intervention dirigée par Anna, la Flexi et la vie quotidienne des gens qui y travaillent. Le fil rouge est bien sûr les agressions envers les prostituées, l'intrigue qui file tout au long du livre et qui prend une grande partie du temps des intervenants. Mais il y a aussi la rencontre d'Anna avec Ezra, un vieil homme attachant qui se fera tuer et dépouiller, une manifestation d'orangistes (Irlandais protestants) en plein cœur de Glasgow.  Néanmoins, la part belle est faite aux relations entre les personnages :  l'ambiguïté entre Anna et Jamie, son ex-petit ami, l'animosité entre Anna et Jenny, la policière sous ses ordres, réticente à toute remarque venant d'elle, ...

Karen Campbell s'intéresse à tous ses personnages, même les seconds rôles, comme Billy Wong, le jeune flic d'origine asiatique, dont on aimerait bien qu'il intègre son équipe. Elle développe plus les caractères d'Anna, de Jamie et de Cath, sa femme et de quelques autres. On  sait presque tout de la pauvreté sentimentale d'Anna, du couple de Jamie et Cath qui part en vrille après la naissance de leur fille et des interactions du travail sur la vie privée et inversement. Elle ne tente pas de nous rendre tel ou tel sympathique, elle n'omet pas ses défauts, comme la tendance à l'emportement d'Anna ou son égoïsme, ou la déprime de Cath, son laisser-aller, ...

On est à la fois en plein cœur du commissariat et en plein cœur des vies des flics, et c'est une très bonne nouvelle, ça fait de ce roman plus qu'un roman policier parmi d'autres. Je n'ai rien contre le genre policier, mais il arrive parfois qu'on tombe sur un livre de ce style qui ne laisse place qu'à l'intrigue au mépris des personnages ou d'une certaine réalité. Pourquoi pas, il en faut pour tous les goûts, et si c'est bien fait, je ne dis pas non a priori. Là, on est en plein réalisme, en plein dans les quartiers chauds de Glasgow avec les descriptions des lieux, parfois sordides, des gens qui y vivent dans la misère, des gens qui y travaillent, des camés, des dealers, des prostituées, ... Le langage adopté sonne juste également, entre familiarités, argot, langage un peu plus soutenu pour d'autres scènes, l'auteure joue avec les différents registres. Le fait qu'elle écrive autant sur ses personnages pourrait me faire dire qu'on est dans un polar social, sociétal ou dans un roman plus classique avec une intrigue policière en toile de fond. Un peu comme dans Furioso, un livre que j'avais beaucoup aimé pour les mêmes raisons, ou comme dans certains polars nordiques dans lesquels les personnages ont une vraie importance, presqu'une vraie vie, mais les horreurs des meurtres en moins, car là, Karen Campbell nous évite le serial killer, l'hémoglobine et les descriptions détaillées des victimes. On pourrait résumer son livre ainsi : de l'humain, beaucoup d'humain et une grosse pointe de policier pour lier le tout, ou vice-versa, mais avec toujours beaucoup d'humanité.

Karen Campbell est une ancienne flic qui écrit là son premier roman débutant ainsi une série selon l'éditeur, que je suivrai très très volontiers. Vivement la suite.

Le livre débute comme ceci (mis à part un mini prologue) : "C'était le temps idéal pour ça. Le vent avait retourné le ciel comme un gant et, par là-dessus, une petite averse avait fini de tout nettoyer. La journée s'annonçait belle.

A toi de jouer ! Anna aurait pu voir son sourire se refléter dans ses chaussures qui slalomaient entre les flaques. Quel éclat... Elle était si absorbée qu'elle ne vit rien venir. La fanfare stridente d'un klaxon à l'italienne la força à regagner précipitamment le trottoir. Le conducteur, presque couché dans sa Sinclair C5, secoua la tête et passa en trombe." (p.13)

Serial lecteur a aimé aussi.

 

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Ça coince ! (15)

Publié le par Yv

Hipnofobia, Salvador Macip, Hachette, 2013

"Un homme est retenu prisonnier dans un bunker secret de l'armée américaine, sous la garde d'un scientifique et d'un militaire. Quel est son secret ? Il ne dort pas depuis trois semaines. Ce personnage mystérieux a été retrouvé au milieu d'une centaine de corps calcinés, comme consumés de l'intérieur. Apparemment, tous étaient membres d'une sorte de secte dont on ne sait strictement rien." (note éditeur)

Je me suis ennuyé, mais ennuyé... Le début est lent, très lent. Rien ne se passe. Rien ne me retient. L'idée de départ est plutôt intéressante mais elle tombe très vite à l'eau. Eau qui délaye l'histoire, l'intrigue, la noie même. Et moi, comme je ne sais pas nager, et que je ne veux pas me noyer, eh bien, je suis resté sur le bord à m'ennuyer de plus en plus (un peu comme le mec ou la fille qui tient la chandelle dans une soirée "duo" très sympa... pour ceux qui peuvent en profiter) jusqu'au moment où je range ma pelle et mon seau et je m'en vais. Désolé Salvador, mais ton livre, il n'est pas pour moi.

 

Obsèques, Lars Saabye Christensen, Lattès, 2013

"Le matin du 4 janvier 2001, Kim Karlsen, âgé de cinquante ans, se réveille dans une chambre d'hôtel au nord de la Norvège. Il ne se souvient de rien. Il ne le sait pas encore, mais il est mort." (4ème de couverture)

Imaginez, vous êtes bloqués sur un lit, incapable de bouger et là, une femme à la voix criarde, ou un homme aviné (au choix selon vos préférences), vous parle sans pause, à peine de toutes petites pour reprendre son souffle : une logorrhée insupportable et vous en pouvez rien faire. vous vous sentez oppressés, par ce flot de paroles inutiles qui ne semble mener nulle part si ce n'est à une lassitude pour vos oreilles et vos méninges. Vous y êtes, vous visualisez ? Eh bien, c'est exactement ce qui s'est passé pour moi avec ce roman. Je ne dis pas qu'il ne trouvera pas ses lecteurs comblés, mais moi, il me fatigue. Loin de Paasilinna qui me fait rire avec des digressions drôles et des situations loufoques. Pour reprendre une citation d'un excellent livre lu récemment, Passerelles, je préfère les livres "peu épais, persuadé que quelques pages [suffisent] à exprimer l'idée de l'écrivain, le surplus n'étant que verbiage et digressions. [...] Les livres [que j'apprécie relèvent] de la concision, de la ciselure." 

Voilà c'est dit, c'est dommage. Maintenant, je vais aller ouvrir deux petits livres très tentants avant un prochain pavé de 500 pages, parce que malgré tout, il m'arrive d'en lire et même d'en aimer  !

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Dégage !

Publié le par Yv

Dégage !, Marc Villard, Éd. In8, 2013

Théo est poète et parisien. Marine Le Pen étant devenue Présidente, la culture est très contrôlée, les écrivains ne sont plus forcément bien vus, et les poètes doivent gagner leur vie. Théo repeint et aménage les toilettes publiques de la capitale, job mal payé. Il a toujours espoir de placer un de ses poèmes : il rencontre pour cela Janine Darcier-Schwitters, sous-directrice aux affaires culturelles du Ministère des Loisirs.

Avant que la réalité ne se rapproche voire colle à cette fiction, il vaut mieux en rire, jaune certes, mais en rire. Lorsqu'on sait que la révolte naît dans le Béarn, des centristes, c'est que la France va vraiment très très mal. Mais comment pourrait-elle aller bien, Madame la Présidente a rogné sur la culture, contrôle tout, oblige les agents municipaux tels Théo à repeindre les toilettes publiques mais aussi à monter des cloisons séparant les lieux d'aisance en quatre : deux places pour les hommes, deux places pour les femmes et à l'intérieur de chaque emplacement réservé, une place pour les Français(e)s et une pour les Étranger(ère)s ?

Théo, qui après sa rencontre avec Janine a l'espoir de voir son poème publié déchante lorsque lors de la seconde rencontre, on lui dit que deux mots gênent les hautes autorités, deux mots qui en eux-mêmes sont acceptables, mais point accolés, cela "pourrait déplaire"  (p.9) ; ces deux mots : "juif sympathique" (p.8). Déçu et appelé sous les drapeaux (car le service militaire est rétabli) Théo pense rejoindre les Poètes en Résistance groupe qui lutte de Pau contre le pouvoir en place, assez mollement il faut bien l'avouer.

"-Soit tu rentres dans le rang et tu effectues cette connerie de service militaire et l'obscurantisme du pouvoir. Soit tu passes à l'opposition et tu ne tombes pas mal car les Poètes en Résistance m'ont informé que trois fronts préparent en France la future révolution. L'un des foyers de la révolte est situé à Pau, autour de François Bayrou.

- Vous me faites marcher ?

- Pas du tout. Rama Yade y dirige même un corps d'infirmières." (p.33)

Mais alors où sont les autres ? Eh bien, ils s'arrangent avec le pouvoir actuel, comme par exemple cet élu écologiste, qui depuis le rétablissement de la peine de mort et l'édification d'un échafaud, place de la République a obtenu de repeindre cet objet funeste en vert.

Très court texte qui ravira les amateurs d'ironie, de dérision et d'uchronie (qui restera toujours uchronie espérons-le). Le déferlement de haine, de violence, la descente dans les rues des intégristes de tout poil (sauf sur le caillou pour certains) pour casser de l'homo et du flic (et doublement du flic homo) au moment du texte sur le mariage pour tous, que les élus et les responsables des partis politiques opposés à ce texte ne condamnent pas fortement et fermement, -certains d'entre eux se laissant même aller à des actes de violence au sein même de l'Assemblée, légitimant ainsi la violence dans les rues- ne m'incite pas vraiment à l'optimisme quant à une éventuelle rébellion de leur part contre l'extrême droite si -ou lorsque- elle aura plus d'ampleur et de pouvoir que maintenant.

Une lecture saine qui peut faire réfléchir, parue dans la collection Social Fiction des toujours excellentes Éditions IN8 : de la Science Fiction Sociale.

Oncle Paul, Claude Le Nocher en parlent aussi

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Le homard

Publié le par Yv

Le homard, Pascale Dietrich, Éd. In8, 2013

Camille vit avec Pierre qui, suite à un accident de moto quelques années auparavant a une vis dans le cerveau, ce qui a sensiblement modifié son comportement. Camille fréquente les tombolas de la petite ville bretonne dans laquelle elle habite : elle donne des lots pour faire le ménage dans ses placards, le dernier en date est un pic à glace. Lors de l'une d'elles, elle gagne un homard vivant qu'elle plongera dans ... un aquarium, incapable de l'ébouillanter ; elle lui parle, se confie à lui. Un soir, elle rentre mais Pierre à fait cuire et découpé le homard. Elle quitte la maison. Simultanément à ces déboires conjugaux, la ville est sous le choc de deux meurtres inexpliqués de touristes anglais : un serial killer breton ?

Petit roman de la collection Polaroïd des excellentes Éditions In8, spécialisées dans les nouvelles et les courts romans. Je vous en ai déjà parlé pour JB Pouy, Marcus Malte, ou le coffret Eros entre autres. Ce homard ne déroge pas à la qualité de ces petits livres.

Camille ne se sent pas bien dans son couple même si elle aime toujours Pierre, mais les comportements de son conjoint sont parfois difficiles à supporter. Elle trouve donc des ressources auprès du homard :

"Je m'approchai de l'aquarium et le homard agita les pinces. Je restai immobile face à lui. De temps à autres des rires fusaient en provenance du salon. Il me fixait lui aussi. Une espèce de sérénité avait envahi la pièce. J'éprouvais une profonde sympathie à son égard, on ne peut plus sincère, et je le lui dis, doucement, du bout des lèvres, à la surface de l'eau : "J'ai partagé ce sentiment de connivence avec bien peu de personnes". Il hocha la tête. A ce moment-là, il ne fit pour moi aucun doute qu'il avait compris." (p.26)

Une histoire à l'ambiance policière, car n'oublions pas qu'un meurtrier sévit à Ploudalmaiseau, qui avance l'air de rien. Les personnages sont loufoques, un peu barrés, mais également très ordinaires, des gens parfois comme vous et moi : pourquoi ne pas parler à un homard, on parle bien aux chats, aux chiens, aux plantes ? J'avoue même parler à Honorine, Fernande et Félicie, les trois poules du fond du jardin, lorsque je vais les nourrir et nettoyer leur enclos. Une histoire vue par les yeux de Camille, construite simplement. On a parfois l'impression que rien en se passe, mais finalement en 93 pages, Pascale Dietrich construit une intrigue, certes pas palpitante au sens de la découverte de tel ou tel indice ou même du ou des coupables, mais passionnante par l'atmosphère décrite. L'humour est présent, mais aussi de la mélancolie, et de l'attachement pour les personnages, Camille et Pierre en tête, sans oublier Simon Le Floch, le flic désabusé mais tenace.

En fait, on ne lit pas ce roman pour en connaître le dénouement mais pour passer un moment avec les personnages dans cette petite ville de Bretagne et pour goûter le sel et l'humour de l'écriture de l'auteure :

"Il se mit à bruiner. Les adultes se réfugièrent sous le préau et les chapiteaux. [...] Un marchand de fringues rapatriait dans sa boutique des caisses de tee-shirts à cinq euros. [...] Les lots de chaussettes avaient disparu à leur tour. Bientôt tout le village subirait le même sort. Parfois, la Bretagne me faisait l'effet d'un canapé convertible. Selon les caprices du temps, elle était dépliée, repliée, dépliée à nouveau..." (p.57)

Tout au long de la lecture, on a l'impression d'être sur la côte bretonne, dans la vieille maison qui fait rêver Pierre : les Bretons apprécieront la description de leurs paysages, les autres auront envie d'y venir goûter les embruns. Pascale Dietrich écrit là son premier roman (après des nouvelles), très prometteur pour la suite ; j'aime beaucoup les romans avec une ambiance forte, de beaux personnages, des trouvailles comme le homard, la vis dans la tête, l'amatrice de tombola (très importantes les tombolas à Ploudalmaiseau), ...

Un petit tour en Bretagne ? Vous n'êtes pas Anglais ou Parisien, allez-y vous ne risquez rien du serial killer ! Autrement, allez-y quand même, il faut savoir vivre dangereusement.

 

 

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Beso de la muerte

Publié le par Yv

Beso de la muerte, Gilles Vincent, Éd. Jigal, 2013

1936, le poète Garcia Lorca est assassiné à cause de ses sympathies républicaines. 2007, Thomas Roussel est commissaire de police à Pau. Il vit avec Claire, une jeune femme passionnée du poète assassiné, qui ne supporte plus son alcoolisme et qui le quitte après 5 ans de vie commune. Quatre ans plus tard, Thomas est toujours commissaire mais sobre. Il se marie avec Délia qui l'a aidé à sortir de son addiction. La nuit même de son mariage il reçoit un appel au secours de Claire qui lui dit être retenue en otage à Marseille. Thomas appelle ses collègues de Marseille et lorsqu'il apprend qu'un corps de femme carbonisé a été retrouvé sur des rails, il sait que c'est Claire. Il décide de se rendre sur les lieux et de prêter main-forte à la commissaire marseillaise, Aïcha Sadia.

Me voici polyglotte ("Moi, j'sais parler toutes les langues, toutes les langues, moi j'sais parler les langues du monde entier" disait Henri Dès dans sa chanson Polyglotte. Désolé, élever 4 enfants, ça laisse des traces.) : après I hunt killers, je me mets à l'espagnol, Beso de la muerte, un polar qui plonge dans les secrets d'États. Sans dévoiler le cœur de l'histoire, il y est question des GAL (Groupes Antiterroristes de Libération) créés par le Premier Ministre espagnol dans les années 80 pour lutter contre l'ETA qui perpétrait ses attentats en Espagne et se réfugiait ensuite en France bénéficiant d'une certaine immobilité de la police à leur égard. Ne pouvant compter sur la France, l'Espagne créa ces escadrons de la mort qui enlevaient ou assassinaient les membres d'ETA sur le territoire français. Tout est très bien expliqué dans le roman, simplement ; ce n'est pas non plus une thèse sur les GAL. Des piqûres de rappel pour les gens de ma génération qui ont entendu parler de ces événements au fil des années 80. Le contexte historique proche est planté de manière forte et si certains noms sont dits comme Felipe Gonzales ou Jacques Chirac, d'autres intervenants de l'époque ont des pseudonymes ; mais qui peut bien se cacher derrière l'ancien Ministre de l'Intérieur Agostini : "En dépit de la gravité de l'instant, elle ne put s'empêcher de sourire à l'accent de son interlocuteur. Un mélange de Raimu et de Fernandel qui les avait tous fait rire lors de la prise de fonction d'Agostini en 1986. Mais cette musique pagnolesque dissimulait une main de fer et un caractère bien trempé, rompu à toutes les combines. Très vite après le débarquement place Beauvau du nouveau ministre de l'Intérieur, la loi "Sécurité et Liberté" avait effacé le sourire des fonctionnaires de police." (p.107) ?

Pour l'intrigue, j'avoue avoir été un peu agacé par de multiples rappels des événements, des sortes de rapport d'enquête faits tour à tour par Aïcha, par d'autres collègues, dont Sébastien Touraine, un privé qui ne parle pas beaucoup mais s'imprègne de tout ce qu'il voit et entend et peut ensuite faire un résumé complet en se glissant en quelque sorte dans la peau des autres, ou encore par les auteurs des faits eux-mêmes. Si mon QI et ma capacité de concentration ne sont pas exceptionnels, il n'empêche que je réussis encore à lire un polar de 250 pages sans qu'on ait besoin de me "raccrocher"  toutes les 50 pages. Faire confiance à l'intelligence de son lecteur !

Malgré ces quelques réserves et d'autres concernant quelques facilités dans la résolution de l'enquête -que je ne dévoilerai pas, car c'est peut-être ma grande perspicacité qui m'a valu de me douter très fortement de choses bien avant les flics-, je dois dire que ce livre se lit avec rapidité et plaisir. Bien menée, dans un contexte fort et habilement planté, cette histoire peut aussi révéler quelques rebondissements et décrit des flics normaux, pas des surhommes, juste des enquêteurs qui suivent les pistes les unes après les autres. L'équipe constituée de flics, d'un privé et du médecin légiste est plutôt convaincante et ce serait un grand plaisir que de la revoir. En fait, si je fais fi de mes réserves, c'est tout ce que j'aime : une histoire -policière ou pas- qui prend dès le début du bouquin, qu'on ne lâche plus et qui, une sorte de fil rouge qui permet, grâce au contexte d'apprendre sur une période historique, sur des coutumes, des pays, ...

Bien écrit, ce roman se lit d'une traite, l'ombre de Garcia Lorca flottant au-dessus du lecteur jusqu'à la fin, et peut-être même un peu après.

Dernière minute : ce livre est finaliste du Prix Landernau 2013

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I hunt killers

Publié le par Yv

I hunt killers, Barry Lyga, Éd. Msk, 2013

Jazz est un adolescent qui vit à Lobo's Nod. Son père Billy est en prison. Un serial killer avec plus de 120 assassinats à son actif. Billy a élevé Jazz seul, lui a tout appris de ses meurtres, l'a même fait participer à des suppressions d'indices. Depuis, Jazz est évidemment perturbé, ne sait pas s'il est "normal" ou s'il peut à tout moment basculer dans l'horreur de crimes. Lorsqu'un cadavre est découvert dans une plaine de Lobo's Nod, il enquête. Lorsqu'un second corps est découvert, il parie pour un serial killer qui imiterait son père. Pas d'autre moyen pour lui, pour prouver son innocence que de tenter de trouver le coupable.

Ce livre est présenté dans un sac à pièces à conviction accompagné d'une bande jaune "police line do not cross", d'un avis de recherche, d'une carte d'identification de corps et d'un doigt coupé -en plastique, ouf- puisque le tueur coupe des doigts de ses victimes et en laisse un sur le lieu du crime. Résolument bâti pour la jeunesse, c'est un roman policier qui pourtant présente de vraies longueurs. On comprend que Jazz puisse s'interroger sur son risque ou même son éventuel passage à l'acte criminel, mais ses doutes et ses interrogations reviennent très (trop) régulièrement. Cela pourrait être intéressant s'ils évoluaient, mais les questions sont finalement toujours les mêmes. Elles ralentissent le rythme du roman, notamment dans sa première partie. Et puis, lorsque Jazz commence à cerner le tueur, le rythme s'emballe et la fin est suffisamment bien construite pour tenir jusqu'aux ultimes lignes.

L'idée de départ est bonne : le fils d'un serial killer qui connaît toutes les "ficelles du métier" si je puis m'exprimer ainsi qui part à la recherche de tueurs. Qui pourrait être mieux placé ? Nul doute que ce thriller- qui appelle une suite- fera la joie des jeunes lecteurs. La mienne fut un peu émoussée parce que je ne suis pas vraiment la cible voulue (je viens juste de sortir de l'adolescence... enfin de celle de ma fille) et que le style adopté ne me sied point. Non pas que je n'aie pas apprécié, mais en terme de polars, j'ai lu mieux. Mais, parmi les adultes moins grognons et rabat-joie que moi, il pourrait bien y en avoir qui se laissent séduire par ce livre, si l'on oublie les quelques fautes d'orthographe (de frappe), comme : "C'était donc à ça qu'ils ressemblaient, cette bande d'allumés, persuadés que Billy étaient victimes d'une machination..." (p.279) ou encore : "Quand t'es entré ici... engoncé dans ton armure, froid, avec l'air du fil de pute le plus blindé du monde." (p.302), cette dernière faute qui, vous me l'accorderez amoindrit un tantinet la portée de l'insulte, ou alors est en rapport avec un travail de couture d'une sus-nommée (sans arrière pensée ni jeu de mots) péripatéticienne, et quelques autres dans les pages précédentes

Pour résumer, pas une déception, mais plutôt un bon roman policier quand on est le public ciblé. Je vais donc de ce pas le poser près des lecteurs potentiels de la maisonnée.

Les lignes du début pour allécher : "C'était une belle journée. Le champ était superbe. Sauf qu'il y avait un cadavre." (p.9)

Merci Anne.

 

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